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Le mari, l’amant et la loi dans le plaidoyer de Lysias. Sur le meurtre d’Eratosthène

Husband, lover and the law in Lysias’ plea. On Eratosthenes’ murder
Marielle de Béchillon
p. 379-397

Résumés

En 403 av. J.-C., Lysias consacre un plaidoyer à la défense d’un mari trompé qui aurait tué l’amant de sa femme. L’orateur nous offre un tableau assez complet de la réception, en droit, de l’adultère par Athènes. Lysias argumente pour soutenir la thèse selon laquelle l’homicide commis par le mari serait justifié par les lois de la Cité. Ce faisant, il explique les raisons de la gravité de l’offense que constitue un adultère à cette heure de l’histoire d’Athènes.

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Texte intégral

  • 1 Nous entendons par adultère la situation dans laquelle un homme ou une femme ont des relations extr (...)
  • 2 L’histoire du Proche-Orient témoigne de la sévérité avec laquelle le droit s’empare de l’adultère. (...)
  • 3 Hoffmann, 1990.

1À maints égards, l’adultère hante l’antiquité1. Un peu partout, semble-t-il, le droit s’empare des amours hors mariage2. Le plus souvent, l’adultère est interdit, du moins lorsqu’il est commis par l’épouse. Quand il advient, il donne lieu à des sanctions sévères3. Mise à mort, expulsion du groupe, pratiques humiliantes, divorce, c’est selon. Ces sanctions affectent, soit l’amant, soit la femme infidèle seule, soit le couple illégitime. Qu’en est-il dans l’Athènes du ve siècle avant J.-C ? Quel traitement juridique lui réserve-t-on alors ? Le plaidoyer que Lysias consacre à la défense d’un mari trompé devenu le meurtrier de l’amant de sa femme offre matière à approfondir le sujet. Certes, l’orateur déploie ses talents à l’occasion d’un banal vaudeville. Mais la portée de l’affaire dépasse le cadre exigu du conflit familial. Lysias invoque la législation applicable qui, d’après lui, scelle le sort du mari et de l’amant. Il argumente en défense sur un mode réquisitorial. Ce faisant, l’orateur offre un tableau assez complet de la réception, en droit, de l’adultère par la cité grecque.

2Que s’est-il passé au juste ? A en croire Lysias, Euphilétos, le mari trompé, aurait tué l’amant de sa femme en toute légalité. Selon l’orateur le législateur aurait prévu la vengeance maritale dès lors que l’amant serait surpris en flagrant délit d’adultère indépendamment de tout guet-apens. La famille d’Ératosthène, le séducteur, intente un procès à Euphilétos. Elle soutient l’illégalité de l’homicide en raison de sa préméditation.

  • 4 Bizos, 2003, p. 25‑29.

3La richesse du texte de Lysias a déjà été soulignée. D’aucuns le considèrent comme l’un de ses chefs-d’œuvre. L’auteur est un narrateur talentueux. Il peint avec verve et précision un drame familial et nous fait, l’espace d’un instant, pénétrer dans l’intimité d’un foyer athénien. Et puis, on prête aussi au texte des qualités juridiques4.

  • 5 C’est du moins la date que l’on propose habituellement pour son plaidoyer.

4Retenons ici cette dimension. Ainsi resserrée, l’étude présente deux intérêts. D’abord, le plaidoyer renseigne sur la législation qui régit l’adultère à Athènes. On sait la difficulté d’accès au droit grec. On en connaît les raisons. La rareté des sources formelles, c’est-à-dire des lois et des décisions rendues par les tribunaux, constitue un obstacle majeur. Lysias nous renseigne sur la législation applicable en cas d’adultère. On ne peut que se réjouir, alors, de cette opportunité. Mais Lysias ne nous offre pas seulement l’occasion d’étudier une loi. Inséré dans un plaidoyer, le texte juridique prend vie. En construisant la défense de son client, Lysias propose une interprétation de la norme. Il développe un raisonnement juridique. L’orateur fait du droit quand il plaide et ne se contente pas de discuter sur les faits. Mais un raisonnement juridique n’a pas la même nature qu’un texte de loi, il n’offre pas non plus la même qualité d’information. Il nous permet d’accéder à un discours technique et à une série d’arguments qui ont vocation à convaincre des citoyens athéniens qui ne sont pas des spécialistes du droit. Conçu pour convaincre un auditoire, le plaidoyer recèle des arguments audibles et convaincants par les juges à cette heure de l’histoire de la cité. C’est du moins ce que l’on peut légitimement penser. Cependant, l’accès à ces informations ne va pas de soi. L’architecture du texte, sa structure, ne dissocient pas explicitement la discussion sur le droit et celle qui concerne les faits. Le raisonnement juridique n’émerge pas a priori. Il faut le reconstituer. Pour l’analyser il importe de le rendre à son contexte. Car c’est dans ce contexte qu’il prend tout son sens. Lysias écrit en 403 avant J.-C5. L’ambiance politique dans laquelle baigne l’affaire mérite de retenir l’attention. Alors, seulement, on peut donner un sens à la règle de droit et apprécier l’interprétation qu’en propose Lysias. Tout ceci nous porte à apprécier sa technicité et sa modernité. Le texte de Lysias offre un double attrait : l’accès à une loi et à un raisonnement sur la possible interprétation de cette dernière. Cela n’épuise pas l’intérêt d’une telle lecture du plaidoyer : la piste juridique offre à son tour un singulier éclairage sur la société athénienne.

5Le droit est le reflet des valeurs et croyances humaines. Autant dire que les règles juridiques, une fois édictées, ne restent pas intéressantes que pour elles-mêmes, abstraction faite du contexte dans lequel elles ont émergé. Elles offrent une matière riche pour qui veut étudier le fonctionnement de la société dont elles émanent. Parce qu’elles indiquent un choix effectué à un moment donné de l’histoire de cette société, elles nous permettent de nous interroger sur les motifs qui ont présidé à l’avènement de ce choix. Considérée dans son contenu, la règle de droit peut traduire des aspirations essentielles de la société ou signaler la volonté de mettre un terme à certaines pratiques. Elle n’est jamais neutre, ni exclusivement normative.

  • 6 Les travaux de Gernet ont largement contribué à ouvrir cette voie. Cf. notamment Gernet, 1917.
  • 7 Ainsi, Ost et Van De Kerchove soulignent le caractère semi-artificiel du langage juridique : « qui (...)
  • 8 Pour reprendre le sous-titre de l’ouvrage de Chantraine. Selon l’auteur : « Le but idéal auquel doi (...)

6Voilà pour le fond. La forme de la norme est aussi précieuse. Pour conceptualiser sa pensée, l’homme organise, formule la règle de droit, à l’oral, ou à l’écrit. Mais ses mots trahissent aussi l’implicite de sa pensée. On peut avancer que l’approche sémantique nourrit la compréhension des valeurs qui sous-tendent la norme6. Pourquoi ? Ce parti pris méthodologique mérite quelques éclaircissements. Les théoriciens du Droit assignent au discours juridique la nature d’un langage semi-artificiel7. Le Droit « récupère » des mots d’usage courant. Il leur imprime une dimension technique spécifique. Le langage juridique s’apparente alors à un véritable creuset. Émanation du langage ordinaire, fait social culturellement déterminé, il peut être remodelé par la communauté langagière des juristes sans pour autant s’affranchir des croyances du monde profane. L’examen du vocabulaire qui est le sien permet ainsi, souvent, de prendre la mesure du degré d’adéquation entre les aspirations et les préoccupations globales de la société et celles, plus spécifiques, du monde du droit. L’étymologie y aide, en pointant « l’histoire des mots »8 ; l’approche conceptuelle aussi, en ce qu’elle révèle l’acception du vocable dans un contexte donné. A plus d’un titre, donc, l’étude du Droit mène à une connaissance de nature anthropologique.

