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À l’abri d’Apollon. Les Alcméonides réfugiés à Delphes (514/3-511/0 av. J.-C.)

In the Shelter of Apollo. The Alcmaeonids’ Exile in Delphi, 514/3–511/0 BC
Francesco Mari
p. 49-66

Résumés

Cet article reprend les sources concernant l’exil des Alcméonides à Delphes suite au meurtre d’Hipparque en 514 av. J.-C. La tradition antique sur l’épisode est contradictoire (notamment en ce qui concerne la réfection du temple d’Apollon et la « corruption » de la Pythie). Il n’est donc pas aisé, pour les chercheurs, de distinguer la propagande politique des Alcméonides de celle de leurs adversaires athéniens. Il y a pourtant une autre hypothèse qui mérite d’être explorée : il se peut en effet que les accusations concernant la corruption de la Pythie aient été élaborées non pas à Athènes, mais dans des milieux delphiens eux-mêmes.

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Texte intégral

  • 1 En général, on peut voir Toepffer, 1894, col. 1556 sq. ; Jacoby, 1949, p. 152-168 (passim), 186-188 (...)
  • 2 À l’occasion du massacre des Cyloniens au viie s. : voir Hdt. 5.71 ; Thuc. 1.126 ; Plut. Sol. 12 ; (...)
  • 3 Ortagorides de Sicyone : Hdt. 6.126-130 (sur l’épisode des noces d’Agaristé, voir Scott, 2005, p. 4 (...)
  • 4 Cf. la tradition le rôle d’Alcméon (II) dans la première guerre sacrée : Plut. Sol. 11.2. Sur ce co (...)
  • 5 Notamment le soutien au retour de Pisistrate à Athènes après son premier exil : Hdt. 1.60 ; [Arist. (...)
  • 6 Après le procès suite au massacre des Cyloniens (cf. supra, n. 2) : Thuc. 1.126.11-12 et Plut. Sol. (...)

1Une histoire de la célèbre famille athénienne des Alcméonides n’a pas encore été écrite1. Pourtant cette histoire – c’est le moins que l’on puisse dire – n’a pas été de tout repos. Pendant plus de deux siècles, les Alcméonides ont en effet compté parmi les protagonistes de la vie politique d’Athènes, se faisant remarquer tour à tour par leur impiété2, par leur richesse et par leurs réseaux en Grèce et à l’étranger3, par leurs exploits militaires4, par les intrigues politiques qu’ils organisèrent5 et par le nombre d’exils qu’ils durent subir. À l’époque étudiée dans cet article, celle qui fit suite à l’assassinat d’Hipparque en 514 av. J.-C., les Alcméonides avaient déjà été exilés deux fois6.

  • 7 Cf. supra, n. 5.
  • 8 Selon Hdt. 6.123, après 546 les Alcméonides ne seraient plus rentrés à Athènes (cf. Isoc. 16.25). M (...)

2D’ailleurs, si d’un côté on ne peut pas nier qu’ils aient joué un rôle fondamental dans l’ascension de Pisistrate au pouvoir7, il n’y a guère de doute qu’ils aient également été la bête noire du tyran et de ses fils. Pisistrate avait eu beau réaccueillir les Alcméonides à Athènes quelque temps après sa victoire de 546 à Pallène ; la confiance retrouvée ne suffit manifestement pas pour empêcher qu’Hippias les expulse d’Athènes avec tous ceux qui étaient susceptibles d’avoir participé à la tentative de coup d’État qui avait mené à la mort d’Hipparque8.

  • 9 Voir [Arist.] Ath. Pol. 19.3, avec Rhodes, 1981, ad loc. Aristote fait suivre l’arrivée à Delphes à (...)
  • 10 Sources : Pind. Pyth. 7; Hdt. 5.62-63 ; Dem. 21.144 ; Isoc. 15.232 ; [Arist.] Ath. Pol. 19.4 ; Phil (...)

3En réalité, rien ne suggère que les Alcméonides fussent impliqués dans le meurtre d’Hipparque. Il reste que la famille, de concert avec les autres Athéniens exilés, tenta initialement de rentrer à Athènes par la force. Mais elle subit un échec grave à Leipsydrion (513 av. J.-C.)9. Pendant cette période, on ignore si peu avant ou peu après la bataille, les Alcméonides trouvèrent un abri à Delphes10.

  • 11 Plut. De malign. Hdt. 23 (Mor. 860 C). Sauf exceptions signalées en note, les traductions des texte (...)

4La suite des événements telle que la raconte Hérodote au livre V des Histoires susciterait, quelques siècles plus tard, l’indignation de Plutarque. En effet, l’écrivain de Chéronée ne pouvait pas pardonner à Hérodote d’avoir insinué que « Clisthène, qui appartenait à l’élite des familles athéniennes, persuada la Pythie d’énoncer de fausses prophéties et de répéter constamment aux Lacédémoniens qu’il fallait délivrer Athènes des tyrans ». Hérodote – continue Plutarque – « présente ainsi, d’une manière calomnieuse, l’entreprise la plus glorieuse et la plus légitime comme une impiété et une imposture d’une extrême gravité, enlevant du même coup à la divinité une prophétie dont la beauté et la grandeur sont bien dignes de Thémis, qui a part, dit-on, à l’activité prophétique »11.

  • 12 Sur Plutarque à Delphes, voir Jacquemin et al., 2012, nº 148 = n° 151 dans Lefèvre, 2002, dont on v (...)

5Les raisons de l’indignation de Plutarque ne sont pas difficiles à déceler si l’on se souvient de son rapport privilégié avec le sanctuaire de Delphes, dont il avait été élu prêtre aux alentours de 90 apr. J.-C.12. Néanmoins, comme nous tâcherons de le montrer, il se peut que – par sa défense d’Apollon et de la Pythie – l’écrivain de Chéronée s’en soit pris, sans s’en rendre compte, au complexe pythique lui-même.

1. Bref aperçu des sources

  • 13 Voir Thomas, 1989, p. 238 sq. et Lavelle, 1993, p. 101-106.

6Ayant écrit à peu près 600 ans après les faits, Plutarque se trouvait, vis-à-vis des sources des époques archaïque et classique sur l’exil des Alcméonides, dans une situation semblable à celle de l’historien de nos jours. Il avait en effet affaire à un certain nombre de récits différents, dont les versions ne correspondent pas tout à fait. Chacune des sources à disposition semble être biaisée par une ou même plusieurs traditions qui découlent toutes, en dernière instance, de la propagande politique, soit-elle contemporaine aux événements ou remontant à des phases postérieures de la démocratie athénienne13. Il vaut mieux par conséquent que nous aussi nous nous tournions vers pareilles sources, afin de rappeler les détails des faits et de récapituler les problèmes qu’ils posent à l’historien.

7Tout d’abord, il y a le récit d’Hérodote, qui se distingue par sa richesse et constitue le point de départ de toute reconstruction (5.62-63) :

  • 14 Hdt. 5.62-63. Cf. Fontenrose, 1978, Q124. Trad. CUF légèrement modifiée. Cf. les louanges de Pindar (...)

« Les Alcméonides […] prirent en adjudication auprès des Amphictions la reconstruction du temple qui se dresse aujourd’hui à Delphes, mais qui n’existait pas encore à cette époque (παρ᾽ Ἀμφικτυόνων τὸν νηὸν μισθοῦνται τὸν ἐν Δελφοῖσι, τὸν νῦν ἐόντα τότε δὲ οὔκω, τοῦτον ἐξοικοδομῆσαι). Leurs ressources étaient abondantes, et ils jouissaient déjà de longue date d’une haute considération (οἷα δὲ χρημάτων εὖ ἥκοντες καὶ ἐόντες ἄνδρες δόκιμοι ἀνέκαθεν ἔτι) ; ils édifièrent le temple plus beau que ne prévoyait le modèle ; en particulier, bien qu’il fût convenu avec eux de le construire en tuf, ils en firent la façade en marbre de Paros. Or donc, à ce que racontent les Athéniens (οἱ Ἀθηναῖοι λέγουσι), ces hommes, établis à Delphes, obtinrent à prix d’argent de la Pythie (ἐν Δελφοῖσι κατήμενοι ἀνέπειθον τὴν Πυθίην χρήμασι) que, chaque fois que des Spartiates, soit à titre privé, soit à titre public, viendraient consulter l’oracle, elle les invitât à délivrer Athènes. La même déclaration leur étant toujours répétée, les Lacédémoniens envoyèrent avec une armée Anchimolos fils d’Aster, homme de distinction parmi leurs concitoyens, pour chasser d’Athènes les Pisistratides. »14

  • 15 Sur le temple des Alcméonides à Delphes, voir De la Coste-Masselière, 1946 ; Bommelaer, 1991, p. 18 (...)
  • 16 Voir notamment Stahl, 1987, p. 127-133.
  • 17 Hdt. 2.180.1. On emprunte la traduction de ce passage à Sánchez, 2001, p. 90. Sur l’Amphictionie de (...)
  • 18 L’appel d’offres a dû avoir lieu quelques temps après l’incendie, son terminus ante quem ultime éta (...)
  • 19 Cf. Sánchez, 2001, p. 89-90.
  • 20 De la Coste-Messelière 1946 ; Giuliani, 2001, p. 36-37 ; Rougemont 2013, p. 48.

