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Christianisme et mythologie

Rôle et fonction de la mythologie chez Lactance (env. 250-325), rhéteur, polémiste, apologiste et historien

Role and function of mythology with Lactantius (circa 250-325), rhetorician, polemicist, apologist and historian
Michel Jean-Louis Perrin
p. 361-370

Résumés

Lactance fait usage de la mythologie pour essayer de convaincre ses lecteurs païens de renoncer au paganisme et de se convertir au christianisme. On peut distinguer chez lui la volonté d’une critique globale de la mythologie, à travers les poètes, les philosophes, les oracles païens ou crus tels, autrement dit à travers tout ce que les païens du temps reconnaissent comme leurs. L’aspect politique et actuel de cette polémique est net : Lactance vise clairement les Tétrarques, ce qui actualise les lieux communs de la critique des dieux. Donc l’interprétation evhémériste se joint à la volonté de discréditer un pouvoir persécuteur et de convaincre les lettrés païens, du moins ceux qui n’étaient pas des fanatiques. Le lien politique et idéologique entre persécution d’une part, et d’autre part polythéisme et mythologie, apparaît clairement dans une « histoire des religions » orientée dans une perspective et apologétique.

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Texte intégral

  • 1 On est dans la tradition apologétique : voir Heck - Wlosok, 1993, p. 440. In fine, la cause du mal (...)

1Nous souhaitons essentiellement poser ici deux questions que l’on peut résumer ainsi : le comment – ou comment cela fonctionne –, et le pourquoi – le but et le propos de Lactance. En effet, l’apologiste chrétien fait grand usage des mythes et de la mythologie gréco-latine classique dans sa lutte contre le paganisme. Le remarquer n’est certes pas faire oeuvre neuve ; les titres des deux premiers livres – surtout le premier – des Institutions divines le laissent déjà entendre : de falsa religione, de origine erroris. La fausse religion (au singulier), c’est le paganisme classique, considéré comme une unité, et l’origine de l’erreur, ce sont les méchants démons, qu’il identifie après bien d’autres aux dieux du paganisme, car ils ont fait émerger les croyances aux dieux1.

  • 2 Goulon, 1978, p. 107-156. Cette étude de 50 pages, très littéraire, donne un tableau à la fois préc (...)

2La poésie classique latine étant – comme la grecque – complètement imprégnée de mythologie, et l’école étant ce qu’elle est (voir encore, à la fin du IVe siècle, les remarques bien connues d’Augustin racontant son enfance dans les Confessions), toute une culture mythologique est passée de génération en génération de Cicéron et Horace (avec des appréciations différentes du vieil Ennius !) jusqu’à Paul Valéry au moins. Logiquement, ceux qui étudient l’utilisation littéraire de la poésie par Lactance retrouvent la mythologie à un détour ou à un autre : Alain Goulon, dans Lactance et son temps, décrivant les citations des poètes latins, va de Jupiter à Hercule et Apollon, en passant par d’autres personnages de moindre importance2 : la mythologie affleure à chaque page de cette communication. De même Jochen Walter dans ses Pagane Texte und Wertvorstellungen bei Laktanz, croise la mythologie un peu partout en suivant les sources de Lactance.

  • 3 Pages 14-15 de son Introduction (dans SChr 326, 1986).

3Dans ces conditions, nous allons recouper ici ou là les propos d’A. Goulon et de J. Walter, mais nous prenons le sujet sous un angle très différent, puisqu’il s’agit, au-delà de l’aspect littéraire, d’essayer d’en comprendre les arrrière-plans historiques, politiques, philosophiques et théologiques. Nous rappellerons d’abord la situation de la question dans l’oeuvre de Lactance – dans la pratique, il s’agit essentiellement du livre I des Institutions, à compléter par le De mortibus persecutorum (daté habituellement des années 314-316). D’emblée, notons aussi le contexte historique : la persécution de Dioclétien, dure et générale dans l’Empire romain, commence en 303 et se prolonge jusqu’en 313, avec divers soubresauts suivant les temps, les lieux et l’attitude des différents Tétrarques. Lactance écrit son oeuvre chrétienne en réaction à cette réalité historique ; en plus, il réside à Nicomédie, donc dans une capitale impériale du temps. Pierre Monat, l’éditeur du livre I des Institutions dans les Sources Chrétiennes, note que, contrairement à ce qu’une lecture rapide pourrait laisser penser, cette polémique n’est pas anachronique3. Suivons donc les pas de Lactance, qui parle d’abord de ses sources d’information.

