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Lieux communs et représentations littéraires des exilés

Common Places and Literary Representations of the Exiles
Amandine Gouttefarde
p. 93-106

Résumés

Si la critique historique a déjà bien étudié toutes les modalités d’exil dans l’Antiquité grecque, on ne pense pas toujours à regarder les représentations de l’exil et des exilés dans la littérature archaïque et classique dans son ensemble, c’est-à-dire en prenant aussi en compte l’apport des poètes, des auteurs tragiques et comiques, contemporains d’une période riche en exils de toutes sortes. C’est pourtant là que, pour la première fois, les lieux communs attribués aux exilés sont mis en place. Nous proposons donc de faire un détour par la littérature et de prendre ces réfugiés politiques pour ce qu’ils sont aussi : des personnages littéraires qu’on peut regrouper en trois catégories. La plus connue et la plus fréquente est celle de l’exilé accablé par le sort, la deuxième pourrait s’appeler la catégorie de l’exilé pugnace et téméraire, la dernière, enfin, celle de l’exilé penseur.

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Texte intégral

  • 1 Voir Gray, 2015 ; Garland, 2014 ; Forsdyke, 2005 ; Seibert, 1979.
  • 2 Peu de recherches ont été menées dans ce domaine : voir Sultan, 1999, Bordaux, 1992 et Schnayder, 1 (...)

1Dès l’Antiquité grecque, toutes les causes possibles de l’exil, que l’on retrouve dans l’Antiquité latine et dans le monde contemporain, nous sont déjà exposées. L’exil est ainsi le plus souvent contraint, quand il est déterminé par un pouvoir tyrannique du viiie au ve siècle av. J.-C., ou encadré par la législation et la pratique particulière de l’ostracisme du ve siècle au ive siècle av. J.-C. Il peut être également volontaire, puisque la possibilité de la fuite est laissée aux prévenus à différents moments des procès, mais elle est aussi envisagée comme une forme de protestation contre la cité par les penseurs et les philosophes. Si la critique historique a déjà bien étudié toutes ces modalités d’exil1, en s’appuyant sur les ressources épigraphiques, archéologiques et sur les textes des Historiens, on ne pense pas toujours à regarder les représentations de l’exil et des exilés dans la littérature archaïque et classique dans son ensemble, c’est-à-dire en prenant aussi en compte l’apport des poètes, des auteurs tragiques et comiques, contemporains d’une période riche en exils de toutes sortes2. C’est pourtant là que, pour la première fois, les lieux communs attribués aux exilés sont mis en place.

2Nous proposons donc de faire un détour par la littérature et de prendre ces réfugiés politiques pour ce qu’ils sont aussi : des personnages littéraires. À partir d’une approche globale de ces textes issus de la littérature archaïque et classique, tous genres confondus, nous dresserons la typologie des trois grandes catégories d’exilés qui en émergent et les caractéristiques de leur représentation : la plus connue et la plus fréquente est celle de l’exilé accablé par le sort, la deuxième pourrait s’appeler la catégorie de l’exilé pugnace et téméraire, la dernière, enfin, celle de l’exilé penseur. Nous chercherons à montrer en quelle mesure ces catégories ne sont non seulement pas réductibles à des genres littéraires, même si, à bien des égards, elles peuvent en constituer les lieux communs, mais, bien au contraire, que l’intertextualité nourrit et enrichit ces mêmes représentations.

1. L’exilé accablé par le sort

1.1. La plainte du ποῖ

  • 3 Eur. Bacch. v. 1366. C’est nous qui traduisons, comme dans l’ensemble de l’article. Les éditions de (...)
  • 4 Ibid. v. 1367.

3En tête de toutes les préoccupations qui agitent un exilé se trouve cette question : « Où dois-je aller ? ». Elle est même posée telle quelle, sur la scène théâtrale, chez Euripide par exemple, comme les exemples suivants le montrent. Dans Les Bacchantes, Agavé demande à son père : « Où dois-je aller, chassée de ma patrie (ποῖ γὰρ τράπωμαι πατρίδος ἐκβεβλημένη) ?»3. Celui-ci lui répond : « Je ne sais pas, mon enfant ; ton père est d’un faible secours »4. C’est dans les mêmes termes que l’héroïne de Médée d’Euripide se pose la question :

  • 5 Eur. Med. vv. 502-506.

« Où maintenant dois-je aller (ποῖ τράπωμαι) ? Au foyer paternel, que j’ai trahi ainsi que ma patrie pour partir avec toi ? Chez les infortunées filles de Pélias ? Elles vont bien me recevoir à leur foyer, elles dont j’ai tué le père ! Car voilà comme je me retrouve : je suis un objet de haine pour les amis de ma maison. » 5

4La réponse est parfois marquée par l’agressivité. Quand Créon exile Ménécée, dans Les Phéniciennes :

  • 6 Eur. Phoen. vv. 974-979.

« Créon : – Pars sur le champ, loin de cette terre ! […]

Ménécée : – Mais où dois-je m’enfuir (ποῖ δῆτα φεύγω) ? dans quelle ville (τίνα πόλιν) ? vers lequel de nos hôtes (τίνα ξένων) ?

Créon : – Où tu seras le plus éloigné du pays. » 6

5Dans Hippolyte, le même procédé est observé :

  • 7 Eur. Hipp. vv. 1066-69.

« Thésée : – N’es-tu donc pas encore parti de cette terre, le plus vite possible ?

Hippolyte : – Mais où me tournerai-je, malheureux que je suis (ποῖ δῆθ᾽ὁ τλήμων τρέψομαι ;) ? À la demeure duquel de nos hôtes irai-je (τίνος ξένων / δόμους ἔσειμι), exilé pour cette raison ?

Thésée : – Quelque homme qui sera content de recevoir à son foyer des hôtes qui séduiront son épouse et qui participeront à leur déshonneur. » 7

6Cette question est reconnaissable à l’emploi de l’adverbe ποῖ, qui indique la direction, suivi d’un verbe de mouvement La réponse donnée renforce toujours la dimension tragique de ce contexte angoissant : ignorance de l’interlocuteur – comme dans l’exemple des Bacchantes –, agressivité – comme dans celui des Phéniciennes ou d’Hippolyte – ou encore absence de réponse laissent l’exilé face à lui-même, sans aucune perspective d’asile. Cette plainte, caractéristique de la mise en scène tragique, est parfois reprise par les orateurs attiques, comme le fait Eschine dans le Contre Ctésiphon en s’efforçant de montrer la vanité d’une telle plainte dans un contexte où l’exil est massif :

  • 8 Aeschin. 3.209.

