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L’affichage de la parenté dans les mondes grec et romain

Dénomination et identité familiale. L’exemple de Metellus Scipion

Denomination and familial identity. The case of Metellus Scipio
Robinson Baudry
p. 235-242

Résumés

La dénomination de Q. Caecilius Metellus Pius Scipio, un Scipion ayant fait l’objet d’une « adoption testamentaire » qui imposait un changement de nomenclature, est attestée sous douze formes différentes dans les sources, qu’elles soient littéraires, épigraphiques ou numismatiques. Cette variété déconcerte et paraît défier l’analyse, suggérant qu’en ce domaine, l’arbitraire régnait. Analysant la distinction entre nomenclature et dénomination, jadis formulée par Nicolet, cette étude repose sur l’hypothèse que ces écarts à la norme étaient signifiants et se propose de les interpréter. La démonstration partira de la nomenclature officielle, abordera les formes de dénomination utilisées par Scipion lui-même, avant d’analyser les usages de ses contemporains, qu’il s’agisse d’adversaires ou d’alliés, puis des auteurs postérieurs.

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Texte intégral

  • 1 Je remercie Karine Karila-Cohen, Anna Heller et les experts anonymes pour leur relecture minutieuse (...)
  • 2 Pour de plus amples développements sur ce point, je me permets de renvoyer à Baudry, 2016, p. 85-1 (...)

1La pratique de l’adoption est un phénomène bien attesté dans l’aristocratie romaine de la fin de la République, même si sa fréquence reste discutée1. Elle permettait à la fois de corriger les aléas de la démographie en se donnant une descendance lorsqu’on en manquait, de tisser ou de renforcer des liens sociaux et d’accroître son prestige puisque l’adopté pouvait revendiquer une double ascendance et, ainsi, multiplier les ancêtres de renom. L’une de ses conséquences, et l’un des signes permettant aux historiens de l’identifier, réside dans le changement de nomenclature de l’adopté2. L’entrée dans une nouvelle famille se traduisait concrètement par l’emprunt du prénom, du nom et, le cas échéant, du surnom de l’adoptant. La nouvelle nomenclature de l’adopté conservait toutefois la trace de l’ancienne par l’ajout d’un surnom. Dans un premier temps, ce dernier était formé de l’ancien nom auquel on ajoutait un suffixe en –anus. À la fin de la République, à partir de l’époque de Sylla, l’usage était d’utiliser le surnom de l’adopté. S’y ajoutaient les mentions de la filiation et de la tribu, que l’adopté empruntait à l’adoptant.

  • 3 Sur l’« adoption testamentaire » et son interprétation, on se reportera en dernier lieu à Lindsay, (...)
  • 4 Sur ce personnage, voir en particulier Münzer, 1897, col. 1224-1228 ; Etcheto, 2012, p. 146-148 ; (...)
  • 5 Dion Cassius, 40, 51, 3 : « Celui-ci, en effet, fils de Nasica par la naissance, était entré dans (...)

2Il pouvait même arriver que l’adoption se limite au changement de nom et n’implique pas de modification du statut de l’adoptant. Pour désigner cet acte juridique particulier, les historiens et les juristes parlent d’« adoption testamentaire ». En effet celle-ci survenait au moment de l’acceptation (cretio) par l’héritier désigné dans le testament de son héritage et de la condition sur laquelle la transmission de l’héritage reposait : le changement de nomenclature. C’est par abus de langage que l’on emploie ici le terme d’adoption, puisque celui qui recevait l’héritage et changeait de nomenclature n’entrait pas dans la famille du défunt. Il est plus pertinent de parler de condicio nominis ferendi3, dont l’un des cas les plus fameux est celui de P. Cornelius Scipio Nasica, personnage éminent de la fin de la République, rendu célèbre par ses liens familiaux et politiques avec Pompée et par son opposition à César au moment des guerres civiles, qui s’acheva par son suicide au large de l’Afrique, en 464. Ce descendant d’une branche des Scipions, collatérale de celle des deux Africains, a ainsi été « adopté » par testament par Q. Caecilius Metellus Pius en 64 ou en 63 av. J.-C., comme le révèle un passage de Dion Cassius5. Scipion demeurait patricien et appartenait encore à la famille des Scipions, dont il devait honorer les cultes familiaux et il en allait également ainsi de ses descendants, mais il changea bien de nomenclature. P. Cornelius Scipio Nasica s’appela désormais Q. Caecilius Metellus Pius Scipio et telle est bien la dénomination qui apparaît dans les rares sources officielles dont nous pouvons avoir connaissance. Le changement de dénomination était donc socialement contraignant.

  • 6 Linderski, 1996, p.  154-164, dans un article fondamental, en retient treize, mais omet les formes (...)
  • 7 Linderski, 1996, p. 154 évoque « a baffling variety »
  • 8 Linderski, 1996, p. 154.
  • 9 Nicolet, 1977, p. 57.
  • 10 Syme, 1939, p. 49.
  • 11 Etcheto, 2012, p. 146-148 ; 375-376. 

3Dans les autres sources, fort nombreuses en raison de la notoriété du personnage, il en va tout autrement : pas moins de douze formes de sa nomenclature sont attestées6. De prime abord, une telle diversité paraît défier l’analyse et il est tentant de se borner à conclure que, en matière de dénomination, la souplesse prévalait7. Le nombre de variantes possibles, particulièrement important ici, serait mécaniquement lié à la longueur de la nomenclature de l’individu. Celle-ci est remarquable puisque Scipio comptait une nomenclature à trois cognomina, deux transmis par celui dont il avait accepté le testament ; un qu’il tenait de son père et qu’il avait conservé après son « adoption ». Linderski ajoute un autre facteur : l’« adoption testamentaire » avait fait de lui un Metellus, mais il restait, par sa naissance, un Scipion, ce qui laissait une certaine liberté dans la façon de le désigner8. Le cas de Metellus Scipion illustrerait ainsi de façon remarquable la distinction, jadis proposée par Nicolet, entre nomenclature (« la totalité des noms et indications qui faisaient officiellement partie de l’état-civil d’un individu  ») et dénomination (« l’usage effectif, quotidien des noms »)9. Le but de cette recherche est de rendre compte de cette multitude d’écarts entre usage et norme, ainsi que Nicolet y invitait, en se concentrant sur un cas particulier. Il repose sur le constat que la dénomination occupe une place fondamentale dans les stratégies d’autoreprésentation de l’aristocratie romaine, dont Metellus Scipion est l’un des représentants les plus éminents. Les écarts à la nomenclature officielle, qu’ils émanent ou non de Scipion, sont donc, dans une certaine mesure, significatifs. Toute la difficulté est de déterminer précisément ce qu’ils signifient. Plusieurs éléments ont pu contribuer à modifier la dénomination : contraintes liées à la nature de la source, relations de l’auteur avec Scipion, contexte de l’énoncé, contexte de l’énonciation, idiosyncrasies de l’auteur dans sa façon de nommer les personnages historiques et, en l’occurrence, d’abréger leur dénomination, effet de liste lorsque le nom est cité parmi d’autres. Au-delà de la mise au jour de la signification de ces écarts, l’objet de cette recherche est de comprendre ce que la dénomination de Metellus Scipion nous apprend sur son identité sociale et familiale. S’efforçait-il d’associer dans sa dénomination ses deux appartenances familiales, faisait-il des choix, opérait-il des hiérarchies ? La question se pose d’autant plus que Scipion était particulièrement attaché à la mémoire familiale et au prestige qui en découlait, comme en témoignent son monnayage, son souci, parfois maladroit, de modifier les dédicaces des statues des membres de sa famille, ainsi que le fait qu’il se soit adressé à Atticus pour que ce dernier fasse des recherches généalogiques sur ses deux familles, ce qui lui valut ce jugement abrupt de Ronald Syme : « Q. Metellus Scipio, qui se faisait gloire d’une ascendance incomparable, sans rien savoir pourtant de ses ancêtres ni se montrer digne d’eux, corrompu et débauché dans la conduite de sa vie »10. Le problème de l’identité familiale de ce personnage a été récemment reformulé par Henri Etcheto, qui estime que Metellus Scipion se définissait d’abord comme un Metellus : la mort précoce de son père et, surtout, ses liens avec les Metelli par voie maternelle iraient dans ce sens11. L’analyse de sa dénomination permet-elle de corroborer cette hypothèse ?

4Nous examinerons les sources officielles, qui sont les plus proches de ce que devait être sa nomenclature officielle, mais qui n’en présentent pas moins des variantes remarquables, avant d’étudier la dénomination de Scipion telle qu’elle apparaît dans les sources dont ce dernier est l’auteur, afin d’essayer de préciser ses stratégies en ce domaine. Cette étape est essentielle : l’étude des stratégies de dénomination ne peut être menée avec quelque assurance que dans le cadre de sources qui émanent de l’individu en question. Ce n’est qu’ensuite que nous pouvons essayer d’apprécier les variantes par rapport à ce modèle – qui est lui-même une variante de la nomenclature normée – et ainsi tenter de déterminer l’efficacité de ces stratégies. L’étape suivante invite à revenir sur les témoignages des contemporains de Scipion. Ce corpus est spécifique, car les auteurs en question connaissaient les stratégies ou, à tout le moins, les habitudes, de ce dernier, en matière de dénomination. Cette analyse s’arrêtera, en particulier, sur le corpus cicéronien. Si ce dernier est hétérogène, dans la mesure où il compte aussi bien des lettres, que des traités et des discours, il présente la particularité d’être l’œuvre d’un contemporain et d’un familier de Scipion. Nous nous tournerons ensuite vers d’autres contemporains, qui se distinguent, eux, par leur hostilité à l’égard de Scipion. Nous étudierons enfin la façon dont Scipion est nommé par les historiens et biographes postérieurs. Ce dernier champ d’investigation pose en effet des problèmes spécifiques, liés en particulier à la question de la dépendance de ces auteurs à l’égard des sources antérieures.

1. La dénomination dans les documents officiels

  • 12 Nicolet, 1977, p. 48-49.
  • 13 Metellus Scipion fut consul en 52 av. J.-C. et les Fastes consulaires Capitolins présent une lacun (...)
  • 14 On constate que dans les Fastes triomphaux Capitolins, la dénomination était standardisée : elle i (...)
  • 15 M. Caelius Rufus ap. Cic., Fam., 8, 8, 5 (octobre 51 av. J.-C.) : Senatus consultum. Auctoritas. P (...)

