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Bois et architecture dans la Protohistoire et l’Antiquité (XVIe av. J.-C. - IIe s. apr. J.-C). Grèce, Italie, Europe occidentale. Approches méthodologiques et techniques
Interpréter les traces de bois en négatif à l’âge du Bronze (Crète, Grèce continentale)

Le bois dans les murs à Mycènes à l’époque mycénienne : remarques sur le rôle structurel du matériau

Timber in wall structure in Mycenae during the Mycenaean Period : remarks on structural function of wood
Sylvie Rougier-Blanc
p. 151-172

Résumés

Le site de Mycènes présente un avantage indéniable pour étudier le rôle structurel ou non du bois dans les murs à l’époque mycénienne : particulièrement bien documenté, il offre une série d’édifices aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la citadelle, de nature différente, aussi bien palatiaux que plus commun, comme les maisons du quartier de la Panaghia. La chronologie architecturale du site est large et témoigne de profonds remaniements. Enfin des publications précises, même si elles relèvent de fouilles anciennes, existent pour ce site largement emblématique de la civilisation mycénienne. L’objectif de cet article est de présenter dans un premier temps un essai de typologie de la présence de vestiges de bois dans les structures portantes des différents édifices du site. Toutes les structures et tous les assemblages ne sont en effet pas équivalents et ne remplissent pas la même fonction. Tous les murs d’un même édifice ne présentent pas non plus de traces de pièces de bois, ce qui semble témoigner d’usages ponctuels. Dans un second temps, la question du rôle proprement structurel du bois dans les murs est examinée. Loin d’être unifiés, les usages du bois dans les murs à Mycènes sont très variés et répondent à des impératifs différents. En examinant les différents dispositifs restitués, il est possible de souligner le rôle important du bois dans la mise en œuvre des murs.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Le rôle du bois est abordé de façon synthétique, et relativement marginale dans les ouvrages de réf (...)
  • 2 Küpper, 1996, p. 14-21, insiste sur l’usage de la scie pendulaire pour obtenir des blocs parfaits, (...)
  • 3 Le site d’Akrotiri a livré en effet des pièces de bois carbonisées et en place dans les murs (e.g P (...)
  • 4 Les fouilles récentes de J. Maran ont changé la donne.
  • 5 Quelques critères simples sont éloquents : dimensions moindres des pièces, absence de maison « à co (...)
  • 6 E.g. Schliemann, 1877. Voir Tsakanika-Theohari, 2009, p. 19-23.

1Les usages du bois dans l’architecture mycénienne sont attestés depuis longtemps. Paradoxalement, ils n’ont jamais fait l’objet d’étude de détail1. La civilisation palatiale mycénienne est en effet surtout connue et valorisée pour son usage de la pierre (murs en appareil cyclopéen imposants, seuils monolithes en conglomérat, voûtes à encorbellement des tombes à tholos, linteaux des stomata des dromoi de ces mêmes tombes…). Sans aucun doute sous l’influence de l’architecture grecque classique, les réalisations en pierre ont davantage retenu l’attention des archéologues et des historiens des techniques que la présence du bois. La maîtrise technique de la pierre, impressionnante, a contribué à cet intérêt majeur2. Le peu de vestiges conservés peut aussi expliquer ce phénomène. Les usages du bois en contexte minoen, tout particulièrement dans l’architecture néopalatiale, ont été analysés en détails grâce au bon état de conservation des vestiges3 mais ce n’est pas encore le cas des restes mycéniens. L’avantage que représente le site de Mycènes pour étudier le rôle structurel ou non du bois dans l’architecture est cependant majeur : bien documenté et particulièrement riche, il présente une série d’édifices (fig. 1), à l’intérieur comme à l’extérieur de la citadelle, de nature différente – ce qui n’est guère le cas de Pylos et qui n’existe que dans une certaine mesure à Tirynthe4 –, aussi bien palatiaux que plus communs (voire à rattacher à l’architecture dite abusivement vernaculaire comme les maisons du quartier de la Panaghia5). La chronologie architecturale du site est large et témoigne de profonds remaniements, notamment au cours de l’Helladique récent III B (vers 1300 av. J.-C.), quand le mur d’enceinte de la citadelle est élargi et renforcé. C’est aussi à la suite des fouilles de Mycènes, dès le début du siècle précédent, que s’est développé le choix du terme grec de xylodesia pour désigner la présence, récurrente, d’empreintes de pièces de bois dans les murs6.

Fig. 1. Plan d’ensemble du site de Mycènes, d’après Darcque, 2005, plan 20

Fig. 1. Plan d’ensemble du site de Mycènes, d’après Darcque, 2005, plan 20
  • 7 Un réexamen des données in situ serait nécessaire, mais exigerait une mission spécifique, du temps (...)

2L’objectif de cet article est de présenter dans un premier temps un essai liminaire de typologie de la présence de vestiges de bois dans les structures de murs des différents édifices où des traces ont été identifiées et décrites dans les publications anciennes7. Dans un second temps, la question du rôle proprement structurel du bois dans ces murs sera examinée à travers quelques exemples précis, dont la fameuse « maison aux colonnes ». L’approche proposée ici est avant tout historique (modalités de mise en œuvre, origine des techniques utilisées, enjeux des choix opérés), et non uniquement archéologique. Elle constitue un aspect seulement d’une recherche plus large sur les usages du bois dans l’architecture mycénienne. D’autre part, la question de l’influence minoenne (transfert de technique, artisans minoens à Mycènes), qui dépasse notre sujet, ne sera abordée que de façon ponctuelle, en relation avec la maîtrise des savoir-faire liés au bois.

1. Le bois dans les murs à Mycènes : un matériau omniprésent. Essai de typologie descriptive

1.1. Question de terminologie et d’interprétation

  • 8 Nelson, 2001, repris en partie dans Nelson 2017. Voir infra. Une journée d’étude est prévue le 15 o (...)
  • 9 Il s’agit de pièces de bois disposées horizontalement dans le mur.
  • 10 Ginouvès, 1988, p. 86, définit le pan de bois de la façon suivante : « assemblage dans un même plan (...)
  • 11 Blegen et Rawson, 1966, p. 32.
  • 12 Mylonas, 1966, p. 48 pour une présentation générale du bois dans les murs de Mycènes.
  • 13 Nelson, 2001, p. 73. Pour une discussion sur l’utilisation du terme en grec et en anglais, Tsakanik (...)
  • 14 Aurenche, 1977, p. 23 et 47. Ginouvès, 1988 assimile les deux termes : « ensemble de pièces végétal (...)
  • 15 Stéphane Lamouille me fait remarquer à juste titre que, du point de vue constructif, un chaînage se (...)