« Quant à ses larmes et au ton de sa voix, lorsqu’il s’écriera « Où dois-je me réfugier (ποῖ καταφύγω), Athéniens ? Vous m’avez banni, il n’y a pas d’endroit où voler (οὐκ ἔστιν ὅποι ἀναπτήσομαι) ! », répondez-lui « Et le peuple athénien, où doit-il se réfugier (ποῖ καταφύγῃ), Démosthène ? Vers quel secours des alliés ? Vers quel argent ? Quelles ressources as-tu ménagées au peuple ? Ce que tu as fait pour toi-même, ça, nous le voyons tous ! »8

1.2. La persécution

  • 9 Voir Goblot-Cahen, 1999.
  • 10 Eur. Heracl. v. 16.
  • 11 Ibid. v.19-20.
  • 12 Ibid. v. 31.
  • 13 Lys. 12.95.
  • 14 Ibid. 97.

7Loin d’être seulement chassés, certains exilés sont persécutés. Le héraut – κῆρυξ en grec – est souvent le personnage qui incarne la violence de l’exil en poursuivant les exilés même au-delà des frontières comme dans les Héraclides d’Euripide9. Les personnages y sont présentés « chassés d’une cité à l’autre (ἄλλην ἀπ᾽ ἄλλης ἐξορισθέντες πόλιν) »10, persécutés par Eurysthée « qui envoie, à quelque endroit sur terre où ils se rendent, s’établir des hérauts (κήρυκας) et les réclame (ἐξαιτεῖ) et les chasse du pays (κἀξείργει χθονός) »11 ; ils se retrouvent « privés de toute la Grèce »12. L’emploi du substantif κῆρυξ et de ses composés – comme le verbe ἐκκηρύσσω que l’on trouve par exemple chez Lysias, dans le Contre Ératosthène – annonce toujours un processus de bannissement violent : l’orateur exhorte les Athéniens du parti des démocrates à se souvenir : « Vous avez été chassés de la cité d’Athènes (ἐξεκηρύχθητε μὲν ἐκ τῆς πόλεως) que vos ancêtres vous avait transmise, et les Trente vous réclamaient, alors que vous étiez exilés hors des cités »13. Comme dans la tragédie, les citoyens sont représentés « errant de cités en cités (εἰς πολλὰς πόλεις πλανηθέντες), chassés de partout (πανταχόθεν ἐκκηρυττόμενοι) »14.

8De même, chez Hérodote, dans le célèbre exemple du fils de Périandre banni par son propre père, c’est, cette fois, un message du tyran – ἄγγελον dans le texte – qui ordonne qu’aucune aide ne lui soit accordée sous peine de sanction :

  • 15 Hdt. 3.50-51.

« Finalement, par colère, Périandre le chassa de sa maison […]. Là où son fils qu’il avait chassé résidait, il ordonna de faire porter un message (πέμπων ἄγγελον) disant qu’il ne fallait pas le recevoir dans les maisons. Chaque fois que chassé, il allait dans une autre maison, il était chassé aussi de celle-ci, car Périandre menaçait ceux qui le recevaient, et il leur ordonnait de le mettre dehors : chassé de partout, il allait de la demeure d’un ami à celle d’un autre. » 15

  • 16 Aesch. Eum. v. 74-77.
  • 17 Eur. El. v. 1250-1253.

9Dans d’autres cas, ce rôle est endossé par les célèbres divinités vengeresses, les Érinyes, qui n’ont de cesse de poursuivre Oreste, alors même qu’il est déjà en exil, comme on peut le lire dans les Euménides d’Eschyle16 ou l’Électre d’Euripide17.

10Bien souvent, la persécution la plus terrible demeure anonyme : c’est le regard d’autrui, celui du bon citoyen qui refuse de voir s’installer chez lui un criminel. Dans la pièce d’Euripide, La folie d’Héraclès, le personnage qui vient d’être banni sait que c’est exactement ce qui l’attend, quand il dit :

Ἡρακλῆς :     […] ἀλλ᾽ Ἄργος ἔλθω ; πῶς, ἐπεὶ φεύγω πάτραν ;
φέρ᾽ ἀλλ᾽ ἐς ἄλλην δή τιν᾽ ὁρμήσω πόλιν ; 
κἄπειθ᾽ ὑποβλεπώμεθ᾽ ὡς ἐγνωσμένοι, 
γλώσσης πικροῖς κέντροισι κλῃδουχούμενοι·
Οὐχ οὗτος ὁ Διός, ὃς τέκν᾽ ἔκτεινέν ποτε 
δάμαρτά τ᾽ ; οὐ γῆς τῆσδ᾽ ἀποφθαρήσεται ;

  • 18 Eur. HF v. 1286-1291.

« Partir pour Argos, ma patrie ? Comment, puisque j’en suis exilé ? Allons, je partirai plutôt vers quelque autre cité pour ensuite être regardé par en-dessous comme quelqu’un qu’on a reconnu, et vivre enfermé loin des aiguillons piquants de ces paroles : « Ce n’est pas lui le fils de Zeus qui tua un jour ses enfants et sa femme ? Qu’il aille à sa perte, mais pas sur cette terre ! »18

1.3. Le manque de nourriture et de soins

  • 19 Dem. 23.39-41.
  • 20 Voir Forsdyke, 2005.

11À un exilé auquel on refuse l’accès des maisons, des villes ou d’un asile provisoire ne reste donc plus que l’errance sans fin. À partir de l’Odyssée, jusque chez les orateurs, l’errance devient une étape obligée de l’exil et est abondamment développée. Avec elle, la pauvreté et le dénuement deviennent l’apanage des exilés et un motif de plainte récurrent dans la tragédie comme chez les orateurs. À l’époque de Démosthène, les exilés sont même nommés ἀτυχοῦντες : ce sobriquet de « malheureux » vient presque remplacer le nom de citoyen auquel les exilés n’ont plus droit19. La plainte est pourtant justifiée, puisqu’au ve siècle, l’exil s’accompagne d’une confiscation des biens. La loi a formalisé que l’exil, quand il est une punition, ne doit pas se faire dans l’aisance, sauf pour les ostracisés dont les biens ne sont pas confisqués et les revenus ne sont pas supprimés20.

  • 21 Eur. HF v. 51-52.
  • 22 Eur. El. v. 204-205.
  • 23 Soph. OC v. 444. Voir Coin-Longeray, 2014.
  • 24 Hdt. 3.52.
  • 25 Soph. OC vv. 556-558.

