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Lectures croisées : philosophie, sciences et mythologie

Pline l’Ancien a-t-il cru à ses mythes ?

Valérie Naas
p. 133-151

Résumés

Le livre VII de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, consacré à l’homme, se clôt par un curieux catalogue d’inventeurs et d’inventions. C’est au traitement du mythe dans cet inventaire que l’on se propose de réfléchir. Après avoir présenté ce passage, on précise la tradition culturelle dans laquelle Pline s’inscrit : il reprend à son compte la question des origines et, en particulier, du πρῶτος εύρετής. On s’intéresse ensuite à l’identité des inventeurs – est-elle mythique ou réelle ? –, à la nature des inventions, et aux sources – sont-elles précisées ou non ? –. On montre que Pline procède à une rationalisation et à une romanisation du sujet, passant du πρῶτος εύρετής au primus Romanus. Cela nous amène à aborder le rapport de Pline aux informations – en particulier à travers l’exemple des animaux fabuleux – et, plus largement, le rapport de l’historien antique au mythe.

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Texte intégral

Je remercie Mathilde Simon et Marielle de Franchis pour leurs remarques au sujet de cet article

  • 1 Veyne, 1983. Cf. aussi Sassi, 1992, p. 465-468.
  • 2 Veyne, 1983, p. 119 pour les deux premières citations et p. 121 pour la troisième.

1Le livre VII de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, consacré à l’homme, se clôt par un curieux catalogue d’inventeurs et d’inventions. C’est au traitement du mythe dans cet inventaire que l’on se propose de réfléchir. Ce sujet est né d’un texte de Paul Veyne, dans son ouvrage « Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?1 » – dont le présent article reprend le titre, et qui lui servira de fil conducteur. À la fin de son étude, P. Veyne définit une « nouvelle façon de croire aux mythes », « où l’on ne distingue même pas entre la réalité et le texte qui parle d’elle », « pas entre savoir les choses et savoir ce qui est dans les livres »2. C’est alors que Veyne se réfère au catalogue des inventions de Pline. « Pareille attitude, écrit-il, où il s’agit de savoir ce qui se sait, était très propre à devenir le conservatoire des mythes. Un bel exemple en serait l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. On y trouve une liste des grandes inventions : la théorie des vents est due à Eole, l’invention des tours ‘aux Cyclopes, selon Aristote’, la botanique à Chiron, fils de Saturne, l’astronomie à Atlas, et le blé à Cérès ‘que, pour cela, on estima déesse’ ».

2Après avoir présenté ce passage, on précisera la tradition culturelle dans laquelle Pline s’inscrit : il reprend la question des origines et, en particulier, du πρῶτος εὑρετής. On s’intéressera ensuite à l’identité des inventeurs – est-elle mythique ou réelle ? –, à la nature des inventions, et aux sources – sont-elles précisées ou non ? –. On montrera que Pline procède à une rationalisation et à une romanisation du sujet, passant du πρῶτος εύρετής au primus Romanus. Dans le cadre plus large du rapport de l’historien antique à la tradition et au mythe, on s’intéressera à l’exemple, traité par Pline, des animaux fabuleux, qui permet d’explorer la limite entre fiction et réalité.

1. Présentation du texte

  • 3 NH, VII, 191 ; « Il paraît à propos, avant de quitter le sujet de la nature humaine, de signaler le (...)

3L’Histoire naturelle est une encyclopédie publiée en 77 de notre ère, qui aborde les domaines suivants du savoir : cosmologie, géographie, anthropologie, zoologie, botanique, médecine, minéralogie. Le livre VII est consacré à l’homme, depuis la naissance jusqu’à la mort ; il commence par une introduction pessimiste, où Pline déplore la misère de cette créature fragile, faible et dépendante (§ 1-5). Puis, dans une première partie (§ 6-32), l’auteur relève des particularités étonnantes de différents peuples, gentium mirabiles figurae. La deuxième partie, la plus longue (§ 33-129), traite de l’aspect physique et moral de l’homme. Enfin, la troisième partie consiste en une sombre méditation sur la condition humaine (§ 130- 190). C’est alors qu’intervient, en conclusion du livre, un passage assez court (§ 191-215), introduit en ces termes : Consentaneum uidetur, priusquam digrediamur a natura hominum, indicare quae cuiusque inuenta sint3. Pline recense ici quantité d’inventions avec leurs auteurs, parmi lesquels se mêlent précisément personnages mythiques et non mythiques.

  • 4 Cf. dans l’édition de la CUF, p. XI et le commentaire du livre VII par Beagon, 2005, p. 416.
  • 5 Cf. Naas, 2002, p. 321.

4La présence de ce passage final a surpris les commentateurs, au point qu’ils le qualifient souvent d’appendice, d’ajout après coup4. Cependant, le sujet entre tout à fait dans l’Histoire naturelle qui traite, certes, de la nature, mais aussi des réalisations de l’homme. De plus, ce texte se rattache précisément à un motif qui court dans tout le livre VII et dans l’Histoire naturelle dans son ensemble, le thème de l’extraordinaire et du merveilleux : les inventions illustrent des personnages exceptionnels, au même titre que les records dans les capacités humaines ou les caractéristiques étonnantes relevés tout au long de ce livre5.

  • 6 NH, XI, 8 : « Nous, notre but est de décrire les phénomènes évidents, non d’en dépister les causes (...)

5Enfin, ce passage, par son caractère de liste, répond parfaitement au projet plinien dans son ensemble, résumé par l’opposition indicare, non indagare : Nobis propositum est naturas rerum manifestas indicare, non causas indagare dubias6. Pline établit un inventaire, il ne pratique pas l’investigation. Le texte est précisément introduit par ce même verbe indicare (§ 191).

6Ce catalogue des inventions se compose de quatre parties inégales. Le premier paragraphe (191) donne des exemples de dons divins : Mercure a institué l’achat et la vente ; Liber Pater a inventé la vendange, le diadème royal et le triomphe ; Cérès, le blé, ainsi que l’art de moudre et de pétrir, et les lois. Les deux paragraphes suivants (192-193) sont consacrés à une invention particulière, l’écriture. Puis la partie principale, de quinze paragraphes (194-209), consiste en une liste très rapide et sans détail des inventions qui forment la base de la civilisation (habitation, cités, outils, puits, techniques et artisanats, poids et mesures, armes, arts…). Enfin, le passage se termine, en cinq paragraphes (210-215), par trois pratiques adoptées à l’unanimité dans le monde gréco-romain, l’alphabet, les barbiers et la notation de l’heure.

2. La tradition culturelle : origines et inventeurs

7Pour éclairer la question posée à propos de ce texte, « Pline a-t-il cru à ses mythes ? », il convient tout d’abord d’expliquer dans quelle lignée se situe l’auteur : l’étude du texte ne laisse pas de doute sur la paternité grecque de cette tradition.

  • 7 Cf. Naas, 2002, p. 143-145 sur la question des sources directes ou intermédiaires.
  • 8 Sur ces catalogues, bien étudiés dans la tradition philologique allemande, cf. Brusskern, 1864 ; Kr (...)
  • 9 Cf. Beagon, 2005, p. 416-420.

8Toute l’Histoire naturelle dépend de ses sources et Pline, tout particulièrement dans ce passage, reprend (sans doute à travers des sources intermédiaires)7 des catalogues d’inventions – εύρήματα – déjà établis8. Ce texte s’inscrit en effet dans une tradition culturelle ancienne, d’origine grecque, faite de l’accumulation de plusieurs étapes, comme le rappelle Mary Beagon dans son commentaire de ce livre9.

9Le thème des progrès de l’humanité s’accompagne d’une curiosité pour les origines. Ces deux pôles sont présents dans le texte plinien et dans ses antécédents.

  • 10 Sur l’idée de progrès (on ne discute pas ici les problèmes d’anachronisme de cette notion pour l’An (...)
  • 11 Cf. Blundell, 1986, p. 168-171.
  • 12 Cf. Edelstein, 1967, p. 3-56.
  • 13 Cf. Détienne, 1994, p. 159-166 ; Vernant, 1999 ; Guthrie, 1957.
  • 14 Cf. Brusskern, 1864 ; Kleingünther, 1976 ; Ferguson, 1959 ; Thraede, 1962 ; Blundell, 1986, p. 165- (...)
  • 15 Cf. § 194, 197, 200, 202, 204, 206, 207…

10Le concept du progrès10 – et donc des innovations et inventions – , est présent chez les Grecs dès Hésiode11 et dès les Présocratiques12, et se développe surtout à partir du ve s. Parallèlement, la liste plinienne reflète l’intérêt des Grecs pour la question des origines13 et plus particulièrement des inventeurs (πρῶτος εύρετής)14 ; de fait, le terme primus, employé comme adjectif ou adverbe, scande le texte de Pline15.