5Par officiels nous entendons les documents qui émanent des instances de la cité de Rome ou d’autres collectivités. Comme l’a rappelé Nicolet, en effet, la question de la nomenclature était au cœur de l’un des rituels civiques les plus importants, celui du cens, lors duquel les citoyens, au moment de la professio, déclaraient leur identité aux censeurs12. Les registres du cens ne nous sont pas parvenus et il en va de même des fastes triomphaux et consulaires relatifs aux années où Metellus Scipion a obtenu ces honneurs13, documents qui, de toute façon, n’auraient pas nécessairement proposé une formulation exhaustive de sa nomenclature14. En revanche, nous disposons de la version littéraire du texte d’un sénatus-consulte dans lequel le nom de Metellus Scipion est cité15 :

« Sénatus-consulte. Résolution.
Le 29 septembre, dans le temple d’Apollon. Assistèrent à la rédaction : L. Domitius, fils de Gnéus, de la tribu Fabia, Ahenobarbus ; Q. Caecilius, fils de Quintus, de la tribu Fabia, Metellus Pius Scipio ; L. Villius, fils de Lucius, de la tribu Pomptina, Annalis ; C. Septimius, fils de Titus, de la tribu Quirina ; C. Lucilius, fils de Gaius, de la tribu Poplilia, Curio ; L. Ateius, fils de Lucius, de la tribu Aniensis, Capito ; M. Eppius, fils de Marcus, de la tribu Teretina ».

  • 16 M. Caelius Rufus ap. Cic., Fam., VIII, 8, 6 (octobre 51 av. J.-C.).
  • 17 Sur l’évolution de la dénomination des témoins des sénatus-consultes, voir Taylor, 1960, p. 167-16 (...)
  • 18 Inscr. Ital., 13, 1, p. 170-171 ; I. Milet, III, n° 173. Sur sa dénomination, voir Shackleton Bail (...)
  • 19 Voir en dernier lieu Lindsay, 2009, p. 84.
  • 20 Plusieurs témoignages épigraphiques et littéraires indiquent la filiation Q. f., ce qui renvoie au (...)
  • 21 Linderski, 1996, p. 152-153.
  • 22 Nous suivons une hypothèse de Lindsay, 2009, p. 161-162, formulée au sujet des cas de Metellus Sci (...)

6Il y apparaît en qualité de témoin de la rédaction du sénatus-consulte et est donc mentionné, aux côtés d’autres sénateurs, dans la praescriptio du document que le correspondant de Cicéron, M. Caelius Rufus, recopie fidèlement. Or c’est bien la nomenclature complète, filiation et tribu incluses, qui apparaît dans ce document officiel : Q. Caecilius Q. f. Fab. Metellus Pius Scipio. Elle est citée de façon identique dans la restitution que livre le même Caelius Rufus de l’auctoritas qui fut votée le même jour16. Il ne faudrait cependant pas croire que ce type de document restituait nécessairement la nomenclature dans son intégralité. Les formes de la dénomination sur les sénatus-consultes avaient connu des évolutions depuis un siècle et demi convergeant vers un degré de précision croissant : apparition progressive du cognomen, voire des cognomina, et de la tribu17. Certes, à l’époque qui nous concerne, l’exhaustivité paraissait visée. Ce n’est toutefois pas absolument assuré et, du fait de cette incertitude, nous ignorons si le surnom Nasica faisait partie de la nomenclature officielle de notre personnage. Rien ne l’interdisait a priori : un L. Calpurnius Piso Frugi (consul en 61 av. J.-C.) adopté par un M. Pupius s’appela, d’après les témoignages des Fasti Amiternini et d’une inscription de Milet, M. Pupius Piso Frugi18. L’« adoption testamentaire » n’impliquait pas de changement de tribu, puisqu’elle n’affectait pas le statut de l’adopté19 et elle n’imposait pas davantage de changement de filiation. Pourtant, la dénomination de Scipion porte la marque d’un changement de filiation20. Selon Linderski une clause du testament a pu enjoindre Scipion d’agir loco filii21 mais il nous paraît plus vraisemblable de supposer que cette décision relevait du choix personnel de l’adopté, dont l’intention pouvait être de manifester son attachement à l’égard du défunt22.

  • 23 Syll. 3, 757 (I. Pergamon, 411 = IGR, 4, 409 = Tuchelt, 1979, 206) (ca. 49/48 av. J.-C.) : « Le pe (...)

7Nous incluons dans les documents officiels une source qui n’émane pas de la cité de Rome, mais de la cité de Pergame. Il s’agit d’une inscription honorifique gravée sur un bloc de marbre blanc qui devait servir de base à une statue23 :

Ὁ δ[ῆ]μος / [Κόι]ντον Καικίλιον Κοΐντου υἱὸν / [Μ]έτελλον Πίον Σκιπίωνα, τὸν αὐτο/κράτορα, τὸν ἑαυτοῦ σωτῆρα καὶ / εὐεργέτην.

  • 24 Voir les réflexions de Linderski, 1996, p. 150.
  • 25 Syll. 3, 758 (I. Pergamon, 412 = IGR, 4, 421 = Tuchelt, 1979, p. 207) (ca. 49/48 av. J.-C.) : « Le (...)

8Le dédicant est le peuple de la cité de Pergame, ce qui confère au document son caractère officiel. Le dédicataire est « Metellus Scipion », qui exerçait alors un imperium sur cette province, dans le cadre de la guerre civile qui opposait Pompée, dont il était l’un des généraux, et César. Sa dénomination, traduite en grec, suit rigoureusement le modèle figurant dans le sénatus-consulte, à une exception près : la mention de la tribu, généralement omise dans les inscriptions honorifiques des cités grecques. Ici, dénomination officielle et autoreprésentation paraissent converger : la cité use vraisemblablement de la dénomination que Scipion utilisait en sa qualité de titulaire d’un imperium, rappelée par le terme αὐτοκράτωρ. Une autre inscription contemporaine et gravée dans cette même cité présente une dénomination cohérente : la fille de Metellus Scipion, Cornelia – dont la dénomination n’a pas été modifiée, ce qui est la norme dans le cas des « adoptions testamentaires »24 –, qui avait épousé Pompée, est présentée comme la fille de Q. Metellus Pius Scipio, sans que le gentilice de ce dernier soit précisé25 :

Ὁ δῆμος ἐτίμησεν / Κορνηλίαν Κοίντου Μετέλλου [Π]ίου / Σκιπίωνος τοῦ αὐτοκράτορος θυγατέ/ρα, γυναῖκα δὲ Γναίου Πομπηίου Γναίου υἱοῦ / [Μ]εγάλου τοῦ ἀνθυπάτου, διά τε τὴν περὶ αὐτὴν / σωφροσύνην καὶ τὴν πρὸς τὸν δῆμον εὔνοιαν.

9Selon une pratique épigraphique fréquente, le gentilice du père n’a pas été rappelé, puisqu’il se déduisait de celui de la fille. Il reste qu’ici la déduction était fallacieuse, dans la mesure où Scipion était devenu un Caecilius. Il se trouve que ce choix était cohérent avec les stratégies de Scipion en ce domaine.

  • 26 Dio Cass., ind. 40 : Κ. Καικίλιος Μέτελλος Σκιπίων Νασικοῦ υἱ.
  • 27 Cf. Dion Cassius, 40, 51, 3, cité supra, où Scipion est dit « fils de Nasica ».

10Avant d’analyser ces dernières, il faut revenir sur l’index de l’Histoire romaine de Dion Cassius pour l’année 52 av. J.-C., dont on peut se demander s’il fait écho à cette dénomination officielle, telle qu’elle serait notamment apparue dans les fastes consulaires26. La dénomination est proche de celle observée sur le sénatus-consulte cité par Caelius Rufus, mais on peut s’étonner de l’indication fils de Nasica et de l’absence du surnom Pius. Si le second élément témoigne d’un processus de simplification, le premier procède peut-être de la nature de la source : la constitution de l’index se serait fondée sur le texte de Dion et la mention de la filiation biologique dériverait du passage dans lequel l’historien évoque l’« adoption testamentaire » de Scipion27.

2. Les choix onomastiques de Scipion

  • 28 Wroth, 1964, p. 126, n° 126-128 : Metcalf, 2017, p. 6-7 ; p. 29-32, n° 188-245.
  • 29 On le trouve régulièrement sur l’avers des cistophores frappées entre 200 et 67 av. J.-C. Voir Wro (...)
  • 30 Voir ainsi Wroth, 1964, p. 123-126, n° 86-125.
  • 31 Sur le fait qu’il s’agit d’un monnayage romain officiel, voir Woytek, 2003, p. 111.
  • 32 Sur ce phénomène, voir en particulier Etcheto, 2012, p. 26-36 ; 297-302.
  • 33 Metellus Scipio avait un frère, dont on ignore le prénom, mais dont on sait qu’il fut adopté par t (...)

11Les seules sources qui émanent avec certitude de Scipion sont des monnaies, émises au cours d’une période qui va de 49 à 46 av. J.-C., marquée par la guerre civile entre Césariens et Pompéiens. Une première série de monnaies correspond à des cistophores frappés à Pergame en 49 ou en 4828. L’avers, commun à ce type de monnaies, présente une ciste mystique, à moitié ouverte, d’où sortent des serpents, avec sur le pourtour une couronne de lierre29. Sur le revers sont figurés deux serpents entrelacés, thème également familier du monnayage civique, mais ici doublement romanisé : par la présence d’une aigle légionnaire entre les deux serpents (alors que généralement, il s’agit d’un carquois décoré d’un aplustre et contenant un arc tendu)30 ; et par la mention, dans la légende écrite en latin, de l’auteur de l’émission monétaire, dont la plupart des éléments constitutifs sont repris : Q. Metellus Pius Scipio Imper(ator)31. Scipion a toutefois procédé à des choix, sans doute moins en raison de l’exiguïté du support que de la volonté de faire ressortir les éléments les plus importants. C’est ainsi qu’il n’est plus question, ici, ni du gentilice, ni de la filiation : seuls figurent le prénom et les trois surnoms. L’omission du nom est fréquente à la fin de la République : en vertu d’un phénomène commencé dès le ive siècle av. J.-C., c’est le surnom qui en est venu à fonctionner comme le support de l’identité familiale32. On le voit également : pas plus que dans les documents officiels il n’est ici question du surnom Nasica. Ce dernier ne s’imposait pas à une époque où l’on ne connaît guère d’autres Scipions33 et son omission permettait d’entretenir l’ambivalence du surnom Scipion, qui autorisait un rapprochement plus direct avec les deux grands imperatores de la famille : Scipion l’Africain et Scipion Émilien. La disposition de la légende est significative : l’aigle qui visuellement distingue le surnom Scipio au-dessous des éléments de la dénomination hérités de Metellus situés au-dessus tisse le lien symbolique qui les associe.

  • 34 RRC, 459-461.
  • 35 La graphie Scip(io) est attestée sur trois séries de monnaies : RRC, 460, 1-3.
  • 36 RRC, 460, 1-3.
  • 37 RRC, 461. 
  • 38 RRC, 459 L’avers présente une tête laurée de Jupiter, accompagnée de la légende Q. Metel(lus) Pius(...)
  • 39 Les premières monnaies comportant une tête d’éléphant sur le revers (RRC, 262, 2-5) sont anonymes (...)