12Le manque de nourriture et de soins est évoqué, en premier lieu, comme un pendant de cette misère. Ainsi dans La folie d’Héraclès d’Euripide, Amphitryon se plaint d’être, avec sa compagne d’exil, « dans le besoin de tout (πάντων δὲ χρεῖοι) […], de nourriture, de boisson, de vêtement (σίτων ποτῶν ἐσθῆτος), posant [leurs] flancs sur un sol sans couverture »21. De même, Électre, dans l’Électre d’Euripide, plaint son frère Oreste qui n’a pu se nourrir qu’« à la table des mercenaires errants (ἀλαί- /νων ποτὶ θῆσσαν ἑστίαν) »22. On sait qu’avec Homère, Ulysse incarne la situation précaire de l’exilé ou de l’errant, mais son statut de mendiant n’est qu’un leurre, quand il rentre à Ithaque. Ce n’est pas le cas pour la grande majorité des personnages bannis, car l’exilé a tôt fait de devenir un πτωχός23, un mendiant qu’on voit progressivement « s’affaisser faute de bains et de nourriture (ἀλουσίῃσί τε καὶ ἀσιτίῃσι συμπεπτωκότα) »24, pour reprendre l’expression d’Hérodote à propos du fils de Périandre dont nous venons de parler. Ainsi, dans l’Œdipe à Colone de Sophocle, Thésée, en voyant Œdipe, ne peut que déplorer son « vêtement et sa tête de misère (σκευή τε γάρ σε καὶ τὸ δύστηνον κάρα ) »25. Sa détérioration va même croissant dans la pièce, puisqu’à la fin, il est ainsi décrit :

Πολυνείκης :     […] ἐσθῆτι σὺν τοιᾷδε, τῆς ὁ δυσφιλὴς 
γέρων γέροντι συγκατῴκηκεν πίνος 
πλευρὰν μαραίνων, κρατὶ δ᾽ ὀμματοστερεῖ 
κόμη δι᾽ αὔρας ἀκτένιστος ᾁσσεται·

  • 26 Ibid. vv. 1257-1262.

« Avec une sorte de vêtement, l’odieuse et vieille crasse a pris possession du flanc du vieillard en le consumant, et, à sa tête sans yeux, une chevelure qui n’a pas été peignée flotte à travers les airs. »26

1.4. La vie misérable

  • 27 Ibid. v. 555.
  • 28 Ibid. v. 556.
  • 29 Ar. Ran. vv. 1063-1064.
  • 30 Ibid. v. 1066.

13Toutes les images pathétiques qui dressent le tableau d’une vie misérable sont employées jusqu’à l’excès. Par exemple, dans La folie d’Héraclès, quand Héraclès revient, il apprend, voyant sa femme, son père et ses enfants revêtus de leur parure funèbre, qu’ils ont été chassés par la force et surtout que son vieux père a été « chassé (ἐκπεσὼν) de son lit »27. « Nulle pudeur n’a retenu Lycos d’outrager un vieillard ? »28 s’indigne-t-il. Cette représentation est tellement utilisée qu’Aristophane se moque d’Euripide à ce propos dans les Grenouilles, par la bouche d’Eschyle. Ce dernier reproche à Euripide d’« habiller ses rois de guenilles pour qu’ils paraissent pitoyables aux gens »29 inspirant de cette façon à chaque citoyen riche le même comportement : en « revêtant ses haillons, il pleure et dit qu’il est pauvre (ῥακίοις περιειλάμενος κλάει καὶ φησὶ πένεσθαι) »30.

14Pourtant, si l’on cherche un florilège d’images pathétiques, c’est chez les orateurs qu’on le trouvera, comme dans cet extrait du Plataïque d’Isocrate :

τίνας γὰρ ἂν ἡμῶν εὕροι τις δυστυχεστέρους, οἵτινες καὶ πόλεως καὶ χώρας καὶ χρημάτων ἐν μιᾷ στερηθέντες ἡμέρᾳ, πάντων τῶν ἀναγκαίων ὁμοίως ἐνδεεῖς ὄντες ἀλῆται καὶ πτωχοὶ καθέσταμεν, ἀποροῦντες ὅποι τραπώμεθα, καὶ πάσας τὰς οἰκήσεις δυσχεραίνοντες· ἤν τε γὰρ δυστυχοῦντας καταλάβωμεν, ἀλγοῦμεν ἀναγκαζόμενοι πρὸς τοῖς οἰκείοις κακοῖς καὶ τῶν ἀλλοτρίων κοινωνεῖν· ἤν θ᾽ὡς εὖ πράττοντας ἔλθωμεν, ἔτι χαλεπώτερον ἔχομεν, οὐ ταῖς ἐκείνων φθονοῦντες εὐπορίαις, ἀλλὰ μᾶλλον ἐν τοῖς τῶν πέλας ἀγαθοῖς τὰς ἡμετέρας αὐτῶν συμφορὰς καθορῶντες, ἐφ᾽ αἷς ἡμεῖς οὐδεμίαν ἡμέραν ἀδακρυτὶ διάγομεν […]. Τίνα γὰρ ἡμᾶς οἴεσθε γνώμην ἔχειν ὁρῶντας καὶ τοὺς γονέας αὑτῶν ἀναξίως γηροτροφουμένους καὶ τοὺς παῖδας οὐκ ἐπὶ ταῖς ἐλπίσιν αἷς ἐποιησάμεθα παιδευομένους, ἀλλὰ πολλοὺς μὲν μικρῶν ἕνεκα συμβολαίων δουλεύοντας […] ;

  • 31 Isoc. 14.46-48.

« Qui pourrait trouver des mortels plus accablés par l’infortune que nous qui, dépouillés en un même jour de notre patrie, de nos champs, de nos richesses et privés également de tout ce qui est nécessaire à la vie, sommes devenus des vagabonds et des mendiants sans savoir où nous tourner et redoutant tous les lieux habités. Si nous rencontrons des malheureux, nous souffrons sous la contrainte de partager les malheurs des habitants et des étrangers. Si nous sommes conduits chez ceux que la fortune favorise, nous nous trouvons dans un pire état, non pas parce que nous envions leur bonheur, mais parce que, au milieu de leur bonheur, nous voyons mieux nos malheurs, sur lesquels nous ne passons pas un seul jour sans pleurer. […] Quel sentiment croyez-vous que nous devons éprouver, quand nous voyons nos parents nourris dans leur vieillesse d’une manière indigne, nos enfants privés dans leur jeune âge des espérances au milieu desquelles nous leur avions donné le jour et dont un grand nombre est forcé de travailler pour un petit salaire […] ? » 31

1.5. Les larmes

  • 32 Voir Arnould, 1999.
  • 33 Hom. Od. 5.151- 152
  • 34 Eur. Hipp. v. 1178.
  • 35 Ibid. v. 1175-1177.

15C’est par la plainte que s’exprime la douleur de l’exil, mais c’est aussi, parfois, par les larmes32. Ulysse, le premier, assis sur la grève dans l’île de Calypso a « les yeux [qui] ne s’assèchent pas de larmes (οὐδέ ποτ᾽ ὄσσε / δακρυόφιν τέρσοντο) »33. Dans la tragédie, ces pleurs d’exil prennent une dimension parfois spectaculaire. Par exemple, Hippolyte, chez Euripide, quitte le pays « avec le chant de ses larmes (δακρύων ἔχων μέλος) »34, et celui de ses amis qui, par milliers, pleurent avec lui35. Même chez Aristophane, dans les Cavaliers, Nicias et Démosthène entonnent de concert un chant de plainte à l’aide de leur flûte, en répétant l’onomatopée du gémissement μυμῦ, avant d’envisager de partir d’eux-mêmes en exil :

  • 36 Ar. Eq. vv. 8-12.