4Le livre I des Institutions s’appelle de falsa religione. Lactance s’attaque à une entité qui connaît une diversité certaine : il va parler des dieux et des mythes, mais il veut dire qu’il s’attaque dans son raisonnement au paganisme (au polythéisme !) officiel considéré comme un tout. Autrement dit, la diversité des dieux est vue comme les différentes facettes d’une même réalité. Après avoir posé comme base l’unicité de la divinité et de la providence, il laisse de côté le témoignage des prophètes au bénéfice des poètes, parce qu’il s’agit de gens que les païens admettent (et surtout l’« establishment » lettré). L’école est dans la cité antique, Lactance a même été maître officiel de rhétorique latine à Nicomédie, Virgile, Ovide, font en quelque sorte partie du paysage, tout comme les statues et les temples des dieux sont bien visibles dans les villes de l’empire.

  • 4 Voir Perrin, 1981 : en bon polémiste/apologiste, Lactance a tendance à faire flèche de tout bois, m (...)

5Institutions I, 5, 3-14 : les poètes usent d’ornatio et d’amplificatio, mais reconnaissent que le monde est dirigé par un seul spiritus, ou mens (il s’agit de Virgile cité plus loin). Par parenthèse, on reconnaît là l’usage approximatif, parfois à la limite de l’honnêteté intellectuelle, que Lactance fait de ses citations, car entre le dieu suprême des païens et celui des chrétiens, il y a un monde, même si les termes sont identiques4. L’argumentation tirée de chez l’adversaire lui-même correspond à la pratique rhétorique de la rétorsion. Paraissent à la barre comme témoins, avec des mentions destinées à renforcer leur crédibilité :

  • Orphée, uetustissimus poetarum et aequalis ipsorum deorum : l’ancienneté est un gage de vérité, en plus, il est poète et contemporain des dieux qu’il a côtoyés, puisqu’il a navigué avec les Tyndarides ( = Castor et Pollux) et Hercule ;

  • Homère n’est évoqué que par prétérition, car il parle des humana potius quam diuina ;

  • Hésiode est écarté, car il ne remonte qu’au chaos et non pas au Dieu créateur : il s’agit ici d’une « quête des origines », où il faut trouver le commencement de tout et on se rappelle que le Dieu de la Genèse crée le monde ex nihilo, alors que le démiurge du Timée organise le chaos ;

  • après les Grecs, les Latins (selon un usage courant dont on a de nombreux exemples déjà chez Cicéron et Sénèque, nostri désigne les Romains) : nostrorum primus Maro non longe afuit a ueritate. Lactance veut dire que Virgile est le premier poète romain à avoir frôlé la vérité, comme le dit la traduction de Pierre Monat, mais sans doute aussi qu’il est le prince des poètes, comme Platon est le prince des philosophes. Quand un Latin dit poeta, on pense immanquablement à Virgile. En plus, l’épopée fait partie des grands genres, et l’Énéide a fait de Virgile le poète quasi-officiel d’Auguste.

  • Ovide : in principio praeclari carminis. Il ne s’agit évidemment pas de l’Art d’aimer, mais des Métamorphoses, dont le premier livre contient une sorte de Genèse païenne et évoque un fabricator mundi et un rerum opifex. Cette dernière appellation ne pouvait que plaire à l’auteur du De opificio Dei (en 303-304). Et les Métamorphoses sont un poème didactique, genre littéraire classé dans les grands genres, comme en témoigne Quintilien.

  • 5 1, 5, 15 : non rebus commenticiis, sed inuestigandae ueritati studuisse creduntur. On notera ici le (...)
  • 6 Inst. 1, 5, 28.
  • 7 Abusivement rapprochés. En effet, Cléanthe, philosophe stoïcien (≈ 331 - ≈ 232 av. J.-C.) est mis à (...)
  • 8 Lire ici sans doute encore une perfidie dans « iudicatur »

6Institutions I, 5, 15-28 : les philosophes sont supérieurs aux poètes, car ils s’attachent prioritairement à la vérité ou au moins sont censés tels5. Et ils sont reconnus comme des hommes supérieurs (summo ingenio uiros)6. L’ordre chronologique est à nouveau suivi (du moins approximativement), et les Grecs viennent avant les Latins. Le canevas avait été donné par Cicéron, De natura deorum, et par Minucius Felix : Thalès de Milet, le premier des sept sages (primus omnium) ; Pythagore ; Anaxagore ; Antisthène ; Cléanthe et Anaximène7 ; Chrysippe et Zénon ; Aristote, bien qu’il se contredise ; Platon, omnium sapientissimus iudicatur8 ; Cicéron, souvent le continuateur de Platon ; Sénèque, ex Romanis uel acerbissimus stoicus fuit : un Romain, un stoïcien pénétrant (qualité souvent reconnue aux stoïciens), et il s’agit d’un fait (fuit, et non pas iudicatur ou creditur). Lactance s’appuie sur la constatation de la proximité de Sénèque avec le christianisme (on se rappelle le mot fameux de Tertullien Seneca saepe noster).