3Des empreintes de pièces de bois dans des murs (soubassements plus que superstructures car ces dernières sont rarement conservées, ou en partie seulement) ont été observées dès les premières fouilles à Mycènes, mais leur interprétation en termes constructifs et structurels n’est pas aisée. D’une part, la notion même de trace, d’empreinte de pièces de bois, pose problème : l’existence, dans des murs de moellons ou de pierre, de « vides » associés ou non à un mortier d’argile, a pu être systématiquement interprétée comme vestige de poutres de bois, aujourd’hui disparues, sans qu’il y ait nécessairement présence de résidus ligneux qui confirmerait ce point. Les remarques de Michael Nelson à propos de la construction du palais de Pylos8 invitent à reconsidérer la notion même d’empreintes de pièces de bois : elles peuvent témoigner d’une étape dans le processus de construction, sans que les longrines9 aient subsisté dans le bâti. Qui dit négatifs de bois dans les murs, ne dit pas nécessairement murs à ossature bois. D’autre part, l’état des vestiges ne permet pas toujours d’identifier clairement le système dont il est question car toutes les empreintes ne sont pas claires et l’état des murs est fragmentaire. Les descriptions souvent très allusives des rapports ou des publications anciennes ajoutent aux difficultés car la plupart du temps les traces matérielles se sont considérablement altérées depuis l’époque des fouilles. Les descriptions des vestiges évoquent des murs « half timbered », ou avec « timber frame », – l’expression anglo-saxonne désigne une armature en bois, comme le terme allemand « Fachwerk » (qu’il conviendrait davantage de traduire par « pan de bois »10) avec un rôle structurel porteur – ; le terme grec de xylodesia est parfois utilisé dans les publications11, notamment par G. Mylonas12. Il signifie une armature tridimensionnelle de bois dans laquelle sont entassés des moellons et de l’argile, sans impliquer nécessairement un rôle porteur des pièces de bois13. Le terme de chaînage peut aussi prêter à controverse, car selon certains14, il doit être réservé aux murs appareillés, si bien qu’évoquer une armature (ou une ossature) semble plus neutre et plus exact15. Difficulté supplémentaire ; la désignation des pièces de bois (longrine, sablière, traverse etc.) induit aussi un type de structure (pan de bois ou ossature de type chaînage) et ne fait pas consensus chez les architectes et les archéologues.

1.2. Premiers éléments pour un inventaire des usages du bois dans les murs de moellons

  • 16 Mylonas-Shear, 1987, p. 15-63.

4Un premier tableau des pièces de bois décelées dans les structures de murs de moellons d’après les publications (rapports de fouille, monographies et synthèses, anciennes comme récentes) permet de souligner trois points importants (Tableau 1) : le quartier de la Panaghia n’a livré aucun vestige de bois dans les murs. Éloigné de la citadelle, situé au sud ouest des tombes à tholoi, ce « quartier » à l’architecture et à l’organisation simples, n’est pas pour autant en dehors de la sphère d’influence du palais car des nodules avec inscriptions en linéaire B ont été découverts à l’intérieur des maisons et certaines pièces étaient de toute évidence dévolues au stockage16. Néanmoins l’architecture relève moins de l’architecture de prestige que les autres édifices étudiés. Cela ne signifie pas pour autant que les superstructures de briques étaient dépourvues de pièces de bois, mais aucune trace ne subsiste. Autre caractéristique importante : des pièces de bois ne sont pas attestées dans tous les murs d’un même édifice ou d’un même ensemble architectural. La question de la préservation des indices ne suffit pas à expliquer l’absence de vestiges systématiques. Il faut envisager le recours au bois dans les murs, sinon comme anecdotique, du moins comme ponctuel, répondant, dans chaque cas, à des exigences propres. Dernier point non négligeable : les éléments de bois sont souvent présents dans les murs de séparation intérieure, notamment pour la maison du marchand d’huile du quartier de Clytemnestre, une maison à couloir, construite en terrasse et, dans une certaine mesure, pour la maison aux colonnes. Cet élément tendrait à prouver que les pièces de bois dans ces murs ne jouent pas nécessairement un rôle porteur majeur, mais nous y reviendrons, notamment dans le cas de la maison aux colonnes, car tout dépend du plan de l’édifice.

Tableau 1. Tableau récapitulatif des pièces de bois attestées dans les murs de moellons à Mycènes

  • 17 Les traces de pièces de bois dans l’enduit, à la jonction entre les murs est et sud proviennent plu (...)

Désignation.
Dates. Caractéristiques générales

Localisation des structures de bois attestées

Détails techniques

Principales références bibliographiques

Maison aux colonnes
HR III B2
Citadelle
Dimensions : 48 x 21 m
Surface : 924,3 m2
Orientation NE/SO
Entrée NO
À étage

Murs intérieurs :
Mur est du couloir Y entre les pièces aux pithoi et aux jarres à étrier (fig. 2)
Mur entre le couloir X et la pièce Z ; Mur de renfort du magasin 6
pièce du nord

Murs de moellons (ép. 0,90 à 1,20 m)
Traces de poutres de bois verticales et horizontales, à environ 1 m du sol.
Traverses
Section quadrangulaire ; largeur entre 10 et 18 cm
(voir Pl. IX type 1a)

Wace, 1949, p. 91-97, spec. 95
Mylonas, PAE 1967, p. 8-14

Maison du Marchand d’Huile
HR III B1
Quartier de Clytemnestre
(ville basse au sud du cercle A)
Dimensions :
27,75 x 16,5 (N)-18 m
Surface : 478,7 m2
Orientation ; N-NE/S-SO
Entrée : E
À étage

Traces de poutres uniquement pour les murs intérieurs de l’édifice

Murs en moellons
Pièces de bois reposant directement sur le sommet du mur. Épaisse couche d’argile au même niveau (Pl. IX, type 2a et b).

Wace, 1953, p. 12 ; Tournavitou, 1995, p. 29, 38

Maison aux Boucliers
HR III B1
Quartier de Clytemnestre
Dimensions : 35 x 14,8 m
Surface : 518 m2
Orientation : N/S
Entrée : N ?
À étage

Mur est de la pièce ouest (mur intérieur) traces de 5 poutres transversales (0,70-1,00-1,10 m de distance) sur la largeur du mur
Mur ouest de la pièce ouest (extrémité nord est), 3 empreintes de poutres verticales tous les 1,10 m

Murs de moellons
Traverses de 0,15 à 0,25 m de large
Chaque structure de bois à 0,73 m du sol (Pl. IX, type 1a)

Wace, 1954, p. 181 et Tournavitou, 1995, p. 18

Maison des Sphinx
HR III B1
Quartier de Clytemnestre
Dimensions : 22,
30 x 16,30-17,25 m
Surface : 374 m2
Orientation : N-NE/S-SO
Entrée S
À étage

Empreintes dans les murs des pièces 4,6, 8 et 10.
Mur est de la pièce 10, cavités à 1,28 m du sol pour accueillir des poutres, idem mais dans le mur ouest de la pièce 2, à 2,10 m au dessus du sol de la pièce.

Cavités dans les murs de moellons à plus d’1 m du sol, probablement pour accueillir des poutres
(Pl. IX, type 5)

Wace, 1956, p. 113-116 ; Tournavitou, 1995, p. 42

Maison ouest
HRIII B1
Quartier de Clytemnestre
Destruction fin HR IIIB
Dimensions :
ca. 29 x 10-12,5 m
Surface : au moins 300 m2
Orientation : N/S
Entrée : S

Mur est de la pièce 1, traces de poutre dans l’enduit.

Murs de moellons
Traces de pièces de bois à 1 m du sol (secteur ouest, où l’épaisseur des murs est moindre, de 0,5 m contre 0,7-1,4 m à l’est)
(Pl. IX type 1a ou 4)

Verdélis, PAE, 1958, p. 157-164 ; Tournavitou, 1995, p. 2 ; 917

Maison Sud
HR IIIB1-2
Citadelle, au nord du centre cultuel
Dimensions :
15, 60 x 14 m
Surface : 316,6 m2
Entrée NE
À étage

Empreintes à la fois horizontales et verticales, traverses à certains endroits pour relier les pièces de bois bien visibles

Traces de pièces de bois à 0,92 m du sol, poutres verticales en façade tous les 1 m environ, de 0,12 m de large environ.
(Pl. IX type 1a)

schéma de restitution de Wace, 1949, fig. 24a
(restitution du mur ouest de la maison)
Fig. 85b (photo)

Maison Sud du cercle A
Date HR III B1-B2 ?