« Démosthène : – Viens là, afin que nous fassions pleurer nos flûtes (ξυναυλίαν κλαύσωμεν), sur un air d ‘Olympos !
Démosthène et Nicias : – Mumû mumû mumû mumû mumû mumû.
Démosthène : – Pourquoi nous lamenter (κινυρόμεθ’[α]) inutilement ? Ne faudrait-il pas chercher notre salut plutôt que de pleurer (κλάειν) ? » 36

1.6. La comparaison avec des animaux

16Pour sceller cette fragilité extrême des exilés, il existe de nombreuses images poétiques les comparant à des animaux. Les images sont aussi variées que des comparaisons avec des oiseaux – pour signifier principalement le fait que l’exilé vient d’ailleurs –, des animaux domestiques, des animaux sauvages ou encore des créatures monstrueuses.

  • 37 Voir Ov. Met. 6.572 suiv.
  • 38 Aesch. Ag. vv. 1050-1051 : χελιδόνος δίκην, « comme une hirondelle ».
  • 39 Aesch. Supp. vv. 58-67.
  • 40 Voir aussi Hom. Il. 9.561-564 ; Od. 19.518-522.
  • 41 Aesch. Cho. v. 447 : πολυσινοῦς κυνὸς δίκαν, pour Électre, « comme un chien très malfaisant ».

17Les images avec les oiseaux sont les plus nombreuses. « Les oiseaux de l’exil » sont sans conteste l’hirondelle et le rossignol. Oiseaux pitoyables ou pleureurs, hirondelle et rossignol partagent un mythe en commun : celui de Philomèle et Procné qui, changées en oiseaux, sont chassées de chez elles et vivent en bannies37. L’image est souvent utilisée, comme dans l’Agamemnon38 ou Les Suppliantes d’Eschyle39, pour accompagner les plaintes des femmes chassées ou emmenées loin de chez elles, dont le langage barbare ressemble au chant indéchiffrable des oiseaux40. Les autres animaux dont il est question dans les images poétiques n’ont pas de lien particulier avec l’exil mais servent à montrer un changement de comportement ou la perception négative que l’on se fait de l’exilé. Ainsi, dans Les Choéphores, Électre est comparée à un chien errant qu’on rejette41 et n’appartient même plus, semble-t-il, au monde humain, tant elle y est devenue indésirable.

  • 42 Aesch. Supp. v. 760 pour les Danaïdes.
  • 43 Eur. Phoen. vv. 420-421.
  • 44 Aesch. Ag. v. 1064.
  • 45 Cassandre, comparée à la bête sauvage, fait l’objet d’une métaphore qui est filée : « Elle n’a pas (...)

18Les images les plus frappantes sont celles qui évoquent une animalité qui n’est plus contrôlable. Ainsi, les Danaïdes sont comparées à des loups dans Les Suppliantes42 ; Polynice et Tydée, qui se sont battus pour un lit où dormir, sont comparés à des bêtes sauvages dans Les Phéniciennes43, de même que Cassandre, dont on dit dans l’Agamemnon, que « sa façon de faire est comme celle d’une bête qui vient d’être capturée (τρόπος δὲ θηρὸς ὡς νεαιρέτου) »44. On s’éloigne ainsi de plus en plus, comme par cercles concentriques, de la porte de l’humanité, même dans la sphère animale pour mettre en avant les affres de la précarité. Cette image extrême est aussi un repoussoir : la bête sauvage demande à être domptée, assimilée par le pays qui l’accueille : cette conception peut alors justifier que l’on fasse de l’exilé un esclave45.

2. L’exilé pugnace et téméraire

19Parmi ces malheureux persécutés et livrés à la solitude de l’errance que sont les exilés, certains arrivent tout de même à tirer bénéfice de leur situation. Ils font preuve d’une solidarité et d’une ruse dont les « plaintes de l’exilé » ne disent mot ! On oublie trop souvent que tous les exilés n’errent pas désespérément seuls comme Œdipe. Un regroupement, discret mais bien réel, est perceptible, autour d’actions et d’intérêts communs. Cette catégorie est celle des exilés pugnaces, manipulateurs et un peu voyous que l’on a peut-être moins à l’esprit que la précédente.

  • 46 Certains citoyens, présentés comme « les amis des exilés » de Mégare (Thuc. 4.66 : οἱ δὲ φίλοι τῶν (...)
  • 47 Seibert, dans son paragraphe intitulé « Die Anhänger und Freunde », n’envisage que la dimension pol (...)

20La communauté des exilés commence par le thème du compagnonnage dans l’exil. Cela ne revient pas exactement à trouver des amis46, ou un hôte sympathique, qui, en plus d’une amitié, apporte à l’exilé un refuge, mais cela équivaut plutôt au fait de « s’exiler avec un exilé ». Cet exil peut être dû aux circonstances – se retrouver exilé au même endroit, au même moment –, ou aux liens familiaux et amicaux qui poussent à partager ensemble les malheurs de l’exil47. C’est, entre autres, dans l’emploi du substantif συμφυγάς, -άδος, « le compagnon d’exil » et du verbe συμφεύγω « fuir avec, être exilé ensemble » que s’exprime particulièrement cette idée chez de nombreux auteurs.

  • 48 Hom. Od. 3.71-72 ; 9.253-254.
  • 49 Isoc. 16.13.

21Regroupés ensemble, les exilés sont souvent présentés comme des vandales : réduits à toutes les privations, ils s’organisent pour prendre par la force ce qui leur est refusé. L’assimilation des vagabonds à des voyous est présente dès Homère, où les Achéens sont comparés à des pirates48. Même les orateurs ne manquent pas de donner dans le registre épique en rappelant les activités des exilés du Pirée, comme Isocrate par exemple qui, s’adressant à eux, affirme : « Vous avez détruit les moissons dans la campagne (τὸν σῖτον τὸν ἐν τῇ χώρᾳ διεφθείρετε), dévasté le territoire (τὴν γῆν ἐτέμνετε), incendié les faubourgs (προάστεια ἐνεπρήσατε), et, pour finir, donné l’assaut aux Murs (τοῖς τείχεσι προσεβάλετε) »49. Cette virulence ne passe pas inaperçue dans un contexte de guerre : leur grand nombre et leur situation désespérée les rend a priori favorables à la violence organisée qui va au-delà du simple vandalisme. On les a vus ainsi s’accompagner de mercenaires, il s’en faut donc de peu pour qu’ils ne basculent eux-mêmes dans le mercenariat. Mais tous n’ont pas choisi la voie du brigandage. Leur représentation dans les œuvres des historiens et le traitement de leur rôle pendant les guerres sont surprenants et assez inattendus.