8Dans ses éléments fondamentaux, ce récit est très simple : s’étant réfugiés à Delphes, les Alcméonides obtiennent de l’Amphictionie de payer les travaux pour la réfection du temple d’Apollon15, selon un principe que certains historiens ont comparé avec celui de la liturgie16. Ainsi faisant, ils gagnent la possibilité de vivre à Delphes et dépensent davantage de ressources pour corrompre la Pythie, qui à force d’oracles biaisés convainc les Spartiates d’attaquer les Pisistratides en 511/0 av. J.-C. Nous laissons pour l’instant de côté les autres facteurs qui ont dû jouer un rôle dans le choix spartiate d’attaquer Athènes. Il vaudra mieux pourtant remarquer que l’idée d’une « liturgie » pure est remise en cause par un passage précédent des Histoires, où Hérodote nous informe que « les Amphictions avaient mis en adjudication (μισθωσάντων) la reconstruction du temple qui se dresse aujourd’hui à Delphes (le précédent avait brûlé de lui-même [αὐτόματος]) pour un montant de trois cents talents »17. Ainsi, il convient de songer à ce que les Alcméonides aient pris en adjudication du Conseil amphictionique l’achèvement des travaux18, les χρήματα mentionnés par Hérodote constituant, à l’instar de leur considération éprouvée, une garantie supplémentaire de leur fiabilité19. Aussi la logique de la liturgie ne sera-t-elle éventuellement à retenir que pour ce qui concerne l’engagement à refaire la façade en marbre : puisque le devis des Amphictions prévoyait du tuf et que la dépense supplémentaire était loin d’être négligeable, la famille dut vraisemblablement avoir recours à ses propres moyens pour mener l’œuvre à bien. Mais il est tout à fait possible que cela ait eu lieu après le retour des Alcméonides à Athènes20.

9Considérons à présent la manière dont des orateurs du ive siècle tels qu’Isocrate et Démosthène présentent les faits :

  • 21 Isoc. 15.232. De manière intéressante et à l’instar de Demosthène, Isocrate connaît une version de (...)
  • 22 Dem. 21.144. Le scholiaste de Demosthène (qui confond Clisthène avec son père Mégaclès [II], cf. Ki (...)

Isocrate : « Clisthène, que les tyrans avaient chassé, persuada par son éloquence les Amphictions de lui prêter l’argent du dieu (λόγῳ πείσας τοὺς Ἀμφικτύονας δανεῖσαι τῶν τοῦ θεοῦ χρημάτων αὑτῷ) ; il ramena alors le peuple, chassa les tyrans et fonda cette démocratie qui fut pour la Grèce l’origine de tous les biens. »21

Démosthène : « Les Alcméonides, […] d’après la tradition, bannis par les tyrans pour avoir pris les armes pour la défense du peuple, se firent prêter de l’argent par Delphes (δανεισαμένους χρήματ᾽ ἐκ Δελφῶν), puis libérèrent la cité et expulsèrent les fils de Pisistrate. »22

  • 23 Sur la « tradition officielle » athénienne, voir notamment Thomas, 1989, p. 196-237, et cf. p. 252.
  • 24 Cf. infra, p. 7.
  • 25 Thomas, 1989, p. 254-257.

10Cette deuxième tradition fait disparaître les Spartiates de l’histoire, et laisse les Alcméonides seuls sur scène, en tant que représentants uniques de l’Athènes anti-tyrannique. Nous pouvons sans trop de crainte l’interpréter comme tirée d’une version patriotique de l’histoire d’Athènes ayant cours au ive siècle. À cette époque on tendait à aplatir tous les conflits entre factions politiques des vie et ve siècles sur un « récit national », centré sur la lutte victorieuse de la démocratie athénienne et de ses partisans contre les tyrannies qui l’avaient menacée (les Pisistratides d’abord, puis les Trente)23. Au demeurant – comme nous allons le voir dans quelques pages – il n’est pas impossible de cerner, à l’intérieur de cette tradition, les éléments qui remontent directement à la propagande alcméonide datant d’après les événements24. L’analyse la plus approfondie de cette version des faits est sans doute celle de Rosalind Thomas, qui en a brillamment reconstruit à la fois la nature et l’origine en la situant dans le cadre plus large des traditions athéniennes sur la chute de la tyrannie et ses protagonistes, dont la plupart avaient longtemps circulé oralement25.

  • 26 Philochore est certainement la source de la portion de texte que nous avons espacée, mais l’opinion (...)

11Par ailleurs, nous trouvons à peu près la même version dans une scholie à la septième Pythique de Pindare (dont la source paraît être Philocore)26, qui donne pourtant quelques détails en plus et renverse l’ordre des événements :

  • 27 Philochorus, FGrH 328 F 115 =  Pind. Pyth. 7.9b.

« On dit en effet que les Alcméonides contraints à l’exil par les Pisistratides promirent de reconstruire le temple pythique qui aux dires de certains avait été incendié par les Pisistratides (λέγεται γὰρ ὅτι τὸν Πυθικὸν νεὼν ἐμπρησθέντα, ὥς τινές φασιν ὑπὸ τῶν Πεισιστρατιδῶν, οἱ ᾽Αλκμαιωνίδαι φυγαδευθέντες ὑπὸ τῶν Πεισιστρατιδῶν ὑπέσχοντο ἀνοικοδομήσειν). Après avoir reçu de l’argent et recueilli une armée (δεξάμενοι χρήματα καὶ συναγαγόντες δύναμιν), ils attaquèrent les Pisistratides. Après la victoire, raconte Philochore, ils rebâtirent le sanctuaire au dieu avec de plus grandes expressions de gratitude, comme ils en avaient fait vœu au dieu auparavant (εὐξάμενοι πρότερον τῶι θεῶι). »27

12Selon cette version de l’épisode, les Alcméonides auraient en effet reçu l’argent pour la solde des mercenaires de Delphes suite à leur promesse de financer la réfection du temple par la suite. L’emploi du marbre de Paros apparaît ici comme un signe de gratitude ultérieur au moment du paiement.

13Mais complétons notre tableau des sources par la version de la Constitution des Athéniens aristotélicienne :

  • 28 [Arist.] Ath. Pol. 19.4.

« Comme ils échouaient dans toutes leurs tentatives, les Alcméonides prirent en adjudication la construction du temple de Delphes, ce qui leur donna les ressources pour se faire soutenir par les Lacédémoniens (ἐμισθώσαντο τὸν ἐν Δελφοῖς νεὼν οἰκοδομεῖν, ὅθεν εὐπόρησαν χρημάτων πρὸς τὴν τῶν Λακώνων βοήθειαν). Et la Pythie ordonnait toujours aux Lacédémoniens qui la consultaient de délivrer Athènes, si bien qu’elle décida les Spartiates… »28

  • 29 Voir Rhodes, 1981, p. 190 et 237, qui remarque l’influence d’Hérodote dans les mots mêmes de la Con (...)
  • 30 Cf. Robinson, 1994, p. 364-365 ; Sánchez, 2001, p. 87, n. 33.

14Dans cette version, les Alcméonides prélèvent l’argent nécessaire à se faire soutenir par Sparte de la caisse pour la réfection du temple (on ne comprend pas très bien ce que le sanctuaire en savait) ; la Pythie, d’autre part, semble mener l’œuvre de pression sur les Lacédémoniens de son propre chef, personne ne l’ayant corrompue. L’auteur de la Constitution des Athéniens, finalement, connaît à la fois la version d’Hérodote et la tradition qui nous est parvenue à travers le témoignage des orateurs, et les mélange29. Cependant le résultat n’est guère convaincant, car la mention de l’œuvre de la Pythie, n’ayant aucune relation de causalité avec les actions des Alcméonides (puisque le motif de la corruption a disparu) ne semble pas rentrer dans un tableau cohérent. Elle découle peut-être d’une tentative de suivre Hérodote sans démentir la version qui avait pris pied parmi les Athéniens et qui avait nettoyé le récit officiel de leur histoire des détails les plus fâcheux : l’intervention de Sparte et notamment la μηχανή au détriment d’Apollon30.

2. Le thème de la corruption de la Pythie et la propagande politique athénienne

  • 31 Voir p. ex. Gillis, 1969 ; Nenci, 1998, p. 300.
  • 32 Par exemple les Philaïdes, cf. Davies, 1971, n. 8429, p. 293-312.

