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Les désastres militaires romains : mémoire et postérité

Coût humain des guerres et mémoire romaine des désastres (deuxième guerre punique - fin du ier s. apr. J.-C.)

The Human Costs of War and Roman Memory of Disasters (from the Second Punic War to the End of the First Century AD)
Sophie Hulot
p. 267-288

Résumés

À en croire certains auteurs antiques, les pertes humaines ont un rôle à jouer dans la mémoire des désastres militaires romains. Pourtant, l’impact social et psychologique des massacres subis par Rome a rarement été étudié en lien avec la constitution de sa mémoire collective. Cet article se propose donc d’analyser le coût humain des guerres en tant que clef de lecture du souvenir des désastres militaires. Entre la deuxième guerre punique et la fin du ier s. apr. J.-C., il s’agit en particulier de comprendre en quoi les réactions de la population sont au fondement de l’élaboration de la mémoire traumatique de ces défaites et influent sur ses processus de fixation. Dès lors, on constate que les récits conservent la trace de trois attitudes acceptables en matière de deuil collectif et convoient l’idée d’une résilience romaine à toutes épreuves. Enfin, les cas particuliers des « monuments aux morts » romains sont réévalués à l’aune de la modification progressive du discours des élites politiques.

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Texte intégral

  • 1 Liv. 21.1.1 : […] bellum maxime omnium memorabile quae unquam gesta sint me scripturum […]. (éd. Ja (...)
  • 2 Flor. 1.22.1 : […] sed adeo claudium atrocitate terribilius ut, si quis conferat damna utriusque po (...)
  • 3 Oros. 7.10.4 : […] de reticendo interfectorum numero […] (éd. Arnaud-Lindet, M.-P., Les Belles Lett (...)
  • 4 À l’instar des Anciens, les études récentes insistent également sur le traumatisme de la deuxième g (...)

1Lorsque Tite-Live décrit la deuxième guerre punique, conflit particulièrement coûteux en vies humaines, il évoque une « guerre de beaucoup la plus mémorable de toutes celles qui ont jamais été menées1 ». Aux dires de Florus, ce même conflit est effectivement « […] terrible […] par l’atrocité de ses désastres […]2 ». Près de trois siècles plus tard, la fin du règne de Domitien comporte encore tant de désastres militaires traumatisants que, selon Orose, les auteurs antiques ont décidé d’en « taire le nombre des victimes », amputant de la sorte un pan de la mémoire de Rome3. À première vue, les pertes humaines semblent donc jouer un rôle capital dans la production de la mémoire des désastres militaires entre la deuxième guerre punique et la fin du ier siècle apr. J.-C.4. Il s’agit dès lors d’en clarifier les tenants et la portée.

  • 5 Halbwachs, 1925. Sur son apport et ses limites en histoire romaine, voir Späth, 2016.
  • 6 Hope, 2011, p. xiii.

2Pour ce faire, il convient au préalable de rappeler la nature que l’on prête parfois au processus mémoriel. Outre la définition bien connue de la mémoire collective proposée par M. Halbwachs, nous retiendrons ici celle de V. Hope qui s’intéresse plus particulièrement à la mort et à ses pratiques sociales5. Selon elle la mémoire est en effet « une relation au passé qui est fondée sur la conscience humaine6 ». Au cœur de la constitution de la mémoire, qu’elle soit personnelle ou collective, se trouve donc une opération réflexive de recognition d’un évènement. Or, ce processus cognitif ne va pas de soi, surtout en cas de pertes humaines massives et traumatisantes.

  • 7 Dans le cas de Rome, Th. Späth a montré qu’il ne faut sans doute pas opposer trop fermement histoir (...)
  • 8 Par coût humain des guerres, on entend principalement l’impact psychologique, social et politique d (...)

3Deux niveaux spécifiques de mémoire méritent dès lors d’être pris en considération : d’une part, ses vecteurs concrets et immédiats (discours des contemporains et monuments), d’autre part les récits des auteurs anciens qui forgent un souvenir plus pérenne, bien que celuici soit mâtiné de modifications et variations en tous genres7. C’est dans ce cadre que cette étude se propose de montrer que le coût humain des guerres est une clef de lecture centrale des opérations mémorielles relatives aux désastres militaires8.

4Puisque le choc des pertes humaines pourrait a priori entraîner une forme d’oblitération de la mémoire, on s’efforcera en premier lieu d’établir des méthodes permettant de repérer les désastres militaires lorsqu’ils sont explicitement mis en lien avec leurs pertes humaines. Le vocabulaire n’étant pas à lui seul suffisant, c’est à partir des descriptions des scènes collectives de deuil que nous fonderons la suite de cet examen. On pourra dès lors analyser la mémoire relative à la gestion du deuil collectif. Parce qu’elles ont été retenues par la tradition romaine comme particulièrement légitimes, nous distinguerons trois formes d’attitudes du pouvoir face à l’émotion collective suscitée par les désastres militaires. Pour conclure, nous réévaluerons les nouvelles formes de commémoration matérielle des soldats morts au combat à l’aune d’une prise en charge plus affirmée du deuil public par le pouvoir.

1. Les traces du traumatisme des pertes humaines

5Les récits antiques constituent la première forme de mémoire à laquelle nous nous attacherons. Il est dès lors nécessaire d’évaluer leur capacité à identifier nommément les désastres militaires ainsi qu’à rendre compte des enjeux du coût humain qui les sous-tendent. Pour ce faire, le vocabulaire constitue un indice sérieux permettant un premier repérage.

1.1. Le coût humain des désastres : un problème de vocabulaire ?

  • 9 Pour un panorama complet de ce terme depuis Plaute, voir : Albert, 2010.

6Dans la documentation latine, le terme de clades domine largement pour désigner les défaites subies par les Romains et clairement identifiées9. Il sert par exemple à désigner un cœur de désastres paradigmatiques passés à un niveau supérieur d’exemplarité : Cannes, Trasimène, massacres de Mithridate, victoires de Sertorius, Carrhes, Teutobourg. Il existe même une concentration de l’usage du terme de clades en ce qui concerne les batailles de Cannes et Teutobourg.

  • 10 Voir le tableau récapitulatif en fin d’article.

7Pourtant, ce terme apparaît plus largement à 120 reprises chez César, Salluste, Tite-Live, Valère Maxime, Velleius Paterculus, Frontin, Tacite, Suétone, Florus et Orose10. Ces occurrences nombreuses permettent de comprendre qu’il se distingue de la caedes, c’est-à-dire du massacre final de toute bataille, par le fait qu’il revêt une certaine ampleur : il s’agit de la destruction d’une écrasante majorité d’une unité, voire d’une armée entière. A priori, il pourrait de ce fait constituer un premier indice qu’un seuil de tolérance de Rome aux pertes humaines a bien été atteint.

  • 11 D. Wardle pense que cette tendance à identifier une responsabilité individuelle au désastre date de (...)

8L’examen de ces emplois permet d’ailleurs de distinguer quatre de ses sens principaux en fonction de son contexte d’emploi : une perte massive d’hommes, une défaite faisant l’objet d’une annonce (dans les alentours ou à Rome), un revers digne de mémoire, ou un échec directement imputable à un chef11. Si une seule de ces acceptions possède un lien direct avec les pertes humaines, toutes, en revanche, possèdent une forte valeur de constat et de prise de conscience. En somme, déclarer qu’une défaite est une clades constitue, intrinsèquement, un acte de mémoire.

  • 12 Liv. 22.8.1-4 (trad. E. Lassère, Classiques Garnier, Livres X-XXII, Paris, 1956) : […] non rerum ma (...)

9En outre, cette mémoire se fait parfois comparative et retient une échelle des désastres, au demeurant éminemment relative. Ainsi, certaines défaites semblent plus retentissantes que d’autres parce qu’elles font suite à un désastre précédent. Tite-Live relate par exemple une escarmouche de cavalerie qui a fait 4 000 morts à la suite de la bataille de Trasimène (juin 217 av. J.-C) et écrit à ce propos que l’affliction fut grande car « il fallait alors […] juger tout malheur qui lui arrivait non d’après son importance, mais d’après l’épuisement de l’État, incapable de supporter tout ce qui pouvait l’aggraver12 ».

10Au fond, les circonstances jouent un rôle essentiel : un désastre se caractérise par toute perte d’hommes dans un moment déjà critique de la guerre ou de la campagne. Cette manière de penser rend alors plus difficile l’identification d’un seuil numérique spécifique. Lorsque des chiffres sont évoqués en lien avec une clades, ils fluctuent entre 4 000 et 50 000 morts. De fait, ce terme apparaît tout autant pour désigner de grands désastres qu’une extrême variété de défaites plus secondaires. La mémoire romaine est, à tout prendre, peu sélective et érige en « désastre humain » une grande variété de défaites.

11D’autres termes, en latin, permettent de compléter ce premier repérage et indiquent des moments particulièrement traumatisants. Sont de bons marqueurs, en particulier : atrox, cruentus/incruentus, et strages. Ils évoquent la violence et l’aspect sanglant de la défaite, mais conservent finalement des valeurs assez descriptives.

  • 13 Engerbeaud, 2017, p. 64-67.

12En grec, il est difficile de trouver un équivalent de clades. Il ne semble pas exister de terme dominant mais plutôt une multitude d’expressions faisant référence à l’idée de malheur et de destin. M. Engerbeaud signale plusieurs termes pouvant être retenus : ἡ συμφορά (l’infortune), τὸ ἀτύχημα (le malheur), ἡσσάομαι (être battu), τὸ πάθος (la souffrance)13. Dans la perspective d’une analyse des pertes humaines, on peut certainement y ajouter : ὁ φόνος (le massacre), ἡ σφαγή (le massacre), ainsi que κακός (la mauvaise chose). Somme toute, le vocabulaire se fait plus pathétique ou plus émotionnel par rapport à celui utilisé en latin, mais semble également moins fréquemment lié à la question des pertes humaines.