  • 50 Hdt. 5.30-34 ; 8.65 ; 8.54-55.

22Chez Hérodote, les exilés occupent ainsi un rôle paradoxal : dans le contexte des Guerres Médiques, ils deviennent, malgré eux, des maillons de la sauvegarde de la Grèce. Leurs actions ne sont pas particulièrement impressionnantes, mais à travers trois anecdotes qu’Hérodote a développées50, une unité ressort : traîtres à leur patrie en se rendant auprès des Mèdes, ils se retrouvent dans des situations où l’intervention du hasard les hisse, a posteriori, au statut de réceptacle de la bienveillance divine envers la Grèce. Des exilés sont l’objet de visions ou d’apparitions qui leur donnent – à eux les exilés de leur cité – le signe d’un regard bienveillant des dieux.

  • 51 Thuc. 1.23.
  • 52 Sauf quelques cas tels que Hippias, Thémistocle, Alcibiade. À part eux, et d’autres stratèges parfo (...)
  • 53 En Thuc. 5.4, les membres du parti des démocrates Léontiniens furent expulsés (ἐκπεσόντων) par les (...)
  • 54 Voir Thuc. 1.111-113 ; 4.52 ; 4.75.

23Chez Thucydide, les exilés sont beaucoup plus véhéments. Dans son introduction, l’auteur explique que le contexte général est particulièrement rude : pendant toute la durée de la guerre du Péloponnèse, un nombre incroyable de villes furent vidées de leurs habitants, et « jamais il n’y eut autant d’exils ni autant de massacres (οὔτε φυγαὶ τοσαίδε ἀνθρώπων καὶ φόνος) »51. Les exilés sont toujours en groupe et anonymes52. On ne sait d’eux que leur ville d’origine, éventuellement la cause de leur exil, et parfois l’endroit où ils sont réfugiés. La violence annoncée par Thucydide est tout à fait perceptible dans le traitement des exilés53, qui se trouvent très présents dans le livre IV, dans la septième et la huitième année de la guerre. On y apprend que les exilés sont particulièrement à l’affut des conflits et s’y immiscent pour servir leurs propres intérêts. Le processus peut être aussi inverse : des exilés désireux de rentrer peuvent très bien, lorsqu’ils sont suffisamment armés, prendre « en otage » une cité jusqu’à ce que cette dernière les ramène chez eux54.

  • 55 Xen. Hell. 4.8.20 ; 5.2.9-10 ; 5.4.2-3.

24Les exilés que Xénophon traite dans ses différentes œuvres ont en commun avec ceux de Thucydide de participer à la violence générale qui règne pendant les conflits, mais sont dotés d’une malignité remarquable. Ils s’illustrent positivement dans un contexte de guerre : ils sont vaillants au combat, utiles, et font très souvent preuve d’ingéniosité. Dans les Helléniques, les épisodes les plus développés ne concernent pas les prouesses de ces braves soldats au service de Sparte, mais, là encore, presque l’inverse. Avec une ruse certaine, ce sont en fait les exilés qui arrivent souvent à leur fin en soumettant les Spartiates à leurs propres desseins55.

  • 56 Ibid. 5.4.2.
  • 57 Ibid. 5.4.3.

25Deux anecdotes étonnantes méritent d’être commentées : celle d’abord, dans le livre V, d’un certain Phyllidas, qui organise le meurtre du commandant thébain Archias grâce à des exilés. Il prend ainsi appui sur Mélon, « un des exilés thébains réfugiés à Athènes »56, qui prend lui-même avec lui « six exilés, les plus convenables, qui avaient de petites épées et aucune autre arme (Μέλων ἓξ τοὺς ἐπιτηδειοτάτους τῶν φευγόντων ξιφίδια ἔχοντας καὶ ἄλλο ὅπλον οὐδέν) »57. Ils se rendent à Thèbes de nuit, puis :

  • 58 Ibid. 5.4.3.

« après avoir passé la journée dans un lieu désert, ils s’approchèrent des portes, comme s’ils revenaient des champs (ὡò äὴ ἐî ἀãñïῦ ἀðéüíôåò), à l’heure où les travailleurs les plus attardés rentrent de leurs travaux. » 58

  • 59 Ibid. 5.4.5.

26Phyllidias avait promis à Archias et aux polémarques de leur présenter les plus belles femmes de Thèbes : il attendit qu’ils fussent ivres et fit entrer les hommes de Mélon dont trois étaient habillés comme des maîtresses (ὡς δεσποίνας), et les autres comme des servantes (ὡς θεραπαίνας) »59. Prétextant la pudeur des femmes, Phyllidas demande à ce que les serviteurs sortent, puis on peut lire que :

  • 60 Ibid. 5.4.6-7.

« il introduisit les courtisanes (τὰς ἑταίρας) et les fit asseoir près de chacun des polémarques. Il avait été convenu qu’aussitôt assis, les conjurés ôteraient leur voile et frapperaient. C’est ainsi, dit-on, que les polémarques périrent ; d’autres prétendent que c’est en se présentant comme des membres de la fête (ὡς κωμαστὰς) que les hommes de Mélon tuèrent les polémarques. » 60

  • 61 Ibid. 5.4.3.

27L’emploi répété de l’adverbe ὡς au fil de ce passage montre la capacité de ruse des exilés : ils se font d’abord passer pour des ouvriers agricoles, puis soit pour des maîtresses et des servantes, soit pour des membres de la fête. A posteriori, la précision de Xénophon selon laquelle les exilés avaient « des petites épées et aucune autre arme » semble ironique61 : les exilés, Mélon en chef, se servent de leur capacité à se travestir comme d’une arme. Le thème du travestissement caractéristique d’une des épreuves que les grands héros mythologiques doivent relever, comme catharsis et mise à l’épreuve de la virilité, prend ici un tout autre sens, celui de la séduction érotique trompeuse.

28Dans une seconde anecdote du livre VII, la même ruse est mise en œuvre pour prendre d’assaut une citadelle : des exilés viennent trouver les Thébains, les Arcadiens et les Éléens pour leur faire savoir qu’ils sont capables de l’assaillir à eux seuls. Alors, peut-on lire : « se mirent en embuscade (ὑπεκαθίζοντο) de nuit, sous le mur, avec de petites échelles (κλίμακας), les exilés (φυγάδες) et d’autres hommes avec eux, environ six cents ».

  • 62 Cela concerne surtout les anciens exilés, habités par la volonté de sauver leur cité : au moment où (...)

29C’est enfin avec un simple signal que les exilés, désignés par l’expression τοῖς ὑποκαθημένοις – « les embusqués » – prennent, seuls, le rempart. Ici encore, armés seulement de « petites échelles » et d’ingéniosité, les exilés réussissent leur entreprise. Dans les deux épisodes, les actions se passent de nuit et constituent un fait guerrier particulièrement stratégique : les exilés y figurent à mi-chemin entre les mercenaires, hommes de l’ombre, des armes et des mauvaises actions, et les stratèges, hommes de la lumière et guidés par l’intérêt de leur cité62.

