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Thucydide et les conventions écrites : le jugement de l’historien

Thucydides and the written conventions: the historian’s judgement
Agathe Roman
p. 399-412

Résumés

L’étude des différents termes désignant les conventions écrites (σπονδαί, ξύμβασις, ἀνοκώχη, ἐκεχειρία) montre qu’ils indiquent différents degrés de stabilité et de durée ; or Thucydide joue sur les mots qu’il emploie pour amener son lecteur à envisager la paix de Nicias (421), conclue pour cinquante ans, comme une simple cessation des hostilités. Ce faisant, il met en valeur les affrontements qui ont lieu pendant cette paix qui n’en a que le nom. Par un jeu de miroir avec l’entrée en guerre (431), Thucydide nous transmet son intérêt pour cette période de confusion qui précède l’entrée officielle en guerre ; il dénonce le décalage qui existe entre convention écrite et réalité, et montre combien l’infraction doit être évaluée et interprétée pour mener à la rupture d’un traité.

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Texte intégral

  • 1 Voir Loraux, 1986.
  • 2 N’oublions pas que c’est avec la première personne du singulier que Thucydide introduit la cause la (...)

1Thucydide se présente comme un historien « objectif » qui efface les traces de sa construction1 du récit en affirmant nous donner accès aux événements eux-mêmes ; on sait qu’il construit cependant son récit afin de transmettre au lecteur son interprétation2 de la guerre. Dans ces conditions, il est intéressant de s’attacher à l’examen des interventions de Thucydide. En nous concentrant plus précisément sur le traité de la paix de Nicias (421) et sa rupture, nous montrerons comment Thucydide imprime au récit sa vision de la guerre, vision qu’il exprime clairement en V, 26, 2.

  • 3 Toutes les traductions sont celles de la C.U.F, modifiées pour rendre compte des nuances existant d (...)

Ἔτη δὲ ἐς τοῦτο τὰ ξύμπαντα ἐγένετο τῷ πολέμῳ ἑπτὰ καὶ εἴκοσι, καὶ τὴν διὰ μέσου ξύμβασιν εἴ τις μὴ ἀξιώσει πόλεμον νομίζειν, οὐκ ὀρθῶς δικαιώσει - « la durée totale de la guerre jusqu’à ce moment fut de 27 ans. Pour la période de trêve qui se place dans l’entre-temps, quiconque se refusera à l’inclure dans la guerre commettra une erreur d’appréciation »3.

  • 4 Voir I, 23, 6 et I, 146 pour les reproches adressés d’une partie à l’autre (αἴτιαι ; la teinte ju (...)

2Il invite nettement son lecteur à ne pas considérer la « paix de Nicias » comme une paix véritable. Pour lui, il ne s’agit pas d’une série de conflits entrecoupés par la paix, mais bien d’une guerre unique, due à une seule cause. L’une des analyses visionnaires de l’historien est d’avoir postulé et perçu l’unité de la guerre que se sont livrée Athéniens et Péloponnésiens, malgré la paix qui a interrompu les combats. Ce faisant, il contribue à réaffirmer la cause réelle de la guerre, la rivalité Athènes-Sparte et la peur lacédémonienne (I, 23, 6), en opposition aux causes alléguées4 qui semblent être des prétextes ponctuels. En posant cette cause comme principe fondamental de la guerre, Thucydide contribue à alimenter l’idée que ces conflits forment une seule et même guerre : car en 421, même si le contexte est bien différent de 431, la rivalité Athènes-Sparte est toujours d’actualité. La cause profonde étant toujours en vigueur, le conflit, malgré la conclusion d’une paix, perdure.

3Cette idée de guerre ininterrompue n’est pas seulement amenée par l’affirmation directe de l’auteur en V, 26, 3 ; nous nous proposons ici d’étudier les interventions moins visibles de Thucydide qui y contribuent. Les conventions écrites, les traités, qui semblent pourtant être des données objectives, non soumises à interprétation, sont en effet elles aussi l’occasion pour l’historien d’intervenir. Nous nous attacherons alors à montrer dans quelle mesure il imprime sa marque dans sa façon de nommer et présenter les traités, et l’interprétation qui s’ensuit. En effet, par les termes qu’il choisit pour désigner ce traité et sa rupture comme par la construction en miroir qu’il instaure entre la période 445-431 et celle de 421-415, l’historien met en valeur la précarité du traité de la paix de Nicias.

1. Jeu sur les mots : σπονδαί, ξύμβασις, ἀνοκώχη

  • 5 J. de Romilly donne un rapide aperçu de la diversité des termes qui désignent les conventions dans (...)

4Les termes qu’utilise Thucydide pour désigner le traité de 421 (σπονδαί, ξύμβασις, ἀνοκώχη5) sous-tendent l’idée qu’il ne faut pas considérer la période qui l’a suivi comme une véritable paix.

  • 6 Αἱ σπονδαί est utilisé pour désigner ce traité en V, 3, 4 ; V, 18, 3, 5 et 9 ; V, 19, 1 ; (pour l (...)
  • 7 Chez Thucydide, l’étude des 155 occurrences du terme montre que l’on peut différencier les cas où σ (...)
  • 8 Lévy, 1983, p. 228.
  • 9 Lonis, 1980.
  • 10 Martin, 1940, p. 404. Pour l’accord qui nous intéresse, il est stipulé que des stèles seront dressé (...)
  • 11 Lonis, 1969, p. 132 ; Préaux, 1962, p. 285.
  • 12 Comme l’a écrit J. de Romilly « l’on ne conclut jamais alors une paix définitive ». Elle ajoute que (...)
  • 13 Comme dans toute étude lexicale, il est bon de garder à l’esprit que les termes n’indiquent pas néc (...)

5Ce traité de paix est pourtant d’abord nommé par un terme qui évoque sa stabilité (σπονδαί6). Σπονδαί désigne en effet la paix conclue par un accord écrit et qui fait l’objet de serments7. Comme l’explique E. Lévy, « le terme correspond aux libations qui accompagnent la conclusion d’un traité, d’où, par métonymie, le traité lui-même »8. L’étymologie de ce terme nous invite à considérer la paix dans une dimension religieuse, la présentant ainsi sous un jour plus solennel. En effet, dans l’antiquité, ce sont les serments et l’engagement dans un cadre religieux qui sont les garants des traités9. Les conventions écrites fonctionnent en effet par un système d’officialisation publique : lorsqu’un accord était conclu entre deux cités, on expose dans un lieu public les conditions de cet accord, comme l’a montré V. Martin dans un livre déjà ancien10. Les serments (ὅρκοι) jouent aussi le rôle de signature solennelle de l’accord. Le droit privé comme les conventions internationales officielles connaissent un fondement religieux, et les dieux se font les garants des traités11. En cela, σπονδαί désigne une paix qui devrait être durable, parce qu’elle est conclue pour cinquante ans12, mais aussi parce que ce terme met plus en avant l’engagement solennel qui y est associé13.

  • 14 Thucydide en donne le texte en IV, 118-119.
  • 15 Les accords de paix (σπονδαί) sont également conclus pour une période temporelle déterminée (par e (...)
  • 16 Cela correspond à la moitié des emplois d’ἐκεχειρία. On le rencontre pour présenter et conclure l (...)