13De ce premier repérage, on peut déduire que la mémoire romaine n’occulte pas les défaites militaires. Au contraire, elles ont bien leur place dans le récit collectif. Néanmoins, si le vocabulaire permet de resserrer l’étau de l’identification des désastres, les liens avec la question du coût humain des guerres restent sans doute encore trop ténus.

1.2. Une nouvelle approche des scènes de douleur collective

  • 14 B. Turner, F. Cavaggioni et M. Engerbeaud ont posé les jalons de l’examen de la diffusion de la nou (...)

14Dans une perspective proche de celle de l’histoire des émotions, il faut dès lors se tourner vers le récit des attitudes collectives à la nouvelle des défaites14. La mémoire a en effet retenu de longues scènes de douleur et de deuil communs après l’annonce d’un désastre. Les suites de la bataille de Cannes sont particulièrement représentatives de ces descriptions. Mais ces scènes se répètent à une échelle plus large dans les récits de la deuxième guerre punique et du iie s. av. J.-C. (tabl. 1).

Désastre

Date

Sources

Bataille de Trasimène

217 av. J.-C.

Plb. 3.85.7 ; 3.86.6 ; Liv. 22.7.6 ; Val. Max. 9.12.2 ;
Plut., Fab., 3.4-5

Escarmouche après la bataille de Trasimène

217 av. J.-C.

Plb. 3.86.6 ; Liv. 22.8.1-4 ; App. 7.11.48 ;

Bataille de Cannes

216 av. J.-C.

Plb. 3.118.8 ; Liv. 22.50-61 ; 34.7.15 ; Val. Max. 1.1.15 ; Plin., HN., 7.53.180 ; Frontin., Strat., 4.5.6 ;
Plut., Fab., 9.4 ; 18.1-5 ; App. 7.27.115 ; 7.28.119-122 ; Gell., NA., 3.15.4 ; D.C.15 (Zonar. 9.2)

Bataille de la forêt de Litana

215 av. J.-C.

Plb. 3.118.6 ; Liv. 23.22.1-3 ; Liv. 23.25.1-4

Défaite du centurion Paenula en Campanie et attaque d’Hannibal près d’Herdonéa

212 av. J.-C.

Liv. 25.22.1

Mort des Scipions en Espagne

211 av. J.-C.

Plb 6.17.65 ; Liv. 25.36-38 ; Liv. 26.41.4

Désastre d’Herdonéa

210 av. J.-C.

Liv. 27.2.3

Mort de Marcellus

208 av. J.-C.

Liv. 27.29.4 ; 27.40.7 ; 27.50.6 ; Val. Max. 1.6.9 ; D.C.16 (Zonar. 9.9)

Défaite de C. Sempronius Tuditanus en Hispanie citérieure

196 av. J.-C.

Liv. 33.25.8-9

Attaque des habitants de Ségéda

153 av. J.-C.

App. 6.45.185

Vêpres de Vaga

109 av. J.-C.

D.S. 35.25 [Exc. De Sent. 432 = 32 a Walton]

Bataille d’Orange

105 av. J.-C.

D.S. 35.33 [Exc. De Sent. 433 = 37 Walton] ; 36.Ia [Phot., Bibl. 386b Henry = 1 Walton] ; 37.1.5 [Exc. De Sent. 435 = 1 Walton]

  • 15 Sur la notion de tumultus en cas de désastre militaire, voir Turner, 2010, p. 121-123 ; Golden, 201 (...)
  • 16 Le concept de cultural trauma est un prisme qui permet d’examiner la manière dont une communauté s’ (...)

15Dans l’ensemble de ces descriptions, le vocabulaire du deuil et de l’émotion sature le texte. Rome semble comme plongée dans le chaos. Les femmes pleurent, deviennent hystériques, la foule s’agite, la population est triste et craint pour la sécurité de la Ville. À propos de telles scènes, on pourrait même parler d’un topos littéraire relatif au tumultus15. Il nous semble néanmoins que l’on ne peut plus désormais se borner à analyser ces descriptions comme de simples effets convenus de pathos. Il est au contraire important de noter que c’est précisément par de telles descriptions que les auteurs anciens ont conservé et transmis la mémoire de certains désastres militaires. Par cette opération, ils ont en fait contribué à les ériger au rang de traumatisme collectif16. Ces descriptions imprègnent profondément la culture romaine à long terme.

  • 17 Liv. 22.55.3.
  • 18 Plb. 3.85.7 ; 3.86.6 ; Liv. 22.7.6 ; Plut., Fab., 3.4-5 ; Liv. 22.60.1 ; Liv. 23.25.1-4.

16Des traces encore plus ténues peuvent également corroborer le fait que la mémoire ne peut pas être simplement lue comme une opération d’exagération de ces moments de deuil collectif. De manière plus subtile, elle évoque en effet parfois des mouvements plus organisés d’agitation face au coût humain élevé des désastres. C’est par exemple l’absence de liste officielle des morts qui peut perturber les familles17. La foule connaît même parfois des formes d’organisation : elle est assemblée par le préteur au comitium, se rend spontanément au forum pour se plaindre, et les boutiques sont unanimement fermées18.

  • 19 Val. Max. 6.4.1 (clade perculsa) ; 7.6.1 (clades confundit).
  • 20 La sociologie pratique confère à ce terme un sens spécifique : « Constitue une épreuve toute situat (...)

17Autrement dit, après le choc de certains engagements et leur lot de morts, les récits conservent la mémoire d’une véritable mise à mal de l’ordre social. Ils permettent donc en premier lieu d’identifier les moments où le coût humain des désastres devient intolérable et où il met en danger la cohésion de la cité. Ainsi, la bataille de Cannes est désignée par Valère Maxime comme étant « une profonde secousse », et même « une confusion19 ». Il s’agit bien en réalité de ce que l’on peut identifier comme une « épreuve » pour la société20.

18En somme, à travers le récit de l’annonce des désastres à Rome, la mémoire romaine conserve les traces de diverses formes de réaction sociale face aux pertes humaines. L’émotion collective de tels moments y est finement décrite et y semble même un aspect fondamental des récits. Elle n’a pas été systématiquement effacée du souvenir de ces revers et démontre bien au contraire que les Romains étaient extrêmement conscients du potentiel déstabilisateur de ces moments critiques pour leur société. S’ils ont souhaité l’intégrer à divers degrés à leur mémoire, ils l’ont néanmoins assortie d’une stratégie discursive pour louer la résilience de Rome et réajuster de la sorte les normes acceptables du coût humain des guerres pour les générations suivantes.

2. Les procédés de recomposition de la mémoire : (re)définir les normes acceptables du deuil collectif

19Il faut dès lors s’employer à analyser ces mêmes narrations au prisme des procédés de sélection de la mémoire et de la notion de résilience. Dans cette perspective, les récits antiques seront envisagés comme autant de supports permettant de conserver la mémoire non seulement du coût humain des désastres militaires eux-mêmes, mais de certaines mesures prises par les élites afin d’assurer un retour à l’ordre social. Il est alors possible de distinguer trois types de réactions du pouvoir qui sont retenues par les récits à des fins édifiantes.

2.1. Étouffer le deuil collectif, une injonction officielle

  • 21 Turner, 2010, p. 123-127 et 134 ; Cavaggioni, 2013, p. 35 ; Golden, 2013 ; Clark, 2014, p. 50-94.
  • 22 Sur l’ensemble des mesures prises par les autorités : Plb. 3.118.8 ; D.S. 35.33 [Exc. De Sent. 433 (...)
  • 23 Kubler, 2017, en particulier p. 209.

20À la suite de nombreux historiens contemporains, il est possible de relever un trait particulièrement récurrent et caractéristique des récits de désastres militaires, à savoir l’éloge des actions des autorités romaines21. Afin de rétablir l’ordre, celles-ci incitent en effet invariablement à un retour rapide à la normale. Pour ce faire, le pouvoir tente d’organiser l’annonce officielle des pertes, interdit les rassemblements et lamentations communes des familles, impose le silence, poste des gardes aux portes de la Ville, limite la durée du deuil, organise un nouveau cens pour remplacer les sénateurs décédés et fait même rouvrir les boutiques fermées. Surtout, les magistrats réorganisent l’activité militaire et multiplient les actes religieux expiatoires afin de rétablir la paix avec les dieux22. Ces pratiques sont à remettre en perspective dans le cadre plus large du redressement militaire de Rome qu’A. Kubler qualifie de « contraintes collectives d’une extrême sévérité », en particulier durant la deuxième guerre punique23. En somme, c’est par le récit de l’ensemble de ces actions que Rome a forgé son image de cité particulièrement résiliente.

  • 24 Liv. 22.50-61 ; Val. Max. 1.1.15 ; Plut., Fab., 18.1-5 ; D.C.15 (Zonar. 9.2).
  • 25 Liv. 22.7.12-13 ; Val. Max. 9.12.2 ; Plin. 7.26.11 ; Gell., NA, 3.15.4.
  • 26 Šterbenc Erker, 2004 ; Mustakallio, 2013.
  • 27 Sur ces stéréotypes de genre, voir Engerbeaud, 2017, p. 237-240.
  • 28 En ce qui concerne les femmes, A. Wardman considère d’ailleurs que la sphère religieuse constitue u (...)
  • 29 Liv. 22.60.2.
  • 30 Val. Max. 1.1.20.

