Skip to navigation – Site map

HomeNuméros110Les désastres militaires romains ...Introduction

Editor's notes

Ce dossier se compose d’articles issus de communications présentées lors de deux journées d’étude qui se sont déroulées à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme à Aix-en-Provence, dans le cadre du Centre Paul-Albert Février – Textes et Documents de la Méditerranée Antique et Médiévale (UMR 7297). Je remercie vivement le TDMAM et sa directrice, Emmanuèle Caire, pour m’avoir permis d’organiser ces deux rencontres.

Full text

  • 1 Initialement issu de la physique, le concept de résilience a récemment rejoint le champ des science (...)
  • 2 Au sujet du tsunami de 2004 et de la résilience des peuples premiers d’Asie du Sud-Est confrontés à (...)
  • 3 Voir, à titre d’exemple, l’essor des études sur les crises urbaines après le 11 septembre 2001 (Ock (...)
  • 4 Dans les études historiques, les resilience studies ont tout particulièrement investi les travaux s (...)
  • 5 Toner, 2013. D’autres travaux en histoire ancienne et en archéologie avaient ouvert la voie et préc (...)

1L’étude des désastres connaît un nouvel intérêt depuis la fin des années 2000. Le développement des resilience studies dans la recherche anglo-saxonne engage une réflexion en science humaine qui porte, d’une part, sur l’acceptation de la catastrophe par la communauté qui en est victime, et d’autre part, sur la manière dont cette société surmonte l’épreuve et en tire collectivement des leçons1. Ces questionnements ont connu un nouvel essor dans le contexte des catastrophes naturelles récentes, comme le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est, dans le but d’améliorer la sécurité des populations et la prise en charge ultérieure des victimes2. De manière concomitante, le krach boursier de 2008 a favorisé les études sur les crises et la manière de surmonter ces épreuves collectives. Ce contexte économique a favorisé l’essor des resilience studies en économie et en sciences politiques, puis en sciences humaines3. Après avoir gagné l’anthropologie, la sociologie et la géographie, l’étude de la « résilience communautaire » a investi plus récemment les travaux des historiens, qui se sont nourris de réflexions anthropologiques pour analyser comment les sociétés ont surmonté les désastres auxquels elles étaient régulièrement confrontées, que ces épreuves collectives soient d’origine naturelle (séisme, sécheresses, raz-de-marée, etc.) ou humaine (massacres, défaites militaires)4. Reflets de la conjoncture des années 2000 et 2010, ces réflexions ont notamment trouvé un premier aboutissement dans les études anciennes avec la parution en 2013 de Roman Disasters, une monographie dans laquelle Jerry Toner analyse la confrontation des Romains aux catastrophes naturelles, politiques et militaires5.

  • 6 Voir le compte-rendu de la seconde journée d’étude (Engerbeaud, 2018a).
  • 7 Depuis les années 2010, les études sur les échecs militaires et leurs revers politiques, sociaux et (...)
  • 8 cf. Engerbeaud, 2017, p. 58-67. C’est notamment le cas de clades en latin ou de πάθος en grec, qui (...)
  • 9 Pour une définition conceptuelle de la défaite antique à partir de l’analyse du lexique grec et lat (...)

2À partir de ces réflexions pionnières, notre groupe de travail réuni à Aix-en-Provence s’est donné pour objectif d’analyser les enjeux mémoriels des désastres militaires romains au cours de deux journées d’étude, qui se sont déroulées le 7 avril 2017 (« La mémoire des désastres de l’Antiquité romaine : analyse des traditions documentaires et perspectives de recherche ») et le 6 avril 2018 (« La mémoire des défaites de la République romaine : état de la recherche et nouvelles perspectives »)6. Au cours de ces rencontres et des débats qui s’y sont déroulés, les contributeurs ont démontré que les désastres militaires de l’époque républicaine et du début du Principat ont profondément affecté la mémoire collective des Romains. Leur souvenir a bien souvent été aussi percutant que la mémoire des victoires qui, de manière traditionnelle, sont célébrées collectivement au sein de la cité. Perçus par les Romains comme des injustices ou comme des châtiments divins, les désastres militaires ont marqué l’histoire romaine de leur empreinte dramatique et contribué au développement d’un sentiment d’appartenance commun à l’échelle de la cité. La notion de désastre invite à s’interroger sur le caractère proprement inattendu, violent et traumatisant de l’événement, dont les répercussions affectent non seulement les survivants, mais aussi leurs concitoyens et leurs descendants. Nous avons envisagé une définition élargie du désastre militaire, qui implique l’étude des défaites romaines, du massacre des soldats et des garnisons, en incluant également dans la réflexion les répercussions paradoxales de victoires ambiguës ou trop coûteuses en vies humaines7. L’analyse du lexique grec et latin du désastre l’y autorise, car le vocabulaire polysémique utilisé pour désigner la défaite militaire se confond avec celui, sémantiquement plus large, de la catastrophe et du massacre8. Dès lors, l’emploi de ces substantifs, verbes ou tournures lexicales prouve que les Anciens avaient une perception élargie du désastre militaire : de la prise d’une ville à la défaite en bataille rangée, en passant par le massacre d’une partie de l’armée (indépendamment de l’issue de la bataille)9.

