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L’affichage de la parenté dans les mondes grec et romain

Des dynasties de notables ?
La mise en scène du prestige familial dans les inscriptions honorifiques d’Asie Mineure à l’époque impériale

Dynasties of notables ? The display of family prestige in honorific inscriptions from Asia Minor in the Imperial period
Anna Heller
p. 289-318

Résumés

En se fondant sur un large échantillon d’inscriptions d’Asie Mineure relevant, au sens large, de la « culture honorifique », l’article développe une approche quantitative des mentions de parenté pour les individus honorés d’un ou de plusieurs titre(s). Ces derniers peuvent en effet intégrer à leur dénomination une référence, plus ou moins développée, à des ascendants, des descendants, des affins et/ou des collatéraux. L’étude vise à la fois à mettre en lumière la fréquence de ces mentions et à déterminer des critères pertinents pour l’affichage de la parenté. Dans le contexte de la représentation (ou l’auto-représentation) des élites, cette pratique se révèle assez marginale, et les inscriptions qui soulignent l’existence de dynasties de notables, dominant la scène publique de leur cité sur plusieurs générations, sont très minoritaires au regard de la masse documentaire globale.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Voir Duplouy, 2006, p. 37-77.
  • 2 Voir les remarques de Ph. Gauthier dans Bull. 1994, 194, en réaction à une synthèse sur les notabl (...)
  • 3 Sur ces évolutions, l’étude de référence reste Gauthier, 1985, qui la met en relation avec le décl (...)

1Le prestige des ancêtres a pu être revendiqué de multiples manières et dans de nombreux contextes historiques pour légitimer une position sociale dominante. Dans le monde grec, la « bonne naissance », l’eugeneia, est une notion qui remonte à l’époque archaïque et suscite dès l’origine des débats, notamment dans ses rapports avec l’aretè, la valeur individuelle. Le rattachement d’une lignée à un ancêtre mythique, tout comme l’énumération des ancêtres sur plusieurs générations, sont des pratiques attestées dès l’époque classique, qui font partie des stratégies de reconnaissance sociale adoptées par les élites1. La reprise régulière de ce type de discours par les institutions civiques, dans les inscriptions qu’elles font graver en l’honneur d’individus qu’elles souhaitent distinguer, est en revanche un développement plus tardif, qui apparaît à la basse époque hellénistique, à partir du iie s. av. J.-C. C’est alors, et alors seulement, que les décrets honorifiques commencent à évoquer la « valeur ancestrale » (progonikè aretè) de l’honorandus, intègrent à sa formule onomastique les noms de ses ascendants sur quatre ou cinq générations et rappellent les actions accomplies par ses ancêtres2. Ces nouvelles pratiques peuvent être rapprochées d’autres évolutions, institutionnelles et idéologiques, qui traduisent une oligarchisation des sociétés civiques : un petit nombre d’individus fortunés semblent dominer de plus en plus ouvertement la vie publique, notamment par le biais de l’évergétisme, et tendent à transmettre cette domination à leurs descendants. Les honneurs qu’ils reçoivent en échange de leurs bienfaits sont justifiés par leur excellence morale et leur dévouement à la communauté, désormais présentés comme des vertus héréditaires3.

  • 4 Zuiderhoek, 2009, p. 133-140.
  • 5 Ibid., p. 140-153.

2Pour la plupart des historiens, ces évolutions aboutissent à créer, dans le monde grec d’époque impériale, des sociétés très hiérarchisées, où de véritables dynasties de notables monopolisent l’essentiel des fonctions publiques, avec l’aval plus ou moins explicite du pouvoir romain. Cette idée, assez communément reprise dans les synthèses sur l’Orient romain, a toutefois été nuancée dans diverses études. Ainsi, A. Zuiderhoek, tout en souscrivant à une vision très « romanisée » des institutions civiques, souligne la difficulté pour les familles dominantes à se maintenir au pouvoir sur plusieurs générations, sous l’effet conjoint d’une forte mortalité et du morcellement des héritages4. Selon lui, le renouvellement constant des élites, par l’accès régulier de nouvelles familles au Conseil (devenu un organe oligarchique, où l’on siège à vie) et aux magistratures, est même une condition indispensable au bon fonctionnement de la vie civique à l’époque impériale. Dans ce contexte, il interprète les références aux ancêtres dans les inscriptions honorifiques comme un moyen de légitimer et préserver la structure oligarchique de la société, alors même que la composition du groupe dominant n’est pas stable. Il distingue les quelques familles « gagnantes », qui ont réussi à se maintenir au sommet sur le long terme et développent, selon lui, des discours élaborés détaillant les actions de leurs ancêtres, et les nouveaux venus qui, pour se faire accepter, se présentent de manière plus vague comme issus d’ancêtres glorieux, ou autre formule similaire. Dans cette hypothèse, la revendication de la continuité généalogique des élites est en grande partie une fiction, à laquelle tous adhèrent parce qu’elle permet de créer un consensus autour de l’ordre social existant5.

3Cette interprétation, intéressante, est difficile à vérifier, car il faudrait pouvoir comparer de manière systématique les revendications exprimées par les acteurs et la réalité de leur présence publique sur le long terme. Or, bien souvent, les reconstitutions prosopographiques s’appuient précisément sur les discours produits par les acteurs. L’enquête proposée ici déplace quelque peu le questionnement : plutôt que de chercher à reconstituer les familles dont on peut suivre le rôle public sur plusieurs générations, elle part des discours sur la parenté, pour les soumettre à une analyse quantitative détaillée visant à en préciser la fréquence, la nature et le contexte. Sans prétendre régler la question de la véracité des revendications exprimées, cette analyse devrait du moins permettre de donner une base plus ferme aux hypothèses formulées pour en proposer une interprétation historique. L’objectif de l’enquête est également d’explorer plus avant les fondements du prestige familial, tel qu’il est affiché dans la dénomination des individus : lorsqu’un individu est défini par référence à sa parenté, s’agit-il toujours de l’inscrire dans une lignée d’ancêtres, ou peut-on observer d’autres types de discours, notamment ceux qui inversent le rapport des générations et soulignent la réussite des descendants ? La question se pose particulièrement dans le contexte de l’empire romain, qui offre de nouvelles possibilités de promotion à une minorité de familles issues des élites civiques.

  • 6 Pour une présentation détaillée de la base, de la méthodologie et de l’objet de cette recherche, v (...)
  • 7 Cette base de données est consultable et interrogeable en ligne : www.euergetai-univ.tours.fr, dan (...)
  • 8 Même choix dans Mathieu, 2011, p. 18, pour une enquête sur la parenté dans les épitaphes latines d (...)

4Les résultats présentés exploitent une base de données qui a été élaborée pour une autre recherche, plus vaste, portant sur les titres honorifiques en Asie Mineure6. Dans le monde grec d’époque romaine se développe en effet l’usage d’accorder à des individus, en récompense de leurs actions pour la communauté, des titres qui expriment leurs mérites de manière condensée et peuvent être rappelés à côté de leur nom. Certains de ces titres, comme ceux de bienfaiteur ou de sauveur, sont attestés dans le contexte des honneurs civiques depuis l’époque classique. D’autres sont de création plus récente, comme philopatris, philosebastos, fils de la cité, premier de la cité. D’autres encore sont de simples épithètes laudatives, comme agathos, endoxos, eusebès, philodoxos, etc., mais prennent une valeur officielle du fait de leur contexte d’usage, qui les assimile à des titres. À la recherche de tels titres, j’ai dépouillé quelque 30 000 inscriptions d’Asie Mineure. Chaque occurrence d’un individu attesté avec un ou plusieurs titre(s) a été enregistrée dans une base de données, où étaient également entrées toutes les informations livrées par l’inscription sur cet individu – et donc la mention de sa parenté lorsqu’il y en avait une7. Je n’ai pris en compte que la parenté directement rattachée au nom de l’individu (celui-ci étant par exemple défini comme « issu d’ancêtres… », « ayant pour mère… », « père / frère / épouse de… », etc.). J’ai estimé que le patronyme (exprimé sous la forme d’un idionyme au génitif ou introduit par huios) faisait partie de la formule onomastique normale de tout individu, et ne l’ai donc pas enregistré dans la colonne « parenté »8. En revanche, si le nom du père était complété par une information sur son rôle public (une fonction, un titre, une épithète élogieuse), alors je l’ai considéré comme un élément du discours sur la parenté et l’ai pris en compte. Tous les autres types de parents mentionnés (y compris la mère ou le mari) ont été systématiquement pris en compte, qu’ils soient simplement nommés, que leur nom soit suivi d’une information sur leur activité ou leur statut social ou qu’ils soient évoqués de manière anonyme, par la seule mention de leur activité ou leur statut (dans des formules telles qu’« issu d’ancêtres glorieux », « issu d’un père liturge », etc.).

  • 9 Sur l’évolution chronologique des décrets et des inscriptions honorifiques, dont les courbes se cr (...)
  • 10 Sur la typologie des inscriptions telle que je l’ai définie pour ma recherche, voir Heller, 2020a, (...)

5Pour la présente étude, j’ai réduit l’échantillon aux notables locaux (en excluant les empereurs et les magistrats romains, qui peuvent également porter des titres) et aux inscriptions relevant, au sens large, de la culture honorifique : les décrets honorifiques (beaucoup moins nombreux à l’époque impériale qu’à l’époque hellénistique), les inscriptions honorifiques (gravées sur les bases de statues, dont le nombre croît à mesure que l’on perd l’habitude de graver les décrets9), mais aussi les inscriptions commémoratives (gravées par un individu pour commémorer son action à la sortie d’une charge) et les dédicaces (consacrant une offrande, plus ou moins monumentale, à une divinité)10. J’aboutis ainsi à un total de 1153 occurrences d’individus attestés avec un ou plusieurs titres (ce que j’appelle des porteurs), qui correspondent à 957 individus d’un point de vue prosopographique, car certains individus sont attestés avec des titres dans plusieurs inscriptions. Cet échantillon comporte un biais de départ, indépassable : il ne réunit que des individus portant des titres – que ceux-ci soient accordés par la communauté ou qu’ils soient utilisés, parfois de manière détournée, par des individus souhaitant faire leur propre éloge ou celui d’un proche. On peut toutefois supposer que ceux qui affichent cette marque d’honneur se sont engagés, d’une manière ou d’une autre, dans la vie publique et forment donc un groupe de citoyens actifs ou/et reconnus. Leur niveau de richesse et de notabilité, tel que les sources le laissent deviner, apparaît in fine très variable, mais cela contribue à en faire un bon groupe-test pour étudier la mise en scène de la parenté dans la sphère publique. En effet, même si une partie des inscriptions prises en compte relèvent d’une initiative individuelle, elles sont le plus souvent gravées dans des lieux publics ou sacrés (agora, sanctuaire, gymnase, théâtre…), ce qui les rapproche, spatialement et fonctionnellement, des textes gravés par les institutions civiques. L’ensemble de ces inscriptions contribue à construire des valeurs partagées au sein des sociétés civiques.

