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Bois et architecture dans la Protohistoire et l’Antiquité (XVIe av. J.-C. - IIe s. apr. J.-C). Grèce, Italie, Europe occidentale. Approches méthodologiques et techniques
Interpréter les traces de bois en négatif à l’âge du Bronze (Crète, Grèce continentale)

Éléments structurels en bois dans un palais de l’âge du Bronze crétois. Le cas de la Cour Nord du palais de Malia

Wooden structural elements in a Bronze Age Cretan palace. The North Court of the palace at Malia
Maud Devolder
p. 133-149

Résumés

Cet article analyse en détails les traces relatives à la présence d’une structure en bois insérée dans les murs principalement érigés en pierre de taille autour de la Cour Nord du palais de Malia au début de la période néopalatiale. Cette analyse reflète l’association étroite entre les jambages qui encadraient les portes d’accès vers les pièces autour de la cour, la structure en bois insérée dans les murs, et les éléments liés au couvrement du portique bordant la cour. L’unité structurelle de l’ensemble est encore renforcée par l’uniformité de son apparence architecturale, et par l’originalité de la maçonnerie au sein du palais de Malia. Les traits des murs bordant le portique de la Cour Nord reflètent ainsi le soin apporté par des constructeurs apparemment soucieux de l’efficacité structurelle et de l’harmonie de l’ensemble, des bâtisseurs dont il n’est pas exclu qu’ils aient également travaillé au palais de Cnossos.

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Texte intégral

Introduction1

  • 1 Je tiens à remercier les organisateurs des journées, St. Lamouille, P. Péfau et S. Rougier-Blanc de (...)
  • 2 Pour un compte-rendu détaillé de la chronologie du site, voir Devolder, à paraître a.
  • 3 Hue et Pelon, 1991 ; Sauvage, 2012, p. 65-67.
  • 4 Pelon, 2005, p. 186-190.
  • 5 Pelon, 1983, p. 701-703 ; 1984, p. 884, fig. 1, 12-14 ; 1986, p. 814, fig. 1 ; Driessen, 2010, p. 5 (...)
  • 6 Pelon, 2005, p. 191-196 ; Darcque et Van De Moortel, 2014, p. 178-182.
  • 7 Pelon, 1997. Au sujet de l’occupation postpalatiale sur le site de Malia, consulter Langohr, 2009, (...)

1Situé sur la côte nord de l’île de Crète dans une plaine fertile bordée au sud par la chaîne de montagnes du Séléna, le site de Malia a livré les vestiges d’un important établissement minoen qui s’est développé du milieu du 3e à la fin du 2e millénaire av. J.-C.2. Les fouilles ont mis au jour les restes d’un palais et d’une agglomération dont la prospérité était assurée par la richesse de la plaine agricole ainsi que par une importante production artisanale et des échanges commerciaux favorisés par la présence au nord du site de plusieurs ports naturels3. Le palais de Malia fut érigé au cœur de l’agglomération sur la partie la plus élevée du plateau calcaire qui constitue le substrat rocheux de la plaine maliote. Construit au début du 2e millénaire av. J.-C., le ‘premier palais’ ou palais protopalatial (1900-1700 av. J.-C.) fut détruit à la fin de la phase du Minoen Moyen IIB (vers 1700 av. J.-C.) par une catastrophe dont on ignore encore les causes4. Il fut ensuite reconstruit, peut-être après une phase d’abandon ou de stagnation intermédiaire5, au cours de la période néopalatiale (1700-1430 av. J.-C.). Ce ‘second palais’ subit semble-t-il plusieurs destructions dont l’une marqua la fin du fonctionnement de l’édifice au Minoen Récent IB (vers 1430 av. J.-C.)6. Les indices d’une modeste réoccupation sont attestés dans la Cour Nord au Minoen Récent II (1430-1390 av. J.-C.), phase après laquelle l’emplacement du palais semble n’avoir plus été habité7. Le présent article envisage la forme et les fonctions des éléments en bois dans les murs qui entourent la Cour Nord du palais de Malia (fig. 1 et Pl. VII). Bien qu’il ait été envisagé dans le cadre de plusieurs recherches portant sur les techniques de construction et les restitutions architecturales au palais, cet ensemble est ici traité de manière synthétique en considérant l’association de la structure en bois insérée dans les murs avec le couvrement du portique qui entourait la Cour Nord.

Fig. 1. Plan du palais de Malia, avec la numérotation des quartiers (en chiffres romains) et des pièces au sein de ceux-ci (en chiffres arabes), d’après les plans d’E. Andersen (Pelon 1980, plan 28) et de M. Schmid et N. Rigopoulos (Pelon 2002, pl. XXXII)

Fig. 1. Plan du palais de Malia, avec la numérotation des quartiers (en chiffres romains) et des pièces au sein de ceux-ci (en chiffres arabes), d’après les plans d’E. Andersen (Pelon 1980, plan 28) et de M. Schmid et N. Rigopoulos (Pelon 2002, pl. XXXII)

©EFA

Pl. VII. Plan de la Cour Nord du palais de Malia.

Pl. VII. Plan de la Cour Nord du palais de Malia.