  • 10 La réflexion ne peut s’inspirer que de quelques pistes issues des resiliences studies. L’étude des (...)
  • 11 Voir Nigro et Neisser, 1983, p. 467-482 ; également Frank et Gilovich, 1989, p. 399-403 ; Libby et (...)
  • 12 cf. Bloch, 1995, § 44 ; Brédart et Van der Linden, 2003 (sur la problématique des faux souvenirs) ; (...)
  • 13 Les savants considèrent depuis longtemps que la bataille des Thermopyles a été une source d’inspira (...)

3Pour essayer de comprendre comment les Romains ont intégré ces événements douloureux à un imaginaire commun, cette réflexion collective s’est inspirée de plusieurs sujets fréquemment débattus dans les travaux sur les résiliences, tout en discutant la pertinence et les limites de cette démarche appliquée aux sociétés antiques10. Il en résulte que les désastres militaires ont profondément affecté la culture et l’identité romaine, au travers d’un processus qui se mesure non seulement à partir de la création d’exempla pour les générations futures, mais aussi grâce à l’entretien d’une mémoire gentilice du désastre (par exemple, chez les Fabii et les Scipions). Ces faits marquants ont en commun d’avoir fait l’objet d’interprétations religieuses, moralisantes et historiques par leurs victimes et leurs descendants, et c’est au cours de ce processus mémoriel que l’événement a acquis le rang de « désastre » dans la mémoire romaine. Le désastre militaire se définit donc comme une construction mémorielle complexe, qui résulte d’une réinterprétation des faits a posteriori. Les témoins et les rescapés se réapproprient tout d’abord l’événement traumatisant : ils en construisent des premiers récits, individuels, subjectifs et conditionnés par le vécu de chacun11. Des travaux anthropologiques récents ont prouvé que ces premiers récits sont susceptibles de modifier en partie la réalité et de favoriser ensuite l’épanouissement de versions divergentes de l’histoire12. Les mêmes événements sont également réinterprétés par les autorités politiques, qui revisitent souvent les faits pour répondre à des enjeux politiques et idéologiques. Pour mener à bien leurs travaux, les historiens antiques ont été confrontés à l’enchevêtrement de ces récits, produits par des acteurs dont la perception du désastre pouvait être différente, voire contradictoire. Si certains Romains, particuliers ou magistrats, ont pu avoir tout intérêt à atténuer sa gravité, d’autres ont exploré plusieurs voies pour surmonter la catastrophe, en assumant même ses aspects les plus douloureux. Comme l’étudie Sophie Hulot dans ce dossier, le caractère destructeur du désastre militaire marque profondément la mémoire civique. Les sources écrites décrivent avec précision le nombre des combattants morts dans ces circonstances exceptionnelles, qu’il s’agisse d’élites (commandants, magistrats, aristocrates) ou de la masse des soldats tués. Une fois la guerre achevée, les faits sont mis en récit et leur mémoire est entretenue dans le cadre des familles romaines. Partant de ce constat, Cyrielle Landrea explique comment plusieurs gentes romaines aristocratiques ont intégré la défaite à leur histoire familiale, au lieu de nier la réalité de ces événements qui ont porté atteinte au prestige de la famille. Cette réinterprétation des faits n’est pas paradoxale. D’une part, la mémoire des défaites demeure sélective et, d’autre part, les gentes idéalisent souvent la disparition des aristocrates romains à la guerre, jusqu’à transformer quelquefois leur échec en sacrifice pour la patrie. Dans cette perspective, des légendes romaines ont pris pour modèle l’héroïsme des Spartiates lors de la bataille des Thermopyles13, et plusieurs traditions insistaient sur le courage et le sacrifice des aristocrates à la guerre (comme M. Atilius Regulus, soumis à la torture par les Carthaginois après sa capture en 256).