12Plusieurs séries monétaires furent frappées entre 47 et 46, alors que Scipion se trouvait en Afrique34. Comme dans le monnayage émis à Pergame, le gentilice et la filiation ont disparu. Des différences notables peuvent cependant être observées. On constate tout d’abord le recours, sur tous les types monétaires, à une forme abrégée du surnom Metellus (écrit Metel(lus) ou Metell(us)) et, sur certaines séries, à un usage similaire pour le surnom Scip(io)35. On remarque surtout l’absence de prénom sur plusieurs types36 et du surnom Pius sur un autre37. Une similitude est particulièrement remarquable : l’attention portée à la répartition des éléments de la dénomination, soit sur l’avers et sur le revers38, soit sur une même face, à droite et à gauche, de part et d’autre du type monétaire. Sont regroupés, d’une part, les éléments de la dénomination transmis par l’« adoption testamentaire » (prénom et surnom(s) ou surnoms sans le prénom) ; et, de l’autre, le surnom de l’adopté, Scipio, qui se trouve systématiquement associé au titre d’imperator. Une telle association permettait d’évoquer les souvenirs des Africani, le vainqueur d’Hannibal et le destructeur de Carthage. On aurait pu s’attendre à ce que Scipion fît figurer sur le revers de la première série de deniers un motif évoquant directement l’action des Scipions. Certes l’éléphant pouvait suggérer les succès du premier Africain, mais il s’agit en réalité de la reprise du motif de série de monnaies, émises par des Caecilii Metelli afin de commémorer la victoire de L. Caecilius Metellus (cos. 251 av. J.-C.) sur Hasdrubal à Panhormos39.

13L’omission du cognomen Pius sur l’un des types aurait pu s’expliquer par la volonté de renvoyer à Q. Caecilius Metellus Numidicus, qui ne portait pas ce cognomen et qui s’était illustré dans la guerre contre Jugurtha, mais l’hypothèse est peu convaincante puisque la monnaie qui suggère le plus le rapprochement avec Numidicus, celle à l’éléphant, porte la mention Pius. Inversement, Scipion pouvait être tenté de mettre en avant sa pietas, dans une guerre qui l’opposait à celui qui était responsable de la mort de son beau-père, Pompée. Les stratégies, en matière de dénomination n’étaient pas exclusives les unes des autres et doivent être ici pensées dans leur complémentarité.

  • 40 Taylor, 1949, p. 89-90.
  • 41 Bevilaqua, 1991, p. 42-43 et pl. VIII, 2, citée et commentée par Linderski, 1996, p. 145-146.

14Le monnayage de Scipion fournit un aperçu de ce que pouvaient être les stratégies de ce dernier en matière d’autoreprésentation. La nature de la source et le contexte de son émission ont pesé sur les choix opérés par le monétaire, mais ces derniers n’en sont pas moins révélateurs. Scipion fait le choix d’une dénomination qui rappelle son « adoption testamentaire » et qui lui permet de se rattacher à deux des principales familles de la noblesse romaine. Il insiste aussi sur le lien entre l’appartenance à la famille des Scipions, résumée par la mise en exergue du surnom, et le titre d’imperator. Comme l’écrit Taylor, « Son atrium, orné des portraits de cire de deux longues séries d’ancêtres consuls et de bien d’autres encore, héritage de sa femme [une Aemilia Lepida], a dû être un lieu d’exposition de l’histoire de Rome »40. Il renonce, en revanche, aux éléments redondants (le gentilice et filiation), dont la signification pour son identité ne va plus d’elle-même. L’une des variations attestées – l’inclusion ou non du surnom Pius – peut s’expliquer, les deux stratégies ayant leur logique. Le choix d’exclure ou non le prénom peut également s’expliquer par sa possible redondance. Ces différents choix révèlent une hiérarchisation des éléments onomastiques : les deux surnoms Metellus et Scipio occupent une place fondamentale dans l’identité du monétaire. Le prénom vient ensuite, puis le surnom Pius et, enfin, le gentilice. Ces usages se différencient de la façon dont il se désigne sur une inscription incisée sur une gemme : Q(uintus) / Scipio / imp(erator)41. En contexte privé, Metellus Scipion conserve la trace de l’« adoption testamentaire » (c’est bien le prénom adoptif qui est indiqué), mais donne la priorité au surnom Scipio.

15L’usage que Metellus Scipion faisait de sa dénomination présente des éléments cohérents, qui suggèrent l’existence de choix onomastiques. La question de leurs effets se pose. Peut-on les jauger en étudiant la façon dont les contemporains de Metellus Scipion nommaient ce dernier ? S’inspiraient-ils des pratiques de ce dernier ou obéissaient-ils à d’autres considérations ?

3. Les sources contemporaines de Scipion

3.1. Le corpus cicéronien

  • 42 Sur les usages onomastiques de Cicéron, voir Adams, 1978, p. 145-166.
  • 43 Cic., Pro Rosc., 77.
  • 44 Cic., 2 Verr., 4, 79-81 
  • 45 Cic., 2 Verr., 4, 79-81, où il est nommé P. Scipio à six reprises et, en une occurrence, Scipio.
  • 46 Pour un commentaire de ce passage, voir Vasaly, 1993, p. 118-120 ; Baldo, 2004, p. 417-426, que no (...)
  • 47 Cicéron, Att., 1, 1, 3 (peu avant le 17 juillet 65) : « Les autres créanciers s’associent à la pou (...)
  • 48 Voir le commentaire de Baldo, 2004, p. 418, qui souligne que l’orateur a assumé un rôle qui aurait (...)

16Le corpus cicéronien est le plus significatif, en raison du nombre des occurrences, de la variété du type de sources et de l’étendue de l’arc chronologique où elles apparaissent, entre 80 et 44 av. J.-C42. Metellus Scipion est mentionné par Cicéron avant son « adoption », alors qu’il s’appelait encore P. Cornelius Scipio Nasica. Cicéron l’évoque dès le pro Roscio43, puis s’adresse ou fait référence à lui à plusieurs reprises dans les Verrines, en 70 av. J.-C44. Or, à chaque fois, qu’il s’agisse d’un passage narratif ou d’une apostrophe, Cicéron l’appelle P. Scipio ou Scipio45. On l’observe, Cicéron omet le gentilice et le second surnom, Nasica. Deux interprétations peuvent être proposées pour rendre compte de cette pratique. La première, minimaliste, consiste à affirmer que Cicéron se contente de suivre l’usage en vigueur, tel qu’il serait notamment pratiqué par Scipion lui-même : ce faisant, il permet l’identification, ce qui est la première fonction du nom, et ne crée pas de discordance avec les choix d’autoreprésentation de Scipion. Dans le cas des Verrines, le contexte littéraire autorise une autre interprétation, qui n’est pas incompatible avec la première. Le choix de ces éléments favorisait l’identification avec les deux Africains, auxquels il est fait référence dans le passage. Toute cette partie du discours vise en effet à exhorter Scipion à se montrer digne de ses ancêtres46. La dénomination, par son ambiguïté (l’omission du cognomen Nasica), est donc porteuse de mémoire familiale, en permettant de rattacher ce Scipion à deux membres d’une branche collatérale. Mais le choix de Cicéron est-il vraiment significatif ? Dans ses discours, l’orateur cite régulièrement les membres de l’aristocratie sénatoriale en les désignant par leurs seuls prénoms et surnoms et cet usage se retrouve dans sa correspondance, dans laquelle Scipion ne fait pas exception à la règle47. Toutefois, dans le passage des Verrines, Cicéron joue sur l’opposition entre son nom, désigné par la forme M. Tullius, et celui de P. Scipio48 : une autre formule onomastique (P. Cornelius) aurait donc été possible pour que le parallèle soit davantage rigoureux.

  • 49 Cic., Q. fr., 3, 4, 5 (24 octobre 54). 
  • 50 Cic., Fam., 9, 18, 2 (à L. Papirius Paetus, domaine de Tusculum, peu avant le 25 juillet 46) ; Fam(...)
  • 51 Cic., Att., 7, 4, 2 (10/11 décembre 50) ; 8, 3, 7 (18 février 49) ; 8, 15, 3 (3 mars 49) ; 9, 1, 4 (...)
  • 52 L’exception réside dans l’adresse de la lettre que Cicéron envoya à Atticus le 5 octobre 58, après (...)
  • 53 Comme le rappelle Deniaux, 1993, p. 78, mais cette observation vaut pour les adresses des lettres, (...)

17L’« adoption » de Scipion par Metellus n’a eu que peu de conséquences sur la façon dont Cicéron le désigne dans sa correspondance. Dans la plupart des cas, dans des lettres écrites au cours d’une période qui va de 60 à 44 av. J.-C., plus précisément dans neuf cas sur onze, Scipion est désigné par son seul premier cognomen hérité : Scipio. Ce fait est remarquable : l’« adoption testamentaire » n’a pas modifié la façon dont on désignait l’adopté dans un contexte privé. L’identité du destinataire ne semble pas avoir d’incidence sur la façon de le désigner : on trouve, s’agissant des neuf cas, une lettre à Quintus Cicéron49, deux à des familiers50 (L. Papirius Paetus et C. Cassius Longinus), six à Atticus51. On observe la même situation à propos d’Atticus : ce dernier, malgré son « adoption testamentaire », se fait toujours appeler ainsi par Cicéron, à une exception près52. Finalement, le seul changement par rapport à la situation antérieure résiderait dans l’abandon du prénom. Le fait peut s’expliquer par un degré de familiarité croissant53, mais il peut témoigner aussi d’une double réticence à employer le prénom Publius, qui n’était plus celui de la nomenclature de Scipion, et à user du prénom Quintus, qui troublait l’identification. On ignore si Cicéron imite l’usage adopté par Scipion dans un contexte privé ou s’il s’en tient à la pratique qui était la sienne avant l’« adoption ».

  • 54 Cic., Att., 6, 1, 17 (20 février 50) : « A propos de la statue de l’Africain – ô le beau coq-à-l’â (...)
  • 55 Sur ce passage, voir les commentaires de Shackleton Bailey, 1968, p. 249-250 et de Etcheto, 2012, (...)
  • 56 Un parallèle s’impose : Cic., Att., 2, 24, 2 (avant le 18 octobre 59) « Caepio – c’est de Brutus q (...)

18Une nuance et une exception peuvent cependant être relevées. Dans une lettre adressée à Atticus, Cicéron désigne Scipion ainsi : Scipio hic Metellus54. Cette précision remarquable tient au contexte. Cicéron vient de décrire une statue d’un membre de la famille des Scipions, Scipion Emilien, et il fait ensuite allusion à Metellus Scipion parce que ce dernier a cru que la statue représentait non Émilien mais son ancêtre Nasica Serapio55. Cicéron commence logiquement par le nommer par son second cognomen, celui qui le rattache à la famille des Scipions, avant de préciser qu’il s’agit de Metellus Scipion, en ajoutant le cognomen transmis par voie adoptive, séparé du premier par le démonstratif hic, qui comporte une nuance de proximité temporelle. Cet usage singulier s’explique donc par le contexte de l’énoncé56. Plus surprenant, le fait que, à deux reprises, Cicéron le désigne dans la suite du passage par le seul surnom de Metellus. Il peut s’agir, à nouveau, du souci de le distinguer de ses ascendants, mais peut-être faut-il faire un pas de plus et estimer que Cicéron lui refuserait en quelque sorte la qualité de Scipion, en raison de son ignorance de l’histoire de sa famille. L’hypothèse, au vu de la légèreté du ton de la lettre, n’est pas à exclure.