15Si l’on veut chercher à mettre un peu d’ordre dans ces récits contrastants, il vaut sans doute mieux repartir d’Hérodote. À première vue, ses propos élogieux au sujet du prestige de longue date et de la richesse des Alcméonides peuvent faire songer à ce que l’historien d’Halicarnasse tire ses informations d’une source favorable à la famille. Le même thème revient d’ailleurs dans d’autres passages des Histoires. On pense notamment aux paragraphes 121-130 du livre 6 des Histoires, que l’on qualifie souvent de véritable « apologie » des Alcméonides. En fait, la vulgate concernant les gloires passées de l’oikos alcméonide dépend justement de cet excursus hérodotéen. Plusieurs historiens l’ont relié à l’ascendant que Périclès, lui-même un Alcméonide par sa mère, aurait eu sur Hérodote31. Il faut effectivement reconnaître que, quoiqu’à l’épreuve des sources, d’autres familles athéniennes se révèlent pourvues d’une ascendance à la fois plus ancienne et plus illustre que celle de Clisthène et de Périclès32, nulle ne fait l’objet d’un traitement si privilégié de la part de l’historien d’Halicarnasse.

  • 33 Jacoby, 1949, p. 161-162, qui oppose pareille « tradition alcméonide » sur la libération d’Athènes (...)
  • 34 Cf. Thomas, 1989, p. 249.
  • 35 Thuc. 1.126.2-127. Voir Thomas, 1989, p. 261-262, 272-281 et cf. supra, n. 2.

16Nonobstant cela, dans les pages que nous avons déjà évoquées, Rosalind Thomas a bien montré que les informations d’Hérodote sont loin de dépendre uniquement d’une « tradition alcméonide », comme l’avaient affirmé Felix Jacoby et nombre d’autres savants dans le sillon de ce dernier33. C’est pourquoi il n’est guère étonnant de constater que, dans le cas de 5.62-63 aussi, les louanges hérodotéennes s’accompagnent en réalité d’un récit que l’on peinerait à considérer comme élogieux pour les Alcméonides34. Au contraire : la famille apparaît dans ce récit comme étant prête à faire outrage à Apollon lui-même afin de parvenir à ses fins. Bien qu’elle ait été recueillie dans l’Athènes du ve siècle et malgré les épithètes flatteuses qu’elle contient, finalement, il ne serait pas impossible de rattacher la tradition rapportée par Hérodote à une source hostile aux Alcméonides, en rapprochant le motif de la corruption de la Pythie à celui de l’ἄγος qui, depuis la fin du viie siècle, pesait sur les Alcméonides et que les Spartiates n’hésiteraient pas à sortir du chapeau pour l’attaquer35.

  • 36 Pour ces luttes, dont l’impact sur la tradition ancienne est considérable, cf. p. ex. Williams, 198 (...)
  • 37 Voir Thomas, 1989, p. 250-251.
  • 38 Cf. Hdt. 6.121, 123-124.
  • 39 Thuc. 2.65.9. Cf. Romilly, 1965.
  • 40 Contre le risque qu’on évoque le soutien offert de Mégaclès (II) à Pisistrate lors de sa deuxième p (...)

17Plutôt que de donner raison à Plutarque, il vaut pourtant mieux nuancer nos interprétations. Il convient en revanche de souligner que – dans l’Athènes péricléenne que connut Hérodote – les souvenirs laissés dans la mémoire collective par la lutte politique entre les partisans de différents régimes politiques qui avait agité la cité entre la chute des tyrans et la fin des guerres médiques36 ont dû circuler sous une forme atténuée. Il ne faut sans doute pas penser, en d’autres termes, que les Athéniens du milieu du ve siècle reconnaissaient encore ces versions des faits diverses en tant que fragments de propagande politique datant de l’époque de leurs grands-parents. Les thèmes du débat politique à Athènes avaient en effet évolué, et le soutien envers la démocratie était à son zénith. Ainsi, plusieurs versions de l’histoire récente aux détails contradictoires pouvaient coexister dans les mémoires sans que cela ne frappe particulièrement les esprits37. Il en va de même pour l’origine de chacun de ces détails, y compris celui qui concerne l’achat du soutien de Delphes par les ancêtres de Périclès. À l’instar d’autres accusations et anecdotes qu’Hérodote mentionne dans son « apologie » des Alcméonides, on peut se douter que cette histoire ait été utilisée par les adversaires de Périclès afin de l’attaquer. Néanmoins, à la différence d’autres accusations (pensons par exemple à la trahison sur le champ de Marathon)38, nous ne sommes guère en mesure de classer la corruption de la Pythie parmi les arguments que les adversaires athéniens des Alcméonides avaient utilisés à l’encontre de la famille lorsque celle-ci avait été suspectée de conspirer avec les Perses et les Pisistratides. Certes, à l’époque où la plupart des leviers de la démocratie athénienne étaient concentrés dans les mains de Périclès39, la comparaison polémique avec un ancêtre qui avait détourné la voix d’Apollon à des fins personnelles était susceptible de lui créer un certain embarras. Cependant, quelque six décennies auparavant, la charge d’avoir libéré Athènes des Pisistratides – fût-ce même par l’impiété – aurait risqué de se retourner à l’encontre de quiconque l’avait utilisée pour accuser les Alcméonides de collaborationnisme avec les anciens tyrans eux-mêmes40.

  • 41 Cf. surtout Forrest, 1969, p. 278.

18Finalement, il ne nous paraît pas moins malaisé de déceler l’origine du motif de la corruption de la Pythie dans la propagande athénienne hostile aux Alcméonides que de rattacher celle-ci à la tradition de la famille elle-même. Quant à cette tradition, il faut dire qu’elle est moins simple à reconnaître chez Hérodote que dans les plaidoyers de ive siècle, qui a leur tour – d’après les chercheurs – ont dû la reprendre de l’attidographie41.

19Comme nous le mentionnions plus haut, il semble en effet vraisemblable que certains détails qui au ive siècle faisaient partie du récit patriotique de la démocratie athénienne (à savoir le même qui avait regroupé les protagonistes des luttes politiques archaïques sous la rubrique de « pères nobles de la patrie » et qui oubliait de mentionner le détail peu glorieux de l’intervention spartiate) proviennent en réalité d’une tradition plus ancienne et très probablement alcméonide. L’élément le plus suspect est la mention du fait que l’ancien temple d’Apollon, celui qui avait brûlé en 548 av. J.-C. et que les Alcméonides s’engagèrent à rebâtir, avait été incendié par les Pisistratides.

  • 42 Voir Parke - Wormell, 1956, I, p. 144-145 ; Stahl, 1987, p. 125 ; Giuliani, 2001, p. 25.
  • 43 C’est ce que soutient Scott 2014, p. 100, sur la base de ce seul argumentum ex silentio. Mais le pl (...)
  • 44 Hdt. 1.62.4 et 64. Voir Giuliani, 2001, p. 26.
  • 45 Phot. Lex. π 1513 Theodoridis, s.v. Πύθιον ; cf. Suda, π 3130 Adler, s.v. Πύθιον . Le lien de ce te (...)
  • 46 Cf. Shapiro, 1989, p. 52 ; Giuliani, 2001, p. 28-33. Contra, Parke et Wormell, 1956, p. 121-122 ; B (...)
  • 47 Un soutien indirect à cette hypothèse pourrait d’ailleurs venir d’Hérodote, qui comme on l’a vu sou (...)
  • 48 Voir Hall, 2014, p. 236. Cf. Nenci, 1994, p. 249 (ad Hdt. 5.63.1) ; Scott, 2005, p. 413.

