Navigation – Plan du site

AccueilNuméros78Lectures croisées : mythes et lit...La fabrique du serpent draco

Lectures croisées : mythes et littérature

La fabrique du serpent draco

Quelques serpents mythiques chez les poètes latins
The fabrication of the serpent draco: a few mythical serpents with Latin poets
Jean Trinquier
p. 221-255

Résumés

À la différence des dragons médiévaux, les δράκοντες des mythes grecs restent conçus, malgré quelques traits hybrides, sur le modèle des serpents réels – le plus souvent des Colubridés – dont ils constituent une version démesurément agrandie. Or les conquêtes d’Alexandre et la découverte de l’Inde et du continent africain ont justement mis les Grecs en présence de telles couleuvres géantes, en fait des Pythonidés, comme si ces terres lointaines leur donnaient à voir les créatures effrayantes de leurs mythes. Cette rencontre entre serpents mythiques et exotiques a eu une double conséquence: d’un côté, la description des serpents récemment découverts a intégré des éléments issus de la tradition mythique, de l’autre la représentation des serpents mythiques a été partiellement réactualisée à la lumière de ces connaissances nouvelles. L’épopée latine témoigne de cette rencontre, en même temps qu’elle est l’héritière des spéculations hellénistiques sur les modes de prédation et d’envenimement prêtés aux ophidiens.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Ernout et Meillet, 1985, s.v. Draco, p. 184. Sur les emplois de draco en latin, voir Bodson, 1986, (...)
  • 2 Voir Chantraine, 1968, s.v. δέρκομαι, p. 264 et Sancassano, 1996, p. 53-62. Pour ces auteurs, cette (...)
  • 3 Une telle expression reste approximative et mérite quelque éclaircissement. Par serpent mythique, j (...)
  • 4 Jacques, 2002, p. 36.
  • 5 Cf. scholie MTAB à Euripide, Oreste, 479, I, p. 151-152 S., citée par Bodson, 1981, p. 64 : γένος μ (...)
  • 6 Voir Bodson, 1990, n. 37, p. 49-50, sur les emplois de δράκων dans la langue tragique, en particuli (...)
  • 7 Cette étymologie, déjà avancée par les Anciens (voir Commenta Bernensia à Lucain, Pharsale, IX, 728 (...)
  • 8 Voir en particulier Bodson, 1981 ; 1986, p. 67-68 ; 1989, p. 526-528.
  • 9 Sur tous ces points, voir Bodson, 1981.

1Le substantif grec δράκων et son équivalent latin draco1 sont des termes plus problématiques qu’il n’y paraît à première vue. Suivant les contextes, ils ont souvent été compris de deux façons sinon opposées, du moins différentes: lorsqu’il désigne un serpent réel, δράκων est couramment considéré comme un terme générique, un synonyme, ou quasi- synonyme, d’ὄϕις2; lorsqu’il désigne un serpent mythique3, il est fréquemment traduit par le français «dragon», lequel en dérive par l’intermédiaire du latin. Cette traduction devenue traditionnelle se retrouve par exemple dans la remarquable édition française que J.-M. Jacques a récemment donnée des Thériaques de Nicandre4. Cette façon de comprendre le substantif a été soumise à une critique serrée par L. Bodson, qui a montré que le substantif δράκων n’était pas un terme générique5, mais qu’il désignait, malgré un certain nombre d’interférences et de confusions souvent dues à des emplois figurés6, des serpents particuliers, partageant certaines des caractéristiques suivantes: un œil large et brillant, qui leur a valu leur nom7, une taille notable, une bonne aptitude à la nage et à la reptation sur des surfaces verticales et pour finir le recours à la constriction pour mettre à mort certaines proies8. Ces traits orientent l’attention vers la famille des Colubridae, plus précisément vers les couleuvres terrestres – Elaphe, Coluber, Coronella, Malpolon – et aquatiques – Natrix. Lorsque ces caractéristiques sont toutes réunies, il convient de privilégier le genre Elaphe, dont les représentants, à la fois grimpeurs, nageurs et constricteurs, comptent parmi les plus grands serpents européens, certaines couleuvres dépassant 2,5 m9.

  • 10 Bodson, 1989, p. 526-528. Pour la citation, voir Tupet, 1976, p. 70. Sur le dragon comme animal fab (...)
  • 11 Voir par ex. le cratère en cloche falisque à figures rouges de Saint-Pétersbourg (Musée de l’Ermita (...)
  • 12 Voir Sancassano, 1997b, p. 54-96 ; Mauduit, 2006, p. 144-150 et 174-179.
  • 13 Peut-être Ennius, Medea exul, fr. 274 V2 (voir à ce sujet Jocelyn, 1967, p. 350) ; Accius, Philoctè (...)

2Ce sont ces serpents qui ont servi de modèles aux δράκοντες mythiques, lesquels restent d’authentiques serpents et ne sauraient donc être assimilés aux modernes «dragons», ces êtres «ayant un corps de serpent ou de crocodile couvert d’écailles, une tête de lion, d’aigle ou de vautour et des ailes membraneuses», pour reprendre une définition donnée par A.-M. Tupet, qui l’applique indûment aux δράκοντες de l’Antiquité10. Même les δράκοντες ailés qui tirent le char de Médée, de Déméter et de Néoptolème n’ont pas grand-chose à voir avec l’image moderne du dragon. Comme les représentations figurées permettent de le vérifier, il s’agit toujours de serpents, même si la fantaisie mythique les a dotés d’ailes d’oiseau11. Ces δράκοντες mythiques ont fait leur entrée dans la littérature grecque avec Hésiode12; à partir de là, ils ont poursuivi une longue carrière, à la fois dans le domaine grec et dans le domaine latin, où ils apparaissent dès l’époque médio-républicaine chez les poètes tragiques13. Les poètes épiques latins ont réservé une place importante à ces dracones issus de la tradition grecque, qui ont été importés en même temps que les mythes qui leur donnaient sens.

  • 14 Voir Bodson, 1981, p. 62.
  • 15 Voir en particulier Cazzaniga, 1957 et 1960. À l’exemple de Nicandre, Aemilius Macer composa à son (...)

3Ces dracones mythiques sont d’abord des créatures littéraires, et leur acclimatation dans l’agreste Latium obéit avant tout aux principes de l’intertextualité, aux mécanismes de l’imitatio-aemulatio et aux règles de l’importation littéraire. Deux faits invitent cependant à reconsidérer les descriptions poétiques de serpents mythiques en s’interrogeant à leur propos sur les rapports entre le mythe et les savoirs. Le premier est la découverte, consécutive aux conquêtes d’Alexandre et aux explorations qui s’ensuivirent, des grands serpents des pays tropicaux, eux aussi bons grimpeurs, bons nageurs et redoutables constricteurs. Aux yeux d’un Méditerranéen, ces derniers pouvaient sembler constituer, à l’instar justement des serpents mythiques, une version démesurément agrandie des couleuvres du genre Elaphe. Le second fait est le succès rencontré, à partir de l’époque hellénistique, par la littérature iologique, pour reprendre le terme que lui a donné la philologie allemande du XIXe siècle. Il est vrai que cette littérature, qui est l’expression d’une spécialité médicale, concerne plus les serpents venimeux que les serpents constricteurs non venimeux, mais elle n’en fait pas moins une petite place à ces derniers, qui retenaient l’attention par leurs caractéristiques étonnantes et dont le caractère non venimeux n’était pas toujours clairement reconnu14. Or ces productions iologiques ont exercé une influence considérable sur la littérature latine, par l’intermédiaire notamment des Thériaques de Nicandre de Colophon, un poème didactique dont le succès fut considérable15. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu d’exclure de prime abord la possibilité d’une évolution de la figure du draco en liaison avec l’évolution et le perfectionnement des connaissances dans le domaine de l’herpétologie. Il conviendra donc de se demander dans quelle mesure les poètes latins ont fourni une image réactualisée de ces dracones mythiques. Pour répondre à cette question, nous ferons brièvement le point des connaissances sur les serpents mythiques de la tradition grecque, dans leurs rapports avec les serpents réels ou plutôt actuels, avant de nous intéresser dans un deuxième temps à la découverte des serpents géants africains et indiens. Ces deux volets permettront de mettre en perspective, dans un troisième temps, les descriptions des poètes romains et d’apprécier certaines de leurs innovations.

1. Les grands serpents mythiques

  • 16 Parmi une abondante bibliographie, voir en particulier Küster, 1913 ; Vian, 1963 ; Samonà, 1991 ; G (...)
  • 17 Sur cet aspect, voir Küster, 1913, p. 85-100 ; Vian, 1963, p. 160-161 ; Brisson, 1997, p. 123-124 ; (...)
  • 18 Sur la figure du serpent gardien, voir Küster, 1913, p. 120-121 et 153-157 ; Vian, 1963, p. 94-113.
  • 19 On se reportera sur ce point aux analyses de Samonà, 1991, en particulier p. 57-75 et 110-167.
  • 20 Sur ces « mythes de combat », voir l’étude très complète de Fontenrose, 1959. Voir aussi Vian, loc. (...)

4Les mythes grecs accordent aux serpents une place importante, qui peut être étudiée du double point de vue de leur généalogie et de leur fonction16. La plupart des serpents ou des créatures serpentiformes mis en scène par les mythes grecs sont présentés comme des êtres primordiaux, des fils de la Terre17. Ils exercent très souvent une fonction de gardien: gardien d’un territoire, d’un point d’eau, d’une source, d’un arbre, d’un trésor ou d’un objet magique18. Ces deux caractéristiques – caractère primordial et fonction de gardien – permettent de comprendre pourquoi le serpent est si souvent l’antagoniste aussi bien des dieux d’en haut que des héros. Fils de la Terre, être primordial, le serpent doit parfois disparaître pour laisser la place à un ordre nouveau, non seulement celui des Olympiens, mais aussi celui de la cité et de ses γένη19. Gardien d’un lieu, d’une source ou d’un objet magique, le serpent est aussi un obstacle sur la route du héros et lui fournit l’occasion d’une épreuve qualifiante20.

  • 21 Sur le caractère hybride de ces monstres serpentiformes, voir Visintin, 1997 ; Gourmelen, 2004, p.  (...)

5Ces créatures primordiales sont parfois des hybrides, comme Échidna, Typhée l’anguipède, Chimère, à la triple nature, léonine, caprine et ophidienne, voire Méduse, avec sa chevelure de serpents21. Lorsqu’elles sont intégralement serpentines, elles se distinguent des serpents actuels par un certain nombre de traits plus ou moins monstrueux: présence éventuelle d’ailes, corps et têtes multiples, comme la fameuse Hydre de Lerne, taille extraordinaire, présence d’une crête et d’une barbe. Ces traits monstrueux n’empêchent pas ces créatures mythiques d’être conçues comme de vrais serpents, du modèle desquels elles ne s’écartent guère.

  • 22 Cratère à volutes apulien à figures rouges, daté du milieu du IVe siècle avant J.-C. et attribué au (...)
  • 23 Coupe attique, Londres BM D 7, vers 460-450 av. J.-C., potier Sotadès et Peintre de Sotadès, trouvé (...)

6Est-il possible d’aller plus loin et de situer la discussion au niveau taxonomique non du sous-ordre – les serpents –, mais de la famille, voire de la sous-famille et du genre? À première vue, le caractère soit indéterminé, soit composite de ces créatures reptiliennes semble devoir interdire une telle entreprise. Si l’on considère la documentation figurée, on constate que les serpents figurés sont souvent faits d’emprunts à des espèces différentes et qu’il est la plupart du temps difficile d’identifier une espèce précise. Il n’est pas rare, par exemple, de voir une tête vipérine, au rostre légèrement relevé, greffée sur un corps de couleuvre arboricole, comme le serpent Ladon, gardien du jardin des Hespérides, qui est représenté sur un cratère à volutes apulien à figures rouges de Ruvo, daté du milieu du IVe siècle avant notre ère22. Il arrive cependant que les représentations soient suffisamment cohérentes et détaillées pour que l’on puisse identifier une espèce précise. Sur une coupe du potier Sotadès, actif vers le milieu du Ve siècle avant notre ère, une scène sans doute mythologique montre un homme s’apprêtant à lancer une pierre contre un énorme serpent, tandis qu’une figure féminine, sur la gauche, semble être tombée à terre23. Même si la pupille de l’œil est ronde et non verticale, le serpent représenté offre le profil caractéristique d’une vipère hammodyte (Vipera ammodytes Linné, 1758), avec sa corne rostrale bien marquée.

  • 24 Pour l’aptitude à la nage, il conviendrait d’ajouter aussi les couleuvres du genre Natrix, qui atte (...)

7Pour composites que soient certaines de leurs représentations, les serpents mythiques n’en sont pas moins désignés dans les sources littéraires, avec une belle constance, par le terme δράκων qui, comme nous l’avons rappelé en introduction, oriente l’attention vers un groupe particulier de serpents, celui de la famille des Colubridae, le plus souvent des genres Elaphe, Natrix et Malpolon, qui regroupent les espèces les plus spectaculaires. Plusieurs caractéristiques prédisposaient ces ophidiens à servir de modèles aux serpents mythiques. Leur taille, tout d’abord, qui n’est pas négligeable, puisque certains spécimens adultes, comme nous l’avons vu, peuvent mesurer plus de 2 mètres. Dans la mesure où le mythe prêtait à certaines créatures reptiliennes une taille considérable, il était somme toute assez naturel de les imaginer sous la forme d’une couleuvre, plutôt que sous celle, par exemple, d’une vipère, serpent plus trapu, mais beaucoup plus court que les plus grandes couleuvres. Bonnes nageuses et bonnes grimpeuses, les couleuvres du genre Elaphe pouvaient aisément remplir le rôle de serpent gardien d’un point d’eau ou d’un arbre, tandis que les mœurs aquatiques du genre Natrix le prédisposaient à veiller sur les sources24. À cela s’ajoute que l’œil de ces couleuvres, grand et bien dégagé, semble darder des regards perçants, dignes d’un gardien vigilant et intraitable. Ces différents traits expliquent sans doute que les couleuvres aient pu servir de modèles privilégiés aux serpents mythiques et partager avec eux la même dénomination.

  • 25 Fronton du temple d’Artémis, Musée de Corfou, vers 590 avant J.-C. : voir Charbonneaux et al., 1968 (...)
  • 26 En revanche, certaines couleuvres gonflent leur cou quand elles se sentent menacées. C’est en parti (...)

8Parmi les caractéristiques des serpents mythiques qui ne trouvent pas de correspondants dans l’herpétofaune, barbe et crête apparaissent avec une fréquence remarquable. On les rencontre très tôt dans la tradition figurée, plus tardivement dans la tradition littéraire, mais ce décalage est peut-être seulement dû aux hasards de la transmission textuelle. Les serpents à barbe apparaissent dans la documentation figurée dès l’époque archaïque, par exemple sur le célèbre fronton du temple d’Artémis de Corcyre ou sur le relief funéraire laconien de Chrysapha25. S’il existe, du moins en apparence, des serpents à cornes, il n’existe pas de serpents à crête, encore moins de serpents à barbe. Un tel appendice serait extrêmement incommode pour un animal qui se déplace en rampant et le condamnerait à garder toujours la tête dressée26. On s’est beaucoup interrogé sur l’origine et la fonction de ces appendices. Plusieurs remarques peuvent être faites à ce propos.

  • 27 Harrison, 1903, p. 327-328 ; Küster, 1913, n. 2, p. 76 ; Gow, 1954, n. 2, p. 198 ; Bodson, 1978, p. (...)
  • 28 Molière, L’École des femmes, acte III, scène 2, v. 700. On aura bien sûr reconnu Arnolphe.
  • 29 Bodson, 1978, p. 73-74.
  • 30 Gourmelen, loc. cit.

9Ces appendices sont d’abord un moyen visuel efficace pour détacher et mettre en évidence la tête des serpents, qui sinon se distingue assez peu du reste du corps. La barbe, en outre, a pour effet à la fois d’individualiser, d’anthropomorphiser et de viriliser le serpent27. Un serpent barbu est un serpent de sexe mâle et on peut lui appliquer la sage maxime de l’École des femmes: «du côté de la barbe est la toute-puissance»28. La barbe fait du serpent un emblème de puissance virile et de fécondité. Signe anthropomorphique, la barbe permet également d’individualiser le serpent et d’en faire l’incarnation sinon d’un dieu, du moins d’un génie local et tutélaire; comme l’écrit justement L. Bodson, «par une démarche analogue, mais inverse, à celle qui a conservé maints traits zoomorphes aux figures divines anthropomorphes, l’artiste aurait transposé sur le serpent, emblème de fécondité, un élément qui symbolise la maturité virile»29. La barbe hirsute et parfois souillée de venin de certains serpents les rapproche enfin de créatures violentes et redoutables comme les Géants ou encore les Cyclopes30.

  • 31 On pourra sur ce point comparer les δράκοντες de la tradition figurée avec la figure du griffon. Su (...)
  • 32 Voir Euripide, Phéniciennes, 820 (serpent ϕοινικολόϕος) et Théocrite, Idylles, XII, 72 (coq). Dans (...)
  • 33 Pour la comparaison entre crête et cimier, voir par ex. Lucien, Le Songe ou le Coq, 3 (métamorphose (...)
  • 34 Vendries, 2003, p. 26.

10Il en va sans doute de même pour la crête des serpents. Cette crête, suivant les représentations, peut rappeler une vague crinière, la crête d’un coq, voire les écailles ou nageoires dorsales de certains reptiles et poissons31. C’est l’analogie avec la crête du coq qui est la plus éclairante et qui vaut aux deux animaux le qualificatif de ϕοινικολόϕος32. Fréquemment comparée au cimier d’un casque, la crête confère aux animaux qui la portent une allure martiale et apparaît comme un gage d’agressivité et de combativité33. Aussi les propriétaires de coqs de combat se gardaient-ils bien d’écrêter leurs coqs, contrairement à ce qui se pratique de nos jours parmi les «coqueleurs» du Nord de la France34. On conclura que la crête des serpents mythiques, au même titre que l’éclat sanglant de leur regard, était sans doute synonyme d’agressivité guerrière, d’acharnement au combat et de fureur belliqueuse.

  • 35 Le mušhuššu, le dragon-serpent, emblématique d’abord de Tišpak, le dieu suprême d’Ešnunna, puis, dè (...)
  • 36 Yoyotte, 2005, p. 297, 302-303 et 306-307.
  • 37 Sur l’Agathodaimôn alexandrin, voir Fraser, 1972, I, p. 209-211 et II, p. 355-360 ; Empereur, 1998, (...)

11L’adoption de ces appendices a pu être favorisée par les conventions figuratives des civilisations proches du bassin oriental de la Méditerranée et du Proche-Orient, qui offrent des exemples de serpents ou de monstres serpentiformes barbus, comme le mušhuššu, le dragon-serpent babylonien35. Les similitudes sont plus grandes encore avec le bon génie égyptien des lieux d’établissement, le serpent âhâ, qui était souvent représenté sous la forme d’un serpent doté d’une barbe tressée attachée sous sa mandibule inférieure – trait qu’il partage avec tous les «génies de la fécondité» – et portant sur sa tête une couronne – pschent36. S’il est clair que l’Agathodaimôn alexandrin de l’époque hellénistique doit beaucoup à ce serpent âhâ de la religion égyptienne37, on ne saurait être aussi affirmatif en ce qui concerne les représentations de l’époque archaïque, même si la possibilité d’une influence égyptienne précoce n’est pas à exclure.