  • 9 Inst. 1, 6, 1

7Troisième catégorie : les diuina testimonia9. Il ne s’agit pas du témoignage des prophètes de l’Ancien Testament ou des Évangiles, mais de :

    • 10 Lactance ne traduit pas pour deux raisons : 1. c’est facile à comprendre ; 2. les lettrés comprenne (...)
    • 11 Inst. 1, 6, 3.

    Hermès Trismégiste ; son témoignage n’est pas tout à fait divin, mais simile diuino < testimonio >. Ce n’est qu’un homme, mais antiquissimus… et instructissimus omni genere doctrinae, ce qui l’a fait nommer Trismégiste ( = trois fois très grand10)11.

    • 12 Inst. 1, 6, 6.
    • 13 Inst. 1, 6, 17.
    • 14 Inst. 1, 6, 7-17. Sur le sujet, on lira toujours avec profit l’art. de M.-L. Guillaumin, 1978, p. 1 (...)
    • 15 Inst. 1, 7, 1-13. Cf. Turcan, 2006, p. 58 : Apollon rend toujours des oracles à Didymes et à Claros (...)
    • 16 Inst. 1, 7, 1.

    Les réponses des oracles et les poèmes sacrés : de responsis sacrisque carminibus12. Leurs témoignages sont multo certiora. En plus, il s’agit de réfuter les païens par le témoignage – irréfutable à leurs yeux – de leurs propres dieux13 : les Sibylles14 ; l’oracle d’Apollon15 : praeter ceteros diuinum maximeque fatidicum16.

  • 17 Inst. 1, 8.

8On a compris que Lactance, en bon pédagogue, a choisi les auteurs – au sens d’auctoritates – qui pouvaient avoir le plus de poids aux yeux de ses lecteurs, et joué en non moins bon rhéteur de la rétorsion d’arguments. Et que, si son ton est très adouci par rapport à celui de Tertullien – encore que, parfois, on pourrait discuter –, le fond de sa pensée est sans équivoque. Après donc l’évocation de ses sources, Lactance passe à la naissance des dieux : dans un chapitre de « génétique »17, il rappelle que les dieux du paganisme ont été engendrés tout comme des êtres humains, ce qui est contraire à la définition du divin (voir les Sibylles) et de sa toute puissance. Conclusion nécessaire : ces dieux sont en réalité des hommes, peut-être des personnages remarquables comme des rois, mais des hommes, ce qui donne raison à l’interprétation rationaliste développée par l’evhémérisme. Au passage, il détourne, en le déformant, un passage du Timée (28c) pour faire de Platon le promoteur d’une transcendantalité absolue.

9Vient ensuite un catalogue des dieux. Il était certes impossible d’être exhaustif en pareille matière – surtout dans l’espace de quelques chapitres –, mais les choix de Lactance obéissent à des critères que nous pouvons au moins entr’apercevoir.

    • 18 Inst. 1, 9.
    • 19 Inst. 1, 9, 5.
    • 20 Inst. 1, 17.

    Hercule vient en tête des dieux18 : il est ob uirtutem clarissimus. Mais c’est le dernier des débauchés, et ses célèbres exploits, au fond, relèvent uniquement de la force brutale, voire bestiale : l’Hercule de Lactance est ce qu’on appellerait un « Hercule de foire ». Il n’a pas été capable de maîtriser ses passions19, ce qui eût été bien préférable, lui qui a fini fou furieux et esclave d’Omphale. On est donc très loin de l’interprétation allégorique – et positive – du personnage par les stoïciens20, et l’aspect bestial d’Hercule pourrait bien être rapproché du portrait que Lactance fait des persécuteurs dans le livre V des Institutions, et tout particulièrement du César Galère dans le De mortibus persecutorum. Dans la Tétrarchie, les Augustes sont joviens et les Césars herculiens ; il est certain que l’ironie acide de Lactance à l’égard de Jupiter et d’Hercule dans pareil contexte comporte des arrière-pensées politiques : les Tétrarques sont cruels, ridicules, débauchés, etc., et à la limite, fous. Naturellement, ils sont persécuteurs. Donc la persécution est une folie. C.Q.F.D. Tel est le raisonnement à peine implicite ici. Lactance laisse le lecteur juger par lui-même. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. Et ce n’est pas bien difficile.

    • 21 Inst. 1, 10, 1-9.

    Esculape21, Apollon, Mars, Castor et Pollux, Mercure, Liber Pater et son cortège de demi-hommes, sont nés de débauches et débauchés eux-mêmes.

    • 22 Inst. 1, 10, 10-49.
    • 23 Inst. 1, 10, 50- 1, 12, 11.
    • 24 Inst. 1, 13..
    • 25 Inst. 1, 14.
    • 26 Inst. 1, 15.