20Il n’y a que la scholie à la Pythique 7 de Pindare qui témoigne de pareille tradition, à laquelle il est pourtant difficile de prêter confiance. S’il est vrai, d’une part, que les rapports entre Pisistrate, puis ses enfants, et le sanctuaire de Delphes ne paraissent pas avoir été très cordiaux (aucune trace de contact direct n’apparaît dans les sources)42, il n’en demeure pas moins, d’autre part, que nous ne disposons pas d’assez d’éléments pour songer à ce que les tyrans aient été hostiles à l’oracle43. Bien au contraire, la mantique jouissait d’un poids considérable à la cour des Pisistratides, qui aimaient à la fois s’entourer de devins et interroger les oracles44. Le respect des tyrans envers le dieu de Delphes est d’ailleurs confirmé par la construction d’un temple dédié à Apollon Pythios sur le fleuve Ilissos45. Il semble que, par cette entreprise, Pisistrate ait voulu créer une alternative athénienne au sanctuaire de Delphes, lieu auquel – comme certains chercheurs l’ont soutenu – le culte d’Apollon Pythios comportait une « référence structurelle »46. Mais si Pisistrate entendait montrer son respect pour Delphes en dépit du manque de relations, un geste aussi violent que l’incendie de 548 paraît tout à fait injustifié. En évaluant le témoignage de la scholie de Pindare, il est par conséquent très tentant de songer à une opération de propagande visant à faire des Alcméonides les anti-Pisistratides par excellence. Les Alcméonides avaient rebâti l’édifice dont les Pisistratides avaient causé la ruine47. Les Alcméonides étaient dévoués au dieu de Delphes, avec lequel ils entretenaient une relation privilégiée, alors que les Pisistratides lui avaient fait outrage. Dans cette hypothèse il devient très difficile d’envisager la possibilité que la famille ait pu se vanter d’avoir libéré Athènes par le biais d’une ruse au détriment d’Apollon48. Sans doute Clisthène put-il revendiquer l’appui divin d’Apollon, qui par les incitations de sa prêtresse avait mis tout en œuvre pour soutenir la cause alcméonide de la liberté d’Athènes. Ce fut probablement beaucoup plus tard, après la guerre du Péloponnèse, que les références aux oracles provenant de Delphes furent évincées du récit patriotique athénien, comme toute mention du rôle décisif des Lacédémoniens dans les événements de 511/0. Quoi qu’il en soit, dans aucun cas (y compris la tentative de conciliation des sources opérée par la Constitution des Athéniens) la corruption de l’oracle n’est mentionnée par les auteurs de ive siècle.

21Pour récapituler, tel qu’il nous a été transmis par les sources et bien qu’Hérodote l’ait recueilli à Athènes (οἱ Ἀθηναῖοι λέγουσι), le motif de la corruption de la Pythie de Delphes semble très difficile à rattacher à la propagande politique athénienne des années qui s’étalent entre la chute des Pisistratides et la fin des guerres médiques, soit-elle de matrice alcméonide ou non. À la fois sa circulation à Athènes à l’époque d’Hérodote et l’utilisation qui en fut peut-être faite pour attaquer Périclès ne suffisent pas à étayer la vulgate d’une origine athénienne de cette anecdote.

22Bien évidemment, l’état de la tradition rend toute certitude à ce sujet impossible. Mais au vu des considérations que nous avons faites il n’en vaut pas moins la peine, selon nous, d’explorer la possibilité que la tradition sur la corruption de la Pythie qui offusquait tant Plutarque ait été élaborée en dehors d’Athènes.

3. Le rôle de Sparte, le rôle de l’Amphictionie : débats d’historiens

23À l’exception de la Constitution des Athéniens, dont les propos ambigus ne permettent pas de trancher à ce sujet, les sources postérieures au récit d’Hérodote concordent toutes quant au soutien politique « actif » que les Alcméonides reçurent de la part de Delphes dans leur tentative de renverser le gouvernement d’Hippias à Athènes. Isocrate ajoute d’ailleurs une précision qui a fait beaucoup débattre les historiens : Κλεισθένης […] λόγῳ πείσας τοὺς Ἀμφικτύονας δανεῖσαι τῶν τοῦ θεοῦ χρημάτων αὑτῷ (Antid. 232). Au demeurant, dans la mesure où l’on reconnaît que c’est l’Amphictionie de Delphes qui avait mis en adjudication la reconstruction du temple d’Apollon après l’incendie, les autres sources qui suivent dans ses grandes lignes le récit patriotique athénien confirment implicitement ce détail.

  • 49 Sur la première guerre sacrée (que les sources datent des premières années du vie s. av. J.-C.), vo (...)
  • 50 Puisque, selon les Δελφῶν ὑπομνήματα dont Plutarque dit avoir tiré ses informations, ce fut Alcméon (...)

24Contrairement à ce que l’on peut dire du détournement de l’oracle, il n’y a effectivement aucune raison de croire que le soutien actif d’une institution panhellénique comme l’Amphictionie à la cause noble de la libération de la cité de la tyrannie embarrassa le régime démocratique d’Athènes. Il en va d’ailleurs de même pour les Alcméonides, qui à l’époque des faits pouvaient de surcroît se vanter de relations amicales avec l’Amphictionie remontant à la première guerre sacrée, quand il semble que le Conseil ait étendu ses fonctions d’administration et de garantie au sanctuaire de Delphes49. Les Alcméonides n’avaient pas été étrangers à ce tournant crucial de l’histoire du sanctuaire50. C’est pourquoi, si d’un côté il n’est guère possible d’affirmer avec certitude qu’ils aient effectivement joui d’un ascendant auprès des Amphictions, il est de l’autre côté tout à fait envisageable qu’ils aient soutenu en jouir, comme les sources nous le font du moins suspecter.

  • 51 Cf. Camassa, 2007, p. 43-44 et n. 67.

25La revendication d’une entente cordiale avec l’Amphictionie semblerait finalement constituer, pour les Alcméonides, une ligne de propagande politique moins téméraire que celle de la μηχανή impie au détriment d’Apollon. De plus, elle aurait l’avantage d’intégrer dans un seul discours, certes partisan mais cohérent, à la fois le bon accueil que fit Delphes aux exilés athéniens, l’adjudication des travaux du temple afin de supporter les efforts pour la libération d’Athènes et la réfection en marbre de la façade du temple. À l’intérieur de ce discours (dont il conviendra de situer l’élaboration au moment où les efforts des Alcméonides pour prendre le contrôle d’Athènes furent couronnés de succès en 508/7 av. J.-C.)51, une série d’oracles hostiles aux Pisistratides n’aurait constitué que le signe, d’autant plus précieux qu’il était spontané, de l’appui du dieu à l’entente.

26Il n’aurait guère été difficile de riposter à une telle propagande en évoquant le soupçon que les réponses de l’oracle aient été biaisées à cause de cet accord entre les Amphictions et la famille. Bien que le pas fût bref, cependant, la cible de toutes les accusations ne fut pas tant le Conseil que la Pythie. Or, cette substitution est susceptible de se révéler assez parlante vis-à-vis de l’origine d’une charge que, comme nous avons tâché de le montrer, a relativement peu de chances d’être née à Athènes. Mais d’où pourrait-elle donc provenir ?

  • 52 Hdt. 5.90. Cf. Thomas, 1989, p. 249. Il n’y a pas pour autant besoin de songer à ce qu’il faille so (...)
  • 53 How - Wells, 1928, II, p. 30 (ad Hdt. 5.63.2).
  • 54 Cf. pourtant les doutes de Rhodes, 2016, p. 217 et les considérations de Hall, 2014, p. 237 : « It (...)
  • 55 Cf. Hdt. 5.91, et voir p. ex. Sánchez, 2001, p. 85. Sur l’agressivité d’Athènes après les réformes, (...)

27Une première possible réponse à cette question nous vient d’Hérodote. Dans la suite du livre 5 de ses Histoires, il relate en effet que ce furent les Spartiates qui « découvrirent » que la Pythie avait été corrompue, et cela peu après les victoires des Athéniens contre les Béotiens et les Chalcidiens et la tentative lacédémonienne de renverser le nouveau gouvernement athénien de 507/6 av. J.-C. Ainsi le roi Cléomène convoqua-t-il une assemblée des Péloponnésiens, auxquels il proposa de renouveler les attaques contre Athènes52. Dans leur commentaire à cet épisode, Walter How et Joseph Wells avaient déjà signalé que la charge de corruption « may be a fiction to cover […] [the] change in Spartan policy »53. Des raisons de Realpolitik susceptibles de mieux expliquer les campagnes lacédémoniennes à l’encontre des Pisistratides en 512/1 (Anchimolos) et 511/0 (Cléomène) sont d’ailleurs déjà mentionnées par la Constitution des Athéniens (19.4). Selon l’auteur, les Spartiates auraient craint le rapprochement récent entre les tyrans d’Athènes et les Argiens54. Par la suite, au vu du caractère belliqueux du nouveau régime athénien, il est possible qu’ils aient regretté leurs décisions et qu’ils aient tenté d’y remédier55.

  • 56 À l’instar de ce que fit le roi Cléomène lui-même selon Hdt. 6.66.2, voir infra, p. 14.
  • 57 [Arist.] Ath. Pol. 21.6.
  • 58 Hdt. 5.79-80.
  • 59 Hdt. 5.82-88. Sur la guerre entre Athènes et Égine, voir Figueira, 1988, cf. Scott, 2005, p. 546-55 (...)
  • 60 Hdt. 5.89.2 : ἦλθε μαντήιον ἐκ Δελφῶν.