Traces de poutres verticales

Wace, 1949, p. 64

Maisons nord-ouest
HR III B2

Traces de poutres sur les murs ouest et sud, de la pièce 2 de la maison II

Mur sud (pièce 2) terrain en pente d’où rupture dans l’alignement de la structure de bois ; poutres verticales comme horizontales de 0,14 m de large, les verticales entre 0,67 et 0,76 m d’espacement
(Pl. IX type 1b)
Particularité du mur ouest
poutres verticales qui descendent jusqu’au sol, de 0,15 à 0,20 m de large en intervalle de 0,80-0,85-0,70 m.
(Pl. IX type 3)

Iakovidis, 2006, p. 152

Palais

Aucune trace dans les murs entièrement de moellons

Maisons 1 et 2 de la Panaghia
HR III B
Quartier de la Panaghia

Aucune trace de bois dans les murs de moellons, aucun indice d’une armature de bois pour la superstructure en brique

Mylonas-Shear, 1968

Maison Petsas
HR III A2 (destruction violente à l’HR IIIB)
Ville basse à est de la maison du marchand de vin
Dimensions : au moins 30 x 21 m
Surface ?
Orientation : NE/SO
Entrée ?
À étage

Edifice sur 3 niveaux
Traces de poutres de bois dans les murs de moellons des pièces Π, notamment poutre horizontale servant d’appui à la structure de bois.
Murs ouest des pièces A et E poutres verticales fichées dans le sol

Pièces de sous-sol
voir Shelton 2009
(Pl. IX type 3)

Petsas, PAE, 1950, p. 203-233 et 1951, p. 192-196. Shelton, 2009, p. 638-642.

Maison Tsountas
Citadelle au sud du centre cultuel
HR IIIA
Dimensions :
ca. 17,5 x 15 m
Surface : 195 m2
Orientation : NO/SE
Entrée : NE
À étage
Construction sur deux niveaux

Épaisseur variable des murs
Traces de longrines, de traverses sur les murs du rez-de chaussée et au niveau supérieur,

D’après les relevés de Wright 2006, fig. 1. 10 armatures de bois dans les murs (fig. 5, type 6)

Tsountas, PAE 1886, p. 74-78, Wace, 1949, p. 66-67.Wright, 2006, 28-29 avec figures associées

Pl. IX. Typologie restituée des murs mixtes moellons-briques (type 1 à 5).

Pl. IX. Typologie restituée des murs mixtes moellons-briques (type 1 à 5).

Dessins Sophie Rougier.

Fig. 2. Mycènes. Plan de la maison aux colonnes

Fig. 2. Mycènes. Plan de la maison aux colonnes

(d’après Darcque, 2005, plan 49)

  • 18 Wace, 1949, p. 55 : « The wall on the east is double. There is a back wall, probably the original, (...)
  • 19 Procédé qui rappelle les armatures de bois en contexte domestique à Malia. Voir dans ce dossier, Po (...)
  • 20 Wace, 1949, p. 55 : « This framework probably ran up still higher to support a superstructure of un (...)

5Une exception à ces premières remarques mérite d’être soulignée cependant : le mur de moellons qui borde la façade est du mur de la grande rampe de la citadelle, qui était à l’origine composé de gros blocs de conglomérat18, présente sur sa face est des traces de pièces de bois horizontales et verticales (fig. 3). Rien n’a été relevé sur l’autre face. Il s’agit de toute évidence d’un ajout postérieur. Même si la présence de traverses n’a pas été détectée, elles devaient exister au moins sur une certaine largeur (à défaut d’occuper toute l’épaisseur du mur), faciliter la jonction entre les deux parements et renforcer la cohésion de l’ensemble19. L’usage du bois dans les murs correspond dans ce cas à une stratégie d’adaptation et de rénovation. A. J. Wace insiste davantage sur le rôle de renforcement de la cohésion avec l’élévation en briques20.

Fig. 3. Mycènes. Restitution du mur de la grande rampe avec armature de bois

Fig. 3. Mycènes. Restitution du mur de la grande rampe avec armature de bois

(d’après Wace 1949, fig. 24b)

  • 21 En termes constructifs, la tentation est grande d’envisager que tous les murs d’un édifice relevaie (...)
  • 22 Un réexamen in situ des murs permettrait de lever les doutes.

6Des schémas de restitution de la présence de bois dans les murs, d’après les données à notre disposition, permettent de noter plusieurs éléments majeurs et de s’interroger sur le sens des usages du bois dans les murs de moellons (Pl. IX). Les pièces de bois, sauf exception (type 3, cas relativement peu représenté à Mycènes), ne sont pas situées à moins de 0,60 m du sol. Elles sont la plupart du temps quadrangulaires et leur mise en œuvre est très souvent en lien avec l’aspect composite des murs (moellons-brique crue). Il ne s’agit pas d’une pratique systématique, contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier abord21, mais plutôt d’usages ponctuels, du moins en l’état actuel de nos connaissances22. Les dispositifs ne semblent pas non plus unifiés : on trouve aussi bien une véritable armature avec pièces de bois transversales que des empreintes de longrines sur une face de mur ou les deux, associées ou non à des poutres verticales.

  • 23 Wace, 1949, p. 91-98, Mylonas, 1967, p. 8-14 ; 1968, p. 12-26. Iakovidis, 1983, p. 64-66. Darcque 1 (...)
  • 24 Wace, 1949, p. 91-97, cherche à interpréter l’édifice comme l’archétype de la maison homérique. Voi (...)
  • 25 Wace, 1949, fig. 32. Voir la légende du plan de fouille qui propose pour certains murs : « do with (...)
  • 26 Wace, 1949, p. 94.
  • 27 Ibid., p. 95 : « Some of the walls, for instance that between the two rooms (v, v) do not have such (...)
  • 28 Wace, 1949, p. 95.Voir tableau 1 quand les données sont précisées dans les publications.
  • 29 Shelton, 2009.

7Le cas de la maison aux colonnes mérite qu’on s’y attarde (fig. 2). Dans les publications et la synthèse d’Alan J. Wace, il est question de murs endommagés, notamment du fait des réoccupations de la période hellénistique23. Cependant le plan d’ensemble peut être restitué sans difficulté. Il a fait l’objet de multiples interprétations qui ne retiendront pas ici l’attention puisque l’objet de cette étude est de discuter le rôle structurel du bois comme matériau de construction24. Wace fait le choix, dans son plan de fouille, de proposer des murs avec ossature de bois pour une grande partie sud de l’édifice25 ; la maison est organisée sur plusieurs niveaux, suite à un fort dénivelé de près de 4 m qui a été en partie comblé par un remblai sur lequel a été aménagée la cour26. Les murs des pièces en sous-sol (« basement » dans la description d’A. J. Wace), sont conservés dans la partie sud de la maison. Les murs à l’est du couloir Y (pièces aux pithoi et aux jarres à étriers dans la publication de A. J. Wace et dans le plan repris de P. Darcque) sont en moellons et des traces d’ossature de bois des deux côtés, à près de 90 cm du niveau présumé du sol (fig. 6 et pl. X.1), ont été observées et sont encore visibles aujourd’hui. A. Wace suppose la même technique pour l’ensemble des murs de la terrasse inférieure de la maison aux colonnes, alors qu’aucune description ni photographie ne vient appuyer cette assertion et que les observations sur le terrain ne sont, à l’heure actuelle, pas concluantes. L’archéologue, d’ailleurs, avoue lui-même que, de façon surprenante, certains murs de la partie sud de la maison ne présentent pas de traces de pièces de bois27 et suit l’opinio communis qui voudrait que de tels murs ne supportent pas d’étage, ce qui laisse entendre que l’ossature bois avait pour fonction d’améliorer la portance des murs du niveau inférieur. Cet argument n’est pas recevable en l’état pour la maison aux colonnes, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les murs concernés par les pièces de bois sont souvent d’épaisseur suffisamment importante, autour des 1 m si ce n’est plus28, pour supporter un étage, de brique, mais aussi de pierre29. Enfin, il est difficile d’affirmer que chaque fois qu’une pièce comporte des murs dotés de pièces de bois, un étage doit être envisagé : pour un même édifice, voire pour une même pièce, nous l’avons vu supra, des murs sans traces de poutres préservées peuvent alterner avec des murs à ossature ligneuse. Il faudrait alors supposer des étages répartis de façon très hétérogène. En revanche, le cas de la maison aux colonnes permet de souligner deux points : les murs intérieurs du rez-de-chaussée sont concernés, associés à des espaces de circulation (couloir) et à des pièces de stockage (pièce aux pithoi et aux jarres à étrier).