  • 57 Cic., Att., 2, 1, 9 (mi-juin 60) : « Favonius a enlevé le vote de ma tribu plus honorablement que (...)
  • 58 Linderski, 1976, p. 154, n. 38.
  • 59 Voir notamment Cic., Brut., 107 ; Liv., Per., 58, 7 ; Val. Max., V, 3, 2.
  • 60 Cic., Att. 1, 1, 3 (peu avant le 17 juillet 65) : « Les autres créanciers s’associent à la poursui (...)

19La deuxième occurrence est autrement plus troublante. Dans une lettre à Atticus, datée de juin 60, Cicéron fait vraisemblablement allusion à Scipion en le désignant par le seul surnom de Nasica57. Le fait déconcerte : que ce soit avant ou après son « adoption », Scipion n’est jamais désigné ainsi dans les sources contemporaines. Pour rendre compte de cette exception, Linderski avance deux hypothèses58. La première prend en considération le contexte de l’énoncé : Nasica est évoqué à propos d’une accusation portée contre lui par son adversaire à une élection, Favonius. Selon Linderski, dans la mesure où les élections sont souvent déterminées par des clientèles héritées, Metellus Scipio a pu mettre en avant son ascendance et invoquer son père, Scipio Nasica. L’hypothèse est très fragile : le poids des clientèles héritées dans les configurations électorales, a fortiori pour une élection à une magistrature inférieure (la questure ou l’édilité), est très discuté ; mettre en avant l’ascendance scipionienne plutôt que celle qui est héritée des Metelli ne va pas davantage de soi ; en outre, pourquoi Cicéron s’en ferait-il ainsi l’écho ? Selon une deuxième interprétation, que le savant juge davantage probable, c’est par ce cognomen que Favonius aurait désigné Scipion, méprisant ainsi sa nouvelle nomenclature. Cette stratégie peut s’expliquer : en appelant ainsi son adversaire, dans le cadre d’un procès pour brigue, Favonius peut faire comme si l’« adoption » n’avait été motivée que par l’héritage, la condition de changement de nom n’étant pas respectée. Mais une telle stratégie était-elle efficace si, au contraire, Metellus Scipion prenait soin de se faire appeler Q. Metellus Scipio ? Il pouvait aussi s’agir, dans un contexte électoral plutôt que judiciaire, de rappeler ses liens avec l’assassin de Tiberius Gracchus59, mais le surnom de Nasica, à la différence de Serapio, n’y faisait pas immédiatement penser. Et le problème de savoir pourquoi Cicéron aurait repris à son compte une telle dénomination demeure. Même s’il n’était pas encore proche de Scipion, se pose le problème de l’identification du personnage dont il parle : Atticus ne connaît rien de la teneur du discours de Favonius et la référence à Nasica ne va donc pas de soi. Deux autres hypothèses peuvent être suggérées. Premièrement, ce Nasica n’est pas notre personnage. Un argument s’y oppose : on ne connaît pas d’autre Scipion Nasica à cette époque. La deuxième hypothèse repose sur un raisonnement chronologique. Nous serions à une époque où la nouvelle nomenclature de Scipion était peut-être encore mal connue, surtout d’un Atticus. Mais cela n’explique pas pourquoi il l’appelle Nasica et non P. Scipio, comme il l’avait fait dans une lettre à Atticus de 6560.

  • 61 Cic., De dom., 123 : atqui C. Atinius patrum memoria bona Q. Metelli, qui eum ex senatu censor eie (...)

20Alors même que Metellus Scipion n’est évoqué qu’à quatre reprises dans les discours postérieurs à son adoption, il est nommé de trois façons différentes. Peut-on faire le lien entre ces différents usages et le contexte de l’énonciation ? La première occurrence remonte à la fin du mois de septembre 57 et figure dans le De Domo61 :

« C. Atinius, au temps de nos pères, consacra les biens de Q. Metellus, qui l’avait expulsé du Sénat pendant sa censure – ton aïeul, Q. Metellus, le tien aussi P. Servilius, et ton bisaïeul, P. Scipio – après avoir placé un trépied sur les rostres et appelé un flûtiste. »

  • 62 Cette idée est avancée par Linderski, 1996, p. 162.
  • 63 Linderski., ibid.
  • 64 Cic., Phil., 13, 29 : P. Scipionem, clarissimum uirum maiorumque suorum simillimum.

21Metellus Scipion y est nommé de la même façon que dans les discours antérieurs à l’adoption, comme si cette dernière n’avait pas eu lieu. Cette anomalie s’explique : la parenté adoptive avec la famille des Metelli est rappelée explicitement par la référence aux liens de parenté qui unissent trois membres du collège pontifical à Q. Caecilius Metellus Macedonicus, dont Cicéron rappelle que les biens ont été consacrés par C. Atinius Labeo. L’effet de liste a également pu jouer. Il se serait agi de distinguer Scipion de Q. Caecilius Metellus (Creticus)62. Et l’on observe que Cicéron a tenu à conférer à chacun une dénomination à deux éléments, associant prénom et surnom dans les deux premiers cas et prénom et gentilice dans le troisième, ce qui excluait d’appeler l’un Q. Metellus Creticus et l’autre Q. Metellus Scipio. Le choix du prénom reste toutefois inexpliqué. La forme Q. Scipio aurait été davantage conforme à l’usage, car le prénom Publius associé au cognomen hérité de son père, suggérait que la condicio nominis ferendi n’était pas respectée. De fait, si, pour autant que nous puissions en juger sur la foi de quatre types monétaires, Scipion paraît s’y être contraint, rien n’obligeait ses contemporains à en faire de même. L’hypothèse d’une erreur dans la tradition manuscrite ne saurait être retenue, car les divers manuscrits du De Domo portent la même leçon. Peut-être s’agit-il d’une erreur d’inattention de Cicéron, qui reprenait l’usage qui était le sien dans les Verrines. Linderski avance que le choix du cognomen Scipio a suggéré celui du prénom Publius, deux éléments qui renvoyaient à la filiation naturelle et de Metellus Scipion63. On trouve une forme identique dans un passage de la treizième Philippique, où Cicéron évoque « P. Scipio, un homme très illustre et très semblable à ses ancêtres »64. La référence aux ancêtres a probablement justifié cet usage. Dans la mesure où elle n’avait pas d’effet juridique, l’adoption testamentaire ne créait pas une nouvelle filiation. Par conséquent, les Metelli n’étaient pas, à proprement parler, les maiores de Scipion. S’ajoute le fait que sa mort, à Thapsus, dissipait les effets de l’« adoption testamentaire » : il était possible pour ses contemporains de lui attribuer son ancienne nomenclature.

  • 65 Cic., De har. resp., 12 : At uero meam domum P. Lentulus, consul et pontifex, P. Servilius, M. Luc (...)

22Le deuxième extrait provient d’un discours légèrement plus tardif mais prononcé dans un contexte similaire, en 56 av. J.-C.65 :

« Mais, en vérité, pour ma maison, P. Lentulus, à la fois consul et pontife, P. Servilius, M. Lucullus, Q. Metellus, M’. Glabrio, M. Messalla, L. Lentulus, flamine de Mars, P. Galba, Q. Metellus Scipio, C. Fannius, M. Lepidus, L. Claudius, roi des sacrifices, M. Scaurus, M. Crassus, C. Curio, Sex. Caesar, flamine de Quirinus, Q. Cornelius. P. Albinovanus, Q. Terentius, pontifes mineurs, l’affaire une fois instruite et plaidée en deux occasions, devant une foule immense de citoyens pleins de prestige et de sagesse, tous à l’unanimité l’ont déclarée affranchie de tout caractère religieux. »

  • 66 Voir ainsi Taylor, 1942, p. 390-391.

23Le passage est célèbre puisqu’il nous permet de connaître avec précision la composition du collège pontifical en 57 av. J.-C66. Cicéron y dresse la liste de tous les membres du collège – pontifes, roi des sacrifices et flamines – qui ont voté la décision consistant à annuler la consecratio de sa résidence sur le Palatin. La façon de les citer est normée et homogène, afin d’éviter toute maladresse et de heurter leur dignitas. Cicéron s’en tient ici à l’usage le plus répandu dans les discours, consistant à associer prénom, premier cognomen ou, en l’absence de cognomen, prénom et gentilice. Il ne fait qu’une exception et la réserve à notre personnage, qu’il nomme Q. Metellus Scipio. Une explication peut être avancée pour tenter de rendre compte de cette exception. Il apparaît que le contexte prêtait à confusion : Metellus Scipio est évoqué peu après un autre Q. Metellus. Ce dernier aurait pu être identifié par la précision du cognomen personnel Creticus, mais peut-être Cicéron a-t-il voulu éviter d’user d’un élément qui fonctionnait comme un principe de distinction. La solution la plus neutre était encore d’ajouter le surnom Scipion à l’autre Metellus. Ce faisant, Cicéron évitait toute confusion et rendait l’exception légitime par l’existence même de l’« adoption testamentaire ». Cette dénomination, proche de la nomenclature officielle et de la façon dont Scipion se désignait, constituait une solution satisfaisante et pouvait paraître relativement neutre. Si elle est logique, cette formule n’en rend que plus aberrante la précédente, qui la précède pourtant de peu, chronologiquement.

  • 67 Cic., Pro Sest., 124 : Erat enim munus Scipionis dignum et eo ipso et illo Q. Metello, cui dabatur(...)
  • 68 Sur ce munus, voir Ville, 1981, p. 62. Metellus Scipion est désigné par le seul cognomen Scipio en (...)

24Le dernier extrait, de peu postérieur, est un passage du Discours en faveur de Sestius : « La fête était donnée par Scipion : elle était digne de lui et de Q. Metellus, dont elle honorait la mémoire »67. Cicéron fait référence à un spectacle de gladiateurs (un munus) donné en 57 av. J.-C., qu’il désigne en associant, au génitif, le nom de son éditeur. En l’occurrence, il choisit de ne retenir que le surnom Scipio, ce qui confirme que tel était l’élément essentiel de la dénomination et, donc, de l’identité de ce personnage. L’absence d’autre élément s’explique toutefois à nouveau par le contexte. La précision de l’identité du dédicataire des jeux, Q. Metellus, celui qui avait « adopté » Scipion par testament, rendait inutile la mention des éléments de la dénomination qui dérivent de l’« adoption »68.

25La façon dont Cicéron nomme Scipion peut être comparée à la pratique de plusieurs de ses contemporains, qui se distinguent de l’Arpinate en ce qu’ils n’étaient pas des familiers de Scipion et pouvaient même, comme dans le cas de César, lui être hostiles.

3.2. Contrepoint : les autres sources contemporaines

  • 69 Cic., Fam., 8, 9, 5 (de M. Caelius Rufus, 2 septembre 51) ; Fam., 8, 11, 2 (de M. Caelius Rufus, f (...)
  • 70 Varr., RR., 3, 10, 1.