6Avant de présenter et de commenter les résultats de l’analyse quantitative, je prendrai quelques exemples afin d’illustrer la variété des discours possibles lorsque la parenté d’un individu est intégrée à sa dénomination. À côté ou à la place de la référence aux ancêtres, peuvent être évoqués des ascendants et/ou des descendants directs, mais aussi des affins et/ou des collatéraux. Les informations données en lien avec ces mentions sont également très variables : on peut préciser le nom du ou des parent(s) ou au contraire se contenter d’une référence générique ou anonyme ; on peut rappeler de manière détaillée l’ensemble des activités déployées par le(s) parent(s) au service de la cité, mettre en valeur une action précise ou au contraire rester très vague sur le rôle public qu’il(s) a/ont tenu. J’établirai, dans un deuxième temps, la fréquence respective de ces différents types de discours, avant de m’interroger sur la pertinence de différents critères pour expliquer l’affichage de la parenté (chronologie, géographie, typologie des inscriptions, sexe et statut de l’individu).

1. Ancêtres, parents, époux, enfants… : quels discours pour la mise en scène de la parenté ?

  • 11 TAM II, 838.
  • 12 Pigrès fils de Killortas : voir Reitzenstein, 2011, n° 15 p. 175.

7Je commencerai par un exemple atypique, d’abord par le support sur lequel a été gravée l’inscription : il s’agit du sarcophage d’un certain Ktèsiklès, également appelé Ktasadas, deuxième du nom (Κτησικλῆς ὁ καὶ Κτασάδας δίς), retrouvé dans les ruines d’Idebessos, une petite cité de Lycie11. Son nom est donné au nominatif – comme propriétaire et destinataire du sarcophage – et suivi d’une longue série de participes passés rappelant les nombreuses fonctions qu’il a exercées de son vivant (gymnasiarque, prytane, trésorier, etc.). Après ce texte, qui se lit comme une épitaphe, est reproduit le début d’un décret du Conseil et du peuple d’Akalissos, daté par la mention d’un grand-prêtre du koinon lycien dont on situe la charge au début du iie s. apr. J.-C.12 Dans les considérants de ce décret, Ktèsiklès est défini de la manière suivante :

γένους λαμπροῦ καὶ ἐπισήμου καὶ πρώτου τῆς πόλεως ἡμῶν προγόνων λαμπρῶν καὶ ἐπισήμων καὶ πολλὰ καὶ μεγάλα παρεσχημένων τῇ πόλει ἔν̣ τε αἷς ἐτέλεσαν ἀρχαῖς πρυτανείαις γ̣ραμματείαις ἱερ̣οσύναις Σε̣βαστῶν γυμνασιαρχίαις̣ τα̣μίαις πα̣ραφυλακίαις ἐπιμελητείαις δεκαπρωτ̣είαις καὶ αἷς ἐ̣ποιήσαντο ἀνα̣δ̣ό̣σεσιν καὶ ἐπιδόσεσιν καὶ ἀναθέμασιν ναῶν τε καὶ ἀνδριάντων προσκεκοσμηκότων τὴν πόλιν καὶ ἐν τοῖς λοιποῖς οἷς ἐπολειτεύσαντο ἐπὶ συνφέροντι τ̣ῆς πόλεως, ὡς τῶν καλλίστων ἐπαίνων καὶ τ̣ε̣ιμῶ̣ν̣ κ̣α̣ὶ μαρτυριῶν τετευ̣χέναι

« d’une lignée brillante et remarquable et première de notre cité, issu d’ancêtres brillants et remarquables, qui ont procuré à la cité de grands et nombreux avantages dans les charges qu’ils ont exercées, prytanies, secrétariats, prêtrises des Augustes, gymnasiarchies, fonctions de trésorier, de paraphylaque, d’épimélète, de décaprote, qui ont orné la cité par les distributions, les contributions, les consécrations de temples et de statues qu’ils ont réalisées, comme dans toutes leurs actions civiques dans l’intérêt de la cité, ce qui leur a valu d’obtenir les plus beaux éloges, honneurs et témoignages. »

  • 13 Dans la loi athénienne, l’obligation de nourrir ses ascendants s’étend jusqu’aux arrière-grands-pa (...)

8La suite énumère les mérites personnels de Ktèsiklès, notamment sa générosité dans l’exercice de différentes charges. La cité d’Akalissos, voisine d’Idebessos qu’elle a absorbée au sein d’une sympolitie à l’époque impériale, a donc voté un décret en l’honneur de ce citoyen, qui a souhaité le faire graver sur son tombeau et rappeler ainsi, jusque dans la mort, son lustre et celui de sa famille. Le discours consacré aux ancêtres, très long et emphatique (une erreur du lapicide, que je n’ai pas reproduite ici, l’allonge encore, puisque la référence à la « lignée brillante et remarquable et première de notre cité » est gravée deux fois de suite), précise avec un soin qui semble exhaustif les nombreuses charges exercées et bienfaits accomplis. En même temps, la profondeur généalogique du rôle public de cette famille est laissée dans le flou : les termes genos et progonoi, s’ils suggèrent au moins quatre générations13, restent suffisamment vagues pour permettre des usages approximatifs et peut-être abusifs. À ma connaissance, nous n’avons pas les moyens de confronter à d’autres documents les revendications affichées par Ktèsiklès (et validées par un décret public) : les inscriptions publiées dans le même corpus font surtout connaître ses descendants, dans des épitaphes beaucoup moins bavardes, qui sauf exception n’évoquent pas de fonction publique.

  • 14 IStratonikeia III, 1493 (l’éditeur date l’inscription de l’époque romaine, sans autre précision).
  • 15 IEphesos III, 932 et 933.
  • 16 Kirbihler, 2003, p. 227-230 et 2012, p. 94 et 98.
  • 17 La grande-prêtrise exercée par la mère de l’un des agoranomes l’a été au niveau civique et non au (...)

9Dans un contexte comparable, on peut citer l’exemple d’un décret honorifique posthume, gravé sur un autel funéraire à Stratonicée de Carie, par lequel le peuple couronne le défunt et lui offre des funérailles publiques14. Drakôn fils de Drakôn est défini de manière très sobre comme « issu d’ancêtres et de parents de valeur et illustres » (προγόνων καὶ γονέων γεγονότα ἀγαθῶν καὶ ἐνδόξων). Le nombre de relations de parenté mentionnées est le même que dans l’exemple précédent (genos et progonoi pour Ktèsiklès, progonoi et goneis pour Drakôn), mais le discours est néanmoins très différent, énumérant dans le premier cas, en lien avec ces mentions de parenté, huit types de fonctions, quatre types de bienfaits (dont un très général, des « actions civiques » utiles à la cité) et trois types d’honneurs, alors que dans le second cas on se contente de deux adjectifs laudatifs très génériques. Ces deux exemples illustrent l’opposition qu’A. Zuiderhoek a esquissée entre discours détaillé sur le rôle des ancêtres et discours vague, sans que la documentation nous permette, en l’espèce, de vérifier si le premier type de discours correspond réellement à des familles « gagnantes » sur le plan démographique et politique et le second à des familles plus récentes, en quête de légitimité. Dans les deux cas, les ascendants sont évoqués de manière anonyme et collective. Même lorsqu’un seul parent est mentionné, il peut rester anonyme, comme par exemple dans deux inscriptions d’Éphèse, datées de l’époque impériale, qui s’intègrent à un ensemble plus vaste d’inscriptions commémorant l’exercice de l’agoranomie : l’un des agoranomes se dit « issu d’un père liturge » ([π]ατρὸς λειτουργοῦ), l’autre « fils d’une grande-prêtresse » (ὑὸς ἀρχιερείας)15. Chacun évoque un ascendant direct (père ou mère) sans le nommer, mais en signalant une fonction publique (et une seule), différente de celle(s) exercée(s) par le fils. On ne peut pas parler, dans ces exemples, de mise en scène d’une lignée de notables. Plus modestement, un individu inscrit son action au service de la communauté en continuité avec celle de l’un de ses parents. Cela signifie-t-il qu’aucun autre membre de sa famille n’a joué de rôle public ? Fr. Kirbihler, dans ses travaux sur Éphèse, considère que la fonction d’agoranome fait partie des magistratures de rang moyen, sans grand prestige, dans la mesure où les familles les plus en vue la mentionnent très rarement (soit parce qu’elles ne l’ont pas exercée, soit parce qu’elle leur apparaît comme une étape que l’on peut passer sous silence). Inversement, la plupart des agoranomes ne sont connus que par cette seule magistrature16. On peut donc faire l’hypothèse que la modestie des revendications généalogiques reflète ici la (relative) modestie du rang social et de la visibilité publique de la famille17.

10Des discours proches peuvent toutefois renvoyer à des situations contrastées, et on se gardera de déduire que la mention d’un seul ascendant direct, accompagnée de la mention d’une ou deux fonctions seulement, correspond toujours à une famille de petits notables. Ainsi, à Aphrodisias à la fin du iie ou au début du iiie s., une statue publique est érigée en l’honneur de :

[Τιβέρ]ιον Κλαύδιον Λουκίου Ἀντωνίου Κλαυδίου Δομετε[ί]νου Διογένους Ἀσ[ί]ας ἀρχιερέως καὶ νομοθέτου υἱὸν Ἄτταλον συνκλητικὸν τὸν εὐεργέτην τῆς πατρίδος

  • 18 IAph2007, 12.520.

Tiberius Claudius Attalos, fils de Lucius Antonius Claudius Dometeinos Diogenès grand-prêtre d’Asie et nomothète, (lui-même) sénateur, le bienfaiteur de la patrie18.

  • 19 IAph2007, 1.171, 2.17, 12.416, 13.156, 13.206, 13.604.
  • 20 C’est l’hypothèse de J. Reynolds dans le commentaire de IAph2007, 2.17. Mais Bourtsinakou, 2012 n’ (...)
  • 21 IAph2007, 2.17, avec la publication de la statue dans Smith, 2006, n° 48.

11Le patronyme est ici exprimé en une formule qui mêle traditions grecque et romaine : le fait qu’il soit introduit par le terme huios et enclavé entre le gentilice et le cognomen correspond à l’usage latin, mais alors que le patronyme d’un citoyen romain se réduit normalement à la mention du prénom, l’inscription donne le nom complet du père, suivi de la mention des fonctions qu’il a exercées. Dometeinos Diogenès est connu par d’autres inscriptions : c’est un personnage considérable, qui a exercé, outre la grande-prêtrise du koinon d’Asie et la charge de nomothète retenues ici, une gymnasiarchie perpétuelle et la fonction de stéphanéphore pendant au moins six mandats (non nécessairement consécutifs)19. Son fils, honoré par la cité comme bienfaiteur, est entré au Sénat, ce qui implique un haut niveau de richesse et des connexions avec des représentants du pouvoir romain. Il est possible, mais nullement certain, qu’il faille reconnaître en un Tiberius Claudius Diogenès, qui a également été grand-prêtre d’Asie et nomothète au milieu du ier s. apr. J.-C., un ancêtre de notre Diogenès20. Quoi qu’il en soit, lorsque ce dernier reçoit des honneurs publics, ce ne sont pas ses ascendants, mais ses descendants qui sont mis en valeur : la patrie l’honore en tant que « père et grand-père de sénateurs » (πατέρα καὶ πάππον συνκλητικῶν)21. L’ascension de la famille s’est faite à l’échelle de l’empire, puisqu’elle a produit deux générations de sénateurs. Cela donne lieu à un discours qui fonde le prestige de l’individu sur ses fils et petit-fils, et non sur ses ancêtres, dans une inversion du schéma traditionnel.

