Navigation – Plan du site

AccueilNuméros110Les désastres militaires romains ...La réécriture d’une encombrante d...

Les désastres militaires romains : mémoire et postérité

La réécriture d’une encombrante défaite : naissance, mort et résurrection historiographiques d’Horatius Coclès

The rewriting of an embarrassing defeat : Horatius Cocles’s birth, death and resurrection in historiography
Alexis Mészáros
p. 307-326

Résumés

Pour occulter la défaite face à Porsenna en 508 av. J.-C., les historiens romains ont eu recours à un récit construit à partir d’éléments historiographiques grecs transposés et du souvenir de l’action d’un pontife anonyme sur le pont Sublicius. Ce pontife devint un héros infirme de la gens Horatia dont le sort et le statut lors de la bataille varièrent au fil de la construction historiographique. Ces variations eurent des conséquences sur les autres personnages intégrés au récit des premières années de la République, comme le consul et pontife Marcus Horatius ou Lucretius.

Haut de page

Texte intégral

1Lorsque quelques sénateurs romains se mirent à composer l’histoire de leur cité, au tournant des iiie et iis. av. J.-C., le souvenir précis des faits de la période archaïque leur était déjà inaccessible. Pour écrire un récit cohérent de leur passé oublié, ils eurent recours à des modèles historiographiques grecs, à un ensemble de faits et de personnages romains, plus ou moins mythiques, plus ou moins lointains et à quelques données non datées, sèchement consignées dans les Annales des prêtres.

2Parmi ces faits se trouvait le souvenir d’une ancienne défaite face au roi étrusque Porsenna. Dans le récit traditionnel, cette défaite était insérée dans l’histoire de la révolution de 509 av. J.-C., qui vit l’expulsion des Tarquins et l’instauration de la liberté et du consulat : les aristocrates romains, las de la tyrannie de Tarquin le Superbe, excédés par l’attentat de Sextus Tarquin sur Lucrèce, avaient mis fin à la royauté et, sous la conduite de Brutus, Lucretius, Tarquin Collatin et Publicola, mis en place un régime aristocratique, qui reçut plus tard la désignation de régime républicain. Le roi détrôné sollicita dans un premier temps les Étrusques de Veii et de Tarquinia, puis le plus puissant des souverains étrusques : le roi Porsenna. Devant l’héroïsme des Romains, en particulier Horatius Coclès, Mucius Scaevola et Cloelia, Porsenna préféra conclure la paix et devint l’allié du peuple romain.

3La construction du récit de la révolution de 509 av. J.-C. repose sur plusieurs éléments combinés dans le but de former un récit cohérent. En premier lieu se trouvait la tentative des historiens romains d’occulter la cause originelle de l’expulsion des rois : la défaite des Tarquins face à Porsenna. La mise en place du régime aristocratique fut entièrement réécrite pour lui donner une origine romaine, à l’aide d’éléments historiographiques grecs transposés. Pour répondre à des réalités romaines, des données puisées dans les Annales Maximi et dans les memoriae des gentes furent également exploitées dans un souci de cohérence historiographique plus que de falsification gentilice. À cette réécriture des faits s’ajouta, quelques décennies plus tard, l’introduction de la démarche annalistique qui obligeait les auteurs à retrouver une précision qui avait été perdue et qui imposait des contraintes chronologiques et institutionnelles.

4L’apparition, la disparition et la résurrection des membres de deux familles (la gens Horatia et la gens Lucretia), dans les premières années de la République, permettent d’entrevoir le processus d’élaboration par les Romains d’un récit historique concernant l’époque archaïque et la difficulté d’intégration des héros anciens dans un cadre chronologique reconstruit. La tentative de travestissement de la défaite face à Porsenna eut des conséquences historiographiques et chronographiques variées et souvent contradictoires, en raison des contraintes propres à chaque auteur.

5La réélaboration de la mise en place du régime républicain montre ainsi comment plusieurs anecdotes, à l’origine distinctes furent rassemblées pour constituer un récit cohérent, dans lequel des personnages furent tout à tour confondus, dédoublés, tués et ressuscités, sans que jamais le récit fût complètement fixé. L’intégration de ces personnages se fit en plusieurs étapes, au fil de la modification du récit, de la reprise de traditions antérieures ou parallèles et de la transformation d’une incontestable défaite militaire contre Porsenna en une fresque à la gloire des héros romains.

6Parmi tous les héros des premières années de la République, Horatius Coclès fut sans conteste celui qui subit le plus les vicissitudes de l’historiographie : personnage anonyme d’une anecdote fluviale, il devint consul et héros de la résistance face à Porsenna, avant d’être rétrogradé au statut de simple soldat borgne mais alerte, dont le sort varie selon les auteurs. À l’issue de la bataille, il est porté en triomphe selon Théotime, mort chez Polybe, grièvement blessé pour Denys d’Halicarnasse, mais sorti indemne des flots dans le récit de Tite-Live. Le traitement historiographique du héros eut des conséquences sur les autres personnages du récit, comme M. Horatius et les Lucretii.

1. Causes et réécriture des événements de 509 av. J.-C.

  • 1 Déjà : Müller & Deecke, 1828, p. 116. Suivis par Alföldi, 1963, p. 77-79 ; Heurgon, 1969, p. 263 ; (...)
  • 2 Liv. 2.10.3 ; DH 5.32.3 ; 5.35.1.
  • 3 Plin. HN 34.139.
  • 4 Tac. Hist. 3.72.1.

7Les Romains avaient subi une défaite militaire face à Porsenna et en avaient conservé le souvenir1. Ce dernier était si fort que les historiens ne songèrent jamais à transformer la défaite en victoire. On en garde la trace de façon indirecte chez Tite-Live et Denys d’Halicarnasse2, puis de façon plus détaillée chez Pline l’Ancien3 et Tacite4. Lors de l’action héroïque d’Horatius Coclès, Tite-Live indique que les Romains étaient en fuite : cette action put seulement couvrir la retraite romaine et non apporter la victoire. Quant à Denys d’Halicarnasse, il précise que les Romains, lors du traité avec Porsenna, durent livrer des otages et envoyèrent les insignes de la royauté, indices d’une défaite certaine.

1.1. La chute de Sybaris, cause du renversement des Tarquins

  • 5 Combet-Farnoux 1957, p. 44 ; Gjerstad, 1969, p. 149-161.

8La construction historiographique romaine occulta à la fois la prise de Rome par Porsenna et les véritables raisons de son expédition militaire dans le Latium. Plus qu’un épisode de politique interne, la prise de la Ville pourrait être liée aux rivalités commerciales entre les Étrusques et les Grecs à la fin du vie s. et au début du ve s. av. J.-C. et à la chute de Sybaris. Cumes elle-même, longtemps envisagée comme le but du roi étrusque5, pourrait n’avoir été qu’une étape vers la Grande-Grèce.

  • 6 Ponnelle, 1907, p. 243-276 ; Heurgon, 1942, p. 74-80 ; Callaway, 1950, p. 43-46.
  • 7 Combet-Farnoux, 1957, p. 7-44.
  • 8 Les nombreuses campagnes étrusques contre Lipari et Rhégion pourraient aller en ce sens (Heurgon, 1 (...)
  • 9 Le contrôle de Porsenna sur Rome aurait été relativement limité (Jannot, 1988, p. 604-605 ; Engerbe (...)
  • 10 Combet-Farnoux, 1957, p. 41-43.

9Au vie s. av. J.-C., le commerce des cités non côtières d’Étrurie (Clusium, Volsinii) vers les cités grecques de l’Est (Athènes, Samos et surtout Milet), transitait principalement par Sybaris6. La destruction de la cité en 511/510 av. J.-C. par Crotone aurait eu pour double conséquence d’affaiblir Milet et d’asphyxier le commerce des cités intérieures d’Étrurie. Porsenna, roi de Clusium, aurait alors cherché à contourner les cités maritimes (comme Tarquinia ou Caere), liées à Corinthe par l’intermédiaire de Cumes, en empruntant une voie terrestre à travers le Latium7, puis en prenant le contrôle du détroit de Messine8. La prise de Rome pourrait ne s’être faite qu’en passant, sans volonté de contrôler la ville9 (au contraire des condottières précédents tels que les frères Vibenna ou Servius Tullius), mais aurait été une étape sur le chemin de la Grande-Grèce. Dans le but de sécuriser la voie terrestre depuis l’Étrurie jusqu’à la Campanie, le contrôle de la cité de Rome, principal point de passage sur le Tibre, avait dû apparaître comme essentiel pour Porsenna. En raison de leur politique tournée vers les cités maritimes d’Étrurie et Cumes et de leur action dans le Latium, les Tarquins entravaient le commerce de Clusium en bloquant la voie terrestre10.

  • 11 DH 7.3.1-4.3.
  • 12 Liv. 2.14.5-8 ; DH 5.36.2-3.
  • 13 DS 11.51.1-2.
  • 14 DS 12.10.1-2.
  • 15 DS 11.48.4.

10Les événements de Campanie et de Grande-Grèce ne permettent toutefois pas de dater précisément le renversement des rois de Rome. Les Étrusques affrontèrent des Grecs à de multiples reprises pendant le dernier quart du vie s. et le premier quart du ve s. av. J.-C., au cours desquelles trois batailles furent particulièrement mémorables : celle entre Cumes et les Étrusques en 52411, la défaite d’Arruns Porsenna face à Aristodème de Cumes devant Aricie en 508/50612 et la bataille navale entre Hiéron de Syracuse et les Étrusques au large de Cumes en 474/47313. La prise de Sybaris n’apporte elle-même aucun secours chronologique. La cité fut en effet prise à deux reprises, en 51014 et en 476 av. J.-C.15. La campagne de Porsenna, qui n’est transmise que dans l’historiographie romaine, pourrait être liée à n’importe lequel de ces cinq événements.

  • 16 Voir le long développement de R. Bloch, dans Bayet & Baillet, 1962, p. 101-133. La même réécriture (...)

11Pour l’aristocratie romaine cependant, le renversement des Tarquins pouvait être uniquement le fait des aristocrates eux-mêmes16. Le récit des événements de la fin du vie s. av. J.-C. fut donc entièrement réécrit en puisant dans les modèles historiographiques grecs et en y intégrant des données romaines connues.

1.2. La réécriture de la révolution d’après des standards grecs

  • 17 Mastrocinque, 1988, p. 33.
  • 18 Ogilvie, 1970, p. 197.