28Ces argumentations n’expliquent cependant pas pourquoi Cléomène adressa la charge de collaborationnisme à l’encontre de la Pythie et non pas à l’encontre du Conseil de l’Amphictionie ou de certains de ces membres, qui auraient à leur tour usé de leur influence pour persuader la prêtresse56. Est-ce le signe d’une nouvelle entente politique, cette fois-ci entre Sparte et ses alliés (y compris les Pisistratides) et le Conseil de l’Amphictionie ? Certains historiens ont cru que oui, en trouvant des appuis pour cette hypothèse dans le changement d’opinion de la part du dieu de Delphes au sujet du gouvernement d’Athènes. L’élément temporel joue dans cette hypothèse un rôle fondamental, car à peine quelques mois auparavant, quand il avait choisi les noms des nouvelles tribus athéniennes, l’oracle semblait encore patronner le régime clisthénien57. Ce n’est qu’aussitôt avant que Cléomène découvre la ruse des Alcméonides qu’apparaîtraient les signes hypothétiques d’un nouveau cours. Les chercheurs ont notamment remarqué que, après la défaite que les Béotiens avaient subie de la part d’Athènes, la Pythie leur conseilla de chercher l’alliance des Éginètes58, dont l’hostilité à l’égard d’Athènes était ancienne59. Ces derniers se mirent ainsi à ravager les côtes de l’Attique. En même temps parvenait à Athènes un autre oracle qui conseillait aux citoyens d’attendre trente ans avant de répondre militairement aux Éginètes (de manière assez singulière, Hérodote semble décrire cette prophétie comme étant « spontanément » émise par Delphes)60.

  • 61 Sordi, 1958, p. 55-58. Giuliani, 2001, p. 48.
  • 62 Expédition d’Anchimolos contre Hippias : Hdt. 5.63.3. À 5.64.1 Cléomène cause la déroute des Thessa (...)
  • 63 Sordi, 1958, p. 56. La référence est aux Perrhèbes, aux Magnètes, aux Achéens Phtiotes, aux Dolopes (...)

29Selon l’avis de ceux qui soulignent l’importance de ces événements, de tels changements d’opinion de la part d’Apollon ont dû se produire parce que le sanctuaire de Delphes était géré par l’Amphictionie et que celle-ci était à son tour contrôlée par une assemblée suivant un principe de majorité. Or, c’est justement pendant la guerre des Béotiens et des Éginètes contre Athènes que des modifications majeures dans cette majorité se seraient produites. La reconstruction des faits la plus complète et suivie a été proposée par Marta Sordi dans son étude sur la ligue des Thessaliens de 195861. Selon elle, en 513 av. J.-C. le Conseil de l’Amphictionie avait toutes les raisons de se montrer hostile aux Pisistratides : ceux-ci avaient en effet instauré une forte alliance avec les Thessaliens, dont la première attestation remonte à l’expédition du Spartiate Anchimolos contre Hippias, mais a dû s’établir bien avant les années dix du vie siècle62. Toutefois, les peuples périèques de la région des Thermopyles qui faisaient partie du Conseil de l’Amphictionie pyléo-delphique – et qui contrôlaient en son sein la majorité des votes – craignaient la puissance thessalienne. Aussi auraient-ils visé sans cesse à en empêcher les projets hégémoniques63. C’est pour cela, d’après Marta Sordi, que l’Amphictionie se serait rangée du côté des adversaires des Pisistratides quand l’occasion lui en fut offerte par les Alcméonides. Quant à ces derniers, leur habilité serait à chercher dans la capacité d’exploiter à leur avantage les circonstances géopolitiques de la Grèce centrale et leurs reflets dans le milieu delphien.

  • 64 Sordi, 1958, p. 61-65 et 79-81 (cf. Helly, 1995, p. 131-142, 167-169 ; Giuliani, 2001, p. 53 et 48) (...)
  • 65 Parmi les autres savants qui ont songé à un rôle politique fort pour l’Amphictionie dans ces événem (...)

30En s’en tenant à la chronologie de Marta Sordi, le brusque changement de pied d’Apollon ayant eu lieu par la suite serait en revanche dû au fait que, vers 506 av. J.-C., les Thessaliens contrôlaient désormais la région habitée par les peuples des Thermopyles, et par conséquent leurs votes au sein du conseil amphictionique (le terminus post quem pour la soumission des périèques est fixé par Sordi à 510 av. J.-C.)64. Certes, il devait s’agir de passages délicats, car officiellement il ne devait ni ne pouvait y avoir aucune influence du Conseil sur l’oracle : au contraire, une partie de la raison d’être de l’Amphictionie découlait justement de l’effort de garantir la neutralité du sanctuaire vis-à-vis des conflits qui traversaient la Grèce65. Voilà pourquoi Cléomène aurait choisi de s’en prendre à la personne de la Pythie et non pas au Conseil amphictionique, chez qui les Lacédémoniens retrouvaient maintenant un allié.

  • 66 Giuliani, 2001, p. 8.
  • 67 Sánchez, 2001, p. 90.
  • 68 Lefèvre, 1995 ; 1998, p. 237-240 e 254-268 ; 2002, p. 462 ; Sánchez, 2001, p. 44-51 et 468-494 ; Bo (...)
  • 69 Sánchez, 2001, p. 88-98, cf. Thomas, 1989, p. 252.
  • 70 Sánchez, 2001, p. 87-88.

31Aussi suggestives soient-elles, il reste que ces reconstructions se basent toutes sur un « presupposto, [che] consiste nell’ammettere la possibilità di una strumentalizzazione politica dell’oracolo, dell’Anfizionia o dell’oracolo attraverso l’Anfizionia »66. Autrefois largement admis par les chercheurs, ce présupposé s’est récemment heurté aux positions de ceux qui nient que, en 513 av. J.-C., les Amphictions soient allés au-delà de « leur mission, qui était d’assurer la reconstruction du temple »67. D’une manière plus générale, ces chercheurs ont contesté l’idée que l’Amphictionie ait joué un rôle politique aux époques archaïque et classique68. Dans le cas du vie siècle, les doutes sont notamment fondés sur le caractère très succinct et souvent ambigu des récits historiques dont il faut se servir pour étayer de telles hypothèses. Au sujet de l’implication des Amphictions dans les affaires athéniennes à l’époque où les Alcméonides se trouvaient en exil à Delphes, une liste d’arguments qui font pencher vers des interprétations aux contours moins nets a été dressée par Pierre Sánchez. Ce chercheur souligne notamment que toute lecture des faits attribuant un rôle de premier plan aux Amphictions se fonde sur une confiance excessive envers les sources de ive siècle, au sujet desquelles il tient les conclusions de Rosalind Thomas pour définitives69. Quant aux arguments de Marta Sordi, Sánchez y a entrevu le risque d’un raisonnement circulaire, qui consisterait à ajouter les prophéties contradictoires émises par la Pythie en 513 et en 506 à la liste de preuves dont on se sert pour affirmer que la soumission de peuples périèques de la part des Thessaliens – dont le caractère de ces mêmes prophéties découle – n’a pas pu avoir lieu avant la première date70.

  • 71 Il faut dire d’ailleurs que l’inexistence d’un support financier de Delphes aux Alcméonides trouve (...)
  • 72 Sánchez, 2001, p. 89.
  • 73 Au sujet de l’expansion thessalienne au vie s., la documentation ne permet pas de trancher entre le (...)

32Tout cela n’est guère contestable, et Pierre Sánchez a raison de nuancer l’optimisme des historiens qui l’ont précédé quant au support financier actif de l’Amphictionie aux entreprises anti-pisistratides des Alcméonides71. Néanmoins, en ce qui concerne strictement l’origine de l’accusation de corruption de la Pythie, la seule qui comparaît chez Hérodote, où il n’est jamais question d’argent, il n’y a pas nécessairement besoin, à notre avis, de se ranger parmi les chercheurs de l’un de deux groupes dont nous avons récapitulé le débat. Au sujet de l’oracle d’Apollon, Sánchez lui-même se borne à remarquer que les particuliers aussi bien que les États « ne passaient jamais par le truchement de l’Amphictionie » afin d’en obtenir le soutien72. La question du moment exact de la soumission des peuples périèques de la part des Thessaliens n’est pas non plus fondamentale : tout au plus, elle est susceptible d’apporter des détails supplémentaires. La chronologie basse que Marta Sordi a proposée pour cet événement est aussi plausible qu’une date qui précéderait l’arrivée des Alcméonides à Delphes73. Nous pouvons la retenir, mais elle n’influencera guère la conclusion de nos propres réflexions.

4. Une hypothèse de plus : accuser la Pythie pour protéger le dieu ?

  • 74 Cf. Scott, 2005, p. 269-270, ad loc. : « There was probably a narrow line which divided official of (...)