  • 22 Voir Pont, 2008, avec les références aux études antérieures, et Pont, 2012, p. 299-302.
  • 23 IAph2007, 12.1111.

12Si le passé familial de Diogenès à Aphrodisias n’est pas clairement établi, celui de son concitoyen M. Ulpius Carminius Claudianus, dont la famille a fait l’objet de plusieurs études, est mieux connu22. Les Carminii sont originaires d’Attouda, une petite cité voisine d’Aphrodisias, et ont maintenu des liens avec leur patrie d’origine même après que le mariage de Carminius Claudianus avec Flavia Apphia, une riche Aphrodisienne de rang équestre, l’a conduit à s’installer dans la cité de son épouse. Il y a obtenu la citoyenneté, exercé de nombreuses charges et offert de nombreux bienfaits édilitaires, qui lui ont valu d’être honoré à la fin de sa vie, probablement vers 160 apr. J.-C., par une longue inscription récapitulant sa carrière23. Il est alors défini comme :

ὑὸν Καρ(μινίου) Κλαυδιανοῦ Ἀσίας ἀρχιερέως πάππου καὶ προπάππου συνκλητικῶν (…) ἄνδρα Φλ(αβίας) Ἀπφίας ἀρχιερείας Ἀσίας μητρὸς καὶ ἀδελφῆς καὶ μάμμης συνκλητικῶν φιλοπάτριδος θυγατρὸς τῆς πόλεως καὶ Φλ(αβίου) Ἀθηναγόρου ἐπιτρόπου Σεβαστοῦ πατρὸς καὶ πάππου καὶ προπάππου συνκλητικῶν αὐτὸν ἀρχιερέως τῆς Ἀσίας ὑὸν πατέρα Καρ(μινίου) Ἀθηναγόρου συνκλητικοῦ πάππον Καρμινίων Ἀθηναγόρου καὶ Κλαυδιανοῦ καὶ Ἀπφίας καὶ Λειβιανῆς συνκλητικῶν

  • 24 Je signale en gras les mentions renvoyant directement à l’honorandus, en gras et en italiques les (...)

« fils de Car(minius) Claudianus – grand-prêtre d’Asie, grand-père et arrière-grand-père de membres de l’ordre sénatorial –, (…) époux de Fl(avia) Apphia – grande-prêtresse d’Asie, mère, sœur et grand-mère de membres de l’ordre sénatorial, philopatris, fille de la cité et de Fl(avius) Athènagoras, procurateur d’Auguste, père, grand-père et arrière-grand-père de membres de l’ordre sénatorial –, lui-même fils d’un grand-prêtre d’Asie, père de Car(minius) Athènagoras, sénateur, grand-père des Carminii Athènagoras, Claudianus, Apphia et Liviana, membres de l’ordre sénatorial. »24

13L’entrée dans l’ordre sénatorial est clairement au centre de ce discours, véritable morceau de bravoure de l’affichage d’un réseau familial. On peut tenter de représenter graphiquement ce réseau, en distinguant les liens généalogiques, tels qu’ils peuvent être reconstitués d’après l’inscription, et les liens de parenté explicitement mentionnés (fig. 1).

Fig. 1. La parenté affichée de M. Ulpius Carminius Claudianus

Fig. 1. La parenté affichée de M. Ulpius Carminius Claudianus

14La parenté affichée converge fortement vers le fils et les quatre petits-enfants de Carminius, tous qualifiés avec insistance de synklètikoi (que l’on peut traduire, selon le contexte, par sénateur ou membre de l’ordre sénatorial). Ils sont évoqués quatre fois : d’abord de manière anonyme et collective, par le biais de leurs grands-pères et arrière-grands-pères paternels et maternels, de leur mère et grand-mère, puis nommément, en référence à leur père et grand-père. Tous leurs ascendants sont ainsi situés par rapport à eux. Les ascendants directs de l’honorandus et de son épouse ne sont toutefois pas ignorés. Le père de Carminius est mentionné deux fois : il est d’abord nommé à la suite de son fils, donc en position de patronyme, mais sous une forme développée, avec l’ajout d’une fonction fédérale et de deux liens de parenté qui le lient à ses descendants ; puis il est à nouveau évoqué, de façon anonyme et avec sa seule grande-prêtrise, après la mention de Flavia Apphia et de sa parenté. Il me semble que cette deuxième mention du père de Carminius s’apparente à un sursaut d’orgueil face à la brillante généalogie de son épouse : certes, il ne descend pas d’un procurateur, mais d’un grand-prêtre d’Asie, ce qui n’est déjà pas si mal ! Il reste que c’est bien son mariage qui lui a permis d’intégrer le milieu des élites impériales et d’assurer ainsi l’accès de son fils au Sénat. La référence à son épouse (qui porte des titres honorifiques exprimant son dévouement à la cité) est développée de manière à intégrer le père de Flavia Apphia et ses descendants, mais aussi un frère, laissé ici dans l’anonymat, que l’on a pu identifier par ailleurs comme un sénateur ayant atteint le consulat. Le discours sur la parenté, sciemment répétitif, vise à produire un effet de saturation pour dire l’ampleur du prestige familial. Cette insistance est à la mesure de la réussite sociale de Carminius, qui s’est élevé par le mariage et a ainsi offert un bel avenir à ses descendants.

15On se doute que ce type de discours n’est pas très fréquent. Mais à quel point est-il rare ? Plus largement, comment se répartissent, dans la documentation, les différentes expressions de l’identité sociale fondées sur la parenté ? Quelle est la fréquence respective des mentions d’ancêtres, d’ascendants directs, de descendants, de collatéraux ?

16Apparaissent-elles de manière privilégiée dans certains contextes, dans certaines régions ou pour certaines catégories d’individus ? Les réponses à ces questions impliquent l’exploitation quantitative des données livrées par les inscriptions.

2. La revendication explicite d’une lignée, un phénomène marginal

2.1. Fréquence des mentions de parenté

  • 25 Cette méthode augmente un peu artificiellement le poids de certains liens (en particulier dans le (...)

17On peut commencer par établir le nombre de liens de parenté revendiqués dans chacune des 1153 occurrences d’individus portant des titres (tabl. 1). J’ai compté le nombre de termes de parenté (huios, patèr, mètèr, pappos, genos, progonoi, adelphos, anepsios, syngenès, etc.) utilisés pour définir le porteur, mais aussi les membres de sa parenté, dans le cas de mentions enchâssées (par exemple lorsque Carminius est dit « époux de Flavia Apphia (elle-même) mère, sœur et grand-mère de… »). J’ai également compté, lorsque c’était possible, le nombre de personnes auxquelles ces termes de parenté faisaient référence. Ainsi, lorsque Carminius est défini comme « grand-père des Carminii Athènagoras, Claudianus, Apphia et Liviana », j’ai compté quatre liens de parenté. De même, lorsqu’un individu est dit « fils d’un tel (qui a exercé telle fonction) et d’une telle (qui a exercé telle fonction) », j’ai compté deux liens de parenté25. En revanche, la formule « issu d’une lignée (genos) » ou « issu d’ancêtres (progonoi) » est comptée comme un seul lien de parenté, car on ne peut pas établir le nombre exact d’ancêtres auquel elle renvoie.

nb liens de parenté nb porteurs % nb total liens de parenté
0 913 79,2 %
1 141 12,2 % 141
2 55 4,8 % 110
3 20 1,7 % 60
4 6 0,5 % 24
5 8 0,7 % 40
6 2 0,2 % 12
7 3 0,3 % 21
8 2 0,2 % 16
10 1 0,1 % 10
14 1 0,1 % 14
17 1 0,1 % 17
Total 1153 100,0 % 465

Tabl. 1. Nombre de liens de parenté par porteur

  • 26 Voir Heller, 2020a, p. 241.

18Il apparaît que dans près de 80 % des cas, les porteurs de titres n’affichent aucun discours sur la parenté, au sens où je l’ai défini – c’est-à-dire une ou plusieurs références à des membres de la parenté, rattachée(s) au nom de l’individu. Cela ne veut pas dire que toute référence aux ancêtres (par exemple) est nécessairement absente des inscriptions considérées. Si l’on reprend l’exemple de Ktèsiklès, avant le développement consacré à sa lignée et à ses ancêtres, il est défini comme « un homme premier de notre cité par sa lignée et son mérite (γένει καὶ ἀξίᾳ) ». Je n’ai pas entré ce type de mention dans la colonne « parenté » de ma base de données, mais je l’ai quantifié par un autre biais, puisque j’ai compté le nombre de fois où un titre (ici « premier de la cité ») était présenté comme un héritage ancestral (par le biais de la précision genei ou, plus souvent, dia/ek progonôn) : seuls 3 % des titres, autant dire une infime minorité, sont précisés de cette manière26. En revanche, je n’ai pas quantifié les formules laudatives plus générales du type « qui a agi conformément à la dignité de ses ancêtres » (vel sim.), ni l’usage consistant à faire suivre le nom de l’individu d’une série de patronymes enchâssés permettant d’évoquer (sans autre précision que leur nom) les ascendants masculins sur plusieurs générations. Il faudrait donc, idéalement, compléter les résultats présentés ici par une étude quantitative de telles mentions. Mais il me semble que, d’une part, celles-ci viennent souvent renforcer les discours que j’ai pris en compte et se trouvent donc en partie dans les mêmes inscriptions et, d’autre part, il est peu probable que leur part dans la documentation soit extrêmement différente de celle observée pour l’affichage de la parenté tel que je l’ai défini pour cette étude.

19Lorsqu’un tel affichage existe, il prend le plus souvent la forme d’un ou deux lien(s) de parenté exprimés. Les discours qui recourent à trois liens de parenté, bien que très minoritaires, sont encore visibles avec 20 occurrences, correspondant à 1,7 % du total, mais à partir de quatre liens de parenté on tombe sous la barre des 1 %, et le cas de M. Ulpius Carminius Claudianus, avec ses 17 liens de parenté exprimant de manière redondante la fierté d’avoir des descendants membres de l’ordre sénatorial, est totalement isolé dans mon échantillon. La prise en compte de cet arrière-plan général permet de mieux apprécier la valeur historique d’exemples souvent étudiés en eux-mêmes. Celui de Carminius relève de l’exceptionnel – j’y reviendrai. Plus largement, le principe même de la mise en scène de la parenté, dans des inscriptions dont le but est pourtant de célébrer le rôle public des citoyens, se révèle étonnamment minoritaire. Lorsque l’on met en série la cinquantaine d’exemples du type de ceux de Ktèsiklès, de Drakôn ou de Dometeinos Diogenès (qui ont en commun d’afficher chacun deux liens de parenté, par la référence aux ascendants dans les deux premiers cas, aux descendants dans le dernier), on peut avoir l’impression que la revendication de l’appartenance à une lignée est un phénomène fréquent et caractéristique des sociétés civiques de l’époque impériale. En réalité, cette cinquantaine d’exemples représente à peine 5 % des cas où un individu est honoré ou se met en scène lui-même avec un titre. Ce constat invite déjà à relativiser fortement la diffusion de ce type de discours.