  • 14 Cette bataille, qui oppose les Romains au roi Pyrrhus d’Épire en 279, apparaît dans les sources com (...)
  • 15 Voir Briquel, 2008 ; Mineo, 2016 ; Engerbeaud, 2017, p. 391-426.

4Les récits historiques romains, comme celui de Tite-Live, signalent souvent à leurs lecteurs la coexistence de plusieurs versions d’un même désastre militaire. Les divergences les plus fréquentes portent sur les causes de la catastrophe, le nombre total de soldats romains tués ou encore sur l’ampleur des conséquences politiques et diplomatiques de la catastrophe. Parfois, l’issue même des batailles était controversée et des historiens romains ont été tentés de transformer des défaites en victoires (comme en témoigne, notamment, la falsification du dénouement de la bataille d’Ausculum par certains auteurs latins14). En partant de l’exemple de la défaite de Rome contre le roi Porsenna, Alexis Mészáros a relevé plusieurs logiques de réécriture mises en œuvre par les historiens antiques pour atténuer la portée des défaites et transformer ces épisodes douloureux en péripéties valorisantes. Des désastres du passé lointain ont été envisagés a posteriori comme des épreuves positives, qui ont renforcé l’unité de la communauté civique au lieu d’affaiblir ou de diviser les citoyens. Considérés dans cette perspective, ces événements étaient alors perçus comme des épreuves collectives qui ont contribué au renforcement de la puissance romaine. Dès lors, sous la plume de quelques historiens, certains désastres militaires sont devenus des étapes fondatrices de l’histoire romaine. C’est dans cette perspective que la prise de Rome par les Gaulois en 390 av. J.-C. a été réinterprétée à l’époque augustéenne15. Partant de ce constat, Charles Davoine démontre comment la destruction supposée de Rome par le feu en 390 a été utilisée a posteriori comme un argument pour mettre en exergue la capacité de résilience des Romains à travers la reconstruction de l’Vrbs. Ainsi, les désastres militaires ont servi de prétextes aux auteurs pour élaborer des discours historiques, littéraires et moralisateurs qui visent à dramatiser l’événement, à en transformer les causes voire à exorciser certains de ses aspects non assumés.

5La perception des désastres variait donc sensiblement en fonction des individus, des catégories sociales, mais aussi en fonction des époques de l’histoire romaine. Dans les écrits historiques, la mémoire des désastres s’est transformée au gré des siècles pour s’adapter à l’évolution constante des attentes du public romain. Benoît Lefebvre a observé cette transformation en comparant les différents récits de la défaite de Carrhes (53 av. J.-C.), ainsi que les allusions faites à cette bataille dans l’historiographie de l’époque impériale. Son étude montre notamment que les Romains ont conféré une nouvelle signification historique à la défaite de Crassus au moment où s’établissait le Principat. Parallèlement, des lettrés se sont appropriés d’autres désastres militaires et ont livré une interprétation plus personnelle de ces catastrophes. Cette relecture se situait parfois en marge de la version historique qui prédominait à leur époque. À travers l’étude de la Pharsale, Pierre-Alain Caltot démontre comment le poète Lucain a mis en scène la défaite des forces pompéiennes en 48 av. J.-C. comme un désastre civique et symbolique, alors que les Julio-Claudiens faisaient remonter, en partie, leur légitimité politique aux victoires militaires de Jules César. Ces évolutions dans la réécriture des désastres invitent à analyser l’interprétation de ces événements de façon diachronique, afin d’identifier les ruptures et les continuités dans l’imaginaire des catastrophes militaires romaines, de l’époque républicaine jusqu’aux premiers temps chrétiens. Dans cette perspective, Pierre Courroux a démontré que les défaites romaines de la République font l’objet de nouvelles interprétations historiques à la fin de l’Antiquité et que celles-ci conditionnent fortement la perception des guerres romaines au Moyen Âge.