21Or, celle-ci passe en particulier, notamment dans le cas de Cannes, par un musellement des plaintes des femmes24. Les récits relatent en effet les comportements extravagants des matrones. Les mères meurent de joie de retrouver leur fils après une défaite sanglante ou sont les principales actrices des lamentations et manifestations publiques du deuil25. Dans la mise en intrigue des auteurs anciens, le deuil des femmes est donc intrinsèquement associé au chaos et aux troubles de l’ordre social, comme le montrent bien D. Šterbenc Erker et K. Mustakallio26. Ces comportements sont sciemment dépréciés selon des stéréotypes de genre alors même qu’ils évoquent plutôt parfois des contestations organisées du coût humain des guerres27. En faveur d’une hypothèse plus « politique » de ces comportements, on peut en effet retenir que les lamentations gênent les débats du sénat, ce qui implique un rassemblement délibéré sur le forum, au plus près des lieux de pouvoir28. Tite-Live relate même un peu plus loin que les femmes se glissent sciemment parmi les hommes afin d’assister au discours de T. Manlius Torquatus au sujet des prisonniers romains29. C’est pourquoi, les lamentations ostentatoires des femmes, qui constituent selon les Anciens un ferment de déstabilisation ou de démoralisation de la société, font assurément l’objet d’une distorsion des faits. Cette dernière permet aux auteurs antiques de redéfinir les normes de comportement acceptables après un désastre militaire. Par les mesures de contention prises par les autorités, on comprend que le deuil doit rester dans la sphère privée. Les hommes, par opposition aux femmes, doivent faire preuve de retenue et de contrôle, et il semble anormal aux Romains qu’un père affiche sa tristesse vis-à-vis de la mort de ses fils au combat30.

  • 31 À titre d’exemple, hors de cette période : D.S. 35.33 [Exc. de Virt. et Vit. 338 = 12 Walton] et 36 (...)
  • 32 Chassignet, 1998 ; Lapray, 2000.
  • 33 Sur le rôle des grandes familles sénatoriales dans l’élaboration de la tradition de la deuxième gue (...)
  • 34 Voir supra, n. 27.

22Si cette série de détails n’est pas exclusivement présente dans les récits concernant la bataille de Cannes et la deuxième guerre punique, elle y est néanmoins principalement concentrée31. À l’instar de M. Chassignet et X. Lapray, on peut par conséquent légitimement penser que ce moment a été fondateur dans l’élaboration d’une vulgate qui loue la grandeur de Rome et son esprit de résistance32. De fait, à la fin de la guerre, les grandes familles sénatoriales ont sans nul doute contribué à produire un discours officiel glorifiant leurs actions salvatrices et louant leur ténacité33. En insistant sur cette forme spécifique de gestion du désordre social, la mémoire romaine a constitué un réservoir d’exemples de « bonnes pratiques » auxquelles la société peut avoir recours par la suite. Faut-il pour autant n’y voir qu’une réinvention mémorielle à vocation civique qui se serait perpétuée dans les récits postérieurs ? On constate que des idées similaires sont développées et reprises au-delà de ce cadre chronologique, notamment chez Diodore de Sicile, Tacite ou Appien34. Il est dès lors difficile de faire la part exacte de ce qui relève de réécritures historiques et de ce qui constitue une culture intériorisée donnant lieu à des pratiques avérées. En tous les cas, les comportements décrits révèlent l’existence primordiale, à Rome, d’une injonction forte à une résilience rapide et forcée.

  • 35 Tac., Ann., 3.6.2-3 ; Tac., Hist., 4.12.1 ; Flor. 2.6.13.

23En définitive, la forme de réaction la plus fréquente est bien celle qui consiste à étouffer le deuil collectif. Elle est d’ailleurs rapidement assimilée à une attitude qui définirait spécifiquement l’identité romaine, cité présentée comme particulièrement résiliente. D’ailleurs, en ce qui concerne une période postérieure, Tacite ou Florus insistent sur la constance et la force d’âme du peuple romain à la suite de désastres, entérinant de la sorte une image en réalité forgée par une longue tradition mémorielle35.

2.2. La négociation avec les soldats et la question de l’image de Rome auprès de ses alliés italiens

24Néanmoins, une autre attitude existe face aux désastres et semble également être retenue par la mémoire romaine : celle de la négociation avec la population. Pour éclairer ce comportement spécifique, il est possible d’examiner le cas de deux victoires qui peuvent être paradoxalement conçues comme des formes de désastre.

  • 36 Liv. 35.5.14.
  • 37 Liv. 34.46-48.
  • 38 Sur ces pourcentages, voir Rosenstein, 2004, p. 110.
  • 39 Liv. 35.5-6.

25En effet, il s’agit de victoires « sanglantes », comme Tite-Live les qualifie, puisqu’elles ont respectivement entraîné 5 000 morts chacune du côté romain, dont une majorité de Latins et d’alliés italiens36. La première est une bataille menée en 194 av. J.-C. par Tib. Sempronius Longus contre les Boïens37. Après s’être laissé prendre au piège dans son propre camp, le général romain finit par remporter la victoire mais au prix de 5 000 morts sur un total de deux légions assorties de renforts alliés italiens, soit une perte d’environ un cinquième des effectifs38. Le récit livien montre toute la violence du combat au corps à corps et l’action décisive des Italiens et des Latins (par le biais des extraordinarii), qui sont d’ailleurs les plus touchés par les pertes. La deuxième est la bataille de Modène menée en 193 av. J.-C. par L. Cornelius Merula contre les Boïens39. Le combat est également sanglant puisque Tite-Live parle de 5 000 morts du côté romain, parmi lesquels 23 centurions, 2 tribuns militaires de légion, et 4 préfets des alliés italiens. Le mode de gestion des hommes est similaire à celui de 194 av. J.-C. : le général met délibérément en réserve des légions de citoyens et, au contraire, met en première ligne les alliés italiens et les Latins (dont des extraordinarii, une aile et des cavaliers).

  • 40 Liv. 34.56.9-13. Les motifs d’exemption sont multiples. L’infirmité ou un âge trop avancé en font p (...)
  • 41 Sur la fonction du tumultus comme moyen de passer outre les exemptions, voir Golden, 2013, p. 42-86
  • 42 Liv. 34.56.1.

26Trois indices démontrent que la mémoire romaine a conservé les traces de l’existence de problèmes quant au coût humain de ces campagnes. En premier lieu, les mêmes légions urbaines sont remobilisées d’une année sur l’autre. Or, cela provoque un grand désordre à Rome en 193 av. J.-C. : les soldats essaient de se faire exempter (vacationes) pour service effectué ou pour incapacité notoire40. De cette façon, les troupes qui ont déjà payé de leur personne manifestent puissamment leur mécontentement. Dans ce contexte tendu, un tumultus est alors déclaré pour couper court au désordre41. Pourtant, on constate également des discours plus nuancés de la part des autorités. En effet, après cette levée forcée, les magistrats font savoir que les légions seront renouvelées rapidement durant la campagne, épousant ainsi une attitude proche du compromis42.

  • 43 Liv. 34.56.12-13.
  • 44 Liv. 34.56.5-8.
  • 45 Sur cette formula togatorum et ses diverses interprétations, voir Kent, 2018, p. 260-261 et 265. Il (...)

27Ensuite, des précautions sont prises pour renouveler les effectifs italiens et latins. Cette année-là, ils paraissent particulièrement sollicités puisque les effectifs licenciés l’année précédente sont réemployés, qu’on y adjoint les effectifs ordinaires de l’année, des supplementa envoyés en Hispanie ainsi que des recrutements forcés effectués sur la route de l’Étrurie43. Mais, là encore, la procédure semble plus souple qu’à l’ordinaire : une négociation est entreprise sur le Capitole avec les magistrats locaux afin d’adapter les levées au potentiel démographique de chaque communauté44. Ce comportement suggère qu’il s’agit probablement dans ce cas d’une application souple de la formula togatorum45. C’est pourquoi, en dépit de la menace et de la pression exercée sur les ressources humaines, on constate à nouveau une attitude plus conciliante.

  • 46 Liv. 35.6.8-10.
  • 47 À ce sujet, P. Brunt parle d’un rapport de 3 pour 2 et même de 2 pour 1 les années suivantes : Brun (...)
  • 48 Liv. 33.22.8.

28Enfin et surtout, L. Cornelius Merula ne reçoit pas le triomphe pour sa victoire. En effet, ses collègues le blâment d’avoir sacrifié trop de soldats en première ligne sans avoir fait monter les réserves46. Il ne s’agit pas là seulement d’un reproche tactique ou même d’une simple instrumentalisation politique. Il nous semble que ces accusations sont à replacer dans un contexte plus large de recrutement accru des troupes latines et alliées47. Si Merula ne se voit pas accorder le triomphe, c’est sans doute parce que l’image que donne Rome aux alliés italiens est cruciale en ces temps de guerre et qu’elle ne peut pas apparaître comme trop gourmande en vies humaines. La deuxième guerre punique avait en effet lourdement mis les alliés italiens à contribution. À ce titre, un parallèle peut être repéré concernant un épisode ayant eu lieu en 197 av. J.-C. Q. Minucius Rufus s’est en effet vu refuser le triomphe alors qu’il avait vaincu les Boïens et les Ligures. Or, l’argumentation des tribuns de la plèbe soulignait déjà des pertes trop importantes, notamment de tribuns militaires, de légionnaires, et d’alliés italiens48. Dans ces deux cas, les fastes triomphaux, en restant vierges, permettent de ne pas inscrire un combat particulièrement sanglant dans la mémoire officielle des victoires romaines.

29À bien des égards, face au coût humain élevé des guerres romaines qui pèse à la fois sur les Romains et surtout sur ses alliés italiens, Rome conserve donc la mémoire de négociations et de compromis. Cette mémoire permet de montrer que l’on affine sans cesse les normes du coût humain acceptable et qu’on se préoccupe de l’image que donne Rome à ses alliés italiens. Il peut par conséquent exister un mélange entre fermeté et négociations après des événements traumatisants.

2.3. La personnalisation progressive du deuil sur la figure du Prince

  • 49 Sur la réaction d’Auguste à ce désastre, voir l’analyse récente de Turner, 2018, p. 263-265 qui sou (...)
  • 50 Suet., Aug., 23 ; D.C., 56.23-24. Voir aussi Oros. 6.21.26.