    Jupiter lui-même22, puis Saturne23. Jupiter est un débauché, un adultère pire que Verrès, il est plus faible que le destin ( = on le dit Optimus et Maximus bien à tort). Par ses vices, il est pire qu’un homme. Quant à son père, Saturne, il est né comme tout un chacun, et il ne peut donc pas être le dieu le plus ancien, le dieu premier. Lactance évoque diverses explications (de Minucius Felix, des stoïciens, c’est-à-dire l’allégorie), avant de retenir celle donnée par l’evhémérisme24 : les dieux sont des hommes divinisés (avec l’appui de citations tirées d’Ennius, d’Ovide, de Virgile, d’Orphée…). L’histoire de Saturne est narrée d’après la Sacra Historia d’Ennius25 ; la poursuite de l’étude permet d’évoquer la divinisation de Romulus et celle de Jules César26. On passe donc à l’histoire proprement dite, et à l’histoire spécifiquement romaine. L’intérêt de tout cela est de marquer un continuum logique de Saturne jusqu’à Jules César, discréditant encore un peu plus au passage les Tétrarques, qui persécutent les chrétiens pour des raisons qui n’en sont pas… Cela explique sans doute pourquoi le catalogue de Lactance commence par Hercule et finit par Jupiter : en quelque sorte, il garde pour la fin le dieu le plus emblématique et, politiquement parlant, le plus sensible.

10En revanche, on n’y relève pas de divinités féminines, sans que la raison en apparaisse clairement. A notre connaissance, ce point n’a pas encore été remarqué. Dans un premier temps, je serais tenté de penser que l’intention politique est sous-jacente, dans la mesure où ceux qui détiennent alors le pouvoir sont exclusivement des hommes et pas des femmes.

  • 27 Inst. 1, 16, 1-2. Le pluriel religionum ne s’oppose pas vraiment au singulier du « titre » du livre (...)
  • 28 Dans le livre IV, il sera question du Christ engendré, non pas créé, mais pas sur le même plan.
  • 29 Inst. 1, 18.

11Lactance a alors conscience d’avoir accompli sa tâche27, tout au moins sur le plan théorique : « religionum capite destructo », mais il veut cependant continuer à argumenter pour être encore plus convaincant. Sans doute pense-t-il que certains lecteurs seront peut- être plus réceptifs à certains arguments qu’à d’autres. Tout comme les hommes, les dieux se répartissent en deux sexes, ils sont engendrés et engendrent comme eux28 – et cela contredit la définition philosophique de dieu. Le chapitre 17 est consacré aux misères et aux turpitudes des dieux ; le 18 montre que la gloire romaine est faite de violence militaire ; en forçant à peine les termes, Lactance dirait aujourd’hui que les Romains divinisent des auteurs de crimes de guerre29.

  • 30 Inst. 1, 20.

12Après les cultes communs à tous les hommes, les cultes spécifiques aux Romains30 :

    • 31 On remarquera la grossièreté volontaire du terme scortum.

    Lupa ou Larentina ( = une prostituée, nourrice de Romulus), Faula, qualifiée de Herculis scortum31, Flora (encore une prostituée, en quelque sorte la « patronne » des prostituées romaines, fêtée par des processions licencieuses) ;

    • 32 Inst. 1,20, 34.
    • 33 Inst. 1, 20, 36. La zoolatrie des Égyptiens est un sujet inépuisable de critiques et de moqueries. (...)

    puis une rubrique consacrée à des cultes ridicules : religionum derisio32. Cloacina (déesse des égoûts), Pauor et Pallor, comme Honor, Virtus ou Mens : les dieux sont la projection des qualités des hommes, comme de leurs faiblesses et de leur sottise ; Robigo et Febris – dans une perspective apotropaïque – ; la Vénus Chauve (en hommage aux femmes romaines, qui sacrifièrent leurs cheveux pour fabriquer des cordages) ; Fornax ; Lara ou Larunda ; Caca ; Cunina ; Stercutus ; Tutinus (ou Mutunus Tutunus). Les sectateurs de ces cultes sont encore plus ineptes que les Égyptiens, qui monstruosa et ridicula quaedam simulacra uenerantur33.

    • 34 Inst. 1, 20, 37-42.

    Puis l’adoration d’une pierre pure et simple, celle que l’on appelle Terminus34. Il ne s’agit pas ici de vénérer une statue en tant qu’elle est censée représenter un dieu – ce qui faisait déjà l’objet de moqueries dès la Satire 8 d’Horace –, mais de vénérer la pierre elle-même : pas la représentation en tant que telle, mais la chose elle-même.