  • 16 Pline n’a pas lu toutes les sources qu’il cite dans ses index, cf. Naas, 2002, p. 171-195.
  • 17 Cf. Wehrli, 1969 et 1983.
  • 18 NH, VII, index VII.

11Au Ve s. en particulier se développe, sous l’impulsion des Sophistes, la curiosité pour l’origine des pratiques culturelles. Les philosophes, surtout péripatéticiens, rassemblent des connaissances sur toutes les branches du savoir et sur leurs origines. Les sources de Pline témoignent de ces recherches : Aristote et Théophraste sont cités comme sources – souvent divergentes – sur plusieurs inventions : le premier attribue l’invention des tours aux Cyclopes, le second aux Tirynthiens (§ 195) ; Pline mentionne encore, dans l’index du livre VII – où il répertorie l’ensemble des sources utilisées (ou plutôt connues) pour ce livre16 –, le philosophe aristotélicien Straton de Lampsaque17, successeur de Théophraste à la tête du Lycée dans les années 287-269, pour son ouvrage polémique contre le livre sur les Inventions de l’historien du IVe s. Éphore : Strato qui contra Ephori εύρήματα scripsit18.

  • 19 Cf. Fornara, 1983, p. 22 ; Scheer, 2003.
  • 20 NH, VII, 194 : « Les briqueteries et les maisons doivent leur origine aux frères Euryalus et Hyperb (...)

12À l’époque hellénistique, le goût pour l’histoire antiquaire et locale, dont les fragments de Callimaque offrent une belle illustration, entraîne une recherche sur les inventeurs propres à chaque cité19. De fait, Pline cite souvent la ville d’origine des inventeurs et traite aussi occasionnellement, dans son catalogue, de la fondation des cités, confirmant ainsi la présence de telles sources : Laterarias ac domus constituerunt primi Euryalus et Hyperbius fratres Athenis ; […] Oppidum Cecrops a se appellauit Cecropiam, quae nunc est arx Athenis20.

13De plus, Pline mentionne comme sources un bon nombre d’historiens d’époque hellénistique (§ 207 : Philostéphane, Hégésias, Ctésias, Archemachus…) dont il ne reste que des fragments et qui appartiennent au courant antiquaire.

  • 21 Cf. Brisson, 2005, p. 69.

14Autre élément de cette tradition culturelle, l’évhémérisme. La religion hellénistique appuie l’idée que dieux et héros, en tant que bienfaiteurs, apportent des innovations profitables à la civilisation ; et sous l’influence des monarchies hellénistiques, ces bienfaiteurs de l’humanité sont présentés comme des rois. Ainsi Evhémère, au début du IIIe s., fait des dieux des rois mortels qui ont apporté aux hommes certains aspects essentiels de la culture21. Cette voie est reprise par Pline au début du passage, lorsqu’il énumère les inventions dues à Mercure, Liber Pater et Cérès. Il écrit en effet que Cérès passe pour une déesse en raison de sa bienfaisance pour les hommes, ob id dea indicata. Ce processus de divinisation est une rationalisation des dieux comme étant, à l’origine, des bienfaiteurs de l’humanité.

  • 22 Cf. note 1 § 207 dans l’édition de la CUF.

15Ce que les Anglo-Saxons appellent la « culture bringer tradition » se développe dans des compilations qui préservent ce matériel : Pline mentionne l’ouvrage d’Éphore, au IVe s., sur les εὑρήατα, ainsi que Philostéphane de Cyrène (§ 207), érudit lié à Callimaque et auteur d’exposés sur les découvertes (Περὶ εύρημάτων)22.

  • 23 Cf. Novara, 1982, p. 41-77.
  • 24 Chassignet, 1986, p. XXIV.
  • 25 Ibid., p. XXIII-XXVII.
  • 26 Cic., De nat. deorum, I, 119 : Quae ratio maxime tractata ab Euhemero est quem noster et interpreta (...)
  • 27 Cf. Novara, 1982, p. 123-128 ; cf. l’édition des fragments de Gellius par Chassignet, 1999, avec in (...)
  • 28 Cf. Novara, 1982, p. 123 ; Chassignet, 1999, p. LI. 30 § 192 ; 194 ; 197 ; 198.
  • 29 § 192 ; 194 ; 197 ; 198.
  • 30 Cf. Novara, 1982
  • 31 De rerum natura, V, 925 sq. Cf. Blundell, 1986, p. 190-194 ; Novara, 1982, p. 313-383.
  • 32 Cf. Sénèque, Lettre 90, 5 sq. Cf. Blundell, 1986, p. 188-189

16Associé à l’idée de progrès, le sujet des inventions et inventeurs, élaboré dans la culture grecque, a très tôt intéressé les Latins23. Témoignent de cet intérêt les Origines de Caton, qui semblent, dans les livres II et III (sur l’origine des villes majeures d’Italie), « une adaptation dans la littérature latine du genre de la κτίσις, l’histoire des fondations »24, et s’appuient notamment sur des sources grecques25. Parmi les auctores du livre VII, Pline cite précisément Caton, mais, dans son catalogue des inventeurs, il traite uniquement de cités du monde grec ; s’il s’inspire peut-être du modèle catonien sur la fondation des villes, il ne semble pas l’utiliser ici comme source. Autre illustration de cette transmission entre la Grèce et Rome, Ennius avait, d’après le témoignage de Cicéron, traduit ou du moins adapté Evhémère, qu’il admirait beaucoup26. L’intérêt pour les découvertes apparaît également chez Gnaeus Gellius27, un historien de la fin du IIe s. avant notre ère, qui est l’auteur d’Annales – perdues –, dont le livre I consistait en un catalogue d’inventeurs ou de découvreurs28 ; Pline le cite comme source à propos de plusieurs inventions29. Enfin, le thème des progrès de l’humanité rencontre particulièrement l’intérêt des auteurs du Ier s. avant notre ère30, notamment des philosophes comme Lucrèce31 et Posidonius32.

17La paternité grecque de ce motif des inventions et inventeurs est donc confirmée, chez Pline, à la fois par les sources citées dans le texte (Aristote, Théophraste, et nombre d’historiens antiquaires), par les sources présentes dans l’index (ouvrage de Straton contre Éphore) et par le traitement de certaines figures mythiques (évhémérisme, § 191).

3. Du πρῶτος εύρετής au primus Romanus : rationalisation et appropriation

18Ce catalogue des inventeurs et inventions ne semble pas, au premier abord, avoir fait l’objet d’une réelle élaboration : l’auteur reprend les informations transmises par ses sources. Son absence même d’esprit critique serait tout à fait significative du statut du mythe : il est un élément d’information comme un autre, surtout pour les données anciennes, qui relèvent de la question des origines.

  • 33 Veyne, 1983, p. 121.

19P. Veyne poursuit son analyse en ces termes : « Comme il arrive souvent, la méthode de pensée, à savoir le questionnaire, a été créatrice de pensées : Pline a succombé à la loi du genre ; au lieu de réfléchir aux choses mêmes, la liste à compléter a mis cet infatigable lecteur au défi de répondre à des questions : ‘sait-on qui a inventé quoi ?’, et il a répondu : ‘Eole, Atlas’, car il savait tout ce qu’on trouve dans tous les livres »33. Cela nous renvoie à la question – particulièrement importante pour un encyclopédiste et pour des textes sur le savoir – des sources, de leur statut, et du regard critique de l’auteur sur elles.

20On peut se demander s’il n’est pas excessif de réduire ce texte à une liste que Pline suivrait sans réflexion personnelle. Toutes les informations sont-elles sur le même plan ? Ne peut-on déceler une hiérarchie établie – ou suivie – par Pline ?

  • 34 Vernant, 1965, chap. 7, p. 283-314.
  • 35 Cf. Beagon, 2005, p. 465, § 210

21Si l’on analyse de plus près la nature des inventeurs et le type d’inventions selon le plan du texte, on peut déceler un double processus de rationalisation, qui irait « du mythe à la raison », pour reprendre le titre d’un chapitre de J.-P. Vernant dans Mythe et pensée chez les Grecs34 : pour les inventeurs, on remarque l’effacement progressif des dieux au profit des hommes ; et, pour les inventions, on note une progressive complication et la disparition du don au profit de la réalisation, pour finir par le consensus entre les hommes. Enfin, l’insistance est mise sur l’inscription de ces inventions dans le monde romain35.