33Il nous importe davantage de rebondir sur un constat d’ordre général, auquel même les plus sceptiques souscriront sans difficultés. Il s’agit d’admettre que, indépendamment à la fois du principe d’indépendance du sanctuaire de l’Amphictionie et de la conduite effectivement adoptée par les Conseil, la conscience du risque de perméabilité entre les différentes institutions qui opéraient autour du culte de Delphes a dû exister chez les contemporains. Si la fonction de garantie de l’indépendance de l’oracle qu’avait l’Amphictionie elle-même ne devait pas suffire à prouver l’existence de telles inquiétudes, un passage des Histoires d’Hérodote peut apporter une confirmation supplémentaire. L’historien d’Halicarnasse y narre les détails d’un autre épisode de corruption de la Pythie, dont l’initiative fut prise par ce même roi Cléomène qui s’était montré tant outré par la nouvelle de la ruse de Clisthène (6.66.2). Cléomène, relate Hérodote, « gagna à ses intérêts (προσποιέεται) Cobon fils d’Aristophantos, personnage très influent à Delphes (ἄνδρα ἐν Δελφοῖσι δυναστεύοντα μέγιστον), et Cobon persuada (ἀναπείθει) la prêtresse Périalla de dire ce que Cléomène voulait qu’elle dît »74. Certes, rien ne nous autorise à penser que le Cobon mentionné ici était un membre du Conseil amphictionique, mais il n’en reste pas moins que le passage témoigne du risque que l’oracle d’Apollon se montre sensible à l’influence des autres parties du complexe de Delphes. Or, ce système était formé par l’oracle lui-même, le sanctuaire et son personnel, la cité de Delphes et l’Amphictionie, inévitablement et malgré ses fonctions de garantie.

  • 75 Cf. Kindt, 2016, p. 37 sur les mêmes besoins dans le cas de Périalla.

34Il va de soi qu’il convenait au Conseil de se protéger du risque d’être perçu comme étant en mesure d’exercer un biais sur l’oracle75. Nous dirions même que cela était d’autant plus prioritaire que le « système Delphes » tout entier aurait risqué un déficit de crédibilité si l’institution panhellénique qui en garantissait la neutralité ne s’était pas montrée capable d’assurer cette fonction avec continuité, voire indépendamment des majorités à géométrie variable que les évolutions géopolitiques en Grèce centrale pouvaient à tout moment déterminer dans le Conseil.

  • 76 La référence classique sur la propagande delphique est Defradas, 1954, qui ne fait pourtant pas men (...)
  • 77 Voir Jacquemin, 2014, p. 167-168 ; cf. Lefèvre, 1998, p. 257-260 ; Picard, 2005, p. 55.
  • 78 Giuliani, 2001, p. 38.
  • 79 Sur le scrupule religieux des Spartiates, voir Holladay - Goodman, 1986, p. 151-160. Sur l’attitude (...)

35Nous en venons enfin à la raison pour laquelle, si vraiment la tradition de la corruption de la Pythie n’a pas son origine dans la propagande politique athénienne, il se peut finalement qu’elle soit née justement dans un milieu delphien76. À la lumière de ce que nous avons dit, en effet, à l’origine des accusations il pourrait n’y avoir rien d’autre que la nécessité qu’avait la nouvelle majorité du Conseil de soustraire l’oracle d’Apollon – donc la crédibilité du sanctuaire, donc la raison même de la présence à Delphes de l’Amphictionie, et de son business 77au risque qu’il soit tenu pour biaisé par les positions d’une majorité amphictionique précédente. Cela, bien entendu, dans l’hypothèse que la conquête des périèques de la part des Thessaliens soit postérieure à 510 av. J.-C. Quand bien même elle aurait précédé le meurtre d’Hipparque et l’arrivée des exilés à Delphes, il n’en irait guère différemment. La recomposition politique au sein du Conseil a beau être un scénario séduisant, elle n’est pas pour autant l’élément déterminant de la reconstruction, car la nécessité de réagir avec force à un soupçon de partialité active dans le passé pouvait concerner les Amphictions de n’importe quelle majorité, soit-elle établie depuis longtemps ou toute récente. À la fois ce que les Alcméonides avaient pu soutenir une fois installés au gouvernement d’Athènes et le simple fait que dès 513 av. J.-C. l’on ait non seulement abrité la famille à Delphes, mais que l’Amphictionie lui ait également confié le chantier du temple suffisaient en effet à alimenter ce soupçon pernicieux. On ne niera pas en effet que le choix d’attribuer un « compito così segnalato e prestigioso [come la ricostruzione del tempio d’Apollo] a un gruppo di fuoriusciti »78 ne pouvait aller sans être perçu par certains en tant que signe de support pour la cause de la famille. Dans ce cadre, la solution de décharger toute responsabilité sur une personne ayant cédé aux pressions de l’argent alcméonide pouvait convenir à tout le monde. Sans doute les Spartiates furent-ils enthousiastes de « découvrir » et diffuser l’imposture de Clisthène. Ainsi leur fournit-on en effet une excellente justification pour la « faute » commise à l’encontre des Pisistratides (qui étaient leurs hôtes et alliés traditionnels) sans que cela implique de contrevenir à la volonté divine79. La découverte de la corruption de la Pythie de la part des Alcméonides disculpait également les Amphictions, qui à aucun moment n’auraient été au courant de ce qui se passait. Mais d’abord et surtout, elle disculpait Apollon lui-même, dont les actions d’une prêtresse indigne avaient empêché d’écouter la voix. Aussi l’Amphictionie et les Lacédémoniens pouvaient-ils réaffirmer à la fois leur dévouement et leur respect ininterrompu envers la volonté du dieu. Leur bref égarement des années précédentes ne découlait que de la ruse des Alcméonides, d’autant plus dangereux maintenant que leur impiété avait été mise au clair.

36Voilà pourquoi, en conclusion, il ne paraît pas impossible qu’avant d’être lancée contre les Alcméonides en 507/6 av. J.-C., l’accusation d’avoir corrompu la Pythie d’Apollon ait été elle-même élaborée à Delphes ou dans des milieux très proches de l’Amphictionie.

37Quoique Plutarque ait pu en penser, pareille accusation aurait en ce cas été conçue pour défendre l’oracle de Delphes, sa sainteté et sa crédibilité. Elle découlerait, en somme, du même esprit qui animait les plaintes portées par l’écrivain de Chéronée contre les « calomnies » d’Hérodote. De manière assez ironique, il se pourrait en ce cas que Plutarque s’en soit pris sans le savoir aux mêmes institutions qu’il s’empressait tant de défendre.

38Certes, la nature contradictoire des récits anciens ne permet guère plus de certitudes au sujet de cette hypothèse qu’il ne le fait avec celles précédemment avancées par les historiens. Il nous paraît néanmoins qu’il y avait là un scénario plausible et digne d’être exploré en tant que tel.

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Notes

1 En général, on peut voir Toepffer, 1894, col. 1556 sq. ; Jacoby, 1949, p. 152-168 (passim), 186-188, 223 ; Eliot, 1967 ; Davies, 1971, 9688, p. 368-385 ; Bourriot, 1976, 1, p. 549 sq. ; Roussel, 1976, p. 62 sq. ; Dickie, 1979.

2 À l’occasion du massacre des Cyloniens au viie s. : voir Hdt. 5.71 ; Thuc. 1.126 ; Plut. Sol. 12 ; ∑ Ar. Cav. 445. Cf. Williams, 1951, 1952 a et b ; Parker, 1983, p. 5-12 et 16 sq. ; Duplouy, 2006, p. 93-94 ; Camassa, 2007, p. 21-27 ; Gagné, 2013, p. 206-209.

3 Ortagorides de Sicyone : Hdt. 6.126-130 (sur l’épisode des noces d’Agaristé, voir Scott, 2005, p. 417-430 ; Duplouy, 2006, p. 80-85 et plus récemment Lavelle, 2014) ; Royaume de Lydie : Hdt. 6.125.2-5 (voir Duplouy, 1999, p. 9-17 ; Scott, 2005, p. 415-416).

4 Cf. la tradition le rôle d’Alcméon (II) dans la première guerre sacrée : Plut. Sol. 11.2. Sur ce conflit, cf. infra, n. 49.

5 Notamment le soutien au retour de Pisistrate à Athènes après son premier exil : Hdt. 1.60 ; [Arist.] Ath. Pol. 14.4 (cf. Blok, 2000 ; Forsdyke, 2005, p. 112-116 ; Lavelle, 2005, p. 99-107).

6 Après le procès suite au massacre des Cyloniens (cf. supra, n. 2) : Thuc. 1.126.11-12 et Plut. Sol. 12.4 ; et après la bataille de Pallène de 546 av. J.-C. : Hdt. 1.62-64.

7 Cf. supra, n. 5.

8 Selon Hdt. 6.123, après 546 les Alcméonides ne seraient plus rentrés à Athènes (cf. Isoc. 16.25). Mais la découverte d’un fragment de liste archontale indiquant le nom de Clisthène pour l’année 525/4 (IG I3 1031, III 21) a mené la plupart des historiens à songer à un exil assez bref : voir p. ex. Nenci, 1994, p. 245 ; Scott, 2005, p. 410-411 ; Forsdyke, 2005, p. 121-122 ; Camassa, 2007, p. 39-42. Sur la nouvelle expulsion après 514, cf. Thuc. 6.53.3 et 6.59.4 ; [Arist.] Ath. Pol. 19.1-3. Contra Pébarthe, 2005 ; Dillon, 2006. Voir Dillon, 2014 pour la bibliographie récente sur ce débat.