13La conclusion va de soi : les cultes propres aux Romains sont immoraux, répugnants, ridicules, scandaleux ou/et stupides. On remarquera que, sauf les deux derniers cités, ces dieux sont des déesses. Et ce ne sont pas des déesses de première grandeur, comme Junon, Minerve, Vénus ou Diane, sans doute moins faciles à ridiculiser.

  • 35 Inst. 1, 21.

14Autre catalogue, celui des peuples pratiquant des cultes sanglants35 ;

    • 36 César, Bellum Gallicum, 6, 16.

    d’abord les sacrifices humains : chez les Chypriotes, Teucer offre un sacrifice humain à Jupiter ; les gens du Taurus sacrifient à Diane les étrangers ; les Gaulois à Esus et Teutates. On sait l’horreur exprimée à ce sujet par César36 ; les Latins à Jupiter Latiaris, ainsi qu’à Saturne ; les Carthaginois sacrifiant des enfants au Saturne africain ( = Baal) ;

  • ensuite d’autres sacrifices sanglants n’entraînant pas la mort : les Galles qui se mutilent en l’honneur de la Magna Mater ; les prêtres de Bellone qui se blessent jusqu’au sang.

  • 37 Inst. 1, 21, 19.

15Retour sur des cultes ridicules – et non pas criminels. Lactance prétend le faire pour ne pas paraître céder à la polémique (studio insectandi37) : malgré tout, l’impression reste que ce livre I, avec sa succession de catalogues, n’est pas structuré avec toute la rigueur souhaitable (Hercule et Jupiter ont déjà été tournés en ridicule). On sait que l’Epitome quelque dix ans après les Institutions, marquera un effort de composition en même temps que d’abréviation et d’« aggiornamento ». Quoi qu’il en soit, les ridicules des dieux participent de leur décrédibilisation (les chrétiens n’étaient ni les seuls ni les premiers à appuyer sur cette corde) : Isis l’Égyptienne ; les mystères de Cérès à Éleusis ; le culte de Priape à Lampsaque ; les injures lancées à Lindos à l’adresse d’Hercule ; les mystères de Jupiter en Crète.

  • 38 Inst. 1, 22, 1.
  • 39 Inst. 1, 22, 9.
  • 40 Inst. 1, 22, 19.
  • 41 Inst. 1, 22, 28.

16C’est alors que Lactance passe à l’origine des cultes chez les Romains : Numa Pompilius, roi sabin, auctor et constitutor38. Il combine Tite-Live, Florus et peut-être (d’après Samuel Brandt, le remarquable éditeur de Lactance dans le Corpus de Vienne à la fin du XIXe siècle) des Histoires perdues de Sénèque le Rhéteur. Il remonte plus avant encore en évoquant la situation dans le Latium : d’après Didyme, Faunus y institua des cultes en l’honneur de son grand-père Saturne39, de son père Picus, de sa soeur et épouse Fenta Fauna. Melisseus est plus ancien encore40, lui dont les deux filles nourrirent Jupiter enfant. On retrouve ici l’Historia Sacra d’Ennius et l’evhémérisme41. Devant cette concurrence – et cette contradiction – de ses deux textes-sources, Lactance ne tranche pas, parce que c’est au fond indifférent pour sa thèse : ces dieux sont dans tous les cas des créations humaines, et tout cela fait le lien entre l’aspect « mythologique » et l’aspect « historique » ; il y a un continuum et une logique quasi « scientifique » dans cette histoire des dieux du paganisme. Même si tous les détails n’en sont pas établis avec toute la certitude que l’on pourrait souhaiter, l’essentiel est que tout aille dans le même sens : peu importe que le lecteur ait une préférence pour Didyme ou pour Ennius dans cette perspective « totalisante »…

  • 42 Inst. 1, 23.
  • 43 Nous reprenons ici une note de Pierre Monat, dans son éd. dans les Schr, p. 241.
  • 44 Inst. 1, 23, 5 : Non ergo isti glorientur sacrorum uetustate quorum et origo et ratio et tempora de (...)

17La conclusion du livre I des Institutions permet à Lactance de « nouer sa gerbe »42 ; l’essentiel est que les dieux sont une invention récente43. Selon sa chronologie, entre Saturne et la guerre de Troie, il ne s’est écoulé qu’environ 330 ans, qu’il faut ajouter aux 1470 ans entre la guerre de Troie et Lactance lui-même. Donc 1800 ans au total, ce qui constitue une antiquitas ridicule… Or on est à une époque où antiquité signifie authenticité – pour tous, car l’argument n’est pas employé seulement par les chrétiens, et c’est ce qui fait sa force de démonstration en l’espèce –, il faut en quelque sorte montrer que le dieu qu’on honore est plus ancien que les autres, et affirmer que Moïse est antérieur à Homère est un argument essentiel de l’apologétique. « Qu’ils ne se glorifient donc pas de l’antiquité de leurs cérémonies, ces gens dont nous avons pu saisir l’origine, la raison d’être et l’époque »44. Les mots sont parfaitement choisis par Lactance rhéteur et styliste : isti et glorior sont péjoratifs ; deprehendo signifie prendre sur le fait par surprise, prendre un filou la main dans le sac ; origo, ratio et tempora forment un triplet cohérent : l’origine des dieux se situe en des temps que l’on peut préciser et qui constituent une histoire rationnelle.

