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Notes de lectures

Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine

Presses Universitaires Blaise-Pascal, Collection Histoires croisées, 2009, 468 p.
Sandra Péré-Noguès
p. 443-445
Référence(s) :

Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine, Presses Universitaires Blaise-Pascal, Collection Histoires croisées, 2009, 468 p.

Texte intégral

1Cet ouvrage est la version remaniée de la thèse de doctorat que Laurent Lamoine a soutenue en 2003. La présentation formelle est de qualité, chaque document littéraire ou épigraphique étant bien mis en exergue. L’ensemble des sources et la bibliographie sont rassemblés en une quarantaine de pages et accompagnés d’indices de noms et de lieux ainsi que d’une table des inscriptions et citations commentées. Comme il le souligne dans son introduction, l’auteur a souhaité développer sa réflexion autour de deux pistes : d’une part « l’expression du pouvoir suprême dans le cadre local », d’autre part « les moyens de coercition dont dispose ce pouvoir local ». La nature de la documentation invite à une telle démarche dans la mesure où il est plus simple d’approcher les hommes que les institutions elles-mêmes.

2La première partie est consacrée à un « état des lieux » sur la question de la magistrature supérieure gallo-romaine. Les cadres temporel et spatial étant posés, l’auteur revient dans un premier chapitre sur le concept de romanisation et présente la grille d’analyse qu’il a voulu mettre en œuvre pour traiter la documentation disponible. Le second chapitre fait un bilan des travaux les plus récents sur le cursus honorum en Gaule, sur les duumvirs, quattuorvirs et leurs éventuels concurrents, tout en n’excluant pas le cas particulier de Marseille. La synthèse est claire et révèle aussi l’importance des magistratures supérieures dans l’intégration à l’empire.

3La seconde partie intitulée « À la recherche du substrat institutionnel gaulois » tente de restituer les anciennes formes de gouvernement et de représentation du pouvoir pour en comprendre l’intégration au modèle municipal romain. Dans le troisième chapitre (« La magistrature suprême »), l’auteur s’attaque à des questions d’autant plus délicates que l’enquête menée à travers les textes et les inscriptions porte sur des titres qui prêtent à beaucoup de confusions, notamment celui de principes. Les textes restent à notre sens sous-exploités dans la mesure où il aurait été nécessaire de faire une analyse philologique plus poussée et peut- être circonscrite aux acceptions que ce terme revêtait dans la production historiographique grecque et latine jusqu’à l’époque de César. Par ailleurs, retrouver à partir de ces titres, passés par le filtre de l’interprétation de César, les structures politiques, ou du moins la hiérarchie qui pouvait prévaloir, nous paraît une entreprise hasardeuse, si elle ne s’ouvre pas à d’autres champs disciplinaires, comme l’anthropologie sociale, qui peuvent aider à s’interroger sur la notion de pouvoir et d’élites dans ces sociétés sans écrit. Bien qu’il essaie de différencier deux figures de principes (les princes qui sont les chefs combattants/magistrats, et les magnats qui n’exercent pas directement le pouvoir), l’auteur ne propose pas une interprétation renouvelée. La même difficulté de se départir d’une vision romanocentrée apparaît dans le traitement de la royauté. Plus convaincante est en revanche l’étude entreprise autour des vergobrets à partir du témoignage césarien et de la confrontation avec les sources épigraphiques. L’auteur en montre « l’état ancien » mais aussi les influences grecques et romaines. Puis comme dans d’autres provinces, c’est l’importation d’un modèle politique, en l’occurrence l’importation de la préture, qui, mieux connue, se prête bien à une étude des adaptations locales. L’auteur revient enfin sur la symbolique du torque et ses appropriations au fil du temps. En définitive, c’est cette dernière analyse qui donne le plus justement une idée de l’extrême complexité des situations locales et des contextes chronologiques. Cette démarche qui respecte à la fois les critères de temps et d’espace permet non seulement de comprendre comment s’est opérée la réception de modèles politiques extérieurs, quelles en ont été les adaptations, mais aussi de percevoir tout ce qui reste de l’état ancien, toutes les survivances.

4Le quatrième chapitre (« La questure comme moyen de retrouver les Arcantodans ») est une fine analyse de la diffusion de cette magistrature romaine à partir d’un dossier épigraphique qui couvre la Gaule et la Germanie entre le ier et le iiie siècle. L’auteur montre que si la place de la questure est difficile à déterminer dans le cursus local, l’adaptation de cette magistrature a eu lieu dans des contextes où l’activité monétaire était déjà bien développée, d’où ses liens probables avec l’arcantodan. Une très intéressante étude sur les frères Coelii, qui furent tous deux questeurs de la cité de Vienne, révèle également l’originalité de la questure dans le nouveau dispositif politique des cités. Selon l’auteur, elle aurait constitué une « quasi- dyarchie » à la tête de certaines d’entre elles (p. 223).

5La troisième et dernière partie de l’ouvrage essaie de cerner l’étendue de cette puissance publique et son rôle dans le maintien de l’ordre. Dans le cinquième chapitre, « une évaluation de l’étendue des compétences des magistrats municipaux », de leur potestas, est d’abord réalisée dans le contexte italien, les témoignages littéraires étant dans ce cas plus nombreux, puis envisagée dans le contexte gallo-romain. En l’absence de loi municipale pour la Gaule, l’analyse porte surtout sur un dossier d’inscriptions qui ont l’avantage d’allier image et textes. La représentation du pouvoir est ici examinée avec soin, notamment la récurrence d’images comme la chaise curule ou les faisceaux. Néanmoins, l’auteur reconnaît lui-même qu’il reste difficile de cerner l’étendue réelle de la potestas des magistrats municipaux (p. 285). Le sixième et dernier chapitre essaie d’identifier quels étaient les moyens mobilisés par les cités pour maintenir l’ordre. Si le préfet des vigiles et des armes de Nîmes offre un cas probant de magistrature investie de la charge du maintien de l’ordre, il reste très difficile de reconnaître l’existence d’une véritable « milice municipale ». Dans cet espace étroitement délimité par l’autorité du Prince et la protection juridique des citoyens romains, les cités et leurs magistrats ne pouvaient donc jouir d’une autorité plus étendue qu’à de rares occasions. Toutefois d’autres sphères furent plus ouvertes et permirent la réintégration de charges non pas politiques mais religieuses comme le montre l’exemple du gutuater. Ainsi comme dans le cas de la magistrature suprême ou de la questure, subsisterait une certaine part d’originalité dans les institutions locales en Gaule.

6Cet ouvrage agréable à lire apportera sans nul doute un complément indéniable aux études sur les processus de municipalisation en Gaule. Mais en dépit du souhait de l’auteur, l’approche reste étroitement orientée par le regard des Romains, et finalement assez peu distanciée des témoignages de César ; mais était-il possible à partir des sources dont nous disposons de faire autrement ?

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Pour citer cet article

Référence papier

Sandra Péré-Noguès, « Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine »Pallas, 83 | 2010, 443-445.

Référence électronique

Sandra Péré-Noguès, « Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine »Pallas [En ligne], 83 | 2010, mis en ligne le 01 octobre 2010, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/11910 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.11910

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Auteur

Sandra Péré-Noguès

TRACES (UMR 5608) Axe Protohistoire et mondes anciens, Université de Toulouse II-Le Mirail

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