En gris clair les éléments minoens tardifs, en brun très clair les madriers de la charpente, en brun légèrement plus foncé l’emplacement des longrines
et autres éléments horizontaux en bois, entourées en orange les mortaises destinées à fixer les longrines inférieures, entourées en vert les mortaises destinées à fixer les longrines supérieures, en rouge l’emplacement des éléments verticaux en bois

(M. Devolder d’après le plan dressé par E. Andersen publié dans Pelon, 1980, plan 4 ©EFA)

1. Traits architecturaux de la Cour Nord du palais de Malia

  • 8 Dimou et al., 2000, p. 438-439, 448-449 ; Devolder, à paraître b.
  • 9 Guest-Papamanoli, 1989 ; Dimou et al., 2000, 438, 448-449 ; Müller-Celka et al., 2003 ; Müller-Celk (...)
  • 10 Guest-Papamanoli, 1978 ; Devolder et Lorenzon, à paraître.
  • 11 Shaw, 2009, p. 17-28 ; Hayter, 2018.
  • 12 À cette triade on peut ajouter d’autres pierres issues d’affleurements proches ou distants du site, (...)
  • 13 Les éléments carbonisés découverts parfois en très grandes quantités lors des fouilles (Hazzidakis, (...)
  • 14 Chapouthier et Joly, 1936, pl. III ; van Effenterre, 1980, fig. 414, 415, 497.
  • 15 Chapouthier et Joly, 1936, p. 20 ; Pelon, 1980, p. 80, fig. 6, pl. 53, 108 2-3, 109, 110, 111.1 ; v (...)

2Le site de Malia est parfois connu pour sa rusticité par rapport aux sites palatiaux de Phaistos et de Cnossos, et ce du fait des ressources à la disposition des bâtisseurs maliotes. Les principaux matériaux utilisés à Malia sont le calcaire gris bleu (sidéropétra), le grès dunaire (ammoudopétra), et la terra rossa. Le calcaire gris bleu est une pierre très dure détachée du substrat rocheux de la plaine et utilisée sous la forme d’éléments rarement travaillés8. Le grès dunaire est extrait de manière régulière en creusant des canaux de havage dans des carrières situées le long du rivage maliote9. Il est utilisé sous la forme de pierre de taille, principalement dans le palais néopalatial mais aussi dans d’autres édifices proto-, néo- et postpalatiaux sur le site. La terra rossa est une terre rouge issue de la décomposition du substrat rocheux calcaire, d’où sa composition très riche en fer. Elle est utilisée pour la fabrication des briques, du mortier et d’enduits10. Cette ‘triade maliote’ peut sembler relativement peu élaborée en comparaison avec certains calcaires fins et gypses utilisés sur d’autres sites crétois11, mais elle met en évidence un aspect important de l’architecture minoenne, particulièrement prégnant à Malia, à savoir l’adaptation des bâtisseurs aux contraintes imposées par la nature des matériaux locaux12. Les fouilleurs ont régulièrement mis en évidence les indices laissés par l’utilisation du bois dans les murs et charpentes au palais13. Plusieurs chercheurs ont ainsi proposé la restitution de structures porteuses en bois dans certaines parties de l’édifice mais n’ont pas dégagé de tendances dans les pratiques relatives à l’usage structurel du bois au palais14. La Cour Nord a fait l’objet d’une attention particulière. F. Chapouthier, R. Joly, O. Pelon et H. van Effenterre ont en effet discuté et illustré de manière convaincante les supports qui soutenaient la charpente du portique entourant cette cour15. On souhaite ici approfondir leurs analyses en envisageant le lien entre la structure en bois de ce portique et les empreintes et mortaises pour les longrines, éléments verticaux et possibles traverses identifiées dans les murs qui bordent la Cour Nord du palais néopalatial.

  • 16 Pelon, 1980, p. 78-84.
  • 17 La cour est bordée à l’ouest par la structure XXVIII remaniée au Minoen Récent II, Pelon, 1997, p.  (...)
  • 18 Il s’agit d’un mélange de plâtre calcaire et de petits galets produisant une surface à la fois attr (...)
  • 19 Pelon, 1980, p. 83.
  • 20 Ibid., p. 83 ; Dimou et al., 2000, p. 452.
  • 21 Ibid., p. 80 et fig. 6.
  • 22 Note 14. H. van Effenterre restitue une neuvième colonne dans la partie nord-ouest du portique (198 (...)
  • 23 Comme le suggérait déjà H. van Effenterre en 1980 (fig. 415).

3La Cour Nord du palais de Malia est accessible au nord depuis l’Entrée Nord et l’Entrée Nord-Est et au sud depuis la Cour Nord-Ouest et l’espace XXI 1 qui communique au sud avec la Cour Centrale du palais via le corridor C’ (fig. 1)16. Il s’agit d’un espace de 8,30 m (nord-sud) sur au moins 6,70 m17 (est-ouest) au sol de tarazza18 bordé sur trois côtés (nord, est et sud) par un portique dallé (Pl. VII). Un caniveau contre lequel s’achève le dallage de l’aile nord du portique permettait d’évacuer les eaux de l’espace ouvert vers le nord-ouest19. Prises entre les dalles de calcaire gris bleu local (sidéropétra), d’aspropétra, de schiste et de calcschiste vert20, cinq bases circulaires en calcaire gris bleu et en conglomérat sont visibles en bordure du dallage. Une sixième peut être restituée sous le mur tardif du Bâtiment Oblique (Quartier XXIII daté du Minoen Récent II)21. Deux autres bases sont présentes entre celles bordant l’espace ouvert et les murs de fond du portique, tandis que deux bases, appartenant vraisemblablement à un état plus ancien (protopalatial ?) de la Cour Nord, sont visibles à la surface du pavement de l’aile nord du portique et dans le revêtement en tarazza de l’espace ouvert. Les huit bases néopalatiales ont été correctement assignées comme les supports de colonnes en bois qui soutenaient la charpente du portique entourant la Cour Nord22. L’axialité de ces supports les uns par rapport aux autres, mais aussi le fait qu’ils peuvent le plus souvent être mis en relation avec les extrémités des murs des pièces entourant la cour permettent de restituer la position des madriers de bois qui soutenaient le couvrement du portique (Pl. VII)23.

  • 24 Une mortaise visible sur un bloc de grès de l’assise supérieure conservé dans la portion ouest du m (...)