6Ainsi, en étudiant de façon diachronique comment les Romains ont donné une signification historique aux événements les plus traumatisants de leur histoire militaire, nous avons observé et analysé la capacité des Anciens à assumer ou non ces catastrophes, à travestir leur mémoire, à s’en emparer pour créer une identité commune et, enfin, à en exploiter le souvenir pour créer des exempla visant à éviter les catastrophes futures (ou atténuer leur gravité). Dans ce cadre, les différentes formes de réappropriation des désastres militaires romains ont été étudiées et débattues par les contributeurs.

Top of page

Bibliography

Aldrete, G. S., 2007, Floods of the Tiber in Ancient Rome, Baltimore.

Baumwoll, J., 2008, The Value of Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction. A Unique Assessment Tool for Reducing Community Vulnerability to Natural Disasters, St. Louis.

Blix, B., 2014 (dir.), Local and Indigenous Knowledge for Community Resilience, Jakarta, UNESCO.

Bloch, M., 1995, Mémoire autobiographique et mémoire historique du passé éloigné, dans Enquête [En ligne], 2, mis en ligne le 26 janvier 2007, consulté le 21 juin 2018. URL : http://enquete.revues.org/309.

Boulay, T., 2014, Arès dans la cité. Les poleis et la guerre dans l’Asie mineure hellénistique, Pise.

Brédart, S. et Van der Linden, M., 2003, Souvenirs récupérés, souvenirs oubliés et faux souvenirs, Marseille.

Briquel, D., 2008, La prise de Rome par les Gaulois. Lecture mythique d’un événement historique, Paris.

Buchet, L., Rigeade, C., Séguy, I. et Signoli M., 2009, (dir.), Vers une anthropologie des catastrophes. 9e Journées anthropologiques de Valbonne, 22-24 mai 2007, Paris.

Cartapanis, A., 2012, La crise financière et la responsabilité des économistes, Tracés, 11, p. 149-161.

Cavaggioni, F., 2010, Generali e sconfitta militare a Roma agli albori della Repubblica (509-290 A.C.), Padoue.

Cavaggioni, F., 2013, Vae victis! Il problema della sconfitta militare a Roma durante lo scontro con Annibale, Bologne.

Chrystal, P., 2015, Roman Military Disasters. Dark Days and Lost Legions, Barnsley.

Clark, J. H., 2014, Triumph in Defeat. Military Loss and the Roman Republic, Oxford.

Clark, J. H. et Turner, B., 2018a, (dir.), Brill’s Companion to military defeat in ancient Mediterranean society, Leyde-Boston.

Clark, J. H. et Turner, B., 2018b, Thinking about Military Defeat in Ancient Mediterranean Society, dans J. H. Clark et B. Turner (dir.), Brill’s Companion to military defeat in ancient Mediterranean society, Leyde-Boston, p. 3-22.

Cyrulnik, B. et Peschanski, D., 2012, Mémoire et traumatisme. L’individu et la fabrique des grands récits, Paris.

Dorey, T. A., 1959, Roman Casualty Figures at Trasimene and Cannae, Historisches Jahrbuch, 7, p. 1-5.

Ducat, J., 1984, Le tremblement de terre de 464 et l’histoire de Sparte, dans Tremblements de terre. Histoire et archéologie. IVe rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes. 2-3-4 novembre 1983, p. 73-85.

Engerbeaud, M., 2013, La bataille d’Ausculum (279 avant J.-C.), une défaite romaine ?, RPh, 87/1, p. 61-80.

Engerbeaud, M., 2017, Rome devant la défaite (753-264 avant J.-C.), Paris.

Engerbeaud, M., 2018a, La mémoire des défaites de la République romaine : état de la recherche et nouvelles perspectives, Aix-en-Provence, 6 avril 2018, BSL, 48/2, p. 646-648.

Engerbeaud, M., 2018b, La « bataille du Rhône » (218 avant J.-C.) : la première défaite romaine de la deuxième guerre punique ?, Historia, 68/1, p. 36-60.

Fisher, C. T., Brett Hill, J. et Feinman, G. M., 2009, (dir.), The Archaeology of Environmental Change. Socionatural Legacies of Degradation and Resilience, Tucson.

Frank, G. et Gilovich, T., 1989, Effect of Memory Perspective on Retrospective Causal Attributions, J. Pers. Soc. Psychol., 57/3, p. 399-403.

Golden, G. K., 2013, Crisis management during the Roman Republic. The role of political institutions in emergencies, Cambridge.

Goldsworthy, A. K., 2002, Cannae, Londres.