12Le récit du règne de Tarquin le Superbe est largement inspiré des récits d’Hérodote et de Thucydide. D’une part, pour justifier son renversement par les Romains, Tarquin le Superbe et sa famille devaient apparaître sous les traits caractéristiques des tyrans grecs, propres à inspirer l’odium regni chez les Romains. D’autre part, on retrouve plusieurs actions analogues aux récits grecs, comme la prise de Gabii, semblable à celle de Babylone par Darius ou le conseil de gouvernement que Tarquin le Superbe donne à son fils Sextus et qui est inspiré de celui de Thrasybule, tyran de Milet, à Périandre, tyran de Corinthe17. Le portrait complet de Tarquin le Superbe reprend les topoi du tyran grec, s’appuyant sur le peuple contre l’aristocratie, grand constructeur, comme Pisistrate, mais cruel et méfiant18.

  • 19 Pour un résumé des principaux parallèles avec l’histoire grecque, voir : Scapini, 2015, p. 276-279.
  • 20 Ogilvie, 1970, p. 238-239.
  • 21 Mastrocinque, 1988, p. 33 ; Wiseman, 2008, p. 234.
  • 22 Thuc. 6.59.4.
  • 23 Présence mise en doute par Denys d’Halicarnasse qui remarqua l’incohérence de faire combattre un ro (...)

13Le récit de la révolution de 509 av. J.-C. est lui-même une transposition romaine d’éléments athéniens19 : Hippias, fils de Pisistrate est le modèle pour Sextus Tarquin, fils du Superbe, tandis que Lucrèce remplit le rôle joué par Harmodios. L’exil de Tarquin Collatin est calqué sur l’ostracisme d’Hipparque, fils de Charmos20 et l’expédition de Porsenna contre Rome renvoie à celle de Cléomène ier de Sparte contre Athènes21. Comme Hippias s’était réfugié chez son gendre Æntidès de Lampsaque, Tarquin le Superbe se réfugie ensuite chez son gendre Octavius Mamilius de Tusculum. Par la suite, il est reçu par Aristodème de Cumes, comme Hippias l’avait été à la cour de Darius22. De la même façon, à la fin de sa vie, la participation de l’ancien roi de Rome à la bataille du lac Régille23 est le pendant de la présence d’Hippias à celle de Marathon.

  • 24 Ogilvie, 1970, p. 262-263. Il porte chez Denys d’Halicarnasse le cognomen de Κόδρος (DH 5.25.4).
  • 25 Ogilvie, 1970, p. 262.
  • 26 Pais, 1905, p. 196-199 contra Ogilvie, 1970, p. 268.

14Malgré les efforts de réécriture, les historiens romains ne pouvaient dissimuler l’intervention de Porsenna, pas plus que leur défaite face à lui : aucun auteur ancien conservé ne cherche à montrer les Romains victorieux. Puisque les Romains eux-mêmes avaient chassé les Tarquins, il fallait alors expliquer pourquoi Porsenna avait entrepris une expédition dans le Latium. Le rôle de Porsenna fut donc inversé et présenté par l’historiographie romaine comme la volonté du roi de restaurer les Tarquins et non plus de les détrôner. Ce renversement créa une difficulté historiographique car le souvenir de la victoire de Porsenna devait avoir été conservé. Or, en cas de victoire, le roi aurait logiquement pu imposer sa volonté et l’objectif de sa campagne : la restauration des Tarquins. Puisque Tarquin le Superbe ne fut pas restauré à Rome, il fallut donc que Porsenna, victorieux, renonçât à son projet initial. Ce rôle historiographique fut donné aux trois sauveurs de Rome (Horatius Coclès, Mucius Scaevola et Cloelia), dont l’héroïsme permit de convaincre Porsenna de traiter les Romains en amis, en raison de leur valeur. Le personnage de Mucius Scaevola fut construit à partir d’éléments grecs et romains. Ainsi, l’entrée dans le camp déguisé est écrite sur le modèle de l’action de Codros, roi d’Athènes24. Outre son nomen, l’élément romain serait la trace d’un parjure dont la peine affectait la main droite25 et devenu l’acte par lequel Mucius Scaevola attestait devant Porsenna la détermination de la jeunesse romaine contre lui. Quant à Cloelia, elle pourrait avoir été créée pour expliquer la présence d’une statue équestre qui était peut-être initialement celle de Vénus Cloacine26.

2. La bataille du pont Sublicius

15Pour la cohérence du récit, le plus important des trois héros était Horatius Coclès. Porsenna ayant vaincu les Romains, il lui était en effet possible de prendre Rome et d’imposer le retour des Tarquins. Le seul moyen pour les Romains de l’en empêcher était de rompre le point de passage sur le Tibre : le pont Sublicius. Les historiens romains eurent alors recours à une ancienne légende liée à la rupture du pont Sublicius dans le but de protéger Rome d’une invasion étrusque.

  • 27 Walbank, 1957, p. 740-741 ; Briquel, 2007, p. 60-63 contra Dumézil, 1948, p. 169-188.

16C’est dans les Annales Maximi, rédigés par le pontifex maximus, que les Romains puisèrent l’origine du mythe d’Horatius Coclès, plus que dans la mythologie indo-européenne des sauveurs paradoxaux : Horatius Coclès n’est pas Odin27, il est un simple pontifex, tout à fait romain, remplissant son rôle de « constructeur » et « destructeur » de pont.

2.1. La rupture du pont Sublicius : un événement religieux anodin

  • 28 Plin. HN 3.55.
  • 29 Déjà Mommsen, 1856, p. 51 ; Kent, 1913, p. 317-326. Plus récemment : Hallet, 1970, p. 219-228 ; Cha (...)

17Le pont Sublicius revêt pour les Romains un caractère religiosus28. À l’époque archaïque, il se trouvait à la charge exclusive des pontifes, prêtres dont la fonction première était d’entretenir, de démonter et de reconstruire ledit pont, comme le suggèrerait l’étymologie du terme pontifex29. Ce pont, particulièrement important pour les Romains car il constituait le seul pont sur le Tibre à l’époque archaïque, était à la fois un atout et une faiblesse. En cas de campagne militaire étrusque vers le sud, Rome était la première cité à prendre afin de s’assurer le passage du fleuve. Pour empêcher cela, les Romains devaient donc être en mesure de démonter aisément le pont Sublicius et le reconstruire dès le danger passé. C’était là le rôle des pontifes et, comme pour tous les événements à caractère religieux qui étaient de leur ressort, la mention d’une rupture du pont Sublicius par l’intermédiaire d’un pontife devait figurer dans les Annales Maximi.

  • 30 Tite-Live lui en fait prononcer une au dieu du Tibre avant de plonger (Liv. 2.10.11).

18Il n’était cependant pas nécessaire que la mention du rôle du pontife dans la rupture du pont Sublicius fût placée de façon précise dans la chronologie. La simple mention du fait, écrite en latin archaïque, attestait son caractère ancien. Ce souvenir de rupture du pont, peut-être plus fréquent que l’annalistique ne le laisse entendre, fut utilisé par les Romains afin d’expliquer que Porsenna ne prît pas la Ville. Pour qu’il fût ensuite la paix avec les Romains, malgré sa victoire, il fallut également que la rupture du pont fût héroïque. D’une simple mention dans les Annales Maximi d’un pontife probablement anonyme qui fit rompre le pont, les historiens romains créèrent le mythe d’Horatius Coclès. Toutes les versions du récit lui attribuent l’autorisation qui est donnée aux Romains de couper le pont, probablement par une formule30, renvoyant à son rôle de pontifex qui est de permettre au magistrat de donner l’ordre de couper le pont sans sacrilège.

2.2. Le pontife anonyme devenu le consul Horatius Coclès

19Ce pontife devait à l’origine être anonyme. Les Annales devaient mentionner uniquement la rupture du pont et non l’identité de celui qui la permit. Son nom lui fut attribué en référence à une statue très ancienne, à la fonction qu’il exerçait dans le récit et au rapprochement avec un autre personnage de l’époque : M. Horatius, consul et pontife dans les premières années de la République.

  • 31 Il porte ce nom dans tous les récits de la bataille du pont Sublicius.
  • 32 Gagé, 1973, p. 11-14. La statue pourrait également représenter Vulcain (Africa, 1970, p. 529).
  • 33 Le terme latin viendrait lui-même du grec, par l’intermédiaire de l’étrusque (Leumann, 1942, p. 172 (...)
  • 34 Gagé, 1973, p. 11.
  • 35 FGrHist 834 F 1 [= Ps-Plut. Par. min. 8b, 307 D-E]. Si l’attribution des Parallèles mineurs à Pluta (...)
  • 36 Jacoby, 1954, p. 425. Si l’auteur du Περὶ Κυρήνης (FGrHist 470) est identique à l’auteur d’Ἰταλικα (...)
  • 37 On ne saurait exclure toutefois la possibilité que le parallèle entre Philippe II de Macédoine et H (...)

20Dans la mémoire des Romains, le héros du pont Sublicius se nommait Coclès31. Il reçut ce nom par le rapprochement du personnage avec une très ancienne statue située sur le Vulcanal, qui représentait une divinité infirme, peut-être Caicle, dont le nom, par le passage au grec κύκλωψ32 (« qui a un gros œil rond »), devint cocles ou ocles33 (« borgne »). L’infirmité, initialement située à la jambe, passa aux yeux, d’une infirmité visible à un défaut de vision34. Dans les premières versions du récit, le héros du pont acquit en effet ce nom après avoir reçu une flèche dans l’œil lors de la bataille, comme l’indique le Pseudo-Plutarque, citant Théotime, dans son Histoire de l’Italie35. Cet auteur est inconnu par ailleurs mais Jacoby le datait du iie s. av. J.-C.36. Il représente une tradition parallèle unique, probablement ancienne, qui liait le surnom de Coclès à la flèche reçue dans l’œil lors de la bataille du pont Sublicius37.

  • 38 Plb. 6.55.1 : Κόκλην γὰρ λέγεται τὸν Ὡράτιον ἐπικληθέντα, διαγωνιζόμενον πρὸς δύο τῶν ὑπεναντίων ἐπ (...)
  • 39 Weil, 1977, p. 138 n. 2.
  • 40 Comme Reiske, 1763, p. 460-461 ; Büttner-Wobst et Paton, dans leurs éditions, conservaient la leçon (...)
  • 41 Parfois considéré comme le premier auteur ayant rapporté en détail l’histoire ancienne de Rome (Mom (...)
  • 42 Plb. 6.55.1. Dans le récit de Tite-Live, il est celui en charge de la surveillance du pont, ce qui (...)