  • 9 Nous utiliserons, ici, le texte établi et traduit par Gernet, Bizos, 1924, p. 30.

7A cet égard, avançons que l’analyse du contenu de la législation invoquée par Lysias – y compris l’interprétation qu’il en fait – et du vocabulaire juridique utilisé dans son plaidoyer enrichit la connaissance que nous pouvons avoir du fonctionnement de la cité athénienne au ve siècle avant J.-C.9 Elle permet de mieux comprendre la place des uns et des autres, au sein de la famille ou de la cité. Elle nous informe notamment sur la perception et la fonction de la sexualité dans le couple, au travers des pouvoirs détenus par le mari, chef de famille, sur sa femme. Et puis, nous y observons la place que la cité donne à la règle de droit, en concurrence avec le pouvoir du chef de famille. Le passage, orchestré ici par le droit, d’une collectivité familiale dirigée et défendue par un homme à une cité gouvernée par une loi qui transcende les pouvoirs décisionnels individuels.

8Autant dire, donc, la richesse et la diversité de ce que l’on peut attendre d’une telle lecture du texte. Mais comment mener à bien l’enquête ? On pressent les limites d’une approche juridique solide et fiable à partir d’un plaidoyer. Parce que l’enjeu, pour le logographe, réside dans la quête de la victoire qui verra son client triompher, on imagine sans peine toutes les arguties, les mensonges ou les exagérations qui émaillent le texte. On doute, à juste titre, de la véracité des informations juridiques servies à l’appui de l’argumentation. A ces objections, sérieuses, il faut opposer deux réserves : d’abord, et la matière s’y prête, il est possible dans une certaine mesure de vérifier les données juridiques contenues dans le plaidoyer. Les textes de Démosthène, ou d’Aristote, pour ne nommer qu’eux, confortent celui de l’orateur. La légalité citée, ici, l’est ailleurs. Et puis, même si le raisonnement de Lysias peut paraître spécieux, on doit, au minimum, reconnaître qu’il aspire à convaincre l’auditoire. Alors, on peut avancer que les thèses défendues, les raisonnements tenus, sont audibles et convaincants à cette heure de l’histoire de la cité, par ses juges.

9Il y a l’autre versant, formel. Pour tirer de cette histoire le parti historique et anthropologique que nous en espérons, il est nécessaire de relever dans le plaidoyer de Lysias le vocabulaire juridique et notamment les termes qui nomment l’adultère, l’amant, la femme infidèle et les conditions juridiques dans lesquelles l’homicide du mari trompé se trouve excusé par la loi. Alors, des images concrètes jaillissent des mots et des formules juridiques qui dessinent les contours et l’architecture d’une société.

10En décryptant et en analysant le déroulement du raisonnement de Lysias, nous pouvons retenir les deux axes principaux de la défense. D’abord l’affirmation de la légalité de l’homicide commis par le mari trompé (I), ensuite la démonstration de l’illégalité de la relation sexuelle hors mariage de l’amant (II).

1. La légalité de l’homicide commis par le mari

  • 10 Lysias, I, 4. C’est la première apparition du mot nomos dans le plaidoyer.
  • 11 « En Grèce, c’est théoriquement le discours qui persuade l’homme. A Rome, la persuasion est conçue (...)

11Les premiers propos que Lysias prête à Euphilétos donnent le ton. Le mari outragé, meurtrier de l’amant de sa femme, n’avait d’autre intérêt que de se faire justice conformément aux lois, kata tous nomous10. L’homme revendique la légalité de son acte. En inscrivant ce dernier dans le respect des lois, il souligne d’emblée l’argument le plus fort servi à l’appui de sa défense : c’est la loi qui impose et excuse l’homicide de l’amant. Lysias nous offre ici une belle démonstration de rhétorique grecque. C’est par son discours qu’il entend persuader l’auditoire11. La personnalité d’Euphilétos, son vaudeville familial, s’effacent presque derrière la pertinence de l’argumentation. Une défense en adéquation avec l’histoire politique et sociale d’Athènes, voilà bien le talent de Lysias.

1. 1. Le fondement légal de l’acte d’Euphilétos

12D’emblée donc, Euphilétos invoque le nomos. Le mot ici désigne la règle de droit applicable. Seul ce terme est employé pour désigner la norme. Lysias a bâti son plaidoyer autour d’une véritable incantation de la loi. Pour autant, l’identification de cette dernière reste délicate.

1. 1. 1. L’invocation du nomos

  • 12 Le mot se trouve à deux reprises au § 28.
  • 13 Le mot loi est utilisé au singulier à 9 reprises, aux paragraphes : 26, 28 (deux fois), 29, 30 (deu (...)
  • 14 Lysias, I, 36.
  • 15 Lysias, I, 30.
  • 16 Lysias, I, 26, 29, 30.
  • 17 Lysias, I, 4, 26, 27, 28 (deux fois), 31 (deux fois), 33, 34 (deux fois), 35, 48, 49 (deux fois).
  • 18 Lysias, I, 28, Lis donc d’abord la loi, 31 : Lis moi aussi cette loi.

13A dix-neuf reprises, Euphilétos invoque le nomos. A la marge, il se réfère aussi au droit, dont la loi n’est qu’une composante. Cela est matérialisé par deux emplois du mot dikaia (ta)12. A aucun moment, le terme psephisma, que l’on a pris l’habitude de traduire par « décret » n’est utilisé. Cependant, à l’uniformité du vocabulaire répond la variabilité des tournures. Le terme nomos peut être mis au singulier ou au pluriel, en nombre quasiment égal. A neuf reprises, Euphilétos emploie le mot au singulier. Dans dix occurrences il l’utilise au pluriel13. Plus concrètement encore, le mari trompé mentionne les lois de l’adultère14, ou, un peu plus loin, la loi gravée sur la stèle 15. A trois reprises il est question de la ou des lois de la cité16. Enfin, à 14 reprises Euphiltéos en appelle à la loi ou aux lois sans aucune autre précision17. Certes, durant l’exposé du plaidoyer la loi était lue aux magistrats, comme cela est mentionné à la fin des paragraphes 28 et 3118. Le contenu de cette lecture nous échappe. Mais par-delà la diversité des formules utilisées, l’invocation constante du nomos fixe l’unité de la défense d’Euphilétos. Le concept de loi se détache. Et l’on a l’impression que la référence abstraite au nomos semble aussi convaincante et utile pour la défense du mari outragé que la désignation précise d’une loi en particulier. Et pour cause, à cette heure de l’histoire d’Athènes, cette dernière a acquis un singulier prestige. Il n’en a pas toujours été ainsi.

  • 19 Gaudemet, 1997, p. 10. Bénvéniste, avant lui, souligne l’importance du concept d’« ordre » chez les (...)
  • 20 Jacqueline de Romilly note que ce mot apparaît aussi chez Archiloque, Théognis, Alcée. Mais parmi s (...)

14L’historiographie du droit grec enseigne la lente émergence du droit et de son vocabulaire jusqu’à l’arrivée dans la langue du mot nomos pour désigner la loi. Cet événement n’est pas neutre. L’apparition de ce terme est le signe d’un changement d’organisation politique. Rappelons quelques-unes des grandes lignes de cette histoire afin de mieux en appréhender le sens. Que sait-on au juste ? On s’accorde pour reconnaître que les poèmes homériques témoignent les premiers d’une réflexion sur l’ordre du monde, la justice et le droit19. Deux mots reviennent sous la plume du poète : thémis et dikè. Le mot nomos n’apparaît pas encore. Dès le viie siècle, le vocabulaire évolue. Hésiode emploie le mot nomos20. Mais pour autant le terme ne s’impose pas et son sens n’est pas fixé. Au même moment, lorsqu’il s’agit de rédiger des lois, nomos n’est toujours pas utilisé pour les désigner. A Athènes le terme employé pour nommer ces lois est thesmoi. Ainsi fait-on pour les lois de Dracon. Aristote, dans Constitution d’Athènes mentionne :

Voilà l’esquisse de la première constitution. Puis, peu de temps après, sous l’archontat d’Aristaichmos, Dracon établit ses lois : Dracon tous thesmous ethèken.