30On peut résumer l’ambivalence de ces personnages par une expression de Platon dans la République désignant les exilés par le terme de « ἥρως » qui signifie « héros » ou « demi-dieu ». Socrate interpelle Adimante et s’offusque de la chose suivante :

  • 63 Pl., Resp. 8.558a.

« N’as-tu pas vu que dans cette constitution les hommes condamnés par vote à la mort ou à l’exil ne demeurent pas moins et se promènent en plein cœur de la cité, ni comment, alors que personne ne s’en soucie ou ne les voit, ce type d’hommes erre ça-et-là comme un demi-dieu (περινοστεῖ ὥσπερ ἥρως) ? » 63

31Comment ne pas se ranger du côté de Platon après avoir constaté que les exilés ont effectivement de quoi se pavaner tels des demi- dieux, car ils se savent intouchables et même auréolés d’une forme de gloire ?

3. L’exilé penseur

32Une dernière catégorie d’exilés, la plus récente mais aussi la moins fréquente, est composée d’exilés volontaires, partis en signe de protestation contre une cité qu’ils estiment corrompue.

  • 64 Voir Luck-Huyse, 1997.
  • 65 Ar. Pac. v. 197 : « partis hier, ils se sont expatriés (φροῦδοι γὰρ ἐχθές εἰσιν ἐξῳκισμένοι) » ; v. (...)
  • 66 Ibid. v.v 208-209.

33Dans les comédies d’Aristophane, où la satire de la société athénienne et de son système politique est souvent faite, on s’exile volontairement et même de bon cœur. À l’image des personnages principaux des Oiseaux qui quittent une Athènes procédurière pour fonder leur propre ville utopique dans les airs, à mi-chemin entre les hommes et les dieux64, les dieux de La Paix eux-mêmes quittent l’Olympe65, en colère contre les Grecs, pour ne plus voir les hommes se battre entre eux ni n’avoir à entendre leurs jérémiades66. Les personnages des Oiseaux, Euelpidès et Pisthétairos, précisent bien, en employant des images de circonstance :

  • 67 Ar. Av. vv. 34-35.

« Nous, citoyens parmi les citoyens, personne ne nous chasse, nous nous sommes envolés de notre patrie de nos deux pieds (ἀνεπτόμεσθ᾽ ἐκ τῆς πατρίδος ἀμφοῖν ποδοῖν). » 67

  • 68 Ibid. v. 36.
  • 69 Ibid. vv. 37-41. Plus loin, Euelpidès se définit comme ἀπηλιαστής « qui fuit les Héliastes » pour d (...)

34Eux aussi « haïss[ent] cette cité »68 dont les habitants ne pensent qu’à faire des procès69.

  • 70 Ar. Eq. vv. 22-23, 25-26.
  • 71 Ibid. v. 26.

35Dans les Cavaliers également, les deux personnages principaux de la pièce, qui représentent Nicias et Démosthène, veulent fuir à cause des mauvais traitements qu’ils endurent d’un certain « Peuple », mais aucun des deux n’arrive à dire le mot, finalement lâché : « μόλωμεν »70, « Partons ! », qui devient « αὐτομολῶμεν »71, « Partons de nous-mêmes ! », ou plutôt « Passons à l’ennemi ! ». C’est l’exil des dirigeants qui est ici moqué à travers ce qui ressemble à une scène de discussion entre esclaves maltraités. Chez Aristophane, l’exil est d’abord présenté comme une heureuse solution à tous les problèmes, mais elle apparaît toutefois vite limitée, si on prend en compte les rencontres que font les exilés des Oiseaux et le nombre de fâcheux qui se pressent aux portes de la nouvelle cité.

36Aristophane fait presque de l’exil volontaire une rébellion citoyenne, mais c’est davantage à Platon que l’on devrait l’idée d’un exil « éthique ». Chez Aristophane, les exilés des Oiseaux servent à faire rire et réfléchir la cité sur ses penchants procéduriers, l’exil des dieux de la Paix dit, quant à lui, combien le peuple souffre d’attendre un accord entre Athènes et Sparte, tandis que, quand Platon forge l’idée du « philosophe en exil », c’est que la démocratie a déjà échoué.

  • 72 Pl. Resp. 6,496a-b.

37Chez Platon, l’exil est également présenté comme l’éloignement de la cité mais il se manifeste plus nettement comme le refus d’une politique jugée indigne et comme une critique de la démocratie athénienne. Dans le livre VI de la République, l’exil est même présenté comme un bienfait dans la mesure où la distance par rapport à la cité est synonyme d’une distance par rapport aux corrupteurs72. Platon affirme ainsi :

  • 73 Pl. Resp. 6.496a-b.

« Il reste donc […] un tout petit groupe de personnes qui sont dignes de s’associer à la philosophie ; il peut être soit éloigné par l’exil (ὑπὸ φυγῆς καταληφθέν), d’un noble caractère et formé à une bonne éducation, loin des corrupteurs, à demeurer par nature voué à la philosophie, soit il est dans une petite ville, quand il y naît une grande âme (ἐν σμικρᾷ πόλειὅταν μεγάλη ψυχὴ φυῇ), méprisant les affaires de la cité qu’elle trouve indignes. » 73

38L’exil n’est pas entaché d’une mauvaise réputation si les exilés sont dotés d’une bonne éducation et de bonnes mœurs. Il s’agit même d’une forme de supériorité par rapport au reste des citoyens et dans certains cas d’une sorte de martyr de l’homme juste.

  • 74 Aeschin. Ep. 5.6. Les lettres d’Eschine sont considérées comme apocryphes.

39Pourtant, Socrate refuse bel et bien de partir en exil au moment de sa condamnation à mort. Paradoxalement, et sans doute par confusion, c’est en fait la meilleure propagande qui soit pour l’exil en tant que protestation. On sait ainsi que, en réaction à la condamnation à mort de Socrate, les intellectuels athéniens se sont exilés en nombre pour mieux cerner, de loin, les limites de la démocratie athénienne. Par exemple, Démosthène ou Eschine exilés ne s’interrogent pas moins sur la situation politique à Athènes et font part à la cité de leur réflexion : même si l’idée sous-jacente est de se rappeler au bon souvenir des Athéniens dans l’espoir de rentrer plus vite, leur démarche intellectuelle se rapprocherait de ces nombreux historiens grecs qui, en quelque sorte, pensaient mieux en exil. Ainsi, Eschine précise qu’il préfère l’exil au statut d’Athénien, car, dit-il, « comme d’un chien enragé, il [lui] semble être éloigné (ἀπηλλάχθαι) de la passion de la politique »74.