21Horatius Coclès fut donc en premier lieu connu par son cognomen. Il reçut ensuite un nomen, lequel est peut-être issu de la fonction qu’il occupait dans le récit. Dans la version de l’événement donnée par Polybe, il est encore question d’un héros légendaire non inclus dans un contexte historique : « On raconte que Coclès, surnommé Horatios, se battait contre deux adversaires à l’autre bout du pont qui franchit le Tibre devant la ville38 ». Le sens de la phrase « Coclès, surnommé Horatios » a été jugé absurde par R. Weil qui préfère considérer Ὡράτιον comme une glose douteuse, intégrée au texte39. D’autres éditeurs ont interverti Κόκλην et Ὡράτιον afin de faire correspondre la phrase à la logique onomastique romaine, pour laquelle Horatius est le nomen et Coclès le cognomen40. Pourtant, la lecture Κόκλην γὰρ λέγεται τὸν Ὡράτιον ἐπικληθέντα pourrait être correcte et correspondre à une ancienne version du récit d’Horatius Coclès. Pour l’historiographie, son premier nom fut donné en grec, que ses exploits aient été racontés par Timée de Tauroménion41, Fabius Pictor, Théotime ou Polybe. Dans le récit de ce dernier, Coclès est celui qui voit l’armée étrusque arriver à proximité du pont42.

  • 43 De ὅρασις, l’action de voir, issu de ὁράω, « voir, porter la vue sur, contempler ». Les dérivés (...)
  • 44 La graphie classique d’Horatius en grec est Ὁράτιος. La forme Ὡράτιος ne se trouve qu’à partir de (...)
  • 45 Pais, 1905, p. 218.
  • 46 Il n’y a pas lieu de soupçonner les Horatii de falsification du récit pour cet épisode (contra Wise (...)

22Ce rôle consistant à voir ou à surveiller le pont pourrait correspondre au grec ὁρατής (« celui qui regarde, spectateur ») ou ὁρατικός (« propre à voir, capable de voir »)43. C’est ce qui détermina son nomen Ὁράτιος, passé de statut initial à un surnom chez Polybe, puis un nomen chez les historiens romains44, par analogie avec l’antique gens Horatia. De la même façon que, dans l’affaire Sp. Maelius, la fonction de dénonciateur (en grec μηνυτής ou μηνυτικός) donna au personnage son nomen (Μηνύκιος/Minucius)45, par antonomase, la fonction de veilleur (sur le pont) donna à Coclès son nomen d’Horatius46.

  • 47 Ils se retrouvent ainsi dans tous les récits, sous la forme nomen-cognomen : Plb. 6.55.1 ; Cic. Leg (...)

23Le nom et le surnom d’Horatius Coclès étaient ainsi fixés47. En dehors de ces deux données qui font l’objet d’une unanimité, les auteurs divergent sur tous les points : son praenomen (Marcus ou Publius), son statut (στρατηγός ou simple miles), l’origine de son surnom (blessure antérieure à la bataille, pendant la bataille, ou malformation du visage), l’année de la bataille (deuxième ou troisième année de la République), son sort au cours de cette bataille (mort, blessé à la hanche, à l’œil, à la fesse, ou sorti indemne des flots) et la suite de sa carrière (élection au consulat ou retrait de la vie publique).

  • 48 FGrHist 834 F 1 [= Ps.-Plut. Par. min. 8b, 307 D-E] : Ὁράτιος δὲ Κόκλης στρατηγὸς χειροτονηθει (...)
  • 49 Plut. Publ. 1.3 ; Cam. 1.2 ; Marc. 9.6. Dans les Vies grecques : Tim. 7.2 ; Pel. 15.5 ; 30.12 ; Ari (...)
  • 50 Dans les Parallèles mineurs : pour Brutus (Par. min. 11b, 308 C-D), Minucius (3b, 306 B), P. Decius (...)
  • 51 Le glissement de στρατηγός pour désigner exclusivement un préteur est plus tardif, car il devient (...)

24Le récit pré-annalistique offrait aux historiens romains l’avantage d’une grande souplesse d’écriture. Il leur était possible d’assigner à Horatius Coclès le rôle et le statut nécessaire à la narration et d’en faire un consul, c’est-à-dire le personnage le plus évident pour conduire les Romains à la victoire ou sauver l’armée en cas de déroute, le seul également en mesure d’ordonner la rupture du pont. Ce rôle lui est assigné par Théotime, qui indique en préambule de la bataille « Horatius Coclès, élu général »48. La formulation employée par le Pseudo-Plutarque, suivant Théotime, n’est pas commune pour désigner l’élection d’un magistrat supérieur romain, mais les composés de χειροτονέω pour qualifier l’élection sont bien des termes plutarchéens49 et pseudo-plutarchéens50. La fréquence d’utilisation du terme dans les Parallèles mineurs indique qu’il s’agit d’une expression de l’auteur qui est peut-être reprise d’une de ses sources pour les histoires romaines : Aristide de Milet ou Théotime. Qu’elle provienne de l’un, de l’autre, ou du Pseudo-Plutarque lui-même, il n’y a pas de doute sur le fait que l’expression désigne l’élection à une magistrature consulaire. Le terme στρατηγός, chez les historiens grecs de Rome, désigne tous les magistrats supérieurs, généralement chefs d’armée, ce qui, pour l’époque archaïque, correspond à la charge romaine de consul ou de praetor51.

  • 52 Serv. ad Aen. 8.646. Servius n’indique que le contexte d’une campagne électorale et un bon mot d’Ho (...)

25Une tradition ancienne considérait donc Horatius Coclès comme le consul qui lutta contre Porsenna. Il lui était alors possible de diriger l’armée romaine, de couper le pont Sublicius, de revenir à la nage, de triompher, ainsi que le décrit Théotime et même, après la bataille, d’envisager un consulat postérieur, comme l’indique Servius52.

3. La mise en place du récit annalistique : contextualisation d’une défaite

  • 53 Parmi ces auteurs, on compte Q. Fabius Pictor, L. Cincius Alimentus, P. Cornelius Scipio, A. Postum (...)
  • 54 DH 1.6.1. Ainsi procède encore Polybe, indiquant dans ses Histoires très peu de faits de l’histoire (...)
  • 55 Wiseman, 1979, p. 12-19 (qui penche pour Pison) contra Fornara, 1983, p. 25 (pour Cassius Hemina).

26Le récit de l’action d’Horatius Coclès fut en premier lieu élaboré dans le cadre des ouvrages historiques romains anciens : ceux de Fabius Pictor jusqu’à C. Acilius53, dont le propos principal était l’époque qui leur était contemporaine. La période archaïque, en particulier républicaine, était survolée54, hormis quelques épisodes attachés à la gens de l’auteur qui n’entraient pas dans un cadre annalistique, lequel requérait précision et listes de magistrats : cette méthode historiographique se mit en place dans la seconde moitié du iie s. av. J.-C., avec Cassius Hemina et Pison55.

  • 56 Il n’est pas possible de déterminer qui, de Polybe ou de Théotime, écrivit le premier.
  • 57 Plb. 6.55.1.
  • 58 FGrHist F [= Ps.-Plut. Par. min. 8, 307 D-E].
  • 59 Le début de la notice « Πορσίνας Τούσκων βασιλεὺς πέραν ποταμοῦ Θύμβρεως στρατεύσας ἐπολέμησε Ῥωμα (...)

27Les sources présentent deux versions anciennes du récit56, dont aucune ne s’est transmise dans le récit annalistique. Selon Polybe, Horatius Coclès, dont le statut n’est pas précisé, mourut en se jetant dans le Tibre, dans un épisode décontextualisé qui sert d’exemplum à la jeunesse de Rome57. Dans le récit donné par Théotime, Horatius Coclès, consul, se jeta dans le Tibre et perdit un œil dans la bataille, d’où son surnom de Coclès58, mais il survécut. Le Pseudo-Plutarque indique comme contexte la guerre de Porsenna, ce que ne faisait probablement pas Théotime59.

28La mise en place du récit annalistique obligea les historiens à des aménagements de la légende d’Horatius Coclès, en lien avec le déplacement de la bataille du pont Sublicius de la première année de la République à une année postérieure.

3.1. La confusion des Horatii

29La construction du récit de la bataille du pont Sublicius fut compliquée par l’assimilation du pontife qui permettait de couper le pont à l’un des consuls qui pouvait ordonner cette coupure : M. Horatius. L’homonymie entraîna une confusion sur le statut de ces deux personnages essentiels au récit des origines de la République :

Référence

Nom

Statut

Rôle

FGrHist 834 F 1 [= Ps.-Plut. Par. min. 8b, 307 D-E]

Ὁράτιος Κόκλης

στρατηγός

Combat Porsenna

Plb. 3.22.1

Μάρκος Ὡράτιος

ὕπατος

Dédicace le temple de Jupiter

Plb. 6.55.1

Κόκλης Ὡράτιος

-

Coupe le pont Sublicius

Cic. Dom. 139

Marcus Horatius Pulvillus

pontifex ?

Dédicace le temple de Jupiter

Liv. 2.8.4-8

Marcus Horatius

consul

Dédicace le temple de Jupiter

Liv. 2.10.2

Horatius Coclès

uir

Coupe le pont Sublicius

Dion. Hal. Ant. Rom. 5.19.2

Μάρκος Ὁράτιος

ὕπατος

-

Dion. Hal. Ant. Rom. 5.21.1.2 ; 5.22.5

Μάρκος Ὁράτιος

ὕπατος II

Combat Porsenna

Dion. Hal. Ant. Rom. 5.23.1-25

Πόπλιος Ὁράτιος Κόκλης

ἀδελφιδέος τῶν ὑπάτων

Coupe le pont Sublicius

Dion. Hal. Ant. Rom. 5.35.3

Μάρκος Ὁράτιος

ὕπατος II

Dédicace le temple de Jupiter

Val. Max. 3.2.1

Horatius Coclès

-

Coupe le pont Sublicius

Val. Max. 5.10.1

Marcus Horatius

pontifex

Dédicace le temple de Jupiter

Sen. Cons. ad. Marc. 13.1

Pulvillus

pontifex

Dédicace le temple de Jupiter

Sen. Ep. 120.7

Horatius Cocles

-

Couple le pont Sublicius

Plin. HN 34.22

Marcus Horatius Coclès

-

Coupe le pont Sublicius

Plin. HN 36.100

Horatius Coclès

-

Coupe le pont Sublicius

Plut. Vit. Publ. 12.6-14.8

Μᾶρκος Ὁράτιος

συνάρχων

Dédicace le temple de Jupiter

Plut. Vit. Publ. 16.6-9

Ὁράτιος Κόκλης

-

Coupe le pont Sublicius

Plut. Fort. rom. 3, 317 E

Κόκλιος Μάρκος

-

Coupe le pont Sublicius

Plut. Praec. ger. reip. 27, 820 E

Πόπλιος

-

Coupe le pont Sublicius

Tac. Hist. 3.72.1

Marcus Horatius

consul II

Dédicace le temple de Jupiter

Serv. ad. Aen. 8.646

Cocles

-

Candidat au consulat

30La méthode annalistique introduite dans un second temps entraînait cependant de multiples contraintes : si Horatius Coclès était consul, il fallait lui trouver une place dans les fastes consulaires. Dans le cas contraire, il fallait le rétrograder au rang de simple soldat. Comme les institutions romaines à l’époque des premiers annalistes ne supportaient que deux consuls en même temps, si Horatius Coclès avait été consul, il fallait alors faire disparaître un autre consul, ou le faire mourir lui-même. Enfin, s’il n’était que simple soldat, il fallait expliquer pourquoi un si grand héros n’avait pas été élu au consulat quand ses compagnons d’armes (Sp. Larcius et T. Herminius) accédaient de leur côté à cette dignité. Il semble que ces diverses hypothèses aient été envisagées par les historiens romains.