18Cela dit, Lactance arrête là sa démonstration (retrouvant la topique du taedium, du fastidium qu’il faut épargner au lecteur) ; le livre I des Institutions est déjà plus long que les autres. Le livre II a pour titre « l’origine de l’erreur » – le polythéisme, représenté matériellement par les statues des dieux de la mythologie, qu’il faut corriger par la Genèse –, et le livre III, « la fausse sagesse des philosophes » ; conformément à l’image agraire de la cultura animi (voir notamment l’exemple emblématique du livre II des Tusculanes), il faut nettoyer le terrain de l’âme avant de semer la vérité. La première étape est donc accomplie avec l’anéantissement du polythéisme et de la mythologie.

  • 45 Inst. 5, 5, 3-14.
  • 46 Inst. 5, 6-7.

19Lactance revient rapidement sur toute cette histoire des dieux dans le livre V des Institutions – intitulé « de la justice » – : sous le règne de Saturne, les cultes des dieux ne sont pas encore institués, puis vient le polythéisme et la catastrophe45. Après l’âge d’or, la dégradation, ce qui entraîne la nécessité d’un retour46.

  • 47 Mort. pers. 52,3.
  • 48 Mort. pers. 11,1.
  • 49 Mort. pers. 11, 7.

20Dans le de mortibus persecutorum (315-316), écrit juste après l’arrêt de la persécution et la victoire de Constantin, on retrouve une mythologie « en actes » et le lien de causalité entre mythologie et persécution : les cognomina des Joviens et des Herculiens ont maintenant disparu avec les Tétrarques47 ; Galère est un païen fanatique, la mère de Galère elle-même est deorum montium cultrix48 ; il faut sans doute entendre par là des divinités sylvestres et agrestes comme Silvanus, Diane et Liber Pater. L’oracle d’Apollon de Milet s’est montré ennemi de la religion divine49 ( = comprendre du christianisme), quand Dioclétien l’a consulté pour savoir s’il approuvait le déclenchement de la persécution (en 303). Donc, peu de choses sans doute en comparaison de l’exposé du livre I des Institutions, mais c’est suffisant pour comprendre ce qui était évident à l’époque, à savoir le lien politique et idéologique entre la persécution et le polythéisme alimenté par la mythologie traditionnelle.

  • 50 Faut-il écrire Dieu avec une majuscule ? Le Dieu chrétien et sa transcendance n’est pas complètemen (...)
  • 51 Cf. Dodds, 1979, au chap. 4 : Dialogue entre païens et chrétiens, p. 119-154.
  • 52 1970.
  • 53 1962.
  • 54 Voir, passim, les thèses de Monat, 1982 et de Perrin, 1981.

21Au total, il apparaît que la définition de dieu50 chez les païens et les chrétiens platonisants comme Lactance au début du IVe siècle n’est pas très différente51. Une étude comme celle de Vincenzo Loi52, qui fait à propos de Lactance une sorte d’actualisation du Deus Christianorum de René Braun53, permet de voir que les qualificatifs de la divinité chez Lactance sont au moins pour une bonne part ceux de la philosophie. On est un siècle après Tertullien ; les vocabulaires des uns et des autres ( = les païens et les chrétiens) se sont rapprochés. Évidemment, les théologies et les métaphysiques n’étaient pas superposables (Augustin s’en avisera à la fin de sa vie, en se reprochant de ne pas avoir été après sa conversion assez sensible à ces différences) ; pour ne prendre qu’un exemple, la notion de providence n’est pas la même chez les stoïciens et chez les chrétiens. Mais c’est déjà quelque chose d’user d’un vocabulaire commun, et Lactance, en tant que rhéteur connaissant toutes les « ficelles » de la rhétorique, en tant que non-professionnel de la théologie (il n’a pas eu de charge pastorale, mais des fonctions à proximité des empereurs : Dioclétien l’a convoqué à Nicomédie, capitale impériale, pour y être professeur de rhétorique latine ; Constantin l’a fait venir à sa cour pour être le précepteur du César Crispus), enfin en tant que contemporain de la plus grande persécution dans l’empire romain et penseur d’avant Nicée (325), n’a pas beaucoup de scrupules à faire flèche de tout bois54. Autrement dit, quelques approximations – en était-il conscient ou non d’ailleurs ? – ne devaient pas peser lourd à ses yeux, comparativement à son dessein apologétique auprès des païens cultivés de son temps.