6Cette caractéristique est confirmée par le fait que ce traité (σπονδαί) est conclu dans le cadre d’un armistice (ἐκεχειρία) transitoire et limité. Cet armistice d’un an est intervenu en 423 entre les Athéniens et les Péloponnésiens (IV, 117, 1)14. Ce terme, ἐκεχειρία, apparaît seize fois dans l’œuvre de Thucydide, et ne se rencontre qu’à partir du livre IV (425-424). Il désigne un armistice, donc un accord transitoire, avant la conclusion d’une véritable paix, conclu pour une période délimitée dans le temps15. En effet, les deux parties le considèrent comme transitoire et pensent à établir une paix pour une période plus importante : les Athéniens envisagent de traiter pour l’avenir (ξυμβῆναι τὰ πλείω, IV, 117, 1 ; σπονδὰς, ποιήσασθαι καὶ ἐς τὸν πλείω χρόνον IV, 117, 1) et les Lacédémoniens également (περὶ τοῦ πλείονος χρονου βουλεύεσθαι, V, 15, 2). Seul le terme d’ἐκεχειρία est utilisé pour désigner cet armistice16, ce qui souligne son caractère circonscrit dans le temps et son peu de stabilité, puisqu’il doit déboucher sur un accord plus stable.

7On devrait donc considérer la paix de Nicias comme une paix à part entière, en opposition à cet armistice dont elle est le prolongement ; or Thucydide nous avertit d’emblée que cette paix ne doit pas être prise en considération. Lorsqu’il le fait en V, 26, 1-2, ce n’est pas le terme de σπονδαί qu’utilise l’historien pour désigner ce traité de paix :

καὶ τὴν διὰ μέσου ξύμβασιν εἴ τις μὴ ἀξιώσει πόλεμον νομίζειν, οὐκ ὁρθῶς δικαιώσει - « Pour la période de trêve qui se place dans l’entre-temps quiconque se refusera à l’inclure dans la guerre commettra une erreur d’appréciation. »

  • 17 L’accord est désigné comme ξύμβασις quand Thucydide le présente (V, 17, 2) mais comme σπονδαί dan (...)
  • 18 On en compte vingt-sept occurrences. Après une défaite militaire (Platéens face aux Thébains, II, 2 (...)
  • 19 Les Lacédémoniens sont sous le coup de l’affaire de Pylos et ont bien conscience qu’ils ne pourront (...)

8Il est remarquable que Thucydide choisisse d’employer ici le terme de ξύμβασις17 pour décrire l’accord conclu entre Athéniens et Péloponnésiens. Or, lorsque ce terme est employé par Thucydide, il dénote un accord de reddition dans le cadre d’une relation inégale entre vainqueur et vaincu18. Dans le cas de la paix de 421, Thucydide montre que les Péloponnésiens ont conclu cet accord sous la pression des événements19. Plus loin dans l’œuvre, Nicias le confirme dans son discours en mentionnant :

οἷ πρῶτον μὲν διὰ ξυμϕορῶν ἡ ξύμβασις καὶ ἐκ τοῦ αἰσχίονος ἢ ἡμῖν κατ´ ἀνάγκην ἐγένετο - « les ennemis n’en sont venus à un accord qu’à la suite d’événements fâcheux, dans des conditions plus humiliantes pour eux que pour nous, par nécessité »(VI, 10, 2).

  • 20 Rappelons à ce sujet la réticence des alliés de Sparte à s’associer à l’accord (V, 25, 1).

9L’accord de paix, quand il est désigné par ξύμβασις, prend alors une nuance différente, établissant qu’il a été conclu sous le coup de la nécessité pour les Lacédémoniens. Cela sous-tend l’idée que cet accord ne durera peut-être pas20.

  • 21 Ce terme apparaît à neuf reprises : I, 40, 4 ; I, 66, 1 ; III, 4, 4 ; IV, 38, 1 ; IV, 117, 1 ; V, 2 (...)
  • 22 Romilly, 1968, p. 275.
  • 23 Les autres occurrences le confirment : Les Mytiléniens (III, 4, 4) concluent une cessation du comba (...)
  • 24 C’est ce que révèle le discours que les Corinthiens adressent aux Athéniens à propos de l’affaire d (...)

10Mais ce qui est véritablement surprenant, c’est le choix que fait Thucydide de désigner, à deux reprises, cet accord de paix par le terme d’ἀνοκώχη et non pas celui de σπονδαί. Les sept autres occurrences d’ἀνοκώχη 21dans l’œuvre nous apprennent que ce terme désigne la cessation des hostilités sur le lieu du combat. J. de Romilly explique qu’elle est « conclue par le stratège sur le champ de bataille, n’engage pas l’avenir et représente un simple arrêt de fait »22. C’est ce terme qui désigne, à Pylos la cessation des hostilités en vue d’établir des pourparlers entre Cléon, Démosthène et Styphon (IV, 38, 1). Le fait que les guerriers agitent les bras en baissant leurs boucliers montre bien qu’il s’agit d’un arrêt momentané du combat, sans convention écrite avec serments à cet instant-là23. Il s’agit d’un accord non écrit, non solennisé par des serments, et donc temporaire et précaire. Il est conclu en attente d’un accord plus stable, qui fera alors l’objet de serments24. Or, l’historien choisit d’employer ce terme à deux reprises pour désigner la paix de Nicias :

Καὶ ἐπὶ ἑπτὰ ἔτη μὲν καὶ δέκα μῆνας ἀπέσχοντο μὴ ἐπὶ τὴν ἑκατέρων γῆν στρατεῦσαι, ἔξωθεν δὲ μετ´ ἀνοκωχῆς οὐ βεβαίου ἔβλαπτον ἀλλήλους τὰ μάλιστα - « Pendant sept ans et dix mois, ils s’abstinrent tous deux de faire campagne contre leurs pays à chacun, mais au dehors, ils s’arrangeaient, avec une cessation des hostilités instable, pour se faire réciproquement le plus grand mal » (V, 25, 3)

Ὥστε ξὺν τῷ πρώτῳ πολέμῳ τῷ δεκέτει καὶτῇ μετ´ αὐτὸν ὑόπτῳ ἀνοκωχῇ καὶ τῷ ὕτερον ἐξ αὐτῆς πολέμῳ εὑρήσει τις τοσαῦτα ἔτη, λογιζόμενος κατὰ τοὺς χρόνους, καὶ ἡμέρας οὐ πολὰς παρενεγκούσας « Si bien qu’avec la première guerre, qui dura dix ans, la cessation des hostilités pleine de suspicion qui en sortit ensuite, on trouvera, si l’on calcule d’après les époques de l’année, le nombre d’années indiqué, plus quelques jours de différence » (V, 26, 3).

11Les adjectifs οὐ βεβαίου et ὑπόπτῳ (sur lequel on reviendra plus loin) apportent d’emblée l’idée d’une faiblesse de l’accord, le liant au manque de confiance ; mais c’est surtout le terme même d’ἀνοκώχη qui enlève au traité de paix son caractère durable.