  • 21 Aristote, Constitution d’Athènes, Mossé, 2002, p. 7, (IV, 1).
  • 22 Solon, fragment 24, v 18‑20.
  • 23 Il disparaît pratiquement en 450 selon Romilly (de), 2002, p. 17.
  • 24 Violaine Sébillotte-Cuchet retient qu’à « Athènes, il y a trois mots pour désigner la loi : thesmos (...)
  • 25 Gaudemet, 2002, p. 76.
  • 26 Fouchard, 2005, p. 17.

15Notons que le mot thémis est encore utilisé21. De même, lorsque Solon déclare : j’ai rédigé des lois égales pour le bon et le méchant, il utilise le terme thesmoi pour désigner ses propres règles22. Il semble y avoir un consensus pour dater l’emploi du mot nomos dans une acception politique dès la fin du vie ou au début du ve siècle. Le mot thesmos disparaît alors23. Nous voici au seuil d’un important changement : l’avènement de la démocratie. De nombreux travaux lient l’apparition du mot nomos avec celui de la démocratie, plus précisément avec les réformes de Clisthène24. Alors la loi, nomos, occupe une place tout à fait importante dans la cité : « La loi est à Athènes le véritable souverain. Les magistrats comme le peuple sont soumis à ces règles et cette loi est la même pour tous les citoyens. Philosophes et poètes affirment la primauté de la loi. C’est le peuple qui fait la loi dans ses assemblées, et qui se soumet volontairement à ses prescriptions »25. Dès la fin du ve avant J.-C., on entreprend de colliger et de publier les lois encore en vigueur, au nombre desquelles figurent celles de Dracon et de Solon. Ces lois dites anciennes doivent être gravées sur le portique. Nicomachos est l’artisan essentiel de ce travail, achevé en 399. Entre temps, en 403, on vote un texte selon lequel il est interdit à Athènes de juger d’après une loi non écrite26.

  • 27 Lysias, I, 6.

16Revenons à notre plaidoyer que l’on suppose rédigé en 403, et observons à quel point la défense du mari trompé est en adéquation avec ce que l’on peut nommer « l’air du temps ». Le caractère écrit de la norme est rappelé par Euphilétos lorsqu’il en appelle à la loi gravée sur la stèle. Mais surtout Lysias a, d’un bout à l’autre, scandé son discours de références au nomos. Dès l’exorde, Euphilétos soutient avoir agi dans le respect des lois27. Et ses derniers mots sont identiques. Ecoutons-le :

  • 28 Lysias, I, 50.

De fait, si je risque moi-même de perdre aujourd’hui ma vie, ma fortune et tout le reste, c’est pour avoir obéi aux lois de la cité 28.

  • 29 Ce passage se trouve dans la narration au § 29.

17J’ai respecté la loi, voilà en résumé ce qu’Euphilétos peut dire de plus convaincant à ses juges. Pourquoi ? Parce qu’à cette heure de l’histoire d’Athènes la loi est souveraine. Et cela aussi Lysias le fait dire à Euphilétos j’estimais que la loi devait être souveraine29. Certes, le raisonnement juridique de Lysias reste noyé dans la narration de faits souvent bien ordinaires. Peu importe, l’orateur ne s’adresse pas à des juristes professionnels. Il n’a pas à faire une démonstration de technique juridique. Il fait parler Euphilétos devant des citoyens. Son art, la force persuasive de son discours résident précisément dans sa capacité à adapter son propos à la qualité de l’auditoire. C’est probablement dans ce sens que l’on peut comprendre le bénéfice de la répétition et de l’invocation quasi-abstraite de la loi. Quoi de plus convaincant pour des citoyens ! Il reste que cela complique quelque peu l’identification concrète de la règle de droit applicable.

1. 1. 2. L’identification du nomos

  • 30 En ce sens Cantarella, 1990, p. 290, Cohen, 1984, p. 147‑146 et p. 155, Cohen, 1994. Pour un exposé (...)
  • 31 En ce sens Cohen, 1984 p. 149.
  • 32 Démosthène, Contre Aristocrate, 53.
  • 33 Aristote, Ath. Pol. 57, 3 : Si l’accusé avoue l’homicide, mais soutient qu’il a agi légitimement, p (...)

18A quelle loi Euphilétos fait-il référence ? La réponse ne s’impose pas. D’abord parce que, nous l’avons déjà dit, il n’y a pas d’indication précise dans le plaidoyer permettant, soit de dater la loi, soit de déterminer son auteur. Rappelons qu’Euphilétos mentionne simplement la loi gravée sur la stèle, ou les lois sur l’adultère. La majorité des auteurs s’accorde pour identifier deux lois différentes dans les propos de l’orateur. La première loi aurait été lue avant le paragraphe 29. La discussion sur le prétendu aveu d’Ératosthène lui fait suite. La doctrine, dans son ensemble, considère qu’il s’agit d’une loi de Solon sur les kakourgoi. Mais son contenu nous échappe encore. La seconde loi, lue au paragraphe 30, émanerait de Dracon30. Nous pensons en connaître la teneur31. Son contenu est repris dans d’autres textes qui nous sont parvenus. Démosthène la cite dans le Contre Aristocrate32. Aristote aussi offre une version de la loi identique dans l’esprit à celle de Démosthène33. Reprenons le texte cité par Démosthène :

Si quelqu’un tue involontairement au cours de jeux, ou en abattant (un brigand) sur la route, ou à la guerre par méprise, ou en flagrant délit avec son épouse, sa mère, sa sœur, sa fille, ou la concubine qu’il a prise pour avoir des enfants libres, le meurtrier ne sera pas banni.

  • 34 Il ressort des travaux de la doctrine que la loi de Solon permettait à quiconque saisissant un kako (...)

19Il va sans dire que la référence à ces deux lois a suscité de vifs débats. De nombreux auteurs s’accordent pour soutenir que la loi de Solon n’était pas assez favorable à Euphilétos parce qu’elle posait des conditions trop strictes, non remplies en l’espèce. Aussi, la référence à la vieille loi de Dracon permettait à Lysias de bâtir une défense plus crédible34.

1. 2. Euphilétos plaide l’obéissance à la loi

20Entrons maintenant dans le détail de l’argumentation d’Euphilétos lorsqu’il soutient qu’il n’a fait qu’obéir à la loi. Ce dernier clame, à plusieurs reprises, que la loi lui ordonnait d’agir comme il l’a fait. Il n’aurait pas eu le choix. Faut-il croire Lysias quand il interprète ainsi le texte ? Autrement dit, la loi ordonne-t-elle l’homicide de l’amant ou se limite-t-elle à l’autoriser ? Cette question nous mène à envisager la place que la loi a conquise dans le règlement de conflits jadis laissés à la discrétion des familles.

1. 2. 1. L’autorisation ou l’ordre de la loi ?

  • 35 Lysias, I, 26.

21Lysias donne du texte de Dracon une interprétation radicale quand il fait dire à Euphilétos : Ce n’est pas moi qui vais te tuer, mais la loi de la cité que tu as violée35. Pour l’orateur, la loi prescrit, ordonne, et Euphilétos exécute. Il est son bras armé. La fonction prescriptive de la norme est soulignée à trois reprises dans le plaidoyer. Que dit Euphilétos ?