Pl. X.1. Mycènes. Maison aux colonnes. Vue surplombante du mur entre X et Y.

Pl. X.1. Mycènes. Maison aux colonnes. Vue surplombante du mur entre X et Y.

Cliché S. Rougier-Blanc (août 2015)

Pl. X. 2. Mycènes. Palais. Vue surplombante du mur de façade du porche de l’unité dite à megaron.

Pl. X. 2. Mycènes. Palais. Vue surplombante du mur de façade du porche de l’unité dite à megaron.

Cliché S. Rougier-Blanc (août 2015)

Fig. 4. Mycènes. Restitutions de la façade du porche de l’unité dite à megaron

Fig. 4. Mycènes. Restitutions de la façade du porche de l’unité dite à megaron

(d’après Wright, 2006, fig. 1. 15 a p. 38.)

Fig. 5. Mycènes. Restitution d’un mur avec pièces de bois de la maison Tsountas

Fig. 5. Mycènes. Restitution d’un mur avec pièces de bois de la maison Tsountas

d’après Wright, 2006, p. 29, fig. 1.10. Type 6

Fig. 6. Mycènes. Maison aux colonnes. Face nord du mur entre X et Y.

Fig. 6. Mycènes. Maison aux colonnes. Face nord du mur entre X et Y.

Cliché S. Rougier-Blanc (août 2015)

1.3. Murs appareillés et poutres de bois (appareil dit rectangulaire)

  • 30 Wright, 1978.Voir plus récemment les mises au point de Shaw et Wright à paraître.
  • 31 Wace, 1949, p. 72-73 (cf. fig. 89 b).
  • 32 Si cette poutre haute correspond avec une autre du mur ouest, elle fournissait parfaitement un lint (...)
  • 33 Wace, 1949, p. 72 et Wright, 1978, p. 138-139.
  • 34 Il parle d’un agencement « plus prétentieux » (p. 139).
  • 35 Sur la question de l’usage d’enduits, sur leur composition afin de laisser respirer le bois, ou de (...)
  • 36 Rodenwaldt, 1912, p. 167, fig 71-72. Pour Wright, 1978, p. 140, il s’agit de délimiter des panneaux (...)

8À Mycènes, l’articulation bois-pierre de taille a été repérée très tôt par les fouilleurs ; elle a davantage retenu l’attention et a été analysée par James Wright dans sa thèse restée inédite30. Dans les murs ouest ou nord de la cour du megaron à Mycènes, Chrestos Tsountas a découvert les traces d’une poutre, au-dessus de la première assise de blocs, et, au sommet de la face des blocs de la 5e assise, des traces de mortaises31 : ainsi, de larges poutres étaient disposées de face respectivement à 0,52 m et à 2,53 m au-dessus du sol32. L’organisation d’ensemble était typiquement longitudinale. En revanche le mur nord du portique du palais de Mycènes présente deux assises séparées par des poutres et une troisième restituée : J. Wright propose dans la lignée de Wace33 d’envisager un agencement spécifique pour la façade du porche34 (fig. 4 et pl. X.2). Le bois y est davantage présent et l’ensemble forme comme des panneaux, sans qu’il soit possible de déterminer si les poutres étaient encore visibles une fois le travail achevé, ou si un enduit était prévu dès l’origine35. La façade du palais présente néanmoins une structure privilégiant davantage encore le bois que les murs latéraux de la cour, et probablement un découpage en panneau directement induit par le recours au chaînage, comme celui qui a pu être découvert à Tirynthe. En effet, on trouve dans le petit megaron un mur peint dont un panneau est délimité par la poutre horizontale de l’armature du mur. La section de la poutre pouvait être utilisée pour installer une frise décorative36.

Tableau 2. Mycènes. Bois dans les murs mixtes en pierre de taille et moellons des structures palatiales.

Localisation de la structure/orientation

Socle

Traces de pièces de bois

Dimensions estimées des poutres

Mur nord de la cour du palais

Mur nord ou ouest de la cour du palais

3 blocs de poros
(4 assises)
Une assise de bloc

Trous de mortaises
Empreintes de poutres
Empreintes de poutres

Empreinte de poutre de 0,30 m de haut

Poutres à 0,52 et 2,53 m du sol.

Mur adjacent ouest du porche (ou vestibule ?)

Assises de 0,52, 0,41, 0, 43, 0,39 m (de haut en bas)

Poutres de 0,35 m de haut
2 séries.

Mur nord du portique du megaron

Assises séparées par une poutre de bois puis nouvelle assise et nouvelle poutre, (formation d’un panneau).

Empreintes des poutres

D’après Blegen poutres probablement carrée de 0,25 m de côté ; d’après Wright plutôt poutre de 0,39 m de haut

Entre le grand escalier et le mur ouest de la cour du palais

Assise d’orthostates

Lit d’attente des blocs du mur dressé perpendiculaire au mur

Traverse

1.4. Murs de brique et pièces de bois

  • 37 Pour des remarques générales sur l’usage de briques, leurs dimensions, voir Guest-Papamanoli, 1978 (...)
  • 38 Mylonas, 1966, p. 107, 1970, p. 120-124, 1971, p. 146-145. Pour une synthèse, e.g. Iakovidis, 1983, (...)
  • 39 Notamment Mylonas-Shear, 1968, p. 8, et Tournavitou, 1995, ne donnent aucune dimension précise.
  • 40 Darcque, 2005, p. 78.
  • 41 Taylour, 1964, p. 102.
  • 42 Popham, Sackett 1968, p. 12, fig. 14. La question de la date de l’effondrement de la paroi de briqu (...)

9Il devait exister dans nombre de bâtiments des pièces de bois pour renforcer les élévations de brique crue37. Le site de Mycènes en fournit en effet un exemple (disparu aujourd’hui) : il s’agit du mur sud de la pièce A 13 de la maison Alpha du quartier sud-ouest de la citadelle38. Malheureusement, les dimensions précises des briques ne sont pas toujours faciles à déterminer ou n’ont pas été répertoriées39. Deux points semblent incontestables : les briques sont bien plus petites que celles utilisées en contexte minoen crétois ; elles n’ont pas de dimensions standards, d’un site à l’autre, d’un édifice à l’autre, voire d’un mur à l’autre40, ce qui limite la portée des calculs volumétriques. La plus grande brique découverte sur le site de Mycènes mesure 60x40x10 cm41, ce qui suppose au moins deux rangées de brique pour occuper la largeur des murs, pour des briques d’une quarantaine de centimètres de large et peut justifier le recours à une structure de bois pour maintenir, outre la cohésion avec le soubassement de moellons, la bonne tenue des briques entre elles. Néanmoins, les élévations de brique pouvaient très bien être dépourvues d’armatures de bois et les exemples sont suffisamment fréquents dans le monde mycénien pour discuter la nécessité structurelle systématique de ce dispositif. C’est le cas tout particulièrement sur le site de Lefkandi où un mur entier de briques crues effondrées a été retrouvé, comportant 26 assises, soit près de 2,5 m de hauteur42. Les artisans de l’époque mycénienne pouvaient construire des murs de brique sur d’importantes surfaces. L’ossature de bois pourrait répondre à d’autres fonctions (comme la facilité de mise en œuvre, voir infra). Notons cependant que la nature du mortier destiné à maintenir les briques crues entre elles peut être déterminante.