12C’est qu’ἀνοκώχη désigne d’ordinaire un premier type d’accord, non ratifié, qui mènera, si les négociations se passent bien, à un traité (σπονδαί). Il y a donc un processus, une gradation dans la conclusion d’un accord de plus en plus stable. ´´Ανοκώχη représente le premier barreau de cette échelle vers la stabilité, et σπονδαί le dernier. Ainsi, en 423, les Lacédémoniens espèrent qu’en déclarant « une cessation temporaire des maux et des souffrances » (γενομένης ἀνοκωχῆς κακῶν καὶ ταλαπωρίας, IV, 117, 1), les Athéniens seront prêts à « conclure un traité portant cette fois sur l’avenir » (σπονδὰς ποιήσασθαι καὶ ἐς τὸν πλείω χρόνον, IV, 117, 1). Dans les faits, l’ἀνοκώχη espérée donne lieu à la conclusion d’un armistice d’un an (ἐκεχειρία, IV, 118) qui lui-même débouchera sur un traité de paix (σπονδαί, V, 18-19). Or Thucydide dément cette progression en nommant le traité de paix – qui doit en être l’aboutissement – par le terme qui en décrit la première étape. Il est également remarquable que l’auteur prenne entièrement à son compte cet emploi, qui n’est pas assumé par un acteur du conflit (via un discours, une pensée, une lettre) mais bien identifié comme ressortissant de l’auctoritas de l’historien, puisqu’il s’insère dans la seconde préface. Cela confère un poids considérable à ce jeu sur les termes.

13Ainsi, en jouant des différences de sens entre ἀνοκώχη, ἐκεχειρία, σπονδαί et ξύμβασις, Thucydide transmet, en toute subtilité, son point de vue à son lecteur : cette paix n’est pas une véritable paix, mais ne constitue qu’un arrêt temporaire des hostilités.

2. La paix de Nicias : une entrée en guerre ?

  • 25 Pour L. Canfora, cette deuxième préface n’est pas attribuable à Thucydide, mais bien à Xénophon (vo (...)

14Cette intention de l’auteur se révèle également dans la construction en miroir qu’il met en place entre l’entrée en guerre en 431 (livre I) et la paix de Nicias (livre V). C’est tout d’abord la présence des préfaces qui nous incite à effectuer ce rapprochement. En effet, on connaît la prise de position de l’auteur sur sa méthode (livre I, 20-23) qui joue le rôle d’une préface, et on nomme ‘seconde préface’ la seconde prise de position explicite de Thucydide25 (V, 25-26) sur son œuvre et sa méthode. À l’affirmation liminaire du livre I :

  • 26 La traduction de J. de Romilly est modifiée ici à la lumière des commentaires de Loraux, 1986.

Θουκυδίδης Ἀθηναῖος ξυέγραψε τον πόλεμο τῶν Πελοποννησίων καὶ Ἀθηναίων, ὡς ἐπολέμησαν πρὸς ἀλήλους - « Thucydide d’Athènes a rassemblé par écrit la guerre que se sont livrée entre eux les Péloponnésiens et les Athéniens »26

répond celle qui ouvre le chapitre 26 du livre V :

Γέγραϕε δὲ καὶ ταῦτα ὁ αὐτὸς Θουκυδίδης Ἀθηναῖος ἑξῆς, ὡς ἔκαστα ἐγένετο, κατὰ θέρη καὶ χειμῶνασ - « Thucydide d’Athènes a écrit aussi ces événements, comme les précédents, par étés et hivers »

15Ces deux métadiscours interviennent à deux moments phares de la guerre où, malgré un contexte différent, la situation semble similaire : les deux parties s’affrontent indirectement, alors qu’elles sont liées par un traité de paix (σπονδαί) (l’un étant conclu en 445/4, l’autre en 421), et malgré les tensions, elles hésitent à déclarer la guerre. Il n’est pas anodin que les deux interventions de Thucydide sur sa méthode prennent place à deux moments similaires ; cela amène le lecteur à comparer ces deux moments et à les considérer comme deux commencements (puisque chacun est l’occasion d’une préface), comme deux périodes en miroir. En fait l’association de ces deux périodes implique que la paix de Nicias n’en est pas une, et sera caduque sous peu comme ce fut le cas du traité de 444. Il ne s’agit pas d’un nouveau commencement, comme au livre I, mais de la réaffirmation que la guerre se poursuit.

16L’emploi de termes qui se font écho participe de cette construction en miroir : il s’agit d’ἀνοκώχη et de ξύγχυις. Nous verrons qu’ils concourent à transmettre la conception de la guerre qu’élabore Thucydide.

  • 27 Seul le verbe ξυγχέαι apparaît néanmoins en V, 39, 3 : certains veulent rapprocher Béotiens et Spa (...)
  • 28 Pour ξύγχυις, le Liddle-Scott relève les sens de « mixture, confusion, confounding ; confusion, ru (...)
  • 29 Isocrate (Panégyrique, 114) mentionne les νόμων συγχύσεις dans une énumération qui compte les gue (...)

17Le terme ξύγχυις n’apparaît en effet pas dans le reste de l’œuvre27. Il est employé uniquement pour désigner ces deux périodes, celle qui précède l’entrée en guerre en 431 et celle qui suit la conclusion de la paix en 421. La volonté de l’auteur de rapprocher ces deux périodes est alors manifeste. Mais que souligne réellement ce terme ? Littéralement, ce terme provient du verbe συγχέω, qui signifie verser, répandre pour mélanger28. On le traduit d’ordinaire en lui donnant le sens de violation29 ; or, vu le contexte, il semble plus intéressant de remonter au sens de « brouiller, confondre, bouleverser ». Chez Thucydide, ce terme n’exprime pas directement l’accord dissous, mais décrit bien plutôt la marche vers cette rupture, la période latente, liminaire, pourrait-on dire. Ainsi, en I, 146, 1, Thucydide conclut le livre I sur ces mots :

  • 30 Nous donnons ici notre propre traduction, car J. de Romilly (C.U.F) traduit « en fait, le développe (...)

ἐπεμείγνυντο δὲ ὁμως ἐν αὐταῖς καὶ παρ´ ἀλήλους ἐϕοίτων ἀκηρύκτως μέν, ἀνυπόπτως δὲ οὔ · σπονδῶν γὰρ ξύγχυσις τὰ γιγνόμεναἦ καὶ πρόϕασις τον͂ πολεμεῖν- « […] les relations n’en étaient pas, malgré tout, interrompues ; les gens passaient d’un pays à l’autre sans héraut, mais non sans défiance ; les événements constituaient une confusion du traité et un prétexte pour l’entrée en guerre30 »

  • 31 Vingt-neuf occurrences associent λύειν à σπονδαί. Sur ce nombre, vingt concernent la rupture de l (...)
  • 32 Le terme de πρόϕασις ici signifie autant le prétexte invoqué que la cause. C’est en effet la concl (...)
  • 33 « Lorsque eut lieu le verdict de l’assemblé sur la rupture de la trêve (τὰς σπονδὰς λελύσθαι), i (...)

18Cette dernière affirmation du livre I mérite qu’on s’arrête à la façon dont elle est exprimée. L’attribut σπονδῶν ξύγχυις est mis en valeur en tête de proposition : dans les faits, dans les γιγνόμενα, (les événements que Thucydide affirme nous transmettre sans médiation), il n’y a pas encore de rupture proprement dite, mais bien une période de confusion. En effet, quand il veut exprimer la rupture des traités, Thucydide emploie l’expression de λύειν τὰς σπονδάς31. Loin d’être une rupture, la période que décrit σύγχυσις multiplie les prétextes32 à l’entrée en guerre, sans sauter le pas : nous sommes encore, officiellement, dans une période de paix (fût-elle troublée), qui dure plus de treize ans33.

Le même terme décrit le même type de confusion en 421 :

  • 34 J. de Romilly (C.U.F) traduit : « je rapporterai donc la période qui suivit les dix ans, avec ses d (...)