4Les murs de fond du portique sont érigés dans des maçonneries très similaires et plus ou moins altérées par les modifications minoennes et les restaurations modernes (Pl. VIII, fig. 2 à 6). Sur une assise de nivellement basse en grès dunaire (hauteur variant de 0 à 17 cm par rapport au sol du portique) des blocs dans le même matériau constituent une première assise haute de 0,68 à 0,90 m (0,78 m en moyenne). Le sommet de cette assise présente des mortaises carrées en retrait de 6 à 12 cm par rapport à la face de parement des blocs, à une alt. de 14,66 à 15,35 m. Ces mortaises témoignent de la présence au sommet des blocs de la première assise en grès de longrines en bois maintenues en place par des tenons. À l’exception de la portion est du mur de fond nord du portique où l’élévation n’est pas suffisamment préservée mais où un léger creusement est visible le long du parement sur la face supérieure des blocs, tous présentent des empreintes horizontales, nettement visibles dans le mortier de terre mêlé de petites pierres qui constituait le noyau des murs au-dessus de la première assise. Ces empreintes indiquent que les longrines mesuraient en moyenne 13 à 14 cm de profondeur et 13 à 16 cm de hauteur. Dans la portion nord du mur de fond est du portique on discerne même les empreintes ligneuses laissées sur le mortier de terre par la longrine aujourd’hui disparue. Au-dessus de cette longrine, la maçonnerie est composée d’éléments en grès taillés de petites dimensions, mais aussi de moellons ou petits blocs non travaillés en calcaire (gris bleu ou gris gréseux) et de mortier de terre. Dans la portion sud du mur de fond est du portique où la maçonnerie était préservée sur une hauteur plus élevée, des mortaises ont suggéré la présence à une alt. de 15,45 m d’une deuxième longrine et, peut-être, de traverses, à 1,11 m de hauteur par rapport au niveau du dallage du portique (Pl. VII et Pl. VIII)24. Dans ce même mur est du portique (portion sud), des éléments verticaux noyés dans la maçonnerie en parement étaient placés au milieu de chacune des parties (nord et sud) du mur (Pl. VIII). Sans lien avec les axes créés par les bases de colonnes (Pl. VII), ils ont dû jouer un rôle intermédiaire dans la structure porteuse en bois insérée dans la maçonnerie et destinée à supporter les madriers de la couverture du portique. Dans les portions centrale et sud du mur de fond est du portique, la présence d’une longrine est possible ou avérée dans le parement arrière du mur à l’est, et pourrait avoir complété la structure en bois insérée dans les murs (fig. 6). Les restes d’un enduit de plâtre encore identifiable sur la face de parement de plusieurs blocs de grès taillé ou sur l’enduit de préparation en terre couvrant le parement des parties de murs en mortier de terre et moellons indiquent que la maçonnerie des murs du fond du portique de la cour Nord n’était pas visible. C’est particulièrement évident dans le mur sud où le parement nord du bloc de grès de l’assise inférieure présente encore un enduit de plâtre épais de 0,8 cm (fig. 5). Ailleurs les indices d’un revêtement sont plus évanescents, mais on peut restituer un enduit blanc sur l’ensemble des murs du portique.

Pl. VIII. Vue de la portion sud du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, avec en blanc la localisation des éléments structurels en bois

Pl. VIII. Vue de la portion sud du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, avec en blanc la localisation des éléments structurels en bois

(cl. M. Devolder ©EFA).

Fig. 2. Vue de la portion est du mur de fond nord et des portions nord et centrale du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers le nord-est

Fig. 2. Vue de la portion est du mur de fond nord et des portions nord et centrale du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers le nord-est

(cl. M. Devolder ©EFA)

Fig. 3. Vue de la portion ouest du mur de fond nord du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers le nord-ouest.

Fig. 3. Vue de la portion ouest du mur de fond nord du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers le nord-ouest.

Le vide laissé par la décomposition de la longrine est aujourd’hui rempli de ciment et de petits moellons, un mélange lié aux travaux de restauration modernes au palais

(cl. M. Devolder ©EFA)

Fig. 4. Vue de la portion nord du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers l’est

Fig. 4. Vue de la portion nord du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers l’est

(cl. M. Devolder ©EFA)

Fig. 5. Vue du mur de fond sud du portique de la Cour Nord du palais de Malia, contre et sur lequel fut érigé le Bâtiment oblique (à droite) et complété par une addition en moellons (à gauche), vers le sud-est.

Fig. 5. Vue du mur de fond sud du portique de la Cour Nord du palais de Malia, contre et sur lequel fut érigé le Bâtiment oblique (à droite) et complété par une addition en moellons (à gauche), vers le sud-est.

Noter l’enduit de plâtre blanc qui recouvre encore les blocs de grès de la première assise ainsi qu’une partie de l’assise de nivellement

(cl. M. Devolder ©EFA)

Fig. 6. Vue du parement arrière de la portion sud du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, depuis la pièce XXIV 2, vers l’ouest.

Fig. 6. Vue du parement arrière de la portion sud du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, depuis la pièce XXIV 2, vers l’ouest.

Les vides dans la maçonnerie, marqués par des flèches, représentent l’emplacement de la longrine

(cl. M. Devolder ©EFA)

