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Percussions Antiques. Organologie – Perceptions – Polyvalence
Percussions et objets sonores dans les sociétés anciennes

Un idiophone de l’Âge du Bronze en Égée : le sistre crétois.
Premières approches expérimentales

“A Bronze Age’s Aegean idiophone : the cretan sistrum”
Alexandre Pinto
p. 27-46

Résumés

Parmi les instruments de l’Âge du Bronze égéen, la famille des idiophones forme le corpus le plus réduit en termes de quantité. Le sistre en est l’exemplaire le plus représenté, mais la perception de cet instrument par les crétois du Bronze Moyen (IIe millénaire) nous reste encore obscure. Les chercheurs ont longtemps rattaché cet instrument à une perception symbolique religieuse ; nous tâchons ici de nous détacher de ces approches afin de nous intéresser au matériel en lui-même. À partir d’une étude centrée sur l’objet et sa matière, autant à l’échelle macroscopique que microscopique, nous abordons la question de leur utilisation. Les sistres crétois sont parsemés de traces d’usure à relever et à comprendre. C’est à l’aide d’une démarche expérimentale que nous revisitons ces instruments sonores.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Dournon, 1996, p. 3-4.
  • 2 Schaeffner, 1991 ; Le groupe japonais « Kodo », est un exemple de musique produite uniquement avec (...)

1Les idiophones et membranophones1 sont souvent délaissés au profit des cordophones et des aérophones qui sont considérés comme des instruments mélodieux et agréables à l’oreille. Nous oublions souvent que dans grand nombre de représentations musicales, ces derniers sont accompagnés d’instruments à percussion qui rythment la musique et lui donnent du corps. Une production rythmique qui caractérise l’emploi des idiophones et membranophones sans pour autant les rendre dépendants des autres catégories : ils peuvent être employés seuls pour produire du rythme et de la musique2. Les instruments à percussion servent à marquer le temps, ce qui les rend indispensables, aujourd’hui comme avant, à nombre d’activités (manifestations, processions, marches militaires…).

  • 3 Mikrakis, 2007, p. 89-96 ; conservés à l’apothèque du site d’Akrotiri, Théra.
  • 4 Selon Younger, 1998 ; HM 1014 et HM 1015 conservées au musée d’Héraklion, Crète.
  • 5 Mylonas, 1959, p. 125.

2Plusieurs idiophones proviennent des vestiges du monde égéen à l’Âge du Bronze (3200 – 1050 av. n. è. environ) : le sistre, le crotale3 et la cymbalette4. Ils n’apparaissent cependant qu’à de rares occasions dans le corpus archéologique, ce qui rend difficile la définition de leurs contextes d’utilisation. Leur nombre total atteint la quinzaine d’exemplaires. Les membranophones sont quant à eux complètement absents des témoignages archéologiques en raison de l’absence de conditions favorables à la préservation des matières organiques qui les composent, mais également des données iconographiques et textuelles pour ce qui concerne le linéaire B. Des chercheurs proposent de voir des caisses de résonance de membranophones dans certains objets du quotidien (des pithoi comme tambours, ou d’autres récipients en argile munis d’un manche appelés conventionnellement « poêle à frire »)5, mais les arguments en faveur de telles hypothèses, fondés sur des perforations dans certains vases, restent minces.

  • 6 Saura-Zieglemeyer, 2015 ; 2017.

3Notre approche sera centrée sur le sistre égéen protohistorique. Ses occurrences proviennent de quatre sites crétois : Aghia Triada (fouilles de 1902-1903 et de 2006), Archanès (fouilles de la 2e moitié du xxe siècle), Aghios Charalambos (fouillé entre 1976 et 2003), Mochlos (fouilles de 2004). Nous connaissons actuellement 10 exemplaires de sistres en Crète : 1 représentation iconographique, 1 instrument entier en bronze, 1 manche en bronze, 5 grands exemplaires en argile complets ou presque, 1 exemplaire en argile de petite taille, 2 fragments interprétés comme des parties du cadre d’un dernier exemplaire en argile. Les études portées sur ces instruments étaient jusqu’alors limitées à des comparaisons avec l’Égypte, origine supposée de cet instrument6. C’est à partir de ces approches que des hypothèses ont été formulées sur l’utilisation ou sur le rôle symbolique de cet instrument.

  • 7 Younger, 1998 ; Betancourt et Muhly, 2006.

4Afin d’aborder cette collection, il était indispensable de mettre en place une méthodologie interdisciplinaire. Pour reconstituer l’utilisation du sistre, il a fallu mener une première démarche expérimentale que nous avons fondée sur les images publiées7. Cette approche abordait plusieurs points : les compétences et le temps requis pour produire les instruments en argile, et l’intensité sonore de l’idiophone. Ce dernier point a conduit à tester la résistance de l’instrument à l’usure mécanique. Cette approche a permis de nouer un partenariat avec le Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes de l’École Centrale de Lyon, avec pour objectif de relever les traces caractéristiques des usures mécaniques induites par une utilisation prolongée. Les données obtenues ont ensuite été mises en relation avec l’étude macro- et microscopique réalisée sur les cinq instruments provenant de la grotte d’Aghios Charalambos (Crète). Cette étude vise à relever les traces d’usure qui impliquent une agitation volontaire de l’instrument et une durée d’utilisation – mais aussi la production et le montage des parties du sistre (manche, cadre, tiges, sonnailles…) et ses matériaux constitutifs – afin de proposer des hypothèses sur la façon dont l’instrument était utilisé dans la première moitié du IIe millénaire av. n. è. en Crète.

5L’objet de cet article sera de présenter la mise en place et les objectifs de l’étude de cet idiophone protohistorique, effectuée dans notre thèse de doctorat, afin de comprendre le potentiel sonore du sistre et de tenter de percevoir sa fréquence d’utilisation dans le monde égéen à l’Âge du Bronze.

1. Objets sonores en Egée : état des lieux

  • 8 Dournon, 2007, p. 833-868. Nous avons choisi cette méthode de classification organologique car ell (...)

6Une observation générale des instruments sonores de l’âge du Bronze égéen (fig. 1) révèle une diversité des formes connues tout au long de la période avec actuellement 7 à 8 types d’instruments attestés dont la forme a parfois évolué ou subi des changements importants. Nous décrirons ces objets en suivant le tableau organologique développé par Geneviève Dournon8.

Fig. 1. Tableau présentant la présence/absence des instruments sonores égéens à l’Âge du Bronze.

Fig. 1. Tableau présentant la présence/absence des instruments sonores égéens à l’Âge du Bronze.