τὴν οὖν μετὰ τὰ ἔτη διαϕοράν τε καὶ ξύγχυσιν τῶν σπονδῶν καὶτὰ ἔπειτα ὡς ἐπολεμήθη ἐξηγήσομαι - « Je rapporterai donc le différend qui a duré après ces dix ans et la confusion du traité, et la période de guerre qui a suivi » (V, 26, 6)34.

19Un autre écho de termes confirme cette construction en miroir : la reprise en écho du terme ἀνοκώχη. En effet, dans ces deux périodes a été conclu un traité de paix (σπονδαί) mais Thucydide les désigne, dans les deux cas, comme des armistices (ἀνοκώχη). On a cité les deux passages (V, 25, 3 et V, 26, 3) où ἀνοκώχη désigne la paix de Nicias. Ils font écho au passage de I, 66, 1 où Thucydide choisit également ce même terme pour désigner la paix conclue entre Athènes et Sparte en 445/4 :

Οὐ μέντοι ὅ γε πόλεμός πω ξυνερρώγει, ἀλλ´ ἔτι ἀνοκωχὴ ἦν - « Toutefois, la guerre proprement dite n’avait pas encore éclaté, et la trêve durait toujours » (I, 66, 1).

  • 35 Par exemple, la conclusion d’une ἐπιμαχία (alliance défensive) d’Athènes avec Corcyre, plutôt qu’ (...)

20Ces deux périodes constituent donc des zones floues où les hostilités existent, mais demeurent indirectes35 et ne provoquent pas immédiatement une rupture du traité de paix (il faudra, pour les Corinthiens, en convaincre les alliés). On a comparé cette période à une « guerre froide », où les hostilités sont bien réelles mais où les deux parties ne souhaitent pas déclarer le traité de paix comme rompu.

  • 36 « Puis, contraints enfin de rompre le traité conclu après les dix années, ils se trouvèrent de nouv (...)

21Pour souligner la similitude de ces deux périodes, Thucydide met en valeur l’opposition qui existe entre période de confusion des traités et guerre déclarée (ϕανερὸς πόλεμος36). Les affrontements malgré le traité de paix, et sans vraiment le rompre directement, dans une sorte de flou indistinct, s’opposent à la guerre, caractérisée par des termes associés au lumineux, au visible.

  • 37 Pour J. de Romilly, la datation de la reprise officielle du conflit ne va pas de soi, « selon que l (...)

22Ainsi, en 431 après plusieurs hostilités, c’est le terme de λαμπρῶς qui qualifie la rupture du traité (λελυμένων λαμπρῶς τῶν σπονδῶν, II, 7, 1) ; après 41437 c’est l’adjectif ϕανερός qui rend compte des infractions qui entraînent l’entrée en guerre, devenue nécessaire car les entorses sont trop flagrantes (ϕανερώτατα) :

Καὶ Ἀθηναῖοι Ἀργείοις τριάκοντα ναυσὶν ἐβοήθσαν, αἵπερ τὰς σπονδὰς ϕανερώτατα τὰς πρὸς Λακεδαιμονίους αὐτοῖς ἔλυσαν - « Les Athéniens vinrent, avec trente vaisseaux, au secours des Argiens ; et ce furent ces vaisseaux qui portèrent l’atteinte la plus manifeste au traité avec Sparte » (VI, 105, 2).

23Si l’entrée en guerre appartient au domaine du visible, du lumineux, de l’évident (ϕανερός, ϕανερώτατα, λαμπρῶς), au contraire, la période de confusion est caractérisée par le trouble, le flottement ; c’est une période floue (d’où l’intérêt de traduire ξύγχυις plus près de son origine, « mélanger »). En fait, on peut même dire que cette période n’a de paix que le nom ; elle constitue plutôt une escalade de conflits jusqu’à l’entrée en guerre. Comme plus rien n’est aussi clair, il faut trancher, et donc interpréter, évaluer les transgressions, prendre position.

3. Réception de la transgression au traité : manquement ou rupture ?

  • 38 Bolmarcich, 2007, p. 26.

24En plaçant cette deuxième préface au début de la paix de Nicias, en désignant cet accord comme ἀνοκώχη au même titre que la période qui a précédé l’entrée en guerre de 431, Thucydide met en valeur l’importance de l’interprétation des transgressions faites aux traités. S. Bolmarcich a bien montré que les serments de certains traités n’excluent pas une certaine souplesse: « oaths in some Greeks treaties were meant to have a flexibility, so that under certain circumstances the failure to fulfill an oath was not necessarily the same as violating it »38. Dans le même ordre d’idées, nous pensons que les transgressions à une convention font l’objet d’une interprétation de la part des deux partis concernés. On sort alors d’une opposition binaire pour appréhender la justice dans les relations entre cités. Il n’y a plus seulement deux avenues (respect ou violation des traités) mais bien trois : respect des traités, transgression non reconnue comme impliquant la rupture du traité, et violation reconnue comme telle du traité. La rupture du traité dépend donc de la réception, de l’interprétation de la transgression.

  • 39 Cf Roman, 2007.
  • 40 I, 53, 2 ; I, 79, 2 ; I, 86 ,1 (cinq occurrences) ; I, 87, 2 et 4 ; I, 118, 3 ; I, 123, 2.
  • 41 Voir les discours des Corcyréens (I, 35) et des Corinthiens (I, 40) qui démontrent qu’Athènes rompt (...)

25C’est ainsi que les Corinthiens doivent convaincre les Lacédémoniens et l’ensemble des alliés que les infractions commises par Athènes sont suffisamment graves pour entraîner la rupture du traité ; cela ne va pas de soi. Le vote qu’ils requièrent (I, 87, 2) établit en deux temps la rupture du traité (λύειν τὰς σπονδάς) et la responsabilité des Athéniens (ἀδικεῖν) dans cette rupture, ἀδικεῖν impliquant que l’infraction commise a eu lieu dans un cadre régi par la justice, et entraînera donc des conséquences39. L’infraction est alors présentée du point de vue de la victime qui en demande réparation. En effet, jusqu’en 431, les Lacédémoniens hésitaient à recevoir les hostilités indirectes comme rupture du traité. Le livre I rend compte des débats qui concernent ce point. La question est de savoir si Athènes a rompu le traité de paix, et si cela constitue une injustice dont elle doit rendre compte (ἀδικεῖν)40. L’antilogie Corcyre-Corinthe montre également que la question de la rupture du traité constitue un argument de poids. La peur de porter la responsabilité de la rupture du traité41 explique en partie ce choix de maintenir le traité en vigueur malgré les transgressions (la peur d’un long conflit jouant également).

  • 42 Thucydide emploie également, moins fréquemment, le verbe παραβαίνειν, qui est utilisé pour différe (...)

26Face à une infraction d’une des parties signataires du traité, on peut donc déclarer la rupture (λύειν) et en demander raison (ce que suggère ἀδικεῖν) ; mais il est également possible de considérer que l’infraction n’implique pas la remise en question de l’accord. C’est ἁμαρτάνειν qui est alors employé42. Ce terme désigne en effet l’infraction du point de vue de celui qui la commet, avec prise en compte des circonstances, de l’intention. Choisir de nommer ainsi l’infraction, c’est suggérer que l’acte n’implique pas une sanction assurée par un cadre de justice (voir la définition qu’en donnent les Corinthiens, I, 69, 6). C’est le cas face à une infraction au traité, lorsqu’il n’y a pas désir d’entrer directement en guerre.