2. Description des murs de fond du portique de la Cour Nord

5La portion ouest du mur de fond nord du portique est longue de 4,08 m, large de 0,61 m et préservée sur une hauteur de 1,07 m (fig. 1 et Pl. VII). L’assise de nivellement en grès taillé du mur est située de pied avec le niveau du dallage du portique. L’assise inférieure est composée de deux blocs de grès taillé dont un fait retour vers le nord dans le mur est de l’Entrée Nord du palais (1,18 x 0,82 x 0,56 m ; 1,46 x 0,75 x 0,61 m). Deux mortaises sont visibles sur la face supérieure du bloc d’angle le long des faces sud (3,6 x 4,3 x 6,1 cm, à 6 cm en retrait du parement) et ouest (3,6 x 4 cm, à 10 cm en retrait du parement). Sur cette assise inférieure un espace haut de 13 cm est comblé à l’est avec du ciment moderne et des petits moellons, tandis qu’à l’ouest on voit en retrait de cette empreinte un mélange de petits moellons et de mortier de terre. Au-dessus de cette empreinte horizontale qui marque l’emplacement d’une longrine (alt. 14,66-14,69 m, à 62 cm de hauteur par rapport au sol du portique), le mur se poursuit en petits blocs et moellons irréguliers de calcaire gris bleu et de grès. De possibles traces évanescentes d’un enduit de plâtre blanc sont visibles dans quelques aspérités sur la face de parement du bloc est. Sur la face supérieure d’un petit bloc de grès (0,46 x 0,35 x 0,20 m) dans l’assise supérieure conservée en parement nord du mur, une mortaise est visible (7 x 6 x 5 cm). Celle-ci pourrait suggérer la présence d’une longrine à 15,19 m alt. en retrait de 18 cm par rapport au parement nord. On ne peut cependant exclure que ce bloc ait été placé là au cours de travaux de restauration.

6La portion est du mur de fond nord du portique est longue de 3,84 m, large de 0,81 m et préservée sur une hauteur de 0,76 m (fig. 2 et Pl. VII). L’assise de nivellement en grès taillé du mur est visible sur une hauteur de 13 cm par rapport au niveau du dallage du portique. L’assise inférieure est composée de deux blocs de grès taillé (1,07 x 0,68 x 0,58 m ; 2,77 x 0,81 x 0,61 m), dont chacun présente sur sa face supérieure une mortaise carrée (ouest : 5,4 x 5,5 x 6 cm ; est : 3,8 x 4,6 x min. 4,5 cm) en retrait de 12 cm par rapport à la face de parement du bloc. Une bande réservée peu profonde et large de 25 à 34 cm est visible sur la face supérieure du bloc est dont elle longe la face de parement, marquant ainsi l’emplacement d’une longrine à 14,76-14,81 m alt. (76 cm de hauteur par rapport au sol du portique). Le mur n’est préservé que jusqu’au sommet des blocs de l’assise inférieure, excepté à l’extrémité est où des moellons de calcaire gris bleu et rose sont pris dans un mortier très restauré. Peut-être un léger retrait du moellon en parement à cet endroit est-il causé par la présence de la longrine indiquée par les mortaises et la bande réservée. Aucune trace d’enduit de plâtre blanc n’est visible excepté sur une surface de 2 cm² sur le parement de l’assise de nivellement.

7La portion nord du mur de fond est du portique est longue de 1,92 m, large de 0,70 m et préservée sur une hauteur de 1,11 m (fig. 2 et 4 et Pl. VII). L’assise de nivellement en grès taillé du mur est visible sur une hauteur de 6 cm par rapport au niveau du dallage du portique, et se prolonge au sud pour former le seuil de l’accès vers la pièce XXV 2. L’assise inférieure est composée de deux blocs de grès taillé (0,95 x 0,70 x 0,65 m ; 0,96 x 0,70 x 0,65 m), dont chacun présente sur sa face supérieure une mortaise carrée remplie de terre durcie. L’une (5 x 4,2 cm) est située à 6 cm du parement ouest sur le bloc nord, l’autre (4,2 x 4 cm) est située à 7,5 cm du parement ouest sur le bloc sud (distance entre les mortaises : 1,43 m). Une maçonnerie mêlant petits moellons (11 x 20 cm ; 14 x 19 cm ; 14 x 22 cm) et mortier de terre est visible en retrait de 13 cm par rapport à la face de parement du mur et marque l’emplacement de la longrine qui a laissé des empreintes ligneuses sur le mortier de terre (alt. 14,78-14,80 m, 71 cm de hauteur par rapport au sol du portique). 16,5 cm au-dessus du sommet des blocs de l’assise inférieure commence une nouvelle assise initialement supportée en parement ouest par la longrine. Elle est composée au nord d’un bloc de grès (0,76 x 0,57 x 0,22 m) et ailleurs d’une maçonnerie de mortier de terre et de moellons de grès et de calcaire gris bleu. Les traces possibles d’un enduit de plâtre blanc sont visibles dans une aspérité sur la face de parement ouest du bloc nord. Une feuillure verticale large de 19 cm est visible sur la face de parement nord du bloc nord et pourrait correspondre au jambage de la porte d’accès vers le couloir menant à l’Entrée Nord-Est du palais (fig. 1).

8La portion centrale du mur de fond est du portique est longue de 1,90 m, large de 0,79/0,88 m et préservée sur une hauteur de 1,17 m (fig. 2 et Pl. VII). L’assise de nivellement en grès taillé du mur est visible sur une hauteur de 12 cm par rapport au niveau de sol du portique, dont le dallage a disparu à cet endroit. L’assise inférieure est composée de deux blocs de grès taillé. Le bloc nord (0,79 x 0,88 x 0,56 m) a largement fondu et a été restauré à l’aide de petits blocs et plaques de grès et de calcaire gris gréseux jusque dans l’assise supérieure. Bien que le bloc sud (1,12 x 0,79 x 0,58 m) soit assez abîmé, une mortaise remplie de terre durcie (3,6 x 3,8 cm) est visible à 8 cm en retrait du parement ouest sur la face supérieure du bloc. Un retrait de 14 cm dans la maçonnerie de mortier de terre et de moellons conforte la présence d’un logement pour une longrine, dont la hauteur est cependant impossible à déterminer du fait des restaurations. La maçonnerie de l’assise supérieure, seulement conservée dans la partie centrale du mur, est composée de moellons et petits blocs de grès et de calcaire (13 x 18 ; 17 x 36 ; 23 x 34 ; 20 x 46 cm). Un retrait profond de 12 cm dans la maçonnerie de terre et de moellons du parement arrière du mur est visible vers le nord et suggère la possibilité d’une longrine à 14,79 m alt. (72 cm de hauteur par rapport au sol du portique). Une feuillure verticale large de 17 cm est peut-être visible sur la face de parement sud du bloc sud et pourrait correspondre au jambage de la porte d’accès vers la pièce XXV 1.