26Parmi les contemporains de Scipion, figure d’abord M. Caelius Rufus, dont on a conservé certaines des lettres à Cicéron. Dans deux d’entre elles, il évoque Metellus Scipion et ne l’appelle que par son surnom Scipion69. On observe un usage différent chez Varron, qui le nomme Scipio Metellus70. Le choix de ces deux surnoms permettait d’exprimer l’adoption, mais on a vu qu’une telle association était très rare. L’inversion de l’ordre des deux surnoms, par rapport à celui de la nomenclature, est encore plus singulière. Dans la mesure où Varron était un familier de Scipion, il est possible qu’elle reflète l’usage que ce dernier faisait de sa dénomination en dehors des contextes officiels et témoigne de la primauté accordée au surnom Scipio.

  • 71 Voir l’état de la question proposé par Raaflaub, 2009, p. 175-191.
  • 72 Caes., B. C., 1, 2, 6 ; 4, 1 ; 4, 3 ; 6, 1 ; 6, 5 ; 3, 3, 3 ; 4, 3 ; 31, 1 ; 31, 4 ; 33, 1 ; 36, 1 (...)
  • 73 Caes., B. C., 3, 83, 1.

27Le principal auteur contemporain de Scipion, hormis Cicéron, demeure César. On peut dire de cette source qu’elle est contemporaine puisque l’on s’accorde à penser qu’elle a été rédigée peu de temps après les événements qu’elle décrit71. César cite Scipion à trente-neuf reprises dans ses Commentaires sur les guerres civiles et, en chaque occurrence, le désigne par son seul surnom Scipio72. César, qui visait la concision et la clarté, fit le choix de le désigner par un seul élément de sa dénomination. Rien ne lui interdisait cependant de l’appeler Metellus Scipio, car on voit parfois César appeler un individu en usant de ses deux surnoms, comme dans le cas de Lentulus Spinther, mais, en l’occurrence, le choix peut s’expliquer par l’existence de plusieurs Lentuli contemporains73. S’il s’en tient à ce seul élément, c’est parce qu’il estime qu’il suffit à l’identifier : c’est donc bien ainsi que Scipion devait être désigné par la plupart de ses contemporains, comme en témoignent la correspondance de Cicéron et les passages de M. Caelius Rufus.

  • 74 Caesar, B. C., 3, 31, 1 : His temporibus Scipio detrimentis quibusdam circa montem Amanum acceptis (...)

28Le recours à ce seul élément de la nomenclature de Metellus Scipio est d’autant plus remarquable qu’il était potentiellement valorisant, si l’on songe à l’usage que ce dernier en fait dans son monnayage, dans un contexte de guerre civile contre les césariens. On sait aussi que ce surnom a revêtu une importance stratégique à cette époque, en raison du contexte africain de l’affrontement entre César et son adversaire. César aurait pu faire le choix d’atténuer ce prestige attaché à la dénomination de Scipion, même si ses commentaires ont pu être rédigés avant ces épisodes. Faut-il en conclure que l’exigence d’identification l’emportait sur le risque de valorisation d’un adversaire ? En réalité, César paraît s’en accommoder et va même jusqu’à tourner ce surnom en dérision. Il en va ainsi dans un passage où il oppose le surnom Scipion et le titre d’imperator reçu à la suite de défaites : « Scipion, après avoir subi quelques échecs dans la région du mont Amanus, s’était adjugé le titre d’imperator74 ». Le contraste porte avant tout sur le titre et les défaites, mais le recours au surnom Scipion rend l’ironie encore plus mordante.

29L’examen des sources contemporaines de Scipion révèle une grande variété d’usages, qui procèdent d’une simplification de la nomenclature officielle, mais selon des formes différentes, en fonction du contexte, de la nature de la source et des intentions de l’auteur.

4. Les sources postérieures

  • 75 Ios., A. J., 14, 125 ; 142 ; B. J., I, 195.
  • 76 Plut., Pomp., 55, 7 ; 66, 6 ; 67, 9 ; 69, 1 ; 81, 5 ; 84, 10 ; Cat. Min., 7, 1 ; 7, 2 ; 7, 3 ; 47, (...)
  • 77 Dio Cass., 40, 57, 1 ; 41, 34, 2-3 ; 51, 3 ; 42, 9, 3 ; 13, 4 ; 56, 2 : 57, 1-5 (cinq occurrences) (...)
  • 78 Dio Cass., 42, 57, 1 : « Son nom seul inspirait une grande confiance à tous ses partisans, qui cro (...)

30Les auteurs postérieurs disposaient d’un vaste ensemble de sources pour trouver des informations relatives à Metellus Scipion et étaient par conséquent susceptibles de rencontrer une grande variété de façons de désigner ce dernier. Pourtant, c’est à un processus de simplification que l’on assiste. Dans la plupart des cas, Scipion est désigné par son seul surnom biologique. Cette dénomination est systématique chez Flavius Josèphe75 et fréquente chez Plutarque76 et Dion Cassius77. Un tel usage s’explique de deux façons complémentaires. On l’a vu, de son vivant même, que ce soit chez ses familiers ou chez ses détracteurs, Scipion est le plus souvent nommé au moyen de son seul cognomen, du moins en dehors des contextes officiels. Un deuxième élément a joué : l’existence d’une tradition, dont l’origine remonte peut-être à Scipion lui-même, qui associe le surnom Scipio aux succès militaires en Afrique78. Il était donc logique que les auteurs se focalisent sur le surnom Scipio, qui, plus que tous les autres, l’identifiait.

  • 79 App., B. C., 2, 24 ; 87 (en ce deux passages, le lien d’adfinitas avec Pompée est rappelé) ; 95 (o (...)
  • 80 Plut., Pomp., 55, 1 ; Cat. Min., 7, 1 ; Plut., Cic., 15, 1 (où l’ordre des deux surnoms est invers (...)
  • 81 Vell. Pat., 2, 54, 2-3 use de ces précisions pour identifier celui qu’il ne nomme que par le surno (...)

31Un problème pouvait cependant se poser chez ces auteurs postérieurs : comment désigner ce personnage sans risquer de le confondre avec un autre Scipion ? La dénomination paraissait le moyen le plus assuré et plusieurs auteurs associent au surnom Scipion un élément reçu à la suite de son adoption, généralement son prénom, non sans risque d’erreurs. C’est ainsi que Appien l’appelle erronément Λεύκιος Σκιπίων, tout en précisant parfois qu’il s’agit du beau-père de Pompée79, tandis que Plutarque, lorsqu’il l’évoque pour la première fois dans une Vie, use de la formule Metellus Scipio80. Une autre solution apparaît chez ces auteurs tardifs : l’utilisation de périphrases pour dissiper toute ambiguïté. C’est ainsi que l’on précise son titre de consulaire et, surtout, que l’on rappelle ses liens familiaux avec Pompée81.

  • 82 Plin., N. H., 8, 196. 
  • 83 Val. Max., 9, 1, 8. 
  • 84 Schol. Bob., p. 137 St. Un mode de dénomination similaire figure chez Asconius dans l’argumentum d (...)
  • 85 Eutrop., 6, 23, qui, après l’avoir nommé, fait cette précision : ex genere antiquissimo Scipionis (...)
  • 86 Liv., Per., 113, 1 ; Suet., Tib., 4, 2.
  • 87 Val. Max., 9, 5, 3.

32Ce processus de simplification de la dénomination permet de rendre compte de la majorité des occurrences, en particulier dans les sources narratives. Toutefois des exceptions demeurent. C’est ainsi qu’en quelques passages, il est nommé Metellus Scipio. On trouve une occurrence dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien82 et une autre dans les Faits et dits mémorables de Valère-Maxime83. Ces sources sont comparables entre elles : elles sont l’œuvre de deux antiquaires, qui multiplient les exempla et qui doivent composer avec des centaines de noms. Le caractère décontextualisé des exempla oblige donc ces auteurs à un degré de précision supplémentaire, un souci que l’on retrouve chez les scholiastes. Le scholiaste de Bobbio, commentant un passage du Pro Sestio où notre personnage est désigné par le seul cognomen Scipio, rappelle qu’il s’agissait du beau-père de Pompée, qu’il fut adopté par un Metellus et qu’il portait alors la nomenclature Q. Metellus Scipio84. L’inusuelle forme P. Cornelius Scipio, transmise par Eutrope, s’expliquerait, comme le suggère Linderski, par le contexte de la guerre d’Afrique, au cours de laquelle Metellus Scipion avait mis en avant son appartenance à la famille des Scipions, ce que la précision généalogique à laquelle se livre Eutrope tendrait à confirmer85. Peut-être cette interprétation rend-elle également compte de la formule P. Scipio, que l’épitomateur de Tite-Live utilise lorsqu’il précise l’identité du général à qui furent confiées les troupes pompéiennes en Afrique, et de sa présence dans la Vie de Tibère de Suétone, lorsque le biographe précise que le père de Tibère occupa la place de P. Scipio, dans le collège pontifical86. En revanche, le recours de cette même forme dans le récit que livre Valère-Maxime de l’intervention de Pompée dans le procès pour brigue de son beau-père, en 52 av. J.-C., défie toute tentative d’explication87.

 

33Au terme de cette étude, il nous paraît qu’il est possible de mettre au jour des logiques dans la façon dont Metellus Scipion est nommé dans les sources, même si quelques occurrences demeurent obscures. La distinction jadis proposée par Nicolet entre nomenclature et dénomination se révèle donc féconde. La façon de se nommer et nommer autrui est toujours significative, dans une société où la dénomination est étroitement liée à la dignitas et à l’identité familiale. Dans le cas de Metellus Scipion, cette dernière est composite, car si l’« adoption testamentaire » ne créait qu’une filiation nominale, elle modifiait l’identité familiale de l’individu qui en bénéficiait puisque ce dernier pouvait revendiquer une double ascendance. Conçue par le testateur comme un moyen d’assurer la pérennité de son nom, ce changement de dénomination profitait à l’adopté, dont le nombre d’imagines s’accroissait. La dénomination reflétait la richesse de cette ascendance, que les contemporains mais aussi les auteurs postérieurs ont pu simplifier jusqu’à en faire perdre la signification. La dénomination officielle est le reflet fidèle de l’« adoption testamentaire », tandis que celle qui est employée par Scipion et ses contemporains témoigne de stratégies complexes et évolutives. Scipion, notamment sur son monnayage, a pu renvoyer aux Metelli ; il paraît surtout être resté attaché à la famille des Scipions et c’est par ce surnom qu’il était désigné le plus souvent. L’« adoption testamentaire » avait créé une obligation de changement de nomenclature, qui était socialement contraignante et à laquelle il se plia, sous peine de passer pour un failli, mais cette contrainte pesa inégalement selon les contextes et la possibilité de combiner de diverses façons les éléments de sa nomenclature lui permit de recourir à des stratégies de représentation de lui-même qui excédaient cette soumission à une norme sociale.

Annexe. Tableau des différentes formes de dénomination de Metellus Scipion

  • 88 Linderski 1996, p. 147.