  • 38 Sur la triple rangée de dents de la martichore, voir Aristote, Histoire des animaux, II, 1, 501 a 2 (...)

12Un dernier détail éloigne ces serpents mythiques des serpents ordinaires. Il s’agit de la triple rangée de dents qui leur est parfois prêtée et qui les rapproche d’animaux féroces et malconnus comme la lointaine martichore38.

  • 39 Kylix attique du peintre Douris, vers 480-470 avant J.-C., Cerveteri, Vatican, Mus. Gregorio, inv.
  • 40 Sur ces représentations, voir Postrioti, 2006.
  • 41 Bâle, Antikenmuseum Ludwig 70 = LIMC, s.v. Laokoon, n° 1, VI, Zurich-Munich, 1992, p. 197. On peut (...)
  • 42 Musée archéologique de Bari, inv. n° 3581. Il est possible que ce vase provienne de Tarente.

13Les serpents mythiques ne se distinguent pas seulement des serpents ordinaires par leurs dimensions colossales et par certains traits morphologiques, ils s’en éloignent également par la virulence de leurs assauts. Les serpents présentent la particularité d’ingérer leur proie dans sa totalité, en commençant par la tête, sans la mastiquer ni la dépecer. Tel est le sort de Jason sur une kylix attique attribuée au peintre Douris et datée de la toute fin de l’époque archaïque. Le δράκων qui veille sur la Toison d’or est en train de déglutir Jason en commençant non par la tête, comme le font les serpents, mais par les pieds, à moins qu’il ne soit à l’inverse en train de le régurgiter, grâce à l’intervention d’Athéna39. Devant la difficulté d’imaginer un serpent suffisamment grand pour avaler un homme entier, les serpents mythiques ont souvent été crédités, contre toute réalité zoologique, de la capacité de déchiqueter et de démembrer leurs proies à la manière d’un fauve. Les représentations de la mort des fils de Laokoon dans la peinture vasculaire d’Italie du Sud en offrent de bons exemples40. Sur un cratère en cloche lucanien des années 430-425 avant J.-C., le ou les fils du prêtre ont été impitoyablement démembrés et partiellement dévorés par les serpents monstrueux suscités par la divinité41. Sur le fragment d’un vase paestan attribué au peintre Python et daté autour de 350 avant J.-C., on voit un gigantesque serpent en train d’avaler le bras d’un enfant encore vivant et entier, dans lequel on a proposé de reconnaître soit Archémore, soit l’un des fils de Laokoon42. Le serpent s’apprête soit à ingérer l’enfant comme sur la kylix du peintre Douris, soit plus probablement à le démembrer, comme dans la représentation précédente. Cette version témoigne d’un effort touchant pour représenter de façon naturaliste – un serpent déglutissant sa proie – ce qu’aucun serpent n’est capable de faire, démembrer et déchiqueter sa proie.

  • 43 Pour d’autres cas de discordance entre l’image culturelle d’une espèce donnée et la réalité zoologi (...)
  • 44 Nicandre, Thériaques, 438-444.
  • 45 Rhétorique à Hérennius, IV, 62

14On conclura de cette rapide présentation que les δράκοντες mythiques ne constituent pas, à l’instar des «dragons» médiévaux, une catégorie nouvelle d’êtres vivants, mais se laissent aisément ranger, au prix de quelques aménagements, au sein de la vaste catégorie des serpents. Au demeurant, les échanges entre serpents réels et serpents mythiques n’étaient pas à sens unique, tant les représentations de ces serpents mythiques ont contribué à l’élaboration de l’image culturelle du serpent dans l’Antiquité. La crête et plus encore la barbe sont ainsi devenues un élément extrêmement fréquent de la représentation du serpent, parfois même en dehors de tout contexte mythique, comme si la barbe en était venue à faire partie intégrante de l’image mentale du δράκων; le vrai δράκων serait ainsi le δράκων barbu, plus encore que la couleuvre qui lui a pourtant servi de modèle, mais qui n’en offre qu’une version diminuée43. Il est significatif que Nicandre de Colophon, dans ses Thériaques, dote le δράκων d’une barbe et d’une triple rangée de dents44. Quant au δράκων pourvu d’une crête, il constitue si bien une représentation commune que l’auteur de la Rhétorique à Hérennius n’hésite pas à le prendre comme exemple d’une comparaison injurieuse, destinée à faire de l’adversaire un objet de détestation universelle45.

2. La découverte des grands serpents constricteurs exotiques

2. 1. La découverte de l’herpétofaune exotique

  • 46 Voir Bodson, 1991 et Schneider, 2004, p. 167-169.
  • 47 Hérodote, Histoire, IV, 191. On reconnaît ordinairement dans ces serpents des pythons : voir Gsell, (...)
  • 48 La liste se termine par la mention de « cynocéphales », d’« acéphales » ayant leurs yeux sur la poi (...)

15Avec les campagnes d’Alexandre, puis les voyages diplomatiques ou d’exploration lancés par ses successeurs, les Grecs ont acquis une meilleure connaissance des faunes jusqu’alors méconnues du monde indien et des profondeurs de l’Afrique46. Certes, Hérodote avait déjà pu glaner, sans doute auprès de Grecs de Cyrène, des informations sur la faune de la «Libye des cultivateurs», qui correspond aux régions telliennes et plus spécialement au Sahel tunisien et à son arrière-pays montagneux. Dans la liste qu’il donne des animaux sauvages peuplant ces régions, les serpents viennent en tête, et Hérodote les qualifie d’ὑπερμεγάθεες, «de très grande taille»47. Il s’agit cependant de renseignements vagues et mêlés d’éléments mythiques, auxquels Hérodote n’ajoute du reste que très partiellement foi48.

  • 49 Aristote, Histoire des animaux, VII (VIII), 29, 606 b 9-13 (trad. P. Louis, Paris, 1969).

16Il en va de même pour les gigantesques δράκοντες libyens mentionnés par Aristote qui, non contents de dévorer des bovins, étaient censés donner la chasse aux navires de passage49:

Ἐν δε τῇ Λιβύῃ τὸ τῶν ὄϕεων γένος γίνεται ἄπλατον, ὥσπερ καὶ λέγεται · ἤδη γάρ τινές ϕασι προσπλεύσαντες ἰδεῖν ὀστᾶ βοῶν πολλῶν, καὶ δῆλον ἦν αὐτοῖς ὅτι ὑπὸ τῶν ὄϕεων ἦν κατεδηδεσμένα· ἀναγομένων γὰρ ταχὺ διώκειν τὰς τριήρεις αὐτούς, καὶ ἐνίους αὐτῶν ἐμβάλλειν ἀναστρέψασαν τὴν τριήρη.

«En Libye, la taille des serpents est énorme, à ce que l’on dit. En effet, certains navigateurs prétendent avoir déjà vu des os de nombreux bovins, qui avaient toute l’apparence d’avoir été rongés par des serpents: et de fait, comme ils gagnaient le large, ces serpents poursuivirent rapidement les trirèmes, et firent tomber à l’eau quelques marins dont ils avaient fait chavirer la trirème».

  • 50 On ne sait si ces serpents ont mis à mort les bovins ou s’ils se contentent de ronger leurs restes. (...)
  • 51 Sur le rôle qu’ont pu jouer les gisements fossilifères dans la genèse d’un certain nombre de légend (...)
  • 52 Sur l’aire de répartition des différents serpents de mer, voir Heatwole, 1999, p. 13-29. Les « serp (...)
  • 53 Posidonius, fr. 244 E.-K., ap. Strabon, Géographie, XVI, 2, 17, C 755.

17Le fait que les serpents libyens se nourrissent aux dépens des bovins50 est présenté par Aristote comme le résultat d’une déduction raisonnable de ses informateurs, des marins, qui ont noté la présence au même endroit de grands serpents et d’ossements attribués à des bovidés. On peut se demander à l’inverse si ce n’est pas la présence d’ossements, fossiles ou non, qui a suscité ces figures des de serpents monstrueux51. L’agressivité des serpents à l’encontre des embarcations ne manque pas de soulever quelque perplexité. Certes, les Anciens connaissaient bien les mœurs aquatiques de certaines espèces d’ophidiens et ne devaient pas s’étonner de voir nager des serpents, même s’il n’existe pas de serpents de mer en Méditerranée et dans la mer Noire52. L’attaque des embarcations fait cependant plutôt penser à quelque monstre marin, appelé «serpent» par approximation. Un témoignage parallèle, concernant non plus la Libye, mais la Cœle Syrie, est fourni par un fragment de Posidonius, transmis par Strabon53:

Τῶν δὲ πεδίων τὸ μὲν πρῶτον, τὸ ἀπὸ τῆς θαλάττης, Μάκρας καλεῖται καὶ Μάκρα πεδίον · ἐν τούτῳ δὲ Ποσειδώνιος ἱστορεῖ τὸν δράκοντα πεπτωκότα ὁραθῆναι νεκρόν, μῆκος σχεδόν τι καὶ πλεθριαῖον, πάχος δ ̓ ὥσθ ̓ ἱππέας ἑκατέρωθεν παραστάντας ἀλλήλους μὴ καθορᾶν, χάσμα δὲ ὥστ ̓ἔϕ ιππον δέξασθαι, τῆς δὲ ϕολίδος λεπίδα ἑκάστην ὑπεραίρουσαν θυρεοῦ.

«Pour ce qui est des plaines, la première, qui commence à la mer, s’appelle Macras, ou Plaine de Macra. C’est là, à ce que rapporte Posidonios, que l’on vit le cadavre d’un dracôn géant qui était mort, long de presque un plèthre, et d’un tel diamètre que des cavaliers placés de chaque côté ne pouvaient s’apercevoir; sa gueule pouvait engloutir un homme à cheval, et chacune de ses écailles était plus grande qu’un bouclier rectangulaire».

  • 54 Voir Honigmann, 1928. La localisation côtière de la « Plaine de Makras » ne laisse pas de susciter (...)
  • 55 Pour cette hypothèse, voir Honigmann, loc. cit. ; Kidd, 1988, p. 844-845 ; Mayor, 2000, p. 138. Kid (...)
  • 56 Pline, Histoire Naturelle, IX, 11.

18Dans la mesure où la «Plaine du Macra» semble être dans la description de Strabon une plaine en partie côtière54, on peut se demander si le δράκων dont il est ici question n’est pas, malgré le détail des «écailles», un cétacé échoué sur le rivage55. C’était sans doute également le cas du monstre marin de Joppé, que l’on se plaisait à mettre en relation avec Andromède et dont M. Scaurus fit transporter le squelette à Rome pour être exhibé lors des jeux organisés au cours de sa mémorable édilité de 58 avant J.-C.56 Il n’est donc pas du tout sûr qu’un constricteur africain de la famille des Pythonidés soit à l’origine des gigantesques serpents «libyens» d’Aristote, même en tenant compte de probables déformations et exagérations.

  • 57 Karttunen, 1997, p. 220-232.
  • 58 Aristobule, FGrHist 139 F 38, ap. Strabon, Géographie, XV, 1, 45, C 706 ; Néarque, F 10a, ap. Arrie (...)
  • 59 On remarquera que ces deux appellations sont concentrées dans le développement que Strabon consacre (...)
  • 60 Onésicrite, F 16a, ap. Strabon, Géographie, XV, 1, 28 (qui cite Ératosthène) et 16b ap. Élien, Pers (...)
  • 61 Voir Karttunen, 1997, p. 224-226. Sur les Nâga-s, voir Daniélou, 1992, p. 467-468.
  • 62 Mégasthène, fr. 22, ap. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VIII, 14, 36 et Strabon, Géographie, II (...)

19Si on laisse de côté ces informations imprécises et sujettes à caution, qui ne relèvent de toute façon que d’une connaissance par ouï-dire, les premiers grands serpents constricteurs exotiques découverts par les Grecs dans leur habitat naturel furent ceux de l’Inde, une découverte qui remonte à l’époque où les armées d’Alexandre entrèrent en contact avec les souverains du Pendjab57. Aristobule déclare ainsi avoir vu un serpent de 9,5 coudées (un peu plus de 4,2 m), tandis que Néarque rapporte la capture d’un serpent de 16 coudées (7 m environ) par Peithôn, le fils d’Antigène, qu’Alexandre avait nommé satrape d’une partie de l’Inde; cette longueur déjà respectable était pourtant jugée par les Indiens bien inférieure à celle de leurs plus grands serpents58. Certains de ces serpents devaient être des pythons molures (Python molurus Linné), même si Aristobule et Néarque semblent avoir parlé d’ ἔχιδνα59. Quant aux serpents du roi indien Abisarès, qu’Alexandre aurait ardemment désiré voir, ils auraient respectivement mesuré, selon Onésicrite, 80 et 140 coudées (35,5 et 62 m environ)60. Cette exagération manifeste invite à y reconnaître non des serpents réels, mais des dieux-serpents, les Nâga-s de l’hindouisme, qui étaient particulièrement vénérés dans le Cachemire et dans le Pendjab61. Mégasthène, pour sa part, fait état de serpents indiens suffisamment grands pour avaler un cerf ou un bœuf, cornes ou bois compris, ce qui est évidemment erroné62.

  • 63 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 36-37. Cf. Photius, Bibliothèque, 250, 456a. On co (...)
  • 64 Bodson, 1980 et 2003. Voir aussi Heuvelmans, 1978, p. 47-51.
  • 65 Voir Agatharchide, fr. 80a B. cit., qui affirme avoir vu des pythons à Alexandrie, et surtout Élien (...)
  • 66 Philon d’Alexandrie, De animalibus siue Alexander, 52, trad. d’A. Terian, Paris, 1988, qui remonte (...)
  • 67 Pour un autre exemple de serpent indien importé à Alexandrie ou transitant par son port, voir Strab (...)
  • 68 Voir à ce propos les justes remarques de Terian, 1988, p. 74-75, qui préfère parler d’« adaptation (...)

20Ce n’est qu’un demi-siècle plus tard que furent découverts les grands pythons de l’Éthiopie nilotique ou érythréenne. On peut lire dans le livre III de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile le récit détaillé de la capture d’un python de Seba de plus de 13 m, destiné au souverain grec Ptolémée II63. Selon Diodore, l’initiative en revint à des particuliers qui étaient bien informés de l’intérêt que le souverain lagide portait aux animaux exotiques et qui espéraient être généreusement récompensés par le roi de leur prise. Après une chasse mouvementée, ils ramenèrent à Alexandrie un gigantesque python, qui fut réduit à l’obéissance par la privation de nourriture. L. Bodson a montré en détail que malgré quelques exagérations, ce récit était parfaitement vraisemblable du point de vue de l’histoire naturelle et qu’il devait par conséquent dériver du témoignage de première main des chasseurs et des soigneurs de l’animal64. Des pythons restèrent visibles à Alexandrie sous le règne des successeurs de Ptolémée II65. Un passage du De animalibus de Philon d’Alexandrie, qui n’est plus connu que par le corpus arménien de ses œuvres, fait également état d’un combat, organisé à Alexandrie, opposant un cobra, ἀσπίς, et un δράκων, dans lequel on a voulu reconnaître un python66. Si cette hypothèse est justifiée, un python aurait été apporté à Alexandrie en provenance soit du continent africain, soit du monde indien67, dans la première moitié du Ier siècle de notre ère. On notera cependant que les témoignages prétendument autoptiques de Philon sont loin d’être toujours fiables68 et que le δράκων mentionné par Philon peut aussi bien être une couleuvre.

  • 69 Nicolas de Damas, 90 F 8 J., ap. Strabon, Géographie, XV, 1, 73. Il pourrait aussi s’agir d’un cobr (...)
  • 70 Suétone, Auguste, XLIII, 4.
  • 71 Dion Cassius, Histoire romaine, LXIX, 16, 1, ap. Xiphilinos, 252, 1-30 R. St. : δράκοντα ἐς αὐτὸ ἀπ (...)
  • 72 Voir Drexel, 1921, p. 270. On sait en revanche que des charmeurs de serpents venaient chercher fort (...)
  • 73 Bodson, 1984, a montré que la présence régulière des Pythonidés et des autres reptiles dans les col (...)

21Visibles à Alexandrie sous les Lagides, les grands constricteurs exotiques l’ont été également à Rome, au moins sous le règne d’Auguste. Selon le témoignage de Nicolas de Damas transmis par Strabon, l’ambassade indienne qui rejoignit Auguste à Samos, en 20 avant notre ère, offrit au princeps, entre autres présents, un serpent long de 10 coudées, soit 4,5 m environ69. Selon Suétone, Auguste aurait montré au peuple, au cours d’une exhibition organisée devant le comitium, un serpent long de 50 coudées (plus de 22 m), une indication manifestement exagérée70. Selon Dion Cassius, un serpent constricteur indien – δράκων – aurait été consacré par Hadrien dans l’Olympéion d’Athènes71. Aucune source ne fait en revanche état de l’utilisation de grands serpents exotiques lors des uenationes offertes au peuple romain, ce qui ne veut pas dire que ces derniers ne furent jamais exhibés dans ce cadre72. Au total, l’importation de grands constricteurs exotiques dans le monde méditerranéen resta chose exceptionnelle, du moins à en juger par nos sources73.

2. 2. Pythons et couleuvres: les connaissances antiques sur les grands constricteurs exotiques

  • 74 Sur cette mosaïque, voir la synthèse de Meyboom, 1995.
  • 75 Les deux serpents appartiennent à des parties authentiques : voir Aurigemma, 1957-1959, respectivem (...)
  • 76 Voir Bodson, 2003, p. 31.
  • 77 Carthage, réserves du Musée de Carthage ; voir Blanchard-Lemée et al., 1995, fig. 157, p. 212. Voir (...)

22Les représentations figurées indubitables de grands constricteurs exotiques sont peu fréquentes. Il est rare, en effet, que les serpents soient représentés avec un degré suffisant de précision anatomique pour permettre une identification en termes de famille, de genre ou d’espèce. Le plus souvent, c’est le contexte, et non l’apparence du serpent, qui permet d’identifier un python. C’est notamment le cas sur la célèbre mosaïque Barberini de Palestrina, qui reproduit un prototype alexandrin d’époque hellénistique74. Cette mosaïque montre l’Égypte et son arrière-pays éthiopien au moment de la crue du Nil. Des animaux exotiques de toute sorte sont représentés sur la partie éthiopienne de la mosaïque, parmi lesquels figurent deux grands serpents, qui sont disposés symétriquement à gauche et à droite de la représentation, aux confins de l’Éthiopie75. La représentation du serpent de droite est quelque peu maladroite: le serpent offre un aspect curieusement aplati et son épine dorsale est excessivement soulignée, donnant l’impression peut-être trompeuse que l’artiste s’est inspiré d’une peau ou d’un squelette. Il est possible, mais non certain, que ce serpent possédait un antagoniste. Le serpent de gauche, enroulant son corps, a saisi un échassier qu’il s’apprête à déglutir. Quelle que soit l’espèce qui a servi de modèle à la représentation, la localisation éthiopienne de la scène représentée, la taille des serpents et peut-être aussi leur habitat – un paysage rocheux à proximité d’un point d’eau – invitent à les identifier comme des pythons76. De la même façon, le serpent massif qui s’est enroulé autour d’un éléphant sur une mosaïque de Carthage datée du IVe siècle de notre ère doit pouvoir figurer un python, quel que soit le modèle de l’artiste et malgré la grande imprécision de la représentation77.