  • 55 L’expression est empruntée à Fredouille, 1978, p. 237-252. Les quelques lignes qui suivent essaient (...)

22Considéré sous cet angle, ce « paysage intellectuel », qui nous apparaît pour l’essentiel dans les Institutions, nous révèle un Lactance historien des religions55, qui ne se contente pas de prolonger des polémiques traditionnelles contre la mythologie et le polythéisme en puisant dans un arsenal d’arguments rebattus. Il calcule que l’antiquité du paganisme est faible (au plus 1800 ans), il n’est certes pas le premier à utiliser l’evhémérisme, mais il le combine avec l’explication démonologique pour expliquer rationnellement comment, à partir des origines, on est arrivé à la situation des années 300 de notre ère. Bien entendu, on peut estimer, et avec raison, que cette explication historico-sociologico-psychologique boite parfois, que la synthèse n’est pas totalement aboutie, et que l’auteur se laisse aller à des approximations ou à des facilités qu’il aurait pu s’épargner, notamment en distinguant mieux sous la paille des mots le grain des concepts philosophiques et théologiques. Il reste que l’on peut faire crédit à Lactance de sa tentative, méritoire à tous points de vue. La mythologie entre dans cet essai comme représentant le paganisme officiel. C’est celle dont les lettrés entendent parler à l’école depuis plusieurs siècles, celle qui justifie la présence des statues et des temples que l’on voit dans la vie de tous les jours dans les villes de l’Empire, celle aussi que l’on peut railler à l’occasion dans une polémique contre les idoles. Mais elle n’est pas inactuelle, et nous avons relevé après d’autres des points de contact avec des éléments de polémique tétrarchique qui imposent de penser que Lactance n’écrit pas sub specie aeternitatis ; mais, dans une époque de transition, il vise le paganisme officiel, celui de la classe sociale dominante, celui qui a le pouvoir dans les cités, les provinces et l’Empire, et donc en même temps, la mythologie que ce paganisme implique.

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Bibliographie

Dodds, E. R., 1979, Païens et chrétiens dans un âge d’angoisse. Aspects de l’expérience religieuse de Marc-Aurèle à Constantin, Paris, éd. La pensée sauvage, (pour la trad. française ; original anglais de 1965). (chap. 4 : Dialogue entre païens et chrétiens, p. 119-154).

Fontaine, J. et Perrin, M., (éd.), 1978, Lactance et son temps, Paris ( = Théologie Historique, 48).

Fredouille, J.-Cl., 1978, Lactance historien des religions, dans J. Fontaine et M. Perrin (éds), Lactance et son temps, Paris, p. 237-252

Goulon, a., 1978, Les citations des poètes latins dans l’oeuvre de Lactance, dans J. Fontaine et M. Perrin (éd.), Lactance et son temps, Paris, p. 107-156

Guillaumin, M.-L., 1978, L’exploitation des Oracles Sibyllins par Lactance et par le Discours à l’Assemblée des Saints dans J. Fontaine et M. Perrin (éd.), Lactance et son temps, p. 185-202.

Heck, E. et Wlosok, A., 1993, art. « Lactance », Nouvelle Histoire de la littérature latine, Brepols, p. 440.

Loi, V., 1970, Lattanzio nella storia del linguaggio e del pensiero teologico pre-niceno, Zürich. MonaT, P., 1982, Lactance et la Bible. Une propédeutique latine à la lecture de la Bible dans l’Occident constantinien, Paris.

Perrin, M., 1981, L’homme antique et chrétien, Paris, ( = Théologie Historique 59).

Turcan, R., 2006, Constantin en son temps. Le baptême ou la pourpre ?, Dijon.

Walter, J., 2006, Pagane Texte und Wertvorstellungen bei Laktanz, Hypomnemata 165, Göttingen.

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Notes

1 On est dans la tradition apologétique : voir Heck - Wlosok, 1993, p. 440. In fine, la cause du mal est le second esprit créé par Dieu mauvais, ou devenu mauvais par lui-même

2 Goulon, 1978, p. 107-156. Cette étude de 50 pages, très littéraire, donne un tableau à la fois précis et évocateur du « paysage poétique » de Lactance ; elle n’est naturellement pas la seule

3 Pages 14-15 de son Introduction (dans SChr 326, 1986).

4 Voir Perrin, 1981 : en bon polémiste/apologiste, Lactance a tendance à faire flèche de tout bois, mais à sa décharge, on peut dire qu’il n’est ni le seul, ni le premier, ni non plus le dernier…

5 1, 5, 15 : non rebus commenticiis, sed inuestigandae ueritati studuisse creduntur. On notera ici le choix du verbe creduntur, comme si Lactance ne prenait pas à son compte la pensée de tout un chacun, et on se rappellera que Lactance critique durement les philosophes en Inst. 3.