27C’est ce que montre Thucydide en V, 25, établissant que cette période a consisté en des affrontements indirects qui n’ont pas entraîné immédiatement la rupture du traité :

Καὶ ἐπὶ ἑπτὰ ἔτη μὲν καὶ δέκα μῆνας ἀπέσχοντο μὴ ἐπὶ τὴν ἑκατέρων γῆν στρατεῦσαι, ἔξωθεν δὲ μετ´ ἀνοκωχῆς οὐ βεβαίου ἔβλαπτον ἀλλήλους τὰ μάλιστα - « Pendant sept ans et dix mois, ils s’abstinrent tous deux de faire campagne contre leurs pays à chacun mais au dehors, ils s’arrangeaient, avec une trêve instable, pour se faire réciproquement le plus grand mal » (V, 25, 3).

28Le verbe βλάπτειν, impliquant la nuisance délibérée, montre que les infractions sont volontaires. Ces affrontements sont désignés par ἁμαρτήματα (V, 26, 2), terme qui met en valeur précisément le fait que ces infractions n’entraînent pas de sanction :

  • 43 Pourtant, en V, 25, 1, Thucydide notait que la paix existait entre les cités qui acceptaient le tra (...)

Τοῖς τε γὰρ ἔργοις ὡς διη´ρήται ἀθρείτω καὶ εὐρήσει οὐκ εἰκὸς ὂν εἰρήνην αὐτὴν κριθῆναι, ἐν ᾖ οὔτε ἀπέδοσαν πάντα οὔτ´ ̓πεδέξαντο ἃ ξυνέθεντο, ἔξω τε τούτων πρὸς τὸν Μαντινικὸν καὶ Ἐπιδαύριον πόλεμον καὶ ἐς ἄλα ἀμϕότέροις ἁμαρτήματα ἐγένοντο - « Que l’on observe dans la pratique ses caractères distinctifs et l’on s’apercevra qu’il n’est pas légitime d’y voir une période de paix43 : les deux cités, en effet, ne procédèrent ni à toutes les restitutions ni à tous les recouvrements prévus ; en dehors de cela, elles furent l’une et l’autre dans la guerre de Mantinée et d’Épidaure et dans d’autres occasions ».

29L’analyse des Lacédémoniens face aux infractions commises par Athènes comme par eux- mêmes durant l’ensemble de la guerre reprend également ἁμαρτάνειν :

Τότε δὴ οἱ Λακεδαιμόνιοι νοίσαντες τὸ παρανόμημα, ὁπερ καὶ σϕίσι πρότερον ἡμάρτητο, αὖθις ἐς τὸυς Ἀθηναίους τὸ αὐτὸ περιεστάναι - « les Lacédémoniens estimaient que l’atteinte au droit, écart qu’ils avaient eux-mêmes précédemment commis, se retrouvait, cette fois, inversement, du côté athénien » (VII, 18, 3).

  • 44 « Les Thébains avaient marché sur Platée en pleine trêve » (VII, 18, 2). Pour A.W. Gomme, A. Andrew (...)
  • 45 C’est entre autres l’expédition de Sicile qui constitue selon les Lacédémoniens un bris du traité ((...)

30Les attaques en dépit du traité de paix ont été commises par les deux parties44 ; et toutes deux ont refusé de se présenter à des négociations (VIII, 18, 2 et 3). Le terme de παρανόμημα, associé au verbe ἁμαρτάνειν, reprend d’abord les actions lacédémoniennes, puis qualifie la conduite athénienne. Dans cette comparaison, la transgression commise par les Lacédémoniens et les Athéniens apparaît identique, comme le montre l’emploi du relatif o{per qui indique une identité précise, de l’adverbe αὖθις ( « inversement ») et de l’hellénisme τὸ αὐτὸ (« le même »). De part et d’autre, les écarts existent mais n’ont pas impliqué la rupture du traité45.

31Ce n’est qu’après cette période de paix formelle, lorsque les hostilités ont été trop manifestes, que « contraints enfin de rompre le traité conclu après les dix années, ils se trouvèrent de nouveau ouvertement en guerre » V, 25, 3. Thucydide parle de contrainte : les affrontements sont devenus trop directs, trop manifestes (ϕανερός) pour ne pas impliquer une entrée en guerre.

32C’est seulement la lecture, la réception de l’infraction qui change et implique l’entrée ouverte en guerre. C’est ainsi que l’on peut saisir l’importance de ces deux périodes de flottement que Thucydide nous invite à comparer : il s’agit d’un moment charnière où le conflit, pour être dissimulé sous une apparence de paix, n’en est pas moins présent. Simplement, les deux parties choisissent de ne pas déclarer ouvertement la rupture du traité et de considérer ces transgressions comme des infractions : sans volonté d’entrer en guerre les transgressions restent impunies, sans impact.

4. En guise de conclusion : conventions et discours spécieux

33Ce décalage entre paix « formelle », vide de sens, et les affrontements qui ont lieu dans les faits, en recoupe un autre : celui qui existe entre parole alléguée et cause réelle. La cause la plus véritable de la guerre n’est pas celle qui est dite, mais celle qui est la moins évidente (ἀϕανεστάτην, I, 23, 6) ; de même, la réalité du conflit n’est pas nécessairement manifeste dans les traités conclus. Pour saisir les événements, il faut considérer les faits, et pas uniquement les accords conclus.

  • 46 Voir Roman, 2005 ; ainsi que notre livre L’erreur et la faute dans la Guerre du Péloponnèse de Thuc (...)
  • 47 Les accords se doublent de clauses établissant les conséquences de transgressions éventuelles, par (...)
  • 48 Pour une étude des conventions entre cités, voir Bederman, 2001, et Low, 2007 (cette dernière démon (...)

34Cela rejoint le décalage que dénonce Thucydide entre les discours et le dessein réel de celui qui parle. Nous avons montré46 que le discours devient formel (εὐπρεπής), vide de sens, comme dans le cas extrême des Platéens ou des Méliens, où tout est joué d’avance, où le procès des uns comme le dialogue avec les autres marque une communication où la parole n’a aucune influence sur l’action. Élément essentiel pour éclairer les actes, le discours devient spécieux, formel, et il entraîne la méfiance. C’est un symptôme de la véritable crise du monde grec : il n’y a plus de πιστίς possible. Les traités reflètent la même évolution : ils entraînent la méfiance (ὑπόπτῳ ἀνοκωχῇ)47de ceux qui les concluent. Plus que le règne de la loi du plus fort48, comme on le croit trop souvent, c’est le règne du factice, de l’imposture, du soupçon. Les cadres qui assurent les relations internationales sont encore en place, mais se vident de leur sens, puisqu’ils ne sont plus mis en œuvre dans la réalité.

35Pourquoi Thucydide s’intéresse-t-il donc à cette période de ‘guerre froide’ ? Pourquoi nous montre-t-il que les structures, qui doivent assurer le respect de la justice, sont malmenées, qu’il y a un décalage entre ce que l’on s’engage à respecter et la réalité ? Peut-être son souci n’est-il pas tant de montrer si les accords sont respectés ou non mais plutôt d’attirer notre attention sur les cas où ils deviennent vains et formels, comme les discours. Ce qui l’intéresse, c’est de dénoncer ce décalage entre discours et réalité, entre convention et action, et de révéler la réalité derrière le discours (ou la convention) qui la masque. Ainsi, il s’attache à étudier la période de flottement avant la rupture du traité, où la volonté d’entrer en guerre est présente mais non encore effective. Il veut mettre au jour ce qui est caché : la guerre qui perdure sous le nom de trêve, et sa cause non apparente, profonde, la plus véritable (I, 23, 6). De la même façon, il construit son œuvre, la jalonnant d’indices, pour que le lecteur, comme lui, cherche ce qui, masqué sous les discours, sous les conventions, est véritablement à l’œuvre. Il en fait ainsi, non plus un lecteur passif, mais bien l’acteur de ce κτῆμα ἐς ἀιεί.