22La première partie concerne uniquement des divinités. Celles-ci ont fait aux hommes des dons, qui sont des produits de la nature (blé), des procédés pour les transformer (pétrir, moudre) ou les échanger (achat, vente), ou des cadres de vie en commun (lois, royauté, cérémonie de la victoire). Dans la deuxième et la troisième parties coexistent inventeurs mythiques et non mythiques : ce sont surtout des héros et des hommes, mais très peu de dieux. Leurs inventions concernent des réalisations plus complexes nécessitant un certain savoir- faire, une compétence technique. Enfin, les trois inventions finales ne sont pas attribuées à une personne en particulier, mais relèvent d’un « accord tacite entre les peuples » :

(210) Gentium consensus tacitus primus omnium conspirauit, ut Ionum litteris uteretur… (211) Sequens gentium consensus in tonsoribus fuit… (212) Tertius consensus fuit in horarum obseruatione…

  • 36 NH, II, 187 : Vmbrarum hanc rationem et quam uocant gnomonicen inuenit Anaximenes Milesius, Anaxima (...)
  • 37 NH, VII, 212 : « Le troisième accord entre les peuples a porté sur la notation des heures, cette fo (...)

23À propos de la dernière invention, Pline précise qu’elle est le résultat d’une théorie scientifique – ratio –, qui est rapportée, au livre II, au savant Anaximène de Milet36 : Tertius consensus fuit in horarum obseruatione, iam hic ratione accedens ; quando et a quo in Graecia reperta, diximus secundo uolumine37. L’expression iam hic ratione accedens et le renvoi au livre II, où Pline précise qui est l’auteur de cette théorie, manifestent l’insistance sur l’intelligence humaine.

  • 38 Sur l’importance du rasage dans l’Antiquité, cf. toujours Carcopino, 1994 (p. 187-194 dans l’éd. de (...)

24On semble passer du temps lointain et imprécis des origines – avec les dons divins – au temps des opérations plus complexes dues aux hommes : l’alphabet, l’horloge, les barbiers. Cette dernière invention, plus curieuse de prime abord, va en réalité dans le même sens : il y a là une insistance sur les realia romains que l’on précisera38. On va d’un mode de vie assez abstrait et général – non précisé – à l’instauration de la cité puis au temps de l’empire romain, dont l’aspiration à l’universalité semble se projeter rétrospectivement dans un socle de pratiques communes.

25Certes, Pline le note, c’est plus tard que Rome a bénéficié des dernières inventions : Romanis tardior, à propos des barbiers (§ 211) ; serius Romae, pour l’horloge (§ 212). Mais ce retard se trouve comme effacé par la mention du premier usage à Rome. En effet, dans la partie finale du texte, Pline prend soin de préciser dans quelles circonstances telle invention est parvenue à Rome. À propos des trois dernières inventions, il apparaît que Pline détourne le thème, d’origine grecque, des inventions et inventeurs au profit de l’Vrbs. Trois indices permettent de soutenir cette hypothèse : une modification dans les sources mentionnées, un changement dans l’utilisation du terme primus et un contexte éminemment latin.

  • 39 index des livres VII, XXXIV, XXXV, XXXVI. Cf. Münzer, 1897, p. 353-356.
  • 40 Cf. Della Corte, 1973 ; Sallmann, 1971.
  • 41 Cf. Novara, 1982, p. 445-470 ; Moatti, 1997, p. 78-80 ; 131-133 ; 261.

26Le texte consacré à ces trois inventions finales comporte peu de sources, et les seules mentionnées, trois au total, sont des Romains, Fabius Vestalis (§ 213, à propos du premier cadran solaire) et par deux fois Varron (§ 211 à propos de l’introduction des barbiers et Italie ; et § 214 pour le premier cadran installé sur une place publique). Fabius Vestalis est un auteur mal connu, que Pline cite dans l’index de plusieurs livres39. Quant à Varron, on sait combien Pline l’admire et lui doit40. On sait aussi qu’il constituait pour les Romains, et cela dès son vivant, la figure par excellence du savoir et de l’érudition. Enfin, l’intérêt de Varron pour l’histoire – et donc les origines et inventions – et pour le progrès a été amplement démontré41.

27Quant au terme primus, il ne sert plus à indiquer le πρῶτος εύρετής, comme dans toute la partie précédente du texte, mais à insister sur l’apparition de telle invention à Rome :

  • 42 NH, VII, 211-215 : « (211) Le premier qui inaugura la mode de se faire raser chaque jour a été le s (...)

(211) Primus omnium radi cotidie instituit Africanus sequens…
(213) Princeps solarium horologium statuisse ante undecim annos quam cum Pyrro bellatum est […] L. Papirius Cursor…
(214) M. Varro primum statutum in publico secundum Rostra in columna tradit bello Punico primo a M’. Valerio Messala cos…
(215) Tunc Scipio Nasica collega Laenati primus aqua diuisit horas aeque noctium ac dierum…42.

  • 43 Cf. Naas, 2002, p. 204-208 et surtout p. 424-432. Cf. aussi Conte, 1991 ; Citroni-Marchetti, 2003.

28Ces primi Romani sont tous des personnages importants dans l’histoire romaine et ont tous contribué à la conquête. Or, toute l’Histoire naturelle procède d’un point de vue romano- centriste ; dans cet immense inventaire, tout est rapporté à Rome43 : ainsi Pline signale souvent que tel animal, telle ressource naturelle… ont été introduits à Rome pour la première fois par tel général victorieux, lors de son triomphe par exemple. On peut voir là un détournement du πρῶτος εύρετής au profit à la fois du primus Romanus, premier Romain qui a fait connaître telle chose à ses compatriotes, et de l’idéologie impérialiste.

29Par ailleurs, pour chacune de ces trois inventions, Pline insiste sur des éléments qui l’inscrivent dans le monde romain. Pour l’alphabet, Pline met en valeur la similitude entre les caractères grecs et latins et mentionne à titre d’illustration une inscription ; mais il insiste d’abord et davantage sur le contexte romain de cette dernière :

  • 44 NH, VII, 210 : « Les anciennes lettres grecques étaient à peu près les mêmes que les lettres latine (...)

Veteres Graecas fuisse easdem paene quae nunc sint Latinae, indicio erit Delphica antiqui aeris, quae est hodie in Palatio, dono principum Mineruae dicata in bibliotheca, cum inscriptione tali…44.

30L’éloge des princes – dono principum –, le lieu, les circonstances de la dédicace, tout contribue à ‘transférer’ces caractères alphabétiques dans le monde romain en minimisant en quelque sorte leurs origines grecques.

31Pour les barbiers, Pline retrace l’introduction de cet usage à Rome et mentionne la pratique de deux figures éminentes de l’histoire romaine, Scipion l’Africain et Auguste :

  • 45 NH, VII, 211 : « Ils (les barbiers) furent amenés de Sicile en Italie, en l’an 454 de la fondation (...)

In Italiam ex Sicilia uenere post Romam conditam anno CCCCLIIII adducente P. Titinio Mena, ut auctor est Varro ; antea intonsi fuere. Primus omnium radi cotidie instituit Africanus sequens ; diuus Augustus cultris semper usus est45.

  • 46 Sur la chronologie, cf. notamment Guittard, 1973 ; Guittard, 1976 ; Guittard, 2004-05 ; Moatti, 199 (...)

32Enfin, Pline consacre un long développement (§ 212-215) à la notation des heures, sujet qui renvoie à l’importance de la chronologie pour les Romains, surtout à la fin de la République, lorsqu’ils ont ressenti la nécessité de fixer leur ‘patrimoine’46. Pline retrace avec précision la manière dont les Romains ont indiqué les divisions de la journée : lever et coucher du soleil sur les Douze Tables ; indication de midi quelques années plus tard et jusqu’à la première guerre punique ; premier cadran solaire onze ans avant la guerre de Pyrrhus (avec des détails précis : lieu – près du temple de Quirinus –, auteur – L. Papirius Cursor –, circonstance – dédicace de ce sanctuaire voué par son père –, source – Fabius Vestalis –) ; premier cadran installé sur une place publique (avec, toujours, de nombreuses précisions : auprès des Rostres, par le consul Manius Valerius Messala, lors de la première guerre punique, selon Varron, soit en 263) ; cadran plus précis posé par Q. Marcius Philippus, en 164 ; première clepsydre en 159, grâce à Scipion Nasica.

33L’ensemble de ces procédés illustre la récupération et l’appropriation de la culture grecque par les Romains, phénomène dont l’encyclopédie plinienne constitue aussi la manifestation. Ces conclusions s’accordent bien avec la dimension impérialiste et universaliste qui marque toute l’Histoire naturelle.

  • 47 Cf. Blundell, 1986, p. 170.

34Au Ier siècle de notre ère, l’idée du progrès est rapportée uniquement aux hommes, et non aux dieux47 : Pline, lorsqu’il ne recopie pas des listes d’origine grecque, se fait peut-être l’écho de cette évolution en insistant sur la théorie scientifique – ratio –, mais il lui donne aussi une inflexion particulière en soulignant la part des Romains.

35Cette tendance à la rationalisation, même si elle est limitée, se trouve confirmée par deux indices : le choix de l’évhémérisme, au début du texte, et le traitement des sources.