3.2. Marcus Horatius consul et pontife

  • 60 La manipulation des fastes n’était pas si aisée : certains personnages importants de l’histoire rom (...)
  • 61 L’anecdote pourrait être une transcription de l’annonce de la mort de Gryllos à son père Xénophon ( (...)
  • 62 Walbank, 1957, p. 340.
  • 63 Plb. 3.22.1 ; Liv. 2.8.4-8 ; DH 5.35.3 ; Plut. Publ. 12.6-14.8 ; Tac. Hist. 3.72.1.
  • 64 V. Max. 5.10.1 ; Senec. Cons. ad Marc. 13.1 et peut-être Cic. Dom. 139.
  • 65 Pena, 1981, p. 155-156.
  • 66 Ogilvie, 1970, p. 253-254.
  • 67 Contra Pena, 1981, p. 166-167.

31Horatius Coclès n’apparaissait pas dans les fastes consulaires. Il était donc difficile de l’y introduire60, sauf à l’assimiler à son homonyme M. Horatius, présent dans le récit des premières années de la République. Ce dernier n’apparaissait que pour dédicacer le temple de Jupiter Capitolin, avant de disparaître. Les auteurs sont unanimes pour attribuer la dédicace du temple à M. Horatius, après avoir réagi avec uirtus à la mort de son fils61. L’unanimité pourrait être expliquée par la présence d’une inscription sur le temple mentionnant le nom d’Horatius, sans sa fonction62. Les auteurs anciens hésitaient entre consul63 ou pontifex64, aucun (sauf Polybe) n’ayant cependant pu voir l’inscription puisque celle-ci avait dû être remplacée lors de la reconstruction du temple après l’incendie de 83 av. J.-C.65. La théorie selon laquelle la présence d’un pontifex n’était pas nécessaire à la dédicace du temple, contrairement à celle d’un magistrat à imperium66, ne vaut peut-être pas dans un contexte archaïque67. De plus, les deux charges n’étaient pas incompatibles. M. Horatius Pulvillus put être à la fois consul et pontife, ce qui lui donnait un savoir supplémentaire en matière religieuse sur son collègue P. Valerius Publicola.

  • 68 Voir la peine de M. J. Pena à la démontrer : Pena, 1981, p. 149-170.
  • 69 Les tentatives pour déterminer la datation en s’appuyant sur les clous plantés chaque année sur la (...)

32L’historicité de M. Horatius est difficilement démontrable68. Si le statut de pontifex lui permettait de dédicacer le temple pendant n’importe quelle année des débuts de la République, celui de consul obligeait les annalistes à lui trouver une place dans les fastes consulaires. Sur cette question, les auteurs sont partagés entre une dédicace au cours de la première (Polybe, Tite-Live) ou de la troisième (Denys d’Halicarnasse, Tacite) année de la République. La place de M. Horatius dans les fastes dépend en grande partie de la datation de la dédicace qui constitue sa seule action importante de l’année69.

  • 70 Zon. 7.19.

33Plusieurs raisons pourraient expliquer l’introduction de M. Horatius dans les fastes consulaires pour la première année : les leges Valeriae Horatiaeque, la confusion entre les consuls de 509 et de 449 av. J.-C., la conclusion d’un traité et la dédicace du temple de Jupiter Capitolin. Suivant Dion Cassius, Zonaras affirme que les consuls de 449 av. J.-C., Valerius et Horatius, furent les premiers à recevoir le nom de consul70. Ce souvenir, peut-être présent dans la mémoire d’un des premiers historiens romains, a pu être à l’origine d’une confusion entre la charge consulaire (quelle que soit sa titulature) et le nom de « consul ». Il aurait pu justifier l’introduction d’Horatius parmi les premiers consuls de la République.

  • 71 À Valerius seul pour les lois de 509 (Liv. 2.8.1-2) : c’est seulement après le vote des lois que, s (...)
  • 72 Elles-mêmes constituant un doublon de celles de 300 av. J.-C. Pour un résumé du débat sur la provoc (...)

34Les leges de provocatione étaient associées, pour les Romains, à Valerius et à Horatius71 : elles furent situées dans le temps tantôt en 509, tantôt en 449 av. J.-C., les premières constituant un doublon des secondes72, placées la première année de la République pour attester l’ancienneté de la législation romaine sur la provocatio.

  • 73 Plb. 3.22.1 : κατὰ Λεύκιον Ἰούνιον Βροῦτον καὶ Μάρκον Ὡράτιον, τοὺς πρώτους κατασταθέντας ὑπάτους μ (...)
  • 74 Une telle position aurait nécessité, lors de l’ajout des autres consuls dans l’annalistique, la dis (...)
  • 75 Les Excerpta de legationibus gentium Romanos ad gentium de Constantin VII, qui reprennent la phrase (...)

35Polybe indique que le premier traité entre les Romains et les Carthaginois fut conclu « à l’époque de L. Iunius Brutus et M. Horatius, les premiers consuls désignés après l’expulsion des rois, par lesquels fut consacré le temple de Jupiter Capitolin. »73. La mention conjointe au consulat de L. Brutus et M. Horatius va contre tous les autres auteurs qui font de M. Horatius un consul suffect, remplaçant Lucretius mort, lui-même remplaçant Brutus. Les deux hommes ne pouvaient donc pas être consuls en même temps, sauf à imaginer que M. Horatius eût été placé dans les fastes de la première année avant l’intégration de Tarquin Collatin, de Sp. Lucretius et de Publicola74. Il semble plus probable que la mention Λεύκιον Ἰούνιον Βροῦτον καὶ Μάρκον Ὡράτιον soit un ajout tardif intégré au texte de Polybe75.

  • 76 DH 4.85.3.

36Les Romains devaient cependant avoir conservé le souvenir d’un traité conclu à la période archaïque par un Horatius. Polybe y voit le premier traité entre Rome et Carthage, tandis que Denys d’Halicarnasse, pour la même année, indique un traité conclu entre Rome et Ardée par T. Herminius et M. Horatius76.

3.3. Les deux consulats de Marcus Horatius

  • 77 DH 4.67.3-4. L’intégration tardive dans la légende ne signifie pas toutefois que l’historicité de P (...)
  • 78 DH 4.85.3.

37L’introduction dans le récit de M. Horatius, dédicant du temple de Jupiter Capitolin et co-auteur des leges Valeriae Horatiae, pourrait être tardive. Tous les consuls de la première année de la République avaient en effet trouvé leur place dans le récit légendaire et dans la parenté royale. L. Iunius était le neveu du roi, Tarquin Collatin son cousin et l’époux de Lucrèce, dont le père était Lucretius. Seuls Publicola et M. Horatius n’avaient pas trouvé leur place dans ce récit et ils n’y furent intégrés qu’à grand’peine. P. Valerius fut chargé d’annoncer à Tarquin Collatin la mort de son épouse et de préparer le soulèvement de l’armée77, tandis que M. Horatius était un dignitaire de l’ancien régime, chargé par Tarquin le Superbe de commander l’armée royale à Ardée en son absence78.

  • 79 Liv. 2.2.1 ; 2.8.1 ; 2.15.1 ; 2.16.1 : Publicola/Lucretius ; Publicola II/Lucretius ; Publicola III (...)
  • 80 Tite-Live note que, chez certains anciens auteurs, Lucretius ne figure pas parmi les consuls (Liv. (...)
  • 81 Chez Denys d’Halicarnasse, le consul de l’année II ne porte pas de prénom (DH 5.20.1), ce qui perme (...)
  • 82 Il est probable que, dans les versions anciennes des fastes, les consuls n’aient porté qu’un nomen (...)

38Le consulat de M. Horatius posait toutefois quelques difficultés dans la mesure où, après le consulat de Brutus et de Tarquin Collatin, les premières années de la République étaient une triple succession de consulats de Publicola et Lucretius79. L’introduction de M. Horatius la première année obligeait à faire disparaître Lucretius. Deux possibilités furent envisagées par les historiens romains. Certains auteurs effaçaient son consulat80, laissant indemne le consul des années II et III de la République sans devoir expliquer son retrait l’année I et son retour l’année II81. Pour d’autres, la mort et le dédoublement du personnage permettaient de faire du consul Lucretius de l’année II un parent du consul Lucretius de l’année I, mort après quelques jours de consulat82.

  • 83 Pison, fr. 21 Chassignet [= Gell. NA 29.1-2].

39Ces considérations de cohérence narrative ne furent introduites qu’à partir de l’historiographie de type annalistique. La plus ancienne mention du retrait de Tarquin Collatin, qui permettait de libérer une place de consul pour Publicola, apparaît dans l’œuvre de Pison, premier auteur ayant suivi la méthode annalistique83. Avant lui, ces aménagements institutionnels n’avaient peut-être pas semblé nécessaires.

4. Le déplacement de la défaite et ses conséquences annalistiques

4.1. L’année de la défaite

  • 84 DH 5.20.1 : seul un recensement est signalé pour cette année.

40La réécriture de la défaite face à Porsenna rendait la position de M. Horatius intenable. Puisque le rôle de Porsenna n’était plus de renverser mais de restaurer les Tarquins, la bataille du pont Sublicius ne pouvait plus avoir eu lieu la première année de la République. Le renversement des Tarquins, la mise en place des institutions, les leges Valeriae Horatiaeque, la guerre contre Veii et Tarquinia occupaient déjà une grande partie de l’année. La guerre contre Porsenna fut donc déplacée l’année II de la République, selon une tradition que suit Tite-Live, et l’année III selon Denys d’Halicarnasse. Ce dernier n’aurait eu aucune difficulté à placer la bataille du pont Sublicius l’année II de la République, sous le deuxième consulat de Publicola avec Lucretius pour collègue, année relativement calme en comparaison des deux qui l’encadrent84. Denys suivit probablement une tradition qui liait la rupture du pont pendant la guerre contre Porsenna à un ordre donné par le consul Horatius, qu’il s’agisse de la tradition suivie par Théotime ou d’une autre. La guerre fut donc déplacée par Denys (ou sa source) en l’an III de la République, sous le troisième consulat de Publicola et le second d’Horatius.

  • 85 Cette confusion se retrouve dans les listes consulaires tardives comme les Fastes d’Hydatius et le (...)