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Notes

1 Voir Loraux, 1986.

2 N’oublions pas que c’est avec la première personne du singulier que Thucydide introduit la cause la plus vraie de la guerre (πρόϕασις ἀληθεστάτη) en I, 23, 6, indiquant ainsi qu’il nous donne son interprétation : Τὴν μὲν γὰρ ἀληθεστάτην πρόϕασιν, ἀϕανεστάτην δὲ λόγῳ, τοὺς Ἁθηναίους ἡγοῦμαι μεγάλους γιγνομένους καὶ ϕόβον παρέχοντας τοῖς Λακεδαιμονίοις ἀναγκάσαι ἐς τὸ πολεμεῖν. Cf Roman, 2008.

3 Toutes les traductions sont celles de la C.U.F, modifiées pour rendre compte des nuances existant dans la dénomination des traités, ainsi que dans l’expression de la responsabilité.

4 Voir I, 23, 6 et I, 146 pour les reproches adressés d’une partie à l’autre (αἴτιαι ; la teinte judiciaire de ce terme est manifeste en I, 69, 6, (cf Roman, 2008) et les différends (διαϕοραί).

5 J. de Romilly donne un rapide aperçu de la diversité des termes qui désignent les conventions dans son article « Guerre et paix entre cités », (Romilly, 1968 ; voir Fernandez Nieto, 1975, pour un catalogue des accords que mentionne Thucydide).

6 Αἱ σπονδαί est utilisé pour désigner ce traité en V, 3, 4 ; V, 18, 3, 5 et 9 ; V, 19, 1 ; (pour le problème de son acceptation par les alliés de Sparte : V, 21, 1 ; V, 22, 1 ; V, 29, 2 ; V, 30, 1, 2 et 3 ; V, 35, 3 et 5 ; V, 36, 1 (2 fois)) ; V, 25, 1 ; V, 26, 6 ; V, 27, 1 ; V, 32, 5 ; V, 39, 3 ; V, 40, 2 ; V, 42, 2 ; V, 43, 1 ; V, 43, 2 ; V, 46, 2, 4 et 5 ; V, 115, 2 ; VI, 10, 2 (2 fois) ; rupture de ce traité après 10 ans : V, 25, 3 ; V, 36, 1 (3 fois), VI, 105, 2 ; VII, 18, 3 ; VII, 18, 3. Nous avons présenté une étude complète des termes désignant les accords entre cités dans le chapitre 3 de notre thèse de doctorat, l’Erreur et la faute dans la Guerre du Péloponnèse de Thucydide, soutenue en 2005 à l’Université de Franche- Comté.

7 Chez Thucydide, l’étude des 155 occurrences du terme montre que l’on peut différencier les cas où σπονδαί est employé seul, désignant la paix, la trêve stable, des cas où, associé à l’article, il se réfère alors à un traité de paix précis.

8 Lévy, 1983, p. 228.

9 Lonis, 1980.

10 Martin, 1940, p. 404. Pour l’accord qui nous intéresse, il est stipulé que des stèles seront dressées à Olympie, Pythô, à l’Isthme, à Athènes sur l’Acropole et en territoire lacédémonien à l’Amyclaion (V, 18, 10).

11 Lonis, 1969, p. 132 ; Préaux, 1962, p. 285.

12 Comme l’a écrit J. de Romilly « l’on ne conclut jamais alors une paix définitive ». Elle ajoute que « entre ces cités, l’équilibre est toujours senti comme provisoire » (Romilly, 1968, p. 274 et 276). V. Alonso, nuançant la thèse selon laquelle l’ordinaire des relations entre cités est la guerre (le mot εἰρήνη n’apparaissant dans le vocabulaire diplomatique qu’au ive s.), distingue trois types de relations entre cités : la guerre, l’alliance ou l’absence de relation : « War, then, did not represent the primary and normal state of affairs between Greeks, but was just one of several normal and legitimate ways of relating to another » (Alonso, 2007).

13 Comme dans toute étude lexicale, il est bon de garder à l’esprit que les termes n’indiquent pas nécessairement des réalités différentes, mais plus souvent des réalités qui sont présentées sous un jour différent.

14 Thucydide en donne le texte en IV, 118-119.

15 Les accords de paix (σπονδαί) sont également conclus pour une période temporelle déterminée (par exemple la trêve qui est conclue entre les Chalcidiens de Thrace et Athènes est valable pour dix jours (δεχημέρους σπονδάς, VI, 7, 4 ; (ou qu’il est possible de rompre à dix jours d’avis, voir la discussion de Whitehead, 1993 et la discussion de Hornblower, 1991, p. 47) ; mais ils apparaissent plus stables que l’ἐκεχειρία, conclue de façon transitoire, en attendant des σπονδαί.

16 Cela correspond à la moitié des emplois d’ἐκεχειρία. On le rencontre pour présenter et conclure la citation du texte du traité (IV, 117, 3 et IV, 119, 3) ; dans le texte du traité lui-même (IV, 118, 11, deux fois) ; lorsque Brasidas prend connaissance de l’accord (IV, 122, 1) et accueille cependant Mendè qui fait défection à Athènes pendant la trêve (IV, 123, 1) ; quand la trêve est respectée pendant l’hiver 423 (IV, 134, 1) et renouvelée jusqu’aux Jeux Pythiques (V, 1, 1) ; à l’issue de la trêve, quand Cléon persuade les Athéniens de débarquer sur la côte thrace, à l’été 422 (V, 2, 1) ; enfin, lorsque Thucydide mentionne que l’armistice a été conclu pour un an après la défaite de Pylos (été 425) et celle de Délion (hiver 424/3, V, 15, 2).
Les autres emplois concernent la trêve de dix jours conclue entre Béotiens (V, 26, 3) ; la trêve que Corinthe voudrait conclure avec Athènes à l’été 421, aux mêmes conditions (V, 32, 5). Enfin, trois emplois ne permettent pas de définir la période de validité de la trêve : celle qui a été conclue entre Camarine et Géla à l’été 424 (IV, 58, 1) ; celle qui a permis à Athènes de se relever de la peste (VI, 26, 2), et, en reprise de σπονδαί, cette fois, la trêve olympique pendant laquelle les Lacédémoniens ont envoyé des hoplites à Lépréon (V, 49, 3) sont désignées par ἐκεχειρία. Ce dernier cas pourrait montrer qu’ἐκεχειρία exprime la trêve dans ce qu’elle a d’effectif sur le terrain, en opposition à l’accord théorique, puisque les Lacédémoniens se défendent en arguant que la trêve (σπονδαί) n’était pas connue à Sparte au moment de l’envoie des hoplites ; tandis que les Éléens protestent en affirmant que chez eux, la trêve était appliquée. Cet emploi étant isolé, nous avons préféré ne pas tirer de conclusions générales sur ce sens possible d’ἐκεχειρία.

17 L’accord est désigné comme ξύμβασις quand Thucydide le présente (V, 17, 2) mais comme σπονδαί dans le texte lui-même, ce qui le présente sous l’aspect solennel de l’engagement.