2. Fonction du bois dans les murs : premières hypothèses

2.1. Renforcer les murs mixtes

  • 43 Aucune trace n’est évoquée par Wright, 1978, qui a pourtant procédé à un relevé précis des blocs.
  • 44 Respectivement 1978, p. 131-132, 1996, p. 67-101 2001, p. 125-150.
  • 45 Wright, 1978, p. 137, précise que le mur nord de la cour du megaron à Mycènes a préservé trois exem (...)

10Dans le cas très particulier de Mycènes, où les attestations sont relativement nombreuses, les empreintes des pièces de bois, de section quadrangulaire ou carrée, sont de dimensions plus importantes pour les murs de pierre de taille que celles qui ont été observées dans les murs de moellons. En moyenne, on peut noter des empreintes de poutres entre 30 et 39 cm de hauteur alors que pour les murs de moellons, elles ne dépassent guère les 25 cm. La nature des pierres, taillées, facilite aussi une certaine régularité des poutres, ce qui n’est pas nécessaire pour des murs de moellons où elles peuvent être ajustées par recours à un mortier d’argile. Enfin se pose de façon cruciale la question de l’assemblage pierre-bois. Les blocs taillés sur lesquels reposaient les poutres portent des traces de mortaises, si bien qu’il faut envisager un travail soigné et, en cas d’assemblage bois à bois, le recours à ce même principe du mortaisage, voire au chevillage, est tout à fait possible. On observe cependant, dans le cas du mur nord du porche de l’unité à megaron de Mycènes, des caractéristiques particulières : tout d’abord, les pierres de la deuxième assise (face nord de l’entrée du porche) sont légèrement en retrait pas rapport au lit de pose de l’assise inférieure, ce qui peut faire penser à des panneaux comme le suggère J. Wright. Enfin, les lits supérieurs des blocs de la deuxième assise ne sont pas très réguliers (c’est peut-être dû à des questions de conservation), et surtout ne présentent aucune trace évidente de trous de mortaise43. Il faut penser dans ce cadre précis au recours systématique à un mortier d’argile, une technique moins soignée, pour assurer la cohésion entre les deux matériaux. J. Wright, M. Küpper, puis M. Nelson44 pour le cas de Pylos, ont étudié les positions des mortaises, systématiquement observées sur les lits de pose des blocs, pour reconstituer l’agencement des poutres dans le mur de pierre de taille. Une telle analyse est difficile à Mycènes, du fait du peu de traces de mortaises retrouvées et mesurées45.

11Le rôle des pièces de bois est imposé par la nature mixte des murs : ils possèdent en effet en façade des assises de pierre de taille (parfois ponctuées de ressauts) et en face interne, des murs de moellons. Le chaînage a probablement un but structurel de maintien de la cohésion des pierres de taille entre elles car elles offrent plus d’inertie que les parois de moellons-mortiers d’argile.

12Dans le cas des murs de moellons avec parties hautes en brique crue, la présence de cette armature de bois peut aussi avoir pour but de renforcer la cohésion entre le soubassement de moellons et les assises supérieures, en apportant davantage de stabilité à la structure portante. À chaque fois, les pièces de bois possèdent une fonction de renforcement de la cohésion des murs.

2.2. Rôle porteur et/ou antisismique des pièces de bois ?

  • 46 Tsakanika-Theohari, 2006, p. 110-135, et 2009, p. 131-133. Elle insiste sur le rôle de relais de po (...)
  • 47 Voir tableau 1, aux alentour de 90 cm-1 m de large.

13La réponse à cette question dépend de l’interprétation des pièces de bois : simple chaînage, armature, ossature ou véritable « pan de bois » ou assimilé ? Cela suppose deux choses au moins : connaître les types d’assemblages bois à bois, et connaître la disposition de l’ensemble des pièces de bois sur les murs, ce qui n’est pas toujours le cas. Quand l’existence d’une véritable « armature », susceptible de corresponde à une structure porteuse (que M. Küpper désigne invariablement sous le terme de Fachwerk) est attestée (comme pour certains murs de sous-sol de la maison aux colonnes), deux éléments importants fragilisent leur interprétation comme dispositif porteur : les pièces de bois ne se trouvent que très rarement (le cas de la maison Petsas faisant figure d’exception à Mycènes) à moins de 60-70 cm du sol, ce qui suppose, que, si elles remplissent un rôle porteur, la répartition des charges verticales doit s’effectuer au niveau des ouvertures (encadrement de fenêtres et jambages de portes)46. D’autre part, l’épaisseur relativement importante des murs considérés47 laisse penser qu’ils remplissent l’essentiel du rôle porteur, et que les maçonneries (moellons, pierre de taille, voire briques) n’ont pas une simple fonction de remplissage.

  • 48 Darcque, 2005, p. 121-123.

14L’existence d’un étage à supporter est souvent évoquée pour expliquer la présence de pièces de bois dans les murs de moellons préservés48. Cet étage est essentiellement envisagé en brique crue. Or l’épaisseur des murs ne nécessite pas non plus de renforcement des parties inférieures pour supporter un étage.

  • 49 Voir Devolder p. 137-139 dans ce dossier.
  • 50 Tsakanika-Theohari, 2009, fig. 3, p. 132.

15Dans le cas des murs appareillés, les questions de l’éventuel rôle porteur des poutres se recoupent de façon plus concrète encore, les restitutions proposant systématiquement de placer les longrines supérieures au niveau des linteaux de fenêtres et/ou de portes, dans la lignée des propositions de restitution des usages des pièces de bois dans l’architecture minoenne49. Le cas du palais de Mycènes est pourtant radicalement différent : l’ensemble des murs minoens considérés (et notamment ceux de la salle dites « des doubles haches » du palais de Cnossos50), sont souvent entièrement de pierres de taille, ou entièrement de moellons, plutôt que « mixtes », mais, surtout, ces murs font l’objet d’un jeu d’armatures de part et d’autre des parements, créant ainsi une véritable ossature, par la symétrie des pièces de bois.

  • 51 E.g. Schaar 1974. Driessen, 1987.
  • 52 Voir Tsakanika-Theohari 2017 et Pomadère, p. 122-123 dans ce volume.
  • 53 D’après Billard, 2014, p. 194-204, en Ouzbékistan, tout particulièrement, la présence d’un lit de b (...)
  • 54 Billard, 2014, p. 198-204.

16Les pièces de bois dans les murs jouent-elles un rôle anti-sismique, dans l’architecture mycénienne51, comme cela a été en partie démontré en contexte minoen crétois52 ? Notons d’ores et déjà qu’aucun dispositif pour renforcer les fondations n’est attesté à ce jour, alors que c’est un des procédés les plus efficaces et les plus répandus encore aujourd’hui dans l’architecture traditionnelle, notamment orientale53. Si cette simple remarque prouve seulement que les architectes et maçons mycéniens n’ont pas eu recours à des dispositifs de renforcement ou d’aménagement des fondations, la présence non systématique des pièces de bois dans les murs constitue un argument de poids pour rejeter l’existence d’un usage à fonction dissipatrice de l’énergie sismique. En revanche, l’attestation fréquente d’usages ponctuels du bois dans les murs en vue de renforcer la cohésion du bâti peut être une réponse à des menaces de dislocation dues aussi bien à des questions de statique propre, qu’à des effets ponctuels de secousses sismiques (de cisaillements notamment). L’usage de murs mixtes présente l’avantage de permettre une meilleure dissipation de l’énergie générée par les secousses54. D’autre part, disposer une longrine de chaque côté des faces du mur et y associer des traverses peut permettre d’éviter la dislocation du soubassement de moellons, les pièces longitudinales dissipant l’énergie alors que les traverses jouent le rôle de raidisseurs.

2.3. Mise en œuvre des murs

  • 55 Voir n. 37 supra.
  • 56 Nelson 2001, en partie récemment publié dans la collection du BAR (Nelson 2017).