6 Inst. 1, 5, 28.

7 Abusivement rapprochés. En effet, Cléanthe, philosophe stoïcien (≈ 331 - ≈ 232 av. J.-C.) est mis à côté d'Anaximène, « physicien » d’Ionie (≈ 550 - 480 av. J.-C.), qui fait partie d'un « trio » réunissant traditionnellement Thalès, Anaximandre et Anaximène.

8 Lire ici sans doute encore une perfidie dans « iudicatur »

9 Inst. 1, 6, 1

10 Lactance ne traduit pas pour deux raisons : 1. c’est facile à comprendre ; 2. les lettrés comprennent le grec.

11 Inst. 1, 6, 3.

12 Inst. 1, 6, 6.

13 Inst. 1, 6, 17.

14 Inst. 1, 6, 7-17. Sur le sujet, on lira toujours avec profit l’art. de M.-L. Guillaumin, 1978, p. 185-202. Rappelons ici que Lactance pense, à tort, que les Oracles émanent du paganisme.

15 Inst. 1, 7, 1-13. Cf. Turcan, 2006, p. 58 : Apollon rend toujours des oracles à Didymes et à Claros, et Porphyre en cite dans sa Philosophie des oracles.

16 Inst. 1, 7, 1.

17 Inst. 1, 8.

18 Inst. 1, 9.

19 Inst. 1, 9, 5.

20 Inst. 1, 17.

21 Inst. 1, 10, 1-9.

22 Inst. 1, 10, 10-49.

23 Inst. 1, 10, 50- 1, 12, 11.

24 Inst. 1, 13..

25 Inst. 1, 14.

26 Inst. 1, 15.

27 Inst. 1, 16, 1-2. Le pluriel religionum ne s’oppose pas vraiment au singulier du « titre » du livre I des Institutions ; Lactance considère ici la multiplicité des dieux et donc de leurs cultes et non pas l’appellation en quelque sorte « générique ».

28 Dans le livre IV, il sera question du Christ engendré, non pas créé, mais pas sur le même plan.

29 Inst. 1, 18.

30 Inst. 1, 20.

31 On remarquera la grossièreté volontaire du terme scortum.

32 Inst. 1,20, 34.

33 Inst. 1, 20, 36. La zoolatrie des Égyptiens est un sujet inépuisable de critiques et de moqueries. Et, pour les chrétiens, c’est la pire manifestation du polythéisme.

34 Inst. 1, 20, 37-42.

35 Inst. 1, 21.

36 César, Bellum Gallicum, 6, 16.

37 Inst. 1, 21, 19.

38 Inst. 1, 22, 1.

39 Inst. 1, 22, 9.

40 Inst. 1, 22, 19.

41 Inst. 1, 22, 28.

42 Inst. 1, 23.

43 Nous reprenons ici une note de Pierre Monat, dans son éd. dans les Schr, p. 241.

44 Inst. 1, 23, 5 : Non ergo isti glorientur sacrorum uetustate quorum et origo et ratio et tempora deprehensa sunt. Sur le thème de l’antiquité des Écritures, voir Monat, 1982, p. 46-51.

45 Inst. 5, 5, 3-14.

46 Inst. 5, 6-7.

47 Mort. pers. 52,3.

48 Mort. pers. 11,1.

49 Mort. pers. 11, 7.

50 Faut-il écrire Dieu avec une majuscule ? Le Dieu chrétien et sa transcendance n’est pas complètement assimilable au dieu des philosophes (comme Plotin et Porphyre…).

51 Cf. Dodds, 1979, au chap. 4 : Dialogue entre païens et chrétiens, p. 119-154.

52 1970.

53 1962.

54 Voir, passim, les thèses de Monat, 1982 et de Perrin, 1981.

55 L’expression est empruntée à Fredouille, 1978, p. 237-252. Les quelques lignes qui suivent essaient de reprendre et de prolonger quelque peu ses réflexions.

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Pour citer cet article

Référence papier

Michel Jean-Louis Perrin, « Rôle et fonction de la mythologie chez Lactance (env. 250-325), rhéteur, polémiste, apologiste et historien »Pallas, 78 | 2008, 361-370.

Référence électronique

Michel Jean-Louis Perrin, « Rôle et fonction de la mythologie chez Lactance (env. 250-325), rhéteur, polémiste, apologiste et historien »Pallas [En ligne], 78 | 2008, mis en ligne le 13 janvier 2009, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/16260 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.16260

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Auteur

Michel Jean-Louis Perrin

Université de Picardie Jules-Verne

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Droits d’auteur

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