30Enfin, un troisième type de comportement relatif au coût humain des guerres semble émerger avec l’Empire. L’épisode bien connu du désastre de Varus en 9 apr. J.-C. permet sans doute de l’identifier49. La réaction de Rome suite à cette défaite est relatée dans deux récits de Suétone et Cassius Dion50. Or, ces derniers révèlent l’existence d’un même mécanisme. Des mesures immédiates sont prises par Auguste pour prévenir tout désordre public et pour permettre le recrutement de nouveaux soldats. Jusque-là, cet épisode atteste donc seulement l’arsenal coercitif ordinaire en cas de désastre. Néanmoins, à la différence de ce qui se passe par exemple lors de la deuxième guerre punique, il ne semble pas exister de rétablissement forcé des activités sociales, économiques ou religieuses.

  • 51 D.C. 56.23.1 ; Suet., Aug., 23.4.
  • 52 Suet., Aug., 23.4 : « Quintili Vare, legiones redde! »; Oros. 6.21.26 : Quintili Vare, redde legion (...)

31En outre, une nouveauté apparaît. Il s’agit de l’implication du pouvoir dans le processus de deuil collectif. C’est en effet le Prince qui endosse le deuil public et cela, de manière ostentatoire : il se laisse pousser les cheveux et la barbe, symbole habituel du deuil. On peut également déceler un nouveau type de mise en scène51. Par le fameux mot que l’on prête à Auguste (« Varus, rends-moi les légions »), le Prince entend assurément affirmer son implication personnelle et émotive dans les conséquences du désastre52. En ce sens, la douleur sociale semble être mieux prise en compte par le pouvoir et la mémoire en conserve les traces avec insistance.

  • 53 Caes., BCiu., 3.99.3 ; App., BC., 2.11.82. Sur la question du rapport privilégié de César avec ses (...)
  • 54 Caes., BGall., 7.19.4-6 ; Caes., BCiu., 1.72.1-2 ; App. 14.11.74 ; 14.11.80 ; Polyaen. 8.23.29 ; Ca (...)

32Cette innovation trouve en réalité sa source dans le comportement antérieur de César. Ce dernier a en effet entretenu un rapport privilégié avec ses centurions morts au combat comme le montre l’exemple de la mort de Crastinus à Pharsale en 48 av. J.-C.53. Mais, plus largement, il a mis en scène son souci d’épargner à la fois les vies de ses soldats sur le champ de bataille, comme à Avaricum en 52 av. J.-C. ou à Ilerda en 49 av. J.-C., ainsi que celles de ses concitoyens lors de la guerre civile par ses offres de clémence54.

  • 55 J., BJ., 5.123.
  • 56 J., BJ., 5.316.
  • 57 J., BJ., 6.89.
  • 58 J., BJ., 6.182-184.

33Par la suite, cette insistance sur un lien personnel entre un (futur) empereur et ses soldats est réactivée par Titus lors du siège de Jérusalem. Il informe par exemple ses soldats que son père va mener grand deuil suite à un échec devant Jérusalem en 69 apr. J.-C.55. Puis, en mai 70 apr. J.-C., il affirme qu’il se préoccupe du salut de ses hommes en dénonçant les prises de risque inconséquentes du cavalier Longinus56. De même, en juillet 70 apr. J.-C. il prétend avoir ressenti une immense douleur à la mort d’un de ses centurions, Julien, lors d’une attaque pour prendre le temple57. En août 70 apr. J.-C., il explique enfin qu’il donne l’ordre de mettre le feu au Temple pour épargner les vies de ses soldats58.

  • 59 Suet., Oth., 10.3.

34On peut également noter qu’après la bataille de Bédriac en 69 apr. J.-C., Othon met en scène ce même souci pour le salut de ses hommes. Il affirme prendre la résolution de ne plus exposer ses soldats, envers lesquels il exprime sa reconnaissance59. L’ensemble de ces exemples témoigne dès lors d’un enracinement au long cours de nouveaux modèles de comportements relatifs aux pertes militaires. Le Prince met régulièrement en scène sa volonté d’épargner les vies de ses soldats, puis, en cas de défaite, exprime son sentiment de responsabilité à leur égard. En d’autres termes, il met en place une véritable personnalisation du deuil à la suite des désastres militaires. De cette manière, la douleur personnelle du Prince prend en charge l’expression du deuil collectif et le rend public, voire étatique.

35En définitive, parce que les descriptions des émotions collectives sont inscrites dans une narration plus large et orientée d’un point de vue moral, elles servent à redéfinir et affirmer sans cesse les normes de comportement acceptables face au coût humain des désastres. Les choix mémoriels effectués par les Romains consistent principalement à mettre en valeur les bonnes pratiques du deuil collectif et à stigmatiser les comportements déviants. Or, on constate une évolution fondamentale en la matière. Si le deuil collectif est ordinairement réprimé avec vigueur et confiné à la sphère privée, la mémoire laisse parfois progressivement apparaître des attitudes plus conciliantes. Surtout la personnalisation du deuil sur la personne du Prince, fortement mise en valeur par l’historiographie antique, permet de voir qu’émerge une forme de deuil public à destination des simples soldats. C’est dans ce cadre qu’il faut assurément replacer l’apparition de ce que l’on pourrait appeler les « monuments aux morts » romains.

3. L’évolution des formes de commémoration matérielles des soldats morts au combat

3.1. Une exception romaine ?

  • 60 N. Loraux souligne par exemple l’originalité de la commémoration grecque des soldats morts au comba (...)
  • 61 Loraux, 1981. Elle lie cette pratique à l’aspect démocratique de la cité et à la volonté de valoris (...)
  • 62 P. Low a néanmoins démontré que les cités non démocratiques peuvent également recourir à ce type de (...)
  • 63 D.H., 5.17.4-6.

36L’historiographie a souligné à plusieurs reprises le déficit de commémoration publique des morts au combat à Rome avant la fin du ier s av. J.-C.60. En particulier, le contraste avec les usages grecs antérieurs est frappant, N. Loraux ayant bien mis en évidence la rhétorique puissante qui accompagnait les funérailles des soldats athéniens ainsi que les monuments commémoratifs qui y étaient adjoints61. Faut-il pour autant conclure à une spécificité démocratique et hellénique du deuil public dont Rome n’aurait pas hérité62 ? Il faut tout au moins reconnaître une forte disparité des approches en matière de commémoration des morts au combat. Cette différence est d’ailleurs notée par Denys d’Halicarnasse qui s’en fait l’écho et tente de la justifier63. Il atteste de cette manière le fait que cette divergence était perçue par les Anciens eux-mêmes.

  • 64 Giorcelli, 1995, p. 237-238. Cf. Liv. 27.2.9.
  • 65 À titre d’exemple : Liv. 23.46.5 ; Liv. 27.2.9 et Plut., Marc., 24.7-9 ; Liv. 39.21.6-7.
  • 66 Voir Hope, 2015, p. 163 et Liv. 10.29.19-20 ; App., BCiu., 1.43 ; Tac., Hist., 2.45 ; Amm. Marc. 31 (...)
  • 67 À titre d’exemple : Liv. 27.40.7.
  • 68 App., BCiu., 1.43.194.

37De fait, les pratiques relatives au traitement des cadavres après la bataille, et notamment après les défaites, sont d’ordinaire fort sommaires. Selon S. Giorcelli, la plupart des corps sont rassemblés et enterrés sous un tertre ou brûlés collectivement sur place64. Des trêves, et parfois des trêves tacites, permettent la gestion des corps sans qu’aucune commémoration particulière ne semble avoir lieu65. Il est néanmoins fréquent que l’on procède à une recherche des cadavres des personnages distingués afin de procéder à leur renvoi à Rome66. Surtout, les commandants en chef font parfois l’objet de rapatriements ou de commémorations particulières, parfois même de funérailles publiques67. Mais, cet usage ne dure pas. En effet, lors de la Guerre sociale, en 90 av. J.-C., les funérailles de P. Rutilius Lupus à Rome ont donné lieu, selon Appien, à de longues manifestations de deuil. Le sénat décide alors d’interdire le rapatriement de ses chefs de guerre afin de ne plus démoraliser les citoyens68.

  • 69 Caes., BCiu., 3.91 et 3.99.1-3.
  • 70 App., BCiu., 2.11.82.

38Durant la République, les commémorations des soldats tombés lors de désastres militaires sont en somme éphémères et avant tout aristocratiques. En ce qui concerne la masse des soldats, le vide est quasiment absolu. Il est néanmoins possible de relever un seul cas de tombeau érigé en faveur d’un centurion. Après la bataille de Pharsale en 48 av. J.-C., César décide en effet d’honorer la mémoire de C. Crastinus qui a combattu avec courage69. Appien note alors qu’il lui confère des honneurs militaires postmortem, qu’il se charge personnellement de l’organisation de ses funérailles et qu’il lui érige un tombeau personnel dans le voisinage de la sépulture collective70.

3.2. L’apparition de nouvelles formes de commémoration des morts au combat

  • 71 Les études rassemblées par M. Sordi à propos de la mort au combat font figure de pionnières en la m (...)
  • 72 Hope, 2003, p. 91-92 ; Turner, 2010, p. 168-169 ; Cooley, 2012, p. 64-65 et 72 ; Clark, 2014, p. 23 (...)

39À ce constat général, il est néanmoins possible d’opposer trois exceptions qui ont été régulièrement repérées depuis les années 1990 : le discours de Cicéron en 43 av. J.-C. à propos des morts de Forum Gallorum, le tumulus érigé par Germanicus en 15 apr. J.-C. pour contenir les ossements du désastre de Varus, et le cosidetto cénotaphe d’Adamclisi71. Néanmoins, les analyses les plus récentes continuent de considérer ces initiatives comme des importations grecques et, par conséquent, des innovations inconnues de la culture romaine72. Nous en ferons ici état avant de discuter la signification sans doute moins exogène que l’on peut leur prêter au sein de la culture de guerre romaine.