36Comme on l’a vu, le premier paragraphe (191), consacré aux dons divins, procède d’une conception évhémériste du mythe. Il n’est guère surprenant qu’un savant du Ier s. de notre ère se situe dans ce courant rationaliste. En revanche, la suite du texte, par le mélange des types d’informations et de sources, peut étonner le lecteur d’aujourd’hui. Examinons les deux paragraphes suivants (192-3), consacrés à l’invention de l’écriture. Ce passage comprend plusieurs inventions, différents inventeurs, et des sources divergentes sur ces inventeurs.

  • 48 Veyne, 1983, p. 17.

37La première source est Pline lui-même, qui exprime son avis par le verbe arbitror : Litteras semper arbitror Assyriis fuisse… La prééminence de l’avis personnel sans mention de sources est conforme à la tradition antique : « un historien antique ne cite pas ses sources […], il veut être cru sur parole »48.

38Pline nuance son opinion en indiquant d’autres sources, alii, parmi lesquelles seul est nommé l’historien Gellius ; celles-ci attribuent la diffusion de l’écriture à un dieu, Mercure, et divergent sur le lieu de son apparition dans le monde méditerranéen, mais pas sur les modalités de son introduction en Grèce :

  • 49 NH, VII, 192 : « A mon avis, l’alphabet a existé depuis toujours chez les Assyriens ; certains, com (...)

Litteras semper arbitror Assyriis fuisse, sed alii apud Aegyptios a Mercurio, ut Gellius, alii apud Syros repertas uolunt, utrique in Graeciam attulisse e Phoenice Cadmum…49.

  • 50 Cf. Graves, 1967, p. 151-153.

39L’intervention divine ou mythologique est donc attestée par des sources qui ne sont pas nommées, sauf pour Gellius ; et toutes ces sources attribuent l’introduction de l’écriture en Grèce à Cadmus50, personnage mythique, fondateur de Cadmeia, citadelle de la future Thèbes.

40La suite du texte continue de la même façon : des inventeurs divins ou mythiques sont attestés par des sources anonymes ou nommées, comme Aristote par exemple. Et, par ailleurs, inventeurs mythiques et réels se côtoient sur le même plan : de nouvelles lettres ont été ajoutées à l’alphabet par Palamède, héros mythique de la guerre de Troie, puis par le poète lyrique Simonide (§ 192).

41La troisième partie du texte procède de manière analogue pour les grandes inventions de la civilisation. Ainsi, des savants comme Aristote et Théophraste divergent sur la paternité de telle invention, qu’ils attribuent à une figure mythique ou à un personnage réel, les deux étant mis, dans la tradition reprise par Pline, sur le même plan : les tours ont été inventées par les Cyclopes selon Aristote, et par les habitants de Tirynthe selon Théophraste (§ 195).

4. Le rapport de l’historien au mythe et à la tradition

  • 51 Cf. Serbat, 1973. Cf. p. 43 : « Loin d’être réglée par la fantaisie, par conséquent purement aléato (...)

42L’attribution d’une invention à un personnage mythique ne semble pas susciter d’interrogation, puisqu’elle est attestée par des sources. L’existence même d’une information paraît lui donner sa légitimité. Pourtant, la mention de la source peut fournir l’indice d’une certaine défiance de l’auteur. De fait, en règle générale, les historiens antiques ne citent pas leurs sources, et lorsqu’ils le font, c’est souvent pour leur laisser la responsabilité d’une information, voire pour manifester leur désaccord avec elles. Ce principe général se vérifie en partie pour Pline, mais est plus complexe, puisque l’auteur utilise à la fois la mention des sources comme « indice de distance »51, selon l’expression de Guy Serbat, et comme hommage et caution.

43Reprenons à ce propos le texte sur l’écriture, que l’on peut comparer avec un passage assez proche, de Tacite. Pline écrit :

  • 52 NH, VII, 192 : « A mon avis, l’alphabet a existé depuis toujours chez les Assyriens ; certains, com (...)

Litteras semper arbitror Assyriis fuisse, sed alii apud Aegyptios a Mercurio, ut Gellius, alii apud Syros repertas uolunt, utrique in Graeciam attulisse e Phoenice Cadmum sedecim numero, quibus Troiano bello Palameden adiecisse quattuor hac figura ΗΥΦΧ ; totidem post eum Simoniden melicum ΨΞΩΘ, quarum omnium uis in nostris recognoscitur52.

44Et l’on peut lire dans les Annales :

  • 53 Tacite, An., XI, 14, 1-3 : « Les premiers, les Égyptiens en utilisant des figures d’animaux représe (...)

Primi per figuras animalium Aegyptii sensus mentis effingebant – ea antiquissima monimenta memoriae humanae impressa saxis cernuntur –, et litterarum semet inuentores perhibent ; inde Phoenicas, quia mari praepollebant, intulisse Graeciae gloriamque adeptos, tamquam reppererint quae acceperant. Quippe fama est Cadmum, classe Phoenicum uectum, rudibus adhuc Graecorum populis artis eius auctorem fuisse. Quidam Cecropem Atheniensem uel Linum Thebanum et temporibus Troianis Palamedem Argiuum memorant sedecim litterarum formas, mox alios ac praecipuum Simoniden ceteras repperisse. At in Italia Etrusci ab Corinthio Demarato, Aborigines Arcade ab Euandro didicerunt…53.

45Pline et plus encore Tacite prennent une certaine distance par rapport aux faits rapportés. On observe en effet une différence, dans la façon de relater les informations, selon que les personnages ou peuples cités sont mythiques ou réels. Ainsi, dans le texte de Pline, la paternité assyrienne de l’écriture est présentée comme l’opinion de l’auteur – arbitror –, alors que l’intervention de dieux ou héros mythiques – Mercure, Cadmus, Palamède – est rapportée à des sources alii…, alii… uolunt… En revanche, ce qui concerne le monde romain est établi : recognoscitur. Quant à Tacite, plusieurs éléments montrent qu’il ne reprend pas les faits à son compte : il ne mentionne pas Mercure, s’en remet à la fama à propos de Cadmus et, à propos de Cécrops, Linus et Palamède, il attribue les informations à une source collective, en employant quidammemorant. Mais, dans la suite immédiate du texte, dès qu’il parle de l’Italie, il utilise le parfait du récit historique et donne donc sa caution aux faits rapportés.

46Le rapport de l’historien aux informations est donc différent selon qu’il s’agit de faits anciens et lointains ou de l’histoire plus récente de l’Italie. Comme on l’a vu, Pline, dans sa liste d’inventions et d’inventeurs du monde grec, cite abondamment ses sources – comme pour leur laisser la responsabilité de leurs propos – ; mais, pour les trois dernières inventions, qui sont pleinement ancrées dans le monde romain, il présente les faits comme des données historiques, et la présence de sources comme Varron sert de caution.

47Que signifie alors la mention de Gellius par Pline ? Si l’on établit une typologie des sources de tout le passage, il ressort que les seules sources récurrentes sont Gellius, Aristote et Théophraste, les autres (poètes et surtout antiquaires) n’intervenant, pour la plupart, qu’une fois ; ces derniers sont manifestement repris de listes déjà établies, tout comme les deux savants grecs, dont on a vu la part importante dans la tradition culturelle suivie par ce texte.

  • 54 Serbat, 1973. Cette source pourrait provenir de Varron, auteur que Pline utilise abondamment et adm (...)
  • 55 NH, II, 85.
  • 56 Cf. Naas, 2002, deuxième partie.
  • 57 Cf. Baldwin, 1995.

48Gellius est cité quatre fois comme source, pour les informations suivantes : § 192 : l’alphabet a été découvert par Mercure chez les Égyptiens ; § 194 : l’art de bâtir avec du mortier est attribué à Toxius, fils de Caelus ; § 197 : les remèdes tirés des métaux proviennent de Sol, fils de l’Océan ; § 198 : les mesures et poids ont été trouvés par Palamède. C’est donc toujours à propos d’inventions ou d’interventions de divinités – ou de personnages mythologiques – que Pline se réfère à Gellius. Et parmi toutes les mentions de l’historien dans ce catalogue, le passage sur l’alphabet est le seul où Pline exprime un avis par rapport à cette source, en l’occurrence son désaccord ; dans les autres cas, Gellius est cité comme source sans commentaire de la part de Pline. Cela suffi à faire de cette mention un « indice de distance »54 ? On peut donc penser que le naturaliste, en citant cette source, refuse de cautionner les informations, tout en estimant de son devoir de les mentionner :… prodenda, quia sunt prodita…55. Cependant, ce devoir d’information relève aussi du goût de Pline, en particulier dans le cas des mirabilia56. Ainsi, il est un autre auteur latin que Pline invoque souvent – comme ‘excuse’– pour rapporter nombre de faits incroyables et divertissants, sans les cautionner pour autant : Licinius Mucianus57.