17Une armature de bois peut permettre, pour des murs de brique mais surtout de moellons, de faciliter la mise en œuvre, et notamment d’en accélérer le processus. C’est ce que semble suggérer dans un premier temps le retrait que l’on peut observer dans les rares exemples où les assises de briques subsistent en partie au dessus du soubassement de moellons. C’est le cas pour le mur sud de la maison alpha55. Au cours de la mise en place des assises de brique, qui ont été préalablement séchées, il est clair qu’il faut tenir compte sur le long terme du phénomène de rétractation de l’ensemble qui est lié par un mortier d’argile. Il faut probablement aussi prendre en considération la chaîne opératoire qui impose, lorsqu’il s’agit de monter un mur conséquent, de hauteur supérieure ou égale à 2 m, de pouvoir disposer les rangées de brique sans difficulté, et le recours nécessaire, dans ce but, à un semblant d’échafaudage, de bois. Dans ce cas, on peut s’interroger sur la fonction initiale des armatures de bois dont les empreintes sont observées surtout en partie haute (plus de 60 cm du niveau du sol), aussi bien pour les murs de moellons, que pour un mur de brique crue. Ce dispositif pouvait faciliter la mise en place de murs rectilignes, et surtout permettait de maintenir les assises sans attendre le séchage éventuel du mortier d’argile, pour terminer rapidement la totalité de la structure. Cela devait renforcer la stabilité des parties hautes construites plus rapidement et sans risque d’effondrement, tout en réduisant le temps de montage, et en évitant les affaissements ponctuels. L’existence dans la maison des Sphinx de cavités à plus d’1 m du sol (voir tableau 1) peut aussi être le témoignage de l’usage d’échafaudages pour monter progressivement les murs. En effet, si un plancher est envisageable quand les empreintes sont situées à plus de 2 m du niveau du sol de la maison, les choses sont plus difficiles quand elles ont été observées à 1,20-1,50 m du sol. Cette hypothèse de mise en œuvre peut expliquer le recours ponctuel à des armatures de bois dans les murs mixtes, liés aux contraintes du moment (temps, main d’œuvre, accès aux parois). La question du maintien systématique ou non des pièces de bois dans les murs reste entière. Elle rejoint dans une certaine mesure les analyses de Mickael Nelson sur le palais de Pylos56. Il envisage que les murs du palais ont été, dans un second état, construits à l’économie et rapidement, en recourant à des coffrages de bois permettant de couler le mélange moellons-argile, qui une fois sec, permettaient de monter le reste des murs. S’il ne nous appartient pas de discuter ici du bien fondé de cette hypothèse, notons cependant qu’elle a le mérite de souligner la fonction déterminante des pièces de bois dans la mise en œuvre des murs.

  • 57 Wright 2006, p. 28-33. Il identifie le même procédé pour la maison aux colonnes, la maison Petsas, (...)
  • 58 On observe en effet systématiquement la présence du mélange moellons-argile dans l’épaisseur du mur (...)
  • 59 Contra Wright 2006, p. 28-29.

18Reprenant cette lecture des vestiges avec traces de bois « en creux », James Wright57 propose d’interpréter nombre de négatifs de bois observés dans les murs des édifices de Mycènes dans ce sens. Il se concentre sur la maison Tsountas, dont il a pu relever les caractéristiques des murs. Il envisage uniquement des pièces de bois horizontales, longrines et traverses superposées (fig. 5), destinées à faciliter le maintien du mélange moellons-mortier d’argile. Si cette restitution ne semble pas convaincante dans le cas des principaux murs du sous-sol de la maison aux colonnes58 (voir tableau 1 et Pl. IX, type 1) ni dans les autres cas analysés supra, qui sont bien moins homogènes et systématiques qu’on pourrait le penser (voir typologie restituée Pl. IX)59, elle constitue une hypothèse adaptée aux restes d’empreintes de bois dans les murs de la maison Tsountas, et pourrait représenter une variante particulière de mise en œuvre rapide et efficace des murs (type 6). Dans la maison aux colonnes, seul le mur qui sépare le couloir X de la pièce Z (fig. 6) pourrait correspondre à ce dispositif. Mais la nature du vide entre les différents « panneaux » de moellons-mortier d’argile pose question. S’agit-il du résultat d’une dégradation ou du témoignage de l’existence de poutres transversales occupant tout le mur comme le suggère J. Wright ? Cette lecture des traces de bois est entièrement subordonnée à l’interprétation des empreintes verticales et de l’existence ou non d’un remplissage sur toute l’épaisseur des murs. D’autre part, dans ce cas, le bois ne semble guère avoir de rôle proprement structurel, mais simplement faciliter la mise en place des différentes parties de mur (moellons, argile) et s’apparente à une sorte de remplissage dont la fonction n’est pas évidente.

3. Savoir-faire et influences

19Même si nous avons souligné que les usages du bois dans les murs de moellons se distinguaient nettement de ce que l’on observe à l’époque néopalatiale en Crète, la question de l’influence minoenne dans les choix d’usages du bois, notamment en contexte palatial, reste pertinente.

  • 60 Pour une approche synthétique des usages de la pierre de taille en Crète et notamment à Cnossos, vo (...)
  • 61 Tsakanika-Theohari, 2009, p. 100-155.
  • 62 Wright, 1978, p. 133.

20Tout d’abord, l’existence de longrines dans les parements de pierre de taille des murs de façade du palais de Mycènes, rappelle sans ambiguïté, même s’il s’agit de murs mixtes à Mycènes, les usages du palais de Cnossos60. Là où, en contexte cnossien tout particulièrement, le rôle structurel et plus particulièrement porteur, a été démontré61, la situation est radicalement différente dans le palais de Mycènes : il s’agit d’un parement sur la face externe, dont les pièces de bois renforcent la cohésion avec le parement interne, entièrement de moellons, tout en donnant un aspect esthétique comparable aux façades cnossiennes (avec division en panneaux, probablement décorés comme le suppose J. Wright62). La question de savoir si des artisans minoens (et plus particulièrement cnossiens) ont participé à la mise en œuvre des murs du palais de Mycènes reste entière.

  • 63 Treuil, Darcque et al. 2008, p. 200-202.
  • 64 Shelton, 2010, p. 59-60.
  • 65 Darcque, 2005, p. 74.
  • 66 Shaw, 2009. Tsakanika-Theohari, 2009.

21L’usage de la brique et de pièces de bois est attesté à l’HM en Grèce continentale63. En revanche, le recours à des pièces de bois dans les murs semble une particularité qui apparaît, avec la pierre de taille, en contexte palatial et à l’HRIIIA2 sur le continent. On ne trouve aucun exemple de bois dans les murs à Mycènes au Bronze Moyen64. La concomitance des deux changements dans les techniques, ainsi que l’existence de marques d’artisans de formes communes avec celles trouvées en Crète minoenne constituent des indices sérieux pour envisager un transfert de savoir-faire. Il est vrai que les « marques de maçons » sont peu nombreuses dans l’ensemble du monde mycénien, et plus particulièrement à Mycènes où elles ont été observées sur des blocs épars et déplacés65. Elles n’en témoignent pas moins d’échanges et de contacts entre artisans minoens et mycéniens. Mais que penser des armatures de bois dans les murs de moellons ? On en trouve des exemples en contexte domestique cnossien66 et maliote de l’époque néopalatiale, sans qu’il s’agisse tout à fait des mêmes dispositifs que ceux observés à Mycènes.

  • 67 Wright, 2006, p. 28-33. Voir aussi Wright à paraître.
  • 68 Naumann, 1971.