7La première catégorie que nous traitons est celle des instruments à airs vibrants, appelés aérophones. Nous en connaissons trois. Elle comprend, le syrinx ou flûte de pan, qui se retrouve dans la catégorie des flûtes à embouchure terminale et corps tubulaire. Cet instrument est constitué d’une série de tubes attachés parallèlement les uns aux autres, généralement de taille croissante afin de produire des sons différents. Il est surtout connu au Bronze Ancien et représenté sur des figurines cycladiques (Kéos, Cyclades). Le deuxième est l’aulos, qui est classé dans la catégorie des instruments à air contenu dans un réceptacle, avec anche battante. Nous le retrouvons souvent par paire dans les représentations, sur les figurines (Kéros, Cyclades) et dans l’iconographie (Aghia Triada et Knossos, Crète). Nous pouvons ajouter ce qui semble être des flûtes, généralement en fragments. Il n’en existe toutefois qu’une occurrence pour l’Âge du Bronze. Le dernier type est constitué par les tritons, charonia lampas et charonia variegeta, qui sont des trompes à embouchures terminales en Méditerranée orientale. Le son est amplifié par le corps de l’objet en raison de sa forme spiralée. Il s’agit d’un objet sonore difficile à lier avec la musique mais dont l’existence est attestée archéologiquement dans de nombreux sites (Malia et Myrtos, Crète ; Phylakopi, Cyclades). Son utilisation est par ailleurs attestée dans le registre ethnographique au sein de nombreux groupes culturels du pourtour méditerranéen jusqu’en Polynésie, en majorité sur les îles.

  • 9 Duchesne-Guillemin, 1968, p. 5-18.

8Le deuxième type concerne les instruments à corps solides vibrants, les cordophones. Le premier instrument à cordes connu dans le monde égéen à l’Âge du Bronze est la harpe. Elle est composée d’une caisse de résonance droite aux extrémités de laquelle un cadre arqué est lié. Des cordes sont alors attachées, perpendiculaires à la caisse de résonance. Une variante connue en Égypte, mais dont l’existence est discutée dans le monde égéen, présenterait un cadre courbé9. La seconde forme est un instrument à cordes tendues entre une caisse et un manche. Ces derniers sont reliés entre eux par deux montants : nous avons donc à faire à la lyre. Plusieurs formes sont connues pour cet instrument : à caisse triangulaire (Akrotiri, Xeste 3), à caisse en croissant de lune (Aghia Triada) et à carapace de tortue (Phylakopi).

  • 10 Younger, 1998, p. 41.
  • 11 Kanta, 1980, p. 175.
  • 12 Bass, 1986, p. 288-289 et 1989, p.7.
  • 13 Giannopoulos, 2008, pl. 35, 51.
  • 14 Apollodore, I.1.7.

9Enfin, le dernier type concerne une autre catégorie d’instruments à corps solides vibrants, les idiophones. Le premier est le sistre, un objet constitué d’un manche et d’un cadre de forme ovale à l’intérieur duquel des disques sont disposés sur des tiges. Le son est produit par secouement de l’objet dont les sonnailles s’entrechoquent. Le deuxième, le crotale, est composé de deux éléments identiques, des petits objets en bois en forme de mains à cavité, qui s’entrechoquent. Il n’est toutefois que très peu connu. Il n’existe que trois exemplaires, de 9 cm de long, qui nous sont parvenus en raison des conditions de conservation exceptionnelles du site d’Akrotiri, enfoui suite à l’éruption du volcan de Santorin. Une empreinte de sceau qui provient du site de Palaikastro à l’extrême Est de la Crète représente un objet identique aux crotales d’Akrotiri. Une troisième forme d’idiophone commence à être mentionnée dans les publications autour des années 200010, la cymbale en bronze, dont l’interprétation est actuellement remise en question (cf. discussion ci-dessous). Sa classification organologique est la même que celle du crotale : une paire d’objets identiques, ici des grands disques à cavité centrale, qui s’entrechoquent. Peu d’exemplaires sont connus. Un groupe de trois disques en bronze a été retrouvé dans une tombe à chambre de Mouliana (Crète Orientale), considérée comme une tombe de guerrier11. Une seconde paire de très petite taille (<10 cm) provient de l’épave d’Ulu Burun12. Parmi le nombre limité d’idiophones actuellement connus à cette époque, les cymbales ne font pas l’objet d’un consensus, en particulier en ce qui concerne les exemplaires provenant de la tombe de Mouliana. Leur forme suggère qu’il est possible de produire du son en les entrechoquant. Néanmoins, elles ressemblent aux umbos, la partie centrale des boucliers ronds comme il en a été retrouvés en Achaïe, dans des tombes de guerriers du Bronze Récent13, similaires aux tombes de Mouliana. L’objet est un disque dont la partie centrale est bombée. Une éventuelle reclassification de ces objets en umbos mériterait une étude spécifique, ce qui à ma connaissance reste à faire. Cela permettrait de les exclure des instruments de musique, s’il s’agit d’accessoires de bouclier, mais pas nécessairement des objets sonores. En effet, il existe plusieurs attestations de l’utilisation de boucliers pour produire du bruit, à commencer par le mythe de Zeus où, entrechoqué avec des lances, ils servaient à couvrir les pleurs de l’enfant dieu14. Les parties métalliques étant les plus à même de produire de fortes sonorités, il serait pertinent de mener une étude tracéologique sur l’ensemble de la surface des « cymbales » de Mouliana. Cela permettrait de déterminer si, d’une façon ou d’une autre, ces objets étaient employés comme des idiophones lors d’évènements particuliers.

10Si les sources matérielles et iconographiques sur les idiophones, et par extension sur les instruments à percussion dans leur ensemble, sont très disparates, cela ne veut en rien dire que ce type d’objet sonore était presque inexistant à l’Âge du Bronze égéen. Les aléas de la recherche (i.e. identification des objets, préservation), notamment les problèmes liés à la taphonomie, ont probablement joué un rôle important dans la disparition des témoignages archéologique. Il est toutefois indéniable que les populations de l’Âge du Bronze en Égée ne considéraient pas la représentation de ce type d’objet comme essentielle. Il existe néanmoins des théories sur l’existence de percussions créées à partir d’objets du quotidien qui n’auraient laissé que peu de vestiges matériels. Nous nous pencherons brièvement sur deux cas pour conclure cette présentation générale.

  • 15 Warren, 1981, p. 166.
  • 16 Nicklin, 1973, p. 50-55.

11L’utilisation de certains objets comme instruments à percussion pourrait avoir été grandement sous-estimée en raison de l’absence de moyens pour les reconnaître. Le premier exemple provient d’une hypothèse proposée par Petros Petrakis à Peter Warren lors d’une discussion au sujet d’un pithos15. Selon eux, des traces caractéristiques laissent suggérer que des pithoi auraient pu être employés comme membranophones dès le xvie siècle av. n. è. Cette hypothèse se fonde sur la présence de « fentes diagonales » sous la lèvre d’un pithos, celle-ci étant par ailleurs « usée ». L’usure serait donc marquée par les frottements d’un couvercle employé pour fermer la jarre, attaché par des cordes passées dans les fentes. Ils envisagent qu’une peau tendue pouvait faire office de couvercle pour fermer le pithos. C’est l’association de ces éléments qui constituerait un tambour. P. Warren appuie cette démonstration sur le fait que, 500 ans plus tard, des tambours similaires étaient employés lors de rituels en l’honneur de Zeus au mont Ida (Crète). Ce récit atteste l’existence du tambour, sans pour autant préciser sa forme. Si cette argumentation peine à convaincre que des jarres aient été employées en tant qu’instruments sonores à l’Âge du Bronze, elle pousse à réfléchir sur l’aspect multifonctionnel que peuvent avoir beaucoup d’objets, et sur la disparition des éléments organiques qui affectent la façon dont les artefacts sont interprétés. Un exemple actuel de ce type d’objet provient du Niger, les « ibidio musical pots ». Il s’agit de jarres ou de cruches qui sont utilisées comme des tambours16.