9La portion sud du mur de fond est du portique est longue de 6,29 m, large de 0,80 m et préservée sur une hauteur de 1,24 m (fig. 6 et Pl. VII et VIII). Aucune assise de nivellement en grès taillé n’est visible. L’assise inférieure est composée de quatre blocs de grès taillé (1,78 x 0,90 x 0,58 ; 1,69 x ind. x min. 0,49 ; 1,31 x ind. x 0,40 ; 1,38 x ind. x min. 0,41 m) dont le troisième depuis le nord présente une encoche (16 x 10 cm) dans son assise supérieure, vraisemblablement un résidu du canal de havage lié à son extraction. Sur cette assise inférieure, un logement pour une longrine haut de 11 à 13 cm est bien visible, rempli avec de la terre rougie et seulement peu de ciment moderne et, dans la partie sud du mur, avec un mélange de ciment moderne, tessons et petits moellons (5 à 10 cm) (alt. 14,75-14,80 m, 41 cm de hauteur par rapport au sol du portique). Au-dessus de cette longrine, le mur se poursuit dans une maçonnerie hétérogène composée de blocs de grès (0,62 x 0,34 x 0,23 ; 0,80 x 0,56 x 0,52 m) mais aussi de moellons et petits blocs irréguliers de calcaire gris bleu (0,27 x 0,36 ; 0,32 x 0,30 ; 0,39 x 0,42 m) et d’un bloc plat en calcaire gris gréseux très foncé (0,54 x 0,19 m). Deux des blocs de grès de l’assise supérieure conservée présentent des mortaises carrées pour l’insertion de longrines et de possibles traverses en bois (alt. 15,44-15,46 m, 71 cm de hauteur par rapport au sol du portique). L’un de ces blocs est situé à l’extrémité nord du mur (mortaises : 4,5 x 4 x min. 6 cm ; 5,5 x 5 x min. 4 cm), l’autre vers le milieu du mur à l’endroit de la séparation entre les pièces XXIV 1 et XXIV 2 (une mortaise de 4,5 x 4,5 cm, et une autre possible de 4,5 x 4,5 cm). Les mortaises associées à la longrine en parement sont situées 9,5 et 36 cm en retrait de la face de parement du mur. À deux endroits on note la présence dans le parement ouest du mur de ce qui devait initialement constituer des logements pour des éléments verticaux (13 cm [largeur] pour le logement nord et 23 [largeur] sur 20 [profondeur] cm pour le logement sud) : leur empreinte est visible dans le mortier de terre de la maçonnerie qui les bordait. Celles-ci sont aujourd’hui remplies d’un mélange de terre rougie voire noircie dans l’empreinte verticale la plus au sud. En arrière de ces empreintes verticales aucune pierre n’est visible et le mur est seulement composé de terre avec des inclusions grossières, sans empreintes d’un élément vertical dans le parement arrière, est, du mur. Ces éléments verticaux en parement ouest sont situés exactement au milieu de chaque portion de mur, nord et sud. Les empreintes d’une longrine sont visibles dans la maçonnerie du parement est du mur vers les pièces XXIV 1 et XXIV 2, à 14,98 et 14,92 m alt. Les vides ont été largement restaurés au moyen de ciment ou sont maintenant remplis d’un mélange de terre et de petits éléments, mais l’empreinte, surtout inférieure, est bien visible. De l’enduit de plâtre est bien visible sur le parement ouest des blocs de grès de l’assise inférieure, mais aussi d’un bloc de grès de l’assise supérieure vers le milieu du mur. À l’extrémité sud du mur les empreintes, très restaurées, des jambages d’une porte vers XXIV 1 sont visibles.

10Le mur de fond sud du portique est long de 2,96 m, large de 0,74 m et préservé sur une hauteur de 1,04 m (fig. 5 et Pl. VII). L’assise de nivellement en grès taillé du mur est visible sur 22 cm de hauteur par rapport au niveau de sol du portique. L’assise inférieure est composée de deux blocs de grès taillé (1,62 x 0,78 x 0,59 m ; 1,32 x 0,76 x 0,61 m) dont celui à l’est présente encore en parement une épaisse couche (0,8 cm) d’enduit de plâtre blanc également visible sur l’assise de nivellement. Le même enduit est visible, quoique de manière moins évidente, sur le parement du bloc ouest, et se prolonge là aussi sur l’assise de nivellement. Vers l’est l’assise inférieure est prolongée par une addition tardive (minoenne) en petits moellons, aujourd’hui très restaurée, tandis qu’à l’ouest le mur est en partie masqué par le Bâtiment Oblique qui s’appuie sur lui. Le sommet de l’assise inférieure en blocs de grès taillé se situe à 15,35 m alt. (82 cm de hauteur par rapport au sol du portique). Sur le bloc de grès est le mur se prolonge en petits moellons (10 à 20 cm) mêlés à une quantité abondante de terre. Cette maçonnerie est placée en retrait de 9 à 16 cm par rapport à la face de parement nord du mur et pourrait marquer l’emplacement d’une longrine, malgré l’absence sur la face supérieure des blocs en grès taillé de mortaises.