49L’exemple de l’alphabet pose deux questions : celle du rapport de l’historien à la tradition, et celle de la réalité des informations – c’est-à-dire, aussi, du rapport de l’historien au mythe.

  • 58 Dans une bibliographie très abondante, on signale seulement quelques références : Louis, 1955 ; For (...)
  • 59 Cf. Suétone, De Vir. illust. De hist., VI ( = Fragm. 80, éd. Reifferscheid, 1860).
  • 60 Cf. Pline le Jeune, Ep., III, 5.

50On peut interroger Pline à ce sujet, puisqu’il est aussi un historien et que, par ailleurs, pour une encyclopédie se pose particulièrement la question du rapport de l’auteur aux sources. Tout d’abord, l’histoire : rappelons que naturalis historia signifie « enquête sur la nature », « enquête » étant précisément le sens du terme ίστορία58 ; rappelons aussi que Pline est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques, dont la perte a, aux yeux de la postérité, quelque peu effacé l’importance de cet auteur dans l’historiographie antique. Pline, que Suétone classe parmi les historiens59, a en effet écrit une Guerre de Germanie et une Continuation d’Aufidius Bassus (ce dernier étant un continuateur de Tite-Live), deux ouvrages qui occupent la moitié de sa production60 et ont constitué une source importante pour Tacite. Il n’est donc pas étonnant que la seule source mentionnée, à propos de l’écriture, soit précisément un historien, Gellius, même si Pline n’est pas d’accord avec lui.

  • 61 Cf. Naas, 2002, p. 78-105 et surtout 151-157. Cf. aussi Serbat, 1973.

51Quel est le rapport de Pline à ses sources ? Pour résumer, si Pline prétend rapporter tous les témoignages sans juger, il serait faux de prendre ce programme à la lettre : Pline établit des distinctions, voire une hiérarchie entre ses sources ; il ne met pas toutes les données sur le même plan et ne se prive pas de donner son opinion61.

  • 62 Cf. Marincola, 1997, en particulier p. 117-127. Cf. aussi Mazzarino, 1966-68 ; Momigliano, 1983, p. (...)

52Pour en venir au type particulier d’information qui nous intéresse ici, le mythe, on peut se demander quelle est pour Pline la valeur du mythe en tant que savoir. On touche ici à une vaste question, abondamment étudiée pour l’Antiquité, celle du rapport de l’historien au mythe62.

  • 63 Eliade, 1983, p. 10.
  • 64 Veyne, 1983, p. 13.
  • 65 La question des rapports entre muthos et logos a été abondamment étudiée ; cf. notamment Vernant, 1 (...)
  • 66 Vernant, 1974, p. 212.

53Dès la critique effectuée par les penseurs grecs, « opposé aussi bien à logos que, plus tard, à historia, muthos a fini par dénoter tout ‘ce qui ne peut pas exister réellement’«63, résume M. Eliade. Pourtant, l’on s’accorde à présent avec P. Veyne pour penser que « le mythe et le logos ne s’opposent pas comme l’erreur et la vérité »64 ; ils disent soit la même chose de façon différente65, soit des choses qui n’appartiennent pas au même ordre, comme le synthétise J.-P. Vernant : « … toute la tradition grecque, quand elle accepte de faire au mythe sa part, […] reconnaît en lui soit une façon de dire autrement, sous forme figurée ou symbolique, la même vérité que le logos expose de façon directe, soit une façon de dire ce qui est autre que le vrai, ce qui, par sa nature, se situe à l’extérieur du domaine de la vérité, qui échappe par conséquent au savoir et ne relève pas du discours articulé selon l’ordre de la démonstration »66.

5. Pline croit-il à tout ce qu’il rapporte ? Le statut de la fabula

  • 67 Cf. Naas, 1998 ; 2001 ; 2004 a.
  • 68 NH, XI, 8 ; cf. aussi Naas, 2002, p. 249-255.
  • 69 Veyne, 1983, p. 19. Sur le rapprochement entre le muthos et le fabuleux, cf. aussi Vernant, 1974, p (...)
  • 70 L’affirmation de Veyne peut être nuancée ; on pense par exemple à la méfiance de Tite-Live par rapp (...)

54Le reproche de crédulité a été adressé à Pline, en particulier lorsque l’Histoire naturelle a fait l’objet de profondes remises en cause, au XIXe s. surtout67. Certes, Pline se fixe comme objectif d’indicare, non indagare, de rapporter tous les témoignages existants sans faire de recherche68. Selon P. Veyne, les historiens antiques présument que leurs sources – du moins historiques – disent vrai, ils se bornent à enlever « les détails qui leur ont semblé faux ou plutôt invraisemblables et fabuleux »69. Ce jugement pourrait être discuté, mais on ne reprendra pas ici l’importante question du rapport de l’historien antique à ses sources70 ; ce qui nous intéresse, c’est l’emploi de l’adjectif, ‘fabuleux’ : en effet, lorsque Pline rejette une information, c’est précisément en la qualifiant de fabulosus.

  • 71 Cf. par ex. NH, IX, 16-19.
  • 72 Cf. Naas, 2002, p. 253-54.
  • 73 Cf. Lenfant, 1999. D. Lenfant étudie précisément les monstres dans le cadre de la distinction mutho (...)
  • 74 NH, X, index LXX. Sur les animaux fabuleux chez Pline, cf. Caprotti, 1982 et, plus généralement, Sa (...)
  • 75 Cf. Naas, 2002, p. 254.
  • 76 NH, X, 136 : « Les pégases, animaux ailés à tête de cheval, et les griffons au bec recourbé surmont (...)

55Pline n’est pas dépourvu d’esprit critique. Il lui arrive en effet d’exprimer son désaccord avec telle source, même lorsqu’il s’agit d’autorités comme Aristote71. Et de surcroît, il peut rejeter telle information comme fantaisiste, dépourvue de toute réalité : il emploie alors l’adjectif fabulosus, qui relègue l’information dans le domaine de la fabula, de l’invention72. L’exemple des animaux fabuleux est particulièrement intéressant, car on pourrait les qualifier de mythiques73. Or, dans un paragraphe intitulé De fabulosis auibus74, Pline affirme ne pas croire à l’existence des pégases, griffons, sirènes, phénix75 : Pegasos equino capite uolucres et grypas aurita aduncitate rostri fabulosos reor […]. Nec Sirenes impetrauerint fidem76.

  • 77 Cf. Cuny-Le Callet, 2005, avec abondante bibliographie. Cf. aussi Pigeaud, 1988 ; Campbell, 2006.
  • 78 Cf. Sénèque, Lettre 58, 15 (Sénèque cite la doctrine des Stoïciens) : « In rerum, inquiunt (Stoici) (...)
  • 79 Cf. Citroni-Marchetti, 1982, 1991, 1992.
  • 80 Cf. Naas, 2002, p. 243-393 ; Beagon, 2007.
  • 81 Cf. Wehrli, 1969, p. 69 ; Wehrli, 1983, p. 572-573. Je remercie Jean Trinquier pour ses indications (...)

56Le sujet des êtres monstrueux – êtres réels anormaux ou produits de l’imagination – a beaucoup intéressé les penseurs antiques77, et cela dans une double perspective : la tradition philosophique et le courant scientifique et paradoxographique. On peut trouver dans la mention par Pline d’animaux fantastiques et fabuleux un écho de ces réflexions. Pline pourrait s’inscrire dans les discussions stoïciennes sur ce sujet : pour les Stoïciens, ces animaux sont de purs concepts, créations abstraites de l’esprit humain, qui ne correspondent à aucune réalité78 ; et l’on sait que Pline, sans appartenir à une école philosophique précise, suit souvent la pensée des Stoïciens79. Mais l’Histoire naturelle s’inscrit aussi pleinement dans la littérature paradoxographique80, pour laquelle des recueils d’animaux fantastiques sont attestés ; ainsi Straton de Lampsaque, que Pline mentionne dans la liste des sources du livre VII (pour son ouvrage Contre les Inventions d’Éphore, comme on l’a vu plus haut) est précisément l’auteur d’un Περὶ τῶν μυθολογουμένων ξῴων81. C’est plutôt à cette tradition que Pline nous paraît se rattacher.

  • 82 Cf. Marincola, 1997, p. 118.
  • 83 Cf. Fromentin, 1998, p. L.
  • 84 Cf. Thuc., I, 21, 1. Sur Thucydide et le mythe, cf. notamment De Romilly, 1956 ; Détienne, 1981, p. (...)
  • 85 Cf. Hérodote, II, 45, à propos d’Héraclès en Égypte. Cf. Piérart, 1983, p. 47-48.