2.2. Quelle parenté ?

  • 27 J’ai volontairement élargi la définition de la lignée (qui suggère plutôt quatre générations, cf. (...)
  • 28 Le terme theios est sans ambiguïté et renvoie à l’oncle paternel ou maternel ; en revanche anepsio (...)

20Il est possible d’approfondir l’analyse pour mieux définir la parenté mentionnée par la minorité de porteurs de titres qui y font référence. Les 465 liens de parenté exprimés au total renvoient à une grande variété de relations, entre ascendants et descendants, entre collatéraux, entre consanguins et entre affins. Ils se combinent aussi de diverses manières, lorsqu’il y a plus d’un lien de parenté exprimé. La diversité des formulations étant très grande dans le détail, j’ai constitué, de manière empirique, quelques grandes catégories fondées sur la nature des liens de parenté et sur le nombre de générations impliquées. Une lignée ascendante comprend au moins trois générations (en incluant le porteur)27. Elle peut être exprimée par un seul terme de parenté, comme genos ou progonoi, mais aussi par la référence au père et au grand-père ou aux parents (goneis) et aux ancêtres ; elle peut intégrer (bien que rarement) la référence à des collatéraux comme les oncles28. La mention des seuls ascendants directs (père, mère ou goneis) forme une catégorie distincte, tout comme la mention des seuls descendants directs (fils ou fille). Une lignée descendante correspond elle aussi à trois générations ou plus et inclut le plus souvent le porteur, ses enfants et ses petits-enfants. Une lignée mixte combine la référence à des ascendants et des descendants : elle peut se limiter au père et au fils du porteur, mais comprend dans la plupart des cas davantage de générations, par exemple les ancêtres et les enfants, ou le père, les enfants et les petits-enfants. L’exemple de Carminius entre dans cette catégorie de lignée mixte (puisqu’il évoque son père, son fils et ses petits-enfants), mais est compliqué par la mention additionnelle de son épouse et de la parenté de celle-ci, qui comprend notamment un frère. Les mentions d’époux/épouses, comme celles de frères, sœurs ou cousins, peuvent dont être intégrées à une lignée, mais peuvent aussi apparaître de manière isolée. La même remarque vaut pour la catégorie, vague, des syngeneis ou « parents consanguins ». Dans un premier temps, on peut observer la répartition des porteurs entre ces différentes catégories (tabl. 2a).

type parenté nb porteurs %
lignée ascendante 75 31 %
ascendant direct 55 23 %
époux 23 10 %
descendant direct 21 9 %
fratrie/cousin 8 3 %
lignée descendante 7 3 %
syngenès 5 2 %
lignée mixte 5 2 %
combinaison 41 17 %
Total 240 100 %

Tabl. 2a. Type de parenté par porteur

21Parmi les 240 porteurs qui affichent leur parenté, un peu plus de la moitié (54 %) fait uniquement référence à ses ascendants, directs ou plus lointains. Les références à l’époux (ou l’épouse) sans mention d’autres membres de la parenté représentent 10 % des cas, soit à peu près autant que les références aux seuls descendants directs (fils et/ou fille). Les autres situations (mention de membres de la fratrie ou du cousinage, lignée descendante ou mixte, mention de syngeneis) sont très marginales, mais peuvent se cacher dans les discours qui combinent plusieurs catégories et qui ne sont pas négligeables, avec 17 % des cas. Pour mieux faire apparaître la part de chaque type de parenté, on peut proposer un autre tableau, qui déconstruit la catégorie « combinaison » et répartit les mentions combinées entre les diverses catégories « simples » (tabl. 2b). Dès lors, on aboutit à compter deux ou trois fois certains porteurs, qui affichent par exemple à la fois une lignée ascendante et un époux, ou une lignée ascendante, des syngeneis et un frère. Le total de référence n’est plus le nombre de porteurs, mais le nombre de types de parenté mobilisés par les porteurs.

type parenté nb  %
lignée ascendante 97 34 %
ascendant direct 65 23 %
époux 41 14 %
fratrie/cousin 26 9 %
descendant direct 23 8 %
syngenès 15 5 %
lignée mixte 11 4 %
lignée descendante 7 2 %
Total 285 100 %

Tabl. 2b. Distribution des types de parenté (avec double-comptes de porteurs)

  • 29 Je rappelle que je ne prends pas en compte ici la simple juxtaposition des patronymes sur plusieur (...)

22Avec cette nouvelle méthode, la part des trois premières catégories reste assez stable, tandis que celle des lignées mixtes et des syngeneis double, mais reste néanmoins très faible, puisqu’elle passe de 2 % à 4 ou 5 %. La place des fratries et des cousins est, en comparaison, un peu plus importante : ils représentent 9 % des types de parenté mentionnés (alors que seuls 3 % des porteurs qui mentionnent une parenté font référence uniquement à des frères, des sœurs ou des cousins). Si l’on compte ensemble les différents types de lignées (ascendantes, mixtes et descendantes), il apparaît qu’elles constituent moins de la moitié (40 %) des types de parenté affichés par des individus qui représentent eux-mêmes une minorité (20 %) parmi les porteurs de titres. La revendication explicite de l’appartenance à une lignée est donc un phénomène marginal29. Je reviendrai en conclusion sur les conséquences historiques que l’on peut tenter de tirer de ce constat.

2.3. Quelle carrière pour les parents mentionnés ?

  • 30 Voir par exemple IDidyma 228II, 329, 331.
  • 31 Voir par exemple IHeraclea 4 (en l’honneur d’Ôlia Pythias, « fille du philosophe Iulius Pythagoras (...)

23Lorsqu’un porteur affiche sa parenté, c’est presque toujours pour en dire quelque chose. Dans une minorité de cas (46 sur 465 liens de parenté, soit 10 %), les membres de la parenté sont simplement désignés par leur nom, sans autre précision. Cela concerne surtout des femmes qui, dans la continuité de leur patronyme, sont définies comme « épouse d’un tel », mais aussi, plus rarement, des hommes ou des femmes qui mentionnent le nom de leur mère, isolément ou à côté de celui de leur père30. Ces usages semblent relever d’un simple développement de la formule onomastique et n’impliquent donc pas forcément la revendication d’un prestige familial ; ils peuvent aussi s’expliquer, par exemple, par des raisons affectives. Dans leur très grande majorité toutefois (90 %), les parents mentionnés – qu’ils soient nommés (dans un peu plus de la moitié des cas) ou évoqués de manière anonyme – sont qualifiés d’une manière ou d’une autre : par une épithète élogieuse (agathos, endoxos, lampros, episèmos…), un titre (euergetès, ktistès, philopatris…), une ou plusieurs fonctions publiques voire, beaucoup plus rarement, une profession31.

nb total fonctions par porteur fonction civique % fonction fédérale % ordo %
0 119 50 % 197 82 % 193 80 %
1 52 22 % 25 10 % 16 7 %
2 30 13 % 8 3 % 25 10 %
3 6 3 % 4 2 % 3 1 %
4 12 5 % 2 1 % 0 0 %
5 7 3 % 2 1 % 0 0 %
6 5 2 % 0 0 % 1 0 %
7 3 1 % 0 0 % 0 0 %
8 2 1 % 1 0 % 0 0 %
9 1 0 % 1 0 % 1 0 %
12 1 0 % 0 0 % 0 0 %
13 0 0 % 0 0 % 1 0 %
14 1 0 % 0 0 % 0 0 %
15 1 0 % 0 0 % 0 0 %
Total 240 100 % 240 100 % 240 100 %

Tabl. 3. Type de fonctions publiques associées à la parenté des porteurs

24Les fonctions publiques associées à la parenté ont le plus souvent été exercées au niveau civique : la moitié des porteurs qui affichent leur parenté mentionnent au moins une telle fonction en lien avec au moins un parent, qu’il s’agisse d’une magistrature, d’une prêtrise ou d’une liturgie. Ceux qui évoquent ainsi le rôle public de leur famille au sein de la cité le font alors majoritairement en rappelant une ou deux fonctions seulement. Les discours développés du type de celui affiché par Ktèsiklès (dont les ascendants sont décrits comme ayant exercé des « prytanies, secrétariats, prêtrises des Augustes, gymnasiarchies, fonctions de trésorier, de paraphylaque, d’épimélète, de décaprote ») s’avèrent très minoritaires : les individus qui créditent leur parenté de plus de quatre fonctions civiques représentent moins de 10 % de ceux qui affichent une parenté, soit moins de 2 % de l’ensemble des porteurs. Il est donc très rare de revendiquer ouvertement un monopole familial sur la vie civique.

  • 32 Halfmann, 1979 comptabilise 62 familles sénatoriales originaires d’Asie Mineure, dont 31 dans la p (...)
  • 33 Je ne donne pas le détail de ces résultats, obtenus selon une méthode un peu différente de celle q (...)

25Les fonctions exercées au sein d’un koinon ou l’entrée dans un ordre romain (le plus souvent l’ordre sénatorial, signalé par les termes synklètikos ou hypatikos) sont moins souvent associées à la parenté que les fonctions civiques : parmi ceux qui affichent leur parenté, seuls (respectivement) 18 % et 20 % attribuent ce type de carrière à au moins l’un de leurs parents. Cela ne surprend pas, dans la mesure où le nombre de familles susceptibles d’accéder à des responsabilités fédérales et, a fortiori, d’intégrer le Sénat est bien plus réduit que celui des familles actives dans leur cité. Les mentions de parents membres de l’ordre sénatorial semblent même fréquentes, au regard du nombre de sénateurs originaires d’Asie Mineure32. Elles se concentrent chez les descendants des porteurs (qui mettent ainsi en avant, comme Carminius, l’ascension de la famille), mais également chez les syngeneis et, dans une moindre mesure, chez les frères, sœurs ou cousins. Les fonctions fédérales sont elles aussi sur-représentées chez les syngeneis – qui sont, dans mon échantillon, uniquement mentionnés pour rappeler qu’ils ont exercé une fonction au sein du koinon ou qu’ils sont entrés dans l’ordre sénatorial, voire ont atteint le consulat. On va donc chercher dans la parenté éloignée les fonctions les plus prestigieuses. Les fonctions civiques, en revanche, sont absentes chez les syngeneis et chez les petits-enfants ; elles sont légèrement sur-représentées chez les ascendants directs (père, mère ou goneis) et présentes avec une fréquence à peu près similaire pour les autres types de parents (ancêtres, enfants, fratries)33.