  • 36 Lysias, I, 27.
  • 37 Lysias, I, 34.
  • 38 Lysias, I, 49.

Ainsi, juges, cet homme a reçu les châtiments que les lois prescrivent36 ; ainsi les lois ne m’absolvent pas de toutes fautes, elles m’ordonnaient de punir comme je l’ai fait 37; d’un côté elles (les lois) leur ordonnent, s’ils surprennent un amant avec leur femme de se venger comme ils l’entendent38.

22Dans ces trois situations, le verbe utilisé, keleuo, marque la notion d’ordre. L’orateur soutient que ce sont les lois qui prescrivent une sanction (la mort) pour celui qui commet un adultère et l’obligation de se venger pour le mari outragé. Leur autorité s’impose même au tribunal. Écoutons, une fois encore, Euphilétos :

  • 39 Lysias, I, 30.

Vous entendez, juges, le tribunal de l’Aréopage lui-même qui, comme au temps de vos ancêtres, a aujourd’hui le privilège des affaires de meurtre, se voit interdire en termes formels de déclarer meurtrier quiconque a surpris un homme en flagrant délit d’adultère avec sa femme et s’en est vengé comme je l’ai fait39.

23La lecture que Démosthène propose du texte de Dracon est plus nuancée. Dans le Contre Aristocrate qui aurait été lu en 352, Démosthène commente ainsi la loi de Dracon :

  • 40 Démosthène, Contre Aristocrate, 53.

Elle autorise expressément le meurtre dans les cas spécifiés par elle40.

Un peu plus loin l’orateur avance :

  • 41 Démosthène, Contre Aristocrate, 55.

Avec son épouse, dit la loi, sa mère, sa sœur, sa fille ou la concubine qu’il a prise pour avoir des enfants libres : celui qui tue en pareil cas est également exempt de peine : absolution plus justifiée qu’aucune autre41.

24Il nous semble que la lecture de Démosthène est plus conforme à la lettre du nomos. Le texte retient que le meurtrier ne sera pas banni. Il ne dit pas explicitement que le nomos ordonne l’homicide de l’amant comme le soutient Lysias. En d’autres termes, l’homicide est excusé, légitimé, il n’est pas imposé par la loi. On peut émettre des réserves sur la pertinence de l’argumentation proprement juridique de Lysias. L’orateur a cependant le mérite d’attirer l’attention sur la fonction de la loi.

1. 2. 2. La fonction de la loi

25Où l’on en vient à étudier le mécanisme juridique que le plaidoyer met en évidence. En voici la logique : un homicide, interdit par la loi, est ici justifié par son effet même. La question de l’autorisation ou de l’ordre de la loi se rapporte à la même logique. La nuance est d’intensité, certes. Mais, au total, c’est le législateur qui supprime le caractère illégal de l’acte. Démosthène le dit fort bien, dans une formule d’une étonnante modernité :

  • 42 Démosthène, Contre Aristocrate, 54. L’orateur mentionne ici le cas du meurtre commis pendant les je (...)

En cas de meurtre commis dans les jeux, il n’y a pas de délit42.

  • 43 Article 327 ancien du code pénal.

26Jusqu’en 1994, notre code pénal comportait une disposition analogue, qui reprenait à l’identique le raisonnement grec « Il n’y a ni crime, ni délit lorsque l’homicide, les blessures ou les coups étaient ordonnés par la loi et commandés par l’autorité légitime »43. Il est probable que Lysias force un peu l’interprétation de la loi en suggérant l’existence d’un ordre et non d’une simple autorisation. Qu’à cela ne tienne ! L’orateur reste dans la logique du sens littéral de la loi : c’est elle qui légitime l’homicide.

  • 44 En ce sens cf. Humbert, 2007, p. 115‑116.

27Quelles fonctions remplit ici la loi ? On peut retenir avec la majorité des commentateurs que le nomos a pour mission de fixer la place qui revient à chacun dans l’organisation de la Cité44. Dépassant, sans la remettre en cause, cette première fonction de la loi, le plaidoyer en dévoile une autre : le nomos organise, en la canalisant, la vengeance privée. Reprenons ces deux aspects.

  • 45 Gernet, 1924, p. 103.

28La loi organise la vie des hommes. Le souci d’ordonner la vie des hommes préexiste au nomos et même, probablement, à l’idée de droit. A qui revient alors le privilège de définir cette organisation ? Au chef du genos d’abord, puis avec l’avènement de la Démocratie, au législateur. En témoigne la réception des premières lois pénales posées par les Grecs. « La matière de l’homicide était l’objet d’une législation ancienne, vénérable par certains caractères religieux, et d’autant plus soucieuse de justice impersonnelle qu’elle devait son origine à l’intervention arbitrale de la cité dans un domaine qui était formellement de droit privé »45. Où l’on mesure l’empreinte de la cité, du collectif, dans l’administration de la justice. Avec ces lois, le chef de famille, celui-là même qui dirige le génos, ne dispose plus d’un pouvoir de décision discrétionnaire lorsqu’il s’agit de rendre la justice. L’individu est évincé au profit de la collectivité. Et l’individu doit se soumettre à la loi, la respecter et lui obéir. Euphilétos revendique ainsi cette obéissance :

  • 46 Lysias, I, 5.

Du reste si je risque moi-même de perdre aujourd’hui ma vie, ma fortune et tout le reste c’est pour avoir obéi aux lois de la cité46.

  • 47 L’approche étymologique enseigne que « le système peithomai, epithomèn, pépoitha issu d’une base *b (...)

29Dans le texte de Lysias, la référence à l’obéissance est matérialisée par le verbe peithomai qui signifie obéir47.

  • 48 Laingui, Lebigre, 1979, p. 95.
  • 49 Laingui, Lebigre, 1979, p95.

30La loi canalise la vengeance. Lysias démontre fort bien que la loi légitime la vengeance d’Euphilétos. Ce choix n’est pas insignifiant. A d’autres époques, en d’autres lieux, le traitement accordé à celui qui se venge d’un adultère est fixé par une technique juridique différente : l’excuse de provocation. La différence est grande. Certes, l’excuse de provocation a été longtemps qualifiée de fait justificatif, comme l’ordre de la loi. A ce titre, elle suppose aussi « la réunion de faits qui ont pour effet d’anéantir le caractère coupable d’un acte incriminé »48. Mais, dans l’excuse de provocation, ce sont les sentiments ressentis par l’auteur de l’acte, à l’incitation de la victime, qui constituent ces faits. Cette dernière provoque chez l’agresseur de la colère (iracundia) et de la douleur (dolor). Un peu à la manière de la légitime défense, l’auteur de l’acte répond à une sollicitation de la victime. A la différence de la légitime défense, il le fait de manière excessive. Ainsi : « Lorsque l’accusé avait excédé le droit que chacun détient de répondre à la violence par la violence, (légitime défense) lorsque pour se défendre, il n’avait pas observé cette mesure que l’ancienne jurisprudence, à l’imitation du droit romain, qualifiait de moderamen inculpatae tutelae, il devait être puni, mais sans rigueur, car s’il ne pouvait plus prétendre avoir agi en légitime défense, il avait au moins été provoqué par sa victime. C’est bien la colère qui l’avait poussé ou l’indignation, pour user du vocabulaire cartésien des passions »49.

  • 50 Cantarella, 2000.
  • 51 Cantarella, 2000, p. 55.
  • 52 Homère, Il., IX, 632‑636 : On accepte pourtant du meurtrier d’un frère une compensation - on en acc (...)
  • 53 Cantarella, 2000, p. 59.
  • 54 Cantarella, 2000, p. 60.