57J. Marincola définit trois attitudes des historiens antiques face au mythe : le rejet, la rationalisation, le libre jugement laissé au lecteur82. Par exemple, « il est fréquent que Denys d’Halicarnasse relate successivement deux versions d’un même évènement, en présentant l’une comme ‘fabuleuse’(μυθώδης), l’autre comme plus ‘véridique’ (ἀληθής) ou plus ‘crédible’ (πιθανός), et en laissant le lecteur juge »83. Certains auteurs affirment clairement leur position : les mythes sont refusés par Thucydide84, rationalisés par Evhémère… Cette rationalisation s’avère souvent assez complexe, dans la mesure où elle consiste, pour les auteurs, à distinguer, dans les mythes, le vrai du faux : ainsi Hérodote refuse tel détail dans les aventures d’Héraclès, sans remettre en cause l’ensemble de la légende85.

  • 86 NH, XXXIII, 8 et XXXVII, 2.
  • 87 NH, XXXIII, 8. Cf. Oxford Classical Dictionary, 1992 (1re éd. 1970), s.v. Midas : il y a deux Midas (...)
  • 88 Aristote, Métaphysique, 1074, b : « Une tradition qui nous est venue de l’Antiquité la plus haute, (...)

58De la même manière, à propos de personnages mythiques, Pline rejette dans la fabula non leur existence, mais certaines légendes qui les entourent. Ainsi emploie-t-il fabula et fabulosus à propos des récits qui associent à Prométhée l’origine des bagues86 ; mais dans sa critique du luxe lié aux bijoux, Pline met sur le même plan Prométhée, figure légendaire, et Midas, roi historique : tous deux font l’objet de légendes contestables (l’origine des bagues pour Prométhée, l’anneau d’invisibilité pour Midas)87. On retrouve là l’idée, déjà exprimée par Aristote, que les hommes ont « parasité » les récits mythiques originels de fables destinées à les rendre plus crédibles88.

  • 89 Veyne, 1983, p. 27
  • 90 Tacite, An., 11, 14, 1-3 (cf. supra).
  • 91 Cf. S. Mallarmé, Les Dieux antiques. Nouvelle Mythologie d’après George W. Cox, 1880, cité par Déti (...)

59« La tradition mythique transmet un noyau authentique qui, au cours des siècles, s’est entouré de légendes ; seules ces légendes font difficulté, mais non le noyau »89. Le mythe n’appartient pas à la fabula, mais à la fama, comme l’écrit Tacite (fama est90) : il relève de la tradition, non de l’invention ; sa réalité n’est ni affirmée, ni rejetée, elle n’est tout simplement pas questionnée91.

  • 92 Veyne, 1983, p. 63.
  • 93 Cf. Phèdre, 229 c-e.
  • 94 Cf. Vernant, 1974, p. 212-213. Sur Platon, cf. notamment Moreau, 2006, chap. Le paradoxe platonicie (...)
  • 95 Veyne, 1983, p. 57.
  • 96 Cf. Piérart, 1983 ; Détienne, 1981, p. 87-122 ; Hartog, 2001.

60Certaines légendes relèvent chez Pline de la fabula, on l’a vu pour Prométhée et Midas. Elles appartiennent au merveilleux qui s’est ajouté au mythe : pour retrouver ce dernier dans son état initial, il faut « épurer le mythe de sa part de merveilleux »92. Cette critique du mythe existe dès le VIe s. (avec l’exégèse des mythes homériques par Théagène de Rhegium) et se développe chez Platon (avec, notamment, la critique des animaux fabuleux comme les Hippocentaures, Chimères, Gorgones, Pégases…93), Aristote94… Elle marque surtout l’époque hellénistique, où les doctes constituent la mythologie en discipline d’étude et s’efforcent de démêler le fond « originel » des ajouts fantaisistes. Cette « mystification » a « l’apparence trompeuse d’une rationalisation »95. C’est également à cette réflexion critique sur le mythe que se livrent, sous différentes formes, les historiens grecs et que poursuivent les Romains96.

  • 97 Hérodote, III, 122. Hérodote distingue ce temps des hommes de celui auquel appartient Minos. Cf. la (...)
  • 98 Cf. Piérart, 1983, p. 49-50 ; Romano, 2003, p. 109-110.

61Une tentative de conciliation amène les auteurs à définir différentes périodes dans l’histoire : ainsi Hérodote distingue le temps des dieux et héros du « temps qu’on appelle le temps des hommes »97. D’après le témoignage de Censorin, grammairien du IIIe s. de notre ère, Varron a clairement formulé cette conception grecque en distinguant trois âges : obscur, mythique et historique. Or le temps mythique serait celui des évènements fabuleux98.

  • 99 Censorin, De die natali (238 A.D.), 21, 1-2 : « Mais je traiterai seulement de la période que Varro (...)

Nunc uero id interuallum temporis tractabo quod στορικόν Varro appellat. Hic enim tria discrimina temporum esse tradit : primum ab hominum principio ad cataclysmum priorem, quod propter ignorantiam uocatur ἄδηλον, secundum a cataclysmo priore ad olympiadem primam, quod, quia multa in eo fabulosa referuntur, μυθικόν nominatur, tertium a prima olympiade ad nos, quod dicitur ίστορικόν, quia res in eo gestae ueris historiis continentur99.

  • 100 101Cf. Tite-Live, Praef., 6

62On trouve également chez Tite-Live ce type de partition du temps et des évènements100 : les faits antérieurs à la fondation de la Ville sont qualifiés de poeticae fabulae (par opposition aux incorrupta rerum gestarum monumenta), et l’historien choisit de ne pas prendre position : ea nec adfirmare nec refellere in animo est.

  • 101 Tac., Hist., II, 50, 4 (à propos d’un prodige annonçant la mort d’Othon) : « S’il est vrai que recu (...)

63Enfin, Tacite, s’il rejette par principe méthodologique la fabula, n’en reconnaît pas moins l’agrément, voire un certain fond de vérité : Vt conquirere fabula et fictis oblectare legentium animos procul grauitate coepti operis crediderim, ita uolgatis traditisque demere fidem non ausim101.

64Ces quelques remarques à propos d’historiens antiques ne sont que des jalons illustrant la complexité de la question.

  • 102 Cf. Naas, 2002. Cf. aussi Beagon, 2007.
  • 103 Cf. Naas, 2002, p. 2 et 327-393 ; en particulier sur la comparaison entre les merveilles du monde e (...)

65Revenons au mythe, au merveilleux et à Pline. On observe ici une différence significative : alors que, chez de nombreux auteurs, le rejet du merveilleux permet de rationaliser les mythes, pour Pline au contraire, le merveilleux constitue un centre d’intérêt essentiel ; c’est au point que l’Histoire naturelle s’avère un inventaire des merveilles de la nature – inventaire destiné, aussi, à célébrer la grandeur de l’empire romain, comme on l’a montré ailleurs102. Le merveilleux ne sert pas à prouver l’affabulation : il illustre au contraire la puissance créatrice de la nature et la majesté de Rome103. La réalité dépasse en quelque sorte la fiction…

  • 104 Veyne, 1983, p. 40.

66Pline a-t-il cru à ses mythes ? La prise en considération du mythe s’inscrit tout à fait dans la façon de penser des historiens antiques : « le mythe était un tertium quid, ni vrai, ni faux »104. Cependant, on peut déceler une certaine rationalisation et une mise à distance du mythe, notamment par la mention des sources.

  • 105 Veyne, 1983, p. 12.

67« Les vérités sont déjà des imaginations […]. Les hommes ne trouvent pas la vérité, ils la font, comme ils font leur histoire… »105. C’est ainsi que Pline, à travers son enquête, construit sa propre histoire de la nature, et laisse entrer le mythe dans le savoir, tout en n’y croyant pas forcément…

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Notes

1 Veyne, 1983. Cf. aussi Sassi, 1992, p. 465-468.

2 Veyne, 1983, p. 119 pour les deux premières citations et p. 121 pour la troisième.

3 NH, VII, 191 ; « Il paraît à propos, avant de quitter le sujet de la nature humaine, de signaler les différentes inventions et leurs auteurs respectifs ». Sauf indication contraire, les traductions sont celles de la CUF (collection Budé).

4 Cf. dans l’édition de la CUF, p. XI et le commentaire du livre VII par Beagon, 2005, p. 416.

5 Cf. Naas, 2002, p. 321.

6 NH, XI, 8 : « Nous, notre but est de décrire les phénomènes évidents, non d’en dépister les causes obscures ». Cf. aussi, pour l’analyse de ce projet, Naas, 2002, p. 78.

7 Cf. Naas, 2002, p. 143-145 sur la question des sources directes ou intermédiaires.

8 Sur ces catalogues, bien étudiés dans la tradition philologique allemande, cf. Brusskern, 1864 ; Kremmer, 1890 ; Kleingünther, 1976 (1re éd., 1933), p. 143-151 ; Thraede, 1962.

9 Cf. Beagon, 2005, p. 416-420.

10 Sur l’idée de progrès (on ne discute pas ici les problèmes d’anachronisme de cette notion pour l’Antiquité), dans une bibliographie abondante, cf. notamment Romilly, 1966 ; Edelstein, 1967 ; Dodds, 1973 ; Novara, 1982.