9 Voir [Arist.] Ath. Pol. 19.3, avec Rhodes, 1981, ad loc. Aristote fait suivre l’arrivée à Delphes à la défaite militaire, un détail que Hdt. 5.62.2 ne précise pas ; cf. Ar. Lys. 665.

10 Sources : Pind. Pyth. 7; Hdt. 5.62-63 ; Dem. 21.144 ; Isoc. 15.232 ; [Arist.] Ath. Pol. 19.4 ; Philoch., FGrH 328 F 115 ;  Dem. 21.144 a et b = 497 e 498 Dilts. Cf. Them. Or. 4.53a.

11 Plut. De malign. Hdt. 23 (Mor. 860 C). Sauf exceptions signalées en note, les traductions des textes anciens sont empruntées à la CUF. Sur l’oracle de Delphes, voir la mise au point de Rougemont, 2013. Cf. Parke, Wormell, 1956 ; Fontenrose, 1978 ; Bowden, 2005, p. 17-33 ; Stoneman, 2011, p. 26-54 ; Scott, 2014, p. 13-18.

12 Sur Plutarque à Delphes, voir Jacquemin et al., 2012, nº 148 = n° 151 dans Lefèvre, 2002, dont on verra la bibliographie à p. 343, n. 14. Cf. aussi Zagdoun, 1995.

13 Voir Thomas, 1989, p. 238 sq. et Lavelle, 1993, p. 101-106.

14 Hdt. 5.62-63. Cf. Fontenrose, 1978, Q124. Trad. CUF légèrement modifiée. Cf. les louanges de Pindare dans Pyth. 7.5-12.

15 Sur le temple des Alcméonides à Delphes, voir De la Coste-Masselière, 1946 ; Bommelaer, 1991, p. 181-184 ; Picard, 2005, p. 65-67 ; Scott, 2010, p. 56-59 . La date de l’incendie (548/7 av. J.-C.) est donnée par Paus. 10.5.13 (mais cf. Euseb. Chron. p. 96-97 Shoene, qui le date de l’an suivant).

16 Voir notamment Stahl, 1987, p. 127-133.

17 Hdt. 2.180.1. On emprunte la traduction de ce passage à Sánchez, 2001, p. 90. Sur l’Amphictionie de Delphes, voir Lefèvre, 1998, et Sánchez, 2001.

18 L’appel d’offres a dû avoir lieu quelques temps après l’incendie, son terminus ante quem ultime étant la mort du pharaon Amasis (526 av. J.-C., cf. Hdt. 2.180.2). Étant donné l’importance des travaux d’aménagement menés à bien avant la réédification du temple (cf. De la Coste-Messelière, 1946), il n’est pas choquant que le début de la reconstruction du temple se soit faite attendre (cf. Sánchez, 2001, p. 90). Mais il n’est pas aisé de dater le moment de l’adjudication des travaux du temple avec précision (Giuliani, 2001, p. 36, avec bibliographie).

19 Cf. Sánchez, 2001, p. 89-90.

20 De la Coste-Messelière 1946 ; Giuliani, 2001, p. 36-37 ; Rougemont 2013, p. 48.

21 Isoc. 15.232. De manière intéressante et à l’instar de Demosthène, Isocrate connaît une version de l’histoire qui confond l’adjudication avec un prêt à intérêt (δάνεισμα). Il s’agit pourtant d’une éventualité très improbable : voir Lefèvre, 1998, p. 258 ; Picard, 2005, p. 65-67.

22 Dem. 21.144. Le scholiaste de Demosthène (qui confond Clisthène avec son père Mégaclès [II], cf. Kinzl, 1974, p. 180-181) interprète le ἐκ Δελφῶν de l’orateur par un signe que l’adjudication fut conclue avec les Delphiens, et affirme que l’avance aurait été de dix talents, dont seulement trois seraient servis à financer les travaux du temple. Cf. Sánchez, 2001, p. 86-87.

23 Sur la « tradition officielle » athénienne, voir notamment Thomas, 1989, p. 196-237, et cf. p. 252.

24 Cf. infra, p. 7.

25 Thomas, 1989, p. 254-257.

26 Philochore est certainement la source de la portion de texte que nous avons espacée, mais l’opinion de Jacoby, qui tenait l’entièreté du passage que nous citons pour remontant à l’historien (FGrH IIIb suppl., p. 451), paraît bien fondée. Kinzl, 1974, propose Éphore en tant que source de ce qui précède la mention de Philochore dans le texte de la scholie (contra Rhodes, 1981, p. 237 et Zahrnt, 1989, p. 299).

27 Philochorus, FGrH 328 F 115 =  Pind. Pyth. 7.9b.

28 [Arist.] Ath. Pol. 19.4.

29 Voir Rhodes, 1981, p. 190 et 237, qui remarque l’influence d’Hérodote dans les mots mêmes de la Constitution des Athéniens. Cf. Thomas, 1989, p. 255-256 ; Robinson, 1994, p. 364.

30 Cf. Robinson, 1994, p. 364-365 ; Sánchez, 2001, p. 87, n. 33.

31 Voir p. ex. Gillis, 1969 ; Nenci, 1998, p. 300.

32 Par exemple les Philaïdes, cf. Davies, 1971, n. 8429, p. 293-312.

33 Jacoby, 1949, p. 161-162, qui oppose pareille « tradition alcméonide » sur la libération d’Athènes à celle qui exaltait les tyrannicides (Hdt. 6.123.2, cf. Thuc. 1.20 et 6.53 sq.). Cf. p. ex. Podlecki, 1966 ; Fornara, 1968 ; Murray, 1987. Contra déjà Develin, 1985 et Thomas, 1989, p. 241 sq. et, en particulier, p. 247-249, où l’auteure montre que Hérodote « seems deliberately to be adding awkward and non-Alcmaeonid confirmation of the Alcmaeonid claim to have liberated Athens ».

34 Cf. Thomas, 1989, p. 249.

35 Thuc. 1.126.2-127. Voir Thomas, 1989, p. 261-262, 272-281 et cf. supra, n. 2.

36 Pour ces luttes, dont l’impact sur la tradition ancienne est considérable, cf. p. ex. Williams, 1982 ; Ruberto, 2010.

37 Voir Thomas, 1989, p. 250-251.

38 Cf. Hdt. 6.121, 123-124.

39 Thuc. 2.65.9. Cf. Romilly, 1965.

40 Contre le risque qu’on évoque le soutien offert de Mégaclès (II) à Pisistrate lors de sa deuxième prise de pouvoir pour prouver l’inclination de la famille à changer de bord, les Alcméonides avaient aussi de bons arguments, cf. Nenci, 1998, p. 302-303 ; Scott, 2005, p. 411-412.

41 Cf. surtout Forrest, 1969, p. 278.

42 Voir Parke - Wormell, 1956, I, p. 144-145 ; Stahl, 1987, p. 125 ; Giuliani, 2001, p. 25.

43 C’est ce que soutient Scott 2014, p. 100, sur la base de ce seul argumentum ex silentio. Mais le plus fervent partisan de cette thèse, que l’on tient aujourd’hui pour largement inadéquate, est sans doute Brandt, 1998.

44 Hdt. 1.62.4 et 64. Voir Giuliani, 2001, p. 26.

45 Phot. Lex. π 1513 Theodoridis, s.v. Πύθιον ; cf. Suda, π 3130 Adler, s.v. Πύθιον . Le lien de ce temple avec les Pisistratides est confirmé par l’inscription de Pisistrate le Jeune sur un autel consacré lors de son archontat (IG I3 948, 522/1 av. J.-C.). Le texte coïncide avec celui que l’on lit chez Thuc. 6.54.7 (mais voir Lavelle, 1989).

46 Cf. Shapiro, 1989, p. 52 ; Giuliani, 2001, p. 28-33. Contra, Parke et Wormell, 1956, p. 121-122 ; Brandt, 1998, p. 208-209.

47 Un soutien indirect à cette hypothèse pourrait d’ailleurs venir d’Hérodote, qui comme on l’a vu souligne que le temple avait pris feu αὐτόματος (cf. supra, p. 4) : cette précision suggère l’existence, dès une époque assez reculée, de plusieurs versions, alternatives, des faits, et corrobore d’ailleurs l’impression que la source de l’historien d’Halicarnasse ne soit pas aussi favorable aux Alcméonides qu’on l’a longtemps cru : voir How et Wells, 1928, I, p. 255 et Lloyd, 1989, p. 396 (ad. Hdt. 2.180).