11La tête du mur est de la Cour Nord-Ouest est large de 0,79 m et préservée sur une hauteur de 0,74 m (Pl. VII). L’assise de nivellement du mur est de la Cour Nord-Ouest est visible sur 17 cm de hauteur par rapport au niveau de sol du portique. L’extrémité nord du mur est de la Cour Nord-Ouest est construite en blocs de grès taillé dont la plupart présente en face de parement une marque finement gravée représentant le signe de la branche. La tête nord de ce mur constitue la limite ouest d’un large accès vers l’espace XXI 1 et est placée dans l’axe de deux des colonnes du portique de la Cour Nord. À cet endroit, seule l’assise inférieure du mur est conservée. Aucune mortaise n’est visible sur la face supérieure du bloc (alt. 15,36 m, 74 cm de hauteur par rapport au sol du portique), mais celle-ci est très abîmée.

3. Forme et fonction structurelle des éléments en bois insérés dans les murs de fond du portique de la Cour Nord

  • 25 Tsakanika-Theohari, 2006 ; 2009 ; 2017.
  • 26 Tsakanika-Theohari, 2009, p. 139.
  • 27 Id., 2017.

12E. Tsakanika-Theohari a souligné, dans plusieurs recherches, le rôle du bois dans la mise en place de la structure porteuse des édifices minoens, et ce en dépit de la préservation difficile de ce matériau dans les vestiges archéologiques et des rares mentions qui en font état dans les études architecturales sur la Crète minoenne25. Elle met en particulier en évidence l’usage en Crète néopalatiale d’un système d’éléments verticaux en bois, disposés de manière régulière au sein des murs en terre et moellons, liés par des traverses et auxquels sont associées des longrines situées à des hauteurs régulières correspondant à celles des encadrements de fenêtres et aux linteaux des portes. En ce qui concerne les murs en pierre de taille, ceux érigés à l’intérieur des édifices minoens sont également dotés de longrines, situées elles aussi à des hauteurs déterminées par l’emplacement des portes et fenêtres. Quel que soit le type de maçonnerie dont sont composés les murs, E. Tsakanika-Theohari souligne que la disposition d’éléments horizontaux en bois à une élévation commune à plusieurs murs – horizontal timber « zone »26 – reflète la configuration soignée de certains édifices minoens. Elle associe ces éléments en bois à la création d’une structure porteuse permettant de parer efficacement aux risques liés aux séismes courants sur l’île27.

  • 28 Chapouthier et Joly, 1936, p. 23 ; Shaw, 2009, p. 124, fig. 216d.
  • 29 Pelon, 1980, p. 72.

13Les traits des éléments en bois insérés dans les murs de fond du portique de la Cour Nord du palais de Malia permettent plusieurs observations quant au lien de ces éléments avec d’hypothétiques fenêtres et les jambages des portes et quant à leur rôle structurel, non seulement au sein des murs, mais aussi en lien avec le couvrement du portique. Les indices de la présence de longrines apparaissent relativement bas dans les murs, mais celles-ci ne peuvent être associées que dans un cas à un encadrement de fenêtre, et encore celui-ci est-il hypothétique. Il est possible, étant donné l’absence actuelle de maçonnerie au-dessus du niveau de la longrine inférieure, que, dans la portion est du mur de fond nord du portique, cette dernière ait servi d’élément inférieur pour l’encadrement d’une fenêtre qui éclairait la pièce XXVII 3 au nord (Pl. VII, fig. 2)28. Ailleurs les dimensions des murs sont trop étroites pour qu’ils aient pu accueillir une fenêtre ; un mur apparaît perpendiculairement au mur de fond du portique et empêche la présence d’une ouverture ; le mur se prolonge en hauteur dans une maçonnerie souvent hétérogène en moellons et pierre de taille (Pl. VII et VIII, fig. 2 à 5). Les longrines insérées dans les murs de fond du portique de la Cour Nord du palais de Malia ne peuvent donc dans la plupart des cas pas être associées à des fenêtres. Il semble en revanche évident que les longrines étaient liées aux extrémités des murs aux jambages des portes d’accès vers les pièces qui bordaient le portique (Pl. VII). La présence de ces jambages est indiquée par leurs empreintes conservées dans le ciment lors de la restauration de plusieurs murs, mais aussi par la feuillure visible sur la face nord du bloc en tête de la portion nord du mur de fond est du portique ainsi que par les traces de charbon mises au jour au pied de celui-ci29. Les jambages reliaient verticalement les longrines situées à des hauteurs différentes au sein des murs et prenaient part à la structure porteuse soutenant les madriers du couvrement du portique de la Cour Nord. Ils formaient aussi avec les longrines un cadre qui assurait la stabilité de la maçonnerie des murs de fond du portique maintenue en place par ces éléments en bois. Il semble évident que les longrines identifiées dans le parement arrière de certains murs étaient initialement associées aux jambages des portes (portions sud et peut-être centrale du mur de fond est du portique) (fig. 6). Il n’y a pas d’indications relatives à la présence dans les murs de fond du portique d’éléments verticaux additionnels venus renforcer la structure porteuse au sein des murs. Seuls les jambages des portes semblent avoir rempli la fonction de supports verticaux. Il faut cependant noter deux exceptions, à savoir les empreintes d’éléments verticaux placés au milieu de chaque moitié de la portion sud du mur de fond est du portique nord (Pl. VII et VIII). Ces éléments devaient être associés au moyen de tenons à la longrine inférieure, et se prolonger en hauteur jusqu’à soutenir les madriers de bois de la couverture du portique. L’insertion des éléments verticaux fut sans doute rendue nécessaire par la longueur du mur, le plus long des murs de fond du portique, et a permis de compléter la structure porteuse. À l’exception de mortaises situées loin à l’intérieur du mur sur les blocs de l’assise supérieure dans la portion sud du mur de fond est du portique et qui ont pu servir à fixer des traverses au moyen de tenons (Pl. VII), il est impossible d’identifier clairement la présence de ces éléments transversaux. Peut-être des traverses ont-elles joué un rôle dans l’établissement d’une connexion entre les longrines visibles des deux côtés du mur, mais l’état de la maçonnerie et la lourdeur de certaines restaurations modernes ne permet pas de l’assurer. Quant aux seuls exemples assurés de longrines situées dans le parement arrière d’un des murs (portion sud du mur de fond est, fig. 6), ils sont situés à des hauteurs plus élevées que celle de la longrine en parement de façade du mur (14,75-14,80 m d’alt. en parement de façade contre 14,92-14,98 m d’alt. en parement arrière). Ceci n’exclut pas que les longrines des deux parements aient été liées par des traverses, mais pas selon un cadre régulier posé sur un support commun.