11 Cf. Blundell, 1986, p. 168-171.

12 Cf. Edelstein, 1967, p. 3-56.

13 Cf. Détienne, 1994, p. 159-166 ; Vernant, 1999 ; Guthrie, 1957.

14 Cf. Brusskern, 1864 ; Kleingünther, 1976 ; Ferguson, 1959 ; Thraede, 1962 ; Blundell, 1986, p. 165-202.

15 Cf. § 194, 197, 200, 202, 204, 206, 207…

16 Pline n’a pas lu toutes les sources qu’il cite dans ses index, cf. Naas, 2002, p. 171-195.

17 Cf. Wehrli, 1969 et 1983.

18 NH, VII, index VII.

19 Cf. Fornara, 1983, p. 22 ; Scheer, 2003.

20 NH, VII, 194 : « Les briqueteries et les maisons doivent leur origine aux frères Euryalus et Hyperbius, d’Athènes. […] Cécrops donna son nom à sa ville forte, Cécropie, qui est maintenant la citadelle d’Athènes ».

21 Cf. Brisson, 2005, p. 69.

22 Cf. note 1 § 207 dans l’édition de la CUF.

23 Cf. Novara, 1982, p. 41-77.

24 Chassignet, 1986, p. XXIV.

25 Ibid., p. XXIII-XXVII.

26 Cic., De nat. deorum, I, 119 : Quae ratio maxime tractata ab Euhemero est quem noster et interpretatus et secutus praeter ceteros Ennius. Cf. Brisson, 2005, p. 69 ; Novara, 1982, p. 79-103.

27 Cf. Novara, 1982, p. 123-128 ; cf. l’édition des fragments de Gellius par Chassignet, 1999, avec introduction sur Gellius p. XLIX-LIV.

28 Cf. Novara, 1982, p. 123 ; Chassignet, 1999, p. LI. 30 § 192 ; 194 ; 197 ; 198.

29 § 192 ; 194 ; 197 ; 198.

30 Cf. Novara, 1982

31 De rerum natura, V, 925 sq. Cf. Blundell, 1986, p. 190-194 ; Novara, 1982, p. 313-383.

32 Cf. Sénèque, Lettre 90, 5 sq. Cf. Blundell, 1986, p. 188-189

33 Veyne, 1983, p. 121.

34 Vernant, 1965, chap. 7, p. 283-314.

35 Cf. Beagon, 2005, p. 465, § 210

36 NH, II, 187 : Vmbrarum hanc rationem et quam uocant gnomonicen inuenit Anaximenes Milesius, Anaximandri, de quo diximus, discipulus…

37 NH, VII, 212 : « Le troisième accord entre les peuples a porté sur la notation des heures, cette fois-ci grâce à une théorie scientifique : nous avons indiqué dans le second livre quand et par qui celle-ci a été inventée en Grèce ».

38 Sur l’importance du rasage dans l’Antiquité, cf. toujours Carcopino, 1994 (p. 187-194 dans l’éd. de 1939).

39 index des livres VII, XXXIV, XXXV, XXXVI. Cf. Münzer, 1897, p. 353-356.

40 Cf. Della Corte, 1973 ; Sallmann, 1971.

41 Cf. Novara, 1982, p. 445-470 ; Moatti, 1997, p. 78-80 ; 131-133 ; 261.

42 NH, VII, 211-215 : « (211) Le premier qui inaugura la mode de se faire raser chaque jour a été le second Africain ;… (213) Le premier cadran solaire a été posé, onze ans avant la guerre de Pyrrhus […] par L. Papirius Cursor… (214) Selon M. Varron, le premier cadran qui ait été installé sur une place publique, l’a été auprès des Rostres, sur une colonne, par les soins du consul Manius Valerius Messala, lors de la première guerre punique… (215) A cette date, Scipion Nasica, collègue de Laenas, fut le premier à utiliser l’eau pour noter les heures, aussi bien de nuit que de jour… ».

43 Cf. Naas, 2002, p. 204-208 et surtout p. 424-432. Cf. aussi Conte, 1991 ; Citroni-Marchetti, 2003.

44 NH, VII, 210 : « Les anciennes lettres grecques étaient à peu près les mêmes que les lettres latines d’aujourd’hui : on s’en convaincra par le trépied antique de bronze, qui se trouve aujourd’hui au Palatin ; il a été consacré à Minerve, dans la bibliothèque, par la générosité des empereurs et porte l’inscription suivante… ».

45 NH, VII, 211 : « Ils (les barbiers) furent amenés de Sicile en Italie, en l’an 454 de la fondation de Rome, par P. Titinius Mena, selon Varron ; auparavant, les Romains portaient la barbe. Le premier qui inaugura la mode de se faire raser chaque jour a été le second Africain ; le divin Auguste a toujours utilisé le rasoir ».

46 Sur la chronologie, cf. notamment Guittard, 1973 ; Guittard, 1976 ; Guittard, 2004-05 ; Moatti, 1997, p. 132-136 ; sur la construction du patrimoine romain, cf. aussi Moatti, 2003.

47 Cf. Blundell, 1986, p. 170.

48 Veyne, 1983, p. 17.

49 NH, VII, 192 : « A mon avis, l’alphabet a existé depuis toujours chez les Assyriens ; certains, comme Gellius, veulent pourtant qu’il ait été découvert par Mercure chez les Égyptiens, d’autres encore chez les Syriens ; selon les deux écoles, il aurait été introduit en Grèce de Phénicie par Cadmus… ».

50 Cf. Graves, 1967, p. 151-153.

51 Cf. Serbat, 1973. Cf. p. 43 : « Loin d’être réglée par la fantaisie, par conséquent purement aléatoire, l’apparition d’un auctor semble donc chez Pline un moyen de situer la responsabilité d’une information, en prenant lui-même ses distances, et ceci en l’absence de tout jugement explicitement formulé ».

52 NH, VII, 192 : « A mon avis, l’alphabet a existé depuis toujours chez les Assyriens ; certains, comme Gellius, veulent pourtant qu’il ait été découvert par Mercure chez les Égyptiens, d’autres encore chez les Syriens ; selon les deux écoles, il aurait été introduit en Grèce de Phénicie par Cadmus, quand il ne comprenait que seize lettres, auxquelles Palamède ajouta, au temps de la guerre de Troie, quatre autres de la forme suivante ΗΥΦΧ, et, après lui, Simonide le lyrique encore une fois quatre ΨΞΩΘ : la valeur de toutes ces lettres se retrouve dans notre alphabet ».

53 Tacite, An., XI, 14, 1-3 : « Les premiers, les Égyptiens en utilisant des figures d’animaux représentaient les pensées de l’esprit – car les plus anciens monuments de l’histoire humaine se voient encore là, gravés dans la pierre – et ils s’attribuent l’invention de l’écriture : de là, les Phéniciens, parce qu’ils étaient tout puissants sur la mer, l’auraient introduite en Grèce et ils auraient acquis la gloire d’avoir découvert ce qu’ils avaient reçu. En effet, la tradition veut que Cadmus, arrivé sur un navire phénicien, ait initié à cet art les peuples encore grossiers de la Grèce. Certains rapportent que Cécrops d’Athènes ou Linus de Thèbes ou encore, à l’époque troyenne, Palamède d’Argos ont inventé seize caractères, puis que d’autres et principalement Simonide ont trouvé le reste. Quant à l’Italie, les Étrusques les apprirent du Corinthien Démarate, les Aborigènes de l’Arcadien Évandre… ».

54 Serbat, 1973. Cette source pourrait provenir de Varron, auteur que Pline utilise abondamment et admire particulièrement ; cette hypothèse est formulée dans l’édition Einaudi, II, p. 121 n. 1 § 192. Sur Gellius et Varron, cf. aussi Baier, 1997, p. 173. Cependant, cette origine ne nous paraît pas suffire à faire de Gellius une caution aux yeux de Pline.

55 NH, II, 85.

56 Cf. Naas, 2002, deuxième partie.

57 Cf. Baldwin, 1995.

58 Dans une bibliographie très abondante, on signale seulement quelques références : Louis, 1955 ; Fornara, 1983 ; Veyne, 1983, p. 22 ; Veyne, 1971 ; Hartog, 1999 (en partic. l’introduction p. 9-21) ; Darbo-Peschanski, 2000 ; Hartog, 2001 ; Demont, 2002 ; Darbo-Peschanski, 2003.

59 Cf. Suétone, De Vir. illust. De hist., VI ( = Fragm. 80, éd. Reifferscheid, 1860).

60 Cf. Pline le Jeune, Ep., III, 5.

61 Cf. Naas, 2002, p. 78-105 et surtout 151-157. Cf. aussi Serbat, 1973.

62 Cf. Marincola, 1997, en particulier p. 117-127. Cf. aussi Mazzarino, 1966-68 ; Momigliano, 1983, p. 71-90 ; Momigliano, 1992 ; Marincola, 2001.