34Les formes de dénomination ont été classées selon un ordre décroissant de proximité par rapport à la nomenclature née de l’« adoption » testamentaire (Q. Caecilius Metellus Pius Scipio), ce qui suppose de prendre en considération le nombre d’éléments onomastiques, l’ordre dans lequel ils sont mentionnés et la présence éventuelle d’éléments de la nomenclature antérieure à l’« adoption testamentaire » qui avaient disparu à la suite de cette dernière (le prénom Publius, le gentilice Cornelius et le surnom Nasica). Un tel classement nécessite des choix, dont la pertinence peut être discutée. Ainsi, comment choisir entre Q. Metellus, Metellus Scipio et Q. Scipio, autant de formules qui reprennent deux éléments de la dénomination de notre personnage ? Linderski soutient que la dernière forme est celle qui contient les éléments les plus importants de la dénomination, puisqu’ils disent l’origine familiale et l’« adoption »88. Toutefois, on pourrait émettre un jugement similaire au sujet de la deuxième et le poids du cognomen dans l’identité familiale nous invite à la privilégier. À l’intérieur de chaque forme, nous avons organisé les références en suivant la chronologie relative. Nous avons en outre indiqué une fourchette chronologique, dans laquelle nous avons fait le choix de ne pas retenir les dates des œuvres des scholiastes et des chronographes, afin de ne pas fausser la perspective.

Forme de dénomination Sources épigraphiques Sources numismatiques Sources littéraires contemporaines Sources littéraires postérieures Fourchette
Chronologique
Q. Caecilius Metellus Pius Scipio Syll., 3, 757 (ca. 49/48 av. J.-C.). Caelius Rufus, ap. Cic., Fam., 8, 8, 5 ; 8, 6. (51 av. J.-C.) 51-49 av. J.-C.
Q. Caecilius Metellus Scipio Dio Cass., ind. 40 (début du iiie s. apr. J.-C.) début du iiie s. apr. J.-C.
Q. Metellus Pius Scipio Syll. 3, 758 (ca. 49/48 av. J.-C.). Cistophores (Wroth, p. 123-126, n° 86-125) (49/48 av. J.-C.) ; RRC, 459. (47-46 av. J.-C.) 49-46 av. J.-C.
Q. Metellus Scipio RRC, 461. (47-46 av. J.-C.) Cic., Har. resp., 12. (56 av. J.-C.) Asc., 30, 8-9C ; 34, 22C. (milieu du ier s. apr. J.-C.) ; Schol. Bob., 137St.   56 av. J.-C.-milieu du ier s. apr. J.-C.
Metellus Scipio (ca. 20 apr. J.-C.-av. 120 apr. J.-C.) Val. Max., 9, 1, 8 ; Plin., N. H., 8, 196 ; Plut., Pomp., 55, 1 ; ; Cat. Min., 7, 1 ; Schol. Bob., 116. ca. 20 apr. J.-C.-av. 120 apr. J.-C.
Q. Scipio Bevilacqua 1991, n°41.     Dio Cass., XL, 51, 2. (début du iiie s. apr. J.-C.) 49 av. J.-C. –
(49/48/47/46 av. J.-C.) début du iiie s. apr. J.-C.
Q. Metellus CIL, I², 2633c (Q. Met(ellus) (53 av. J.-C.) ; 933 (Q. Me(tellus)) (52 av. J.-C.) Cassiodore (Inscr. It., 13, 1, p. 496). (vie s. apr. J.-C.) 53-53 av. J.-C.
Scipio Metellus Cic., Att., 6, 1, 17 (50 av. J.-C.) ; Varr., RR., 3, 2, 16 ; 10, 1 (ca. 50 av. J.-C.) (ca. 70 apr. J.-C. – av. 120 apr. J.-C.) Plin., N. H., 10, 52 ; Plut., Cic., 15, 1 ; Cat. Min., 7, 1. 50 av. J.-C. – av. 120 apr. J.-C.
Scipio Cic., Sest., 124 (56 av. J.-C.) ; Cic., Q. fr., 3, 4, 5 (54 av. J.-C.) ; Cic., Att., 7, 4, 2 (50 av. J.-C.) ; Cic., Att., 8, 3, 7 (49 av. J.-C.) ; Cic., Att., 8, 15, 3 (49 av. J.-C.) ; Cic., Att., 9, 1, 4 (49 av. J.-C.) ; Cic., Att., 9, 11, 4 (49 av. J.-C.) ; Cic., Fam., 9, 18, 2  (46 av. J.-C.) ; Cic., Brut., 212 (46 av. J.-C.) ;  Att., 16, 11, 2 (44 av. J.-C.) ; Caes., B. C., 1, 2, 6 ; 4, 1 ; 4, 3 ; 6, 1 ; 6, 5 ; 3, 3, 3 ; 4, 3 ; 31, 1 ; 31, 4 ; 33, 1 ; 36, 1 ; 36, 2 ; 36, 5 ; 36, 6 ; 36, 7 ; 36, 8 ; 37, 1 ; 37, 2 ; 37, 3 ; 37, 4 ; 38, 1 ; 38, 2 ; 57, 1 (cité deux fois) ; 57, 3 ; 57, 5 (cité deux fois) ; 78, 3 ; 78, 5 ; 79, 3 ; 80, 3 ; 80, 4 ; 81, 2 ; 82, 1 (cité deux fois) ; 83, 1 (cité deux fois) ; 88, 3 ; 90, 1 ; (49-45 av. J.-C.) Ps. Caes., Bell. Afr., 1, 4 ; 4, 4 ; 8, 5 ; 20, 2 ; 24, 1 ; 25, 4 ; 25, 5 ; 27, 1 ; 28, 3 ; 30, 1 ; 32, 1 ; 32, 3 ; 35, 1 ; 35, 4 ; 35, 6 ; 36, 1 ; 37, 5 ; 38, 3 ; 40, 4 ; 40, 5 ; 41, 1 ; 41, 2 ; 41, 3 ; 42, 1 ; 43 ; 44, 1 ; 44, 2 ; 45, 1 ; 46, 1 ; 48, 1 ; 48, 2 ; 48, 4 ; 49, 1 ; 51, 2 ; 52, 1 ; 52, 5 ; 57, 1-6 ; 58, 4 ; 58, 5 ; 59, 1 ; 59, 5 ; 61, 4 ; 61, 7 ; 67, 3 ; 68, 1 ; 68, 3 ; 68, 4 ; 69, 1 ; 70, 6 ; 75, 1 ; 75, 2 ; 76, 1 ; 76, 2 ; 77, 4 ; 78, 1 ; 78, 3 ; 79, 2 ; 80, 1 ; 80, 3 ; 81, 1 ; 85, 3 ; 85, 9 ; 87, 1 ; 88, 1 ; 89, 1 ; 90, 1 ; 96, 1 ; 96, 2. (ca. 46 av. J.-C.) (ca. 30 apr. J.-C.-IVe si. apr. J.-C.) Vell. 2, 54, 3 ; Val. Max., 3, 8, 7 ; 8, 14, 5 ; Sen. Rhet., Suas., VI, 2  ; Asc., 30, 14C ; Sen., Ep. Mor., 24, 10 ; 71, 10 ; Luc., 2, 473 ; 6, 311 ; 788 ; 7, 223 ; Ios., A. J., 14, 125 ; 142 ; B. J., 1, 195; 31,9C ; 33, 14C ; 42, 18C ; Quint., 5, 11, 10 ; 114 ; Tac., Ann., 4, 34, 3 ; Suet., Diu. Iul., 35, 2 ; 37, 1 ; 59 ; Plut., Pomp., 55, 7 ; 66, 6 ; 67, 9 ; 69, 1 ; 81, 5 ; 84, 10 ; Cat. Min., 7, 1 ; 7, 2 ; 7, 3 ; 47, 1 ; 57, 1 ; 57, 2 ; 57, 3 ; 57, 5 ; 57, 6 ; 57, 7 (deux fois) ; 58, 1 ; 58, 2 ; 58, 7 (deux fois) ; 58, 10 ; 58, 13 ; 60, 5 ; 61, 4 ; 62, 1 ; Plut., Caes., 30, 4 ; 6 ; 39, 10 ; 39, 11 ; 42, 2 ; 44, 4 ; 52, 1 ; 52, 4 ; 53, 1 ; Flor., 2, 13, 65-68 ; App., B. C., 2, 24 ; 87 ; 95 ; 100 ; 101 ; Ampel., 24, 38 ; Dio Cass., 40, 57, 1 ; 41, 34, 2-3 ; 51, 3 ; 42, 9, 3 ; 13, 4 ; 56, 2 : 57, 1-5 (cinq occurrences) ; 43, 2, 3 : 3, 4 ; 3, 5 ; 4, 3 ; 4, 4 ; 4, 5 ; 5, 1 ; 5, 2 ; 6, 1 ; 7, 3 ; 8, 2 ; 9, 5 ; 13, 2 ; 17, 4 ; Liv., Per., 107 ; Oros., 6, 16, 3-4 ; De uir. ill., 78, 8 ; 80, 3 ; Schol. Bob., p. 137 St. ; Schol. Gronov., 291 St.  56 av. J.-C. - ive s. apr. J.-C.
P. Scipio Cic., Dom., 123 (57 av. J.-C.) ; Phil., 13, 29. (43 av. J.-C.) (ca. 20 av. J.-C.-iiie s. apr. J.-C.) Val. Max., IX, 5, 3 ; Suet., Tib., 4, 2 ; Liv., Per., 113, 1. 57 av. J.-C. - iiie s. apr. J.-C.
P. Cornelius Scipio Eutrop., 6, 23. (ive si. apr. J.-C.) (ive s. apr. J.-C.)
Nasica Cic., Att., 2, 1, 9 (60 av. J.-C.)  60 av. J.-C.

 

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Notes

1 Je remercie Karine Karila-Cohen, Anna Heller et les experts anonymes pour leur relecture minutieuse et stimulante. Les éventuelles erreurs restent de ma responsabilité.

Sur cette pratique, on se reportera en particulier à Fayer, 1994, p. 291-377 ; Gardner, 1998, p. 114-208 ; Kunst, 2005 ; Lindsay, 2009.

2 Pour de plus amples développements sur ce point, je me permets de renvoyer à Baudry, 2016, p. 85-101, où l’on trouvera la bibliographie antérieure.

3 Sur l’« adoption testamentaire » et son interprétation, on se reportera en dernier lieu à Lindsay, 2009, p. 79-86, qui cite la bibliographie antérieure.

4 Sur ce personnage, voir en particulier Münzer, 1897, col. 1224-1228 ; Etcheto, 2012, p. 146-148 ; 185-188 ; 375-376 ; 395-399.

5 Dion Cassius, 40, 51, 3 : « Celui-ci, en effet, fils de Nasica par la naissance, était entré dans la famille de Metellus Pius en tant qu’héritier et portait pour cette raison le même surnom que lui (γόνῳ μὲν υἱὸς τοῦ Νασικοῦ ὤν, ἐκ δὲ δὴ κλήρου διαδοχῆς ἐς τὸ τοῦ Μετέλλου τοῦ Εὐσεβοῦς γένος ποιηθεὶς καὶ διὰ τοῦτο καὶ τὴν ἐπίκλησιν αὐτοῦ φέρων) » (trad. G. Lachenaud et M. Coudry, Paris, CUF, 2011). L’événement est également évoqué par le scholiaste de Bobbio : Scipio hic, cuius facit mentionem, postea Cn. Pompei socer fuit, in exitu belli ciuilis sua manu interemptus. Adoptione tamen uenit in familiam Metellorum et, cum illi fuisset nomen in praeteritum gentile scilicet et naturale Cornelio Scipioni, reformatum est ut esset Q. Metellus Scipio. (Schol. Bob., 137 St.).