31Lorsque c’est la loi qui légitime l’homicide, la personnalité du mari outragé s’efface. C’est la norme, et elle seule, qui intervient pour supprimer la sanction. La volonté individuelle est sans effet. Alors, la loi confisque le monopole de la vengeance privée. Cela marque une étape décisive dans l’histoire grecque. Les travaux d’Eva Cantarella nous apprennent la lente émergence d’un contrôle légal sur la vengeance privée ancienne50. L’auteur rappelle que, dans les poèmes de l’épopée homérique « la vengeance était un devoir social, auquel ne pouvait se soustraire celui qui voulait rester au nombre des agathoi. »51. Il y eut une première évolution avec l’instauration d’une poinè52. Puis, « lasse de l’état permanent de guerre immanquablement causé par une chaîne incontrôlée de vengeances, la conscience sociale s’était mise à considérer positivement le choix de celui qui acceptait la rançon et avait lentement décidé que, une fois fait, ce choix devait être définitif : autrement dit que la poinè était une variante de la vengeance »53. Un pas supplémentaire semble franchi avec l’instauration des gérontes, conseil des anciens, auxquels revenait la mission de vérifier que la rançon avait bel et bien été payée. S’ils convenaient que tel avait été le cas, la vengeance de l’offensé devenait alors illégitime. Dans le cas contraire, implicitement, les gerontes, donnaient l’autorisation de tuer à l’offensé. Ce dernier n’agissait plus exclusivement pour son compte, pour son seul intérêt. « La sentence (des gerontes) lui conférait une procuration implicite pour user de la force physique afin d’assurer le respect d’une règle de conduite que la communauté sociale jugeait fondamentale pour sa survie »54. Avec la loi de Dracon, l’évolution se poursuit. Le contrôle de la violence privée, de la vengeance privée, revient encore plus à la société via la loi. Le rôle limité des gerontes – habilités à vérifier le versement de la poinè – se transforme. Des organes judiciaires sont institués, à qui il appartient désormais de vérifier si les circonstances extérieurs requises existent afin que l’acte de vengeance, déterminé par la loi, soit légitime. C’est dans cette phase d’évolution que se situe l’affaire qui nous occupe. Lysias entend convaincre les juges que les termes de la loi ont été respectés : Euphilétos n’a pas tendu de guet-apens à Ératosthène, qu’il a trouvé en flagrant délit d’adultère avec sa femme. Dès lors, l’homicide commis en retour est légitime. On le voit, ainsi présentée, l’affaire révèle que la sphère publique a confisqué à son profit la vengeance privée. Ainsi canalisée, celle-ci échappe à l’individu. Et l’on ne peut manquer de s’interroger sur la gravité de l’offense initiale, l’adultère, qui permet la légitimation d’un homicide.

2. L’illégalité de la relation sexuelle hors mariage de l’amant

32Euphilétos prétend avoir surpris Ératosthène avec sa femme, dans une situation laissant supposer la consommation d’un acte sexuel. Selon lui, les amants auraient commis un adultère au sens légal du terme. A cette heure de l’histoire d’Athènes, l’acte constitue une offense très grave.

2. 1. La définition du flagrant délit d’adultère

33Euphilétos décrit ainsi la scène à laquelle il prétend avoir assisté, avec ses témoins. Écoutons le :

  • 55 Lysias, I, 29.

Ayant poussé la porte de la chambre, les premiers entrés et moi, nous eûmes le temps de voir l’homme couché près de ma femme : les derniers le trouvèrent debout, tout nu, sur le lit. Alors juge, je le frappe, je le renverse, je lui ramène les deux mains derrière le dos, je les lui attache et je lui demande pourquoi il a pénétré dans ma demeure pour m’outrager. Lui reconnaissait son crime55.

34Les détails sont fonctionnels. Ils visent à convaincre l’auditoire que les conditions posées par Dracon, pour que l’homicide puisse être justifié, sont respectées. Dans la loi précitée sont énumérées les femmes avec lesquelles est consommée la relation sexuelle prohibée. Ce sont, dans l’ordre, l’épouse (damarti), la mère (mètri), la sœur (adelphei), la fille (thugatri) et la concubine (pallakè) que l’on prend pour avoir des enfants. La loi précise aussi la matérialité de l’acte sexuel reprochable. Il faut que l’homme soit trouvé « sur » l’une des femmes nommées précédemment. La doctrine s’accorde pour traduire cela par flagrant délit. C’est à partir de ces indices que l’on peut cerner la situation qui donne lieu à un homicide justifié. Il y a d’abord des éléments de fond : le statut de la femme et les conditions exigées par la loi pour que l’acte sexuel soit reprochable (le flagrant délit). Mais nous avons aussi des éléments de forme : le vocabulaire utilisé. Les mots choisis sont lourds de sens et d’évocations. Il faut les considérer dans leur dimension conceptuel, c’est-à-dire étudier le sens qu’ils ont dans le contexte. Il convient aussi de s’enquérir de leur étymologie. Cumulées ces informations nous permettent de pointer les deux éléments décisifs pour qu’il y ait adultère au sens légal du terme : une femme mariée et la preuve de la réalisation d’une relation sexuelle potentiellement fécondante avec son amant. La première exigence est remplie et n’embarrasse pas Euphilétos. En revanche la seconde, le flagrant délit, est plus délicate à démontrer. C’est là que les efforts d’Euphilétos pour convaincre l’auditoire se font plus insistants.

  • 56 A ce titre l’emploi du mot damarti (dans l’expression epi damarti) ne manque pas de saveur. Le nom (...)
  • 57 Chantraine nous apprend que le mot « désigne la femme unit à un homme, concubine (Il. 24, 497) mais (...)
  • 58 Nous le trouvons aux § 4, 6, 8, 9, 10 (deux fois), 12, 15, 16 (deux fois), 17, 19, 24, 26, 31, 32, (...)

35Une épouse. La loi de Dracon nomme l’infidèle, damar56. La femme est désignée par son statut. C’est l’épouse légitime. Il y a continuité de signification entre l’emploi du terme archaïque damar, chez Dracon, et celui plus « neuf » de gunè chez Lysias57. Quand Euphilétos parle de sa femme il emploie le mot : gunè, gunaikos. Sous le calame de Lysias, le mot revient vingt fois58.

36C’est donc son statut plus que sa personne qui importe. Sa place dans la famille et dans la société compte davantage, lorsqu’il s’agit de la désigner, que l’acte qu’elle a commis. Nous verrons qu’il n’en va pas de même pour son amant.

37Une relation sexuelle potentiellement fécondante. C’est le point le plus délicat pour Lysias. Démontrer qu’Ératosthène a été surpris en plein ébats sexuels.

  • 59 ép’autophoroi signifie également « pris sur le fait ». En ce sens Cf Liddell, Scott, 1996, p. 284.
  • 60 Démosthène, Contre Stéphanos, I, 59, 70, 81.

38Le flagrant délit. L’adultère pris dans sa dimension juridique doit être matérialisé. Il suppose que les amants soient surpris en train de consommer l’acte sexuel. Nous trouvons deux manières d’exprimer l’idée. Dans le texte de Lysias nous pouvons lire l’expression ep’autophoroi qui exprime la flagrance59. Elle sera utilisée par d’autres orateurs avec un sens juridique60.

39La loi est concrète : il faut que l’homme soit surpris epi damarti, epi mètri, ep’adelphèi, épi thugatri. La préposition épi, suivie du datif se traduit pas « sur », elle indique le lieu. On imagine la scène : l’amant est surpris sur la femme infidèle. Il est en train de consommer l’acte sexuel. La flagrance ne suppose pas, de manière floue, les marques d’une communauté affective que des baisers ou des caresses suffiraient à matérialiser, d’ailleurs Lysias le fait rappeler par Euphilétos :

  • 61 Lysias, I, 38.