  • 78 Élien, Personnalité des animaux, XVI, 39. Sur cette question, voir Trinquier, 2002, p. 898-904.
  • 79 Ératosthène, Catastérismes, 6. Sur la constellation du Serpentaire, voir Aratos, Phénomènes, 82- 89 (...)
  • 80 Sur les liens entre Zeus et le serpent, voir Bodson, 1978, p. 84-86.

23Ces grands serpents exotiques ont été assimilés aux couleuvres européennes en fonction de ressemblances superficielles, mais réelles, notamment l’aptitude à la nage et à la reptation verticale, et surtout l’immobilisation et l’étouffement des proies par constriction. Les preuves de cette assimilation sont multiples, à commencer par le nom même de δράκων qui a été donné par extension à ces serpents nouvellement découverts. On notera que cette extension a sans nul doute était favorisée par les δράκοντες mythiques, qui étaient eux aussi crédités d’une taille considérable. Également significatif est le traitement réservé aux pythons apportés à Alexandrie. Si ces pythons étaient étroitement associés à la personne du roi, qui aimait à les exhiber devant ses hôtes de marque pour susciter leur émerveillement, ils n’en étaient pas moins logés dans le temple d’Asclépios, si l’on en croit une indication fournie par Élien78. Même en terre africaine, même sous la forme exotique et redoutable d’un grand python, les δράκοντες restaient l’animal sacré du dieu Asclépios. On notera à ce propos que la constellation du Serpentaire, dans laquelle on reconnaissait l’image d’un homme entouré par les replis d’un serpent géant, était interprétée par l’Alexandrin Ératosthène comme une figure du dieu Asclépios, alors qu’une autre partie de la tradition préférait y voir la figure d’un homme, parfois assimilé à Héraclès, luttant difficilement contre un reptile79. Cette réinterprétation opérée par Ératosthène a peut-être été favorisée par l’association alexandrine du python africain avec le dieu Asclépios. La consécration à Zeus, par Hadrien, d’un δράκων indien appelle les mêmes commentaires80.

  • 81 Forme boua : Pline, Histoire naturelle, VIII, 37 ; XXX, 69 et 138 ; Festus-Paul, De significatione (...)
  • 82 Pline, Histoire naturelle, VIII, 37. Cette croyance, que l’on retrouve dans d’autres aires, exigera (...)
  • 83 Pline, loc. cit.
  • 84 Bodson, 1986, p. 78-79. La localisation de l’incident dans l’ager Vaticanus, zone qui accueillait d (...)
  • 85 Pline, loc. cit. ; Jérôme, Vie d’Hilarion, XXVIII, 3 ; isidore de Séville, Étymologies, XII, 4, 28. (...)
  • 86 Voir infra
  • 87 Solin, loc. cit. ; isidore de Séville, Étymologies, XII, 4, 28. Si Isidore assure que le boa tue le (...)

24Un processus analogue d’assimilation peut être décelé à Rome. À côté du terme draco, qui constitue un emprunt latinisé au grec, on trouve en effet en latin le terme de boa, avec les variantes boas ou boua81, qu’une étymologie populaire mettait en relation avec le substantif bos. Ces serpents – de grande dimension – passaient pour mordre le pis des vaches afin d’en sucer le lait82. Il ne peut s’agir là encore que de couleuvres de grande taille. Or Pline l’Ancien fait état d’un fait divers survenu quelques années auparavant, sous le règne de Claude, dans l’ager Vaticanus: on y aurait tué un serpent boua de grande taille, dans le ventre duquel aurait été retrouvé le corps d’un nourrisson, infans83. Si l’on ajoute foi à cette anecdote circonstanciée, il convient avec L. Bodson de reconnaître dans ce serpent boua un constricteur indien ou africain ayant échappé à la surveillance de ses gardiens après avoir été importé en Italie84. On remarquera qu’un terme désignant certaines couleuvres européennes a là encore été étendu aux grands constricteurs exotiques. Cette extension a sans doute été favorisée par le rapprochement étymologique que l’on se plaisait à établir entre bos et boa85: si le boa européen s’attaquait au pis des vaches, son homologue africain ou indien passait chez certains auteurs pour pouvoir s’attaquer à l’animal entier86. Dans les deux cas, l’animal était considéré comme un véritable fléau pour les troupeaux. Tout en cantonnant l’animal en Italie, voire en Calabre, les notices plus tardives consacrées au boa portent la marque de cette double identification en attribuant au boa italien les dimensions et les méfaits d’un grand constricteur exotique87.

  • 88 Lucain, Pharsale, IX, 727-729 (trad. Soubiran, 1998).

25Pour être rapprochés des couleuvres européennes, les Pythonidés africains et indiens n’en étaient pas moins perçus comme différents. Lucain oppose ainsi aux couleuvres inoffensives de l’Europe les redoutables constricteurs africains88:

Vos quoque, qui cunctis innoxia numina terris
serpitis, aurato nitidi fulgore dracones,
letiferos ardens facit Africa…

«À vous aussi, divins reptiles, partout ailleurs inoffensifs,/ brillants dragons à l’éclat d’or, le brasier de l’Afrique/vous confère un pouvoir de mort».

  • 89 Pausanias, Périégèse, II, 28, 1 (trad. Bodson, 1981, p. 72).

26Pausanias, de la même façon, indique que les habitants d’Épidaure prenaient bien soin de distinguer leurs serpents sacrés des δράκοντες d’Inde ou de Libye89:

Τοὺς δὲ ὄϕεις οἱ Ἐπιδαύριοι τοὺς μεγάλους ἐς πλέον πηχῶν καὶ τριάκοντα προήκοντας, οἷοι παρά τε Ἰνδοῖς τρέϕονται καὶ ἐν Λιβύῃ, ἄλλο δή τι γένος ϕασὶν εἶναι καὶ οὐ δράκοντας.

«Pour ce qui est des serpents aux larges yeux longs de plus de trente coudées, comme il s’en trouve dans l’Inde et en Libye, les Épidauriens disent qu’il ne s’agit pas de leurs serpents aux larges yeux, mais d’un autre genre».

  • 90 Pline, Histoire naturelle, VIII, 35 : Id modo mirum, unde cristatos Iuba crediderit. Voir aussi XI, (...)
  • 91 Philouménos, De venenatis animalibus eorumque remediis, 30, 1-3 W. Le passage se retrouve presque m (...)

27L’image qui est donnée de ces pythons doit beaucoup à l’image traditionnelle du δράκων. On observe en particulier un certain nombre de transferts des δράκοντες mythiques à ces nouveaux venus dans la famille δράκων. Comme les serpents mythiques, ils sont parfois dotés d’une barbe et d’une crête, malgré le scepticisme occasionnel de Pline l’Ancien, qui critiquait sur ce point le témoignage de Juba II90. Un bon exemple en est fourni par la description de Philouménos, un contemporain ou quasi-contemporain de Galien, qui a rédigé un ouvrage Sur les animaux venimeux91:

Τὸ ζῷον τοῦτο οὐκ ̓ ἔστιν μὲν; ιὀβόλον, αλκῇ δὲ καὶ δυνάμει ἀναιρεῖ. Πλεονάζουσιν μὲν οὖν οἱ δράκοντες ἐν τῇ Αιθιοπιά καὶ ἐν τῇ Λυκίᾳ, τῷδὲ χρώματι διαϕέρουσιν· οἱ μὲν γαρ αὐτῶν εἰσι μέλανες, οἱ δὲ κιρροί, οἱ δὲ τεϕρώδεις· μεγέθει δὲ πάλιν κατὰ πολὺ διαϕέρουσιν· οἱ μὲν; γάρ εἰσιν πήχεων πέvτε, οἱ δὲ δέκα, οἱ δὲ δέκα πέντε, οἱ δὲ εἴκοσιν, οἱ δὲ τριάκοντα, ἱστοροῦνται δὲ καὶ μείζονες. Φολίσιν δὲ κέχρηνται καθ ̓ ὅλον τὸ σῶμα, μεγάλους δὲ ἔχουσι τοὺς ὀϕθαλμούς, καὶ ὑπὲρ τούτους δὲ ἔχουσιν ἐξοχάς τινας, ἐοικυιάς ἐπισκυνίοις, ὑπὸ δὲ τῷ γενειῳ ἀπόϕυσίιv τινα ἔχουσιν, ἣν καλοῦσιν πώγωνα. Τὰ δὲ τῶν στομάτων διαστήματα μεγάλα, προπετὴς γλῶσσα, ὀδόοντες μεγάλοι, ἐοικόοτες τοῖις` τῶν ἀγρίων ὑῶν· ἔνθα δὲ ἂν δάκωσιν, κατάγματα ἀπεργαζονται. Αἱ γοῦν θεραπεῖαι ὡς ἀπὸ τραύματος ἐπιτελείσθωσαν καὶ οὐχ ὡς ἀπὸ ἰοβόλου ζῴου.

  • 92 Il est tentant de corriger ἐν τῇ Λυκίᾳ εν ἐν τῇ Λιβύῃ. On notera cependant qu’il existe de nombreus (...)

«Cet animal n’est pas venimeux, mais donne la mort grâce à sa force et à sa puissance. Les pythons, nombreux en Éthiopie et en Lycie92, diffèrent par leur couleur: les uns sont noirs, d’autres sont brun jaune, d’autres encore ont une couleur cendrée. Ils diffèrent en outre grandement par leur taille: les uns mesurent 5 coudées (2,2 m environ), d’autres 10 (4,4 m environ), 15 (6,6 m environ), 20 (8, 8 m environ) ou 30 (13,3 m environ), et il existe des informations sur des pythons plus grands encore. Tout leur corps est recouvert d’écailles, ils ont de grands yeux, surmontés d’excroissances qui leur font comme un front plissé, ils ont sous la mâchoire un appendice qui est appelé barbe. L’ouverture de la gueule est considérable, la langue est dardée, les dents sont grandes et ressemblent aux défenses des sangliers. Lorsqu’ils mordent, ils occasionnent des fractures. Les soins à apporter relèvent de la traumatologie, et non du traitement des morsures venimeuses».

  • 93 Voir Gossen et Steier, 1921, col. 534 ; Leitz, 1997, p. 21-22. Comme l’aire de répartition antique (...)

28Plusieurs traits de cette description orientent l’attention vers les différentes espèces de pythons africains, en particulier vers le python de Séba (Python sebae Gmelin)93. Les indications relatives à la taille ne peuvent s’appliquer qu’aux grands serpents constricteurs, 30 coudées (13,3 m) représentant la longueur record du python de Ptolémée II. S’il est excessif de dire que les morsures de pythons occasionnent des fractures, il n’en reste pas moins vrai que le python inflige à ses adversaires, pour se défendre, de redoutables morsures. L’analogie entre les dents du python et les défenses du sanglier est tout aussi juste, si on la rapporte non à la taille, mais à la forme des dents. D’autres détails, en revanche, semblent plutôt empruntés aux couleuvres européennes, comme la largeur des yeux ou les excroissances qui les surmontent, lesquelles peuvent faire penser aux écailles qui se trouvent au-dessus des yeux des couleuvres de Montpellier (Malpolon monspessulanus Herrmann, 1804) et qui leur font comme des sourcils froncés. Dans ce tableau, correct dans l’ensemble, la mention d’un «appendice appelé barbe» n’en prend que plus de relief et constitue un emprunt indéniable à l’image traditionnelle du δράκων. La notice de Philoumenos aboutit donc à un signalement dont le caractère un peu composite s’explique d’une part par la confusion persistante entre couleuvres européennes et pythons exotiques, d’autre part par la permanence de traits conventionnels étrangers à la réalité herpétologique. Il n’en reste pas moins vrai que l’existence de grands constricteurs exotiques non venimeux est désormais bien connue.

  • 94 sur l’antagonisme entre l’aigle et le serpent, voir, parmi une très abondante bibliographie, Witkow (...)
  • 95 Iliade, B, 303-332. Voir Sancassano, 1997b, p. 28-37.
  • 96 Iliade, M, 200-229. Voir Sancassano 1997b, p. 37-45.
  • 97 Voir Queyrel, 2005, fig. 57, p. 66 et pl. XII, p. 13 et fig. 37, p. 54 ; dans la remontée nord-oues (...)

29Avec l’entrée en scène des constricteurs exotiques, des motifs nouveaux apparaissent, notamment en ce qui concerne les antagonismes dont les δράκοντες sont partie prenante. L’antagonisme traditionnel, qui a été abondamment étudié94, oppose le δράκων à l’oiseau et plus particulièrement à l’aigle. Le δράκων, d’une part, ravage les nids: qu’il suffise ici de mentionner le célèbre présage d’Aulis, au chant II de l’Iliade95. Il est d’autre part en butte à l’hostilité acharnée de l’aigle. Au chant XII de l’Iliade, les Troyens voient apparaître dans le ciel, au moment où ils s’apprêtent à donner l’assaut contre le camp des Achéens, un aigle enlevant dans ses serres un δράκων; le serpent, en se repliant sur lui-même, mord violemment l’aigle, qui le relâche aussitôt et le laisse tomber au milieu des Troyens, leur fournissant ainsi, selon l’interprétation donnée par le Troyen Polydamas, un présage défavorable96. Le motif du combat de l’aigle contre le serpent δράκων est également bien représenté dans l’iconographie. On le retrouve par exemple sur le Grand Autel de Pergame, à des endroits particulièrement importants, d’abord là où tout commence, en haut de la remontée nord-ouest de la frise contre l’escalier, puis sur le côté extérieur est du monument, où l’aigle aide Zeus à combattre le géant Porphyrion en attaquant le serpent qui constitue l’une des deux jambes de cette créature anguipède, et enfin là où tout finit, en haut de la remontée sud-ouest de la frise97.

  • 98 Sur les serpents géants capables de dévorer des taureaux, voir Mégasthène, loc. cit., pour l’Inde ; (...)
  • 99 Sur cet antagonisme et sur son arrière-plan égyptien, voire africain, l’étude fondamentale est cell (...)
  • 100 Sur cette filière indienne, voir plus particulièrement André et Filliozat, 1986, p. 340, n. 9 et p. (...)
  • 101 Sur le « cinabre indien », qui est en réalité une résine végétale, voir André et Filliozat, 1986, n (...)

30La découverte des grands serpents d’Afrique et d’Inde introduit un nouvel antagonisme, celui du python et de l’éléphant, qui connaît un immense succès et éclipse l’antagonisme, pourtant déjà formidable, du serpent géant et du taureau98. Le python est censé guetter l’éléphant du haut d’un arbre, puis se laisser tomber sur lui, l’entourer de ses anneaux pour l’entraver et s’attaquer à ses points faibles – les yeux, l’intérieur des oreilles, le bout de la trompe. Le motif connaît une double filière, indienne et éthiopienne99. La filière indienne fait du python un buveur de sang100; l’histoire sert d’étiologie à une substance colorante, le cinabre, qui est censé provenir du sang mélangé du python et de l’éléphant101.

3. Serpents mythiques et pythons réels

31Avec les serpents constricteurs de l’Afrique et de l’Asie, la nature mettait en quelque sorte sous les yeux des Grecs les gigantesques serpents qui peuplaient leurs mythes. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, qu’ils aient rencontré le plus vif succès. Il convient de se demander si, par un mouvement inverse, les serpents mythiques n’ont pas bénéficié grâce à cette rencontre avec la réalité herpétologique des terres lointaines, d’un crédit plus grand et si leur image n’a pas subi à son tour l’influence de cette nouvelle rencontre avec la réalité herpétologique.

3. 1. Les représentations figurées: l’exemple du Laocoon du Vatican

  • 102 Settis, 1999 ; voir aussi Liverani, 2006. La question est âprement débattue. Pour simplifier, on pe (...)
  • 103 Il a été rapproché à juste titre du type de l’Hermès détachant sa sandale de Lysippe.
  • 104 Coarelli 1973/1996, p. 500 ; Moreno, 1994, II, p. 628-630.
  • 105 Moreno 2004, II, p. 631-632.

32Une telle influence est difficile, voire impossible à mettre en évidence dans les représentations figurées, même si le célèbre Laocoon du Vatican offre à première vue un cas favorable. Je souscris à la démonstration de S. Settis, qui propose de voir dans ce groupe statuaire une œuvre originale sculptée entre 40 et 20 avant J.-C. par des artistes rhodiens ayant émigré en Italie après le déclin que connut l’île de Rhodes au lendemain du sac de Cassius, en 43-42 avant J.-C.102. Le groupe est organisé par un savant jeu de symétries et de gradations. Les serpents ont réussi à emprisonner le bras droit de chacun des trois personnages, qui luttent encore de leur bras libre. Le personnage de droite est cependant dans une situation moins désespérée que les deux autres. Il est encore debout et arrive même à se tenir en équilibre sur un seul pied; dans le geste de quelqu’un qui détache sa sandale103, il semble sur le point de desserrer le nœud qui enserre sa cheville gauche et qui est constitué par l’extrémité la plus mince, la moins puissante du serpent. Debout à côté de l’autel, penchant le buste vers l’extérieur alors même que la torsion du buste de Laocoon décentre le groupe vers la gauche, il est en quelque sorte en marge de l’action, presque en position de spectateur104. La cible des deux serpents, venus de la droite du spectateur, semble être Laocoon et son plus jeune fils. La communauté de destin entre les deux personnages se lit dans l’emprisonnement de la jambe droite du père et des deux jambes du fils par un même nœud serpentin. Le fils est comme soulevé de terre par le serpent, tandis que la jambe droite du père est sur le point de perdre le contact avec le sol105. Le groupe montre le moment où la lutte devient vaine et où se produit l’« assaut final» des serpents, pour reprendre l’heureuse formule de P. Moreno. Le père serre encore vigoureusement le corps du serpent qui s’apprête à le mordre, mais sa prise est malheureusement trop éloignée de la tête pour qu’il puisse espérer éviter la morsure du reptile. Quant au plus jeune fils, il a presque cessé de résister; sa main est inutilement posée sur la tête du serpent, sans pouvoir s’assurer la moindre prise, et le nœud puissant qui enserre son bras gauche ne laisse pas de doute sur la capacité que possède le reptile de l’écarter à tout moment vers la droite.

  • 106 Andreae, 1991, p. 14 et 16. Cf. Liverani, 2006, p. 26.
  • 107 Voir en ce sens Lahusen, 1999, p. 300.
  • 108 Le serpent qui s’apprête à mordre le flanc gauche de Laocoon n’apparaît pas sur la copie de bronze (...)
  • 109 Voir à ce propos Queyrel, 1997. 110Voir supra, n. 108.

33Pour B. Andreae, le corps de Laocoon se cambre et ses yeux se révulsent sous l’effet du venin, alors que le plus jeune fils y a déjà succombé. Cette combinaison de deux modes opératoires différents, la constriction et l’envenimement, signe à ses yeux le caractère fabuleux des serpents106. Il n’est cependant pas sûr, à mon sens, que les serpents du Laocoon soient représentés comme venimeux107. Ce qui compte, ce n’est pas l’action du venin sur les corps, comme dans les descriptions spectaculaires d’envenimement que proposent les Thériaques de Nicandre, mais bien plutôt l’étreinte terrible des nœuds, qui annihile progressivement toute possibilité de résistance, et la menace représentée par la gueule avide des deux serpents, qui s’apprêtent à dépecer et à démembrer les corps pantelants. On remarquera en particulier que le second serpent s’apprête à faire porter son attaque sur l’attache de la jambe gauche de Laocoon, comme s’il voulait le démembrer108. On pense au supplice de Prométhée, scellé à son rocher par des attaches infrangibles et dont le foie s’offre sans défense au bec acharné de l’oiseau de Zeus. Ici, c’est le même agent qui soude les corps à l’autel et qui s’apprête à les dévorer. Quant aux yeux révulsés de Laocoon, ils peuvent s’expliquer autrement que par l’action d’un venin foudroyant109.