41Une tradition devait en effet évoquer un consulat de M. Horatius la troisième année après l’expulsion des rois. Elle pourrait trouver son origine dans le souvenir des successions consulaires des débuts de la République, notamment celui qui faisait de M. Horatius le successeur de Lucretius comme collègue de Publicola au consulat. Ce souvenir était interprétable de deux manières. Soit Horatius était consul suffect après la disparition de Lucretius, sous le premier consulat de Publicola, soit Horatius était consul l’année suivant le consulat de Publicola et Lucretius, avec pour collègue Publicola qui avait été reconduit85. Il pouvait donc être placé – sans chercher à travestir la réalité historique – la première ou la troisième année de République.

42D’après la tradition selon laquelle Horatius succédait à Lucretius uniquement au cours de la première année de la République, Tite-Live n’avait pas besoin de lui accorder un consulat supplémentaire. Sa motivation ou celle de sa source pour une telle interprétation est probablement la volonté de faire coïncider l’expulsion des rois et la mise en place du régime républicain avec la dédicace du temple de Jupiter Capitolin. Cette considération patriotique est écartée par Denys d’Halicarnasse et par Tacite. La campagne de Porsenna fut donc située par Tite-Live immédiatement après la première année, sous le consulat de Publicola et de Lucretius, indépendamment d’Horatius. Le héros de la bataille contre Porsenna n’était plus le consul Horatius qui ordonnait de couper le pont mais le gardien du pont Horatius Coclès qui retenait l’armée ennemie pendant la rupture du pont. La troisième année de la République fut occupée par Publicola, pour la troisième fois, et par Lucretius, auquel fut rendu le consulat.

4.2. La seconde vie d’Horatius Coclès

  • 86 Africa, 1970, p. 529. La volonté de décrire une devotio est toutefois peu probable : le but d’une t (...)
  • 87 Plb. 6.55.4 ; Cic. Off. 1.61.
  • 88 Peut-être pour lui offrir le même sort que les deux autres héros Mucius Scaevola et Cloelia qui, eu (...)
  • 89 DH 5.25.3.
  • 90 Liv. 2.10.11.
  • 91 Plut. Publ. 16.8.
  • 92 Qu’il la reçût dans la hanche ou dans la fesse – pour rendre la blessure infâmante et ne pas faire (...)

43Dissocié de M. Horatius et dégagé de toute contrainte consulaire liée à l’annalistique, Horatius Coclès pouvait vivre ou périr, selon le choix de l’auteur. Tandis qu’il mourait dans le récit de Polybe, peut-être par acte de deuotio86 ou pour fournir un exemplum à la jeunesse romaine en montrant le sens du sacrifice des anciens Romains87, il fut ramené à la vie dans les récits postérieurs88. Il sort du Tibre blessé à la hanche chez Denys d’Halicarnasse89, incolumis chez Tite-Live90, blessé à la fesse chez Plutarque91 et indemne dans l’historiographie tardive. Le sort d’Horatius Coclès chez les auteurs grecs est lié à un souci de cohérence. La source de Plutarque devait avoir en tête la statue de l’infirme du Vulcanal, boiteux en raison de la flèche reçue dans le Tibre92.

  • 93 Liv. 2.15.1. Il faut suivre dans ce passage la leçon d’Ogilvie : Sp. Lucretius inde et P. Valerius (...)
  • 94 Roller, 2004, p. 19-20.

44De son côté, Denys d’Halicarnasse chercha à expliquer pourquoi l’héroïque Horatius Coclès ne revêtit jamais le consulat. Ses deux compagnons d’armes, Larcius et Herminius, qui étaient présents sur le pont Sublicius, furent élus consuls l’année suivante. En toute logique, Horatius Coclès devait lui aussi être consul et il fallut donc expliquer par son infirmité l’impossibilité de poursuivre une carrière politique. Tite-Live, qui n’attribuait pas de consulat à Larcius et Herminius93, n’avait pas besoin d’expliquer son absence des fastes consulaires. Horatius Coclès put sortir des flots incolumis et, au même titre que la résistance sur le pont, la traversée à la nage contribuait à l’héroïsme du personnage94.

  • 95 Certains cognomina ont peut-être été attribués à la suite d’une défaite (qui entraîne la mort), par (...)
  • 96 DH 5.23.2 ; Plut. Publ. 16.7.
  • 97 Plut. Publ. 16.7.

45La réécriture constante du récit d’Horatius Coclès eut des conséquences sur l’onomastique du personnage. La mort d’Horatius Coclès dans l’historiographie romaine du milieu du iie s. av. J.-C. contraignit les historiens à donner à son cognomen une autre origine que celle donnée par Théotime, puisqu’il pouvait difficilement recevoir son surnom dans la bataille dans laquelle il mourut95. Plusieurs explications furent données : un œil perdu lors d’une précédente bataille96 ou un nez si plat et des yeux si rapprochés qu’ils donnaient l’impression qu’Horatius n’avait qu’un œil97.

  • 98 Münzer, 1913, col. 2335, s.v. Horatius (9). Contrairement à celui du cognomen, l’usage du praenomen (...)
  • 99 DH 5.23.2.
  • 100 Plin. HN 34.22.
  • 101 Plut. Praec. ger. reip. 27, 820 E ; Plut. Fort. Rom. 3, 317 E. Münzer considère que Pline et Plutar (...)
  • 102 Sauf le manuscrit de Bamberg, Staatsbibl. Class. 42 (M.V.10), qui omet le mot. Tous les éditeurs ré (...)
  • 103 Contra Münzer, 1897, p. 291-293 et Le Bonniec & Gallet de Santerre, 1953, p. 29, pour qui la source (...)

46Le récit d’Horatius Coclès ne donnait qu’un nom et un surnom : il lui fallut un prénom. L’hésitation entre deux praenomina démontre qu’il s’agit d’un ajout tardif. Initialement, Horatius Coclès n’avait pas de praenomen98. Celui-ci n’est donné que par trois auteurs, de façon contradictoire. Denys d’Halicarnasse donne Publius99, Pline l’Ancien donne Marcus100 et Plutarque donne les deux101. Pour Pline cependant, les manuscrits donnent ma102, abréviation inhabituelle pour Marcus. La construction de la phrase plinienne laisse cependant devant le nomen Horatius peu de possibilités autres qu’un praenomen. La source de Pline l’Ancien, qui aurait permis de déterminer à quel stade du processus historiographique se trouvait l’hypothétique prénom Marcus, ne peut être déterminée103.

  • 104 Ainsi, les précisions généalogiques des Tarquins (DH 4.64.2-3), sur l’absence de carrière d’Horatiu (...)
  • 105 Briquel, 2007, p. 68.
  • 106 Ce prénom est attribué au consul de 453 av. J.-C. (DH 10.53.1), que Tite-Live nomme P. Curiatius (L (...)

47Le prénom donné par Denys d’Halicarnasse répond aux exigences de cohérence et de précision habituelles de l’auteur104 qui le poussaient à lui donner un praenomen105. Puisqu’il faisait de lui un neveu du consul M. Horatius, il ne pouvait pas porter le prénom de son fils homonyme (ce qui aurait été source de confusion) et lui attribuer donc vraisemblablement un autre prénom traditionnel des Horatii : Publius106.

Conclusion

48D’un très ancien récit d’un pontife ayant rompu le pont Sublicius, les historiens romains créèrent la légende d’Horatius Coclès, héros infirme sauvant la cité de l’invasion de Porsenna. S’il ne permit pas d’éviter la défaite militaire, il contribua, avec Mucius Scaevola et Cloelia, à expliquer comment un roi étrusque victorieux avait renoncé au projet de restauration des Tarquins.

49L’identité, le statut et le rôle d’Horatius Coclès furent des constructions historiographiques variant selon les nécessités de cohérence des différents auteurs. Le travestissement de la défaite face à Porsenna et l’introduction de la méthode annalistique déplacèrent le récit de la bataille du pont Sublicius de la première à la deuxième ou troisième année de la République, nécessitant des réaménagements dans lesquels les Lucretii, dommages collatéraux de l’annalistique, dont les descendants n’étaient plus en mesure de défendre la position, disparurent et réapparurent. Horatius Coclès lui-même, laissé pour mort dans les premiers récits, put survivre à la nage dans le Tibre et être récompensé par les Romains pour avoir, plus que tout autre, contribué à rendre inutile la victoire de Porsenna, que les historiens ne pouvaient occulter.

Haut de page

Bibliographie

Africa, T. W., 1970, The One-Eyed Man against Rome : An Exercise in Euhemerism, Historia, 19/5, p. 528-538.

Alföldi, A., 1963, Early Rome and the Latins, Ann Arbor-Toronto.

Alföldi, A., 1966, Les cognomina des magistrats de la République romaine, dans Mélanges offerts à André Piganiol, Paris, p. 709-722.

Astin, A. E., 1978, Cato the Censor, Oxford.

Baroin, C., 2018, Boiterie et boiteux dans le monde romain à l’époque classique, Pallas, 106, p. 257-274.

Bayet, J. et Baillet, G., 1962, Tite-Live. Histoire romaine. Tome II. Livre II, Paris.

Bormann, A., 1858, M. Catonis Originum libri septem, Brandebourg.

Briquel, D., 2007, Mythe et Révolution. La fabrication d’un récit : la naissance de la république à Rome, Bruxelles.

Broughton, T. R. S., 1951, The Magistrates of the Roman Republic I, New York.

Callaway, J. S., 1950, Sybaris, Baltimore.

Champeaux, J., 2003, Le Tibre, le pont et les pontifes. Contribution à l’histoire du prodige romain, REL, 81, p. 25-42.

Combet-Farnoux, B., 1957, Cumes, l’Étrurie et Rome à la fin du vie siècle et au début du ve siècle. Un aspect des premiers contacts de Rome avec l’hellénisme, MAH, 69, p. 7-44.

Cornell, T. J., 1995, The Beginnings of Rome, Oxford.

Cornell, T. J. (éd.), 2013, The Fragments of the Roman Historians I, Oxford.

Delcourt, M., 1957, Horatius Coclès et Mucius Scaevola, dans Hommages à Waldemar Deonna, Bruxelles, p. 169-180.

Desnier, J.-L., 1998, Les débordements du Fleuve, Latomus, 57/3, p. 513-522.

De Sanctis, G., 1935, Callimaco e Orazio Coclite, RFIC, 14, p. 289-301.

De Waele, J. A. K. E., 1996, The Lapis Satricanus and the Chronology of the Temples of Mater Matuta at Satricum, Ostraka, 5/2, p. 231-242.

Dubuisson, M., 1985, Le latin de Polybe. Les implications historiques d’un cas de bilinguisme, Paris.