22La question d’une influence orientale, et plus particulièrement hittite a été soulignée par James Wright67, mais en envisageant des usages du bois dans les murs différents dans les détails de ceux que nous avons observés et retenus (voir supra) et en s’appuyant sur le cas très particulier de la maison Tsountas, dont nous avons souligné la spécificité (type 6). S’il est possible que des contacts aient permis de s’inspirer en partie des pratiques anatoliennes dans la façon d’utiliser les pièces de bois dans les murs, certains éléments obligent à nuancer le rapprochement. L’accès au matériau bois, aisé dans l’empire hittite du fait du contrôle des routes commerciales et des plateaux du Hatti, comme des ressources du Liban, devait être bien différent dans le Péloponnèse du IIe millénaire. D’autre part, le dispositif attesté sur le site de Beyçesultan68, et qu’évoque James Wright, répond à des nécessités bien différentes des murs de Mycènes décrits supra car ne sont utilisés que la brique et le mortier d’argile, et non des moellons, comme dans le cas mycénien. Enfin, la présence de traces de longrines à partir d’une certaine hauteur, sauf exception, entre 0,60 et 1 m, hauteur à partir de laquelle la mise en place des moellons et du mortier argileux peut s’avérer plus complexe, constitue un argument important pour y voir une nécessité technique résolue par les Mycéniens, et non simplement copiée ailleurs. Nul doute qu’une approche typologique comparée des usages du bois dans les murs en Anatolie et en Grèce continentale serait fructueuse.

En guise de conclusion

23Loin d’être unifiés et systématiques comme on l’a affirmé de façon très générale pendant longtemps, les usages de pièces de bois dans les murs à Mycènes semblent, d’après la documentation à disposition, très variés. On les observe dans le palais, en façade (mur nord mais surtout porche et vestibule du megaron) dans des murs mixtes appareillés, dont les parements reprennent les éléments des armatures des édifices palatiaux de l’époque néopalatiale crétoise, mais en apparence seulement, car le rôle structurel du bois, de part la nature composite des murs, est davantage d’assurer la cohésion d’ensemble que de relayer le rôle de portance des murs. Dans les autres édifices du site, chaque fois que des traces de pièces de bois sont observées dans les murs de moellons, il s’agit d’usages ponctuels, non unifiés, qui témoignent plus d’une volonté de renforcer que de porter, et qui relèvent davantage des contraintes de la mise en œuvre que d’un rôle proprement structurel, du moins en l’état actuel de nos connaissances. Si le recours, en façade du complexe palatial, à des longrines et des traverses qui alternent avec les assises en pierre de taille, est de toute évidence le fruit d’une volonté de copier l’esthétique minoenne, et tout particulièrement cnossienne, la mise en œuvre, tout à fait originale, témoigne d’une remarquable capacité d’adaptation de la part des bâtisseurs mycéniens, qui ont gardé l’aspect, mais ont adapté ses usages à de nouvelles contraintes structurelles. Plutôt que de ne voir à Mycènes qu’une pâle copie d’un savoir-faire minoen, maladroite et simplifiée, il est stimulant d’envisager que les bâtisseurs (maçons et charpentiers mycéniens) ont utilisé une esthétique (alternance pièces de bois, pierre de taille) liée à des édifices de prestige pour la détourner au profit des contraintes techniques auxquelles l’édification de murs mixtes exposait l’édifice. On notera toutefois que c’est probablement par le biais de l’architecture monumentale que le bois fait son apparition dans les murs des édifices mycéniens, aussi bien dans le palais que dans les maisons moins prestigieuses, tant il est difficile pour l’instant de rattacher explicitement sa présence dans les murs du bâti à une tradition helladique ancienne.

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Notes

1 Le rôle du bois est abordé de façon synthétique, et relativement marginale dans les ouvrages de références (Küpper, 1996, p. 4-5 ; p. 67-75, Darcque, 2005, p. 94-100, plus récemment Wright à paraître) et surtout en relation avec la pierre et plus particulièrement la pierre de taille.

2 Küpper, 1996, p. 14-21, insiste sur l’usage de la scie pendulaire pour obtenir des blocs parfaits, le recours au triangle de décharge pour équilibrer les forces.

3 Le site d’Akrotiri a livré en effet des pièces de bois carbonisées et en place dans les murs (e.g Palyvou, 2005). Pour les usages du bois dans l’architecture minoenne, voir Shaw, 1971, p. 136-144 et 2009, p. 91-125. Tsakanika-Theohari, 2006, particulièrement, p. 251-253 et 2009.

4 Les fouilles récentes de J. Maran ont changé la donne.

5 Quelques critères simples sont éloquents : dimensions moindres des pièces, absence de maison « à couloir », appareil homogène des murs, nature modeste des aménagements… (voir Mylonas-Shear, 1987)

6 E.g. Schliemann, 1877. Voir Tsakanika-Theohari, 2009, p. 19-23.

7 Un réexamen des données in situ serait nécessaire, mais exigerait une mission spécifique, du temps et des fonds.

8 Nelson, 2001, repris en partie dans Nelson 2017. Voir infra. Une journée d’étude est prévue le 15 octobre 2019 sur la notion de « traces sensibles » (équipe PLH, Toulouse-Jean Jaurès, organisateurs : E. Galbois et S. Rougier-Blanc).

9 Il s’agit de pièces de bois disposées horizontalement dans le mur.

10 Ginouvès, 1988, p. 86, définit le pan de bois de la façon suivante : « assemblage dans un même plan, d’éléments horizontaux, verticaux et éventuellement obliques, liés les uns aux autres et formant ainsi l’élément portant d’une construction ».

11 Blegen et Rawson, 1966, p. 32.

12 Mylonas, 1966, p. 48 pour une présentation générale du bois dans les murs de Mycènes.

13 Nelson, 2001, p. 73. Pour une discussion sur l’utilisation du terme en grec et en anglais, Tsakanika-Theohari, 2006, p. 52-54.

14 Aurenche, 1977, p. 23 et 47. Ginouvès, 1988 assimile les deux termes : « ensemble de pièces végétales noyées dans la construction et parfois liées entre elles, en vue d’une meilleure cohésion ».

15 Stéphane Lamouille me fait remarquer à juste titre que, du point de vue constructif, un chaînage se justifie d’autant plus pour des murs mixtes.

16 Mylonas-Shear, 1987, p. 15-63.

17 Les traces de pièces de bois dans l’enduit, à la jonction entre les murs est et sud proviennent plus probablement du toit (Tournavitou, 2006, p. 242).

18 Wace, 1949, p. 55 : « The wall on the east is double. There is a back wall, probably the original, of large blocks of conglomerate laid in ashlar. In front of this stands a wall of small stones and clay which was strengthened with a timber framework. This framework probably ran up still higher to support a superstructure of unbaked brick. The chases for the vertical and horizontal timbers can be seen clearly. » Mylonas, 1966 a bien montré les différents états des murs de la rampe (p. 25-28). Voir aussi fig. 33.

19 Procédé qui rappelle les armatures de bois en contexte domestique à Malia. Voir dans ce dossier, Pomadère, p. 114-116.

20 Wace, 1949, p. 55 : « This framework probably ran up still higher to support a superstructure of unbacked brick. »

21 En termes constructifs, la tentation est grande d’envisager que tous les murs d’un édifice relevaient des mêmes pratiques et mises en œuvre. Or ce n’est pas le cas aujourd’hui (on trouve des murs de brique qui alternent avec des murs de pierre ou de béton) et il devait en être de même à l’époque mycénienne. Du moins cette hypothèse doit elle être prise en considération.

22 Un réexamen in situ des murs permettrait de lever les doutes.

23 Wace, 1949, p. 91-98, Mylonas, 1967, p. 8-14 ; 1968, p. 12-26. Iakovidis, 1983, p. 64-66. Darcque 1998, p. 163-165.

24 Wace, 1949, p. 91-97, cherche à interpréter l’édifice comme l’archétype de la maison homérique. Voir e.g. Rougier-Blanc, 2005, p. 263-282.