  • 110 Voir supra, n. 108.
  • 111 Maison du Ménandre, Pompéi, I, 10, 4 = LIMC, s.v. Laokoon, n° 4, p. 198 ; cf. Laocoonte, 2006, fig. (...)

34Le mouvement et la position du bras droit de Laocoon ont à cet égard leur importance. À la place du bras original, retrouvé seulement en 1904, les restaurateurs avaient monté sur la statue un bras tendu dans un geste pathétique, tenant à pleine main le corps du serpent110. Laocoon apparaissait ainsi plus embarrassé par l’exceptionnelle longueur de son assaillant qu’emprisonné dans ses replis puissants, puisque son bras droit arrivait à tenir à distance le corps du reptile, alors même que son bras gauche était impuissant à éloigner de la même façon la gueule du serpent. Point n’est besoin de s’étendre sur les inconvénients de cette restitution, dont la découverte du bras original a de toute façon prouvé la fausseté. Ce qui est plus intéressant, c’est de constater que ce geste fautif est précisément celui qu’a Laocoon sur d’autres représentations de la scène, notamment sur une fresque de la «Maison du Ménandre», à Pompéi111. Le serpent y enserre d’un double tour le torse de Laocoon, il s’est ensuite coulé autour de son bras droit et sa tête se rapproche dangereusement du visage du prêtre, malgré les efforts de celui-ci pour l’en écarter. L’impression communiquée par cette représentation est toute différente de celle que procure le Laocoon du Vatican: le serpent y apparaît beaucoup plus fin et d’une incroyable longueur, une longueur qui fait que Laocoon ne peut l’éloigner de soi; on a presque l’impression que le serpent, littéralement, lui glisse entre les doigts. Le serpent, sur cette fresque, semble moins chercher à étouffer sa victime qu’à la frapper à l’endroit le plus vulnérable, à l’emplacement qui procurera la mort la plus prompte. Du reste, l’un des deux enfants gît déjà au sol, inanimé; il a visiblement été terrassé par l’inoculation du venin, mais l’intégrité de son enveloppe corporelle a été préservée. Tout autre est le modus operandi des serpents du Laocoon.

  • 112 Voir Andreae, 1988, p. 145.
  • 113 C’est la solution adoptée par Hampe, 1972, p. 77. Voir aussi Brehm, 1889, p. 333.
  • 114 Sur les dimensions que peuvent atteindre ces serpents, voir supra

35La façon dont les serpents enserrent les corps dans leurs replis est si fidèlement rendue qu’elle semble bien présupposer l’étude d’après nature des mouvements d’un serpent constricteur112. La question est de savoir quel est le serpent constricteur qui a servi de modèle aux sculpteurs Agésandros, Polydoros et Athénodoros de Rhodes. Ils ont pu prendre pour modèle soit un serpent constricteur indigène, soit un grand constricteur exotique comme le python113. Cette question ne peut être tranchée que par le regard averti d’un spécialiste. Les herpétologues que j’ai consultés, I. Ineich et M. Holden, du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, ont bien voulu me faire savoir que les redoutables constricteurs du Laocoon reproduisaient l’habitus d’une couleuvre du genre Elaphe ou Malpolon, et non celui d’un python, qui devrait être représenté de façon beaucoup plus massive. On conclura donc que les sculpteurs du Laocoon ont donné aux serpents de Ténédos l’apparence d’une forte couleuvre européenne ou micrasiatique, considérablement agrandie pour atteindre les dimensions terrifiantes d’un monstre capable d’étouffer un adulte vigoureux114.

3. 2. Les dracones de la littérature latine

  • 115 Sur ces textes, voir Videau, 1999 et Morzadec, 2001. Voir aussi plus largement Sauvage, 1975.
  • 116 Virgile, Énéide, II, 203-227. Sur la place originale du récit virgilien au sein de la tradition lit (...)
  • 117 Ovide, Métamorphoses, III, 26-49 et I, 438-451.
  • 118 Stace, Thébaïde, V, 505-540.
  • 119 Silius Italicus, Punica, VI, 149-203.
  • 120 Valérius Flaccus, Argonautiques, VIII, 54-116.

36Il est temps maintenant de nous tourner vers les textes pour voir si la représentation des serpents immenses qui hantent les mythes grecs a été réactualisée en fonction des connaissances nouvelles acquises sur l’herpétofaune exotique. Le motif du combat contre un serpent gigantesque a rencontré un succès indéniable dans l’épopée latine115. Au chant II de l’Énéide, Virgile met ainsi dans la bouche d’Énée le récit de la mort de Laocoon et de ses deux fils, selon une version différente de celle mise en œuvre dans le groupe sculpté du Vatican116. Ovide, au chant III des Métamorphoses, fait le récit détaillé de la lutte de Cadmos contre le serpent thébain, alors qu’il n’avait consacré qu’un bref développement, au chant I, au combat d’Apollon et de Python117. À la suite de Virgile et plus encore d’Ovide, le motif apparaît dans l’épopée flavienne: Stace, au chant V de la Thébaïde, raconte la mort du petit Opheltès, écrasé par les anneaux du monstrueux serpent d’Arès118, tandis que Silius Italicus développe l’épisode du serpent du Bagradas119. Quant à Valérius Flaccus, il trouve dans l’argument traditionnel de la conquête de la Toison d’or l’épisode obligé du face-à-face entre le serpent et le couple formé par Jason et Médée120. Comment ces différents serpents mythiques sont-ils donc décrits?

  • 121 Taille démesurée : Virgile, Énéide, II, 204 ; Ovide, Métamorphoses, III, 41-45 ; Stace, Thébaïde, V (...)
  • 122 Ovide, Métamorphoses, III, 34 ; Stace, Thébaïde, V, 509-510. Cf. Nicandre, Thériaques, 442. Chez Ov (...)
  • 123 Les serpents de Ténédos traversent la mer en nageant, le serpent thébain garde une source, le serpe (...)
  • 124 Silius Italicus, Punica, VI, 155-159. Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, III, 10, 5) décri (...)

37En ce qui concerne l’aspect de ces serpents, on enregistre peu d’innovations: les serpents se signalent par leur taille considérable, ils gardent la crête de rigueur, leur regard torve possède un éclat inquiétant et sanglant; en revanche, ils ne sont jamais décrits comme barbus121. Le δράκων de Nicandre est sans doute responsable de la triple rangée de dents dont s’orne la gueule de certains d’entre eux122. Les serpents décrits reçoivent un habitat plus franchement aquatique que leurs prédécesseurs123. Silius Italicus, en particulier, représente le serpent du Bagradas en train de chasser les animaux qui viennent boire, ce qui correspond bien à l’éthologie de l’espèce et à ce que les Anciens savaient de l’habitat et des techniques d’affût des grands serpents africains124.

  • 125 Ovide, Métamorphoses, III, 46-49.

38La façon dont les serpents se défendent et donnent la mort est également instructive. Le reptile attaque ou se défend en usant de ses trois armes: la force extraordinaire de ses nœuds et replis, les morsures redoutables que sa gueule peut infliger, le caractère pestilentiel de son haleine. Ces trois formes de mort données par le serpent sont clairement distinguées par Ovide dans l’épisode de Cadmos125:

Nec mora, Phoenicas, siue illi tela parabant
siue fugam, siue ipse timor prohibebat utrumque,
occupat: hos morsu, longis conplexibus illos,
hos necat adflati funesta tabe ueneni.

«Aussitôt, que les Phéniciens s’apprêtent au combat ou à la fuite, ou que la crainte leur interdise l’un et l’autre parti, il se jette sur eux et les tue, les uns par ses morsures, les autres dans l’étreinte de ses longs replis, d’autres par la fatale infection de son haleine empoisonnée».

  • 126 Rhétorique à Hérennius, IV, 62 (trad. G. Achard, Paris, 1989, légèrement modifiée).

39Ces différents moyens d’attaque sont déjà associés au draco dans un passage de la Rhétorique à Hérennius qui a été mentionné précédemment126:

‘Iste, qui cottidie per forum medium tamquam iubatus draco serpit dentibus aduncis, aspectu uenenato, spiritu rabido, circum inspectans huc et illuc, si quem reperiat, cui aliquid mali faucibus adflare, ore adtingere, dentibus insecare, lingua aspergere possit.’

«Ce misérable qui, chaque jour, rampe au milieu du forum comme un serpent à crête, les dents crochues, le regard venimeux, le souffle écumant, scrutant alentour pour trouver une victime sur qui sa gorge puisse lancer quelque souffle pernicieux, que sa gueule puisse atteindre, ses dents déchirer, sa langue couvrir de bave».

  • 127 Parmi les couleuvres qui se défendent en mordant énergiquement, on peut citer, à titre d’exemples, (...)
  • 128 Silius Italicus, Punica, VI, 238. Cf. Apulée, Métamorphoses, VIII, 21, 3.
  • 129 Ovide, Métamorphoses, III, 55-57. Le serpent est également représenté en train de boire le sang de (...)

40Dans les vers d’Ovide, la morsure et l’envenimement, malgré les apparences, ne sont pas artificiellement distingués. Il convient en effet de déduire du passage que les morsures du serpent ne sont pas venimeuses. Les morsures déchirent, mettent en pièces, comme celles d’un fauve, mais elles n’inoculent pas de venin. On remarquera à ce propos que nos sources ne dotent jamais ces serpents monstrueux de crochets à venin. Les morsures acharnées infligées par ces serpents correspondent à l’éthologie de certaines couleuvres, et plus encore à celle des pythons, qui se défendent en mordant furieusement127. Ces morsures de défense sont souvent confondues avec la prise qui précède l’ingestion, donnant lieu à la représentation inexacte d’un serpent en train de dépecer sa proie128. La formulation, au demeurant, est souvent ambiguë. Lorsqu’il est dit qu’un serpent dévore un homme, on ne sait pas toujours s’il l’ingère en l’avalant ou s’il le dépèce. Le premier modus operandi, caractéristique des serpents, est correctement décrit par Silius aux vers 197-199. Au vers 203, la formulation est en revanche beaucoup moins claire: depascitur artus, «il dévore ses membres». On rencontre également l’image du serpent en train de lécher les blessures des adversaires dont il a triomphé129.

  • 130 Virgile, Énéide, II, 221 ; Ovide, Métamorphoses, III, 33, 49 et 73-76 ; Stace, Thébaïde, V, 508-509 (...)

41Je passe sur la mort par constriction, qui est une caractéristique partagée par certaines couleuvres et par les pythons, pour en venir à la mort par asphyxie ou intoxication, qui pose le problème épineux du caractère venimeux prêté à des ophidiens pourtant dépourvus de crochets à venin. Si les grands serpents ne sont jamais décrits en train d’infliger des morsures venimeuses foudroyantes, ils n’en sont pas moins dotés d’une bave venimeuse et d’une haleine empoisonnée130. Ce fait mérite explication.

  • 131 Cette croyance peut s’expliquer par la sidération de certaines proies, qui semblent comme paralysée (...)
  • 132 Columelle, Traité d’agronomie, VIII, 5, 18. Voir aussi Virgile, Énéide, VII, 753 ; Horace, Satires, (...)
  • 133 Voir Jacques, 2004, p. XXXII. Cf. Théophraste, Περὶ τῶν δακετῶν καὶ βλητικῶν, fr. 5, 7 et 9 J.
  • 134 Métrodore de Scepsis, fr. 6 Müller = FGrH 184 F 10, ap. Pline, Histoire naturelle, VIII, 36 ; cf. P (...)
  • 135 Élien, Personnalité des animaux, II, 21.
  • 136 Windsor, RL, inv. n° 19201 = Whitehouse, 2001, n° 1
  • 137 Voir Phillips, 1962, p. 169 et Meyboom, 1995, n. 3, p. 222.

42Que certains serpents étaient capables de tuer par leur seul souffle constituait dans l’Antiquité une croyance fort répandue131. Elle se trouve par exemple exprimée dans le Traité d’agronomie de Columelle, où les serpents sont crédités du pouvoir de tuer les poussins par leur haleine132. Cette croyance a connu des développements intéressants dans la littérature iologique et paradoxographique. Elle s’inscrit dans le cadre plus large des réflexions sur l’action de certains venins dont on pensait qu’ils pouvaient agir par simple contact, voire à distance ou à travers des corps étrangers133. On prêtait ainsi à certains serpents le pouvoir d’abattre à distance, par leur seul souffle, les oiseaux qui les survolaient. Une notice de Métrodore de Scepsis, rapportée par Pline, fait ainsi état de la présence, sur les bords du Rhyndacos, rivière de la Phrygie hellespontine, de serpents capables d’abattre en plein vol des oiseaux134. Élien en fait des serpents immenses mesurant 10 coudées (un peu plus de 4,4 m)135. D’autres témoignages se rapportent aux grands serpents constricteurs de l’Afrique. Nous avons déjà parlé du serpent chasseur d’oiseaux qui apparaît dans la partie éthiopienne de la mosaïque Barberini de Palestrina. Le dessin de la collection Windsor, antérieur au malheureux accident qui a entraîné la recomposition de l’ensemble de la mosaïque, permet de saisir la cohérence de la scène136. Il semble bien que la représentation reproduise les différents moments de la même action, en une sorte de narration simultanée. À l’approche du prédateur, l’oiseau ou les oiseaux s’envolent à tire-d’aile du buisson où ils étaient perchés, mais l’haleine empoisonnée du reptile les abat en plein vol et provoque une chute qui les conduit directement dans la gueule du serpent137.

  • 138 Lucain, Pharsale, IX, 727-733 (trad. Soubiran, 1998, p. 125). Sur le catalogue dans son ensemble, j (...)

43Le même motif se retrouve, avec quelques divergences, au chant IX de la Pharsale et dans le récit que fait Silius Italicus de la lutte contre le serpent du Bagradas. Nous avons déjà cité le début du développement que Lucain consacre aux dracones africains dans le catalogue des serpents libyens rencontrés par l’armée de Caton durant sa marche138:

Vos quoque, qui cunctis innoxia numina terris
serpitis, aurato nitidi fulgore dracones,
letiferos ardens facit Africa; ducitis altum
aera cum pinnis, armentaque tota secuti
rumpitis ingentes amplexi uerbere tauros;
nec tutus spatio est elephans: datis omnia leto,
nec uobis opus est ad noxia fata ueneno.

«À vous aussi, divins reptiles, partout ailleurs inoffensifs,/ brillants dragons à l’éclat d’or, le brasier de l’Afrique/vous confère un pouvoir de mort; vous aspirez bien haut/ l’air et les volatiles, et vous poursuivez des troupeaux entiers,/ dont par votre brutale étreinte vous broyez d’énormes taureaux;/ l’éléphant n’est pas mieux protégé par sa taille: vous condamnez tout au trépas,/ et pour ces néfastes tueries nul besoin pour vous de poison».

  • 139 C’est encore l’interprétation défendue par Raschle, 2001, p. 247-248.
  • 140 Voir aussi, en ce sens, Wick, 2004, p. 308-309.

44L’interprétation de l’expression ducere altum aera cum pinnis reste controversée. On a souvent compris qu’il s’agissait de serpents ailés, capables de fendre l’air de leurs ailes139. Cette interprétation me semble exclue par la logique du passage, car l’opposition entre les dracones libyens et les autres dracones ne porte pas sur leur mode de locomotion, mais sur leur dangerosité et leur mode de prédation. La dangerosité extrême des serpents non venimeux, qui sont ailleurs inoffensifs pour l’homme, constitue l’un des paradoxes de la Libye, si riche par ailleurs en serpents venimeux. Lucain ne décrit pas les dracones libyens s’apprêtant à fondre du haut des airs sur un troupeau, mais énumère, selon un évident climax, les trois catégories de proies qui sont exposées aux attaques des dracones, à savoir les oiseaux, les troupeaux de bovins et les éléphants, avant d’employer une formule récapitulative: datis omnia leto. La présence des oiseaux peut sembler d’autant moins justifiée qu’ils introduisent un élément hétérogène dans la série formidable formée par les taureaux et les éléphants et qu’ils constituent déjà l’une des proies de prédilection des dracones des pays tempérés, auxquels les dracones libyens sont justement opposés. L’accent ne porte cependant pas sur les oiseaux, désignés de façon détournée par la simple métonymie pinnis, mais sur la terrifiante aspiration du serpent, en parfait accord avec son gigantisme. Je comprends pour ma part, avec J. Soubiran: «vous aspirez bien haut l’air avec les oiseaux qu’il contient»140. Si les dracones libyens sont capables d’abattre les oiseaux en plein vol, ils ne le doivent pas à leur haleine empoisonnée, mais à leur capacité d’aspirer l’air.

  • 141 Silius Italicus, Punica, VI, 155-156 et 158-159 (trad. Volpilhac, Miniconi, Devallet, Paris, 1981).

45Silius Italicus, en revanche, ne montre pas comme Lucain une sorte de serpent aspirateur, mais bien un serpent à l’haleine pestilentielle141:

Ingluuiem immensi uentris grauidamque uenenis
aluum satiabant…
… tractae foeda grauitate per auras
ac tabe afflatus uolucres.

«Pour assouvir la voracité de son énorme ventre et de sa panse gonflée de venins, il lui fallait… les oiseaux tirés du haut des airs par l’affreuse puanteur et les exhalaisons de son souffle empesté».

  • 142 Rappelons que les Latins reconnaissaient dans le terme auernus l’équivalent du grec ἄορνος, « sans (...)
  • 143 Lucrèce, Sur la nature, VI, 818-839. Sur ces deux modèle explicatifs, voir les analyses de Debru, 1 (...)
  • 144 Le lien entre les deux phénomènes est explicite dans l’ouvrage iologique de Théophraste, s’il est v (...)

46Cette même dualité de modèles se retrouve dans les spéculations relatives aux lacs «Avernes», qui causaient la mort des oiseaux qui les survolaient142. Deux modèles d’explication, opportunément réunis par Lucrèce au chant VI du De natura rerum, étaient avancés pour rendre compte de cet étrange phénomène: un modèle pneumatique et un modèle toxicologique. Dans le premier cas, les émanations de l’Averne dissipent la couche d’air qui soutient les oiseaux; dans le second, l’Averne empoisonne l’air que les oiseaux respirent, provoquant ainsi leur mort par intoxication143. Il est probable que l’élucidation des deux phénomènes – les émanations des lacs «Avernes» et la technique de chasse toute particulière prêtée à certains serpents – est allée de pair144. Le δράκων antique, on le voit, ne crache pas du feu, mais un air empoisonné, quand il ne se contente pas d’aspirer l’air environnant. Quant à l’élément igné, il était pour sa part plutôt réservé au regard du reptile.