3. En quête de critères discriminants pour l’affichage de la parenté

3.1. Le contexte : chronologie, géographie, typologie des inscriptions

  • 34 Heller, 2020a, p. 124-138.

26La chronologie des discours étudiés ici est largement déterminée par le critère qui a servi à rassembler la documentation : la présence de titres honorifiques. Cette pratique, telle qu’elle est attestée épigraphiquement, prend son essor dans le courant du ier s. av. J.-C. et gagne en visibilité à mesure que la masse documentaire augmente – le pic des attestations de titres, qui s’étale avec quelques fluctuations entre le début du iie et le début du iiie s. apr. J.-C., correspondant au pic de la documentation34. De ce point de vue, les porteurs de titres qui affichent leur parenté ne se distinguent pas de manière significative : la courbe chronologique que l’on peut construire à partir de leurs attestations prend son essor un peu plus tardivement que la courbe générale (plutôt à partir du milieu du ier s. apr. J.-C.) et culmine également un peu plus tard (plutôt au début du iiie s.), mais le profil global des deux courbes est très proche et reflète avant tout l’état de la documentation.

27D’une région à l’autre, la part des porteurs qui affichent leur parenté varie aussi assez peu, à une exception près (fig. 2).

Fig. 2. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon les régions

Fig. 2. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon les régions

28Parmi les régions où l’effectif global de porteurs (au moins 60) est suffisamment important pour que les pourcentages aient un sens, seule la Lycie se détache, avec 35 % de porteurs qui affichent au moins un lien de parenté, alors qu’ailleurs leur part reste proche de la moyenne de 21 % (étant légèrement inférieure en Ionie et légèrement supérieure en Carie et en Pamphylie). Cette sur-représentation de l’affichage de la parenté en Lycie résulte en réalité uniquement d’une plus forte fréquence de la mention de deux liens de parenté – celle d’un seul lien de parenté ou de plus de deux liens restant conforme à la moyenne. En Pisidie et en Cilicie, en revanche, la mention de deux liens de parenté ou davantage est plus rare que la norme. Qu’en est-il lorsqu’on analyse, non plus le nombre de liens de parenté mis en avant, mais la nature de ces liens ? La répartition régionale des types de parenté révèle de fait quelques contrastes (tabl. 4a-b). On ne tiendra pas compte des pourcentages fondés sur des effectifs inférieurs à 20 dans la catégorie considérée (grisés dans le tableau).

type parenté Ionie Carie Lycie Pisidie total
lignée ascendante 16 29 19 5 97
ascendant direct 34 9 1 3 65
époux 4 12 9 5 41
fratrie/cousin 14 6 2 1 26
descendant direct 6 7 2 1 23
syngenès 0 1 10 2 15
lignée mixte 2 4 4 0 11
lignée descendante 0 2 3 0 7
Total 76 70 50 17 285

Tabl. 4a. Type de parenté par région (effectifs)

type parenté Ionie Carie Lycie Pisidie total
lignée ascendante 21 % 41 % 38 % 29 % 34 %
ascendant direct 45 % 13 % 2 % 18 % 23 %
époux 5 % 17 % 18 % 29 % 14 %
fratrie/cousin 18 % 9 % 4 % 6 % 9 %
descendant direct 8 % 10 % 4 % 6 % 8 %
syngenès 0 % 1 % 20 % 12 % 5 %
lignée mixte 3 % 6 % 8 % 0 % 4 %
lignée descendante 0 % 3 % 6 % 0 % 2 %
Total 100 % 100 % 100 % 100 % 100 %

Tabl. 4b. Type de parenté par région ( %)
NB : Les cellules grisées correspondent à des sur-représentations (gris foncé) ou des sous-représentations (gris clair).

  • 35 Sur les multi-citoyennetés au sein du koinon lycien, particulièrement bien documentées, voir Reitz (...)
  • 36 Heller, 2020a, p. 174-176 et 252-255.
  • 37 Voir en ce sens Frija, 2019.

29L’Ionie est la région qui se distingue le plus : la mention des ascendants directs, tout comme celle des fratries ou cousins, y est deux fois plus fréquente que la moyenne, alors que la mention des époux ou épouses y est trois fois plus rare. En Carie et surtout en Lycie, les ascendants directs sont en revanche sous-représentés. Une autre différence intéressante entre l’Ionie et la Lycie (qui n’apparaît pas dans ce tableau) porte sur le type de fonction majoritairement associé à la mention de la parenté : alors qu’en moyenne, 50 % des porteurs signalent, au sein de leur parenté, l’exercice d’au moins une fonction civique (magistrature, prêtrise ou liturgie), en Ionie ils sont 68 % à le faire, contre seulement 32 % en Lycie. Inversement, le rappel d’au moins une fonction fédérale (exercée au sein du koinon) est beaucoup plus fréquent que la norme en Lycie (avec 58 % de porteurs qui intègrent au moins une telle fonction à l’affichage de leur parenté, contre 18 % en moyenne et seulement 9 % en Ionie). La participation de la parenté à la vie civique, par l’exercice de charges publiques, est donc particulièrement valorisée en Ionie, alors qu’elle l’est beaucoup moins en Lycie, où l’on met en priorité l’accent sur le rôle tenu à l’échelle fédérale. L’importance ainsi accordée au koinon lycien n’est pas étonnante, tant ce cadre institutionnel, encore très vivace à l’époque impériale, fut pendant des siècles le lieu d’affirmation d’une forte identité régionale et a permis de nouer des liens étroits entre familles de différentes cités35. Ces résultats sont cohérents avec ceux que l’on obtient en analysant la carrière des porteurs eux-mêmes : les fonctions fédérales sont sur-représentées en Lycie et sous-représentées en Ionie. Le contraste observé entre ces deux régions vaut donc pour l’affichage du rôle public des porteurs comme pour celui de leur parenté. Il est un peu surprenant que la grande-prêtrise d’Asie soit si peu évoquée en Ionie, et en particulier à Éphèse, capitale de la province. Cela peut tenir en partie à mon échantillon : à Éphèse (qui fournit une part importante des attestations de titres en Ionie), le titre le plus fréquent est celui de philosebastos ; or ce titre n’est nullement lié, comme on l’a souvent pensé, à l’institution du culte impérial, mais est porté avant tout par des secrétaires du peuple, des agoranomes, des prytanes36. Il faudrait comparer la situation avec un large échantillon d’individus qui ne portent pas de titres. Il n’est pas exclu toutefois que cette discrétion à l’égard des fonctions fédérales reflète une tendance plus large, dans la province d’Asie, à valoriser le cadre civique au détriment du cadre du koinon qui, contrairement à la Lycie, n’est pas antérieur à l’établissement de la domination romaine37.

30Pour en revenir au tableau des types de parenté mentionnés par région, on peut encore remarquer que la Pisidie affiche un fort taux d’époux, mais celui-ci est peut-être trompeur en raison du faible effectif global des porteurs revendiquant une parenté dans cette région. À plus forte raison, le résultat obtenu pour les syngeneis, très sur-représentés en Lycie, est fragile car cette catégorie ne réunit que 15 mentions en tout – c’est pourquoi j’ai grisé ce résultat dans le tableau. Pour le reste, les situations observées ne présentent pas de spécificités régionales. Il faut enfin signaler que les 34 mentions d’ascendants directs attestées en Ionie (soit plus de la moitié des mentions de ce type de parenté) se concentrent en réalité à Didymes et à Éphèse, dans des inscriptions commémoratives et, dans une moindre mesure, dans des inscriptions honorifiques. Cela vaut également pour les mentions de fratries. Ce constat pose la question de l’influence du contexte d’énonciation sur le type de parenté affichée.

  • 38 Pour une définition des différents types d’inscriptions, voir supra p. XXX et n. 10.

31On peut tenter de l’approcher à travers le critère de la typologie des inscriptions, en observant tout d’abord si ce critère a une influence sur le nombre de liens de parenté mentionnés38. Je laisse ici de côté les décrets honorifiques, qui livrent seulement 25 occurrences de porteurs, dont 5 qui mentionnent une parenté. La faible présence de ce type d’inscriptions dans mon corpus tient une fois de plus à l’objet de la recherche initiale, ainsi qu’aux évolutions de la pratique épigraphique à l’époque impériale. On ne peut donc rien en conclure sur l’affichage de la parenté dans les décrets honorifiques, qui devrait donner lieu à une enquête spécifique, non affectée par le biais initial de celle que j’ai entreprise. En revanche, le nombre total de porteurs attestés dans des inscriptions honorifiques (largement majoritaires dans mon échantillon, avec 818 porteurs sur 1153 qui se concentrent dans ce type d’inscriptions), mais aussi dans des inscriptions commémoratives et des dédicaces (respectivement 190 et 120 porteurs), est suffisamment important pour que les résultats soient représentatifs (fig. 3).

Fig. 3. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le type d’inscription

Fig. 3. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le type d’inscription

32On constate au premier coup d’œil qu’il n’y a pas de différence significative entre les inscriptions honorifiques et commémoratives, où la fréquence de l’affichage de la parenté est conforme à la moyenne, tout comme celle du nombre de liens de parenté mentionnés. Dans les dédicaces, en revanche, les porteurs qui mentionnent une parenté sont beaucoup plus rares, puisqu’ils ne représentent que 3 % des cas, contre 23 % dans les deux autres types d’inscriptions. Cela peut s’expliquer par de simples raisons pratiques : sur l’architrave d’un temple ou d’un portique, comme sur une colonne ou un autel, l’espace disponible pour graver une inscription consacrant le monument à une ou plusieurs divinité(s) est plus réduit que sur une stèle ou une base de statue. Il n’est pas certain que cette seule explication suffise à rendre compte de l’absence quasi-totale de mentions de parenté par les dédicants : certains offrent des statues ou des stèles, sur lesquelles ils auraient pu faire graver un texte plus long, mais se contentent en général d’une formule simple, qui les met en relation avec la ou les divinité(s) concernées. Il est possible que le contexte d’un geste personnel d’offrande soit moins propice à l’affichage de la parenté que celui des honneurs ou des pratiques d’auto-célébration à la sortie d’une charge.

33Parmi les inscriptions honorifiques, on peut affiner l’analyse en distinguant plusieurs types (fig. 4), selon que le porteur a été honoré par une communauté (honneur public = honr) ou par un individu (honneur privé = honr priv) et qu’il l’a été de son vivant ou après sa mort (honneur posthume = honr posth).