Goodhall, H. et Cadzow, A., 2009, Rivers and Resilience. Aboriginal People on Sydney’s Georges River, Sydney.

Gwyn Morgan, M., 1972, The defeat of L. Metellus Denter at Arretium, CQ, 22/2, p. 309-325.

Helly, B. et Pollino, A., 1984 (dir.), Tremblements de terre. Histoire et archéologie. IVe rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes. 2-3-4 novembre 1983, Valbonne.

Humm, M., 2017, Rome, une « cité grecque » prise par les Hyperboréens, Ktéma, 42, p. 53-72.

King, D. N. T., Goff, J. et Skipper, A., 2007, Māori environmental knowledge and natural hazards in Aotearoa-New Zealand, JRSNZ, 37/2, p. 59-73.

Kossov, V., 2012, La langue russe à l’épreuve de la crise économique de 2007-2009 : les apports linguistiques au travers de la presse, dans ILCEA [En ligne], 15, mis en ligne le 30 janvier 2012, consulté le 21 juin 2018. URL : http://ilcea.revues.org/1195

Labbé, T., 2017, Les catastrophes naturelles au Moyen Âge, Paris.

Lazar, N. C., 2006, Making Emergencies Safe for Democracy. The Roman Dictatorship and the Rule of Law in the Study of Crisis Government, Constellations, 13/4, p. 506-521.

Leblond, C., 2012, Les mots de la crise : exploration du versant langagier de la crise boursière et financière de 2007-2009, ILCEA [En ligne], 15, mis en ligne le 30 janvier 2012, consulté le 21 juin 2018. URL : http://ilcea.revues.org/1130.

Lévy, É., 1976, Athènes devant la défaite de 404. Histoire d’une crise idéologique, Paris.

Lévy, É., 2017 (dir.), Les interprétations de la défaite de 404, Ktéma, 42.

Libby, L. et Eibach, R, 2002, Looking Back in Time. Self-concept Change Affects Visual Perspective in Autobiographical Memory, J. Pers. Soc. Psychol., 82/2, p. 167-179.

Marco Simón, F., Pina Polo, F. et Remesal Rodríguez, J., 2012 (dir.), Vae victis! Perdedores en el mundo antiguo, Barcelone.

Mcadoo, B. G., Dengler, L., Prasetya, G. et Titov, V., Smong. How an Oral History Saved Thousands on Indonesia’s Simeulue Island during the December 2004 and March 2005 Tsunamis, Earthquake Spectra, 22/3, p. 661-669.

Mineo, B., 2016, Archéologie du récit livien de la prise de Rome par les Gaulois, dans B. Mineo et Th. Piel (dir.), Les premiers temps de Rome. vie-iiie siècle av. J.-C. La fabrique d’une histoire. Actes du colloque des 5 et 6 juin 2014, Université de Nantes, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 165-204.

Mineo, B., 1997, L’interprétation livienne de l’histoire : le récit des défaites romaines de la Trébie à Cannes, REL, 75, p. 113-128.

Moret, P., 2012, L’histoire de deux défaites : Tolosa et Caepio (106-105 av. J.-C.), dans F. Marco Simón, F. Pina Polo et J. Remesal Rodríguez (dir.), Vae victis ! Perdedores en el mundo antiguo, Barcelone, p. 141-152.

Nigro, G. et Neisser, U., Points of View in Personal Memory, Cognitive Psychology, 15, p. 467-482.

Ockman, J., 2002, (dir.), Out of Ground Zero. Case Studies in Urban Reinvention, New York.

Ogilvie, R. M., 1965, A Commentary on Livy. Books 1-5, Oxford.

Ostenberg, I., 2014, War and Remembrance. Memories of Defeat in Ancient Rome, dans B. Alroth et C. Scheffer (dir.), Attitudes towards the past in Antiquity. Creating Identities ? Papers held at the Conference at Stockholm University 15-17 May 2009, Stockholm, p. 255-265.

Pais, E., 1898, Storia di Roma. Vol. 1, Turin.

Parrinello, G., 2016, Les enjeux de l’après : vulnérabilité et résilience à l’épreuve des politiques de la catastrophe au xxe siècle, dans VertigO [En ligne], 16/3, mis en ligne le 20 décembre 2016, consulté le 28 mars 2018. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/vertigo/17963.