Conclusion

  • 30 Jusseret, 2017, p. 235-238, tabl. 2.
  • 31 On notera qu’en certains endroits le logement de la longrine en parement arrière de la portion sud (...)

14L’observation des empreintes liées aux éléments en bois insérés dans les murs de fond du portique de la Cour Nord du palais de Malia permet donc d’affirmer que ceux-ci étaient dotés d’une structure composée d’éléments horizontaux, verticaux (les jambages des portes principalement) et peut-être transversaux en bois. Cette structure assurait d’une part le soutien de la charpente couvrant le portique de la Cour Nord, en association avec les colonnes dudit portique, et permettait d’autre part de garantir la cohésion et la stabilité de la maçonnerie hétérogène des murs de fond du portique30. Il est intéressant de noter que bien que les longrines soient situées à une hauteur relativement identique dans les différentes portions d’un même mur, celles-ci ne sont pas communes à l’ensemble des murs de fond du portique. La présence de traces éparses sur les murs de fond du portique d’un enduit de plâtre blanc, souvent fin mais pouvant mesurer jusqu’à 0,8 cm d’épaisseur sur certaines portions de murs, et le mauvais état de préservation générale de cet enduit ne permet pas de déterminer si les éléments en bois insérés dans les murs étaient visibles, ou s’ils étaient autrefois masqués par cet enduit31. On ne peut ainsi déterminer si, en plus de jouer un rôle structurel, les éléments en bois de la Cour Nord avaient une vocation décorative.

  • 32 Devolder, 2018, p. 362.
  • 33 Devolder, à paraître a et b.
  • 34 Devolder, 2018, fig. 5a et c.
  • 35 Tsakanika-Theohari, 2009, p. 136-139.

15On a évoqué ailleurs la possibilité que les murs incorporant des blocs en grès taillé dans le palais néopalatial de Malia soient l’œuvre d’artisans cnossiens venus contribuer à la fin du 17e s. av. J.-C. à la reconstruction de l’édifice32. Les marques laissées par ces artisans sur de nombreux blocs de grès ont laissé penser que les carriers, tailleurs et bâtisseurs attachés à la construction des murs en pierre de taille au sein du palais venaient de Cnossos, et apportaient à Malia une tradition et un savoir-faire nouveaux sur le site. En effet, les signes représentés par les marques de maçons identifiées sur des blocs de grès taillés du palais de Malia – étoile, bras levés, double hache, trident, branche, serpent, croix, essieu et haltère – sont les plus communément utilisés à Cnossos, où ils apparaissent dès la période protopalatiale, tandis qu’à Malia ils sont exclusivement néopalatiaux. D’autre part, bien que la pierre de taille soit utilisée dès la période protopalatiale à Malia (1900-1700 av. J.-C.), et que les bâtisseurs maliotes fassent montre à cette période d’une très grande créativité dans leur usage du grès33, les traits architecturaux des murs en pierre de taille du palais néopalatial de Malia reflètent une tradition nouvelle sur le site, et proche des pratiques architecturales de la Crète centrale nord, comme l’incorporation dans les murs de blocs taillés de forme grossièrement triangulaire ou parallélépipédique, et dont le parement arrière est constitué d’une maçonnerie en moellons, ou la construction de murs à double parement de pierre taillée34. Ces traits suggèrent l’implication de bâtisseurs cnossiens dans la reconstruction du palais de Malia au début du Néopalatial. On ne peut donc exclure, étant donné la tradition architecturale qui consiste à incorporer des éléments en bois dans la maçonnerie en Crète centrale nord, et plus particulièrement à Cnossos, mise en évidence par E. Tsakanika-Theohari35, que les traits architecturaux de la Cour Nord du palais de Malia soient directement influencés par cette tradition, amenée sur le site par des artisans cnossiens.

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Notes

1 Je tiens à remercier les organisateurs des journées, St. Lamouille, P. Péfau et S. Rougier-Blanc de m’avoir offert de publier ici cette brève recherche, I. Caloi, A. Farnoux, A. Perrier, et L. Trouki pour leur aide et contribution au projet du Palais de Malia, ainsi que R. Dubois qui m’a aidée à prendre des altitudes au palais.

2 Pour un compte-rendu détaillé de la chronologie du site, voir Devolder, à paraître a.

3 Hue et Pelon, 1991 ; Sauvage, 2012, p. 65-67.

4 Pelon, 2005, p. 186-190.

5 Pelon, 1983, p. 701-703 ; 1984, p. 884, fig. 1, 12-14 ; 1986, p. 814, fig. 1 ; Driessen, 2010, p. 563.

6 Pelon, 2005, p. 191-196 ; Darcque et Van De Moortel, 2014, p. 178-182.

7 Pelon, 1997. Au sujet de l’occupation postpalatiale sur le site de Malia, consulter Langohr, 2009, p. 74-82.

8 Dimou et al., 2000, p. 438-439, 448-449 ; Devolder, à paraître b.

9 Guest-Papamanoli, 1989 ; Dimou et al., 2000, 438, 448-449 ; Müller-Celka et al., 2003 ; Müller-Celka et Dalongeville, 2009 ; Shaw 2009, p. 33 ; Müller-Celka et al., 2011 ; Devolder, 2018, p. 345-350.