  • 73 Cic., Phil., 14.11-14.
  • 74 Hope, 2003.
  • 75 Sur la double signification du monumentum romain, à la fois rhétorique et concret, voir en dernier (...)
  • 76 D.C. 46.38.2.

40Tout d’abord, une partie de la quatorzième Philippique de Cicéron est consacrée à la question de la commémoration des morts de la bataille de Forum Gallorum de 43 av. J.-C.73. L’Arpinate y propose la construction d’un monument collectif afin de célébrer l’engagement des soldats en faveur de la République. Néanmoins, comme le montre V. Hope, cette suggestion reste problématique à plusieurs égards74. Cicéron ne livre par exemple aucune précision sur la forme de ce monument, ni sur son emplacement à l’intérieur ou à l’extérieur de la Ville. Son contexte est en outre très spécifique puisqu’il constitue avant tout une condamnation des actes d’Antoine durant la guerre civile menée contre lui. Il s’agit donc plutôt d’un discours conçu pour maîtriser le mécontentement social dans une guerre civile aux contours flous. En sus, le monument est davantage rhétorique que physique puisque l’on ignore si ce discours a véritablement donné lieu à l’édification d’un tombeau collectif75. Seul Cassius Dion indique que le sénatus-consulte proposé par Cicéron a bien été voté76. Néanmoins, cela ne préjuge en rien de sa construction réelle, notamment parce que la suite de la guerre civile a assurément dû perturber les plans du sénat.

  • 77 Aucune des études principales sur le sujet ne le mentionnent hormis trois mentions extrêmement fuga (...)
  • 78 Suet., Aug., 12.2 (trad. Ailloud, H. et L’Yvonnet, F., Les Belles Lettres, Collection des universit (...)
  • 79 D.C. 48.13.6.

41Pourtant, il nous semble qu’un passage de Suétone n’a jamais été véritablement discuté quant à sa relation avec la proposition cicéronienne77. L’auteur y évoque l’existence d’un tumulus érigé par les habitants de Nursie. Celui-ci aurait été « élevé à frais publics en l’honneur des citoyens morts devant Modène » et porterait l’inscription suivante : « Ils sont tombés pour défendre la liberté78 ». En réalité, si cette anecdote n’est pas unanimement retenue, c’est très certainement parce qu’il existe une deuxième version de cet événement. Cassius Dion précise en effet que Nursie n’aurait construit ce monument qu’en 41 av. J.-C., en pleine guerre de Pérouse79. Toutefois, la conclusion que l’on peut en tirer demeure la même : il semble que certaines communautés italiques ont suivi le modèle proposé par Cicéron, prouvant par là le succès d’une telle proposition au-delà des limites mêmes de Rome et de la situation considérée.

  • 80 Tac., Ann., 1.61-62 ; Suet., Cal., 3.1-3 ; D.C., 57.18.

42En deuxième lieu, le tumulus érigé par Germanicus en 15 apr. J.-C. afin de rassembler et honorer les restes des défunts de la bataille de Teutobourg pose moins de difficultés. L’épisode, relaté par Tacite, Suétone et Cassius Dion, prouve à nouveau comment le traumatisme du désastre peut perdurer six ans après la défaite, et en quoi la forme de commémoration collective proposée alors par Germanicus permet d’apaiser les esprits80. Seul Tibère semble prendre ombrage de l’action de son neveu. Si l’on en croit Tacite, il se sentirait en effet menacé par le regain de popularité qu’un tel geste peut conférer à Germanicus.

  • 81 Stefan, 2009, qui récapitule l’historiographie pléthorique sur ce monument et à laquelle nous renvo (...)
  • 82 Suet., Domit., 6.1 ; Jord., Get., 13.76 pour Sabinus ; Jord., Get., 13.77 et D.C. 67.6.5 et 68.9.3. (...)
  • 83 CIL, III, 14214 = ILS, 9107 = AE 1901, 0040 = AE 1904, 0228 = AE 1956, 0121= AE 1963, 0098-0102 = A (...)
  • 84 Voir Clark, 2014, passim.

43Enfin, l’édifice d’Adamclisi reste plus énigmatique. Le monument est une sorte d’autel funéraire, ou plutôt de cénotaphe, juché sur un piédestal et mesurant environ 12 m de longueur sur 6 m de hauteur (fig. 1). Sa datation est incertaine et a souvent oscillé entre les règnes de Domitien et Trajan. Néanmoins, l’analyse de A. S. Stefan a récemment apporté de solides éléments en faveur d’une datation domitienne81. Dès lors, le cénotaphe commémorerait le désastre d’Oppius Sabinus (85 apr. J.-C.) ou celui de Cornelius Fuscus (86 apr. J.-C.) en Mésie inférieure82. L’inscription principale retrouvée mentionne qu’il a été érigé « en mémoire d’hommes très courageux […] qui tombèrent pour la république […]83 ». L’inscription secondaire porte les noms de plusieurs officiers et de 135 soldats ainsi que leur origine géographique. On estime leur nombre originel à environ 3 800. Les légionnaires apparaissent sur la face antérieure alors que les noms des auxiliaires se lisent sur les faces latérales, laissant présupposer une forte hiérarchie dans la présentation des listes. Si ce monument est directement en lien avec le trophée de Domitien, il s’inscrit également dans un complexe plus vaste : celui du Tropaeum Traiani. Il est donc le signe que l’on inscrit la mémoire d’un désastre dans celui, plus large, du récit de sa vengeance, puisque le trophée de Trajan est dédié à Mars Vltor. Cette pratique est d’ailleurs coutumière des Romains84.

Fig. 1. Reconstitution de l’élévation de l’autel d’Adamclisi par G. Niemann (face principale).

Fig. 1. Reconstitution de l’élévation de l’autel d’Adamclisi par G. Niemann (face principale).

L’inscription est (faussement) restituée avec la titulature de Trajan.

Source : Tocilescu, G. G., 1900, Fouilles et recherches archéologiques en Roumanie, Bucarest, p. 69.

3.3. Des initiatives politiques à remettre dans leur contexte

  • 85 N. Loraux et C. Edwards parlent de pastiche à propos du discours de Cicéron, sans lui prêter d’inte (...)

44De l’examen de l’ensemble de ces monuments découlent dès lors deux enjeux principaux : comprendre l’ampleur de leur dette envers l’influence grecque et statuer sur leur éventuel caractère d’exceptionnalité. En effet, le discours de Cicéron a souvent été perçu comme un simple pastiche des oraisons funèbres athéniennes, Germanicus a parfois été présenté comme un importateur de traditions orientales et le monument d’Adamclisi se situe nettement en territoire hellénique85. En outre, on a fréquemment insisté sur l’aspect conjoncturel et ponctuel de telles réalisations.

  • 86 Plumpe, 1941. N. Loraux le reconnaît elle-même également, malgré son qualificatif récurrent de past (...)
  • 87 Suet., Calig., 3.6 ; Tac., Ann., 1.61.2 ; D.C. 57.18.1.
  • 88 Il en constate les dimensions tout à fait exceptionnelles : Hesberg, 1994, p. 208.

45Ces assertions possèdent indéniablement un fond de vérité. Mais il est possible néanmoins d’en relativiser la portée pour mieux saisir la signification de ces monuments dans la culture de guerre romaine. On note par exemple chez Cicéron une nette volonté d’adaptation de son discours et des caractéristiques de son monument. Selon J. Plumpe et N. Loraux il s’appuie fortement sur le système de valeurs traditionnelles romain pour mieux les faire accepter86. En ce qui concerne Germanicus, le tumulus et le projet de monument ne font jamais spécifiquement l’objet de critiques. Parce qu’il est augure et flamen augustalis, c’est en fait plutôt l’implication physique de Germanicus qui est dénoncée87. Le contact avec les cadavres est en effet réputé impur. Point n’est donc besoin de voir dans le blâme de Tibère le rejet d’une quelconque innovation orientalisante. Enfin, à propos du cénotaphe d’Adamclisi, H. von Hesberg suggère que la forme de l’autel funéraire rappelle un type de tombeau inconnu en Orient à cette époque88. C’est bien la preuve qu’il s’agirait plutôt d’une exportation romaine que d’une importation.

  • 89 Au détour d’une phrase, V. Hope note déjà la rhétorique politique qui entoure ces monuments. Selon (...)
  • 90 Des centurions auraient été égorgés par Antoine : Cic., Phil., 12.12 ; 13.18 et 13.33.
  • 91 Tac., Ann., 1.61.1 et 1.62.1.

46Surtout, les trois « monuments » sont à comprendre comme des réponses politiques à un sentiment de mécontentement de la population au sujet du coût humain des guerres89. Pour Cicéron, il s’agit de légitimer l’emploi partisan de soldats romains dans une guerre civile fratricide et d’apaiser une légion qui a déjà subi des pertes dans le passé90. Dans le cas de Germanicus, le but est d’adoucir le traumatisme du désastre de Varus qui semble encore très présent six ans après les faits. Tacite mentionne en effet l’émotion, la compassion mais aussi la tristesse, la colère et le désir de vengeance qui parcourent encore les troupes à ce moment-là91.

  • 92 Pour Sabinus : Suet., Domit., 6.1 ; Jord., Get., 13.76 ; pour Fuscus : Mart., Epigr., 6.76 ; Juv., (...)
  • 93 Tac., Agr., 41.3-4.
  • 94 D.C. 67.9.6. Ceci fait sans doute référence, sous forme de raillerie, à l’étrange banquet funèbre d (...)
  • 95 Oros. 7.10.4.