18 On en compte vingt-sept occurrences. Après une défaite militaire (Platéens face aux Thébains, II, 2, 4 ; II, 3, 1 ; III, 56, 2, (2 fois) ; Lacédémoniens et Athènes après Pylos, IV, 15, 2 ; IV, 22, 3 ; IV, 21, 3 ; V, 15, 1 (repris en V, 171 et V, 17, 2), puis V, 15, 1 ; Cythère face à Athènes, IV, 54, 4  ; les Quatre-Cents avec Sparte, VIII, 71, 3) ; après un siège (Potidée, II, 70, 1 ; Mytilène, III, 28, 1 et 2 ; Platée, III, 67, 5 ; Corcyre, III, 75, 1 ; Amphipolis, IV, 115, 2 ; généralisation sur une cité révoltée puis reprise, III, 46, 2 ; Pydna I, 61, 3) ; sans cet accord, la cité vaincue est ravagée (Mendè, IV, 130, 6 ; Athéniens vs Gylippe, VII, 85, 3) ; dans une situation de contrainte politique (entre Athènes et Locres, V, 5, 2 ; Égeste et Sélinonte, VI, 47, 1 ; Athènes et la Sicile, V, 4, 2).

19 Les Lacédémoniens sont sous le coup de l’affaire de Pylos et ont bien conscience qu’ils ne pourront pas soutenir une guerre contre Argos en plus de celle qui les oppose à Athènes (V, 14, 4). Les Athéniens, qui ont perdu l’espoir confiant de leur force (τὴν ἐλπίδα τῆς ῥώμης πιστήν, V, 14, 1), sont inquiétés par les défections possibles de leurs alliés et consentent à un accord de reddition (ταῦτ´ οὖν ἀμϕοτέροις αὐτοῖς λογιζομένοις ἐδόκει ποιητέα εἶναι ἡ ξύμβαις, V, 15, 1). Enfin, à un niveau individuel, Pleistoanax calcule qu’il aura la faveur des Lacédémoniens s’il conclut la paix, et se montre « plein d’empressement pour conclure un accord » (προυθυμήθη τὴν ξύμβασιν, V, 17, 1).

20 Rappelons à ce sujet la réticence des alliés de Sparte à s’associer à l’accord (V, 25, 1).

21 Ce terme apparaît à neuf reprises : I, 40, 4 ; I, 66, 1 ; III, 4, 4 ; IV, 38, 1 ; IV, 117, 1 ; V, 25, 3 ; V, 26, 3 ; V, 32, 7 ; VIII, 87, 4. Nous traiterons plus loin le cas de I, 66, 1.

22 Romilly, 1968, p. 275.

23 Les autres occurrences le confirment : Les Mytiléniens (III, 4, 4) concluent une cessation du combat (ἀνοκωχὴν ποιησάμενοι) avec les Athéniens, ce qui leur permet d’envoyer un émissaire à Athènes pour négocier un statu quo. Corinthe et Athènes (V, 32, 7) concluent une cessation des hostilités qui ne sera pas suivie d’un traité (ἀνοκωχὴ ἄσπονδος). Tissapherne (VIII, 87, 4) n’envoie pas les navires promis en renfort, « en vue d’affaiblir les Grecs et de les réduire à la cessation des hostilités » (διατριβῆς ἕνεκα καὶ ἀνοκωχῆς τῶν Ἑλληνικῶν). Il s’agit d’empêcher toute possibilité grecque de combattre, temporairement du moins.

24 C’est ce que révèle le discours que les Corinthiens adressent aux Athéniens à propos de l’affaire d’Épidamne (livre I). Cherchant à convaincre Athènes de prendre parti en leur faveur, dans le conflit qui les oppose à Corcyre, ils mettent en lumière toute la différence qui existe entre les traités de paix (σπονδαί) et la cessation provisoire des hostilités (ἀνοκωχή) : Κορινθίοις μέν γε ἔνσπονδοί ἐστε, Κερκυραίοις δὲ οὐδὲ δι´ ἀνοκωχῆς πώποτε ἐγένεσθε - « puisque, avec Corinthe, vous avez un traité, et que, avec Corcyre, vous n’avez jamais eu fût-ce un accord de cessation des hostilités » (I, 40, 4).

25 Pour L. Canfora, cette deuxième préface n’est pas attribuable à Thucydide, mais bien à Xénophon (voir, entre autres, Canfora 1997 et Canfora 2006) ; cf Gomme et al., 1981 et Ferlauto, 1983 pour la réaffirmation de l’origine thucydidéenne de cette seconde préface.

26 La traduction de J. de Romilly est modifiée ici à la lumière des commentaires de Loraux, 1986.

27 Seul le verbe ξυγχέαι apparaît néanmoins en V, 39, 3 : certains veulent rapprocher Béotiens et Sparte pour conclure une alliance directe (ξυμμαχίαν ἰδίαν ijdivan) et provoquer une confusion des traités conclus (καὶ ἅμα τῶν ξυγχέαι σπευδόντων τὰς σπονδὰς προθυμουμένων τὰ ἐς Βοιωτούς) que J. de Romilly (C.U.F) traduit par « afin de saper les traités ».

28 Pour ξύγχυις, le Liddle-Scott relève les sens de « mixture, confusion, confounding ; confusion, ruin ; indistinctness ; injury to the eye ; confusion of persons ; violation of contracts ».

29 Isocrate (Panégyrique, 114) mentionne les νόμων συγχύσεις dans une énumération qui compte les guerres civiles (στάσεις) et les changements de gouvernement (πολιτειῶν μεταβολάς) ; le contexte ne permet pas de trancher entre confusion des lois et rupture des lois. Platon (République, 379e3) utilise ce terme pour désigner l’acte de Pandare, qui d’une flèche a frappé Ménélas pendant une trêve (Iliade, IV, 104 sq.) (τὴν δὲ τῶν ὅρκων σύγχυσιν). Le terme désigne peut-être plus l’entorse à la trêve (qui va certes entraîner sa rupture) que la rupture elle-même. Chez Plutarque (Vie d’Alcibiade, 14, 3), Alcibiade, profondément jaloux de Nicias, qui jouit de l’estime des Lacédémoniens pour avoir conclu la paix, décide d’entraîner une confusion dans les serments prêtés (ὁ Ἀλκιβιάδης καὶ ϕθονῶν ἐβούλευε σύγχυσιν ὁρκίων) en incitant les Argiens à conclure une alliance avec Athènes. Il cherche ainsi à contourner la paix conclue, pas à la dissoudre directement.

30 Nous donnons ici notre propre traduction, car J. de Romilly (C.U.F) traduit « en fait, le développement de la situation tendait à renverser les traités et à fournir des causes de guerre » ; D. Roussel (Roussel, 1964) est plus proche du texte : « car les événements en cours remettaient le traité en question et offraient bien des motifs de rupture ».

31 Vingt-neuf occurrences associent λύειν à σπονδαί. Sur ce nombre, vingt concernent la rupture de la paix de 444 (18 au livre 1, puis en II, 7, 1) ; quatre concernent la trêve de Pylos (livre IV) et trois, la rupture de la paix de 421 (livre V et II, 18, 2). Restent deux emplois isolés (trêve Argos-Sparte, V, 61, 1 ; trêve isthmique, VIII, 9, 1). Dans l’ensemble, cette expression relève d’une instance autre que l’historien, puisque les occurrences prennent place dans un discours (direct ou indirect, qui traite souvent la peur de rompre le traité), l’énoncé d’un vote ou d’une intention. Seuls deux emplois sont attribuables directement à l’historien (I, 23, 4 et I, 23, 6), et il est remarquable que, dans les deux cas, Spartiates et Athéniens sont tous deux sujets de λύειν τὰς σπονδάς. Voir D. Roussel : « On sait que Thucydide ne s’intéresse pas à la question des responsabilités immédiates de la guerre (…). Pour Thucydide, il n’y a pas de coupable. La guerre ne pouvait pas ne pas éclater entre Athènes et Sparte. » (Roussel, 1964, p. 721, n. 2 à la p. 128).