  • 75 Hdt. 8.4-5, 75 ; Thuc. 1.135-138.
  • 76 Thuc. 6.89-92 ; 8.45-97 ; Xen. Hell. 1.4, 8-12. Cf. Isoc. 16 ; Lys. 14 ; [Andoc.] 4.
  • 77 Voir Payen, 2010.

40On pourrait estimer que ces trois catégories sont réductibles à des genres littéraires : l’exilé accablé par le sort est majoritairement illustré par de grandes figures tragiques, tandis que l’exilé téméraire est, comme on l’a vu, très présent chez les historiens et qu’enfin, l’exilé penseur, trouve sa place chez Platon. Pourtant, ces représentations apparaissent souvent là où on ne les attend pas. Ainsi, par exemple, dans la tragédie, la Médée d’Euripide, détourne les codes de la supplication et fait de ses pleurs une arme pour manipuler son hôte et établir un plan de vengeance. Elle n’est, en fait, jamais l’exilée accablée qu’on attendrait. De même, comment ne pas s’étonner de voir que des exilés célèbres, comme Thémistocle75 et surtout Alcibiade76, sont particulièrement doués pour endosser l’habit de ces trois types d’exilé au gré des circonstances : se présenter à l’ennemi comme un exilé accablé par le sort, mais être, en même temps, suffisamment habile pour mettre ses talents à contribution et ainsi faire de l’exil une arme contre la démocratie athénienne. Enfin, pensons aux orateurs attiques qui, au lendemain du régime des Trente et de l’exil massif du peuple au Pirée, multiplient les références tantôt aux performances guerrières tantôt aux innombrables malheurs du peuple exilé, reprenant aux Tragiques les plaintes des personnages exilés et aux Historiens leurs prouesses stratégiques77.

  • 78 Voir Blaudeau, 2008 ; Gaertner, 2007 ; Classeen, 1999.

41Ainsi, considérons ces trois représentations qui ont été proposées comme étant le fruit d’une intertextualité nourrie pendant quatre siècles et elles-mêmes destinées à évoluer à la fin de l’époque classique, comme par exemple celle de l’exilé penseur, renouvelée à partir de l’ère chrétienne en celle de l’intellectuel martyr78.

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Notes

1 Voir Gray, 2015 ; Garland, 2014 ; Forsdyke, 2005 ; Seibert, 1979.

2 Peu de recherches ont été menées dans ce domaine : voir Sultan, 1999, Bordaux, 1992 et Schnayder, 1957-58.

3 Eur. Bacch. v. 1366. C’est nous qui traduisons, comme dans l’ensemble de l’article. Les éditions de référence pour l’ensemble des passages étudiés dans cet article sont, par ordre alphabétique, les suivantes : Aeschines, with an english translation by C. D. Adams, Londres : William Heinemann Ltd ; Cambridge, Ma. : Harvard University Press, 1948. Aeschylus, edited and translated by A. H. Sommerstein, Cambridge, Ma. ; Londres : Harvard University Press, 2008, 2 vol. ; t.1, Persians, Seven Against Thebes, Suppliants, Prometheus Bound ; t. 2, Oresteia. Aristophanes, edited and translated by J. Henderson, Harvard University Press, 4 vol. : t. 1, Acharnians, Knights, 1998 ; t. 2, Clouds, Wasps, Peace, 1998 ; t. 3, Birds, Lysistrata, Women at the Thesmophoria, 2000 ; t. 4, Frogs, Assemblywomen, Wealth, 2002. Euripides, edited and translated by D. Kovacs, Cambridge, Ma. ; London : Harvard University Press, 6 vol. : t. 1 : Cyclops, Alcestis, Medea, 1994 ; t. 2 : Children of Heracles, Hippolytus, Andromache, Hecuba, 1995 ; t. 3, Suppliant Women, Electra, Heracles, 1998 ; t. 4 : Trojan Women, Iphigenia among the Taurians, Ion, 1999 ; t. 5 : Helen, Phoenician Women, Orestes, 2002 ; t. 6, Bacchae, Iphigenia at Aulis, Rhesus, 2002. Herodotus, with an english translation by A. D. Godley, Londres : William Heinemann Ltd ; Cambridge, Ma. : Harvard University Press, 4 vol. ; vol. 1, 1946 ; vol. 2, 1950 ; vol. 3, 1950 ; vol. 4, 1946. Homer, The Odyssey, with an english translation by A. T. Murray, Cambridge, Ma. : Harvard University Press ; Londres: William Heinemann Ltd, 1995, 2 vol. Isocrates, Cambridge, Ma. : Harvard University Press ; Londres : William Heinemann Ltd, 3 vol ; t. 1, with an english translation by G. Norlin, 1954 ; t. 2, with an english translation by G. Norlin, 1929 ; t. 3, with an english translation by L. Van Hook, 1945. Lysias with an english translation by W. R. M. Lamb, Cambridge, Ma. : Harvard University Press ; London : William Heinemann Ltd, 1943. Plato, Republic, edited and translated by C. Emlyn-Jones and W. Preddy, Londres ; Cambridge, Ma. : Harvard University Press, 2013, 2 vol. Sophocles, edited and translated by H. Lloyd-Jones, Cambridge, Ma. ; Londres : Harvard University Press, 3 vol. : t. 1, Ajax, Electra, Oedipus Tyrannus, 1994 ; t. 2 : Antigone, The Women of Trachis, Philoctetes, Oedipus at Colonus, 1994 ; t. 3, Fragments, 1996. Thucydides, with an english translation by C. Smith Forster, Londres : William Heinemann Ltd ; Cambridge, Ma. : Harvard University Press, 4 vol. ; vol. 1, 1956 ; vol. 2, 1953 ; vol. 3, 1952 ; vol. 4, 1958. Xenophon’s Hellenica, with an english translation by C. L. Brownson, Londres : William Heinemann Ltd ; Cambridge, Ma. : Harvard University Press, 2 vol. ; vol. 1 : 1947 ; vol. 2 : 1950.