  • 17 Hansen, Dragoman et Reingruber, 2005, fig. 42.
  • 18 Communication personnelle de Z. Tsirtsoni, janvier 2019.
  • 19 Lors de discussions avec l’équipe participant à la publication du site de Malia, nous avons pris c (...)
  • 20 1340.b.26ff.

12Les attestations du hochet semblent présenter un hiatus à l’Âge du Bronze. Il se présente sous la forme d’un récipient contenant des grenailles que l’on agitait. Elle est avérée à des époques plus anciennes dans le Nord de la Grèce et en Bulgarie au moins, où le site de Petko Karavelovo a livré une figurine de tortue en terre cuite creuse17, contenant des petites billes. Ce type de billes se retrouve aussi sur le site de Dikili-Tash par exemple18, et peut être un argument en faveur de la présence de hochets de cette forme à la période néolithique19. Par ailleurs, cet idiophone est attesté au cours de l’Antiquité classique par le mobilier archéologique. Son emploi est également rapporté dans la Politique d’Aristote, livre V20, où l’auteur parle de la crécelle d’Archytas, présentée comme un jouet donné aux enfants. Cet idiophone est, selon Aristote, la première étape avant l’apprentissage de la musique.

13Nous avons montré ici à quel point nos connaissances sur les instruments à percussion dans le monde égéen à l’Âge du Bronze sont limitées. Si ces lacunes nous empêchent d’avoir une vision claire des contextes d’utilisation de ces instruments, il est toutefois possible à partir du corpus disponible de s’interroger sur leur utilisation en tant que matériel sonore. C’est à partir de l’étude du sistre crétois que nous développerons dans la suite de cet article une méthode d’approche pour éclairer leur rôle et la façon dont ils étaient perçus au sein de la société crétoise.

2. Sistre crétois, contexte historiographique et parallèles

  • 21 Saura-Zieglemeyer, 2017.

14Le sistre est composé d’un manche sur lequel se fixe un cadre de forme ovale, percé sur un ou plusieurs niveaux. Des tiges sont alors insérées dans les trous percés. Elles supportent des disques en argile qui vont coulisser et produire des sons en frottant sur ces barreaux ou en percutant le cadre ou les autres disques. Les premiers vestiges connus dans le monde égéen proviennent de Crète. Ils apparaissent dans la documentation archéologique à deux périodes : les premiers sont datés des environs de 2100/2000-1900 av. n. è. dans le centre de la Crète, les seconds entre 1550-1450 av. n. è. à l’Est et au Centre Sud. Dans le continent grec, tout comme dans les Cyclades, le sistre s’est principalement diffusé lors de l’adoption du culte isiaque, équivalent de la déesse égyptienne Hathor21.

  • 22 Watrous, 1984, p. 123-125.
  • 23 Savignoni, 1903.
  • 24 Mosso, 1907, p. 169.
  • 25 Sakellarakis et Sakellarakis, 1991.
  • 26 Betancourt, 2014. Deux séries de campagnes de fouilles ont eu lieu ; la première dirigée par C. Da (...)
  • 27 Ziegler, 1984 ; Elwart, 2017, p. 64-65.

15La première découverte de sistre en Grèce provient du site d’Aghia Triada, dans la zone Sud Est du centre de la Crète. Il s’agit d’une représentation de l’instrument sur un vase, découvert par F. Halbherr lors de la fouille de l’aile Nord-Ouest de la villa « royale » du quartier Signorile durant la campagne de 1902-1903 menée par l’École archéologique italienne à Athènes22. L’objet fragmentaire est daté du xvie siècle av. n. è. Il s’agit de la partie supérieure d’un vase en serpentine sur lequel est représentée une procession où l’un des personnages tient un sistre. Cette dernière est actuellement considérée comme une scène de moisson, d’où la dénomination de « vase des moissonneurs ». Cependant, les premières hypothèses évoquaient d’une part un défilé militaire, en raison des fourches tenues par la majorité des personnages23, et d’autre part l’idée d’une danse liée aux travaux agricoles24. La découverte de cette première représentation du sistre a appuyé l’idée de liens entre la Crète et l’Égypte où l’instrument était déjà connu par de nombreux exemplaires. Il a fallu ensuite attendre plus de 60 ans avant de trouver de nouveaux sistres égéens. La deuxième découverte provient de la nécropole d’Archanès Phourni, à environ cinq kilomètres au Sud de Cnossos. Elle a été fouillée durant la seconde moitié du xxe siècle par E. et Y. Sakellarakis25. Le sistre découvert est en argile et mesure 10 cm de haut. Il provient de la tholos C, bâtiment A, dans une couche datée de la fin du IIIe millénaire av. n. è. Trois disques en argile ont été retrouvés à côté. De plus, lors de sa découverte l’instrument était posé contre un pithos contenant le squelette d’un enfant. La découverte a permis d’estimer que le sistre en Crète était attesté durant une période allant au moins du début du Bronze Moyen (2100/2000) au début du Bronze récent (1600). Le corpus s’est accru quelques années plus tard avec la fouille de la grotte d’Aghios Charalambos, dans le Lassithi. Au total, ont été mis au jour sur ce site cinq sistres en argile relativement complets, et peut-être les fragments d’un sixième26. Ils proviennent d’un niveau d’occupation funéraire daté du début du IIe millénaire av. n. è. La découverte de ce groupe d’objets renforce la présence de cet instrument en Crète, qui ne semble toutefois n’être présent qu’en contexte funéraire en ce qui concerne les sistres en argile. Les études menées sur cet instrument continuent à mettre l’accent sur son origine et sa forme à travers les parallèles égyptiens où, dans ce contexte, le sistre a un usage rituel et est associé à la déesse Hathor27.

  • 28 Forsdyke, 1954, p. 1-9.
  • 29 Sakellarakis, 1978 et Koehl, 2006.
  • 30 Soles, 2004.
  • 31 Brogan, 2012, p. 15-23.