Si je l’avais envoyé chercher lorsqu’il n’y avait eu que des paroles échangées, sans aucun acte irréparable, j’aurais été coupable. Mais du moment que tout était déjà consommé et qu’il était entré dans ma maison, tous les moyens pour le perdre pouvaient me sembler permis61.

40L’acte sexuel décrit dans la loi impose que l’homme soit susceptible de verser sa semence dans le corps de la femme. L’élément matériel de l’adultère incriminé résulte bel et bien de l’accomplissement de l’acte sexuel. Autrement dit le couple doit être imbriqué l’un dans l’autre : Epi damarti arthra en apthrois echon. Cela signifie mot à mot : En ce qui concerne la femme mariée (l’homme) ayant les parties sexuelles dans les parties sexuelles. La situation ne semble pas aussi nette si l’on se fie aux propos d’Euphilétos. A entendre ce dernier, Ératosthène a été retrouvé à côté de sa femme, mais il a reconnu sa coupable liaison. C’est-à-dire la relation sexuelle consommée. Pour pallier les carences de la quasi-flagrance et avérer le fait, le mari mentionne l’aveu de l’amant. La crainte d’une sexualité potentiellement fécondante est aussi inscrite dans le mot utilisé pour nommer l’amant que, seul, le plaidoyer utilise.

  • 62 Chantraine nous apprend que : « le grec tardif et chrétien emploie souvent moichos et ses dérivés s (...)
  • 63 Le mot moichos se retrouve dans d’autres plaidoyers, notamment chez Démosthène Contre Néera, 110.
  • 64 Lysias, I, 4, 15.
  • 65 Lysias, I, 30, 33, 36 (2 fois), 40 et 49.
  • 66 Signalons, dans un souci de précision, que le mot avèr est employé une fois, au § 16, pour désigner (...)
  • 67 Liddell, Scott, 1996, p. 1141
  • 68 Liddell, Scott, 1996, p. 1293.
  • 69 Chantraine, 1999, p. 709.
  • 70 L’hypothèse d’une correspondance entre Ouranos et le verbe oureo-o est retenue par Chantraine, 1999 (...)

41Le mot utilisé pour nommer l’amant. C’est aussi dans le vocabulaire utilisé que s’inscrit la connotation sexuelle. Lysias désigne, à l’aide d’un seul et même vocable, l’amant. Il le nomme moichos. Ce mot n’apparaît pas dans la loi de Dracon. A l’heure où Lysias compose son plaidoyer, il circule déjà dans le vocabulaire athénien. Il survivra à l’époque avec succès62. On s’accorde pour le traduire par : amant adultère63. Dans le texte de l’orateur, la manière de nommer l’amant ou le fait de commettre un adultère est formellement uniforme et les mots appartiennent à une même famille. Regardons cela de plus prés. Le verbe moicheuo est utilisé à deux reprises64. Le nom moichos, à 6 reprises65 et le mot moicheia à 1 reprise. Dans toutes ces occurrences ces vocables sont placés par Lysias dans la bouche Euphilétos66. On s’en doute, moichos désigne Ératosthène. Moicheia, accolé à nomos, fait référence aux lois sur l’adultère. Quant à moicheuo il sert à traduire le fait de commettre un adultère et se rapporte toujours aux actes prétendus d’Eratosthène. Analysons les mots de façon plus précise. Le verbe moicheuo signifie, à cette époque, commettre un adultère, entretenir une liaison adultère67. Moicheia se traduit par crime d’adultère68, et moichos par homme adultère. L’étude de l’étymologie du mot moichos offre d’autres informations. Selon P. Chantraine : « Tout le monde admet que moichos est un nom d’agent répondant au présent de omicho « pisser »69. Il s’agit, d’après l’auteur, de termes vulgaires, nous reviendrons sur cette affirmation. Le verbe omicho signifie, nous l’avons noté, « pisser, lâcher de l’eau ». Nous y décelons une métaphore de l’éjaculation en tant qu’elle conduit à la reproduction. Ailleurs, dans la mythologie, la même image se retrouve. Gaia se reproduit seule, elle fabrique Ouranos. Celui-ci la couvre et la féconde en permanence. « Le nom même d’Ouranos, qui dérive du verbe uriner, dit bien quel était le processus météorologique de cette fécondation : c’est en lui pleuvant dessus »70. Dans cette logique, omicho (qui signifie également lâcher de l’eau) peut figurer l’acte de reproduction en des termes plus vulgaires, propres à stigmatiser l’attitude du moichos. Ainsi dans le plaidoyer de Lysias, l’incrimination de l’adultère identifié à un acte sexuel potentiellement fécondant apparaît avec clarté. Les indications données offrent matière à définir avec précision la relation sexuelle qui suscite tant de réprobation. Dans notre affaire, elle met en scène une femme mariée et son amant et risque de conduire à la grossesse de l’infidèle. C’est dire la gravité de l’acte.

2. 2. La gravité du flagrant délit d’adultère

  • 71 Notons au passage, même si cette question n’est pas abordée dans le plaidoyer, que l’amant adultère (...)

42Déjà, le châtiment autorisé, l’homicide, pointe la sévérité de la faute que constitue l’adultère et abouti à l’élimination physique de son auteur71. Euphilétos attire immédiatement l’attention des juges sur la gravité de l’acte commis par Ératosthène. Écoutons-le sur ce point :

  • 72 Lysias, I, 1, 2.

Je suis sûr que si vous regardiez les maux d’autrui du même œil que les vôtres, il n’est personne d’entre vous qui ne s’indignât de l’injure qu’on m’a faite : pour de telles pratiques vous trouveriez tous les peines existantes trop légères. Et vous ne seriez pas les seuls : on en jugerait ainsi dans toute la Grèce. Car c’est l’unique délit pour lequel, dans tous les États, démocratiques et oligarchiques, la loi accorde aux faibles et aux puissants la même vengeance ; sur ce point, grands et petits ont les mêmes droits tant cette injure est grave aux yeux de tous les hommes72.

43Ainsi présenté, l’adultère est déjà une faute contre la cité, avant même d’en être une contre Euphilétos. L’acte est donc grave, à plus d’un titre. Il heurte la finalité du couple légitime. Cela explique certainement l’image peu flatteuse que la littérature grecque véhicule de l’amant adultère. L’amant est moqué, méprisé, humilié. On pressent la hantise de l’adultère.

2. 2. 1. L’adultère et la finalité du couple

44Chez Lysias, le portrait de la femme infidèle est brossé par petites touches, de manière plus abstraite encore que celui de son amant. Saisie à travers les devoirs qui incombent à toute épouse, critiquée en raison de ses failles, elle incarne l’archétype de la femme, d’abord irréprochable, puis infidèle en ce qu’elle a rompu le « pacte de confiance ». Sa personnalité s’estompe au profit du personnage qu’elle campe dans la société athénienne.

45Surtout, Euphilétos nous renseigne sur la nature de sa relation avec sa femme avant qu’elle ne soit séduite par Eratosthène. Cela suffit à brosser un tableau éloquent des liens conjugaux. Écoutons-le :

Lorsque je décidais de me marier, Athéniens, et que j’eus pris femme, voici quelle fut d’abord mon attitude : évitant à la fois d’ennuyer ma femme et de lui laisser une liberté excessive, je la surveillais dans la mesure du possible et, comme de juste, j’avais l’œil sur elle.

Le mari continue sa narration :

  • 73 Lysias, I, 6.

Mais, du jour où nous eûmes un enfant, je n’eus plus de défiance, je lui confiai toutes mes affaires, estimant que nous étions maintenant unis par le plus fort des liens73.