47Enfin et surtout, le monument d’Adamclisi doit être replacé dans le contexte de la série de désastres militaires de la fin du règne de Domitien92. Tacite dépeint ainsi un climat de terreur à Rome et relate des protestations réclamant un chef énergique capable de mettre un terme à ces périls93. Cassius Dion relate même que le triomphe sur les Daces célébré par Domitien en 89 apr. J.-C. est rebaptisé ironiquement par la foule « banquet funéraire » en l’honneur de ceux qui sont morts en Dacie, révélant ainsi certaines critiques qui parcouraient alors Rome94. Surtout, Orose relate que nombre de récits anciens se sont efforcés de taire le nombre de victimes lors des défaites de Cornelius Fuscus95. Il fustige également l’initiative de Domitien qui aurait célébré un triomphe non sur des ennemis mais sur des légions défaites. De l’ensemble de ces indications, on peut alors déduire que dès le temps de Domitien le coût humain des défaites en Dacie a engendré des enjeux politiques et mémoriels forts. S’il est évident que les textes transmettent la mémoire de la légende noire de Domitien, ils expliquent néanmoins parfaitement l’existence du cénotaphe d’un point de vue politique.

Conclusion

48En définitive, l’enjeu du coût humain des guerres est bien au fondement des processus mémoriels romains concernant les désastres militaires. Il leur en fournit tout d’abord une partie de la matière première par le biais du récit des scènes de douleur collectives, qu’on ne saurait voir comme de simples scènes exagérées de pathos mais plutôt comme le reflet d’une réelle mise à mal de l’ordre social. Il explique aussi ses procédés d’atténuation du traumatisme, de mise en valeur de l’action du pouvoir, ou ses choix de conservation sélectifs pour préserver l’image de Rome. Le deuil acceptable, longtemps confiné à la sphère privée, y est ainsi mis en scène. Mieux, le coût humain des désastres est à l’origine de la production d’une mémoire que l’on peut sans doute qualifier d’officielle et dont la nature se modifie progressivement. Parce qu’il faut bien apaiser le deuil et remobiliser les esprits traumatisés par les pertes humaines, les récits mettent en scène la compassion des élites et les monuments commémoratifs refondent la légitimité malmenée du pouvoir. La mémoire des désastres militaires à Rome n’est donc pas seulement civique. Elle est en premier lieu politique.

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Annexe

Annexe. Le recours au substantif clades pour désigner la défaite. Le tableau est construit en prenant uniquement en compte les batailles clairement identifiées et ayant été perdues par les Romains dans les bornes chronologiques fixées à cet article.

Auteur

Référence

Événement

Date

Signification dans le contexte

Cicéron

De diu., 1.35

Bataille de Trasimène

217 a.C.

Défaite (pour la république)

César

Néant

Salluste

Iug. 44.4

Défaite de A. Postumius Albinus contre Jugurtha

110 a.C.

Défaite

Tite-Live

Liv. 21.57.13

Hannibal attaque Victimula

218 a.C.

Dévastation (ville)

Liv. 21.59.8

Bataille près de Plaisance

217 a.C.

Pertes d’hommes

Liv. 22.4.1

Hannibal ravage l’Italie

217 a.C.

Dévastation (campagne)

Liv. 22.7.1

Bataille de Trasimène

217 a.C.

Défaite (digne de mémoire)

Liv. 22.8.1

Escarmouche de cavalerie après Trasimène

217 a.C.

Défaite (annonce)

Liv. 22.24.14

Escarmouches en Italie entre le maître de cavalerie et Hannibal, près de Gereonium

217 a.C.

Pertes d’hommes

Liv. 22.43.9

Bataille de Cannes

216 a.C.

Défaite (digne de mémoire)

Liv. 22.49.7

Bataille de Cannes

216 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs)

Liv. 23.25.1

Bataille de la forêt de Litana

215 a.C.

Défaite (annonce)

Liv. 24.20.9

Hannibal marche vers Tarente

214 a.C.

Dévastation (campagne)

Liv. 24.37.3

Massacres de garnisons romaines dans les cités siciliennes

213 a.C.

Pertes d’hommes

Liv. 24.47.10

Prise d’Arpi par Fabius Maximus

213 a.C.

Pertes d’hommes

Liv. 25.20.4

Mort de Gracchus, tombé dans une embuscade

212 a.C.

Défaite

Liv. 25.19.16 ; 25.22.1

Défaite du centurion Paenula contre Hannibal en Campanie et attaque d’Hannibal près d’Herdonéa

212 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs, et annonce)

Liv. 25.35.3

Bataille où meurt Cn. Scipion

211 a.C.

Défaite (annonce)

Liv. 27.1.3

Désastre d’Herdonéa et mort du proconsul Cn. Fulvius

210 a.C.

Défaite

Liv. 31.10.7

Bataillle rangée devant Crémone contre les Gaulois révoltés

200 a.C.

Défaite (annonce)

Liv. 31.36.10

Bataille de cavalerie près d’Ottolobos

199 a.C.

Défaite (annonce)

Liv. 32.7.6

Défaite de Baebius contre les Insubres

199 a.C.

Pertes d’hommes

Liv. 33.36.15

Attaque par les Boïens

196 a.C.

Défaite

Liv. 37.12.7

Destruction de la flotte rhodienne à Panhorme (Samos)

190 a.C.

Défaite (annonce)

Liv. 37.42.1

Bataille de Magnésie du Sipyle

190 a.C. - 189 a.C.

Défaite

Liv. 39.1.4

Embuscade dans des défilés thraces

187 a.C.

Défaite

Liv. 43.10.8

Attaque sous les remparts d’Uscana

170 a.C.

Pertes d’hommes

Valère Maxime

Val. Max. 1.1.15 ; 2.4.5 ; 4.5.2 ; 5.6.7 ; 6.4.1 ; 7.6.1

Cannes

216 a.C.

Défaite, défaite (responsabilité des chefs)

Val. Max. 1.6.6 ; 9.12.2

Trasimène

217 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs)

Val. Max. 11.6.11

Carrhae

53 a.C.

Pertes d’hommes

Velleius Paterculus

Vell. Pat. 2.4.2

Siège de Numance

140 et 137 a.C.

Défaite

Vell. Pat. 2.8.3 ; 2.39.1

Défaites contre les Cimbres et les Teutons

Env. 105 a.C.

Défaite

Vell. Pat. 2.79.4

Défaite navale de Tauromenium

36 a.C.

Défaite

Vell. Pat. 2.82.1

Défaite de Crassus

53 a.C.

Défaite

Vell. Pat. 2.97.1

Défaite de Lollius

16 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs)

Vell. Pat. 2.105.1 ; 2.122.2

Désastre de Teutobpurg

9 p.C.

Défaite (digne de mémoire)

Frontin

2.5.31

Sertorius en Espagne

76 a.C.

Pertes d’hommes

2.7.3

Guerre de Mithridate

85 a.C.

Défaite (annonce) et pertes d’hommes

3.15.4

Désastre de Varus (Teutobourg)

9 p.C.

Pertes d’hommes

4.5.5

Cannes

216 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs)

Tacite

Ann., 1.10.4 ; 57.5 ; 61.4 ; 62.1 ; 12.27.3 ;

Désastre de Varus (Teutobourg)

9 p.C.

Défaite

Ann., 3.73.2

Défaites contre Spartacus

73-71 a.C.

Défaite

Ann., 11.19.1

Défaite d’Apronius contre les Frisons

29 p.C.

Défaite

Ann., 14.29.1

Révolte de Boudicca

61 p.C.

Défaite

Ann.14.33.2

Prise de Londinium et Verulamium

60/61 p.C.

Pertes d’hommes

Ann., 15.15.3 ; 15.26.2

Bataille de Rhandeia

62 p.C.

Défaite (annonce)

Hist., 1.50.2

Pharsale, Philippes, Pérouse, Modène

48 à 43 a.C.

Défaite (digne de mémoire)

Hist., 2.23.2

Bataille de Vérone et Crémone

69 p.C.

Défaite (digne de mémoire)

Hist., 2.35.1

Bataille entre Othon et Vitellius

69 p.C.

Défaite (responsabilité)

Hist., 2.44.2

Bataille de Bédriac

69 p.C.

Défaite

Hist., 3.21.1 ; 3.23.2 ; 3.54.1

Bataille de Bédriac

69 p.C.

Défaite (annonce)

Hist., 4.12.1 ; 18.2 ; 4.20.3 ; 25.1 ; 72.1 ; 5.17.1

Révolte des Bataves

69 p.C.

Défaite (annonce, pertes d’hommes, responsabilité des chefs)

Suétone

Caes., 36.1

Défaite de C. Scribonius Curio, de
C. Antonius, de P. Dolabella et de
Cn Domitius Calvinus

49 a.C.-48 a.C.

Défaite

Caes., 67.2

Défaite de Sabinus à Atuatuca

54 a.C.

Défaite

Aug., 23.1

Désastre de Lollius

16 a.C

Défaite (annonce)

Aug., 23.1 ; 23.4 ; 49.1 ; Tib., 17.2 ; 18.1 ; Calig., 3.2 ; 1.1

Désastre de Varus

9 p.C.

Défaite

Ner. 39.1

Révolte de Boudicca

61 p.C.

Défaite (pertes d’hommes)

Florus

Flor. 1.22.6

Sagonte

219 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs)

Flor. 1.22.14

Trasimène

217 a.C.

Défaite (présage)

Flor. 1.22.15 ; 1.22.18

Cannes

216 a.C.

Défaite (digne de mémoire) et pertes d’hommes

Flor. 1.40.17

Guerre mithridatique

71 a.C.

Défaite

Flor. 1.46.1 ; 1.46.10

Carrhae

53 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs et annonce)

Flor. 2.7.4

Première guerre servile

Années 130 a.C.

Défaite (digne de mémoire)

Flor. 2.10.7

Lauro et Sucro (Sertorius)

76 a.C.

Défaite et pertes d’hommes

Flor. 2.13.65

Pharsale

48 a.C.

Défaite (responsabilité des chefs)

Flor. 2.13.71

Thapsus

46 a.C.