47Pour traditionnelle qu’elle soit, l’image du draco dans la poésie augustéenne, néronienne et flavienne n’en porte donc pas moins la marque des connaissances accumulées tout au long de la période hellénistique sur les serpents constricteurs africains et indiens, ainsi que des spéculations développées par les spécialistes des venins et des poisons. Il n’est cependant pas toujours facile de déterminer la part qui revient aux grands constricteurs exotiques dans l’élaboration de cette image réactualisée de l’herpétofaune mythique, dans la mesure où ils n’étaient pas connus avec suffisamment de précision pour être nettement distingués des différentes espèces de couleuvres. Celles-ci fournissaient un modèle infiniment plus accessible que les lointains pythons, qui ne pouvaient être observés dans leur milieu naturel que par quelques rares voyageurs et qui ne furent que rarement transportés jusqu’aux grandes cités du monde antique. Dans ces conditions, ils étaient condamnés à rester pour longtemps la simple version agrandie des couleuvres européennes ou micrasiatiques.

3. 3. Le serpent du Bagradas

48Dans ces différents récits mettant en scène de terrifiants ophidiens, celui de la confrontation avec le serpent du Bagradas possède un statut particulier, car ce dernier n’appartient pas au monde du mythe au même titre que les serpents de Ténédos ou le draco thébain. Le serpent habite l’Afrique, terre par excellence des grands constricteurs, et non la Grèce ou l’Asie Mineure. Il n’appartient pas au passé mythique des cités grecques, mais à l’histoire de Rome. Son adversaire n’est pas un fondateur mythique ou un homme de l’âge des héros, mais un général romain, actif durant la première guerre punique, M. Atilius Régulus. Pourtant, le récit du combat ayant opposé Régulus à ce serpent ne se distingue guère des autres récits. Il convient donc de se demander si cet épisode doit être lu comme un exemple d’historicisation d’un motif mythique ou à l’inverse comme une tentative de mythicisation d’un épisode historique.

49Lors de sa campagne malheureuse contre Carthage en Afrique du Nord, dans les années 256-255 avant J.-C., Régulus aurait combattu sur les bords du fleuve Bagradas, l’actuelle Medjerda, un serpent gigantesque qui interdisait à son armée l’accès au fleuve. Pour en venir à bout, il fallut non seulement faire donner les cohortes, mais même utiliser les balistes, qui parvinrent finalement à écraser la bête sous une grêle de pierres. Les exhalaisons mortelles de son cadavre obligèrent cependant les Romains à déplacer leur camp.

  • 145 Sur ces sources, voir Blättler, 1945 ; Mix, 1970 ; Gendre et Loutsch, 2001.
  • 146 L’identification du Tubero cité comme source par Aulu-Gelle (fr. 8 P.1 et 2 = fr. 9 Ch., ap. Aulu-G (...)
  • 147 Tite-Live, Periochae, XVIII, 1 ; cf. Valère-Maxime, Faits et dits mémorables, I, 8, ext. 19.
  • 148 Les opérations de Curion en Afrique du Nord sont racontées par César au livre II du Bellum ciuile ( (...)
  • 149 Voir Cicéron, Sur les devoirs, III, 99-115.

50Ce combat contre le serpent du Bagradas n’apparaît ni chez Polybe, ni chez Sempronius Tuditanus, ni chez Cicéron, qui sont nos sources les plus anciennes pour l’expédition africaine de Régulus145. Il est mentionné pour la première fois dans l’œuvre de l’annaliste Aelius Tubero146, suivi quelques années plus tard par Tite-Live147. La question est de savoir si cette date tardive marque la naissance effective de l’épisode ou si elle ne constitue qu’un terminus ante quem. En faveur de la première hypothèse, on peut noter que certaines des opérations militaires qui se sont déroulées en Afrique du Nord au cours de l’affrontement entre pompéiens et césariens pouvaient présenter quelques similitudes avec celles conduites plus de deux siècles auparavant par Régulus. Le destin de Curion, en particulier, offre plus d’un point commun avec celui de Régulus148. Comme Régulus, Curion a d’abord remporté des succès prometteurs avant d’être finalement vaincu et tué, qui plus est par un roi, Juba Ier de Numidie, qui pouvait apparaître en un sens comme l’héritier des Carthaginois. Quant à la mort de Régulus, qui est resté pour une partie de la tradition une figure exemplaire de sage trouvant son bonheur dans la seule vertu149, elle n’est pas sans rappeler le suicide du stoïcien Caton. Les événements tragiques de la guerre civile ont pu entraîner un regain d’intérêt pour la geste de Régulus, laquelle fut peut-être enrichie à cette occasion d’épisodes propres à lui donner une couleur plus nettement africaine.

  • 150 Cette indication est une exagération manifeste : voir les indication donnée par Bodson, 2003, p. 32 (...)
  • 151 Tubero, fr. 8 P.1 et 2 = fr. 9 Ch., ap. Aulu-Gelle, Nuits attiques, VII, 3, 1 ; Tite-Live, ap. Valè (...)
  • 152 Polybe, Histoire, I, 29, 6-10.
  • 153 D’autres y verront au contraire un indice de fiction : voir par ex. les réflexions de Soler, 2005, (...)
  • 154 Pour Rome, voir Athénée, Deipnosophistes, V, 65, 221 f : Marius aurait fait suspendre dans le templ (...)
  • 155 Outre l’impressionnante peau de serpent conservée dans un temple de Rome, d’autres éléments ont pu (...)
  • 156 Voir Gendre et Loutsch, 2001, p. 139-140, 150, 156-157 et 162-163. Sur les efforts déployés par les (...)

51Un élément de la tradition fait cependant douter de cette reconstruction. Nos sources s’accordent en effet à dire que la peau du serpent tué par Régulus fut envoyée à Rome, où elle fut un objet d’émerveillement pour tous en raison de sa longueur fabuleuse de 120 pieds, soit plus de 35 m150; selon Pline, elle resta visible jusqu’à l’époque de la guerre de Numance151. Or on sait que, lors de l’expédition de Régulus en Afrique, le second consul, L. Manlius Vulso, avait rapidement reçu l’ordre de regagner Rome, ce qu’il fit, emportant avec lui l’abondant butin procuré par les premières opérations militaires152. Si l’on ajoute foi à l’affirmation de Pline153, on peut supposer que la peau visible à Rome faisait partie de ce butin pris en Afrique et qu’elle fut consacrée à un dieu et exposée dans un temple de Rome à titre de curiosité naturelle. Une telle pratique est en effet attestée à la fois à Rome, dans le monde grec et dans le monde punique154. L’épisode du serpent du Bagradas a pu se construire autour de cette relique, avant qu’elle ne tombe en poussière ou ne disparaisse dans un incendie155. Il semble en effet que la version canonique de la geste de Régulus se soit cristallisée peu de temps après la chute de Carthage, à un moment où les Romains s’employaient à justifier l’anéantissement total de la cité punique aux yeux de l’opinion publique grecque, faisant de M. Atilius Régulus, général malchanceux et mal inspiré, mort honteusement en captivité, une figure exemplaire, victime de la crudelitas et de la perfidia puniques156. Ces considérations conduisent à préférer une datation haute de la tradition, dans les années qui suivirent la prise de Carthage et précédèrent celle de Numance. Le silence de Polybe et de Cicéron s’expliquerait alors par leur commun refus d’un épisode où le fabuleux se donnait librement carrière.

  • 157 Aux sources mentionnées supra, on peut ajouter Strabon, Géographie, XVII, 3, 5, qui cite Iphicrate.
  • 158 Voir par ex. Vitruve, Traité d’architecture, VIII, 3, 24 ; Ovide, Métamorphoses, IV, 617-620 ; Mani (...)
  • 159 On ne peut cependant exclure que l’aire de répartition des grands pythons constricteurs se soit éte (...)
  • 160 Valère Maxime, loc. cit. : multisque militibus ingenti ore correptis, conpluribus caudae uoluminibu (...)

52L’épisode du combat contre le serpent géant était bien propre à renforcer l’aura héroïque de Régulus. En combattant un serpent gigantesque, Régulus apparaît sous les traits du héros civilisateur qui vainc des créatures redoutables et expurge la terre de ses monstres. Comme Python ou le serpent thébain, le serpent du Bagradas garde sinon une source, du moins un cours d’eau. Comme Apollon ou Cadmos, Régulus en vient à bout. Ce n’est cependant pas un hasard si un tel combat est désormais localisé en Afrique. Sans doute n’aurait-il guère été crédible sur le sol grec ou italien, dans la mesure où les serpents gigantesques y appartenaient à un passé mythique désormais révolu. Il était en revanche possible de localiser un tel épisode en Afrique, qui abritait des serpents géants157 et qui passait aux yeux des Romains pour la terre d’élection des reptiles dangereux158. Et il importait sans doute assez peu que l’habitat des pythons ait été démesurément étendu en direction du nord159. En faveur de ce rapprochement, on notera que le serpent du Bagradas n’est pas présenté dans nos sources comme un serpent venimeux, mais bien comme un serpent constricteur. Selon Valère-Maxime, qui suit ici Tite- Live, le serpent interdisait aux Romains l’accès au fleuve, saisissant les soldats dans sa gueule monstrueuse ou les écrasant dans les replis de sa queue160. Cet épisode montre éloquemment avec quelle facilité la connaissance vague que l’on avait des lointains constricteurs de l’Afrique pouvait s’amalgamer aux représentations traditionnelles relatives aux grands serpents qui peuplaient les mythes grecs. La renommée des grands constricteurs africains a ainsi permis d’historiciser un schéma mythique, en l’intégrant à la geste d’un général romain et en le localisant dans une région où la présence de tels serpents gigantesques pouvait être tenue pour vraisemblable, à défaut d’être pleinement confirmée par l’expérience. Ce mixte de mythe et d’histoire est né de la rencontre entre la mythologie grecque, les savoirs hellénistiques sur les terres lointaines et l’impérialisme romain.

  • 161 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 37, 7.
  • 162 Si l’on en croit le Dictionnaire historique de la langue française (1996, II, p. 1676), qui renvoie (...)

53La figure du δράκων offre un exemple tout à fait singulier de rencontre entre mythes et savoirs. Les grands Colubridés de la faune européenne ont prêté nombre de leurs traits aux redoutables serpents qui peuplaient les mythes grecs. Malgré un certain nombre de caractères monstrueux, les δράκοντες mythiques peuvent être décrits schématiquement comme des sortes de couleuvres démesurément agrandies et aux capacités de nuisance et d’attaque décuplées. Or les conquêtes d’Alexandre et la découverte de l’Inde et des profondeurs de l’Afrique ont justement mis les Grecs en présence de telles couleuvres géantes, comme si les terres lointaines leur donnaient précisément à voir les créatures effrayantes de leurs mythes. On comprend mieux pourquoi Ptolémée II, au dire de Diodore de Sicile, montrait fièrement aux visiteurs de marque de son royaume le gigantesque python qui avait été capturé pour lui dans les profondeurs de l’Éthiopie, en le présentant comme le spectacle le plus étonnant et le plus extraordinaire que pouvait offrir son royaume égyptien, pourtant traditionnellement riche en merveilles de toute sorte161. Cette rencontre entre les serpents mythiques et les serpents réels, ou actuels, eut une double conséquence: d’un côté, la description des serpents nouvellement découverts a intégré des éléments issus de la tradition mythique, de l’autre la représentation des serpents mythiques a été partiellement réactualisée à la lumière de ces connaissances nouvelles. Après avoir emprunté une bonne part de leur physionomie aux grandes couleuvres européennes, les serpents qui peuplaient les mythes grecs ont ainsi pris, chez certains auteurs latins d’époque impériale, un faux air de python exotique. Par un mouvement inverse, le nom moderne de ces grands constricteurs est tout droit issu de la mythologie grecque et rappelle les exploits d’Apollon sur le site de Delphes162.

Haut de page

Bibliographie

Absalon, P. et Canard, F., 2006, Les Dragons. Des monstres au pays des hommes, Paris.

André, J. et Filliozat, J., 1986, L’Inde vue de Rome, Paris.

Andreae, B., 1988, Laokoon und die Gründung Roms, Mayence.

Andreae, B., 1991, Laokoon und die Kunst von Pergamon. Die Hybris der Giganten, Francfort/ Main.

Andreae, B., 2003, Antike Mosaiken, Mayence/Rhin.

Aurigemma, S., 1957-1959, Il restauro di consolidamento del mosaico Barberini, condotto nel 1952, RPAA, 30/31, p.41-98.

Bassett, E. L., 1955, Regulus and the serpent in the Punica, CPh, 50, p.1-20.

Biffi, n., 2000, L’ Indiké di Arriano. Introduzione, testo, traduzione e commento, Bari.

Blanchard-Lemée, M. et al., 1995, Sols de l’Afrique romaine. Mosaïques de Tunisie, Paris.

Blänsdorf, J. (éd.), 1995, Fragmenta poetarum latinorum epicorum et lyricorum, Stuttgart- Leipzig.

Blättler, P., 1945, Studien zur Regulusgeschichte, Sarnen.

Bodson, L., 1978, IERA ZWA. Contribution à l’étude de la place de l’animal dans la religion grecque ancienne, Bruxelles.

Bodson, l., 1980, Réalité et fiction dans le récit antique d’une chasse au python, Bulletin de la Société herpétologique de France, 16, p.4-11.

Bodson, l., 1981, les Grecs et leurs serpents. Premiers résultats de l’étude taxonomique des sources anciennes, AC, 50, p.57-79.

Bodson, l., 1984, Living reptiles in captivity: a historical survey from the origine to the end of the XVIIIth century, Acta Zoologica et Pathologica Antverpiensia, 78, p.15-32.

Bodson, l., 1986, Observations sur le vocabulaire de la zoologie antique: les noms de serpents en grec et en latin, Documents pour l’histoire du vocabulaire scientifique, 8, p.65-119.

Bodson, L., 1989, L’évolution du statut culturel du serpent dans le monde occidental de l’Antiquité à nos jours, dans A. Couret, F. Oge (éd.), Homme, animal, société. III-2. Histoire et animal, Toulouse, p.525-548.

Bodson, l., 1990, nature et fonction des serpents d’Athéna, dans M.-M. Mactoux, E. Geny (éd.), Mélanges Pierre Lévêque. IV. Religion, Paris, p.45-62.

Bodson, l., 2003, A Python (Python sebae Gmelin) for the King. The Third Century BC Herpetological Expedition to Aithiopia (Diodorus of Sicily 3, 36-37), MH, 60, p.22-38.

Bommelaer, B. (éd.), 1989, Diodore de Sicile. Bibliothèque historique. Livre III, Paris.

Brehm, a. e., 1889, merveilles de la nature. Les reptiles et les batraciens, trad. franç. d’E. Sauvage, Paris.

Brisson, l., 1997, Le Sexe incertain. Androgynie et hermaphrodisme dans l’Antiquité gréco- romaine, Paris.

Bruneau, P., 1965, Le motif des coqs affrontés dans l’imagerie antique, BCH, 89, p.90- 121.

Buranelli, F., Liverani, P. et Nesselrath, a. (éd.), 2006, Laocoonte. Alle origini dei musei vaticani, Rome.

Camps, g., 1985, Pour une lecture naïve d’Hérodote. Les récits libyens (IV, 169-199), Histoire de l’historiographie, 7, p.38-59.

Camps G., 1990, Des incertitudes de l’art aux «erreurs» d’Hérodote: la faune des temps néolithiques et protohistoriques de l’Afrique du Nord, CRAI, p.35-57.

Cazzaniga, I., 1957, L’episodio dei serpi libici in Lucano e la tradizione dei Theriaka nicandrei, Acme, 10, p.27-41.

Cazzaniga, I., 1960, Colori nicandrei in Vergilio, SFIC, 32, p.18-37.

Chantraine, P., 1968, Dictionnaire étymologique de la langue grecque. Histoire des mots, Paris.

Charbonneaux, J., Martin, R. et Villard, F., 1968, La Grèce archaïque, 620-480 av. J.-C., Paris.

Charlesworth, J. H., 2004, Phenomenology, symbology, and lexicography: the amazingly rich vocabulary for «serpent» in ancient Greek, RBi, 111, p.499-515.

Charvet, P. (éd.), 1998, Ératosthène. Le Ciel. Mythes et histoire des constellations, Paris.

Cook, A. B., 1940, Zeus. A Study in Ancient Religion, III-1, Cambridge. Daniélou, a., 1992, Mythes et dieux de l’Inde. Le polythéisme hindou, Monaco.

De Grummond, n. et Ridgway, B. s. (éd.), 2000, From Pergamon to Sperlonga. Sculpture and Context, Berkeley-Los Angeles-Londres.

Debru, A., 1998, L’air nocif chez Lucrèce: causalité épicurienne, hippocratisme et modèle du poison, dans C. Deroux (éd.), Maladie et maladies dans les textes latins antiques et médiévaux, Actes du Ve Colloque international «Textes médicaux latins» (Bruxelles, septembre 1995), Bruxelles, p.95-104.

Delplace, C., 1980, Le Griffon, de l’archaïsme à l’époque impériale. Étude iconographique et essai d’interprétation symbolique, Bruxelles-Rome.

Desanges, J., 1978, Recherches sur l’activité des Méditerranéens aux confins de l’Afrique (vie siècle avant J.-C.-iv e siècle après J.-C.), Rome.

Drexel, F., 1921, Über die bei den römischen Venationen verwandten Tiere, dans Friedländer L., Darstellungen aus der Sittengeschichte Roms. IV. Anhänge, Wissowa G. (éd.), Leipzig, p.268-270.

Dussaud, R., 1927, Topographie historique de la Syrie antique et médiévale, Paris.

Ernout, a. et Meillet, a., 1932, Dictionnaire étymologique de la langue latine. Histoire des mots, Paris (4ème éd. révisée 1985).

Ferrary, J.-l., 1988, Philhellénisme et impérialisme. Aspects idéologiques de la conquête romaine du monde hellénistique, Rome.

Fontenrose, J., 1959, Python. A Study of Delphic Myth and its Origins, Berkeley-Los Angeles.

Fröhlich, U., 2000, Regulus, Archetyp römischer Fides. Das sechste Buch als Schlüssel zu den Punica des Silius Italicus. Interpretation, Kommentar und Übersetzung, Tübingen.

Frontisi-Ducroux, F., 2003, L’œil du serpent, Métis, n. s. 1, p.111-118.

Gaggadis-Robin, v., 1994, Jason et Médée sur les sarcophages d’époque impériale, Rome. galand-hallyn, P., 1994, Le Reflet des fleurs. Description et métalangage poétique d’Homère à la Renaissance, Genève.

Gendre, M. et Loutsch C., 2001, C. Duilius et M. Atilius Regulus, dans M. Coudry et T. Späth (éd.), L’Invention des grands hommes de la Rome antique. Die Konstruktion der grossen Männer Altroms, Actes du colloque du Collegium Beatus Rhenanus, Augst, septembre 1999, Paris, p.131-172.

Gourmelen, L., 2004, Kékrops, le Roi-Serpent. Imaginaire athénien, représentations de l’humain et de l’animalité en Grèce ancienne, Paris.

Gow, A.S. F., 1954, Asclepiades and Posidippus. Notes and queries, CR, 4, p.195-200.

Grimal, P., 1949, L’épisode d’Antée dans la Pharsale, Latomus, 8, p.55-61.

Gsell, S., 1913, Histoire ancienne de l’Afrique du Nord. I. Les conditions du développement historique, les temps primitifs, la colonisation phénicienne et l’empire de Carthage, Paris.

Gsell, S., 1915, Hérodote. Textes relatifs à l’histoire de l’Afrique du Nord, Alger. harrison, J. E., 1903, Prolegomena to the Study of Greek Religion, Cambridge.