Dumézil, G., 1948, Mitra-Varuna. Essai sur deux représentations indo-européennes de la souveraineté, Paris.

Durbec, Y., 2006, Callimaque. Fragments poétiques, Paris.

Engerbeaud, M., 2017, Rome devant la défaite (753-264 av. J.-C.), Paris.

Ferenczy, E., 1987, Über das Problem der Inschrift von Satricum, Gymnasium, 94, p. 97-108.

Flaig, E, 2004, Die verlorene Gründungsmythos der athenischen Demokratie, Historische Zeitschrift, 279, p. 35-61.

Fornara, C. W., 1983, History in Ancient Greece and Rome, Berkeley-Los Angeles-Londres.

Forsythe, G., 2005, A critical History of Early Rome : from the prehistory to the first Punic War, Berkeley-Los Angeles-Londres.

Gagé, J., 1973, Une consultation d’haruspices : sur les tabous étrusques de la statue dite d’Horatius Coclès, Latomus, 32/1, p. 3-22.

Gjerstad, E., 1969, Porsenna and Rome, Opuscula Romana, 7, p. 149-161.

Griffith, A. B., 2009, The Pons Sublicius in Context : Revisiting Rome’s First Public Work, Phoenix, 63, p. 296-321.

Hallet, J. P., 1970, Over Troubled Water : the Meaning of the Title Pontifex, TAPA, 101, p. 219-228.

Harder, A., 2012, Callimachus Aetia, 2, Oxford.

Heurgon, J., 1942, Recherches sur l’histoire, la religion et la civilisation de Capoue préromaine, Paris.

Heurgon, J., 1951, L’Elogium d’un magistrat étrusque découvert à Tarquinia, MAH, 63, p. 119-137.

Heurgon, J., 1969, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu’aux guerres puniques, Paris.

Jacoby, F., 1954, Die Fragmente der grieschichen Historiker IIIb, Leyde.

Jannot, J.-R., 1988, L’Étrurie intérieure de Lars Porsenna à Arruns le Jeune, MEFRA, 100/2, p. 601-614.

Kent, R. G., 1913, The Vedic Path of the Gods and the Roman Pontifex, CP, 8, p. 317-326.

Kierdorf, W., 1980, Catos Origines und die Anfänge der römischen Geschichtsschreibung, Chiron, 10, p. 205-224.

Le Bonniec, H. et Gallet de Santerre, H., 1953, Pline l’Ancien. Histoire naturelle. Livre XXXIV, Paris.

Leumann, M., 1942, Literaturbericht für das Jahr 1938. Lateinische Laut-Formenlehre, Glotta, 29, p. 162-176.

Linderski, J., 1990, The Surname of M. Antonius Creticus and the Cognomina ex victis gentibus, ZPE, 80, p. 157-164.

Martin, P. M., 1982, L’idée de royauté à Rome 1, Clermont-Ferrand.

Mastrocinque, A., 1988, Lucio Giunio Bruto. Ricerche di storia, religione e diritto sulle origini della repubblica romana, Trente.

Momigliano, A., 1987, Athens in the Third Century BC and the Discovery of Rome in the Histories of Timaeus of Tauromenium, Essays in Ancient and Modern Historiography, Middletown, p. 33-67.

Mommsen, Th., 1856, Römische Geschichte I, Berlin [18541].

Müller, K. O. et Deecke, W., 1828, Die Etrusker I, Breslau.

Münzer, F., 1897, Beiträge zur Quellenkritik der Naturgeschichte des Plinius, Berlin.

Münzer, F., 1913, s.v. Horatius (9), RE 8.2, col. 2331-2336.

Oakley, S. P., 2005, A Commentary on Livy. Books 6-10, III, Oxford.

Ogilvie, R. M., 1970, A Commentary on Livy. Books 1-5, Oxford, [19651].

Pais, E., 1905, Ancient Legends of Roman History, New York.

Pena, M. J., 1981, La dedicación y el dedicante del templo de Júpiter Capitolino, Faventia, 3, p. 149-170.

Ponnelle, L., 1907, Le commerce de la première Sybaris, MAH, 27, p. 243-276.

Reiske, J. J., 1763, Animadversionum ad Graecos auctores IV, Leipzig.

Roller, M. B., 2004, Exemplarity in Roman Culture : The Cases of Horatius Cocles and Cloelia, CPhil., 99/1, p. 1-56.

Salway, B., 1994, What’s in a Name? A Survey of Roman Onomastic Practice from c. 700 B.C. to A.D. 700, JRS, 84, p. 124-145.

Scapini, M., 2015, Literacy Archetypes for the Regal Period, dans B. Mineo (dir.), A Companion to Livy, Malden-Oxford-Chichester, p. 274-285.

Scapini, M., 2018, Sacrifices de Jeunes Vierges, d’Euripide aux Parallela Minora : origine et fonction d’une légende dans la tradition historiographique romaine, dans B. Mineo et Th. Piel (dir.), Les Premiers Temps de Rome, vie-iiie s. av. J.-C. La fabrique d’une histoire, Rennes, p. 143-164.

Soltau, W., 1909, Die Anfänge der römischen Geschichtsschreibung, Leipzig.

Walbank, F. W., 1957, A Historical Commentary on Polybius I, Oxford.

Weil, R., 1977, Polybe. Histoires. Livre VI, Paris.

Wiseman, T. P., 1979, Clio’s Cosmetics, Leicester.

Wiseman, T. P., 1998, Valerius Antias and the Palimpsest of Roman History, Roman Drama and Roman History, Exeter, p. 75-89.

Wiseman, T. P., 2008, Unwritten Rome, Exeter.

Haut de page

Notes

1 Déjà : Müller & Deecke, 1828, p. 116. Suivis par Alföldi, 1963, p. 77-79 ; Heurgon, 1969, p. 263 ; Cornell, 1995, p. 217 ; Briquel, 2007, p. 9-10 contra Martin, 1982, p. 303-305. Que le roi de Clusium (ou d’ailleurs en Étrurie centrale) s’appelât Porsenna ou non, car il pourrait lui aussi être une construction historiographique (Cornell, 1995, p. 216).

2 Liv. 2.10.3 ; DH 5.32.3 ; 5.35.1.

3 Plin. HN 34.139.

4 Tac. Hist. 3.72.1.

5 Combet-Farnoux 1957, p. 44 ; Gjerstad, 1969, p. 149-161.

6 Ponnelle, 1907, p. 243-276 ; Heurgon, 1942, p. 74-80 ; Callaway, 1950, p. 43-46.

7 Combet-Farnoux, 1957, p. 7-44.

8 Les nombreuses campagnes étrusques contre Lipari et Rhégion pourraient aller en ce sens (Heurgon, 1951, p. 130-132).

9 Le contrôle de Porsenna sur Rome aurait été relativement limité (Jannot, 1988, p. 604-605 ; Engerbeaud, 2017, p. 121-124).

10 Combet-Farnoux, 1957, p. 41-43.

11 DH 7.3.1-4.3.

12 Liv. 2.14.5-8 ; DH 5.36.2-3.

13 DS 11.51.1-2.

14 DS 12.10.1-2.

15 DS 11.48.4.

16 Voir le long développement de R. Bloch, dans Bayet & Baillet, 1962, p. 101-133. La même réécriture s’observe, concernant la chute des Pisistratides, pour laquelle l’action d’Harmodios et d’Aristogiton est progressivement valorisée pour minimiser le rôle des Lacédémoniens (Flaig, 2004, p. 53-56).

17 Mastrocinque, 1988, p. 33.

18 Ogilvie, 1970, p. 197.

19 Pour un résumé des principaux parallèles avec l’histoire grecque, voir : Scapini, 2015, p. 276-279.

20 Ogilvie, 1970, p. 238-239.

21 Mastrocinque, 1988, p. 33 ; Wiseman, 2008, p. 234.

22 Thuc. 6.59.4.

23 Présence mise en doute par Denys d’Halicarnasse qui remarqua l’incohérence de faire combattre un roi de quatre-vingt-dix ans (DH 6.11.2).

24 Ogilvie, 1970, p. 262-263. Il porte chez Denys d’Halicarnasse le cognomen de Κόδρος (DH 5.25.4).

25 Ogilvie, 1970, p. 262.

26 Pais, 1905, p. 196-199 contra Ogilvie, 1970, p. 268.

27 Walbank, 1957, p. 740-741 ; Briquel, 2007, p. 60-63 contra Dumézil, 1948, p. 169-188.

28 Plin. HN 3.55.

29 Déjà Mommsen, 1856, p. 51 ; Kent, 1913, p. 317-326. Plus récemment : Hallet, 1970, p. 219-228 ; Champeaux, 2003, p. 25-42 ; Forsythe, 2005, p. 138-139. Contra Griffith 2009, p. 311-313 pour qui le caractère sacré du pont Sublicius n’apparaît qu’au ier s. av. J.-C., après sa reconstruction en 60 av. J.-C. qui donna un rôle aux pontifes dans la dédicace. Le terme pontifex dériverait du sanskrit panthan, signifiant « la voie, le chemin », ce qui ne serait pas incompatible avec l’une des fonctions originelles des pontifes : s’occuper de la maintenance du pont. Cependant, le caractère prodigieux de la rupture du pont Sublicius relèverait de la légende urbaine. Une autre interprétation verrait dans pontifex la racine indo-européenne *p.e/on-t (« voie, chemin »), reliée au caractère sacré du pont Sublicius, qui maintenait le lien entre les dieux et les Romains (Desnier, 1998, p. 513-522). Plus prosaïquement, les Romains devaient être conscients de l’importance des pontes Sublicii (car il n’est pas exclu qu’il y en eut plus d’un), qui assuraient le lien entre les Étrusques au Nord, les Latins au Sud, et entre les montagnes sabines et les salines de la côte. Leur réalisation en bois pourrait être liée à l’observation faite par les Romains des nombreuses crues du Tibre, donc à la nécessité de pouvoir faire et défaire rapidement les ponts, plutôt que de les voir emportés. Le panthan ou *p.e/on-t serait alors « la voie, le chemin » sur le Tibre, c’est-à-dire le pont Sublicius.

30 Tite-Live lui en fait prononcer une au dieu du Tibre avant de plonger (Liv. 2.10.11).

31 Il porte ce nom dans tous les récits de la bataille du pont Sublicius.

32 Gagé, 1973, p. 11-14. La statue pourrait également représenter Vulcain (Africa, 1970, p. 529).

33 Le terme latin viendrait lui-même du grec, par l’intermédiaire de l’étrusque (Leumann, 1942, p. 172). Les manuscrits de Denys d’Halicarnasse conservent la leçon ὄκλης ou ὁκλῆς, corrigée en κόκλης par les éditeurs (DH 5.23.1).