16Tandis que ces études tendent pour l’essentiel à évoquer l’origine égyptienne de cet instrument, le vase de moissonneurs continue de susciter de nombreuses hypothèses. Au cours des années 70-80 deux nouvelles hypothèses se diffusent ; dans la suite de Mosso, celles-ci considèrent la représentation comme une scène agricole. Pour J. Forsdyke il pourrait s’agir d’un groupe se préparant à semer des grains28. Tandis que pour Y. Sakellarakis, suivi entre autres par B. R. Koehl une trentaine d’années plus tard, il s’agirait plutôt d’un groupe de moissonneurs29. Le dernier sistre entier connu à ce jour, découvert au début des années 2000, provient du site de Mochlos, petite île du côté Est de la Crète. Deux éléments nouveaux ont été introduits par cette découverte : d’une part le matériau, le bronze, d’autre part une forme plus grande de l’instrument avec deux parties, le manche et le cadre, fixés par des rivets. L’instrument se trouvait dans la maison C.330, aussi appelée « maison de marchand de métal ». Il est en parfait état et faisait partie d’un dépôt d’objets daté entre 1500 et 1450 av. J.-C. constitué en partie d’outils en bronze. C’est probablement grâce à la découverte de cet objet qu’un nouvel exemplaire a été identifié très récemment par T. M. Brogan31 au cours d’une mission dans le musée d’Héraklion. Il s’agit d’un fragment en bronze qui s’apparente au manche du sistre de Mochlos et se trouvait dans le mobilier issu des fouilles de la villa « royale » d’Aghia Triada. L’assimilation de cet objet à un sistre repose sur une observation minutieuse de ses dimensions, mais surtout sur l’étude de sa partie haute, en U, de forme similaire à celle des sistres en argile (fig. 2). Nous y observons la présence de deux éléments qui ressemblent à des attaches, prouvant qu’un cadre pouvait y être fixé. La découverte de cet objet permet d’envisager que d’autres fragments oubliés dans les réserves et apothèques de fouilles puissent se révéler être des fragments de sistres.

Fig. 2. « Sistre » d’Aghia Triada, pièce 4a. Vestige archéologique, dessin de reconstitution possible de l’instrument, et vue de l’intérieur du manche. Brogan, 2012, p. 17-18.

Fig. 2. « Sistre » d’Aghia Triada, pièce 4a. Vestige archéologique, dessin de reconstitution possible de l’instrument, et vue de l’intérieur du manche. Brogan, 2012, p. 17-18.

3. Parallèles en Méditerranée orientale

  • 32 De Garis Davies, 1920 ; Hickman, 1956.
  • 33 Woolley, 1934.

17Le sistre crétois n’est bien entendu pas le seul instrument de ce genre dans le pourtour méditerranéen oriental au IIe millénaire. Il apparaît pour la première fois en Égypte32 et au Proche-Orient dès le IIIe millénaire33.

  • 34 De Garis Davies, 1920 ; Ziegler, 1984.

18Un consensus entre les chercheurs attribue à l’Égypte l’origine du sistre crétois. Parmi les tout premiers exemples attestés nous trouvons le sistre à naos, dont l’exemple le plus connu est le sistre de Téti Ier, en albâtre34, daté de la VIe dynastie, aux environs de 2300 av. n. è. Le cadre de cet instrument a la forme d’une porte : les bords verticaux sont très épais et sont percés, ce qui permet d’introduire des tiges. L’espace entre les bords du cadre ne laisse qu’une petite ouverture où un ou plusieurs disques peuvent toutefois être insérés. Le manche et le cadre des instruments de ce type sont séparés par la tête de la déesse Hathor.

  • 35 Woolley, 1934, p. 260.

19Au Proche-Orient nous connaissons des sistres dans deux sites du IIIe millénaire av. J.-C. : la tombe royale d’Ur en Irak, datée d’environ 2600 av. J.-C., qui a livré quelques fragments attribués à des sistres. L’instrument apparaît parfois dans l’iconographie : sur une des harpes de la tombe d’Ur est représenté un petit animal qui joue du sistre à côté d’un autre animal qui joue, lui, de la lyre35. Trois instruments en bronze proviennent du site d’Horoztepe, en Turquie, et sont datés de la fin du IIIe millénaire av. n. è. Ces trois objets arborent des cadres de formes différentes : le premier en U et le deuxième en V, tous deux fermés sur la partie supérieure par une barre, et celui du dernier sistre est rectangulaire. Les cadres sont tous décorés par de figures d’animaux fixés sur leur contour.

20L’origine de l’invention du sistre fait encore débat entre les chercheurs travaillant sur l’Égypte et le Proche-Orient. Toutefois, même si les premiers sistres sont attestés en Crète de 500 à 700 ans plus tard, aucun indice ne permet de penser que la civilisation qui a inventé le sistre ait été directement responsable de son introduction en Crète. Deux hypothèses peuvent être envisagées. Dans un premier temps, le centre de la Crète peut être un autre foyer d’invention de cet instrument. Il s’agit d’un objet simple, qu’il est aisé de produire et de reproduire. Dans un second temps, nous pouvons envisager que l’emploi du sistre en Crète provienne d’une forme d’inspiration égyptienne ou proche-orientale, adoptée et aussitôt adaptée par les habitants/artisans de l’île. D’un point de vue organologique, les instruments connus dans ces trois contextes sont tous classés dans le même type au sein du tableau de G. Dournon, celui des idiophones à secouement composés de disques mobiles. Cependant, ils comportent des particularités propres à chaque espace culturel que l’on a précédemment mentionnées.

21En raison des données archéologiques disponibles, si l’instrument provient effectivement d’Égypte, alors il a connu une transformation directe et radicale. Celle-ci aurait touché non seulement le cadre, qui se serait transformé d’un naos à une forme ovale simple, mais aussi le manche qui est beaucoup plus long en Égypte qu’en Égée. Il faut en outre rappeler que les décors ont totalement disparu sur les instruments crétois, ou ont été remplacés par des lignes blanches pour les modèles en argile. Cela ne coïncide pas non plus avec les exemplaires du Proche-Orient qui sont très décorés. Nous pouvons expliquer l’absence de ce type de décors par l’utilisation de l’argile. Des petits éléments fixés sur le contour du cadre pourraient se disloquer lors d’une utilisation intense de l’instrument, ce qui fragiliserait l’objet. Il semble alors plus difficile de produire des sistres décorés comme en Égypte et au Proche-Orient avec ce matériau. Cela nous amène à nous interroger sur la raison pour laquelle l’argile a été utilisée plutôt que le bronze pour produire les instruments au début du IIe millénaire. Le bronze était-il encore trop rare à l’époque ? Il est aussi possible que le sistre n’ait pas eu à cette époque, dans le monde égéen, un statut suffisamment important qui légitimerait l’emploi d’un matériau cher et exogène.

  • 36 Manniche, 1994.
  • 37 Saura-Zieglemeyer, 2017, pour l’étude poussée des particularités iconographiques des sistres isiaq (...)
  • 38 Lambropoulou 1999.

22En nous fondant sur ces parallèles, nous constatons que les sistres en argile sont uniquement connus en Crète minoenne, et qu’ils sont de fabrication moins élaborée que les exemples vus précédemment. En ce qui concerne la forme métallique en revanche, celle-ci est très proche de son homologue égyptienne. Le sistre en bronze à manche droit et cadre arqué apparaît en même temps dans les deux espaces culturels aux environs de la moitié du IIe millénaire av. n. è36. Ce témoin atteste d’une adoption quasi-totale de la nouvelle forme égyptienne. Les instruments sont très similaires dans leur forme d’ensemble, à l’exception du visage de la déesse Hathor situé entre le manche et le cadre37, qui n’apparaît sur les sistres crétois qu’à la fin du IIe millénaire av. n.è. au sanctuaire de Syme38 avant de se diffuser dans l’ensemble du pourtour méditerranéen.