Fig. 4. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le type d’inscription honorifique

Fig. 4. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le type d’inscription honorifique

34Les inscriptions honorifiques privées posthumes sont très peu nombreuses dans mon échantillon et je ne les distingue pas ici de la catégorie des honorifiques privées. Celle-ci présente un taux de porteurs mentionnant une parenté (et de porteurs mentionnant plus de deux liens de parenté) légèrement supérieur à la moyenne, mais les différences avec la situation observée pour les honneurs publics sont ténues. En revanche, lorsque les institutions civiques gravent une inscription honorifique à titre posthume, elles affichent la parenté du porteur plus volontiers que lorsqu’elles honorent un individu de son vivant (dans 37 % des cas au lieu de 21 %) et mentionnent alors plus fréquemment un seul lien de parenté. On peut se demander si le type de parenté mis en avant diffère aussi selon le type d’inscription (tabl. 5a-b).

type parenté honorifique publique honorifique publique posthume honorifique privée commémo-rative total
lignée ascendante 50 23 8 12 97
ascendant direct 32 0 7 23 65
époux 26 6 8 1 41
fratrie/cousin 12 0 6 6 26
descendant direct 8 2 5 7 23
syngenès 9 3 3 0 15
lignée mixte 7 0 4 0 11
lignée descendante 4 0 3 0 7
Total 148 34 44 49 10 285

Tabl. 5a. Type de parenté par type d’inscription (effectifs)

type parenté honorifique publique honorifique publique posthume honorifique privée commémo-rative total
lignée ascendante 34 % 68 % 18 % 24 % 34 %
ascendant direct 22 % 0 % 16 % 47 % 23 %
époux 18 % 18 % 18 % 2 % 14 %
fratrie/cousin 8 % 0 % 14 % 12 % 9 %
descendant direct 5 % 6 % 11 % 14 % 8 %
syngenès 6 % 9 % 7 % 0 % 5 %
lignée mixte 5 % 0 % 9 % 0 % 4 %
lignée descendante 3 % 0 % 7 % 0 % 2 %
Total 100 % 100 % 100 % 100 % 100 % 100 %

Tabl. 5b. Type de parenté par type d’inscription (%)

  • 39 Sur les décrets de consolation, voir Ehrhardt, 1994.

35De fait, la mention d’une lignée ascendante est nettement plus fréquente dans les inscriptions honorifiques posthumes que dans les inscriptions honorifiques gravées du vivant de l’individu, alors qu’elle est plus rare dans les inscriptions honorifiques privées. Dans mon échantillon, les ascendants directs et les frères, sœurs ou cousins ne sont au contraire jamais mentionnés lorsque l’honneur public est posthume. Ainsi, lorsque la cité honore un porteur après sa mort et souhaite l’inscrire dans sa parenté, elle le fait le plus souvent en référence à sa lignée (genos) ou ses ancêtres (progonoi), mais non à ses parents (père et mère), pourtant le plus directement affectés par le décès. Peut-être est-ce là une façon de marquer la rupture que ce décès, surtout s’il est prématuré, introduit dans la chaîne des générations : il perturbe la transmission « naturelle » du rôle public tenu par la lignée. Ce choix discursif pourrait dès lors être interprété comme un moyen de relayer, en creux, l’idéologie justifiant la structure oligarchique des sociétés civiques. Cela n’empêche pas que la cité puisse exprimer, par d’autres moyens, ses condoléances aux parents les plus proches39. On peut encore penser que si les ascendants lointains sont plus fréquemment mentionnés dans les honneurs posthumes, qui sont plus propices à l’affichage de la parenté que les honneurs accordés du vivant de l’honorandus, c’est parce que les individus honorés après leur mort font partie, plus que les autres, des familles les plus anciennes et les plus en vue de la cité.

  • 40 Dans les inscriptions commémoratives de Carie, en particulier dans les sanctuaires extra-urbains d (...)
  • 41 Ces résultats, fondés sur les occurrences de prophètes et d’hydrophores portant des titres, sont a (...)
  • 42 IDidyma 312.

36Les inscriptions commémoratives présentent elles aussi des spécificités, en partie inverses : les ascendants directs y sont sur-représentés, alors que la mention de l’époux ou l’épouse est rarissime. Si l’on croise ce résultat avec l’analyse des spécificités régionales, on peut conclure que cette sur-représentation des pères et mères concerne surtout les inscriptions commémoratives en Ionie40. En revenant à la documentation, on constate en effet que dans le sanctuaire d’Apollon à Didymes, les prophètes et les hydrophores qui commémorent leur charge ont développé l’usage d’évoquer leur père et/ou leur mère, souvent en les désignant par leur nom suivi d’une ou deux fonctions civiques. La diffusion de cet usage est néanmoins toute relative, puisque sur 81 porteurs attestés dans des inscriptions commémoratives de Didymes, seuls 25 affichent une parenté (soit 31 %, guère plus que la moyenne de 21 %). Il reste que plus de la moitié d’entre eux le font en faisant référence à leurs ascendants directs (qui ne représentent que 23 % des types de parenté mentionnés dans l’ensemble de l’échantillon)41. De ce point de vue, l’exemple d’Apollonia fille d’Apollonidès, qui commémore son hydrophorie dans le deuxième quart du iie s. apr. J.-C., est éclairant42. Dans le texte qu’elle grave en son nom, elle se définit comme « pieuse (eusebès), de bonne naissance (eugenès), ayant pour mère […] hydrophore d’Artémis à Samos, sœur de […] fils d’Apollonidès et par adoption de […] Mètrodoros fils de Nikias ». À la suite est reproduit un décret voté en son honneur par le Conseil et le peuple : elle y est présentée de manière différente, par la référence à ses ancêtres (crédités de nombreuses magistratures et liturgies) et à son père (lui aussi loué pour sa carrière publique, à la fois civique et fédérale). Le discours sur la parenté varie en fonction de la situation d’énonciation : dans le décret émis par les autorités civiques, on valorise l’appartenance à une lignée dévouée à la cité, alors que dans l’inscription commémorant l’exercice d’une fonction religieuse liée au culte d’Artémis Pythiè, c’est le lien avec la mère qui est mis en avant, sans doute en partie, dans ce cas particulier, parce qu’elle a exercé une fonction comparable dans la cité voisine de Samos. Le lien avec le frère (pourtant adopté et donc passé dans un autre oikos) est également intégré à la représentation de soi que propose Apollonia à sa sortie de charge. La mention des fratries, très minoritaire de manière générale, n’est guère plus fréquente dans les inscriptions commémoratives, mais elle est nettement sur-représentée en Ionie. L’analyse quantitative permet ici d’affiner le commentaire qualitatif : en évoquant le souvenir de sa mère, Apollonia s’inscrit dans une tendance qui caractérise les inscriptions commémoratives en Ionie (et que l’on retrouve dans celles gravées par les agoranomes à Éphèse) ; en mentionnant son frère, elle fait preuve de davantage d’originalité, tout en rejoignant là aussi une tendance qui s’exprime cette fois uniquement au niveau régional, indépendamment du type d’inscription.

3.2. Le statut des individus : citoyenneté romaine et genre

37Les critères examinés jusqu’à présent relèvent du contexte dans lequel les discours sur la parenté sont affichés (géographie et typologie des inscriptions). Mais il est certain que la position sociale des individus joue également sur la manière dont ils mettent en scène (ou non) leur parenté. Cette position est toutefois difficile à établir, car il faudrait idéalement faire la prosopographie complète de tous les individus recensés – une tâche titanesque, qui se heurte par ailleurs aux limites de notre documentation. À défaut, on peut tenter de raisonner à partir des informations livrées par les inscriptions où les porteurs affichent leur parenté.

  • 43 Sur les problèmes méthodologiques posés par l’identification des citoyens romains à partir de leur (...)
  • 44 Voir notamment Lavan, 2016 et 2019 ; Frija, 2020.

38Un angle d’attaque à la fois facile à mettre en œuvre et intéressant dans ses résultats est la prise en compte du statut des porteurs relativement à la citoyenneté romaine. Plus exactement, la distinction s’opère ici entre ceux qui portent un nom romain et ceux qui portent un nom grec – parmi ces derniers pouvant se cacher (probablement de façon marginale) des individus qui possèdent la ciuitas, mais sont identifiés par leur seul idionyme grec (qui leur sert de cognomen dans la nomenclature romaine)43. Les travaux récents mettent en garde contre la tentation de considérer la citoyenneté romaine comme un critère universel de distinction sociale au sein du monde grec : ils soulignent la variété des processus d’acquisition de la ciuitas (dont certains, comme l’affranchissement ou la missio honesta après 25 ans de service dans l’armée romaine, peuvent toucher des populations modestes), son inégale diffusion selon les régions et même d’une cité à l’autre au sein d’une même région, la présence persistante, enfin, de grands voire de très grands notables qui ne deviennent pas citoyens romains44. Il reste que dans le milieu des élites civiques, l’accès à la citoyenneté romaine (qui se fait essentiellement par le biais de concessions viritanes) semble souvent traduire de bonnes relations avec le pouvoir romain, elles-mêmes souvent (même si non exclusivement) favorisées par une bonne assise sociale et économique. Dans mon échantillon (fondé sur des inscriptions majoritairement datées des iie et iiie siècles apr. J.-C.), plus de la moitié des porteurs (638 sur 1153, soit 55 %) affichent les tria nomina et possèdent donc la ciuitas en plus de leur citoyenneté locale. Les porteurs à l’onomastique grecque (dont je considère, pour simplifier, qu’ils ne sont pas citoyens romains) représentent 30 % du total (342 sur 1153). Dans les résultats qui suivent, je n’intègre pas les 15 % de porteurs dont le statut reste indéterminé du fait de lacunes dans leur nom.

39La possession de la ciuitas influe-t-elle sur l’affichage de la parenté ? Si l’on s’en tient, dans un premier temps, à l’examen du nombre de liens de parenté mentionnés (fig. 5), la réponse est plutôt négative.

Fig. 5. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le statutNB : cr = citoyens romains ; c = citoyens (d’une cité grecque) ne possédant pas la ciuitas

Fig. 5. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le statutNB : cr = citoyens romains ; c = citoyens (d’une cité grecque) ne possédant pas la ciuitas

40On constate que les citoyens qui portent les tria nomina sont un peu plus nombreux à afficher leur parenté (158 sur 638, soit 25 %) que les citoyens à l’onomastique grecque (70 sur 342, soit 20 %). La part de ceux qui affichent plus de deux liens de parenté est également un peu plus forte chez les citoyens romains (11 % contre 6 %), mais ces différences ne sont pas vraiment significatives. Les porteurs mentionnant six liens de parenté ou davantage sont tous citoyens romains : on pourrait en conclure que cette forme de surenchère est favorisée par la possession de ce statut, si le nombre de cas, très réduit (dix en tout), ne limitait la portée de l’observation.