Heatwole, H., 1987, Sea Snakes, Malabar/Floride (éd. révisée 1999).

Heuvelmans, B., 1978, Les derniers dragons d’Afrique, Paris.

Himmelmann, N., 1995, Sperlonga. Die homerischen Gruppen und ihre Bildquellen, Opladen.

Hoffmann, h., 1974, Hahnenkampf in Athen. Zur Ikonologie einer attischen Bildformel, rA, p.195-220.

Hoffmann, h., 1997, Sotades. Symbols of Immortality on Greek Vases, Oxford.

Hoffmann, I., 1970, Zur Kombination von Elefant und Riesenschlange im Altertum, Anthropos, 65, p.619-632.

Honigmann, 1928, s.v. Makras, RE, XIV, col. 809-810.

Jacques, J.-M. (éd.), 2002, Nicandre. Œuvres II. Les Thériaques. Fragments iologiques antérieurs à Nicandre, Paris.

Jocelyn h. d., 1967, the Tragedies of Ennius. The Fragments edited with an Introduction and Commentary, Cambridge.

Kádár Z., 1972, Some problems concerning the scientific authenticity of classical authors on Libyan fauna. A zoological commentary on description of Libya by Herodotus, ACD, 8, p.11-16.

Kádár, Z., 1973, Some problems concerning the scientific authenticity of classical authors on Libyan fauna. Libyan animals in the works of Aristotle and Theophrastus, ACD, 9, p.25- 31.

Karttunen, K., 1997, India and the Hellenistic World, Helsinki.

Keimer, L., 1927, Histoire de serpents dans l’Égypte ancienne et moderne, Le Caire.

Keller, O., 1913, Die antike Tierwelt. II. Vögel, Reptilien, Fische, Insekten, Spinnentiere, Tausendfüssler, Krebstiere, Würmer, Weichtiere, Stachelhäuter, Schlauchtiere, Leipzig.

Kidd, I. G., 1988, Posidonius. II. The Commentary: (ii) Fragments 150-293, Cambridge-New York-New Rochelle-Melbourne-Sydney.

Küster, E., 1913, Die Schlange in der griechischen Kunst und Religion, Giessen.

Lahusen, G., 1999, Bemerkungen zur Laokoon-Gruppe, dans Hellenistische Gruppen. Gedenkschrift für Andreas Linfert, Mayence/Rhin, p.295-305.

Leitz, a., 1997, die Schlangennamen in den ägyptischen und griechischen Giftbüchern, Stuttgart.

Liverani, P., 2006, Il Laocoonte in età antica, dans Buranelli et al., 2006, p.23-40.

Magi, F., 1960, Il ripristino del Laocoonte, Rome.

Massa-Pairault, h., 2007, La Gigantomachie de Pergame ou l’image du monde, Athènes.

Maltby, R., 1991, A Lexicon of Ancient Latin Etymologies, Leeds.

Masson, e., 1991, Le Combat pour l’immortalité. Héritage indo-européen dans la mythologie anatolienne, Paris.

Matthews, V. J., 1974, Panyassis of Halikarnassos. Text and Commentary, Leyde.

Mauduit, C., 2006, La Sauvagerie dans la poésie grecque d’Homère à Eschyle, Paris.

Mayor, A., 2000, The First Fossil Hunters. Paleontology in Greek and Roman Times, Princeton.

Meyboom, P. G. P., 1995, The Nile Mosaic of Palestrina. Early Evidence of Egyptian Religion in Italy, Leyde-New York-Cologne.

Morel, W., 1927, Iologica, Hermes, 83, p.345-389.

Moreno, P., 1994, Scultura ellenistica, II, Rome.

Morzadec, F., 2001, Les animaux dans les épopées de Lucain, Stace et Silius Italicus, Anthropozoologica, 33-34, p.73-83.

Mynors, R. A. B. (éd.), 1990, Virgil. Georgics, Oxford-New York.

Néraudau, J.-P., 1983, Aemilius Macer, ou la gloire du second rang, ANRW, II, 30-3, p.1708-1731.

Pailler, J.-M., 1997, La vierge et le serpent. De la trivalence à l’ambiguïté, MEFRA, 109-2, p.513-575.

Phelps, T., 1981, Poisonous Snakes, Londres (éd. révisée 1990).

Phillips Jr., K. M., 1962, The Barberini Mosaic. Sunt hominum animaliumque complures imagines, Ph. D., Princeton (inédit).

Pisani, V., 1959, Kleinasiatische Wörter und Laute im Griechischen und Latein, Die Sprache, 5, p.143-151.

Planhol de, X., 2004, Le Paysage animal. L’homme et la grande faune: une zoogéographie historique, Paris.

Postrioti, G., 2006, laocoonte in Magna Grecia, ArchClass, 57, n. s. 7, p.29-42.

Queyrel, F., 1997, La cécité de Laocoon, BSAF, p.88-96.

Queyrel, F., 2005, L’Autel de Pergame. Images et pouvoir en Grèce d’Asie, Paris.

Raschle, C. r., Pestes Harenae. Die Schlangenepisode in Lucan Pharsalia (IX 587-949). Einleitung, Text, Übersetzung, Kommentar, Francfort/Main-Berlin-Berne-Bruxelles-New York-Oxford-Vienne.

Rebaudo, L., 1999, I restauri del Laocoonte, dans seTTis, 1999, p.231-258.

Rebaudo, l., 2006, il braccio mancante. I restauri del Laocoonte (1506-1957), Trieste.

Rey, A. (dir.), 1995-1996, Dictionnaire historique de la langue française, I-II, Paris, (1ère éd. 1992).

Rey-Coquais, J.-P., 1974, Arados et sa Pérée aux époques grecque, romaine et byzantine, Paris.

Roller, d. w., 2003, The World of Juba II and Kleopatra Selene. Royal Scholarship on Rome’s African Frontier, New York-Londres.

Rouse, W. H. D., 1902, Greek Votive Offerings, Cambridge.

Salanitro, M., 1995, Il sacrificium di Laocoonte in Virgilio e in Petronio, MDAI (R), 102, p.291-294.

Samonà, G. A., 1991, Il sole, la terra, il serpente. Antichi miti di morte, interpretazioni moderne e problemi di comparazione storico-religiosa, Rome.

Sancassano, M. l., 1996, Il lessico greco del serpente. Considerazioni etimologiche, Athenaeum, n. s. 84, p.49-70.

Sancassano, M. L., 1997a, Il mistero del serpente. Retrospettiva di studi e interpretazioni moderne, Athenaeum, 85, p.355-390.

Sancassano, M. L., 1997b, Il serpente e le sue immagini. Il motivo del serpente nella poesia greca dall’ Iliade all’ Orestea, Côme.

Sauvage, A., 1975, Le serpent dans la poésie latine, RPh, 99, p.241-254.

Schmidt, M., 1983, Adler und Schlange. Ein griechisches Bild für die Dimension der Zukunft, Boreas, 6, p.61-71.

Schneider, P., 2004, L’Éthiopie et l’Inde. Interférences et confusions aux extrémités du monde antique (VIIIe siècle av. J.-C.- VIe siècle ap. J.-C.), Rome.

Scullard, H. H., 1974, The Elephant in the Greek and Roman World, Londres.

Settis, S., 1999, Laocoonte. Fama e stile, Rome.

Soler, J., 2005, Écritures du voyage. Héritages et inventions dans la littérature latine tardive, Paris.

Sommerfeld, W., 1982, Die Stellung Marduks in der babylonischen Religion, Neukirchen-Vluyn.

Soubiran, J., 1998, Lucain. La Guerre civile (VI 333 – X 546). Introduction, texte et traduction rythmée, notes, Toulouse.

Soubiran, J., 2004, Mythologie et astronomie III. Python et le Dauphin (Sénèque, Med. 700), Pallas, 66, p.37-47.

Terian, A. (éd.), 1988, Philon d’Alexandrie. Alexander uel de ratione quam habere etiam bruta animalia (De animalibus) e versione armeniaca, Paris.

Thouvenot, R., 1973, L’aigle et le serpent, BCTH (B), 9, p.11-16.

Trinquier, J., 2002, Localisation et fonctions des animaux sauvages dans l’Alexandrie lagide: la question du «zoo d’Alexandrie», MEFRA, 114-2, p.861-919.

Trinquier, J., 2008, Mimèsis et connaissance dans la réflexion antique: l’exemple des animaux sans noblesse et de leur représentation, La Part de l’Œil, 23, p.75-103.

Trinquier, J., à paraître, La hantise de l’invasion pestilentielle: le rôle de la faune des marais dans l’étiologie des maladies épidémiques d’après les sources latines, dans I. Boehm et P. Luccioni (éd.), Le Médecin initié par l’animal: animaux et médecine dans l’Antiquité grecque et latine, Actes du colloque de Lyon, octobre 2006.

Tupet, A.-M., 1976, La Magie dans la poésie latine, I, Paris.

Vendries, C., 2003, Le coq dans l’Antiquité gréco-romaine, dans Le Coq. Histoires de plume et de gloire, Catalogue de l’exposition de l’Abbaye de Saint-Riquier (Somme), mars-août 2003, Saint-Riquier, p.23-30.

Vernus, P. et Yoyotte, J., 2005, Le Bestiaire des pharaons, Paris.

Vian, F., 1952, La Guerre des Géants. Le mythe avant l’époque hellénistique, Paris.

Vian, F., 1963, Les Origines de Thèbes. Cadmos et les Spartes, Paris.

Videau, a., 1999, deux descriptions épiques à l’époque augustéenne: le combat avec le serpent. Virgile, Énéide II, 199-255; Ovide, Métamorphoses III, 28-98, dans J.-M. Caluwé (éd.), Poésie et description, Paris, p.47-66.

Visintin, M., 1997, Di Echidna, e di altre femmine anguiformi, Métis, 12, p.205-221.

Wellmann, M. (éd.), 1908, Philumeni de venenatis animalibus eorumque remediis, Leipzig.

Wellmann, M., 1893, Aemilius Macer, RE, I, col. 567.

West, M. l., 1997, The East Face of Helicon. West Asiatic Elements in Greek Poetry and Myth, Oxford.

Whitehouse, H. (éd.), 2001, The Paper Museum of Cassiano Dal Pozzo. A Catalogue Raisonné. I. Ancient Mosaics and Wallpaintings, Londres-Turnhout.

Wick, C., 2004, M. Annaeus Lucanus. Bellum civile. Liber IX. Kommentar, Munich-Leipzig.

Williams, R. J., 1956, The literary history of a Mesopotamian fable, Phoenix, 10, p.70-77.

Witkower, R., 1938-1939, Eagle and Serpent. A Study in the Migration of Symbols, JWI, 2, p.293-325.

Yoyotte, J., 2005, Reptiles et serpents, dans Vernus et Yoyotte, 2005, p.292-320.

Haut de page

Notes

1 Ernout et Meillet, 1985, s.v. Draco, p. 184. Sur les emplois de draco en latin, voir Bodson, 1986, p. 76.

2 Voir Chantraine, 1968, s.v. δέρκομαι, p. 264 et Sancassano, 1996, p. 53-62. Pour ces auteurs, cette quasi-synonymie s’explique par un phénomène de tabou linguistique, visant à éviter de prononcer le vrai nom du serpent, en lui préférant une périphrase, « celui qui regarde fixement », « l’animal au regard perçant ».

3 Une telle expression reste approximative et mérite quelque éclaircissement. Par serpent mythique, j’entends d’abord une créature serpentiforme qui joue un rôle dans différents mythes grecs. Les serpents mythiques s’opposent moins aux serpents « réels » qu’aux serpents actuels, contemporains de celui qui parle ou écrit. Ils appartiennent à un passé révolu et s’inscrivent non dans une espèce, mais dans une généalogie. Ils ne font partie de l’expérience du lecteur que dans la mesure où celui-ci accepte de reconnaître leurs formes dans certaines constellations du ciel : voir à ce sujet Soubiran, 2004.

4 Jacques, 2002, p. 36.

5 Cf. scholie MTAB à Euripide, Oreste, 479, I, p. 151-152 S., citée par Bodson, 1981, p. 64 : γένος μὲν γὰρ ὁ ὄϕις, εἶδος δὲ ὁ δράκων καὶ ἔχις καὶ τὰ λοιπὰ τῶν ὄϕεων.

6 Voir Bodson, 1990, n. 37, p. 49-50, sur les emplois de δράκων dans la langue tragique, en particulier lorsqu’il est associé à un terme désignant la vipère : Eschyle, Choéphores, 1047, cf. 249 et 994 ; Euripide, Oreste, 1406 et 1424 ; Ion, 1015, cf. 993 ; 1262-1263.

7 Cette étymologie, déjà avancée par les Anciens (voir Commenta Bernensia à Lucain, Pharsale, IX, 728, p. 310 U.), est communément admise : voir Chantraine, loc. cit. Voir cependant Pisani, 1959, p. 147-150.

8 Voir en particulier Bodson, 1981 ; 1986, p. 67-68 ; 1989, p. 526-528.

9 Sur tous ces points, voir Bodson, 1981.

10 Bodson, 1989, p. 526-528. Pour la citation, voir Tupet, 1976, p. 70. Sur le dragon comme animal fabuleux, voir par ex., pour une première approche, Absalon et Canard, 2006.

11 Voir par ex. le cratère en cloche falisque à figures rouges de Saint-Pétersbourg (Musée de l’Ermitage, inv. n° 2083), qui est daté de la seconde moitié du IVe siècle avant notre ère (LIMC, s.v. Medeia, n° 39, VI, Zurich-Munich, 1992, p. 392) ou le sarcophage romain d’excellente facture, daté du milieu du IIe siècle de notre ère, qui est aujourd’hui conservé à Berlin (LIMC, s.v. Medeia, n° 51, VI, Zurich-Munich, 1992, p. 393). Je laisse ici de côté la question des serpents ailés d’Arabie, qu’Hérodote (Histoire, II, 75-76), au demeurant, ne nomme pas δράκων.

12 Voir Sancassano, 1997b, p. 54-96 ; Mauduit, 2006, p. 144-150 et 174-179.

13 Peut-être Ennius, Medea exul, fr. 274 V2 (voir à ce sujet Jocelyn, 1967, p. 350) ; Accius, Philoctète, fr. 232 D. = 568a R. ; Phéniciennes, fr. 570 D. = 596 R. = 599 W. ; IncTrag, fr. 172-173 R. (Médée).

14 Voir Bodson, 1981, p. 62.

15 Voir en particulier Cazzaniga, 1957 et 1960. À l’exemple de Nicandre, Aemilius Macer composa à son tour des Thériaques, comme le précise Ovide dans ses Tristes (IV, 10, 43-44). Sur Aemilius Macer, voir Wellmann, 1893, et surtout Néraudau, 1983. Les fragments d’Aemilius Macer ont été réunis par Blänsdorf, 1995, p. 271-278.

16 Parmi une abondante bibliographie, voir en particulier Küster, 1913 ; Vian, 1963 ; Samonà, 1991 ; Gourmelen, 2004. Sancassano, 1997a, fournit un précieux bilan historiographique.

17 Sur cet aspect, voir Küster, 1913, p. 85-100 ; Vian, 1963, p. 160-161 ; Brisson, 1997, p. 123-124 ; Gourmelen, 2004, p. 24-48 et 329-349.

18 Sur la figure du serpent gardien, voir Küster, 1913, p. 120-121 et 153-157 ; Vian, 1963, p. 94-113.

19 On se reportera sur ce point aux analyses de Samonà, 1991, en particulier p. 57-75 et 110-167.

20 Sur ces « mythes de combat », voir l’étude très complète de Fontenrose, 1959. Voir aussi Vian, loc. cit. et Gourmelen, 2004, p. 373-388.

21 Sur le caractère hybride de ces monstres serpentiformes, voir Visintin, 1997 ; Gourmelen, 2004, p. 31-48 ; Mauduit, 2006, p. 150-152.

22 Cratère à volutes apulien à figures rouges, daté du milieu du IVe siècle avant J.-C. et attribué au Peintre de Lycurgue, Ruvo, Mus. Jatta, inv. n° 1097 = LIMC, s.v. Ladon I, n° 3, VI, Zurich- Munich, 1992, p. 177.

23 Coupe attique, Londres BM D 7, vers 460-450 av. J.-C., potier Sotadès et Peintre de Sotadès, trouvée dans une tombe attique = LIMC, s.v. Hesperie, n° 1, V, Zurich-Munich, 1990, p. 406-407. Sur l’interprétation de cette scène, voir Hoffmann, 1997, p. 134-140.

24 Pour l’aptitude à la nage, il conviendrait d’ajouter aussi les couleuvres du genre Natrix, qui atteignent aussi, pour certaines espèces comme Natrix natrix, des dimensions considérables

25 Fronton du temple d’Artémis, Musée de Corfou, vers 590 avant J.-C. : voir Charbonneaux et al., 1968, p. 26-28 et fig. 24, p. 26. Relief funéraire de Chrysapha, Berlin, Staatl. Museum, daté autour de 540 avant J.-C. : voir Charbonneaux et al., 1968, p. 147-149 et fig. 182, p. 148. Pour la céramique, voir par ex. la coupe laconienne du Louvre évoquant le meurtre de Troïlos (Charbonneaux et al., 1968, p. 76 et fig. 82, p. 77).

26 En revanche, certaines couleuvres gonflent leur cou quand elles se sentent menacées. C’est en particulier le cas des couleuvres du genre Malpolon.

27 Harrison, 1903, p. 327-328 ; Küster, 1913, n. 2, p. 76 ; Gow, 1954, n. 2, p. 198 ; Bodson, 1978, p. 73-74 ; Gourmelen, 2004, p. 386-387.

28 Molière, L’École des femmes, acte III, scène 2, v. 700. On aura bien sûr reconnu Arnolphe.

29 Bodson, 1978, p. 73-74.

30 Gourmelen, loc. cit.

31 On pourra sur ce point comparer les δράκοντες de la tradition figurée avec la figure du griffon. Sur la crête du griffon, laquelle présente aussi une grande variabilité, voir les remarques de Delplace, 1980, p. 222-223.

32 Voir Euripide, Phéniciennes, 820 (serpent ϕοινικολόϕος) et Théocrite, Idylles, XII, 72 (coq). Dans l’opuscule de Lucien, Le Songe ou le Coq, 1, le coq qui réveille le cordonnier en pleine nuit est explicitement comparé par ce dernier au serpent qui veillait en Colchide sur la Toison d’or ; la comparaison porte, il est vrai, sur la vigilance insomniaque des deux animaux, non sur leur crête.

33 Pour la comparaison entre crête et cimier, voir par ex. Lucien, Le Songe ou le Coq, 3 (métamorphose d’Alektryon en coq). Sur le coq comme animal martial et sur les combats de coqs, voir Bruneau, 1965 ; Hoffmann, 1974 ; Vendries, 2003.

34 Vendries, 2003, p. 26.

35 Le mušhuššu, le dragon-serpent, emblématique d’abord de Tišpak, le dieu suprême d’Ešnunna, puis, dès la période paléo-babylonienne, de Marduk, est notamment représenté sur la porte d’Ištar à Babylone : voir Sommerfeld, 1982. Si le serpent est presque totalement absent de l’art achéménide, à l’exception justement de quelques monstres hybrides (voir à ce sujet Root, 2002, p. 178-180 et 183), des serpents barbus sont connus par quelques textes en hittite : voir en particulier le « récit sur la paralysie de l’Univers » (KBo III 8 + III 6-9), cité par Masson, 1991, p. 202. Je remercie S. Barbara pour cette dernière référence.