4. Étude du matériel

23Notre étude sera concentrée sur les sistres de la grotte d’Aghios Charalambos, dans la plaine de Lassithi. Il s’agit du corpus qui a fourni le plus d’exemplaires datés de l’âge du Bronze. C’est donc l’ensemble le plus adapté pour étudier les questions d’emploi, de perception ainsi que la place du sistre dans la société minoenne de Crète Centrale au début du IIe millénaire av. n. è.

  • 39 Betancourt, 2014, p. 29.

24La grotte d’une superficie de 92 m², composée de sept salles, servait d’ossuaire (fig. 3), c’est-à-dire de lieu de dépôt secondaire où les ossements des défunts étaient redéposés après décomposition des corps. Elle a été utilisée de manière continue, selon les fouilleurs, du Néolithique jusqu’au Minoen Moyen. L’emploi de la grotte comme dépôt secondaire soulève un problème pour l’identification des sistres qui en proviennent. Les niveaux stratigraphiques concernés sont datés assez précisément grâce au mobilier riche et diversifié qui s’y trouve (figurines, récipients, métaux…)39. La question de la provenance de ces objets reste toutefois en suspens. Si l’on se fonde sur la dispersion des fragments des sistres dans la grotte, au sein de trois salles pour les plus fragmentaires, il semble probable que les instruments aient été déposés avec les défunts lors de leur inhumation primaire, avant de parvenir dans la grotte. Mais qui accompagnaient-ils ? Pourquoi ont-ils été déposés ? Il n’y a actuellement pas assez d’occurrences pour répondre à ces questions. Cependant, une étude poussée des surfaces des instruments nous permettrait de comprendre non seulement leur temps d’utilisation mais aussi d’envisager la manière dont ces sistres en argile étaient utilisés. Étaient-ils employés comme des objets sonores, ou uniquement symboliques comme certains chercheurs tendent à le penser ? Nous traiterons ici de la méthode employée pour aborder cette étude de surface à partir d’un exemple précis. Nous nous concentrerons sur les espaces susceptibles de porter des traces d’usure. L’exemple choisi est le sistre répertorié ANM 13976 et les disques qui lui sont associés (fig. 4), conservés dans le musée d’Aghios Nikolaos en Crète.

Fig. 3. Localisation, par zone, des sistres de la grotte d’Aghios Charalambos. Selon un plan de Ph. P. Betancourt, 2014.

Fig. 3. Localisation, par zone, des sistres de la grotte d’Aghios Charalambos. Selon un plan de Ph. P. Betancourt, 2014.

Fig. 4. Sistres d’Aghios Charalambos, conservés au musée d’Aghios Nikolaos. Recollages et restaurations au début des années 2000. Photo d’auteur. De gauche à droite : ANM 13976, ANM13984, ANM13978, ANM13979.

Fig. 4. Sistres d’Aghios Charalambos, conservés au musée d’Aghios Nikolaos. Recollages et restaurations au début des années 2000. Photo d’auteur. De gauche à droite : ANM 13976, ANM13984, ANM13978, ANM13979.
  • 40 Mesures prises par l’auteur lors de l’examen des objets au musée d’Aghios Nikolaos, Février 2018.

25ANM 13976 est composé de 6 fragments de taille inégale, qui mesurent de 3,3 cm à 10,8 cm de long. Ils proviennent des pièces une, trois et quatre. Le sistre est de couleur « jaune rougeâtre 5YR 7/8 » (code Munsell). Les fractures se trouvent à des endroits précis : de part et d’autre du manche, au niveau de trois orifices et à l’extrémité supérieure du cadre. L’instrument pèse 102,3 g ; il mesure au total 17,7 cm de hauteur, dont 6,0 cm de manche pour un diamètre qui varie entre 2.0 et 2,1 cm40. Le cadre présente une largeur qui varie entre 3,2 cm dans sa partie inférieure et 3,7 cm dans sa partie supérieure. Il est épais de 0.6 à 0,8 cm. Les orifices ont un diamètre de 0,45 cm en haut à gauche (HG) et 0,50 cm en haut à droite (HD) sur l’extérieur du cadre, et de 0,35 cm sur la face interne. Ils mesurent 0,35 cm de diamètre en bas à gauche (BG) et 0,40 cm en bas à droite (BD) sur l’extérieur du cadre, et 0,40 cm sur la face interne. Ils sont espacés de 4,3 cm à gauche et 4,5 cm à droite. La distance entre les orifices opposés est de 4,5 cm sur la partie supérieure et de 4,3 cm sur la partie inférieure. En considérant l’axe de l’instrument haut/bas fondé sur son manche, perpendiculaire au sol, les orifices opposés ne sont pas alignés. Le décalage se dénote particulièrement sur la partie inférieure.

26Les fractures présentes sur cet objet sont analogues à celles observées sur la plupart des autres instruments. Elles se trouvent généralement aux points faibles de l’argile. Le premier est au niveau des orifices du cadre. La fragilité à cet endroit s’explique par le fait qu’un choc, qu’il soit dû à l’utilisation de l’instrument ou à sa chute, affaiblira plus rapidement la structure qui est moins épaisse. Le second point est au sommet du cadre. L’argile est recourbée à cet endroit, ce qui offre une zone où les ondes se dispersent plus difficilement et où l’épaisseur est également peu importante. Enfin, le dernier se situe aux deux intersections entre le manche et le cadre. À partir des données issues des premières expériences de reproductions de sistres en argile que nous avons menées indépendamment, nous admettons que le sistre est formé de deux colombins attachés ensemble : un pour le manche, un second recourbé pour le cadre. Une telle méthode de production de l’objet crée une fragilité au niveau de la fixation. Il peut en résulter des fractures analogues à celles observées sur quatre des cinq instruments archéologiques. Ces sistres restaurés n’ont pas pu être démantelés ; il est donc impossible d’observer les cassures originelles.

27Le sistre ANM 13976 et les disques qui lui sont associés sont ceux qui présentent le plus de traces. Nous détaillerons ici les marques les plus évidentes qui attestent du travail et de l’usure de l’instrument (fig. 5). Les perforations du sistre apportent plusieurs informations essentielles à la compréhension de sa production et de son utilisation. Tout d’abord, leur bord forme un léger bourrelet plus ou moins marqué dont la surface claire se démarque du contour. Ces bosses résultent de la déformation de l’argile, encore humide, lors de la perforation. Leur sommet est atténué mais pas complètement effacé. L’altération de leur surface provient d’une usure particulière liée au choc avec les disques qui résulte de l’utilisation de l’objet (fig. 5 b-d). Alors que le bourrelet n’apparaît pas sur chaque surface autour des orifices, cette altération se retrouve aussi bien sur leurs contours intérieurs que sur ceux des disques associés aux différents sistres. La couleur de la surface interne des trous présente d’autre part les mêmes teintes que le cadre du sistre. Cette partie est majoritairement recouverte d’une couche sombre parsemée de taches beiges, de la couleur de l’argile. Il peut s’agir d’un dépôt de concrétion. Nous observons toutefois une exception sur la partie inférieure où une bande beige traverse la surface de la perforation de part et d’autre. L’étude approfondie de ces traces nécessiterait non seulement une caméra suffisamment petite pour être glissée à l’intérieur, mais aussi de reproduire l’instrument afin de déterminer quel frottement a pu provoquer ces traces. Nous pouvons également supposer qu’il s’agit de traces liées à la décomposition de la matière organique employée pour soutenir les disques. Cependant, il n’est pas possible de le déterminer d’après les contextes de découvertes des instruments, puisque ceux-ci et leurs disques étaient dispersés dans la grotte. Si des tiges étaient restées sur les objets, il est possible qu’elles aient également été éparpillées. Une expérience sur le temps long serait nécessaire afin de tester cette hypothèse.