6 Linderski, 1996, p.  154-164, dans un article fondamental, en retient treize, mais omet les formes Nasica et Q. Caecilius Metellus Scipio et prend en considérations trois formes que nous jugeons trop incertaines pour être retenues. Nous ne retenons pas la forme Caecilius Metellus, transmise par Columelle (10, 182), car l’identification de ce personnage avec Metellus Scipion n’est pas établie. Nous excluons aussi la forme Metellus, car elle renvoie au patrimoine matériel (la villa Metelli évoquée par Cic., Fam., 11, 2, 1 et Varr., R. R., 1, 13, 7) et symbolique de Scipion (sa fille qualifiée par Luc., 8, 410 ; IX, 277 de proles Metelli) plutôt qu’à sa personne. Enfin, la forme Scipion Cornelius, transmise par Nepos., Att., 18, 4 est peut-être le résultat d’un problème de transmission manuscrite et nous jugeons vraisemblable la proposition de restitution de Linderski, 1996, p. 156-161 (Scipio Metellus).

7 Linderski, 1996, p. 154 évoque « a baffling variety »

8 Linderski, 1996, p. 154.

9 Nicolet, 1977, p. 57.

10 Syme, 1939, p. 49.

11 Etcheto, 2012, p. 146-148 ; 375-376. 

12 Nicolet, 1977, p. 48-49.

13 Metellus Scipion fut consul en 52 av. J.-C. et les Fastes consulaires Capitolins présent une lacune pour la période allant de 55 à 50 av. J.-C. (Inscr. It., 13, 1, 1947, p. 56-57). Son triomphe, qui demeure hypothétique, pourrait avoir eu lieu en 54 ou en 50 av. J.-C., les Fastes triomphaux Capitolins comportant une lacune pour la période allant de 54 à 45 av. J.-C. (Inscr. It., 13, 1, 1947, p. 86-87).

14 On constate que dans les Fastes triomphaux Capitolins, la dénomination était standardisée : elle incluait le prénom, le nom, la filiation sur deux générations et, le cas échant, le ou les surnoms, et ce jusqu’à deux surnoms, comme dans le cas de Q. Caecilius Metellus Creticus. On ignore ce qu’il en aurait été de Q. Caecilius Metellus Pius Scipio et de ses trois surnoms (voire quatre, si l’on pense qu’il était aussi appelé Nasica). On dispose de tessères nummulaires, qui renvoient à l’interrègne (CIL, I², 2633c ; 933) et au consulat (CIL, I², 933) de Metellus Scipion comme éléments de datation et le nomment Q. Metellus, sous des formes abrégées : Q. Met(ellus) et Q. Me(tellus).

15 M. Caelius Rufus ap. Cic., Fam., 8, 8, 5 (octobre 51 av. J.-C.) : Senatus consultum. Auctoritas. Pr. kal. Octobris in aede Apollinis. Scrib. adfuerunt L. Domitius Cn. f. Fab. Ahenobarbus, Q. Caecilius Q. f. Fab. Metellus Pius Scipio, L. Villius L. f. Pom. Annalis, C. Septimius T. f. Quir., C. Lucilius C. f. Pup. Hirrus, C. Scribonius C. f. Pop. Curio, L. Ateius L. f. An. Capito, M. Eppius M. f. Ter. (trad. L.-A. Constans et J. Bayet, Paris, CUF, 1962²). Pour un commentaire de ce passage, voir Cavarzere, 1983, p. 326-329.

16 M. Caelius Rufus ap. Cic., Fam., VIII, 8, 6 (octobre 51 av. J.-C.).

17 Sur l’évolution de la dénomination des témoins des sénatus-consultes, voir Taylor, 1960, p. 167-168.

18 Inscr. Ital., 13, 1, p. 170-171 ; I. Milet, III, n° 173. Sur sa dénomination, voir Shackleton Bailey, 1991, p. 81.

19 Voir en dernier lieu Lindsay, 2009, p. 84.

20 Plusieurs témoignages épigraphiques et littéraires indiquent la filiation Q. f., ce qui renvoie au prénom de celui qui l’avait adopté par testament et non à celui, Publius, de son père biologique. Un autre cas est comparable, celui d’Atticus, comme en témoigne Cic., Att., III, 20, 1 (5 octobre 58).

21 Linderski, 1996, p. 152-153.

22 Nous suivons une hypothèse de Lindsay, 2009, p. 161-162, formulée au sujet des cas de Metellus Scipion et d’Atticus. Weinrib, 1967, p. 260 y voyait un stratagème pour se gagner l’estime des affranchis et des clients du défunt.

23 Syll. 3, 757 (I. Pergamon, 411 = IGR, 4, 409 = Tuchelt, 1979, 206) (ca. 49/48 av. J.-C.) : « Le peuple (a honoré) Quintus Caecilius Metellus Pius Scipio, fils de Quintus, imperator, son sauveur et bienfaiteur »

24 Voir les réflexions de Linderski, 1996, p. 150.

25 Syll. 3, 758 (I. Pergamon, 412 = IGR, 4, 421 = Tuchelt, 1979, p. 207) (ca. 49/48 av. J.-C.) : « Le peuple a honoré Cornelia, fille de Quintus Metellus Pius Scipio, imperator, et femme de Cneius Pompeius Magnus, fils de Cneius, proconsul, en raison de sa tempérance et de sa bienveillance envers le peuple »

26 Dio Cass., ind. 40 : Κ. Καικίλιος Μέτελλος Σκιπίων Νασικοῦ υἱ.

27 Cf. Dion Cassius, 40, 51, 3, cité supra, où Scipion est dit « fils de Nasica ».

28 Wroth, 1964, p. 126, n° 126-128 : Metcalf, 2017, p. 6-7 ; p. 29-32, n° 188-245.

29 On le trouve régulièrement sur l’avers des cistophores frappées entre 200 et 67 av. J.-C. Voir Wroth, p. 123-126, n° 86-125.

30 Voir ainsi Wroth, 1964, p. 123-126, n° 86-125.

31 Sur le fait qu’il s’agit d’un monnayage romain officiel, voir Woytek, 2003, p. 111.

32 Sur ce phénomène, voir en particulier Etcheto, 2012, p. 26-36 ; 297-302.

33 Metellus Scipio avait un frère, dont on ignore le prénom, mais dont on sait qu’il fut adopté par testament par L. Licinius Crassus.

34 RRC, 459-461.

35 La graphie Scip(io) est attestée sur trois séries de monnaies : RRC, 460, 1-3.

36 RRC, 460, 1-3.

37 RRC, 461. 

38 RRC, 459 L’avers présente une tête laurée de Jupiter, accompagnée de la légende Q. Metel(lus) Pius, tandis que le revers figure un éléphant, avec la légende Scipio imp(erator).

39 Les premières monnaies comportant une tête d’éléphant sur le revers (RRC, 262, 2-5) sont anonymes et M. Crawford a proposé d’identifier le monétaire avec L. Caecilius Metellus Diadematus (cos. 117) ou avec L. Caecilius Metellus Delmaticus (cos. 119). D’autres séries (RRC, 263, 1-2), figurant sur le revers un bouclier macédonien orné d’une tête d’éléphant, ont été frappées par un M. Metellus Q. f., que Crawford propose d’identifier avec le consul de 115 av. J.-C.

40 Taylor, 1949, p. 89-90.

41 Bevilaqua, 1991, p. 42-43 et pl. VIII, 2, citée et commentée par Linderski, 1996, p. 145-146.

42 Sur les usages onomastiques de Cicéron, voir Adams, 1978, p. 145-166.

43 Cic., Pro Rosc., 77.

44 Cic., 2 Verr., 4, 79-81 

45 Cic., 2 Verr., 4, 79-81, où il est nommé P. Scipio à six reprises et, en une occurrence, Scipio.

46 Pour un commentaire de ce passage, voir Vasaly, 1993, p. 118-120 ; Baldo, 2004, p. 417-426, que nous ne suivons pas lorsqu’il écrit que Cicéron nomme toujours ce personnage, avant comme après son « adoption », Scipio ou P. Scipio, sauf en Cic., De har. resp., 12 ; Lazzeretti, 2006, p. 238-244 ; Blom, 2010, p. 152-153.

47 Cicéron, Att., 1, 1, 3 (peu avant le 17 juillet 65) : « Les autres créanciers s’associent à la poursuite, entre autres L. Lucullus et P. Scipio (una agebant ceteri creditores, in quibus erat L. Lucullus et P. Scipio) » (trad. L.-A. Constans, Paris, CUF, 1940).

48 Voir le commentaire de Baldo, 2004, p. 418, qui souligne que l’orateur a assumé un rôle qui aurait théoriquement dû revenir au membre d’un autre lignage.

49 Cic., Q. fr., 3, 4, 5 (24 octobre 54). 

50 Cic., Fam., 9, 18, 2 (à L. Papirius Paetus, domaine de Tusculum, peu avant le 25 juillet 46) ; Fam., 12, 2, 1 (à C. Cassius Longinus, entre le 19 septembre et le 2 octobre 44). 

51 Cic., Att., 7, 4, 2 (10/11 décembre 50) ; 8, 3, 7 (18 février 49) ; 8, 15, 3 (3 mars 49) ; 9, 1, 4 (6 mars 49) ; 9, 11, 4 (20 mars 49) ; 16, 11, 2 (5 novembre 44). 

52 L’exception réside dans l’adresse de la lettre que Cicéron envoya à Atticus le 5 octobre 58, après avoir appris la nouvelle de son « adoption testamentaire » (Cic., Att., 3, 20).

53 Comme le rappelle Deniaux, 1993, p. 78, mais cette observation vaut pour les adresses des lettres, l’omission du prénom est un signe de familiarité.

54 Cic., Att., 6, 1, 17 (20 février 50) : « A propos de la statue de l’Africain – ô le beau coq-à-l’âne : mais cela même m’a enchanté dans ta lettre – hein ? que dis-tu ? Le Scipio Metellus d’aujourd’hui (Scipio hic Metellus) ne sait pas que son arrière-grand-père n’a pas été censeur ? Il est de fait pourtant que la statue haut placée du côté du temple d’Ops portait seulement COS ; mais à celle qui est près de l’Hercule de Polyclès on a mis l’inscription CES. : et la stature, le manteau, l’anneau, les traits même dénoncent clairement qu’il s’agit du même personnage. Ma parole ! quand j’ai vu, dans l’escadron de statues équestres dorées que ledit Metellus a placées sur le Capitole, une inscription nommant Sarapion sous une statue représentant l’Africain, j’ai cru à l’erreur d’un ouvrier : je vois maintenant qu’elle est de Metellus. O honteuse ignorance de l’histoire ! (De statua Africani (ὢ πραγμάτων ἀσυγκλώστων ! sed me id ipsum delectauit in tuis litteris) ain tu ? Scipio hic Metellus proauum suum nescit censorem non fuisse ? Atqui nihil habuit aliud inscriptum nisi cos ea statua quae ab Opis parte posita in excelso est. In illa autem quae est ad Πολυκλέους Herculem inscriptum est CES ; quam esse eiusdem status, amictus, anulus, imago ipsa declarat. At mehercule ego, cum in turma inauratarum equestrium quas hic Metellus in Capitolio posuit in Sarapionis subscriptione Africani imaginem, erratum fabrile putaui. Nunc uideo Metelli. Ὢ ἀνιστορησίαν turpem) » (trad. L.-A. Constans et J. Bayet, Paris, CUF, 1962).