Défaite (annonce)

Flor. 2.17.5

Philippes

42 a.C.

Défaite (présage)

Flor. 2.19.3 ; 2.19.7 ; 2.34.63

Carrhae

53 a.C.

Défaite (annonce et vengée)

Flor. 2.20.4 ; 2.20.8

Antoine contre les Parthes

36 a.C.

Défaite et pertes d’hommes

Flor. 2.30.39

Désastre de Varus (Teutobourg)

9 p.C.

Défaite

Flor. 2.33.55

Astures

25 a.C.

Pertes d’hommes (égalité)

Orose

Oros. 4.14.7

Bataille de la Trébie

218 a.C.

Pertes d’hommes

Oros. 4.15.6

Bataille de Trasimène

217 a.C.

Défaite ( digne de mémoire )

Oros. 4.20.26

Bataille contre les Ligures Apuani

186 a.C.

Pertes d’hommes

Oros. 4.20.37

Bataille de Callinicos contre Persée

171 a.C.

Pertes d’hommes

Oros. 4.22.9

Bataille en Macédoine contre le Pseudo-Philippe

148 a.C.

Défaite

Oros. 5.4.13

Siège de Numance (Q. Pompée)

140 a.C.

Pertes d’hommes

Oros. 5.5.7

Bataille de Cannes

216 a.C.

Pertes d’hommes

Oros. 5.5.13

Bataille contre les Vaccéens

136 a.C.

Pertes d’hommes

Oros. 5.5.14

Siège de Numance (Mancinus)

137 a.C.

Défaite

Oros. 5.10.4

Bataille contre Aristonicos

131 a.C.

Défaite (annonce)

Oros. 5.18.13

Guerre sociale (bataille contre les Marses)

90 a.C.

Défaite (annonce)

Oros. 5.19.9

Défaites durant la guerre de Sertorius

80-72 a.C.

Défaite ( digne de mémoire )

Oros. 5.24.4

Défaite contre Spartacus

72 a.C.

Défaite

Oros. 6.13.5

Carrhae

53 a.C.

Défaite (annonce)

Oros. 6.18.4

Modène

43 a.C.

Pertes d’hommes

Oros. 6.21.26

Désastre de Varus (Teutobourg)

9 p.C.

Défaite

Oros. 7.6.11

Expédition de César en Bretagne

55 a.C.

Défaite

Oros. 7.7.11

Révolte de Boucdicca

61 p.C.

Défaite (perte d’hommes)

Oros. 7.10.4

Désastre de Fuscus contre les Daces

86 p.C.

Défaite

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Notes

1 Liv. 21.1.1 : […] bellum maxime omnium memorabile quae unquam gesta sint me scripturum […]. (éd. Jal, P., Les Belles Lettres, Collection des universités de France, Tome XI, Livre XXI, Paris, 2014 [1988]).

2 Flor. 1.22.1 : […] sed adeo claudium atrocitate terribilius ut, si quis conferat damna utriusque populi, similior victo sit populus ille qui vicit. (éd. Jal, P., Les Belles Lettres, Collection des universités de France, Livre I, Paris, 1967).

3 Oros. 7.10.4 : […] de reticendo interfectorum numero […] (éd. Arnaud-Lindet, M.-P., Les Belles Lettres, Collection des universités de France, III : livre VII, Paris, 1991).

4 À l’instar des Anciens, les études récentes insistent également sur le traumatisme de la deuxième guerre punique dans les mentalités romaines : Toynbee, 1965 ; Clark, 2014. Les guerres civiles seront ici laissées de côté, tant elles font l’objet d’une mémoire spécifique. Elles sont en effet intrinsèquement liées à l’idée de désastre. Cette manière de penser est héritée des Grecs : toute guerre intestine est nécessairement un malheur contre nature. Les guerres civiles font par conséquent l’objet d’un traitement littéraire plus stéréotypé que les guerres dites conventionnelles.

5 Halbwachs, 1925. Sur son apport et ses limites en histoire romaine, voir Späth, 2016.

6 Hope, 2011, p. xiii.

7 Dans le cas de Rome, Th. Späth a montré qu’il ne faut sans doute pas opposer trop fermement histoire et mémoire. Les auteurs antiques s’appuient en effet fréquemment sur les mémoires gentilices et les récits historiques sont remobilisés par les élites en place publique : Späth, 2016, p. 30-31.

8 Par coût humain des guerres, on entend principalement l’impact psychologique, social et politique des pertes humaines.

9 Pour un panorama complet de ce terme depuis Plaute, voir : Albert, 2010.

10 Voir le tableau récapitulatif en fin d’article.

11 D. Wardle pense que cette tendance à identifier une responsabilité individuelle au désastre date de l’avènement de l’Empire : Wardle, 2011. A contrario, sur l’existence d’une responsabilité du commandant dans la défaite dès la République voir : Rich, 2012, p. 88-94 ; Engerbeaud, 2017, p. 152-155.

12 Liv. 22.8.1-4 (trad. E. Lassère, Classiques Garnier, Livres X-XXII, Paris, 1956) : […] non rerum magnitudine sed uiribus extenuatis, quae nihil quod adgrauaret pati possent, aestimandum esse.

13 Engerbeaud, 2017, p. 64-67.

14 B. Turner, F. Cavaggioni et M. Engerbeaud ont posé les jalons de l’examen de la diffusion de la nouvelle des défaites militaires à Rome : Turner, 2010, p. 106-147 ; Cavaggioni, 2013, p. 31-43 ; Engerbeaud, 2017, p. 229-240. B. Turner note en particulier que Tite-Live est le principal pourvoyeur de telles scènes. Il souligne néanmoins son incapacité à rendre avec acuité le « fardeau émotionnel » des annonces de désastres, même à l’aide des termes pauor et terror (p. 115).

15 Sur la notion de tumultus en cas de désastre militaire, voir Turner, 2010, p. 121-123 ; Golden, 2013, p. 42-86. Sur son versant stéréotypé, voir Turner, 2010, p. 119-120.

16 Le concept de cultural trauma est un prisme qui permet d’examiner la manière dont une communauté s’empare d’un épisode traumatique et le constitue progressivement en un événement douloureux dans la mémoire collective : voir Alexander, 2004.

17 Liv. 22.55.3.

18 Plb. 3.85.7 ; 3.86.6 ; Liv. 22.7.6 ; Plut., Fab., 3.4-5 ; Liv. 22.60.1 ; Liv. 23.25.1-4.

19 Val. Max. 6.4.1 (clade perculsa) ; 7.6.1 (clades confundit).

20 La sociologie pratique confère à ce terme un sens spécifique : « Constitue une épreuve toute situation au cours de laquelle des acteurs font l’expérience de la vulnérabilité de l’ordre social […] » (Lemieux, 2012, p. 174).

21 Turner, 2010, p. 123-127 et 134 ; Cavaggioni, 2013, p. 35 ; Golden, 2013 ; Clark, 2014, p. 50-94.

22 Sur l’ensemble des mesures prises par les autorités : Plb. 3.118.8 ; D.S. 35.33 [Exc. De Sent. 433 = 37 Walton] ; Liv. 22.50-61 ; 23.22-25 ; 34.7.15 ; Val. Max. 1.1.15 ; Plut., Fab., 9.4 ; 18.15 ; App. 7.27.115 ; 7.28.119-122 ; D.C.15 (Zonar. 9.2).

23 Kubler, 2017, en particulier p. 209.

24 Liv. 22.50-61 ; Val. Max. 1.1.15 ; Plut., Fab., 18.1-5 ; D.C.15 (Zonar. 9.2).

25 Liv. 22.7.12-13 ; Val. Max. 9.12.2 ; Plin. 7.26.11 ; Gell., NA, 3.15.4.

26 Šterbenc Erker, 2004 ; Mustakallio, 2013.

27 Sur ces stéréotypes de genre, voir Engerbeaud, 2017, p. 237-240.

28 En ce qui concerne les femmes, A. Wardman considère d’ailleurs que la sphère religieuse constitue une activité civique qui fait pendant au débat politique masculin (Wardman, 1982, p. 39).

29 Liv. 22.60.2.

30 Val. Max. 1.1.20.

31 À titre d’exemple, hors de cette période : D.S. 35.33 [Exc. de Virt. et Vit. 338 = 12 Walton] et 36.Ia [Photius, Bibl., 386b Henry = 1 Walton] ; Tac., Ann., 3.6.2-3 ; App., BCiu., 1.43.191-193.

32 Chassignet, 1998 ; Lapray, 2000.

33 Sur le rôle des grandes familles sénatoriales dans l’élaboration de la tradition de la deuxième guerre punique, voir Chassignet, 1998, p. 64.

34 Voir supra, n. 27.

35 Tac., Ann., 3.6.2-3 ; Tac., Hist., 4.12.1 ; Flor. 2.6.13.

36 Liv. 35.5.14.

37 Liv. 34.46-48.

38 Sur ces pourcentages, voir Rosenstein, 2004, p. 110.

39 Liv. 35.5-6.

40 Liv. 34.56.9-13. Les motifs d’exemption sont multiples. L’infirmité ou un âge trop avancé en font partie. Voir Davies, 1989, p. 69.

41 Sur la fonction du tumultus comme moyen de passer outre les exemptions, voir Golden, 2013, p. 42-86.

42 Liv. 34.56.1.

43 Liv. 34.56.12-13.

44 Liv. 34.56.5-8.

45 Sur cette formula togatorum et ses diverses interprétations, voir Kent, 2018, p. 260-261 et 265. Il pense en particulier que les Romains avaient une idée relativement correcte du potentiel humain de leurs alliés. Néanmoins, il interprète cet épisode comme un abus romain, les magistrats libérant les citoyens mais retenant plus longtemps les Italiens sous les armes. P. Brunt note que les autorités locales sont habituées à organiser les levées dans les municipes et colonies aux alentours de Rome (Brunt, 1971, p. 632-634). Elles sont plus souples sur les exemptions que les magistrats romains envoyés spécialement pour cela (conquisitores). Le consul fixait les quotas avec eux pour chaque territoire allié et latin.