Fig. 5. Détails de photographies macroscopiques (x30) sur ANM 13976. Photo d’auteur.

Fig. 5. Détails de photographies macroscopiques (x30) sur ANM 13976. Photo d’auteur.

a. Sistre ; b. Détail perforation ; c. Détail empreinte ; d. Détail perforation ; e. Détail perforation ; f. Détail perforation.

28D’autres traces, plus singulières, apparaissent sur le cadre du sistre. Tout d’abord, à l’intérieur sur la surface intérieure, l’espace nord-ouest de la perforation en haut à gauche (fig. 5 b) présente une série de stries parallèles. Il s’agit là de traces de lissage de l’argile qui se retrouvent également sur d’autres exemplaires. Toutefois, elles ne sont pas visibles sur les bourrelets des orifices. Certaines traces s’arrêtent au niveau des orifices et réapparaissent de l’autre côté. Elles sont donc recouvertes par ceux-ci. Nous pouvons en déduire que le traitement de surface de l’argile survient avant la perforation des trous. Si les fabricants de ces objets recherchaient un aspect lisse de la surface, ils ne se souciaient vraisemblablement pas de faire disparaître les bosses survenues à la fin du traitement. Un second détail mérite qu’on s’y attarde : il s’agit d’une empreinte de doigt nette. Cette empreinte est particulièrement intéressante car elle se mélange avec des restes de coloration sombre. Il pourrait s’agir d’un problème de manipulation de l’artisan lors de l’application de l’enduit sur le cadre. Toutefois, la trace orangée que l’on peut voir sur le côté de l’empreinte (fig. 5 c) ressemble fortement à l’enduit utilisé par les restaurateurs que nous retrouvons sur la partie supérieure du manche et autour du numéro d’inventaire de chaque objet. Une étude est en cours, en collaboration avec la section criminelle de gendarmerie, afin d’identifier cette empreinte et de tenter de déterminer l’âge de la personne qui l’a laissée.

  • 41 Betancourt, 2011, p. 357.

29Des observations sur la couleur des sistres ont permis de relever un détail intéressant sur l’un d’entre eux, ANM 13977 (fig. 4). Aux niveaux des cassures, après lesquels il manque un fragment de l’instrument, nous observons une teinte noire et orangée qui apparaît d’ordinaire lorsqu’une surface en argile est chauffée à haute température pendant un temps long. Cette teinte ne se retrouve pas sur les autres sistres dont la couleur beige claire est prononcée, à l’exception d’ANM 13979 dont la teinte est orange. Le sistre ANM 13977 soulève la question de la cuisson de l’argile, de la proximité de l’objet vis-à-vis des flammes et de la braise, et de l’attention qui lui a été portée. L’objet a-t-il été placé accidentellement trop près de la source de chaleur ? Était-il entier à la fin de la cuisson ? Nous pourrions ici envisager de retrouver les conditions de cuisson de cet instrument, et donc les structures de cuisson utilisées : cuisson en meule ou four de potier41 ? Cela nous permettrait d’aborder les questions de la durabilité de l’instrument confronté à ces conditions. Des traces d’usure semblent toutefois apparaître autour des orifices de cet objet, ce qui laisse supposer qu’il aurait été utilisé et qu’il n’a été cassé que plus tard. Enfin, un dernier élément offre de précieuses informations sur l’argile employée. Il s’agit des fragments d’ANM 13984 qui n’ont pas été restaurés. Nous pouvons observer la surface interne de l’argile travaillée. Elle a un aspect poreux, sans inclusions, ce qui permet de déduire l’utilisation d’un dégraissant organique. De surcroît, la couleur au cœur du cadre est plus proche de la couleur originelle de l’argile que celle que nous voyons sur la surface extérieure. Des projets études pétrographiques et d’analyses spectrométriques par fluorescence des rayons X ont été montés afin d’apporter des éléments de réponse, mais aucune réponse positive ne nous est encore parvenue.

5. Premières hypothèses et approches expérimentales

30Afin d’aborder la question des usures observées sur le matériel archéologique, il est essentiel de créer un référentiel expérimental. Nos premiers sistres expérimentaux ont été fabriqués à partir des photographies des référentiels archéologiques. Si la forme se rapprochait bien de celle des sistres crétois, les variables telles l’épaisseur du cadre, la taille des disques ainsi que la température de cuisson qui influent sur la sonorité produite différaient de la réalité matérielle. Les premiers essais ont montré que le sistre est un instrument au potentiel sonore puissant, aisément audible à une vingtaine de mètres au moins. Ils ont permis de mettre en place une collaboration avec le Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes (UMR 5513, Université de Lyon, École Centrale de Lyon, École Nationale d’Ingénieurs de St-Étienne). Cette collaboration a abouti, pour l’année universitaire 2017-2018, à un projet dirigé par R. Vargiolu et réalisé G. Geenen et A. Leyval, étudiants en troisième année. Il portait sur l’étude de l’influence de l’usure de la matière sur la production sonore. Pour ce faire, un sistre expérimental a été usé pendant un total de deux heures. Afin de déterminer où apparaissent les traces d’usure, un disque a été recouvert d’une feuille d’or. Celle-ci a laissé des dépôts sur le cadre du sistre, au niveau des surfaces de percussion. L’étude de l’usure qui va être poursuivie a d’ores et déjà montré que les zones d’impacts sont de plus en plus marquées au cours de l’utilisation.

  • 42 Ces résultats seront présentés dans un article collaboratif avec des ingénieurs en tribologie du L (...)

31Cette recherche a été principalement menée sur les empreintes sonores de l’objet. Un bras robot a été développé afin de mener à bien l’expérience. Il a permis une utilisation continue de l’instrument selon un mouvement régulier. L’enregistrement a été fait sur un microphone à partir du logiciel de traitement Reaper. L’image du spectre sonore a par la suite été produite à l’aide du logiciel Audacity42. Différents paramètres ont varié afin de réaliser cette étude : les matériaux de la tige (bambou, plastique, tissu), le nombre de disques, et la vitesse et l’amplitude du mouvement. La première variable nous a permis de voir des changements dans l’intensité sonore : elle était plus basse lors de l’utilisation de tissu, et plus élevée avec du plastique. Cependant, les variations de mouvement, de vitesse et du nombre de disques n’ont eu aucune influence notable. En raison de ces observations, nous avons proposé qu’une intensité sonore élevée induise des percussions plus importantes entre les sonnailles et le cadre. Ainsi, l’usure des parties apparaîtrait plus rapidement. Si cette hypothèse se révèle exacte, nous pourrons expérimenter en contrôlant la vitesse d’apparition de l’usure des sistres, et donc observer très précisément son apparition et ses évolutions. L’intérêt de cette approche a été de démontrer qu’il est possible de déterminer des marqueurs de la mise en action de l’instrument. Ceux-ci sont bien visibles sur les sistres expérimentaux qui serviront comme référentiels pour évaluer le degré d’usure des sistres archéologiques.