34 Gagé, 1973, p. 11.

35 FGrHist 834 F 1 [= Ps-Plut. Par. min. 8b, 307 D-E]. Si l’attribution des Parallèles mineurs à Plutarque n’est plus admise, l’ouvrage ne peut être considéré comme de simples récits parodiques écrits à la manière de Plutarque, l’auteur ayant puisé dans des sources qui peuvent être tenues pour relativement fiables. Pour un résumé de la question avec la bibliographie, voir : Scapini, 2018, p. 143 n. 1 ; 142 n. 2 et 3. L’auteur considère, à juste titre, que « s’ils sont inutiles en tant que source historique, les Parallela Minora sont susceptibles de nous éclairer utilement sur la façon dont les Anciens écrivaient l’histoire romaine ».

36 Jacoby, 1954, p. 425. Si l’auteur du Περὶ Κυρήνης (FGrHist 470) est identique à l’auteur d’Ἰταλικὰ, il pourrait également être identique au Théophile, dont le livre 3 de l’Histoire de l’Italie évoquait un certain Valerius Torquatus ayant demandé la main de Clusia, fille d’un roi étrusque (Ps-Plut. Par. min. 13b, 308F-309A).

37 On ne saurait exclure toutefois la possibilité que le parallèle entre Philippe II de Macédoine et Horatius Coclès ait été poussé par l’auteur jusqu’à leur attribuer la même blessure (Delcourt, 1957, p. 175-176).

38 Plb. 6.55.1 : Κόκλην γὰρ λέγεται τὸν Ὡράτιον ἐπικληθέντα, διαγωνιζόμενον πρὸς δύο τῶν ὑπεναντίων ἐπὶ τῷ καταντικρὺ τῆς γεφύρας πέρατι τῆς ἐπὶ τοῦ Τιβέριδος.

39 Weil, 1977, p. 138 n. 2.

40 Comme Reiske, 1763, p. 460-461 ; Büttner-Wobst et Paton, dans leurs éditions, conservaient la leçon des manuscrits.

41 Parfois considéré comme le premier auteur ayant rapporté en détail l’histoire ancienne de Rome (Momigliano, 1987, p. 33-67). Rien n’indique cependant qu’il ait évoqué Horatius Coclès. Le rapprochement effectué par De Sanctis entre un fragment des Aitia de Callimaque (fr. 107 Pfeiffer) et l’histoire d’Horatius Coclès (De Sanctis, 1935, p. 289-301) reste incertain. Il pourrait être une anecdote concernant Sp. Carvilius (cf. Cic. De or. 2.249) ou simplement l’archétype du héros romain prénommé Gaius (pour un bilan de la question, voir : Durbec, 2006, p. 116-117 n. 309-310 et Harder, 2012, p. 783-789), l’anecdote devenant un « thème passe-partout » (Briquel, 2007, p. 71).

42 Plb. 6.55.1. Dans le récit de Tite-Live, il est celui en charge de la surveillance du pont, ce qui explique sa présence sur les lieux (Liv. 2.10.3 : qui positus forte in statione pontis).

43 De ὅρασις, l’action de voir, issu de ὁράω, « voir, porter la vue sur, contempler ». Les dérivés d’ὁράω appartiennent au champ lexical de la vision, qui serait paradoxalement la fonction (celui qui voit) et la faiblesse (borgne) d’Horatius Coclès.

44 La graphie classique d’Horatius en grec est Ὁράτιος. La forme Ὡράτιος ne se trouve qu’à partir de l’époque byzantine.

45 Pais, 1905, p. 218.

46 Il n’y a pas lieu de soupçonner les Horatii de falsification du récit pour cet épisode (contra Wiseman, 2008, p. 314). À l’époque de la rédaction de la première historiographie romaine (iie s. av. J.-C.), les Horatii n’étaient plus en position d’imposer leur nom dans les événements de l’histoire archaïque de Rome, contrairement aux Mucii Scaevolae ou aux Valerii. Le dernier personnage consulaire de la famille est tribun militaire à pouvoir consulaire en 378 av. J.-C. (Broughton, 1951, p. 107).

47 Ils se retrouvent ainsi dans tous les récits, sous la forme nomen-cognomen : Plb. 6.55.1 ; Cic. Leg. 2.4.10 ; Liv. 2.10.2 ; V. Max. 3.2.1 ; 4.7.2 ; Sen. Ep. 120 ; Plin. HN 36.100 ; Plut. Publ. 16 ; Ps-Plut. Par. min. 8b, 307 D-E ; Gell. NA 4.5.1 ; Florus, 1.10 ; Ps.-Aur. Vict. De Vir. Ill. 11.

48 FGrHist 834 F 1 [= Ps.-Plut. Par. min. 8b, 307 D-E] : Ὁράτιος δὲ Κόκλης στρατηγὸς χειροτονηθείς.

49 Plut. Publ. 1.3 ; Cam. 1.2 ; Marc. 9.6. Dans les Vies grecques : Tim. 7.2 ; Pel. 15.5 ; 30.12 ; Arist. 4.6 ; 11.5 ; Phoc. 8.3 ; 34.9 ; Demetr. 10.4 ; 13.2 ; Dion. 38.4 ; 48.5

50 Dans les Parallèles mineurs : pour Brutus (Par. min. 11b, 308 C-D), Minucius (3b, 306 B), P. Decius (10b, 308 B), Manlius Imperiosus (12b, 308 E), Valerius Torquatus (13b, 308 F), Métellus (1b, 305 C). Ces termes se rencontrent chez les orateurs attiques (par ex. Isocrate, Sur l’Attelage, 7 ; Sur la Paix, 50 ; 55), les philosophes (par ex. : Arist. Ath. Pol. 34.4 ; 43.1 ; 49.2), plus rarement chez les historiens (Xen. Hell. 6.2.12, mais seulement dans la tradition indirecte chez Polybe et Diodore et il n’est pas utilisé dans les Antiquités Romaines). Le terme devient plus courant à partir d’Appien (par ex. : App. B. Civ. 1.4.28 ; 1.8.65 ; 1.11.99 ; 3.1.7 ; 3.8.56), Dion Cassius (DC 36.4.1 ; 36.33.2 ; 36.36.3 ; 37.29.2), puis aux époques tardive et byzantine.

51 Le glissement de στρατηγός pour désigner exclusivement un préteur est plus tardif, car il devient nécessaire de distinguer le préteur du consul. Polybe employait alternativement les termes στρατηγός ou ὕπατος pour désigner un consul ou un préteur (Dubuisson, 1985, p. 45-47). Les magistrats consulaires de l’époque archaïque semblent avoir porté le titre de praetores plutôt que consules (cf. Liv. 7.3.6). Plutarque, à partir de la Vie de Fabius Maximus, fait la distinction entre ὕπατος (consul) et στρατηγός (préteur).

52 Serv. ad Aen. 8.646. Servius n’indique que le contexte d’une campagne électorale et un bon mot d’Horatius Coclès. Il est peu vraisemblable que cet exemplum à sa gloire soit suivi d’un échec. Il faudrait alors envisager un second consulat d’Horatius, ce que l’on trouve chez Denys d’Halicarnasse et Tacite. Servius peut également avoir confondu Horatius Coclès avec Sp. Carvilius dont un bon mot similaire est rapporté par Cicéron (Cic. De Or. 2.249).

53 Parmi ces auteurs, on compte Q. Fabius Pictor, L. Cincius Alimentus, P. Cornelius Scipio, A. Postumius Albinus, Caton l’Ancien et C. Acilius. Pour une présentation récente et détaillée, voir : Cornell, 2013, p. 160-226.

54 DH 1.6.1. Ainsi procède encore Polybe, indiquant dans ses Histoires très peu de faits de l’histoire romaine archaïque. Caton l’Ancien semble aussi avoir totalement occulté la République archaïque (Astin, 1978, p. 215-216 contra Bormann, 1858, p. 42 ; Kierdorf, 1980, p. 218-223).

55 Wiseman, 1979, p. 12-19 (qui penche pour Pison) contra Fornara, 1983, p. 25 (pour Cassius Hemina).

56 Il n’est pas possible de déterminer qui, de Polybe ou de Théotime, écrivit le premier.

57 Plb. 6.55.1.

58 FGrHist F [= Ps.-Plut. Par. min. 8, 307 D-E].

59 Le début de la notice « Πορσίνας Τούσκων βασιλεὺς πέραν ποταμοῦ Θύμβρεως στρατεύσας ἐπολέμησε Ῥωμαίοις καὶ τὴν ἀπὸ σιτίων φερομένην εὐθηνίαν Ῥωμαίοις μέσην λαβὼν λιμῷ τοὺς προειρημένους ἔτρυχε. », très proche du début de la notice consacrée à Mucius Scaevola, attribuée à Aristide de Milet (Ps.-Plut. Par. min. 2, 305F-306A), laisse supposer que la précision du contexte est, dans les deux cas, l’œuvre du Pseudo-Plutarque.

60 La manipulation des fastes n’était pas si aisée : certains personnages importants de l’histoire romaine archaïque ne furent jamais consuls (comme Coriolan), parce que leur nom ne figurait pas dans les listes et qu’il n’était pas possible de leur trouver une place. Si tout n’était que falsification, il aurait été consul. De la même façon, Minucius fut considéré comme un exceptionnel onzième tribun de la plèbe par Pison (Plin. HN 18.15) ou un praefectus (Liv. 4.13.7) parce que son nom ne figurait pas dans les fastes tribuniciens pour cette année-là, déjà complets. Quelques introductions semblent toutefois avoir été possibles, dues à des confusions historiographiques plus qu’à des malveillances gentilices.

61 L’anecdote pourrait être une transcription de l’annonce de la mort de Gryllos à son père Xénophon (Soltau, 1909, p. 88).

62 Walbank, 1957, p. 340.

63 Plb. 3.22.1 ; Liv. 2.8.4-8 ; DH 5.35.3 ; Plut. Publ. 12.6-14.8 ; Tac. Hist. 3.72.1.

64 V. Max. 5.10.1 ; Senec. Cons. ad Marc. 13.1 et peut-être Cic. Dom. 139.

65 Pena, 1981, p. 155-156.

66 Ogilvie, 1970, p. 253-254.

67 Contra Pena, 1981, p. 166-167.

68 Voir la peine de M. J. Pena à la démontrer : Pena, 1981, p. 149-170.

69 Les tentatives pour déterminer la datation en s’appuyant sur les clous plantés chaque année sur la paroi du temple sont vaines. Lorsque Tite-Live évoque la lex de clavo pangendo, c’est pour rappeler qu’après avoir obligé les consuls, puis les dictateurs, à planter le clou, la pratique avait été interrompue (Liv. 7.3.5-8), ce qui ne permettait plus un calcul exact du nombre des années.