41L’analyse des types de parenté mentionnés donne des résultats un peu plus tranchés (tabl. 6a-b).

type parenté citoyens citoyens romains statut indét. total
lignée ascendante 43 48 97
ascendant direct 12 48 65
époux 13 26 41
fratrie/cousin 1 25 26
descendant direct 3 20 23
syngenès 3 9 15
lignée mixte 1 10 11
lignée descendante 1 6 7
Total 77 192 16 285

Tabl. 6a. Type de parenté par statut (effectifs)

type parenté citoyens citoyens romains total
lignée ascendante 56 % 25 % 34 %
ascendant direct 16 % 25 % 23 %
époux 17 % 14 % 14 %
fratrie/cousin 1 % 13 % 9 %
descendant direct 4 % 10 % 8 %
syngenès 4 % 5 % 5 %
lignée mixte 1 % 5 % 4 %
lignée descendante 1 % 3 % 2 %
Total 100 % 100 % 100 %

Tabl. 6b. Type de parenté par statut (%)

42Les citoyens à l’onomastique grecque s’inscrivent dans une lignée ascendante deux fois plus fréquemment que les citoyens qui portent des noms romains. Le discours traditionnel fondant le prestige familial sur les ancêtres est donc particulièrement bien représenté chez les individus qui ne semblent pas posséder la ciuitas. En revanche, ces mêmes individus ne mentionnent presque jamais leur fratrie et très rarement leurs descendants. Ces deux types de parenté, de toute façon peu fréquents, sont avant tout affichés par des citoyens romains (tout comme, d’ailleurs, les lignées mixtes et descendantes, encore plus rares). On peut penser que cela s’explique par le fait qu’une famille possédant la citoyenneté romaine peut s’illustrer, si elle en a les moyens, par l’entrée dans les ordres romains – et que cette ascension est plus volontiers mise en valeur lorsqu’elle est récente et concerne donc les collatéraux et/ou les descendants. De fait, la mention d’un ordo est assez nettement sur-représentée chez les fratries, les enfants et plus encore les petits-enfants. Mais il est également possible que cette distribution soit un reflet de l’inégale diffusion de la ciuitas en Asie Mineure. En particulier, les fratries sont sur-représentées à la fois en Ionie et chez les citoyens romains ; or la citoyenneté romaine s’est diffusée plus tôt et plus largement en Ionie que dans d’autres régions, comme la Lycie ou la Pisidie. Autrement dit, il est difficile de savoir s’il faut considérer l’habitude (toute relative) de mentionner ses frères, sœurs ou cousins comme une spécificité liée à la région ou au statut des individus concernés.

43Les difficultés d’interprétation sont un peu moins grandes si l’on examine le critère du sexe. Dans mon échantillon de 1153 porteurs, il y a 144 femmes, soit 12 %. Elles sont donc largement sous-représentées dans la documentation retenue par rapport à leur présence démographique. Or, la pratique d’intégrer à leur dénomination une référence à leur parenté apparaît beaucoup plus fréquente que chez les hommes (fig. 6 et tabl. 7a-b).

Fig. 6. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le sexe

Fig. 6. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le sexe

44En effet, la moitié des femmes qui portent des titres mentionnent une parenté, contre seulement 17 % des hommes. En outre, celles qui le font affichent, en proportion, plus de liens de parenté que les hommes. La mise en scène de la parenté apparaît donc comme un phénomène assez nettement genré, qui concerne davantage les femmes que les hommes.

type parenté hommes femmes total
lignée ascendante 78 19 97
ascendant direct 48 17 65
époux 3 38 41
fratrie/cousin 18 8 26
descendant direct 17 6 23
syngenès 11 4 15
lignée mixte 7 4 11
lignée descendante 6 1 7
Total 188 97 285

Tabl. 7a. Type de parenté par sexe (effectifs)

type parenté hommes femmes total
lignée ascendante 41 % 20 % 34 %
ascendant direct 26 % 18 % 23 %
époux 2 % 39 % 14 %
fratrie/cousin 10 % 8 % 9 %
descendant direct 9 % 6 % 8 %
syngenès 6 % 4 % 5 %
lignée mixte 4 % 4 % 4 %
lignée descendante 3 % 1 % 2 %
Total 100 % 100 % 100 %

Tabl. 7b. Type de parenté par sexe (%)

45L’analyse des types de parenté affichés révèle en outre deux différences significatives : les femmes s’inscrivent deux fois moins souvent que les hommes dans une lignée ascendante (par la référence à leurs ancêtres), mais mentionnent, à la suite de leur nom, celui de leur époux bien plus souvent que les hommes ne mentionnent leur épouse. Cette dernière situation est rarissime et trahit sans doute une hypergamie particulièrement marquée. De ce point de vue, Carminius, défini comme le mari de Flavia Apphia, apparaît à nouveau comme une exception. Pour les femmes qui portent des titres et qui affichent une parenté, la référence au mari (qu’elle se réduise à son simple nom ou s’accompagne d’une information sur son rôle public) n’apparaît que dans des inscriptions honorifiques. Bien qu’elle corresponde au type de parenté le plus fréquent pour les femmes, elle n’est pas pour autant systématique : elle concerne 38 occurrences de femmes, soit un peu plus de la moitié de celles qui affichent une parenté et un peu plus du quart de celles qui font partie de mon échantillon global. Enfin, même si la référence aux ascendants lointains est moins fréquente, en proportion, que chez les hommes, elle n’est pas absente, et pour tous les autres types de parenté (ascendants directs, fratrie, descendants directs, syngeneis, etc.), on n’observe pas de contraste significatif entre les sexes.

  • 45 Ces résultats portent sur les femmes identifiées comme telles (par leur nom ou/et par le genre du (...)

46On peut signaler, pour finir, que sur 240 porteurs affichant une parenté, 46 (soit 19 %) mentionnent au moins une femme parmi les parents auxquels ils se rattachent, et que ces femmes (qui sont majoritairement, mais pas uniquement, les mères des porteurs) représentent 12 % des liens de parenté mentionnés par l’ensemble des porteurs (54 sur 465)45. Il est intéressant de constater que la proportion de femmes est ainsi presque identique chez les porteurs et dans leur parenté. Cette proportion (12 % de femmes) est par ailleurs assez proche de celle qu’observe Karine Karila-Cohen dans son article, qu’il s’agisse du nombre de femmes sur le total des individus connus par les sources attiques (10 %) ou du nombre de noms féminins attestés dans les différents dèmes sur lesquels elle teste sa méthode (qui oscille entre 9 % et 14 %). Pour tirer des conclusions historiques de ce constat, il faudrait mener d’autres enquêtes systématiques qui prennent en compte la typologie des inscriptions : si la part réduite des femmes dans les inscriptions honorifiques et commémoratives (qui forment l’essentiel de mon échantillon) peut refléter la réalité de leur rôle public – qui apparaît dès lors assez limité, par comparaison avec celui des hommes –, il ne peut pas en aller de même pour les épitaphes. Une proportion de femmes inférieure à 50 % dans ce type de documentation trahirait alors simplement un moindre accès à la pratique épigraphique.

Conclusion

  • 46 Pour une étude de l’affichage des liens de parenté dans les épitaphes, avec un fort particularisme (...)

47Au terme de cette enquête, il convient d’abord d’en rappeler les limites. L’échantillon ne comprend que des individus attestés avec des titres honorifiques, et on ne peut exclure qu’ils aient un comportement particulier en ce qui concerne l’affichage de la parenté. Il me semble néanmoins peu probable qu’ils fassent preuve d’une discrétion plus grande, à l’égard du rôle public de leur famille, que les individus sans titres. La deuxième limite porte sur la modalité retenue pour la mise en scène du prestige familial, à savoir les mentions de parenté directement rattachées au nom de l’individu, par des termes qui définissent sa position par rapport aux parents évoqués (fils, descendant, père, grand-père, épouse, etc.). Les patronymes enchâssés ne sont pas pris en compte, pas plus que les références à la parenté qui ne s’intègrent pas à la dénomination de l’individu. Le contexte des mentions étudiées, enfin, est celui des honneurs (publics et privés) et des pratiques de commémoration de l’action individuelle dans la sphère publique (dédicaces, inscriptions commémoratives). On ne saurait donc en tirer une image générale de la parenté en Asie Mineure à l’époque impériale46.

48Ces limites posées, les divers résultats présentés invitent à souligner la rareté de l’affichage de la parenté dans la dénomination des individus. Sur l’ensemble des porteurs, seuls 21 % sont définis par référence à leur parenté et à peine 10 % sont insérés dans une lignée – entendue comme une chaîne de trois générations au moins (le porteur inclus). Qui plus est, parmi ceux qui affichent une parenté, seule une petite minorité (10 %) développe un discours détaillé sur le rôle public des ascendants, descendants, collatéraux ou affins (par la mention de nombreuses charges exercées au niveau civique, provincial voire impérial). La mise en scène de dynasties de notables, se transmettant l’exercice des fonctions publiques de génération en génération, apparaît donc comme un phénomène marginal. Faut-il en conclure, comme le suggère A. Zuiderhoek dans l’étude citée en introduction, que seules les familles affichant explicitement cette transmission, par un discours développé, ont véritablement réussi à maintenir leur présence publique sur le long terme ? Comment alors interpréter le silence de la majorité des individus, qui ne s’inscrivent dans aucune parenté ? S’il suffisait de se dire « issu d’ancêtres glorieux », sans plus de précision, pour se doter d’une eugeneia de bon aloi (sans que cela corresponde à une véritable longévité du rôle public de la famille), pourquoi ne trouve-t-on pas davantage de telles mentions ? Pourquoi sont-elles plus fréquentes dans les inscriptions honorifiques posthumes que dans celles qui honorent l’individu de son vivant ? Il me semble que l’explication la plus convaincante reste que la plupart de ceux qui ne s’inscrivent dans aucune parenté n’ont pas de prestige familial à faire valoir – du moins dans les contextes où l’affichage de la parenté est clairement attesté, c’est-à-dire dans les inscriptions commémoratives et honorifiques. Les dédicaces sont apparues comme un contexte spécifique, très peu propice à la mention de la parenté en lien avec le nom de l’individu. Les honneurs posthumes y sont au contraire plus favorables que ceux accordés du vivant de l’honorandus, peut-être parce qu’ils sont plus rares et récompensent donc plus souvent des individus issus de familles prestigieuses.

49Quant au contenu du discours sur la parenté, il reste assez largement orienté vers le passé, avec plus de la moitié des types de parenté mentionnés qui renvoient aux ascendants, directs (père et mère) ou plus lointains, alors que seuls 14 % font référence aux descendants (intégrés ou non à une lignée). Cette inversion du rapport traditionnel entre les générations concerne avant tout des citoyens romains, qui peuvent ainsi mettre en valeur l’ascension de la famille vers l’ordre sénatorial. Mais les enfants peuvent également être mentionnés parce qu’ils perpétuent la présence de la famille sur la scène civique ou, plus rarement, fédérale. Les femmes, enfin, sont beaucoup plus souvent inscrites dans leur parenté que les hommes, notamment (mais pas uniquement) par la mention du nom de leur mari. Si l’on revient pour terminer sur l’exemple de M. Ulpius Carminius Claudianus, dont le discours particulièrement prolixe sur la parenté est apparu comme une exception à presque tous les égards, on peut l’utiliser, en contre-point, comme un éclairage sur la norme : il s’inscrit dans une nombreuse parenté alors que la plupart des porteurs de titres n’en affichent aucune et, quand ils le font, ne mentionnent le plus souvent qu’un seul membre de leur parenté ou la masse anonyme de leurs ancêtres ; il se définit comme le mari de sa femme, ce qui lui permet d’évoquer la brillante position sociale de celle-ci, alors que les hommes ne font presque jamais référence à leur épouse ; il s’inscrit dans une lignée qui comprend à la fois son père, le père de sa femme, son fils et ses petits-enfants, alors que la mise en avant d’une lignée et, plus encore, d’une lignée mêlant ascendants et descendants, est très rare ; il se glorifie de manière insistante de l’entrée de la famille dans l’ordre sénatorial, alors que seuls 20 % des porteurs qui affichent une parenté, soit 4 % de l’ensemble des porteurs, mentionnent une telle ascension, et le font alors de manière plus modeste, sans répétitions inutiles.