6. Travaux en cours, mise en place du protocole expérimental

32Afin de poursuivre l’étude sur les sistres crétois et de comprendre leur place au sein de la société égéenne, un nouveau protocole expérimental doit être réalisé. Celui-ci s’articulera autour d’un postulat initial : un sistre employé porte des traces d’usures, de plus en plus marquées quand sa durée d’utilisation augmente. Un deuxième niveau d’étude va être entrepris : le spectre sonore. Si le protocole expérimental sera révisé au fur et à mesure des expérimentations afin de multiplier les résultats, nous commencerons ici par présenter les paramètres que nous avons envisagés de prendre en compte, les critères que nous ferons varier ainsi que les invariants (tabl. 1), enfin nos principaux objectifs.

Critères invariants Critères variants
Matière première utilisée : argile rose, bien que la provenance de l’argile employée pour les sistres nous soit inconnue. La nature et la quantité utilisée pour chaque sistre seront toujours identiques.
Chaîne opératoire employée pour produire les sistres : 2 colombins, façonnage, collage, séchage. Les disques seront produits à la main, par pression, à partir des restes d’argile. Expérimentateur : la production sera réalisée par plusieurs individus. Il y aura donc des variations dans le façonnage final des sistres.
La cuisson : la température et la durée de cuisson seront les mêmes pour chaque sistre. De plus, l’utilisation d’un four électrique permettra de cuire tous les objets de la même façon (peu de variabilité de rapport à la source de chaleur).
Utilisation des sistres avec un bras mécanique. L’intensité de l’utilisation sera identique pour chaque objet. Temps d’utilisation : apparition et transformation de l’usure, variation du spectre sonore.

Tableau 1. Critères variants et invariants choisis pour cette expérience.

  • 43 Il s’agit d’un projet mis en place et réfléchit avec notre directrice de thèse, Haris Procopiou. I (...)

33L’objectif principal de ce travail sera de déterminer l’instant d’apparition des traces d’usure mécaniques sur le sistre, leur forme, et leur transformation au fur et à mesure de l’utilisation43. Il s’agira de comparer l’état initial de surface de différentes parties de l’instrument expérimental à t0 avec de nouvelles mesures prises périodiquement. La durée de la période x aura une base de 15 min et sera modifiée au besoin pour les tests sur les exemplaires suivants.

  • 44 Belfiore et al., 2007 ; Grammatikakis et al., 2019.

34Nous avons été confrontés à des difficultés lors de la mise en place de cette approche expérimentale. Il s’agit parfois de détails qui pourraient paraître mineurs mais qu’il est essentiel de considérer afin d’estimer leur influence sur la production des objets et l’évaluation de leur potentiel sonore. Tout d’abord, la nature exacte de l’argile employée est inconnue à l’heure actuelle. Nous allons donc utiliser de l’argile rose, dont la couleur se rapproche le plus de celle des objets archéologiques. Ensuite, les sistres expérimentaux ne seront pas tous parfaitement identiques. Les modalités de cuisson sont également inconnues. Les instruments seront donc tous cuits à 700 °C, température que nous savons largement atteinte à cette période grâce à des analyses physicochimiques44, et qui semble adéquate avec les observations de surface faites sur les sistres archéologiques. Cet invariant pourra toutefois être amené à changer par la suite, afin de produire des groupes de sistres à différents degrés de cuisson dans le but d’approfondir l’étude du son.

35L’ensemble des difficultés les plus évidentes ayant été défini ci-dessus, abordons le détail de l’expérimentation à venir Le premier point est la sélection des matériaux. Nous allons employer de l’argile rose naturelle sous forme de pain de 10 kg afin de produire 15 sistres, ce qui permettra de multiplier les résultats. Des tranches de 220 g seront travaillées tour à tour. Elles seront mises en boules et pétries en tête de bélier, une méthode consistant à placer ses mains sur les bords de l’argile et pousser horizontalement avant de faire rouler la boule vers soit. Cette première étape sera essentielle afin d’éviter la création de bulles d’air dans l’argile. Celles-ci risquent de faire éclater l’objet durant la chauffe. L’argile sera ensuite séparée en deux colombins de tailles inégales : un court pour le manche, le second plus long pour le cadre. Les sistres archéologiques mesurent environ 18 cm de haut, dont 6 cm de manche et 12 cm de cadre. En respectant ces dimensions, les productions expérimentales devront mesurer environ 20 cm car la matière se rétracte d’à peu près 10 % lors de la cuisson. Avant de lier les deux éléments, les colombins seront mis en forme : aplatis pour le cadre, et lissés afin d’obtenir une surface homogène, cylindrique pour le manche. Ils seront ensuite fixés en découpant légèrement une extrémité du manche sur les côtés, ainsi que celle du cadre. Ils seront alors joints à l’aide de barbotine, un liant produit à base d’argile sèche mélangée à de l’eau. Pour cette expérience, nous allons percer le cadre pour les tiges après un court séchage à l’air libre. En procédant ainsi, la force appliquée sur le sistre ne déformera pas la matière qui commence à durcir à ce stade de l’expérience. Ce choix se fonde sur l’observation des traces de lissage sur la surface du sistre ainsi que sur la présence de bourrelets autour de certains trous, attestant que ces espaces n’ont pas été lissés. La hauteur séparant les orifices varie de 3,5 à 4,5 cm selon les exemplaires afin de laisser suffisamment d’espace aux disques des deux niveaux pour coulisser sans se percuter. Pour nos exemplaires, cet écart est d’environ 3,7 cm. Les sistres seront ensuite laissés au séchage à air ambiant, entre plusieurs heures et quelques jours selon le temps. Les sonnailles seront produites en parallèle, majoritairement à partir des restes d’argiles employés pour produire le corps de l’instrument. Il s’agit de petites boules d’argiles modelées très rapidement à la main, par pression. Enfin, les sistres seront tous cuits en même temps, dans un four électrique, à une chaleur de 700 °C. L’intérêt sera d’obtenir des matériaux qui réagiront tous de la même façon à l’usure mécanique afin de contrôler l’apparition de cette dernière en fonction du temps d’utilisation, et d’observer la transformation du spectre sonore qui en résulte.

  • 45 Il s’agit d’une observation au microscope optique qui permet de réaliser des images à partir desqu (...)