36 Yoyotte, 2005, p. 297, 302-303 et 306-307.

37 Sur l’Agathodaimôn alexandrin, voir Fraser, 1972, I, p. 209-211 et II, p. 355-360 ; Empereur, 1998, p. 160 ; Yoyotte, 2005, p. 306-307.

38 Sur la triple rangée de dents de la martichore, voir Aristote, Histoire des animaux, II, 1, 501 a 24-27. Sur cet animal, voir Li Causi, 2003.

39 Kylix attique du peintre Douris, vers 480-470 avant J.-C., Cerveteri, Vatican, Mus. Gregorio, inv.

40 Sur ces représentations, voir Postrioti, 2006.

41 Bâle, Antikenmuseum Ludwig 70 = LIMC, s.v. Laokoon, n° 1, VI, Zurich-Munich, 1992, p. 197. On peut également citer le fragment d’un cratère ( ?) apulien de Ruvo, daté des années 380-370 avant notre ère et attribué à un peintre proche du Peintre de l’Ilioupersis : Museo Jatta = LIMC, s.v. Laokoon, n° 2, VI, p. 198.

42 Musée archéologique de Bari, inv. n° 3581. Il est possible que ce vase provienne de Tarente.

43 Pour d’autres cas de discordance entre l’image culturelle d’une espèce donnée et la réalité zoologique, je me permets de renvoyer à Trinquier, 2008, p. 80-83.

44 Nicandre, Thériaques, 438-444.

45 Rhétorique à Hérennius, IV, 62

46 Voir Bodson, 1991 et Schneider, 2004, p. 167-169.

47 Hérodote, Histoire, IV, 191. On reconnaît ordinairement dans ces serpents des pythons : voir Gsell, 1913, p. 133 et 1915, p. 100 ; Kádár, 1972, p. 13. Sur la question de l’aire de répartition de cette espèce dans l’Antiquité, voir infra, n. 159.

48 La liste se termine par la mention de « cynocéphales », d’« acéphales » ayant leurs yeux sur la poitrine, d’hommes et de femmes sauvages, « et quantité d’autres bêtes qui ne sont pas fabuleuses », καὶ ἄλλα πλήθει > πολλὰ θηρία ἀκατάψευστα, si l’on adopte avec Hude, Rosén et Medaglia la leçon de A, D et C. L’ajout malicieux de l’épithète ἀκατάψευστα montre qu’Hérodote n’est pas dupe, même s’il rapporte fidèlement ce que lui ont dit ses informateurs. Sur cette liste, voir Kádár, 1972 ; Camps, 1990, p. 46-48.

49 Aristote, Histoire des animaux, VII (VIII), 29, 606 b 9-13 (trad. P. Louis, Paris, 1969).

50 On ne sait si ces serpents ont mis à mort les bovins ou s’ils se contentent de ronger leurs restes. Sur le motif du serpent nécrophage, voir Archélaos de Chersonèse, fr. 6 G., ap. Élien, Personnalité des animaux, II, 7.

51 Sur le rôle qu’ont pu jouer les gisements fossilifères dans la genèse d’un certain nombre de légendes locales de l’Antiquité, voir l’ouvrage stimulant de Mayor, 2000.

52 Sur l’aire de répartition des différents serpents de mer, voir Heatwole, 1999, p. 13-29. Les « serpents marins », ὄϕεις θαλάττιοι, mentionnés à deux reprises par Aristote (Histoire des animaux, II, 14, 505 b 8-12 et VIII (IX), 37, 621 a 2-6), ne sont pas des serpents, mais des poissons.

53 Posidonius, fr. 244 E.-K., ap. Strabon, Géographie, XVI, 2, 17, C 755.

54 Voir Honigmann, 1928. La localisation côtière de la « Plaine de Makras » ne laisse pas de susciter quelque perplexité, dans la mesure où elle est censée être située entre le Liban et l’Antiliban. Elle est d’ailleurs identifiée par Dussaud (1927, p. 91) et Rey-Coquais (1974, p. 67) avec la plaine de la Boquée (el-Boqei‘a), une plaine très fertile du bassin supérieur de Nahr el-Kébir du Sud, l’Éleuthère des Anciens, située à l’intérieur des terres et enserrée de toutes parts entre les montagnes. À bien lire l’ensemble du développement que Strabon consacre à cette région (voir en particulier XVI, 2, 14, 754-755 C), on a en fait l’impression qu’il imagine le Liban et l’Antiliban non comme parallèles à la côte, mais plutôt comme plus ou moins perpendiculaires, ce qui expliquerait pourquoi la « Plaine de Makras » se retrouve au bord de la mer dans sa description.

55 Pour cette hypothèse, voir Honigmann, loc. cit. ; Kidd, 1988, p. 844-845 ; Mayor, 2000, p. 138. Kidd note à propos des écailles que la distinction entre lepiv~, « écaille de poisson », et foliv~, « écaille de reptile », était loin d’être toujours respectée et que certains auteurs comme Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, XVII, 105, 5) ou encore Arrien (Indika, XXXIX, 5) prêtaient des écailles – folivde~ – aux monstres marins. On notera également que le terme δράκων est employé au livre VII de l’Histoire des animaux d’Aristote (VII/VIII, 13, 598 a 11) pour désigner une créature marine, en l’occurrence la vive.

56 Pline, Histoire Naturelle, IX, 11.

57 Karttunen, 1997, p. 220-232.

58 Aristobule, FGrHist 139 F 38, ap. Strabon, Géographie, XV, 1, 45, C 706 ; Néarque, F 10a, ap. Arrien, Indika, 15, 10 ; cf. F 10b, ap. Strabon, loc. cit. La longueur donnée par Néarque a été reprise par Clitarque, FGrHist 137 F 18, ap. Élien, Personnalité des animaux, XVII, 2 ; cf. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, 90, 1 et Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre, IX, 1, 4. Sur ces témoignages, voir Karttunen, 1997, p. 223 et Biffi, 2000, p. 166-167.

59 On remarquera que ces deux appellations sont concentrées dans le développement que Strabon consacre aux serpents indiens au livre XV de sa Géographie ; dans les autres témoignages, ces grands serpents sont simplement appelés o[fei~. Or Strabon a été manifestement influencé par les grands serpents venimeux venus d’Inde qu’il dit avoir vus en Égypte (ibid.). Si le serpent de plus de 4 m vu par Aristobule peut très bien être un cobra royal, Naja hannah, dont les plus grands spécimens mesurent plus de 5 m (voir Phelps, 1989, p. 71), il n’en va pas de même pour le serpent de plus de 7 m, dans lequel on reconnaîtra plus volontiers un python molure, qui pour sa part n’est pas venimeux.

60 Onésicrite, F 16a, ap. Strabon, Géographie, XV, 1, 28 (qui cite Ératosthène) et 16b ap. Élien, Personnalité des animaux, XVI, 39. Cf. Élien, Personnalité des animaux, XV, 21.

61 Voir Karttunen, 1997, p. 224-226. Sur les Nâga-s, voir Daniélou, 1992, p. 467-468.

62 Mégasthène, fr. 22, ap. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VIII, 14, 36 et Strabon, Géographie, II, 1, 9, C 70. Cf. Élien, Personnalité des animaux, XVI, 22 pour le pays des Skirates.

63 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 36-37. Cf. Photius, Bibliothèque, 250, 456a. On considère d’ordinaire que Diodore utilise comme Photius l’historien Agatharchide, les deux passages constituant les fr. 80 a et b de l’édition de Burstein d’Agatharchide de Cnide. Contra, Bommelaer, 1989, p. XXIX, pour qui Agatharchide n’est pas ici la source de Diodore.

64 Bodson, 1980 et 2003. Voir aussi Heuvelmans, 1978, p. 47-51.

65 Voir Agatharchide, fr. 80a B. cit., qui affirme avoir vu des pythons à Alexandrie, et surtout Élien, Personnalité des animaux, XVI, 39. Sur cette question, je me permets de renvoyer à Trinquier, 2002, p. 881-882.

66 Philon d’Alexandrie, De animalibus siue Alexander, 52, trad. d’A. Terian, Paris, 1988, qui remonte aux termes grecs ἀσπίς et δράκων et traduit ce dernier par « python ». Pour Morel, 1927, p. 371-374, ce prétendu combat entre un cobra et un serpent δράκων résulterait d’un contresens commis par l’auteur de la version arménienne, qui aurait confondu le premier élément du nom de l’ichneumon, ἔνυδρος ἰχνεύμων, avec le nom grec du serpent aquatique, ὕδρος. Cette hypothèse me paraît peu vraisemblable, dans la mesure où il faudrait supposer de surcroît que le cobra et l’ichneumon, sous ses habits nouveaux d’hydre, ont échangé leur rôle respectif. Dans les notices antiques sur le combat de l’ichneumon et du cobra, c’est en effet le premier qui saisit le second à la gorge, et non le contraire.

67 Pour un autre exemple de serpent indien importé à Alexandrie ou transitant par son port, voir Strabon, Géographie, XV, 1, 45, C 706 : καὶ ἡμεῖς δ ̓ ἐν Αἰγύπτῳ κομισθεῖσαν ἐκεῖθεν τηλικαύτην πως εἴδομεν.

68 Voir à ce propos les justes remarques de Terian, 1988, p. 74-75, qui préfère parler d’« adaptation ingénieuse » et d’« appropriation par Philon de… matériaux littéraires ».

69 Nicolas de Damas, 90 F 8 J., ap. Strabon, Géographie, XV, 1, 73. Il pourrait aussi s’agir d’un cobra royal. On notera cependant que Nicolas de Damas mentionne juste avant, parmi les autres présents, des « vipères de grande taille », dans lesquelles on peut proposer de reconnaître soit des vipères de Russell (Vipera russelli), dont les plus grands spécimens mesurent 1,5 m (Phelps, 1989, p. 102), ce qui est sensiblement supérieur à la longueur des Vipérinés du bassin méditerranéen, soit justement des cobras indiens communs (Naja naja) ou des cobras royaux (Ophiophagus hannah). La simple coordination – καὶ ὄϕιν πηχῶν δέκα – semble plutôt suggérer que le serpent de 10 coudées appartient à une autre catégorie. Dion Cassius (Histoire romaine, LIV, 9, 8), pour sa part, ne mentionne que les tigres et l’homme-Hermès parmi les présents apportés par les ambassadeurs indiens.

70 Suétone, Auguste, XLIII, 4.

71 Dion Cassius, Histoire romaine, LXIX, 16, 1, ap. Xiphilinos, 252, 1-30 R. St. : δράκοντα ἐς αὐτὸ ἀπὸ Ἰνδίας κομισθέντα ἀνέθηκε.

72 Voir Drexel, 1921, p. 270. On sait en revanche que des charmeurs de serpents venaient chercher fortune à Rome : voir par ex. Celse, De medicina, V, 27, 3 C. Lucain (Pharsale, IX, 706-707) fait même état d’un commerce portant sur les cobras (Naja haje) entre l’Italie et l’Égypte. Sur des charmeurs de serpents se produisant en Crète, voir Élien, Personnalité des animaux, V, 2.

73 Bodson, 1984, a montré que la présence régulière des Pythonidés et des autres reptiles dans les collections zoologiques est chose relativement récente ; la difficulté de garder vivants des animaux à sang froid a longtemps constitué un obstacle majeur.

74 Sur cette mosaïque, voir la synthèse de Meyboom, 1995.

75 Les deux serpents appartiennent à des parties authentiques : voir Aurigemma, 1957-1959, respectivement p. 81-82, avec les fig. 35-37, et p. 89-91, avec les fig. 51-52. On consultera également les dessins de la collection Windsor (RL, inv. n° 19201 et 19207), qui sont reproduits dans Whitehouse, 2001, cat. n° 1 et 7. Sur ces serpents, voir Meyboom, 1995, p. 21 et 26, ainsi que les n. 12-13, p. 224-226. Dans l’état actuel de la mosaïque, la composition originale n’a manifestement pas été respectée. Pour la position des différents fragments de la partie éthiopienne, voir la proposition de reconstruction d’Andreae, 2003, p. 80-81 et 108-109, qui dispose les deux serpents aux deux extrémités de la partie éthiopienne de la mosaïque.

76 Voir Bodson, 2003, p. 31.

77 Carthage, réserves du Musée de Carthage ; voir Blanchard-Lemée et al., 1995, fig. 157, p. 212. Voir Mielsch, 2005, p. 56-57 et fig. 41, p. 57 ; il n’est pas sûr, comme l’écrit Mielsch, que l’artiste ait renoncé à figurer la tête du serpent, car une lacune figure sous le ventre du pachyderme. De la même façon, le serpent enroulé autour d’un arbre auprès duquel se trouve un éléphant sur une fresque du IVe Style de la Maison de Rémus et de Romulus à Pompéi (VII, 7, 10) doit pouvoir être interprété, d’après les sources textuelles, comme une image du draco guettant l’éléphant : Pompei. Pitture e Mosaici, VII, p. 258 sqq., ill. 16-24. Voir Mielsch, 2005, p. 55-56, avec les fig. 39 et 40.

78 Élien, Personnalité des animaux, XVI, 39. Sur cette question, voir Trinquier, 2002, p. 898-904.

79 Ératosthène, Catastérismes, 6. Sur la constellation du Serpentaire, voir Aratos, Phénomènes, 82- 89 et 577 ; Cicéron, Aratea, fr. 14-15 S. ; Germanicus, Phénomènes, 73-89 ; Aviénus, Phénomènes, 235-248. La dimension de la lutte est particulièrement accentuée par Manilius, Astronomica, I, 331-336 ; cf. Aratos, Phénomènes, 577. Pour les différentes interprétations mythologiques de cette constellation, voir Hygin, Astronomie, II, 14, en particulier 2 (Hercule et le serpent du Sagaris, en Lydie) et 5 (Esculape). Sur l’interprétation de cette constellation, on lira le commentaire éclairant de Charvet et al., 1998, p. 50-51.

80 Sur les liens entre Zeus et le serpent, voir Bodson, 1978, p. 84-86.

81 Forme boua : Pline, Histoire naturelle, VIII, 37 ; XXX, 69 et 138 ; Festus-Paul, De significatione uerborum, p. 27, 27-29 L. Forme boas : isidore de Séville, Étymologies, XII, 4, 28 ; Hermeneumata Pseudodositheana, p. 511, 13 G. (CGlL, III). Forme boa : Pline, Histoire naturelle, XXIX, 122 ; Hermeneumata Pseudodositheana, p. 19, 17 ; 376, 38 G. (CGlL, III) ; Polémius Silvius, Laterculus, p. 543 M. (Monumenta Germaniae historiae. Auctorum antiquissimorum, IX, Chronica Minora, I, Berlin, 1861), etc.

82 Pline, Histoire naturelle, VIII, 37. Cette croyance, que l’on retrouve dans d’autres aires, exigerait un développement séparé.

83 Pline, loc. cit.

84 Bodson, 1986, p. 78-79. La localisation de l’incident dans l’ager Vaticanus, zone qui accueillait de nombreuses villas suburbaines, plaide en faveur de cette hypothèse, dans la mesure où il était assez logique, pour le propriétaire d’un tel animal, de l’installer à proximité de Rome, mais hors de Rome, dans une villa suburbaine. On peut imaginer qu’un constricteur exotique pouvait être possédé soit à titre de curiosité, soit en vue d’une uenatio.

85 Pline, loc. cit. ; Jérôme, Vie d’Hilarion, XXVIII, 3 ; isidore de Séville, Étymologies, XII, 4, 28. Pour une autre étymologie, faisant dériver le nom du serpent boua d’un autre terme boua, désignant une enflure ou une affection cutanée se soignant par application de bouse de vache, voir Festus-Paul, loc. cit. : Boua serpens est aquatilis, quem Graeci ὕδρον uocant, a qua icti obturgescunt. Crurum quoque tumor uiae labore collectus boua appellatur ; cf. isidore de Séville, Étymologies, XII, 4, 22. Sur ces étymologies antiques, voir Maltby, 1991, s.v. boa, p. 82.

86 Voir infra

87 Solin, loc. cit. ; isidore de Séville, Étymologies, XII, 4, 28. Si Isidore assure que le boa tue les vaches en tétant leur lait, si Solin affirme que le boa, devenu énorme, ravage les troupeaux, mais ne précise pas comment il s’y prend pour tuer les vaches, Jérôme (loc. cit.) croit savoir que le boas tire son nom du fait qu’il est suffisamment grand pour engloutir des bœufs ; cf. CGlL, V, p. 272, 8 G.

88 Lucain, Pharsale, IX, 727-729 (trad. Soubiran, 1998).

89 Pausanias, Périégèse, II, 28, 1 (trad. Bodson, 1981, p. 72).

90 Pline, Histoire naturelle, VIII, 35 : Id modo mirum, unde cristatos Iuba crediderit. Voir aussi XI, 122 : Draconum enim cristas qui uiderit, non reperitur.

91 Philouménos, De venenatis animalibus eorumque remediis, 30, 1-3 W. Le passage se retrouve presque mot pour mot dans le Περὶ δακνόντων ζᾡων d’Aétius d’Amida, p. 287 Z., qui est une compilation du VIe siècle.

92 Il est tentant de corriger ἐν τῇ Λυκίᾳ εν ἐν τῇ Λιβύῃ. On notera cependant qu’il existe de nombreuses traditions légendaires relatives à des serpents gigantesques localisés dans une vaste zone géographique allant de la Thrace jusqu’à l’île de Rhodes, couvrant ainsi une bonne partie de l’Asie Mineure. Pour la Thrace (en fait la Chalcidique), voir peut-être le πελώριος ὕδρος qui tua Mounitos lors d’une partie de chasse (Euphorion, fr. 63 v. G., ap. scholie à Lycophron, 495), si le qualifificatif πελώριος fait bien référence à l’exceptionnelle longueur du serpent. Pour Samothrace et Samos, voir le κεγχρίνης de Nicandre (Thériaques, 458-482). Pour la Troade, voir les serpents de Ténédos qui attaquent Laocoon et ses enfants, dont il sera question infra. Pour la Phrygie hellespontine, voir les serpents longs de 10 coudées du fleuve Rhyndacos mentionnés par Élien, Personnalité des animaux, II, 21. Pour l’île de Chios, voir Élien, Personnalité des animaux, XVI, 39. Pour la Lydie ou la Phrygie, voir Hygin, Astronomie, II, 14, 1, peut-être d’après Panyassis (voir Davies EGF F dub. 5 ; Matthews, 1974, p. 144-145). Pour Rhodes, voir Polyzélos de Rhodes, ap. Hygin, Astronomie, II, 14, 4 (cf. Zénon de Rhodes, FGrHist, III B 523 F 1, ap. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 58, 5). Cf. Strabon, Géographie, XVI, 2, 7, C 750-751, à propos des sources de l’Oronte, que Typhon, présenté comme un δράκων, aurait fait jaillir. On peut se demander là encore si des gisements fossilifères n’ont pas joué un rôle dans la naissance de ces légendes : voir, à propos de Chios, les remarques de Mayor, 2000, p. 136-138.