55 Sur ce passage, voir les commentaires de Shackleton Bailey, 1968, p. 249-250 et de Etcheto, 2012, p. 147-148 ; 332-333.

56 Un parallèle s’impose : Cic., Att., 2, 24, 2 (avant le 18 octobre 59) « Caepio – c’est de Brutus que je parle (Caepio hic Brutus) ». Brutus aurait été l’objet d’une « adoption testamentaire » par un Servilius Caepio : il se trouve désigné par le surnom adoptif, auquel Cicéron ajoute, en le faisant précéder du pronom hic, le surnom biologique. La logique de la dénomination est toutefois différente. Ici, Cicéron commence par le surnom adoptif et trouve nécessaire de préciser le surnom biologique, probablement parce que l’« adoption » était récente. Une intention malicieuse de Cicéron, qui feint d’être réceptif aux effets de cette pratique sociale, n’est pas à exclure.

57 Cic., Att., 2, 1, 9 (mi-juin 60) : « Favonius a enlevé le vote de ma tribu plus honorablement que celui de la sienne ; celle de Lucceius n’a pas été pour lui. Il a accusé Nasica : le geste lui fait peu d’honneur ; toutefois, il y a mis de la modération (accusauit Nasicam inhoste ac modeste tamen) » (trad. L.-A. Constans, Paris, CUF, 1940). Le passage a fait l’objet de nombreuses discussions, mais ces dernières portent sur l’identité de la charge en question et ne s’arrêtent guère sur les raisons pour lesquelles Scipion est ainsi désigné. Taylor, 1964, p. 80 note cette singularité et l’explique par le fait que Nasica était « le cognomen distinctif de cette branche des Cornelii ». En réalité, Scipio l’était bien davantage.

58 Linderski, 1976, p. 154, n. 38.

59 Voir notamment Cic., Brut., 107 ; Liv., Per., 58, 7 ; Val. Max., V, 3, 2.

60 Cic., Att. 1, 1, 3 (peu avant le 17 juillet 65) : « Les autres créanciers s’associent à la poursuite, entre autres L. Lucullus et P. Scipio (una agebant ceteri creditores, in quibus erat L. Lucullus et P. Scipio) » (trad. L.-A. Constans, Paris, CUF, 1940).

61 Cic., De dom., 123 : atqui C. Atinius patrum memoria bona Q. Metelli, qui eum ex senatu censor eiecerat, aui tui, Q. Metelle, et tui, P. Seruili, et proaui tui, P. Scipio, consecrauit, foculo posito in rostris adhibitoque tibicine (trad. P. Wuilleumier, Paris, CUF, 1952).

62 Cette idée est avancée par Linderski, 1996, p. 162.

63 Linderski., ibid.

64 Cic., Phil., 13, 29 : P. Scipionem, clarissimum uirum maiorumque suorum simillimum.

65 Cic., De har. resp., 12 : At uero meam domum P. Lentulus, consul et pontifex, P. Servilius, M. Lucullus, Q. Metellus, M’. Glabrio, M. Messalla, L. Lentulus, flamen Martialis, P. Galba, Q. Metellus Scipio, C. Fannius, M. Lepidus, L. Claudius, rex sacrorum, M. Scaurus, M. Crassus, C. Curio, Sex. Caesar, flamen Quirinalis, Q. Cornelius, P. Albinovanus, Q. Terentius, pontifices minores, causa cognita, duobis locis dicta, maxima frequentia amplissimorum ac sapientissimorum ciuium adstante, omni religione una mente omnes liberauerunt (trad. P. Wuilleumier et A.-M. Tupet, Paris, CUF, 1966).

66 Voir ainsi Taylor, 1942, p. 390-391.

67 Cic., Pro Sest., 124 : Erat enim munus Scipionis dignum et eo ipso et illo Q. Metello, cui dabatur (trad. J. Cousin, Paris, CUF, 1965).

68 Sur ce munus, voir Ville, 1981, p. 62. Metellus Scipion est désigné par le seul cognomen Scipio en Cic., Brut., 212 : voir l’analyse de Linderski, 1996, p. 163-164.

69 Cic., Fam., 8, 9, 5 (de M. Caelius Rufus, 2 septembre 51) ; Fam., 8, 11, 2 (de M. Caelius Rufus, fin avril ou début mai 50).

70 Varr., RR., 3, 10, 1.

71 Voir l’état de la question proposé par Raaflaub, 2009, p. 175-191.

72 Caes., B. C., 1, 2, 6 ; 4, 1 ; 4, 3 ; 6, 1 ; 6, 5 ; 3, 3, 3 ; 4, 3 ; 31, 1 ; 31, 4 ; 33, 1 ; 36, 1 ; 36, 2 ; 36, 5 ; 36, 6 ; 36, 7 ; 36, 8 ; 37, 1 ; 37, 2 ; 37, 3 ; 37, 4 ; 38, 1 ; 38, 2 ; 57, 1 (cité deux fois) ; 57, 3 ; 57, 5 (cité deux fois) ; 78, 3 ; 78, 5 ; 79, 3 ; 80, 3 ; 80, 4 ; 81, 2 ; 82, 1 (cité deux fois) ; 83, 1 (cité deux fois) ; 88, 3 ; 90, 1. On retrouve un usage similaire dans le Bellum Africum.

73 Caes., B. C., 3, 83, 1.

74 Caesar, B. C., 3, 31, 1 : His temporibus Scipio detrimentis quibusdam circa montem Amanum acceptis imperatorem se appellauerat (trad. P. Fabre légèrement modifiée, Paris, CUF, 1936).

75 Ios., A. J., 14, 125 ; 142 ; B. J., I, 195.

76 Plut., Pomp., 55, 7 ; 66, 6 ; 67, 9 ; 69, 1 ; 81, 5 ; 84, 10 ; Cat. Min., 7, 1 ; 7, 2 ; 7, 3 ; 47, 1 ; 57, 1 ; 57, 2 ; 57, 3 ; 57, 5 ; 57, 6 ; 57, 7 (deux fois) ; 58, 1 ; 58, 2 ; 58, 7 (deux fois) ; 58, 10 ; 58, 13 ; 60, 5 ; 61, 4 ; 62, 1 ; Plut., Caes., 30, 4 ; 6 ; 39, 10 ; 39, 11 ; 42, 2 ; 44, 4 ; 52, 1 ; 52, 4 ; 53, 1.

77 Dio Cass., 40, 57, 1 ; 41, 34, 2-3 ; 51, 3 ; 42, 9, 3 ; 13, 4 ; 56, 2 : 57, 1-5 (cinq occurrences) ; 43, 2, 3 : 3, 4 ; 3, 5 ; 4, 3 ; 4, 4 ; 4, 5 ; 5, 1 ; 5, 2 ; 6, 1 ; 7, 3 ; 8, 2 ; 9, 5 ; 13, 2 ; 17, 4. Dans la première occurrence, l’usage du seul cognomen Scipio s’explique par le fait que, un peu plus tôt, Dion a fait référence à l’« adoption testamentaire » de ce dernier : il précise alors qu’il s’agit d’un Q. Scipio, fils de Nasica, entré par « adoption » dans la famille de Metellus Pius (40, 51, 2-3).

78 Dio Cass., 42, 57, 1 : « Son nom seul inspirait une grande confiance à tous ses partisans, qui croyaient par je ne sais quelle inconséquence superstition qu’il était impossible qu’un Scipion fût vaincu en Afrique (Καὶ αὐτοῦ καὶ τὸ ὄνομα πολὺ πάντας τοὺς ὁμογνωμονοῦντάς οἱ ἐπερρώννυε, νομίζοντας οὐκ οἶδ' ὅπως ἀλόγῳ τινὶ πίστει μηδένα ἂν Σκιπίωνα ἐν τῇ Ἀφρικῇ κακῶς πρᾶξαι.) » (trad. F. Hinard et P. Cordier, Paris, CUF, 2002). Voir aussi Suet., Diu. Iul., 59, 2 ; Plut., Caes., 52, 2-3. Sur cette tradition et son poids dans la dénomination de Scipion, voir Linderski, 1996, p. 167-172.

79 App., B. C., 2, 24 ; 87 (en ce deux passages, le lien d’adfinitas avec Pompée est rappelé) ; 95 (où après avoir été désigné par son prénom (erroné) et par son surnom, il n’est ensuite évoqué que par son surnom) ; 100 (où il précisé qu’il était αὐτοκράτορ) ; 101.

80 Plut., Pomp., 55, 1 ; Cat. Min., 7, 1 ; Plut., Cic., 15, 1 (où l’ordre des deux surnoms est inversé).

81 Vell. Pat., 2, 54, 2-3 use de ces précisions pour identifier celui qu’il ne nomme que par le surnom de Scipio. Il en va de même de Plutarque : Plut., Pomp., 55, 7 ; 69, 1 ; 84, 10 ; Plut., Caes., 30, 4 ; 44, 4, qui précise qu’il s’agissait du beau-père de Pompée.

82 Plin., N. H., 8, 196. 

83 Val. Max., 9, 1, 8. 

84 Schol. Bob., p. 137 St. Un mode de dénomination similaire figure chez Asconius dans l’argumentum du Pro Milone : Asc., 30, 8-9C ; 34, 22C. Après avoir utilisé cette forme développée, qui permet d’assurer l’identification, scholiaste recourt à la forme abrégée (Asc., 30, 14C ; 31,9C ; 33, 14C ; 42, 18C).

85 Eutrop., 6, 23, qui, après l’avoir nommé, fait cette précision : ex genere antiquissimo Scipionis Africani. Linderski, 1996, p. 161-162.

86 Liv., Per., 113, 1 ; Suet., Tib., 4, 2.

87 Val. Max., 9, 5, 3.

88 Linderski 1996, p. 147.

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Pour citer cet article

Référence papier

Robinson Baudry, « Dénomination et identité familiale. L’exemple de Metellus Scipion »Pallas, 115 | 2021, 235-242.

Référence électronique

Robinson Baudry, « Dénomination et identité familiale. L’exemple de Metellus Scipion »Pallas [En ligne], 115 | 2021, mis en ligne le 12 juillet 2022, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/20295 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.20295

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Auteur

Robinson Baudry

Université de Paris Nanterre

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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