46 Liv. 35.6.8-10.

47 À ce sujet, P. Brunt parle d’un rapport de 3 pour 2 et même de 2 pour 1 les années suivantes : Brunt, 1971, p. 681. Ces proportions sont également à remettre en perspective avec les saignées qui ont touché les populations italiennes durant la deuxième guerre punique, et desquelles, selon A. Toynbee, les populations rurales ne se sont jamais remises : Toynbee, 1965. Ses thèses ont néanmoins été remises en cause : Cornell, 1996 ; Rosenstein, 2004 ; De Ligt, 2012. Certains font même l’hypothèse de liens politiques revivifiés entre Rome et ses alliés : Fronda, 2018.

48 Liv. 33.22.8.

49 Sur la réaction d’Auguste à ce désastre, voir l’analyse récente de Turner, 2018, p. 263-265 qui sous-estime néanmoins la finalité politique du comportement théâtral d’Auguste.

50 Suet., Aug., 23 ; D.C., 56.23-24. Voir aussi Oros. 6.21.26.

51 D.C. 56.23.1 ; Suet., Aug., 23.4.

52 Suet., Aug., 23.4 : « Quintili Vare, legiones redde! »; Oros. 6.21.26 : Quintili Vare, redde legiones.

53 Caes., BCiu., 3.99.3 ; App., BC., 2.11.82. Sur la question du rapport privilégié de César avec ses centurions, voir Welch, 1998 ; Palao Vicente, 2009.

54 Caes., BGall., 7.19.4-6 ; Caes., BCiu., 1.72.1-2 ; App. 14.11.74 ; 14.11.80 ; Polyaen. 8.23.29 ; Caes., BHisp., 17.

55 J., BJ., 5.123.

56 J., BJ., 5.316.

57 J., BJ., 6.89.

58 J., BJ., 6.182-184.

59 Suet., Oth., 10.3.

60 N. Loraux souligne par exemple l’originalité de la commémoration grecque des soldats morts au combat qui, selon elle, ne se retrouve pas à Rome : Loraux, 1981, p. 64-65. M. Sordi précise que le monument voulu par Cicéron serait une innovation : Sordi, 1990a, passim. Les autres historiens constatent ce manque et tentent parfois de l’expliquer : Hope, 2003, p. 90 ; Turner, 2010, p. 168-169 ; Cooley, 2012, en particulier p. 63 ; Clark, 2014, p. 23 et sqq. ; Östenberg, 2014, p. 256.

61 Loraux, 1981. Elle lie cette pratique à l’aspect démocratique de la cité et à la volonté de valorisation du sacrifice de ses citoyens, même si les discours sont empreints de valeurs aristocratiques telles que l’ἀρετή.

62 P. Low a néanmoins démontré que les cités non démocratiques peuvent également recourir à ce type de commémoration, et pour l’époque hellénistique, E. Rice explique que les monuments louent davantage la gloire des généraux que des simples soldats : Low, 2003 ; Rice, 1993.

63 D.H., 5.17.4-6.

64 Giorcelli, 1995, p. 237-238. Cf. Liv. 27.2.9.

65 À titre d’exemple : Liv. 23.46.5 ; Liv. 27.2.9 et Plut., Marc., 24.7-9 ; Liv. 39.21.6-7.

66 Voir Hope, 2015, p. 163 et Liv. 10.29.19-20 ; App., BCiu., 1.43 ; Tac., Hist., 2.45 ; Amm. Marc. 31.7.14.

67 À titre d’exemple : Liv. 27.40.7.

68 App., BCiu., 1.43.194.

69 Caes., BCiu., 3.91 et 3.99.1-3.

70 App., BCiu., 2.11.82.

71 Les études rassemblées par M. Sordi à propos de la mort au combat font figure de pionnières en la matière, mais elles restent le plus souvent descriptives : Amiotti, 1990 ; Clementoni, 1990 ; Sordi, 1990b. Auparavant, un examen de B. Frischer faisait le point sur les monuments romains honorant des héros civiques, mais il ne prenait en compte l’aspect militaire que de manière marginale : Frischer, 1983.

72 Hope, 2003, p. 91-92 ; Turner, 2010, p. 168-169 ; Cooley, 2012, p. 64-65 et 72 ; Clark, 2014, p. 23 et sqq. ; Östenberg, 2014, p. 256 ; Hope, 2017, p. 12.

73 Cic., Phil., 14.11-14.

74 Hope, 2003.

75 Sur la double signification du monumentum romain, à la fois rhétorique et concret, voir en dernier lieu les propos synthétiques proposés par Clark, 2014, p. 24-25.

76 D.C. 46.38.2.

77 Aucune des études principales sur le sujet ne le mentionnent hormis trois mentions extrêmement fugaces : Wesch-Klein, 1993, p. 55 ; Cooley, 2012, p. 76 ; Östenberg, 2014, n. 31, p. 258. Néanmoins, aucune d’entre elles ne lient explicitement les deux cas.

78 Suet., Aug., 12.2 (trad. Ailloud, H. et L’Yvonnet, F., Les Belles Lettres, Collection des universités de France, tome I, Paris, 2013) : […] quod Mutinensi acie interemptorum ciuium tumulo publice extructo ascripserant pro libertate eos occubuisse.

79 D.C. 48.13.6.

80 Tac., Ann., 1.61-62 ; Suet., Cal., 3.1-3 ; D.C., 57.18.

81 Stefan, 2009, qui récapitule l’historiographie pléthorique sur ce monument et à laquelle nous renvoyons en dernier lieu. Il se fonde notamment sur des datations archéologiques des structures, sur l’épigraphie, sur le voisinage du cénotaphe avec le trophée de Domitien, et sur la mention de Martial qui parle d’une tombe vide pour le préfet Cornelius Fuscus (Mart., Epigr., 6.76).

82 Suet., Domit., 6.1 ; Jord., Get., 13.76 pour Sabinus ; Jord., Get., 13.77 et D.C. 67.6.5 et 68.9.3. ; Mart., Epigr., 6.76 ; Juv., Sat., 4.111-112 ; Eutr. 7.23.4 ; Oros. 7.10.4, pour Fuscus.

83 CIL, III, 14214 = ILS, 9107 = AE 1901, 0040 = AE 1904, 0228 = AE 1956, 0121= AE 1963, 0098-0102 = AE 1965, 0039bis = AE 1980, 0794 = AE 2008, 1192 = AE 2013, 01339 = CBI 00612 = Harusp 00015 = IScM-04, 00008 = Visocnik-01, 00031 HD017350. Transcription de Stefan, 2009 : […] [in honorem et] memoriam fortis[simorum virorum qui]/[bello dacico] pro re p morte occubu[erunt monumentum fecit.].

84 Voir Clark, 2014, passim.

85 N. Loraux et C. Edwards parlent de pastiche à propos du discours de Cicéron, sans lui prêter d’intention parodique toutefois : Loraux, 1981, p. 64 et 336 ; Edwards, 2007, p. 21. Sur les transgressions orientalisantes de Germanicus, voir Clementoni, 1990, p. 204-205.

86 Plumpe, 1941. N. Loraux le reconnaît elle-même également, malgré son qualificatif récurrent de pastiche : Loraux, 1981, p. 64-65, n. 65, p. 378.

87 Suet., Calig., 3.6 ; Tac., Ann., 1.61.2 ; D.C. 57.18.1.

88 Il en constate les dimensions tout à fait exceptionnelles : Hesberg, 1994, p. 208.

89 Au détour d’une phrase, V. Hope note déjà la rhétorique politique qui entoure ces monuments. Selon elle, ils reconnaissent les pertes, les justifient et poussent à leur vengeance : Hope, 2003, p. 92. On peut néanmoins regretter qu’elle ne développe pas davantage cet aspect.

90 Des centurions auraient été égorgés par Antoine : Cic., Phil., 12.12 ; 13.18 et 13.33.

91 Tac., Ann., 1.61.1 et 1.62.1.

92 Pour Sabinus : Suet., Domit., 6.1 ; Jord., Get., 13.76 ; pour Fuscus : Mart., Epigr., 6.76 ; Juv., Sat., 4.111-112 ; D.C. 68.9.3. ; Eutr. 7.23.4 ; Oros. 7.10.4 ; Jord., Get., 13.77.

93 Tac., Agr., 41.3-4.

94 D.C. 67.9.6. Ceci fait sans doute référence, sous forme de raillerie, à l’étrange banquet funèbre donné par Domitien et au cours duquel il aurait abordé la question des guerres et des pertes humaines. Sur cette « plaisanterie », voir : Royo, 2013.

95 Oros. 7.10.4.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Reconstitution de l’élévation de l’autel d’Adamclisi par G. Niemann (face principale).
Légende L’inscription est (faussement) restituée avec la titulature de Trajan.
Crédits Source : Tocilescu, G. G., 1900, Fouilles et recherches archéologiques en Roumanie, Bucarest, p. 69.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/17729/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 232k
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Pour citer cet article

Référence papier

Sophie Hulot, « Coût humain des guerres et mémoire romaine des désastres (deuxième guerre punique - fin du ier s. apr. J.-C.) »Pallas, 110 | 2019, 267-288.

Référence électronique

Sophie Hulot, « Coût humain des guerres et mémoire romaine des désastres (deuxième guerre punique - fin du ier s. apr. J.-C.) »Pallas [En ligne], 110 | 2019, mis en ligne le 27 février 2020, consulté le 28 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/17729 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.17729

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Auteur

Sophie Hulot

Doctorante, ATER en histoire romaine
Université Bordeaux Montaigne
Ausonius LaScArBx – UMR 5607
sophie.hulot[at]u-bordeaux-montaigne.fr

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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