36Les sistres ainsi produits seront ensuite usés selon la méthode présentée précédemment, sur une durée maximum de 2 h. En raison des éléments présentés plus tôt (voir partie 4.) notre attention sera portée sur les contours internes des perforations des sistres, les contours des perforations des disques et leurs surfaces internes. Les surfaces de ces différentes parties de l’instrument seront observées et mesurées par microscopie confocale sous lumière blanche45 avant l’utilisation, et toutes les 15 min afin de suivre l’évolution des traces d’usure. De cette façon, nous pourrons suivre le processus de formation des traces d’usure à partir des 15 exemplaires produits. Nous pourrons ainsi déterminer aussi bien les transformations régulières qu’erratiques sur les surfaces en argile. Ces données permettront d’apporter une réponse sur le temps d’utilisation des sistres crétois, et d’aborder les questions de leur place dans le milieu sonore de l’Âge du Bronze.

Conclusion

  • 46 Genaille, 1994 ; Elwart, 2013 ; Saura-Zieglemeyer, 2017.

37La perception du sistre en argile au sein de la société crétoise minoenne nous est à l’heure actuelle encore inconnue, et le restera probablement longtemps. Nous pouvons toutefois voir que cet instrument particulier s’insère dans une tendance méditerranéenne orientale où le sistre est fortement lié aux contextes funéraires et au sacré46. Objet symbolique et/ou sonore ? L’étude que nous développerons nous permettra de répondre en partie à cette question en déterminant le degré d’utilisation du sistre crétois protohistorique. Toutefois, si celle-ci nous oriente sur le temps effectif de mise en action, nous ne pourrons que difficilement estimer l’emploi de cet objet sonore sur le temps long ou encore même les contextes précis lors desquels nous aurions pu l’entendre. Seules des découvertes inédites seraient en mesure de nous orienter vers de nouveaux éléments de réponse.

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Notes

1 Dournon, 1996, p. 3-4.

2 Schaeffner, 1991 ; Le groupe japonais « Kodo », est un exemple de musique produite uniquement avec des instruments à percussion.

3 Mikrakis, 2007, p. 89-96 ; conservés à l’apothèque du site d’Akrotiri, Théra.

4 Selon Younger, 1998 ; HM 1014 et HM 1015 conservées au musée d’Héraklion, Crète.

5 Mylonas, 1959, p. 125.

6 Saura-Zieglemeyer, 2015 ; 2017.

7 Younger, 1998 ; Betancourt et Muhly, 2006.

8 Dournon, 2007, p. 833-868. Nous avons choisi cette méthode de classification organologique car elle est mieux adaptée aux instruments reconnus pour notre période d’étude que celle de Sachs et Hornbostel.

9 Duchesne-Guillemin, 1968, p. 5-18.

10 Younger, 1998, p. 41.

11 Kanta, 1980, p. 175.

12 Bass, 1986, p. 288-289 et 1989, p.7.

13 Giannopoulos, 2008, pl. 35, 51.

14 Apollodore, I.1.7.

15 Warren, 1981, p. 166.

16 Nicklin, 1973, p. 50-55.

17 Hansen, Dragoman et Reingruber, 2005, fig. 42.

18 Communication personnelle de Z. Tsirtsoni, janvier 2019.

19 Lors de discussions avec l’équipe participant à la publication du site de Malia, nous avons pris connaissance de l’existence de ce type de billes dans le mobilier, ainsi que de leur existence dans certains sanctuaires de sommet.

20 1340.b.26ff.

21 Saura-Zieglemeyer, 2017.

22 Watrous, 1984, p. 123-125.

23 Savignoni, 1903.

24 Mosso, 1907, p. 169.

25 Sakellarakis et Sakellarakis, 1991.

26 Betancourt, 2014. Deux séries de campagnes de fouilles ont eu lieu ; la première dirigée par C. Davaras en 1976, 1982 et 1983, puis arrêtée à la fois par manque de moyens et à cause des risques d’effondrement. La seconde campagne fut réalisée en 2002-2003 par Ph. P. Betancourt et C. Davaras.

27 Ziegler, 1984 ; Elwart, 2017, p. 64-65.

28 Forsdyke, 1954, p. 1-9.

29 Sakellarakis, 1978 et Koehl, 2006.

30 Soles, 2004.

31 Brogan, 2012, p. 15-23.

32 De Garis Davies, 1920 ; Hickman, 1956.

33 Woolley, 1934.

34 De Garis Davies, 1920 ; Ziegler, 1984.

35 Woolley, 1934, p. 260.

36 Manniche, 1994.

37 Saura-Zieglemeyer, 2017, pour l’étude poussée des particularités iconographiques des sistres isiaques.

38 Lambropoulou 1999.

39 Betancourt, 2014, p. 29.

40 Mesures prises par l’auteur lors de l’examen des objets au musée d’Aghios Nikolaos, Février 2018.

41 Betancourt, 2011, p. 357.

42 Ces résultats seront présentés dans un article collaboratif avec des ingénieurs en tribologie du LTDS, dont R. Vargiolu et H. Zahouani.

43 Il s’agit d’un projet mis en place et réfléchit avec notre directrice de thèse, Haris Procopiou. Il a été discuté lors des journées Argiles organisées par Xavier Faivre du laboratoire ArScAn et affiné avec Claire-Lise Thiriet, potière, qui nous a accordé son entière collaboration pour réviser le mode de production avec son point de vue professionnel. Ce projet s’insère dans le cadre d’une collaboration déjà existante entre ArScAn et le LTDS.

44 Belfiore et al., 2007 ; Grammatikakis et al., 2019.

45 Il s’agit d’une observation au microscope optique qui permet de réaliser des images à partir desquelles nous pouvons obtenir des plans en trois dimensions.

46 Genaille, 1994 ; Elwart, 2013 ; Saura-Zieglemeyer, 2017.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Tableau présentant la présence/absence des instruments sonores égéens à l’Âge du Bronze.
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Fichier image/jpeg, 184k
Titre Fig. 2. « Sistre » d’Aghia Triada, pièce 4a. Vestige archéologique, dessin de reconstitution possible de l’instrument, et vue de l’intérieur du manche. Brogan, 2012, p. 17-18.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/19740/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 106k
Titre Fig. 3. Localisation, par zone, des sistres de la grotte d’Aghios Charalambos. Selon un plan de Ph. P. Betancourt, 2014.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/19740/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 166k
Titre Fig. 4. Sistres d’Aghios Charalambos, conservés au musée d’Aghios Nikolaos. Recollages et restaurations au début des années 2000. Photo d’auteur. De gauche à droite : ANM 13976, ANM13984, ANM13978, ANM13979.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/19740/img-4.jpg
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Titre Fig. 5. Détails de photographies macroscopiques (x30) sur ANM 13976. Photo d’auteur.
Légende a. Sistre ; b. Détail perforation ; c. Détail empreinte ; d. Détail perforation ; e. Détail perforation ; f. Détail perforation.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/19740/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 334k
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Pour citer cet article

Référence papier

Alexandre Pinto, « Un idiophone de l’Âge du Bronze en Égée : le sistre crétois.
Premières approches expérimentales »
Pallas, 115 | 2021, 27-46.

Référence électronique

Alexandre Pinto, « Un idiophone de l’Âge du Bronze en Égée : le sistre crétois.
Premières approches expérimentales »
Pallas [En ligne], 115 | 2021, mis en ligne le 24 août 2022, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/19740 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.19740

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Auteur

Alexandre Pinto

Université Paris 1-Panthéon Sorbonne

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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