Paton, D. et Johnston, D., 2001, Disasters and Communities : Vulnerability, Resilience and Preparedness, DPM, 10/4, p. 270-277.

Payen, P., 2012, Les revers de la guerre en Grèce ancienne, Paris.

Przyluski, V., 2012, Gestion des risques naturels. Leçons de la tempête Xynthia, Versailles.

Quenet, G., 2009, La catastrophe naturelle, l’événement et l’historien, dans L. Buchet, C. Rigeade, I. Séguy et M. Signoli (dir.), Vers une anthropologie des catastrophes. 9e Journées anthropologiques de Valbonne, 22-24 mai 2007, Paris, p. 65-75.

Rich, J., 2012, Roman Attitudes to Defeat in Battle under the Republic, dans F. Marco Simón, F. Pina Polo et J. Remesal Rodríguez (dir.), Vae victis! Perdedores en el mundo antiguo, Barcelone, p. 83-111.

Richardson, J. H., 2012, The Fabii and the Gauls. Studies in Historical Thought and Historiography in Republican Rome, Stuttgart.

Rosenberger, V., 2003, The Gallic Disaster, CW, 96/4, p. 365-373.

Rosenstein, N. S., 1990, Imperatores victi. Military Defeat and Aristocratic Competition in the Middle and Late Republic, Berkeley.

Salberg, J. et Grand, S., 2017 (dir.), Wounds of History. Repair and Resilience in the Trans-generational Transmission of Trauma, Londres-New York.

Sauer, J. J., 2015, The Archaeology and Ethnohistory of Araucanian Resilience, Heidelberg-New York.

Savitch, H. V., 2007, Cities in a Time of Terror. Space, Territory, and Local Resilience, Armonk.

Scullard, H. H., 1955, Cannae. Battlefield and Burial Ground, Historia, 4, p. 474-475.

Toner, J. P., 2013, Roman Disasters, Cambridge.

Traina, G., 2011, Carrhes, 9 juin 53 avant J.-C. Anatomie d’une défaite, Paris.

Top of page

Notes

1 Initialement issu de la physique, le concept de résilience a récemment rejoint le champ des sciences sociales à travers la notion de « résilience communautaire ». Ce concept désigne, selon D. Paton et D. Johnston, « la capacité d’une communauté à rebondir et à se reconstruire en utilisant ses propres ressources » (Paton et Johnston, 2011, p. 273 : “the ability of a community to bounce back and recover using its own ressources”).

2 Au sujet du tsunami de 2004 et de la résilience des peuples premiers d’Asie du Sud-Est confrontés à ce type de catastrophe, voir Blix, 2004 ; McAdoo et alii, 2006, p. 661-669 ; Baumwoll, 2008, p. 1-2.

3 Voir, à titre d’exemple, l’essor des études sur les crises urbaines après le 11 septembre 2001 (Ockman, 2002 ; Savitch, 2007), sur les catastrophes naturelles envisagées comme des objets d’étude en géographie (Przyluki, 2012) ou en anthropologie (Buchet Rigeade et Séguy, 2009 ; Goodhall et Cadzow, 2009), sur les résiliences en linguistique après le krach boursier de 2008 (Leblond, 2012 ; Kossov, 2012). Enfin, l’étude des résiliences demeure un sujet privilégié des psychologues dont les problématiques rejoignent parfois celles des historiens au sujet des témoins et de la mémoire des événements (cf., par exemple, Salberg et Grand, 2017).

4 Dans les études historiques, les resilience studies ont tout particulièrement investi les travaux sur le xxe siècle (guerres mondiales, génocides, mais aussi épidémies et catastrophes naturelles). Voir Cyrulnik et Peschanski, 2012 ; également Parrinello, 2016 sur les catastrophes naturelles. Ces réflexions sur les désastres et la manière dont les sociétés parviennent à les surmonter gagnent dans un second temps les travaux des historiens médiévistes et antiquisants.

5 Toner, 2013. D’autres travaux en histoire ancienne et en archéologie avaient ouvert la voie et précédé celui de J. Toner : Lazar, 2006 (sur les situations d’urgence institutionnelles) ; Aldrete, 2007 (sur les crues du Tibre), ou encore Ducat, 1984 (sur le tremblement de terre de Sparte en 464). Plusieurs congrès en archéologie ont été consacrés aux catastrophes naturelles (Helly et Pollino, 1984 ; Fisher, Brett Hill et Feinman, 2009).