  • 74 Liddell, Scott, 1996, p. 1407‑1408.
  • 75 Liddell, Scott, 1996, p. 1408. Il existe aussi un adjectif : pistos, signifiant : « sûr, honnête lo (...)

46L’emploi du verbe pisteuo témoigne de l’essence des liens tissés à l’occasion du mariage. Le mot signifie notamment : « croire en, se confier à, se fier à »74. Le substantif pistis exprime « la foi, la confiance en autrui, la fidélité »75. La relation de confiance soude le couple qui s’investit dans l’accomplissement d’objectifs communs. Chez Xénophon, les propos d’Ischomaque, s’adressant à sa jeune épouse, témoignent de la finalité du mariage :

  • 76 Xénophon, Economique, VII, 10, 11.

Dis-moi, ma femme, as-tu compris maintenant à quelle fin je t’ai épousée et à quelle fin tes parents t’ont donnée à moi ? Nous n’étions pas embarrassés, ni toi, ni moi, de trouver quelqu’un avec qui dormir : tu t’en rends bien compte, je le sais, tout comme moi. Mais après avoir réfléchi, moi pour mon propre compte, et tes parents pour le tien, au meilleur associé que nous pourrions nous adjoindre pour notre maison et nos enfants, je t’ai choisie pour ma part et tes parents, il me semble, m’ont choisi moi, parmi les partis possibles76.

  • 77 Il faut noter que le rôle du mari est fondamental dans cette association qu’est le mariage. Selon M (...)
  • 78 Lysias, I, 6. L’emploi, à ce moment, du terme oikeiotèta est certainement significatif. Chantraine (...)

47Ischomaque « en accord avec Socrate et avec bien d’autres, fonde le mariage sur d’autres matières, son maître mot c’est association… Ischomaque institue sa femme dans le rôle de collaboratrice »77. Par nature, une collaboration, une association, implique une relation de confiance au service de l’organisation de la maison et de la procréation. Entendons ainsi l’expression d’Euphilétos : depuis la naissance de leur enfant, lui et sa femme étaient liés par le plus fort des liens78. D’ailleurs la relation entre adultère et procréation est formellement rapportée par Aristote dans Les Politiques. Le Stagyrite expose au chapitre 16 de son ouvrage la réglementation des unions conjugales. L’essentiel de son propos concerne la question suivante :

Quand et entre quelles sortes de gens doivent avoir lieu les rapports conjugaux littéralement les successions d’enfants.

48Alors l’auteur préconise toute une série de comportements propices à la procréation d’enfants sains et robustes. Pour clore le chapitre il prévient en envisageant l’adultère :

  • 79 Aristote, Les Politiques, VII, 16, 18.

quant aux relations amoureuses avec un autre ou une autre, qu’il soit absolument déshonorant d’en avoir ouvertement de quelque manière et dans quelques circonstances que ce soit, aussi longtemps que l’on porte le nom d’époux. Et si pendant la période de procréation quelqu’un est surpris à accomplir un tel acte, qu’il soit frappé d’indignité proportionnellement à sa faute79.

49Par comparaison et replongée dans ce contexte, la clémence de la sanction du viol trouve sa justification. La rigueur de la peine encourue par le séducteur en comparaison de celle administrée au violeur s’explique aussi. Écoutons Lysias :

  • 80 Lysias, I, 33.

Ainsi, juges, pour ceux qui usent de violence, le législateur a été moins sévère que pour les séducteurs : ces derniers, il les a condamnés à mort, les autres à une amende du double. Ceux qui accomplissent leur acte par la force, a-t-il pensé, s’attirent la haine de leurs victimes : au contraire, les séducteurs corrompent leurs âmes, au point que les femmes des autres leur appartiennent plus intimement qu’aux maris ; ils deviennent les maîtres de toute maison et on ne sait plus à qui sont les enfants, aux maris ou aux amants80.

50Les priorités de la société athénienne se trouvent résumées : la domination du mari sur son épouse et l’importance de la procréation d’enfants légitimes. La crainte de l’enfant adultérin justifie que soit fustigé un acte sexuel commis hors mariage. Le risque d’une perte de contrôle du chef de famille sur sa femme apparaît éminemment plus grave que le dommage subi par la victime d’un viol. Ensemble, ils fondent l’acte incriminé (la relation sexuelle consommée) et la sévérité de la répression encourue par l’amant (l’homicide).

51Quittons maintenant le plaidoyer de Lysias. On peut trouver ailleurs dans la culture grecque des indices révélateurs de la crainte suscitée par l’adultère. Alors tout est fait pour flétrir, en la dévalorisant, l’image de l’homme adultère.

2. 2. 2. La dévalorisation de l’image de l’amant adultère

  • 81 En ce sens cf. Kapparis, 1996, p. 63.

52Il existait, en Grèce, de nombreuses pratiques visant à humilier les amants adultères81. Ce regard péjoratif se retrouve dans le vocabulaire employé pour nommer l’amant. P. Chantraine en a souligné le caractère vulgaire. Cela ne doit pas surprendre. Dans une société où l’autorité du chef de famille s’impose et où la femme est considérée comme faible, un terme méprisant utilisé pour désigner l’homme qui séduit la femme marié prend tout son sens. On mesure alors à quel point l’homme adultère est craint et détesté dans la société athénienne, et pas uniquement sur la scène juridique, en considérant les représentations littéraires qui font de lui un être grotesque, risible. Certes ces textes ne sont pas à proprement parler juridiques. Mais ils offrent un aperçu de l’utilisation de ces mots dans le contexte de l’époque. Quelques exemples pour s’en convaincre.

53Chez Homère, dans l’Odyssée, on retiendra la scène des amours d’Arès et d’Aphrodite au diadème tournées en ridicule par le mari trompé. Hélios avertit Héphaestos de l’infidélité de sa femme. Aussitôt le mari forge des chaînes pour prendre les amants. Ainsi capturés ils deviennent risibles. Héphaestos le sait bien, qui convoque les autres dieux en ces termes :

  • 82 Homère, Odyssée, VIII, 307‑308.

Zeus le père et vous tous, éternels Bienheureux ! Arrivez ! Vous verrez de quoi rire !82. On lit, un peu plus loin Sur le seuil ils étaient debout ces Immortels qui nous donnent les biens et du groupe de ces Bienheureux il montait un rire inextinguible : ah ! La belle œuvre d’art de l’habile Héphaestos !

54Chez Hésiode, ensuite, une condamnation non équivoque de l’adultère se retrouve. A preuve les propos du poète :

  • 83 Hésiode, Des Travaux et des Jours, 328‑330.

Le crime est pareil de qui maltraite un suppliant, un hôte ; de qui monte dans le lit d’un frère pour s’unir, furtif, à sa femme - répugnante faute83.

  • 84 En ce sens cf. Liddell, Scott, 1996, p 302. Platon aussi utilise le verbe baino pour fustiger certa (...)
  • 85 Suzanne Said nous livre des remarques passionnantes sur la perception de la sexualité, notamment de (...)

55Encore une fois, les mots choisis sont lourds de sens. Hésiode emploie le verbe baino pour exprimer le fait de s’unir. Ce verbe est utilisé pour désigner l’acte sexuel accompli par des animaux, on le traduit par « saillir »84. On voit poindre le mépris et la volonté de dévaloriser l’acte d’adultère. Enfin, Aristophane offre un panel d’images saisissantes en ce qu’elles dénotent un profond mépris et une réelle volonté d’humilier l’amant adultère85. Parmi ces exemples retenons-en deux, l’un pour l’emploi du mot moichos dans un registre vulgaire, l’autre pour l’évocation du traitement dégradant réservé à l’adultère. Dans les Acharniens, c’est la coiffure de Cratinos que moque l’auteur en des termes qui traduisent son désir de fustiger les mœurs de ce dernier :

et tu ne rencontreras pas non plus sur ton marché Cratinos flânant et t’accostant, Cratinos aux cheveux toujours tondu à l’adultère.