63 Eliade, 1983, p. 10.

64 Veyne, 1983, p. 13.

65 La question des rapports entre muthos et logos a été abondamment étudiée ; cf. notamment Vernant, 1965, chap. Du mythe à la raison, p. 283-314 ; Vernant, 1974, chap. Raisons du mythe, p. 195-216 ; Joly, 1974, p. 337 ; Détienne, 1981, chap. L’illusion mythique, p. 87-122, et particulièrement p. 96 ; Huby, 1989 ; Brisson, 1994 ; Brisson, 1996 ; Mattéi, 1996 ; Buxton, 1999 ; Boulogne, 2006.

66 Vernant, 1974, p. 212.

67 Cf. Naas, 1998 ; 2001 ; 2004 a.

68 NH, XI, 8 ; cf. aussi Naas, 2002, p. 249-255.

69 Veyne, 1983, p. 19. Sur le rapprochement entre le muthos et le fabuleux, cf. aussi Vernant, 1974, p. 200.

70 L’affirmation de Veyne peut être nuancée ; on pense par exemple à la méfiance de Tite-Live par rapport aux archives familiales, cf. t. I dans la collection Budé, intr. de J. Bayet et G. Bailly p. XXIV et XXXVI ; Mahé-Simon, 2001, p. 26-38. Cf. surtout Marincola, 1997 ; Moatti, 1997, par ex. p. 109 sq.

71 Cf. par ex. NH, IX, 16-19.

72 Cf. Naas, 2002, p. 253-54.

73 Cf. Lenfant, 1999. D. Lenfant étudie précisément les monstres dans le cadre de la distinction muthos/logos.

74 NH, X, index LXX. Sur les animaux fabuleux chez Pline, cf. Caprotti, 1982 et, plus généralement, Sassi, 1992 ; Campbell, 2006 ; De Oliveira, 2007.

75 Cf. Naas, 2002, p. 254.

76 NH, X, 136 : « Les pégases, animaux ailés à tête de cheval, et les griffons au bec recourbé surmonté d’oreilles, sont pour moi des êtres fabuleux […]. Je ne croirais pas davantage aux Sirènes… ».

77 Cf. Cuny-Le Callet, 2005, avec abondante bibliographie. Cf. aussi Pigeaud, 1988 ; Campbell, 2006.

78 Cf. Sénèque, Lettre 58, 15 (Sénèque cite la doctrine des Stoïciens) : « In rerum, inquiunt (Stoici), natura quaedam sunt, quaedam non sunt, et haec autem, quae non sunt, rerum natura complectitur, quae animo succurrunt, tamquam Centauri, Gigantes et quicquid aliud falsa cogitatione formatum habere aliquam imaginem coepit, quamuis non habeat substantiam ». Je remercie Mireille Armisen- Marchetti, qui m’a suggéré cette hypothèse.

79 Cf. Citroni-Marchetti, 1982, 1991, 1992.

80 Cf. Naas, 2002, p. 243-393 ; Beagon, 2007.

81 Cf. Wehrli, 1969, p. 69 ; Wehrli, 1983, p. 572-573. Je remercie Jean Trinquier pour ses indications à ce sujet.

82 Cf. Marincola, 1997, p. 118.

83 Cf. Fromentin, 1998, p. L.

84 Cf. Thuc., I, 21, 1. Sur Thucydide et le mythe, cf. notamment De Romilly, 1956 ; Détienne, 1981, p. 106-107 ; sur Thucydide et Hérodote, cf. Momigliano, 1992, p. 33-60.

85 Cf. Hérodote, II, 45, à propos d’Héraclès en Égypte. Cf. Piérart, 1983, p. 47-48.

86 NH, XXXIII, 8 et XXXVII, 2.

87 NH, XXXIII, 8. Cf. Oxford Classical Dictionary, 1992 (1re éd. 1970), s.v. Midas : il y a deux Midas, rois de Phrygie, l’un légendaire, l’autre historique (738-696) ; c’est à ce dernier que Pline semble se référer, puisque ce Midas préfigure l’histoire de Gygès, auquel on attribue d’ordinaire l’anneau d’invisibilité ; cf. note 8 p. 124-125 dans l’édition de NH, VII, de la CUF.

88 Aristote, Métaphysique, 1074, b : « Une tradition qui nous est venue de l’Antiquité la plus haute, et qui a été transmise à la postérité sous le voile de la fable (έν μύθου σχήματι), nous apprend que les astres sont des Dieux, et que le divin enveloppe la nature tout entière. Tout ce qu’on a pu ajouter de fabuleux (μυθικῶς) à cette tradition n’a eu pour but que de persuader la multitude, afin de rendre plus facile l’application des lois et de servir l’intérêt commun. C’est ainsi qu’on a prêté aux Dieux des formes humaines, et même parfois aussi des figures d’animaux, et qu’on a imaginé tant d’autres inventions, qui étaient la suite et la reproduction de celles-là. Mais si l’on dégage de tout cela ce seul principe, que les hommes ont cru que les substances premières sont des Dieux, on peut trouver que ce sont là réellement des croyances vraiment divines… ». (Traduction de J. Barthélémy-Saint-Hilaire, revue et annotée par P. Mathias, Paris, Presses Pocket, 1991). Cf. sur ce texte Calame, 1996, p. 26-27 ; Vernant, 1974, p. 213.

89 Veyne, 1983, p. 27

90 Tacite, An., 11, 14, 1-3 (cf. supra).

91 Cf. S. Mallarmé, Les Dieux antiques. Nouvelle Mythologie d’après George W. Cox, 1880, cité par Détienne, 1981, p. 31 : il définit la mythologie comme « le recueil des on-dit par lequel les hommes d’autrefois se contèrent tout ce qu’ils voyaient ou entendaient… ».

92 Veyne, 1983, p. 63.

93 Cf. Phèdre, 229 c-e.

94 Cf. Vernant, 1974, p. 212-213. Sur Platon, cf. notamment Moreau, 2006, chap. Le paradoxe platonicien, p. 65-99 ; Brisson, 1994.

95 Veyne, 1983, p. 57.

96 Cf. Piérart, 1983 ; Détienne, 1981, p. 87-122 ; Hartog, 2001.

97 Hérodote, III, 122. Hérodote distingue ce temps des hommes de celui auquel appartient Minos. Cf. la note 3 § 122 dans l’édition Budé (Ph. E. Legrand, 1949) et les remarques de Ph. E. Legrand p. 39 dans l’Introduction à Hérodote, éd. Budé, 1955. Cf. aussi Demont, 2002 ; Darbo-Peschanski, 2000.

98 Cf. Piérart, 1983, p. 49-50 ; Romano, 2003, p. 109-110.

99 Censorin, De die natali (238 A.D.), 21, 1-2 : « Mais je traiterai seulement de la période que Varron appelle ‘historique’. Cet auteur fait état, en effet, de trois divisions des temps :
- la première de l’apparition des hommes au premier déluge, qui, à cause de l’ignorance dans laquelle nous sommes, est appelée ‘obscure’ ;
- la seconde, du premier déluge à la première olympiade, est appelée ‘mythique’, à cause des nombreuses fables qui y sont rapportées ;
- la troisième, qui va de la première olympiade à nos jours, que l’on appelle ‘historique’, parce que les évènements qui s’y sont passés sont consignés dans des livres véridiques ». (Traduction de G. Rocca Serra, Paris, Vrin, 1980, d’après le texte de l’édition Teubner, 1983)

100 101Cf. Tite-Live, Praef., 6

101 Tac., Hist., II, 50, 4 (à propos d’un prodige annonçant la mort d’Othon) : « S’il est vrai que recueillir des fables pour amuser par des fictions la crédulité du lecteur serait à mes yeux peu digne de la gravité de mon œuvre, il n’en est pas moins vrai que certaines traditions sont tellement accréditées que je n’oserais pas leur refuser créance ».

102 Cf. Naas, 2002. Cf. aussi Beagon, 2007.

103 Cf. Naas, 2002, p. 2 et 327-393 ; en particulier sur la comparaison entre les merveilles du monde et de Rome, cf. Naas, 2004 b.

104 Veyne, 1983, p. 40.

105 Veyne, 1983, p. 12.

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Pour citer cet article

Référence papier

Valérie Naas, « Pline l’Ancien a-t-il cru à ses mythes ? »Pallas, 78 | 2008, 133-151.

Référence électronique

Valérie Naas, « Pline l’Ancien a-t-il cru à ses mythes ? »Pallas [En ligne], 78 | 2008, mis en ligne le 13 janvier 2009, consulté le 28 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/14637 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.14637

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Auteur

Valérie Naas

Université de Paris IV- Sorbonne

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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