6 Voir le compte-rendu de la seconde journée d’étude (Engerbeaud, 2018a).

7 Depuis les années 2010, les études sur les échecs militaires et leurs revers politiques, sociaux et économiques s’épanouissent dans les sciences de l’Antiquité. En histoire grecque, l’étude d’Éd. Lévy sur la défaite athénienne de 404 a fait figure de précurseur (Lévy, 1976). Voir, ensuite, Payen, 2012 ; Boulay, 2014. Concernant le monde romain, si les études se consacrent souvent à des épisodes précis (notamment Scullard 1955 ; Wolski 1956 ; Gwyn Morgan, 1972 ; puis Rosenberger, 2003 ; Briquel, 2008, ; Traina, 2011 ; Mineo, 2016 ; Humm 2017 ; Engerbeaud, 2018b), l’étude de N. S. Rosenstein sur les imperatores uicti a ouvert un débat historiographique sur les répercussions politiques des défaites à la fin de l’époque républicaine (Rosenstein, 1990 ; puis, après cet ouvrage, Tatum, 1991 ; Cavaggioni, 2010 ; Rich, 2012). Depuis, les études s’élargissent et examinent des problématiques plus transversales, tant du point de vue chronologique que thématique (Marco Simón, Pina Polo et Remesal Rodríguez, 2012 ; Ostenberg, 2014 ; Clark, 2014 ; Engerbeaud, 2017 ; et les contributions dans Clark et Turner, 2018a).

8 cf. Engerbeaud, 2017, p. 58-67. C’est notamment le cas de clades en latin ou de πάθος en grec, qui peuvent désigner l’un comme l’autre des défaites ou des catastrophes au sens large, militaires ou non.

9 Pour une définition conceptuelle de la défaite antique à partir de l’analyse du lexique grec et latin, voir Engerbeaud, 2017, p. 70-89.

10 La réflexion ne peut s’inspirer que de quelques pistes issues des resiliences studies. L’étude des victimes, de leurs témoignages et de leurs ressentis, demeure, de fait, très limitée dans ses possibilités à cause de la nature de la documentation antique.

11 Voir Nigro et Neisser, 1983, p. 467-482 ; également Frank et Gilovich, 1989, p. 399-403 ; Libby et Eibach, 2002, p. 167-179.

12 cf. Bloch, 1995, § 44 ; Brédart et Van der Linden, 2003 (sur la problématique des faux souvenirs) ; et une synthèse sur ce sujet et sa bibliographie dans Engerbeaud, 2017, p. 44-48.

13 Les savants considèrent depuis longtemps que la bataille des Thermopyles a été une source d’inspiration pour la réécriture de plusieurs défaites romaines qui se sont déroulées lors des premiers siècles de Rome. Ce serait tout particulièrement le cas au sujet de la bataille de la Crémère, au cours de laquelle 300 membres de la gens Fabia auraient été massacrés par les Véiens en 477 (cf. Pais, 1898, p. 523 ; Ogilvie, 1965, p. 359-360 ; Richardson, 2012, p. 140-142).

14 Cette bataille, qui oppose les Romains au roi Pyrrhus d’Épire en 279, apparaît dans les sources comme une victoire ou une défaite romaine. Quelques auteurs, comme Tite-Live et Denys d’Halicarnasse, la décrivaient sans doute plus justement comme un statu quo entre les belligérants. À ce sujet, voir Engerbeaud, 2013, p. 61-80.

15 Voir Briquel, 2008 ; Mineo, 2016 ; Engerbeaud, 2017, p. 391-426.

Top of page

References

Bibliographical reference

Mathieu Engerbeaud, “Introduction”Pallas, 110 | 2019, 259-266.

Electronic reference

Mathieu Engerbeaud, “Introduction”Pallas [Online], 110 | 2019, Online since 27 February 2020, connection on 18 June 2024. URL: http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/17719; DOI: https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.17719

Top of page

About the author

Mathieu Engerbeaud

Maître de conférences en Histoire romaine
Aix Marseille Université
Centre Paul-Albert Février – UMR 7297
mathieu.engerbeaud[at]univ-amu.fr

Top of page

Copyright

CC-BY-NC-ND-4.0

The text only may be used under licence CC BY-NC-ND 4.0. All other elements (illustrations, imported files) are “All rights reserved”, unless otherwise stated.

Top of page
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search