25 Wace, 1949, fig. 32. Voir la légende du plan de fouille qui propose pour certains murs : « do with post sockets, crude bricks over. ».

26 Wace, 1949, p. 94.

27 Ibid., p. 95 : « Some of the walls, for instance that between the two rooms (v, v) do not have such chases, and it is therefore suggested that the walls without chases had no walls above, and that only those with chases carried the crude brick walls of the rooms on the court level above. »

28 Wace, 1949, p. 95.Voir tableau 1 quand les données sont précisées dans les publications.

29 Shelton, 2009.

30 Wright, 1978.Voir plus récemment les mises au point de Shaw et Wright à paraître.

31 Wace, 1949, p. 72-73 (cf. fig. 89 b).

32 Si cette poutre haute correspond avec une autre du mur ouest, elle fournissait parfaitement un linteau pour la porte du couloir Nord ouest et pour l’escalier. On peut présumer que le mur nord faisait environ 3,50 m de haut de plus, soit un total de près de 6 m (voir Wright, 1978, p. 138 et Wright à paraître).

33 Wace, 1949, p. 72 et Wright, 1978, p. 138-139.

34 Il parle d’un agencement « plus prétentieux » (p. 139).

35 Sur la question de l’usage d’enduits, sur leur composition afin de laisser respirer le bois, ou de peinture, voir Maia Pomadère dans ce volume, p. 121-122.

36 Rodenwaldt, 1912, p. 167, fig 71-72. Pour Wright, 1978, p. 140, il s’agit de délimiter des panneaux décoratifs, ce qui confirme le rôle particulièrement esthétique de ce type de mur avec chaînage. Sur la question des poutres laissées apparentes, voir infra.

37 Pour des remarques générales sur l’usage de briques, leurs dimensions, voir Guest-Papamanoli, 1978 et Darcque, 2005, p. 71-78.

38 Mylonas, 1966, p. 107, 1970, p. 120-124, 1971, p. 146-145. Pour une synthèse, e.g. Iakovidis, 1983, p. 48-50. Voir aussi Tsakanika-Theohari 2009, p. 127-128.

39 Notamment Mylonas-Shear, 1968, p. 8, et Tournavitou, 1995, ne donnent aucune dimension précise.

40 Darcque, 2005, p. 78.

41 Taylour, 1964, p. 102.

42 Popham, Sackett 1968, p. 12, fig. 14. La question de la date de l’effondrement de la paroi de brique reste ouverte.

43 Aucune trace n’est évoquée par Wright, 1978, qui a pourtant procédé à un relevé précis des blocs.

44 Respectivement 1978, p. 131-132, 1996, p. 67-101 2001, p. 125-150.

45 Wright, 1978, p. 137, précise que le mur nord de la cour du megaron à Mycènes a préservé trois exemples de ce type de mortaises sur des blocs : l’un des blocs a une cavité en queue d’aronde pour maintenir une poutre horizontale ; les deux autres mortaises sont sur l’assise inférieure qui ne comportait pas de traces de poutres horizontales.

46 Tsakanika-Theohari, 2006, p. 110-135, et 2009, p. 131-133. Elle insiste sur le rôle de relais de portance des pièces de bois verticales. Voir Pomadère p. 122-123 de ce volume.

47 Voir tableau 1, aux alentour de 90 cm-1 m de large.

48 Darcque, 2005, p. 121-123.

49 Voir Devolder p. 137-139 dans ce dossier.

50 Tsakanika-Theohari, 2009, fig. 3, p. 132.

51 E.g. Schaar 1974. Driessen, 1987.

52 Voir Tsakanika-Theohari 2017 et Pomadère, p. 122-123 dans ce volume.

53 D’après Billard, 2014, p. 194-204, en Ouzbékistan, tout particulièrement, la présence d’un lit de bois constitué de poutres taillées et mises en parallèle, reliées entre elles par des chevilles, permettait de dissiper une grande partie de l’énergie sismique. Cela pouvait prendre la forme d’une simple échelle dans l’architecture vernaculaire (deux barres parallèles au mur reliées par des barreaux), ou même d’un simple lit de 5-10 cm d’ép. d’un entrelacs de tiges de roseaux ou de jonc, à la manière d’un tapis. On pouvait aussi installer une simple poutre de bois de forte section juste sur la fondation pour les murs peu épais, dans le même but : dissiper en partie l’énergie sismique.

54 Billard, 2014, p. 198-204.

55 Voir n. 37 supra.

56 Nelson 2001, en partie récemment publié dans la collection du BAR (Nelson 2017).

57 Wright 2006, p. 28-33. Il identifie le même procédé pour la maison aux colonnes, la maison Petsas, la maison aux sphinx, la maison aux boucliers, aux sphinx…

58 On observe en effet systématiquement la présence du mélange moellons-argile dans l’épaisseur du mur ouest entre le couloir Y et les pièces aux pithoi et aux jarres à étrier de la maison aux colonnes.

59 Contra Wright 2006, p. 28-29.

60 Pour une approche synthétique des usages de la pierre de taille en Crète et notamment à Cnossos, voir Shaw à paraître.

61 Tsakanika-Theohari, 2009, p. 100-155.

62 Wright, 1978, p. 133.

63 Treuil, Darcque et al. 2008, p. 200-202.

64 Shelton, 2010, p. 59-60.

65 Darcque, 2005, p. 74.

66 Shaw, 2009. Tsakanika-Theohari, 2009.

67 Wright, 2006, p. 28-33. Voir aussi Wright à paraître.

68 Naumann, 1971.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Plan d’ensemble du site de Mycènes, d’après Darcque, 2005, plan 20
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Titre Pl. IX. Typologie restituée des murs mixtes moellons-briques (type 1 à 5).
Crédits Dessins Sophie Rougier.
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Titre Fig. 2. Mycènes. Plan de la maison aux colonnes
Crédits (d’après Darcque, 2005, plan 49)
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Titre Fig. 3. Mycènes. Restitution du mur de la grande rampe avec armature de bois
Crédits (d’après Wace 1949, fig. 24b)
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Titre Pl. X.1. Mycènes. Maison aux colonnes. Vue surplombante du mur entre X et Y.
Crédits Cliché S. Rougier-Blanc (août 2015)
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Titre Pl. X. 2. Mycènes. Palais. Vue surplombante du mur de façade du porche de l’unité dite à megaron.
Crédits Cliché S. Rougier-Blanc (août 2015)
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Titre Fig. 4. Mycènes. Restitutions de la façade du porche de l’unité dite à megaron
Crédits (d’après Wright, 2006, fig. 1. 15 a p. 38.)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/17474/img-7.jpg
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Titre Fig. 5. Mycènes. Restitution d’un mur avec pièces de bois de la maison Tsountas
Crédits d’après Wright, 2006, p. 29, fig. 1.10. Type 6
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/docannexe/image/17474/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 928k
Titre Fig. 6. Mycènes. Maison aux colonnes. Face nord du mur entre X et Y.
Crédits Cliché S. Rougier-Blanc (août 2015)
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Pour citer cet article

Référence papier

Sylvie Rougier-Blanc, « Le bois dans les murs à Mycènes à l’époque mycénienne : remarques sur le rôle structurel du matériau »Pallas, 110 | 2019, 151-172.

Référence électronique

Sylvie Rougier-Blanc, « Le bois dans les murs à Mycènes à l’époque mycénienne : remarques sur le rôle structurel du matériau »Pallas [En ligne], 110 | 2019, mis en ligne le 27 février 2020, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/17474 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.17474

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Auteur

Sylvie Rougier-Blanc

Maîtresse de conférences en Histoire grecque
Université Toulouse-Jean Jaurès
PLH CRATA – EA 4601
srougierblanc[at]gmail.com

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