93 Voir Gossen et Steier, 1921, col. 534 ; Leitz, 1997, p. 21-22. Comme l’aire de répartition antique du python de Natal (Python natalensis) et celle du python royal (Python regius) ne sont pas connues, on ne peut exclure qu’ils aient été beaucoup plus largement présents sur le continent africain dans l’Antiquité que de nos jours. Notons cependant que le python royal est beaucoup plus petit et pacifique que le python de Séba.

94 sur l’antagonisme entre l’aigle et le serpent, voir, parmi une très abondante bibliographie, Witkower, 1938-1939 ; Williams, 1956 ; Thouvenot, 1973 ; Schmidt 1983 ; Sancassano, 1997a, passim.

95 Iliade, B, 303-332. Voir Sancassano, 1997b, p. 28-37.

96 Iliade, M, 200-229. Voir Sancassano 1997b, p. 37-45.

97 Voir Queyrel, 2005, fig. 57, p. 66 et pl. XII, p. 13 et fig. 37, p. 54 ; dans la remontée nord-ouest, seule une partie de l’aile de l’aigle est conservée. Sur le sens de ce motif à l’intérieur de la composition d’ensemble du Grand Autel, voir l’interprétation allégorique de Massa-Pairault, 2007, p. 38-39.

98 Sur les serpents géants capables de dévorer des taureaux, voir Mégasthène, loc. cit., pour l’Inde ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 37, 9 pour l’Éthiopie.

99 Sur cet antagonisme et sur son arrière-plan égyptien, voire africain, l’étude fondamentale est celle de Hoffmann, 1970. Voir aussi Keimer, 1927 ; Scullard, 1974, p. 217-218 ; Vernus et Yoyotte, 2005, p. 134. Pour la fortune iconographique de ce motif, voir Mielsch, 2005, p. 54-57, auquel il faut maintenant ajouter le « Papyrus d’Artémidore », s’il s’agit bien d’un document authentique. Sur la double filière, indienne et éthiopienne, voir Schneider, 2004, p. 153-159, qui donne l’ensemble des références. Dans nos sources, l’antagonisme de l’éléphant et du serpent géant est mentionné pour la première fois dans la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile (III, 10, 5-6), sans doute d’après Agatharchide.

100 Sur cette filière indienne, voir plus particulièrement André et Filliozat, 1986, p. 340, n. 9 et p. 356, n. 128 ; Li Causi, 2003, p. 82-83. On peut se demander si ce dernier trait – l’appétence du serpent pour le sang – ne provient pas de représentations occidentales sur les reptiles suceurs de sang : voir Karttunen, 1997, p. 224. Pour un autre exemple de serpent aspirant le sang de ses victimes, voir Élien, Personnalité des animaux, XVI, 22.

101 Sur le « cinabre indien », qui est en réalité une résine végétale, voir André et Filliozat, 1986, n. 190, p. 365 et n. 198, p. 366-367 ; Rouveret, 1989, p. 277 ; Schneider, 2004, p. 157. Cf. Pline, Histoire naturelle, XXXIII, 116.

102 Settis, 1999 ; voir aussi Liverani, 2006. La question est âprement débattue. Pour simplifier, on peut dire que deux thèses principales s’affrontent, celle de la copie et celle de l’original. Les uns y voient une copie d’époque augustéenne ou tibérienne d’originaux en bronze du milieu de l’époque hellénistique, d’origine pergaméenne ; c’est notamment la thèse défendue par B. Andreae dans toute une série de travaux influents : voir Andreae, 1988, 1991 et 1994. Les autres tiennent le Laokoon pour un original, sans s’accorder cependant sur sa date : F. Coarelli et P. Moreno défendent une datation haute de l’œuvre, dans la seconde moitié du IIe siècle avant notre ère (Coarelli, 1973-1996, Moreno, 2004, II, p. 626-640), d’autres comme N. Himmelmann, proposent de le dater sous le règne de Claude ou sous celui de Néron (Himmelmann, 1991 et 1995).

103 Il a été rapproché à juste titre du type de l’Hermès détachant sa sandale de Lysippe.

104 Coarelli 1973/1996, p. 500 ; Moreno, 1994, II, p. 628-630.

105 Moreno 2004, II, p. 631-632.

106 Andreae, 1991, p. 14 et 16. Cf. Liverani, 2006, p. 26.

107 Voir en ce sens Lahusen, 1999, p. 300.

108 Le serpent qui s’apprête à mordre le flanc gauche de Laocoon n’apparaît pas sur la copie de bronze réalisée par le Primatice pour François Ier et qui se trouve aujourd’hui au château de Fontainebleau, ce qui a conduit certains historiens à proposer une reconstruction différente du groupe : voir Hampe, 1972 ; Coarelli, 1973/1996, p. 500 ; Blomé et Aström, 1994. Ces tentatives ne sont pas fondées, car la tête du serpent est bien visible sur les premières représentations du groupe, réalisées dans les années qui suivirent immédiatement sa découverte, notamment le dessin anonyme, daté des années 1506-1508, qui est aujourd’hui conservé au Kunstmuseum de Düsseldorf (FP 7032 = Laocoonte, 2006, cat. n° 11, p. 125-126), le dessin de Giovanni Antonio da Brescia, daté autour de 1506, conservé aujourd’hui au British Museum (inv. n° 1845-8-25-707 = Laocoonte, 2006, cat. n° 12, p. 126-127), celui de Marcantonio Raimondi, « Laocoon dans une niche », daté autour de 1510 et conservé au Musée des Beaux-Arts de Budapest (inv. n° 58.983, = Laocoonte, 2006, cat. n° 33, p. 145-146), et enfin la belle gravure de Marco Dente, qui est antérieure à 1523 (Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, BAV, Stampe VI.3, n° 87 = Laocoonte, 2006, cat. n° 42, p. 152-153). En revanche, la tête actuelle du serpent est due à Cornacchini, qui restaura le Laokoon dans les premières années du XVIIIe siècle, la tête originale ayant dû subir quelque accident. Sur l’histoire de ces restaurations, voir l’étude exemplaire de Rebaudo, 1999 et 2006 ; voir aussi Liverani, 2006, p. 38-40.

109 Voir à ce propos Queyrel, 1997. 110Voir supra, n. 108.

110 Voir supra, n. 108.

111 Maison du Ménandre, Pompéi, I, 10, 4 = LIMC, s.v. Laokoon, n° 4, p. 198 ; cf. Laocoonte, 2006, fig. 4, p. 25. Voir aussi la fresque fragmentaire de la « Maison du Laocoon », datée du milieu du Ier siècle de notre ère (IIIe style tardif) : Maison du Laocoon, Pompéi, VI, 14, 28-31, Naples, MNN, inv. n° 111210 = LIMC, s.v. Laokoon, n° 5, p. 198 ; cf. Laocoonte, 2006, fig. 5, p. 25 et cat. n° 7, p. 122. Sur la tradition iconographique à laquelle appartiennent ces représentations et sur l’originalité du Laocoon du Vatican au sein de cette tradition, on se reportera aux analyses subtiles de Settis, 1999, p. 65-76.

112 Voir Andreae, 1988, p. 145.

113 C’est la solution adoptée par Hampe, 1972, p. 77. Voir aussi Brehm, 1889, p. 333.

114 Sur les dimensions que peuvent atteindre ces serpents, voir supra

115 Sur ces textes, voir Videau, 1999 et Morzadec, 2001. Voir aussi plus largement Sauvage, 1975.

116 Virgile, Énéide, II, 203-227. Sur la place originale du récit virgilien au sein de la tradition littéraire et sur ses rapports avec l’idéologie du nouveau régime, voir Zintzen, 1979 et Simon, 1987.

117 Ovide, Métamorphoses, III, 26-49 et I, 438-451.

118 Stace, Thébaïde, V, 505-540.

119 Silius Italicus, Punica, VI, 149-203.

120 Valérius Flaccus, Argonautiques, VIII, 54-116.

121 Taille démesurée : Virgile, Énéide, II, 204 ; Ovide, Métamorphoses, III, 41-45 ; Stace, Thébaïde, V, 506-507 et 577 ; Silius Italicus, Punica, VI, 153 et 164-165. Yeux : Virgile, Énéide, II, 210 ; Ovide, Métamorphoses, III, 33 ; Stace, Thébaïde, V, 508 ; Silius Italicus, Punica, VI, 220 ; Valérius Flaccus, Argonautiques, VIII, 55-61. Crête : Virgile, Énéide, II, 206-207 ; Ovide, Métamorphoses, III, 32 ; Stace, Thébaïde, V, 572 ; Silius Italicus, Punica, VI, 185 et 221-222 ; Valérius Flaccus, Argonautiques, VIII, 61 et 89.

122 Ovide, Métamorphoses, III, 34 ; Stace, Thébaïde, V, 509-510. Cf. Nicandre, Thériaques, 442. Chez Ovide et chez Stace, la triple rangée de dents répond à la forme trifide de la langue. Sur la langue trifide des serpents, voir Sauvage, 1975, p. 249-250.

123 Les serpents de Ténédos traversent la mer en nageant, le serpent thébain garde une source, le serpent d’Arès aime à se plonger dans les eaux d’une rivière.

124 Silius Italicus, Punica, VI, 155-159. Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, III, 10, 5) décrit ainsi les serpents géants de la « région des bêtes sauvages » en train de guetter leurs proies « à proximité des points d’eau », περὶ τὰς συστάσεις τῶν ὑδάτων. Sur la connaissance qu’avaient les Anciens de l’habitat des grands constricteurs africains, voir Bodson, 2003, p. 29-31.

125 Ovide, Métamorphoses, III, 46-49.

126 Rhétorique à Hérennius, IV, 62 (trad. G. Achard, Paris, 1989, légèrement modifiée).

127 Parmi les couleuvres qui se défendent en mordant énergiquement, on peut citer, à titre d’exemples, la couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus Herrmann, 1804) ou la couleuvre de Ravergier (Coluber ravergieri, Mentries, 1832). Sur les morsures infligées par les pythons, voir Bodson, 2003, p. 34.

128 Silius Italicus, Punica, VI, 238. Cf. Apulée, Métamorphoses, VIII, 21, 3.

129 Ovide, Métamorphoses, III, 55-57. Le serpent est également représenté en train de boire le sang de sa proie : Silius Italicus, Punica, VI, 236-237.

130 Virgile, Énéide, II, 221 ; Ovide, Métamorphoses, III, 33, 49 et 73-76 ; Stace, Thébaïde, V, 508-509, 521, et 528 ; Silius Italicus, Punica, VI, 158-159, 186-187, 240 et 282.

131 Cette croyance peut s’expliquer par la sidération de certaines proies, qui semblent comme paralysées par une action à distance du serpent, ou encore par le comportement de défense de certains serpents, qui se gonflent d’air face à un agresseur pour paraître plus impressionnants, qui se mettent à siffler furieusement et qui expulsent de l’air en soufflant.

132 Columelle, Traité d’agronomie, VIII, 5, 18. Voir aussi Virgile, Énéide, VII, 753 ; Horace, Satires, II, 8, 94-95 ; Ovide, Métamorphoses, IV, 494 et 498 ; Silius Italicus, Punica, XII, 10 et XVII, 450 ; sur ce motif, voir Sauvage, 1975, p. 252.

133 Voir Jacques, 2004, p. XXXII. Cf. Théophraste, Περὶ τῶν δακετῶν καὶ βλητικῶν, fr. 5, 7 et 9 J.

134 Métrodore de Scepsis, fr. 6 Müller = FGrH 184 F 10, ap. Pline, Histoire naturelle, VIII, 36 ; cf. Pomponius Méla, Chorographie, I, 99. Cf. Solin, Collectanea rerum memorabilium, XXVII, 51 et 53, p. 126-127 M., à propos du terrible basilic.

135 Élien, Personnalité des animaux, II, 21.

136 Windsor, RL, inv. n° 19201 = Whitehouse, 2001, n° 1

137 Voir Phillips, 1962, p. 169 et Meyboom, 1995, n. 3, p. 222.

138 Lucain, Pharsale, IX, 727-733 (trad. Soubiran, 1998, p. 125). Sur le catalogue dans son ensemble, je renvoie aux belles analyses de S. Barbara dans ce même volume.

139 C’est encore l’interprétation défendue par Raschle, 2001, p. 247-248.

140 Voir aussi, en ce sens, Wick, 2004, p. 308-309.

141 Silius Italicus, Punica, VI, 155-156 et 158-159 (trad. Volpilhac, Miniconi, Devallet, Paris, 1981).

142 Rappelons que les Latins reconnaissaient dans le terme auernus l’équivalent du grec ἄορνος, « sans oiseaux » : voir Maltby, 1991, s.v. Avernus, p. 65.

143 Lucrèce, Sur la nature, VI, 818-839. Sur ces deux modèle explicatifs, voir les analyses de Debru, 1998.

144 Le lien entre les deux phénomènes est explicite dans l’ouvrage iologique de Théophraste, s’il est vrai que les Solutiones ad Chosroem de Priscien en reproduisent la substance : voir Priscien, IX, p. 96, 23-97, 6 B. ( = Théophraste, fr. 7-9 J.).

145 Sur ces sources, voir Blättler, 1945 ; Mix, 1970 ; Gendre et Loutsch, 2001.

146 L’identification du Tubero cité comme source par Aulu-Gelle (fr. 8 P.1 et 2 = fr. 9 Ch., ap. Aulu-Gelle, Nuits attiques, VII, 3, 1) n’est pas aisée, car on connaît deux personnages, le père et le fils, qui sont susceptibles d’avoir écrit des Histoires. L. Aelius Tubero, qui avait été le légat de Q. Cicéron, fut envoyé par le Sénat en Afrique au printemps de l’année 49 pour succéder au gouverneur de la province ; il était accompagné de son fils, Q. Aelius Tubero. Il ne put cependant revêtir cette charge, car P. Attius Varus et Q. Ligarius ne le laissèrent pas débarquer. Les deux hommes rejoignirent Pompée en Grèce ; après Pharsale, ils obtinrent le pardon de César et revinrent à Rome. On admet habituellement que les Histoires dont parle Aulu-Gelle sont l’œuvre de Q. Aelius Tubero le fils et qu’elles auraient été composées autour de 40 avant J.-C. (voir Chassignet, 2004, p. LXXVI- LXXXI), mais d’autres, comme Oakley (2005, p. 145-149), préfèrent laisser la question ouverte.

147 Tite-Live, Periochae, XVIII, 1 ; cf. Valère-Maxime, Faits et dits mémorables, I, 8, ext. 19.

148 Les opérations de Curion en Afrique du Nord sont racontées par César au livre II du Bellum ciuile (II, 23-44).

149 Voir Cicéron, Sur les devoirs, III, 99-115.

150 Cette indication est une exagération manifeste : voir les indication donnée par Bodson, 2003, p. 32-33. Si elle est vraie, il faut sans doute imaginer plusieurs peaux cousues bout à bout.

151 Tubero, fr. 8 P.1 et 2 = fr. 9 Ch., ap. Aulu-Gelle, Nuits attiques, VII, 3, 1 ; Tite-Live, ap. Valère- Maxime, Faits et dits mémorables, I, 8, ext. 19 ; Pline, Histoire naturelle, VIII, 37 ; Orose, Histoires, IV, 8, 10-15.

152 Polybe, Histoire, I, 29, 6-10.

153 D’autres y verront au contraire un indice de fiction : voir par ex. les réflexions de Soler, 2005, p. 131- 134 à propos de l’allégation initiale du Périple d’Hannon, qui prétend retranscrire une inscription lue dans le temple de Cronos à Carthage.

154 Pour Rome, voir Athénée, Deipnosophistes, V, 65, 221 f : Marius aurait fait suspendre dans le temple d’Hercule à Rome des peaux d’un animal extraordinaire appelé catoblepas. Pour le monde grec, voir les exemples réunis par Rouse, 1902, p. 318-322. Pour le monde punique, voir Pline, Histoire naturelle, VI, 200 (et Solin, Collectanea rerum memorabilium, LVI, 12), qui rapporte que les peaux des deux femmes velues capturées par Hannon dans les Gorgades insulae furent suspendues dans le temple de Junon à Carthage, mais il ne s’agit peut-être là que de la projection de pratiques grecques (voir, à propos des problèmes d’authenticité posés par le Périple d’Hannon, les analyses de Desanges, 1978, p. 39-85). Sur la consécration aux dieux de dépouilles animales, souvent fossiles, voir Mayor, 2000.

155 Outre l’impressionnante peau de serpent conservée dans un temple de Rome, d’autres éléments ont pu favoriser l’éclosion de l’histoire merveilleuse du combat contre le serpent géant, comme des ossements fossiles susceptibles d’être interprétés comme ceux d’un δράκων monstrueux ou encore des légendes locales, comme celle de la lutte entre Antée et Hercule, si l’on admet que la localisation de la légende dans la région de l’embouchure du Bagradas n’est pas une innovation de Lucain. Sur ce dernier problème, voir Grimal, 1949. Un dernier élément à prendre en compte est la pestilence déclenchée par la décomposition du cadavre du serpent. L’histoire du serpent du Bagradas a ainsi pu servir d’étiologie à une épidémie ayant frappé le campement de l’armée, dans la mesure où il n’était pas rare que l’herpétofaune des zones palustres fût rendue responsable des pestilences : voir Trinquier, à paraître.

156 Voir Gendre et Loutsch, 2001, p. 139-140, 150, 156-157 et 162-163. Sur les efforts déployés par les Romains, après la destruction de Carthage, pour éviter que le monde hellénique ne nourrisse quelque sentiment de solidarité avec la cité punique, voir Ferrary, 1988, p. 587-588.

157 Aux sources mentionnées supra, on peut ajouter Strabon, Géographie, XVII, 3, 5, qui cite Iphicrate.

158 Voir par ex. Vitruve, Traité d’architecture, VIII, 3, 24 ; Ovide, Métamorphoses, IV, 617-620 ; Manilius, Astronomiques, IV, 662-670 ; Lucain, Pharsale, IX, 619-733 ; Silius Italicus, Punica, III, 314-316.

159 On ne peut cependant exclure que l’aire de répartition des grands pythons constricteurs se soit étendue dans l’Antiquité beaucoup plus loin en direction du nord et que des populations se soient maintenues au Nord du Sahara avant de disparaître : voir Gsell, 1913, p. 133 et de Planhol, 2004, p. 588. Les pythons pourraient ainsi offrir un exemple parallèle, bien que fort mal documenté, à celui des éléphants, qui formaient dans l’Antiquité un îlot résiduel, coupé du gros de l’espèce, au Nord du Sahara. Pour l’identification du serpent du Bagradas avec un Pythonidé, voir par ex. Keller, 1913, p. 293.

160 Valère Maxime, loc. cit. : multisque militibus ingenti ore correptis, conpluribus caudae uoluminibus elisis…

161 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 37, 7.

162 Si l’on en croit le Dictionnaire historique de la langue française (1996, II, p. 1676), qui renvoie au Bulletin des sciences de 1803, ce n’est pas avant les toutes premières années du XIXe siècle que le mot « python » a été recréé comme nom commun pour désigner un grand serpent constricteur.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Jean Trinquier, « La fabrique du serpent draco »Pallas, 78 | 2008, 221-255.

Référence électronique

Jean Trinquier, « La fabrique du serpent draco »Pallas [En ligne], 78 | 2008, mis en ligne le 13 janvier 2009, consulté le 20 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/15562 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.15562

Haut de page

Auteur

Jean Trinquier

ENS, Paris

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search