48 Voir Hall, 2014, p. 236. Cf. Nenci, 1994, p. 249 (ad Hdt. 5.63.1) ; Scott, 2005, p. 413.

49 Sur la première guerre sacrée (que les sources datent des premières années du vie s. av. J.-C.), voir Forrest, 1956 ; Cassola, 1980 ; Sánchez, 2001, p. 58-80 ; Giuliani, 2001, p. 11-24 ; Howe, 2003 ; Hall, 2014, p. 312-317. Il n’est d’ailleurs pas possible d’établir si le Conseil amphictionique s’installa à Delphes peu avant la guerre ou en conséquence de celle-ci.

50 Puisque, selon les Δελφῶν ὑπομνήματα dont Plutarque dit avoir tiré ses informations, ce fut Alcméon (II) qui guida le contingent athénien en guerre (Plut. Sol. 11.2). Paus. 10.37.6, en revanche, n’en fait pas mention et assigne un rôle prépondérant à Solon. Concernant la participation de Solon à la guerre, et plus en général au sujet des traditions athéniennes sur ce conflit, voir maintenant la dense mise au point de Bultrighini - Torelli, 2017, p. 512-516.

51 Cf. Camassa, 2007, p. 43-44 et n. 67.

52 Hdt. 5.90. Cf. Thomas, 1989, p. 249. Il n’y a pas pour autant besoin de songer à ce qu’il faille soit corriger le ὡς ὦν δὴ οἱ Ἀθηναῖοι λέγουσι de Hdt. 5.63.1 en ὡς ὦν δὴ οἱ Λακεδαιμόνιοι λέγουσι (comme le fait Forrest, 1969, p. 279-281) soit le tenir pour une interpolation (Bravo, 2008, p. 97).

53 How - Wells, 1928, II, p. 30 (ad Hdt. 5.63.2).

54 Cf. pourtant les doutes de Rhodes, 2016, p. 217 et les considérations de Hall, 2014, p. 237 : « It is highly likely that Cleomenes wanted to ensure Sparta had a docile ally north of the isthmus. […] [T] he Pisistratids had, up to then, enjoyed good relations with the Spartans (Herodotus 5.63.2). If, however, Hippias had baulked at actually accepting orders from Sparta, Cleomenes would certainly have had good reasons to replace him with somebody more compliant. Cleomenes’ ideal candidate was an aristocrat named Isagoras ».

55 Cf. Hdt. 5.91, et voir p. ex. Sánchez, 2001, p. 85. Sur l’agressivité d’Athènes après les réformes, cf. Hdt. 5.74-77 et [Arist.] Ath. Pol. 22.3.

56 À l’instar de ce que fit le roi Cléomène lui-même selon Hdt. 6.66.2, voir infra, p. 14.

57 [Arist.] Ath. Pol. 21.6.

58 Hdt. 5.79-80.

59 Hdt. 5.82-88. Sur la guerre entre Athènes et Égine, voir Figueira, 1988, cf. Scott, 2005, p. 546-552 ; sur le logos éginetique d’Hérodote, cf. Haubold, 2007 et Irwin, 2011.

60 Hdt. 5.89.2 : ἦλθε μαντήιον ἐκ Δελφῶν.

61 Sordi, 1958, p. 55-58. Giuliani, 2001, p. 48.

62 Expédition d’Anchimolos contre Hippias : Hdt. 5.63.3. À 5.64.1 Cléomène cause la déroute des Thessaliens. La datation haute se fait en considération du nom de Thessalos que Pisistrate avait donné à un de ses enfants : Thuc. 1.20.2 et 6.55.1. Cf. Morgan, 2003, p. 23

63 Sordi, 1958, p. 56. La référence est aux Perrhèbes, aux Magnètes, aux Achéens Phtiotes, aux Dolopes, aux Éniens, aux Maliens et aux Étéens. Sur les origines de l’Amphictionie en tant qu’association de douze peuples autour du sanctuaire d’Anthéla aux Thermopyles, voir p. ex. l’analyse des sources chez Sánchez, 2001, p. 32-44 ; cf. Hall, 2002, p. 136 sq.

64 Sordi, 1958, p. 61-65 et 79-81 (cf. Helly, 1995, p. 131-142, 167-169 ; Giuliani, 2001, p. 53 et 48). Sordi fait notamment levier sur 1) le changement de ligne de l’oracle ; 2) sur la tagie de Cinéas en 512 av. J.-C. (Hdt. 5.63.3), laquelle, une fois combinée avec le séjour du poète Simonides chez Scopas le fils de Créon à dater d’après la mort d’Hipparque (voir Molyneux, 1992, p. 117-124), pousse à déplacer la tagie de ce dernier (et donc la soumission des périèques : cf. Xen. Hell. 6.1.19) aux années qui font suite aux événements dont il est question ici. Il convient cependant de rappeler que le Scopas que mentionne Xénophon pourrait également être identifié à Scopas l’ancien, grand-père du précédent, ce qui amènerait à une date de soumission des périèques bien plus haute (pour laquelle semble pencher p. ex. Hall, 2002, p. 141).

65 Parmi les autres savants qui ont songé à un rôle politique fort pour l’Amphictionie dans ces événements (en accordant la prééminence aux sources de ive siècle), on citera notamment Homolle, 1902, p. 608 ; Jacoby, FGrH III b suppl., p. 451 et 454 ; Zahrnt, 1989, p. 301-302 ; Scott, 2014, p. 100-101. Cf., plus en général, la bibliographie donnée par Sánchez, 2001, p. 81, n. 2-3 et par Scott, 2014, p. 326, n. 20.

66 Giuliani, 2001, p. 8.

67 Sánchez, 2001, p. 90.

68 Lefèvre, 1995 ; 1998, p. 237-240 e 254-268 ; 2002, p. 462 ; Sánchez, 2001, p. 44-51 et 468-494 ; Bowden, 2003 (cf. la réaction de Hornblower, 2007). Ces chercheurs ont beaucoup insisté sur le caractère régional et religieux de l’Amphictionie. « Soulignons cependant avec force – précise Lefèvre, 2011, p. 119-120 – qu’il n’a jamais été question pour nous de nier que l’Amphictionie ait pu occasionnellement être au cœur d’enjeux politiques ».

69 Sánchez, 2001, p. 88-98, cf. Thomas, 1989, p. 252.

70 Sánchez, 2001, p. 87-88.

71 Il faut dire d’ailleurs que l’inexistence d’un support financier de Delphes aux Alcméonides trouve également d’accord les historiens plus possibilistes quant au rôle politique de l’Amphictionie : cf. p. ex. Giuliani, 2001, p. 45.

72 Sánchez, 2001, p. 89.

73 Au sujet de l’expansion thessalienne au vie s., la documentation ne permet pas de trancher entre les deux chronologies que nous avons évoquées supra, n. 64 : cf. p. ex. Lefèvre, 1998, p. 26 ; Sánchez, 2001, p. 43 et 88 ; Hall, 2002, p. 139-141 ; Morgan, 2003, p. 22-23, 129-131.

74 Cf. Scott, 2005, p. 269-270, ad loc. : « There was probably a narrow line which divided official offerings to Delphi in the hope of a favourable response […] and those which, colourably official, also benefited the officials. Cleomenes’ real sin was being found out, perhaps too indiscreet in crossing the line between the acceptable and the unacceptable ».

75 Cf. Kindt, 2016, p. 37 sur les mêmes besoins dans le cas de Périalla.

76 La référence classique sur la propagande delphique est Defradas, 1954, qui ne fait pourtant pas mention de l’épisode.

77 Voir Jacquemin, 2014, p. 167-168 ; cf. Lefèvre, 1998, p. 257-260 ; Picard, 2005, p. 55.

78 Giuliani, 2001, p. 38.

79 Sur le scrupule religieux des Spartiates, voir Holladay - Goodman, 1986, p. 151-160. Sur l’attitude des Spartiates après l’expulsion des Pisistratides et leur volonté de préserver la dignité de l’oracle malgré tout, voir Richer, 2012, p. 294-296.

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Pour citer cet article

Référence papier

Francesco Mari, « À l’abri d’Apollon. Les Alcméonides réfugiés à Delphes (514/3-511/0 av. J.-C.) »Pallas, 112 | 2020, 49-66.

Référence électronique

Francesco Mari, « À l’abri d’Apollon. Les Alcméonides réfugiés à Delphes (514/3-511/0 av. J.-C.) »Pallas [En ligne], 112 | 2020, mis en ligne le 01 juillet 2022, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/21040 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.21040

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Auteur

Francesco Mari

Freie Universität Berlin

DRS Postdoctoral Fellow
Freie Universität Berlin - Excellence Cluster TOPOI
francesco.mari[at]fu-berlin.de

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