70 Zon. 7.19.

71 À Valerius seul pour les lois de 509 (Liv. 2.8.1-2) : c’est seulement après le vote des lois que, selon Tite-Live, Publicola se donna un collègue. Les lois de 449 sont attribuées tantôt à Horatius seul (Liv. 3.55.11), peut-être dans une perspective anti-valérienne (Ogilvie, 1970, p. 503), tantôt à Horatius et Valerius ensemble (Liv. 3.55.1-12).

72 Elles-mêmes constituant un doublon de celles de 300 av. J.-C. Pour un résumé du débat sur la provocatio, voir : Oakley, 2005, p. 120-134.

73 Plb. 3.22.1 : κατὰ Λεύκιον Ἰούνιον Βροῦτον καὶ Μάρκον Ὡράτιον, τοὺς πρώτους κατασταθέντας ὑπάτους μετὰ τὴν τῶν βασιλέων κατάλυσιν, ὑφ’ὧν συνέβη καθιερωθῆναι καὶ τὸ τοῦ Διὸς ἱερὸν τοῦ Καπετωλίου.

74 Une telle position aurait nécessité, lors de l’ajout des autres consuls dans l’annalistique, la disparition du consul M. Horatius, ce qui aurait pu être possible si ce dernier était confondu avec Horatius Coclès qui, dans la version de Polybe, mourait dans la Tibre. La place aurait alors été libre pour Sp. Lucretius.

75 Les Excerpta de legationibus gentium Romanos ad gentium de Constantin VII, qui reprennent la phrase de Polybe, en donnent une version légèrement différente, dans laquelle la mention de la dédicace du temple a disparu. Il est probable qu’il y ait eu deux ajouts successifs au texte : d’abord le nom des consuls afin de préciser l’année romaine en donnant le nom de deux consuls célèbres de cette année (c’est cette phrase qui fut reprise par l’équipe de Constantin VII), et dans un second temps la précision de l’identité de M. Horatius (le dédicant du temple de Jupiter Capitolin), qui n’était peut-être plus évidente pour un lecteur byzantin. La précision chronologique de Polybe se situe en effet dans la phrase suivante (« Cela eut lieu vingt-huit ans avant le passage en Grèce de Xerxès »), l’auteur n’ayant pas pour habitude de dater en fonction des consuls romains mais plutôt d’événements de l’histoire grecque aisément identifiables par ses lecteurs (cf. Plb. 1.6.1-2). La phrase originale de Polybe pourrait donc se lire de cette façon : Γίνονται τοιγαροῦν συνθῆκαι Ῥωμαίοις καὶ Καρχηδονίοις πρῶται κατὰ [Λεύκιον Ἰούνιον Βροῦτον καὶ Μάρκον Ὡράτιον] τοὺς πρώτους κατασταθέντας ὑπάτους μετὰ τὴν τῶν βασιλέων κατάλυσιν, [ὑφ’ὧν συνέβη καθιερωθῆναι καὶ τὸ τοῦ Διὸς ἱερὸν τοῦ Καπετωλίου]. ταῦτα δ’ ἔστι πρότερα τῆς Ξέρξου διαβάσεως εἰς τὴν Ἑλλάδα τριάκοντ’ ἔτεσι λείπουσι δυεῖν.

76 DH 4.85.3.

77 DH 4.67.3-4. L’intégration tardive dans la légende ne signifie pas toutefois que l’historicité de Publicola et de ses consulats soit nécessairement à remettre en cause (contra Ogilvie, 1970, p. 241). L’arrivée de Publicola concomitante à celle de Porsenna et sa disparition peu après la défaite d’Arruns Porsenna face à Aristodème de Cumes peuvent laisser supposer que le pouvoir de l’un à Rome était lié à la campagne de l’autre.

78 DH 4.85.3.

79 Liv. 2.2.1 ; 2.8.1 ; 2.15.1 ; 2.16.1 : Publicola/Lucretius ; Publicola II/Lucretius ; Publicola III/Lucretius ; M. Valerius/Postumius ; Publicola IV/Lucretius II. Les fastes de Denys d’Halicarnasse sont construits différemment, par l’introduction d’une année supplémentaire : Publicola/Lucretius ; Publicola II/Lucretius ; Publicola III/Horatius II ; Larcius/Herminius ; M. Valerius/Postumius ; Publicola IV/Lucretius II.

80 Tite-Live note que, chez certains anciens auteurs, Lucretius ne figure pas parmi les consuls (Liv. 2.8.5). Cette omission donnait pour les fastes consulaires la suite Publicola/Horatius, Publicola II/Lucretius ; Publicola III/Lucretius (ou Horatius), et ne permettait pas d’occulter la raison de la disparition de Lucretius. Ce dernier devait toutefois être présent dans les listes originelles (contra Ogilvie, 1970, p. 253), car il semble avoir posé des difficultés aux annalistes, qu’il aurait été plus simples de faire disparaître avec le nom même de Lucretius.

81 Chez Denys d’Halicarnasse, le consul de l’année II ne porte pas de prénom (DH 5.20.1), ce qui permet de maintenir le doute sur son identité.

82 Il est probable que, dans les versions anciennes des fastes, les consuls n’aient porté qu’un nomen sans autre précision et que les Lucretii des quatre premières années de la République aient été un même personnage.

83 Pison, fr. 21 Chassignet [= Gell. NA 29.1-2].

84 DH 5.20.1 : seul un recensement est signalé pour cette année.

85 Cette confusion se retrouve dans les listes consulaires tardives comme les Fastes d’Hydatius et le Chronicon Paschale, pour lesquels on trouve la suite : Publicola / Lucretius / Publicola II / Publilius (pour Horatius Pulvillus).

86 Africa, 1970, p. 529. La volonté de décrire une devotio est toutefois peu probable : le but d’une telle manœuvre était d’entraîner par son sacrifice l’armée ennemie dans la mort. La devotio d’Horatius Coclès aurait donc été un échec qui ne pouvait pas faire office d’exemplum.

87 Plb. 6.55.4 ; Cic. Off. 1.61.

88 Peut-être pour lui offrir le même sort que les deux autres héros Mucius Scaevola et Cloelia qui, eux, survécurent (Briquel, 2007, p. 69).

89 DH 5.25.3.

90 Liv. 2.10.11.

91 Plut. Publ. 16.8.

92 Qu’il la reçût dans la hanche ou dans la fesse – pour rendre la blessure infâmante et ne pas faire d’ombre à Publicola (Wiseman, 1998, p. 83) – n’a que peu d’importance. Aucune blessure de ce type n’empêchait la poursuite d’une carrière chez les Romains (Roller, 2004, p. 14 n. 27 ; Baroin, 2018, p. 271-272).

93 Liv. 2.15.1. Il faut suivre dans ce passage la leçon d’Ogilvie : Sp. Lucretius inde et P. Valerius Publicola consules facti, et non la reconstruction maladroite de J. Bayet : Sp. Larcius, T. Herminius, P. Lucretius inde et P. Valerius Publicola consules facti qu’aucun manuscrit ne donne.

94 Roller, 2004, p. 19-20.

95 Certains cognomina ont peut-être été attribués à la suite d’une défaite (qui entraîne la mort), par dérision, comme Sp. Postumius Albinus Caudinus ou M. Antonius Creticus (Alföldi, 1966, p. 717 contra Linderski, 1990, p. 157-164). La logique s’applique plus difficilement à Horatius Coclès, qui ne reçut pas un cognomen à partir du toponyme de la défaite, mais de la conséquence physique sur lui-même de la bataille. Il serait dans ce cas le « surveillant mort » et non le « surveillant borgne ».

96 DH 5.23.2 ; Plut. Publ. 16.7.

97 Plut. Publ. 16.7.

98 Münzer, 1913, col. 2335, s.v. Horatius (9). Contrairement à celui du cognomen, l’usage du praenomen chez les Romains est très ancien (Salway, 1994, p. 124-126), mais cela ne signifie pas que le souvenir du praenomen ait été systématiquement conversé.

99 DH 5.23.2.

100 Plin. HN 34.22.

101 Plut. Praec. ger. reip. 27, 820 E ; Plut. Fort. Rom. 3, 317 E. Münzer considère que Pline et Plutarque font une simple confusion avec le consul et qu’il ne s’agit pas d’une tradition indépendante qui aurait donné le prénom de Marcus (Münzer, 1913, col. 2335). L’inattention est toujours possible chez un auteur : elle est plus difficilement justifiable pour deux auteurs sur le même point.

102 Sauf le manuscrit de Bamberg, Staatsbibl. Class. 42 (M.V.10), qui omet le mot. Tous les éditeurs rétablissent le nom M. Horati Coclitis.

103 Contra Münzer, 1897, p. 291-293 et Le Bonniec & Gallet de Santerre, 1953, p. 29, pour qui la source de Pline l’Ancien serait ici Varron. Les sources du livre 34 qui pourraient être à l’origine de ce passage sont Pison, Valerius Antias, Verrius, Varron, Cornelius Népos, Messala Rufus pour les Romains, Métrodore de Skepsis, Xénocrate, Antigone et Timée pour les Grecs, sans qu’il soit possible de trancher entre ces différents auteurs.

104 Ainsi, les précisions généalogiques des Tarquins (DH 4.64.2-3), sur l’absence de carrière d’Horatius Coclès (DH 5.25.3), la remarque sur l’impossibilité de la présence de Tarquin le Superbe à la bataille du lac Régille (DH 6.11.1), l’explication de l’homonymie entre le premier consul et le premier tribun de la plèbe (DH 6.70.1). À titre de comparaison, pour ces débats, Tite-Live ne se donne la peine d’aucune précision. Le nom Πόπλιος, donné par Plutarque (Plut. Praec. ger. reip. 27, 820 E) pourrait, selon Münzer, être une mauvaise lecture de Κόκλιος (Münzer, 1913, col. 2335).

105 Briquel, 2007, p. 68.

106 Ce prénom est attribué au consul de 453 av. J.-C. (DH 10.53.1), que Tite-Live nomme P. Curiatius (Liv. 3.32.1). Il est également le praenomen du vainqueur du combat légendaire contre les Curiaces (Liv. 1.26.7 contra DH 3.27.1 qui le prénomme Marcus).

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Alexis Mészáros, « La réécriture d’une encombrante défaite : naissance, mort et résurrection historiographiques d’Horatius Coclès »Pallas, 110 | 2019, 307-326.

Référence électronique

Alexis Mészáros, « La réécriture d’une encombrante défaite : naissance, mort et résurrection historiographiques d’Horatius Coclès »Pallas [En ligne], 110 | 2019, mis en ligne le 27 février 2020, consulté le 28 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/17831 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.17831

Haut de page

Auteur

Alexis Mészáros

Doctorant en Histoire romaine
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
AΝHΙMA – UMR 8210
al.mesza[at]gmail.com

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search