50Pour l’immense majorité des porteurs de titres, comme sans doute des notables locaux en général, l’horizon de l’intégration aux élites impériales reste hors de portée. Ils n’apparaissent pas pour autant comme les héritiers de longues traditions familiales qu’ils seraient tous chargés de perpétuer et de transmettre, en s’investissant dans la vie publique de leur cité et/ou de leur province à la suite de leurs ancêtres : à côté d’une minorité de familles qui revendiquent leur longévité, les nouveaux venus, aux origines plus obscures, devaient être plus nombreux que ce que la représentation consensuelle des sociétés civiques sous l’Empire nous suggère. Doit-on l’expliquer par une forte mobilité sociale, se traduisant par un renouvellement constant des élites, comme le pense A. Zuiderhoek ? Ou peut-on envisager que la participation à la vie publique, dans les cités grecques d’époque impériale, n’était pas réservée au cercle restreint des citoyens les plus fortunés, mais était accessible, au moins ponctuellement, à des individus de niveau social plus modeste ? La question reste à mon sens ouverte.

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Bibliographie

Abréviations

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Notes

1 Voir Duplouy, 2006, p. 37-77.

2 Voir les remarques de Ph. Gauthier dans Bull. 1994, 194, en réaction à une synthèse sur les notables des cités grecques (Quass, 1993, en particulier p. 40-76), qui étendait à tort ce type de discours à l’ensemble de l’époque hellénistique.

3 Sur ces évolutions, l’étude de référence reste Gauthier, 1985, qui la met en relation avec le déclin des monarchies hellénistiques : les bienfaits autrefois pris en charge par les rois sont désormais assumés par des citoyens, sur lesquels sont réinvestis certains éléments du discours dynastique. Voir plus récemment Hamon, 2007 et 2009.

4 Zuiderhoek, 2009, p. 133-140.

5 Ibid., p. 140-153.

6 Pour une présentation détaillée de la base, de la méthodologie et de l’objet de cette recherche, voir Heller, 2020a.

7 Cette base de données est consultable et interrogeable en ligne : www.euergetai-univ.tours.fr, dans une version simplifiée qui n’intègre pas l’ensemble des champs (ainsi la colonne « parenté » n’y figure pas).

8 Même choix dans Mathieu, 2011, p. 18, pour une enquête sur la parenté dans les épitaphes latines des Gaules et des Germanies.

9 Sur l’évolution chronologique des décrets et des inscriptions honorifiques, dont les courbes se croisent de manière symétrique, voir Heller, 2016.

10 Sur la typologie des inscriptions telle que je l’ai définie pour ma recherche, voir Heller, 2020a, p. 118-132. Cette typologie peut être discutée dans le détail, tout comme les choix que j’ai faits pour classer les cas-limites, mais elle rejoint la position d’autres historiens qui utilisent les inscriptions grecques d’Asie Mineure aux époques hellénistique et romaine (voir par exemple Ma, 2013, p. 155-159).

11 TAM II, 838.

12 Pigrès fils de Killortas : voir Reitzenstein, 2011, n° 15 p. 175.

13 Dans la loi athénienne, l’obligation de nourrir ses ascendants s’étend jusqu’aux arrière-grands-parents, qui sont « la souche du genos » (ἀρχὴ τοῦ γένους) selon Isée, Kiron, 32. Voir Bourriot, 1976, p. 224-225.

14 IStratonikeia III, 1493 (l’éditeur date l’inscription de l’époque romaine, sans autre précision).

15 IEphesos III, 932 et 933.

16 Kirbihler, 2003, p. 227-230 et 2012, p. 94 et 98.

17 La grande-prêtrise exercée par la mère de l’un des agoranomes l’a été au niveau civique et non au niveau fédéral, sinon on l’aurait signalé par la mention de l’Asie. C’est donc une fonction qui, tout en étant prestigieuse, ne signale pas forcément un très haut niveau social. Cf. Frija, 2012, p. 215-216.

18 IAph2007, 12.520.

19 IAph2007, 1.171, 2.17, 12.416, 13.156, 13.206, 13.604.

20 C’est l’hypothèse de J. Reynolds dans le commentaire de IAph2007, 2.17. Mais Bourtsinakou, 2012 n’établit pas de connexion entre Ti. Claudius Diogenès (stemma XLVII p. 395) et L. Antonius Claudius Dometeinos Diogenès (stemma LVIII p. 399). L’onomastique de ce dernier intègre deux gentilices, ce qui peut s’expliquer par la volonté de rendre visible la branche maternelle – un des facteurs de la diffusion des polyonymes dans l’Orient romain, avec l’adoption (cf. Ferrary, 2014, p. 62-65).

21 IAph2007, 2.17, avec la publication de la statue dans Smith, 2006, n° 48.

22 Voir Pont, 2008, avec les références aux études antérieures, et Pont, 2012, p. 299-302.

23 IAph2007, 12.1111.

24 Je signale en gras les mentions renvoyant directement à l’honorandus, en gras et en italiques les mentions enchâssées, rattachées à un parent de l’honorandus.

25 Cette méthode augmente un peu artificiellement le poids de certains liens (en particulier dans le cas d’une nombreuse descendance), mais elle permet de prendre en compte toutes les informations données pour caractériser les différents membres de la parenté. Si l’on utilise un décompte réduit aux seuls termes de parenté (en ne retenant que la nature du lien mentionné, et non le nombre d’individus avec lequel le lien est établi), les changements ne sont pas significatifs : le nombre maximum de liens attestés pour un même porteur passe certes de 17 à 14, mais les pourcentages restent très proches de ceux présentés dans le tableau 1.

26 Voir Heller, 2020a, p. 241.

27 J’ai volontairement élargi la définition de la lignée (qui suggère plutôt quatre générations, cf. supra n. 13), afin d’y inclure les discours établissant une transmission entre grands-parents et petits-enfants.

28 Le terme theios est sans ambiguïté et renvoie à l’oncle paternel ou maternel ; en revanche anepsios (attesté une dizaine de fois dans mon échantillon) peut désigner le cousin (fils d’un germain du père ou de la mère) ou le neveu (fils d’un germain). Cf. Wilgaux, 2006, p. 220-226. J’ai le plus souvent conservé le sens le plus ancien (cousin), sauf quand une reconstitution prosopographique permettait de trancher en faveur de « neveu ».

29 Je rappelle que je ne prends pas en compte ici la simple juxtaposition des patronymes sur plusieurs générations – qui est une autre manière de mettre en scène une lignée, mais en insistant sur la chaîne généalogique et non sur le rôle public de la famille.

30 Voir par exemple IDidyma 228II, 329, 331.

31 Voir par exemple IHeraclea 4 (en l’honneur d’Ôlia Pythias, « fille du philosophe Iulius Pythagoras ») et IErythrai I, 63 (en l’honneur de L. Flavius Capitolinus, « fils du sophiste Fl. Philostratos et d’Aurèlia Mélitinè kratistè, parent, frère et oncle de sénateurs »).

32 Halfmann, 1979 comptabilise 62 familles sénatoriales originaires d’Asie Mineure, dont 31 dans la province d’Asie ; par comparaison, Campanile, 1994 dénombre environ 200 familles dont au moins un membre a exercé la grande-prêtrise d’Asie.

33 Je ne donne pas le détail de ces résultats, obtenus selon une méthode un peu différente de celle qui définit des types de parenté : les double-comptes posent en effet problème si l’on veut évaluer la fréquence avec laquelle tel type de fonction est associé à tel type de parent. J’ai utilisé ici un décompte plus fin, fondé sur les termes de parenté.

34 Heller, 2020a, p. 124-138.

35 Sur les multi-citoyennetés au sein du koinon lycien, particulièrement bien documentées, voir Reitzenstein, 2012.

36 Heller, 2020a, p. 174-176 et 252-255.

37 Voir en ce sens Frija, 2019.

38 Pour une définition des différents types d’inscriptions, voir supra p. XXX et n. 10.

39 Sur les décrets de consolation, voir Ehrhardt, 1994.

40 Dans les inscriptions commémoratives de Carie, en particulier dans les sanctuaires extra-urbains de Stratonicée, les prêtres et prêtresses peuvent également mettre en scène leur parenté proche, mais selon une modalité différente de celle que j’ai comptabilisée pour cette enquête : au lieu de se définir comme « fils /fille de… » ou « issu(e) d’un père / d’une mère… », ils juxtaposent les noms de plusieurs individus apparentés, en précisant le rôle que chacun a rempli en lien avec leur prêtrise. Ce type de discours, dans ce contexte précis, mériterait une étude à part.

41 Ces résultats, fondés sur les occurrences de prophètes et d’hydrophores portant des titres, sont assez proches de ceux obtenus par Marcellesi, 2005, p. 104, pour l’ensemble des hydrophores attestées à Milet : sur 119 hydrophores, 50 (soit 42 %) ont des ascendants qui nous sont connus, dont 21 (soit un peu moins de la moitié) ont un père prophète et/ou une mère hydrophore.

42 IDidyma 312.

43 Sur les problèmes méthodologiques posés par l’identification des citoyens romains à partir de leur nom, voir Heller, 2020b.

44 Voir notamment Lavan, 2016 et 2019 ; Frija, 2020.

45 Ces résultats portent sur les femmes identifiées comme telles (par leur nom ou/et par le genre du qualificatif qui leur est attribué). Ils n’intègrent pas les femmes possiblement incluses, de manière implicite, dans les références à une lignée (genos) ou aux ancêtres (progonoi).

46 Pour une étude de l’affichage des liens de parenté dans les épitaphes, avec un fort particularisme régional, voir Thonemann, 2013. Pour l’Occident, voir Mathieu, 2011.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. La parenté affichée de M. Ulpius Carminius Claudianus
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Titre Fig. 2. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon les régions
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Titre Fig. 3. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le type d’inscription
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Titre Fig. 4. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le type d’inscription honorifique
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Titre Fig. 5. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le statutNB : cr = citoyens romains ; c = citoyens (d’une cité grecque) ne possédant pas la ciuitas
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Titre Fig. 6. Nombre de liens de parenté affichés par porteur selon le sexe
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Pour citer cet article

Référence papier

Anna Heller, « Des dynasties de notables ?
La mise en scène du prestige familial dans les inscriptions honorifiques d’Asie Mineure à l’époque impériale »
Pallas, 115 | 2021, 289-318.

Référence électronique

Anna Heller, « Des dynasties de notables ?
La mise en scène du prestige familial dans les inscriptions honorifiques d’Asie Mineure à l’époque impériale »
Pallas [En ligne], 115 | 2021, mis en ligne le 24 août 2022, consulté le 28 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/20410 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.20410

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Auteur

Anna Heller

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