4 Ibid. v. 1367.

5 Eur. Med. vv. 502-506.

6 Eur. Phoen. vv. 974-979.

7 Eur. Hipp. vv. 1066-69.

8 Aeschin. 3.209.

9 Voir Goblot-Cahen, 1999.

10 Eur. Heracl. v. 16.

11 Ibid. v.19-20.

12 Ibid. v. 31.

13 Lys. 12.95.

14 Ibid. 97.

15 Hdt. 3.50-51.

16 Aesch. Eum. v. 74-77.

17 Eur. El. v. 1250-1253.

18 Eur. HF v. 1286-1291.

19 Dem. 23.39-41.

20 Voir Forsdyke, 2005.

21 Eur. HF v. 51-52.

22 Eur. El. v. 204-205.

23 Soph. OC v. 444. Voir Coin-Longeray, 2014.

24 Hdt. 3.52.

25 Soph. OC vv. 556-558.

26 Ibid. vv. 1257-1262.

27 Ibid. v. 555.

28 Ibid. v. 556.

29 Ar. Ran. vv. 1063-1064.

30 Ibid. v. 1066.

31 Isoc. 14.46-48.

32 Voir Arnould, 1999.

33 Hom. Od. 5.151- 152

34 Eur. Hipp. v. 1178.

35 Ibid. v. 1175-1177.

36 Ar. Eq. vv. 8-12.

37 Voir Ov. Met. 6.572 suiv.

38 Aesch. Ag. vv. 1050-1051 : χελιδόνος δίκην, « comme une hirondelle ».

39 Aesch. Supp. vv. 58-67.

40 Voir aussi Hom. Il. 9.561-564 ; Od. 19.518-522.

41 Aesch. Cho. v. 447 : πολυσινοῦς κυνὸς δίκαν, pour Électre, « comme un chien très malfaisant ».

42 Aesch. Supp. v. 760 pour les Danaïdes.

43 Eur. Phoen. vv. 420-421.

44 Aesch. Ag. v. 1064.

45 Cassandre, comparée à la bête sauvage, fait l’objet d’une métaphore qui est filée : « Elle n’a pas appris à porter le mors » (Aesch. Ag. v. 1066). En effet, le coryphée lui demande de faire l’épreuve du joug : « Porte le joug pour la première fois (καίνισον ζυγόν) » (ibid. v. 107).

46 Certains citoyens, présentés comme « les amis des exilés » de Mégare (Thuc. 4.66 : οἱ δὲ φίλοι τῶν ἔξω ; 4.74 : τοῖς τῶν φευγόντων φίλοις) participent à leur retour dans la cité ; il y aussi dans Phlionthe des gens bienveillants (εὐμενεῖς) envers les exilés, sans compter les Lacédémoniens qui font savoir aux habitants de Phlionte restés dans la ville que « les exilés étaient amis des Lacédémoniens (φίλοι μὲν οἱ φυγάδες τῇ Λακεδαιμονίων πόλει) et qu’il fallait les laisser revenir ». Cf. Xen. Hell. 5.2.9.

47 Seibert, dans son paragraphe intitulé « Die Anhänger und Freunde », n’envisage que la dimension politique de l’amitié (Seibert, 1979, p. 382).

48 Hom. Od. 3.71-72 ; 9.253-254.

49 Isoc. 16.13.

50 Hdt. 5.30-34 ; 8.65 ; 8.54-55.

51 Thuc. 1.23.

52 Sauf quelques cas tels que Hippias, Thémistocle, Alcibiade. À part eux, et d’autres stratèges parfois nommés, aucun exilé n’est appelé par son nom et il n’y a pas de hiérarchie dans les groupes d’exilés étudiés.

53 En Thuc. 5.4, les membres du parti des démocrates Léontiniens furent expulsés (ἐκπεσόντων) par les plus riches citoyens car ils avaient proposé un partage des terres. Ils partent s’installer à Syracuse, mais vont finalement rejoindre un district de leur ancienne cité doté d’un fort et « depuis la base fortifiée, ils engageaient des hostilités (ἐκ τῶν τειχῶν ἐπολέμουν) », avec les encouragements des Athéniens.

54 Voir Thuc. 1.111-113 ; 4.52 ; 4.75.

55 Xen. Hell. 4.8.20 ; 5.2.9-10 ; 5.4.2-3.

56 Ibid. 5.4.2.

57 Ibid. 5.4.3.

58 Ibid. 5.4.3.

59 Ibid. 5.4.5.

60 Ibid. 5.4.6-7.

61 Ibid. 5.4.3.

62 Cela concerne surtout les anciens exilés, habités par la volonté de sauver leur cité : au moment où Euphron – qui s’est auparavant vanté d’avoir exilé tous les traîtres (φεύγουσιν ὑπ᾽ ἐμοῦ πάντες οἱ ὑμᾶς προδιδόντες) — entre dans Sicyone, avec des mercenaires levés à Athènes, mais ne peut prendre possession de l’Acropole occupée par les Thébains, il prévoit alors de partir soudoyer les Thébains. Mais « les anciens exilés (οἱ πρόσθεν φυγάδες), instruits de son voyage et de son projet, se rendirent à Thèbes pour le contrecarrer (ἀντεπορεύοντο). Comme ils le virent en bon terme avec les dirigeants, ils eurent peur qu’il ne réussisse ses projets et quelques-uns d’eux, bravant le danger, l’égorgèrent dans l’acropole, au moment où les magistrats et le conseil y tenaient séance » (Ibid., 7.3.5).

63 Pl., Resp. 8.558a.

64 Voir Luck-Huyse, 1997.

65 Ar. Pac. v. 197 : « partis hier, ils se sont expatriés (φροῦδοι γὰρ ἐχθές εἰσιν ἐξῳκισμένοι) » ; v. 203 : ἐξῳκίσαντο ; v. 206 : ἀνῳκίσανθ’[ο].

66 Ibid. v.v 208-209.

67 Ar. Av. vv. 34-35.

68 Ibid. v. 36.

69 Ibid. vv. 37-41. Plus loin, Euelpidès se définit comme ἀπηλιαστής « qui fuit les Héliastes » pour dire qu’il a fui Athènes (v. 110). Il est possible que la pièce perdue d’Aristophane Les Îles évoquait une thématique semblable : voir Carrière, 2000, p. 197-236. Il est notamment question dans cette pièce d’une certain Panetios exilé après l’affaire des Hermès et sujet aux mêmes images que les autres personnages politiques exilés chez Aristophane.

70 Ar. Eq. vv. 22-23, 25-26.

71 Ibid. v. 26.

72 Pl. Resp. 6,496a-b.

73 Pl. Resp. 6.496a-b.

74 Aeschin. Ep. 5.6. Les lettres d’Eschine sont considérées comme apocryphes.

75 Hdt. 8.4-5, 75 ; Thuc. 1.135-138.

76 Thuc. 6.89-92 ; 8.45-97 ; Xen. Hell. 1.4, 8-12. Cf. Isoc. 16 ; Lys. 14 ; [Andoc.] 4.

77 Voir Payen, 2010.

78 Voir Blaudeau, 2008 ; Gaertner, 2007 ; Classeen, 1999.

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Pour citer cet article

Référence papier

Amandine Gouttefarde, « Lieux communs et représentations littéraires des exilés »Pallas, 112 | 2020, 93-106.

Référence électronique

Amandine Gouttefarde, « Lieux communs et représentations littéraires des exilés »Pallas [En ligne], 112 | 2020, mis en ligne le 01 juillet 2022, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/21125 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.21125

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Auteur

Amandine Gouttefarde

Université Paris IV Sorbonne

Professeur de Lettres Classiques en lycée, docteur en Études grecques
Laboratoire EDITTA, université Paris IV Sorbonne
amandine.gouttefarde[at]gmail.com

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Droits d’auteur

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