32 Le terme de πρόϕασις ici signifie autant le prétexte invoqué que la cause. C’est en effet la conclusion de Robert, 1976. Pour une étude plus complète du terme, on peut consulter avec profit Rawlings, 1975, et Pearson, 1972. Ρρόϕασις induit une ambiguïté entre raison valable et raison invoquée, les deux se fondant en un seul mot. Car la guerre ne sera déclarée que lorsque l’un des partis, désirant l’entrée en guerre, affirmera que l’autre a brisé le traité.

33 « Lorsque eut lieu le verdict de l’assemblé sur la rupture de la trêve (τὰς σπονδὰς λελύσθαι), il y avait un peu plus de treize ans que durait la trêve de trente ans, conclue après les événements d’Eubée » (I, 86, 6).

34 J. de Romilly (C.U.F) traduit : « je rapporterai donc la période qui suivit les dix ans, avec ses différends et ce qui devait mener au renversement des traités, puis la période d’hostilités qui suivit », tandis que D. Roussel (Roussel, 2000) propose : « je vais donc rapporter les démêlés qui survinrent après la guerre de Dix ans ainsi que la rupture du traité, puis je ferai le récit de la guerre qui suivit ».

35 Par exemple, la conclusion d’une ἐπιμαχία (alliance défensive) d’Athènes avec Corcyre, plutôt qu’une ξυμμαχία qui implique même amis et ennemis en I, 44.

36 « Puis, contraints enfin de rompre le traité conclu après les dix années, ils se trouvèrent de nouveau ouvertement en guerre » (V, 25, 3). Cf Alonso, 2007, p. 215: « Phaneros polemos between cities or federal states was considered an irreversible fact when one side had invaded another’s territory (chora). »

37 Pour J. de Romilly, la datation de la reprise officielle du conflit ne va pas de soi, « selon que l’on considère que la reprise des hostilités directes part de VI, 105 ou de VII, 18-19. Nous avons opté pour cette dernière interprétation. En effet VI, 105 contribue à la rupture en donnant à Sparte le sentiment que la trêve est rompue (ἡγοῦντο, VII, 18, 2) mais il faut encore qu’elle-même se décide » (Romilly, 1967, p. 190, n. à la p. 119).

38 Bolmarcich, 2007, p. 26.

39 Cf Roman, 2007.

40 I, 53, 2 ; I, 79, 2 ; I, 86 ,1 (cinq occurrences) ; I, 87, 2 et 4 ; I, 118, 3 ; I, 123, 2.

41 Voir les discours des Corcyréens (I, 35) et des Corinthiens (I, 40) qui démontrent qu’Athènes rompt ou non le traité en s’alliant à Corcyre ; également la prudence avant de rompre les serments prêtés (discours des Athéniens, I, 78) ; enfin, l’argument des Corinthiens pour inciter les Lacédémoniens à entrer en guerre (s’appuyant sur l’oracle, ils affirment : λύουσι γὰρ οὐχ οἱ ἀμυνόμενοι, ἀλλͅ οἱ πρότεροι ἐπιόντε[ (I, 133, 2).

42 Thucydide emploie également, moins fréquemment, le verbe παραβαίνειν, qui est utilisé pour différentes sortes d’infractions, mais n’implique pas directement la rupture de la loi/convention en cause : transgression des serments, I, 78, 4 ; II, 71, 4 ; V, 30, 3 ; de la loi religieuse commune aux Grecs, IV, 97, 3 ; des traités (décrétée par l’oracle, I, 123, 2 ; envisagée par les Mytiléniens, III, 11, 2 ; considérée par Brasidas, IV, 123, 1 ; contenues dans le traité, IV, 16, 2 ; de la loi (en général : III, 45, 3 (deux fois) ; des lois traditionnelles béotiennes, III, 61, 2).

43 Pourtant, en V, 25, 1, Thucydide notait que la paix existait entre les cités qui acceptaient le traité (τοῖς μὲν δεξαμένοις αὐτά εἰρήνη ἦν). On a parlé pour expliquer cette contradiction de rédaction progressive (voir Hornblower, 1991, p. 43). Peut-être Thucydide veut-il ici montrer que le problème réside dans le fait que beaucoup de cités n’ont pas accepté le traité (V, 25, 1).

44 « Les Thébains avaient marché sur Platée en pleine trêve » (VII, 18, 2). Pour A.W. Gomme, A. Andrewes et K.J. Dover, le seul fait d’avoir les Thébains comme alliés dans la ligue suffit à rendre les Spartiates responsables de l’action thébaine, même si Sparte n’en a pas été l’initiateur (Gomme et al., 1970, p. 394). Quant aux Athéniens, ils « avaient ravagé une partie des territoires d’Épidaure et de Prasies, sans compter d’autres régions » (VII, 18, 3, cf VI, 105, 2). De plus, les Athéniens « en même temps, de Pylos, se livraient au brigandage » (VIII, 18, 3).

45 C’est entre autres l’expédition de Sicile qui constitue selon les Lacédémoniens un bris du traité (τοὺς ´´Αθηναίους ἐνόμιζον διπλοῦν τὸν πόλεμον ἔχοντας, πρός τε σϕᾶς καὶ Σικελιώτας, εὐκαθαιρετωτέρους ἔσεσθαι, καὶ ὅτι τὰς σπονδὰς λελυκέναι ἡγοῦντο αὐτούς, VII, 18, 2).

46 Voir Roman, 2005 ; ainsi que notre livre L’erreur et la faute dans la Guerre du Péloponnèse de Thucydide, à paraître sous peu dans la Collection d’Études Classiques, Peteers.

47 Les accords se doublent de clauses établissant les conséquences de transgressions éventuelles, par exemple, pour Pylos, (IV, 16, 2) et pour Corcyre, (IV, 46, 4) ; mais, comme l’écrit G.A. Sheets, « les sanctions ne sont pas une condition de la loi, mais une de ses manifestations ; elles peuvent soutenir un ordre légal, comme dans le récit de l’Eden, mais elle ne le créent pas ni ne le perpétuent » (Sheets, 1994, p. 61).

48 Pour une étude des conventions entre cités, voir Bederman, 2001, et Low, 2007 (cette dernière démontre la présence d’interaction diplomatique développée en Grèce ainsi que d’une réflexion sur les relations entre cités, même si aucun traité en tant que tel ne nous est parvenu ; elle consacre également quelques pages (p. 222-232) au problème de l’interprétation de Thucydide sur ce point).

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Pour citer cet article

Référence papier

Agathe Roman, « Thucydide et les conventions écrites : le jugement de l’historien »Pallas, 83 | 2010, 399-412.

Référence électronique

Agathe Roman, « Thucydide et les conventions écrites : le jugement de l’historien »Pallas [En ligne], 83 | 2010, mis en ligne le 01 octobre 2010, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/11682 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.11682

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Auteur

Agathe Roman

Post-doctorante, Université Laval, Québec
agathe.roman[at]sympatico.ca

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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