10 Guest-Papamanoli, 1978 ; Devolder et Lorenzon, à paraître.

11 Shaw, 2009, p. 17-28 ; Hayter, 2018.

12 À cette triade on peut ajouter d’autres pierres issues d’affleurements proches ou distants du site, Dimou et al., 2000.

13 Les éléments carbonisés découverts parfois en très grandes quantités lors des fouilles (Hazzidakis, 1915, p. 119-120) ont malheureusement été jetés.

14 Chapouthier et Joly, 1936, pl. III ; van Effenterre, 1980, fig. 414, 415, 497.

15 Chapouthier et Joly, 1936, p. 20 ; Pelon, 1980, p. 80, fig. 6, pl. 53, 108 2-3, 109, 110, 111.1 ; van Effenterre, 1980, p. 305, fig. 415.

16 Pelon, 1980, p. 78-84.

17 La cour est bordée à l’ouest par la structure XXVIII remaniée au Minoen Récent II, Pelon, 1997, p. 347-355.

18 Il s’agit d’un mélange de plâtre calcaire et de petits galets produisant une surface à la fois attractive et résistante aux intempéries, Shaw, 2009, p. 149-150.

19 Pelon, 1980, p. 83.

20 Ibid., p. 83 ; Dimou et al., 2000, p. 452.

21 Ibid., p. 80 et fig. 6.

22 Note 14. H. van Effenterre restitue une neuvième colonne dans la partie nord-ouest du portique (1980, fig. 415). On soulignera cependant qu’aucune base n’est visible à cet endroit, où le dallage du portique est conservé.

23 Comme le suggérait déjà H. van Effenterre en 1980 (fig. 415).

24 Une mortaise visible sur un bloc de grès de l’assise supérieure conservé dans la portion ouest du mur de fond nord du portique suggère là aussi une longrine ‘haute’, mais ce bloc pourrait avoir été placé là lors de restaurations modernes (Pl. VII).

25 Tsakanika-Theohari, 2006 ; 2009 ; 2017.

26 Tsakanika-Theohari, 2009, p. 139.

27 Id., 2017.

28 Chapouthier et Joly, 1936, p. 23 ; Shaw, 2009, p. 124, fig. 216d.

29 Pelon, 1980, p. 72.

30 Jusseret, 2017, p. 235-238, tabl. 2.

31 On notera qu’en certains endroits le logement de la longrine en parement arrière de la portion sud du mur de fond est du portique est recouvert d’une sous-couche d’enduit grossier en terre. La longrine n’était donc pas visible depuis la pièce XXIV 2.

32 Devolder, 2018, p. 362.

33 Devolder, à paraître a et b.

34 Devolder, 2018, fig. 5a et c.

35 Tsakanika-Theohari, 2009, p. 136-139.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Plan du palais de Malia, avec la numérotation des quartiers (en chiffres romains) et des pièces au sein de ceux-ci (en chiffres arabes), d’après les plans d’E. Andersen (Pelon 1980, plan 28) et de M. Schmid et N. Rigopoulos (Pelon 2002, pl. XXXII)
Crédits ©EFA
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Titre Pl. VII. Plan de la Cour Nord du palais de Malia.
Légende En gris clair les éléments minoens tardifs, en brun très clair les madriers de la charpente, en brun légèrement plus foncé l’emplacement des longrines et autres éléments horizontaux en bois, entourées en orange les mortaises destinées à fixer les longrines inférieures, entourées en vert les mortaises destinées à fixer les longrines supérieures, en rouge l’emplacement des éléments verticaux en bois
Crédits (M. Devolder d’après le plan dressé par E. Andersen publié dans Pelon, 1980, plan 4 ©EFA)
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Titre Pl. VIII. Vue de la portion sud du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, avec en blanc la localisation des éléments structurels en bois
Crédits (cl. M. Devolder ©EFA).
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Titre Fig. 2. Vue de la portion est du mur de fond nord et des portions nord et centrale du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers le nord-est
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Titre Fig. 3. Vue de la portion ouest du mur de fond nord du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers le nord-ouest.
Légende Le vide laissé par la décomposition de la longrine est aujourd’hui rempli de ciment et de petits moellons, un mélange lié aux travaux de restauration modernes au palais
Crédits (cl. M. Devolder ©EFA)
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Titre Fig. 4. Vue de la portion nord du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, vers l’est
Crédits (cl. M. Devolder ©EFA)
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Titre Fig. 5. Vue du mur de fond sud du portique de la Cour Nord du palais de Malia, contre et sur lequel fut érigé le Bâtiment oblique (à droite) et complété par une addition en moellons (à gauche), vers le sud-est.
Légende Noter l’enduit de plâtre blanc qui recouvre encore les blocs de grès de la première assise ainsi qu’une partie de l’assise de nivellement
Crédits (cl. M. Devolder ©EFA)
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Titre Fig. 6. Vue du parement arrière de la portion sud du mur de fond est du portique de la Cour Nord du palais de Malia, depuis la pièce XXIV 2, vers l’ouest.
Légende Les vides dans la maçonnerie, marqués par des flèches, représentent l’emplacement de la longrine
Crédits (cl. M. Devolder ©EFA)
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Pour citer cet article

Référence papier

Maud Devolder, « Éléments structurels en bois dans un palais de l’âge du Bronze crétois. Le cas de la Cour Nord du palais de Malia »Pallas, 110 | 2019, 133-149.

Référence électronique

Maud Devolder, « Éléments structurels en bois dans un palais de l’âge du Bronze crétois. Le cas de la Cour Nord du palais de Malia »Pallas [En ligne], 110 | 2019, mis en ligne le 27 février 2020, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/17407 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.17407

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Auteur

Maud Devolder

Chercheuse post-doctorale de la Fondation Gerda Henkel
Groupe de recherche AEGIS (CEMA-INCAL), UCLouvain
devoldermaud[at]gmail.com

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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