  • 86 Aristophane, Les Acharniens, 849‑850.

Le mot moichos est utilisé ici86. Dans Les Nuées Aristophane évoque le supplice de l’épilation appliqué à l’adultère :

  • 87 Aristophane, Les Nuées, 1085‑1089.

Mais quoi ? S’il se fait enfoncer un raifort dans le fondement pour t’avoir écouté, et épiler le derrière à la cire chaude, aura-t-il quelques maximes à dire pour prouver qu’il n’est pas « un large cul » ?87.

56On le voit, même hors du champ juridique, le regard porté sur l’adultère n’est guère complaisant. Ridiculisé, humilié l’amant adultère fait peur. Alors en retour on dévalorise son image, on le maltraite, on le nomme avec grossièreté.

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Said, S., 1998, Le rire des anciens, dans Sexe, amour et rire dans la comédie grecque, Actes du colloque international (Rouen, 11‑13 janvier 1995), Presses de l’École Normale Supérieure, p. 69‑76.

Sebillotte-Cuchet, V., 2007, 100 fiches d’histoire grecque, Bréal.

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Notes

1 Nous entendons par adultère la situation dans laquelle un homme ou une femme ont des relations extra-conjugales, c’est-à-dire hors mariage.

2 L’histoire du Proche-Orient témoigne de la sévérité avec laquelle le droit s’empare de l’adultère. Sophie Demare-Lafont consacre d’intéressants développements à ce sujet dans sa thèse. D’emblée, l’auteur souligne : « L’adultère est l’une des infractions les mieux documentées dans le matériel juridique et littéraire du Proche-Orient antique. La variété des sources abordant ce thème est remarquable : les textes légaux, les actes de la pratique, les présages, les incantations et les prières mésopotamiennes, la mythologie, les écrits sapientiaux cunéiformes et bibliques, les récits de l’Ancien Testament et enfin la littérature prophétique mentionnent plus ou moins longuement ce délit. Cette multitude d’attestations, provenant de régions et de périodes diverses, souligne l’importance plutôt que la fréquence d’un tel crime dans les civilisations de l’Orient ancien ». Demare-Lafont, 1999, p. 29.

3 Hoffmann, 1990.

4 Bizos, 2003, p. 25‑29.

5 C’est du moins la date que l’on propose habituellement pour son plaidoyer.

6 Les travaux de Gernet ont largement contribué à ouvrir cette voie. Cf. notamment Gernet, 1917.

7 Ainsi, Ost et Van De Kerchove soulignent le caractère semi-artificiel du langage juridique : « qui puise son vocabulaire et sa syntaxe de base dans le langage courant tout en leur imprimant certaines transformations, et en y ajoutant des termes et des tournures spécifiques ». Ost, Van De Kerchove, 1987, p. 46.

8 Pour reprendre le sous-titre de l’ouvrage de Chantraine. Selon l’auteur : « Le but idéal auquel doit viser un étymologiste est de définir la racine d’où se trouvent issus les mots qu’il étudie ». Chantraine, 1999 p. VIII.

9 Nous utiliserons, ici, le texte établi et traduit par Gernet, Bizos, 1924, p. 30.

10 Lysias, I, 4. C’est la première apparition du mot nomos dans le plaidoyer.

11 « En Grèce, c’est théoriquement le discours qui persuade l’homme. A Rome, la persuasion est conçue comme un effet de l’autorité des magistrats, non comme une technique que n’importe qui pourrait acquérir. », Debordes, 1996, p. 51.

12 Le mot se trouve à deux reprises au § 28.

13 Le mot loi est utilisé au singulier à 9 reprises, aux paragraphes : 26, 28 (deux fois), 29, 30 (deux fois), 31, 32 et 33. A 10 reprises le vocable se rencontre au pluriel, aux paragraphes : 4, 26, 27, 34, 35, 36, 48, 49 (deux fois) et 50.

14 Lysias, I, 36.

15 Lysias, I, 30.

16 Lysias, I, 26, 29, 30.

17 Lysias, I, 4, 26, 27, 28 (deux fois), 31 (deux fois), 33, 34 (deux fois), 35, 48, 49 (deux fois).

18 Lysias, I, 28, Lis donc d’abord la loi, 31 : Lis moi aussi cette loi.

19 Gaudemet, 1997, p. 10. Bénvéniste, avant lui, souligne l’importance du concept d’« ordre » chez les indo -européens. Écoutons le : « c’est là une des notions cardinales de l’univers juridique et aussi religieux et moral des Indo-Européens : c’est l’ordre qui règle aussi bien l’ordonnance de l’univers, le mouvement des astres, la périodicité des saisons et des années que les rapports des hommes et des dieux, enfin des hommes entre eux. Rien de ce qui touche à l’homme, au monde, n’échappe à l’empire de l’« Ordre » ». Un peu plus loin l’auteur signale la permanence dans le champ lexical des différentes langues issues de l’indo–Européen des notions d’ordre et d’ordonnancement. « Voila donc, reprend-il, dès l’indo-européen, un concept général englobant sous de nombreuses variétés lexicales les aspects religieux, juridiques et techniques de l’« ordre ». Mais sur chaque domaine des termes distinctifs étaient nécessaires. C’est pourquoi le droit a reçu des expressions plus précises et qui doivent être étudiées dans leur sphère propre ». L’auteur mentionne en grec le terme thémis qui est pour lui « le plus notable ». Benveniste, 1969, p. 100.

20 Jacqueline de Romilly note que ce mot apparaît aussi chez Archiloque, Théognis, Alcée. Mais parmi ses multiples sens on ne relève pas de sens politique. Il peut s’appliquer au chant et à la musique, ou bien désigner un rituel religieux, parfois une coutume, ailleurs un principe moral. Romilly (de), 2002, p. 14.

21 Aristote, Constitution d’Athènes, Mossé, 2002, p. 7, (IV, 1).

22 Solon, fragment 24, v 18‑20.

23 Il disparaît pratiquement en 450 selon Romilly (de), 2002, p. 17.

24 Violaine Sébillotte-Cuchet retient qu’à « Athènes, il y a trois mots pour désigner la loi : thesmos, nomos et psephisma. Le premier est un mot que l’on considère comme ancien et qui désigne la règle, de façon générale. Les nomoi renvoient également à des coutumes générales mais dans le contexte politique désignent des lois votées depuis Clisthène. Les pséphismata sont à l’origine des décrets pris au moyen de galets de vote, des psephoi. Les écrivains du ve siècle emploient de façon assez différenciée nomoi et pséphismata pour désigner des lois. Au ive siècle, il en va autrement car l’on distingue désormais des réglementations générales de durée illimitée, les nomoi, et des réglementations d’espèce, les pséphismata. » Sebillotte-Cuchet, 2007, p. 156.

25 Gaudemet, 2002, p. 76.

26 Fouchard, 2005, p. 17.

27 Lysias, I, 6.

28 Lysias, I, 50.

29 Ce passage se trouve dans la narration au § 29.

30 En ce sens Cantarella, 1990, p. 290, Cohen, 1984, p. 147‑146 et p. 155, Cohen, 1994. Pour un exposé plus général sur la législation sur l’adultère cf. Kapparis, 1995, p. 97.

31 En ce sens Cohen, 1984 p. 149.

32 Démosthène, Contre Aristocrate, 53.

33 Aristote, Ath. Pol. 57, 3 : Si l’accusé avoue l’homicide, mais soutient qu’il a agi légitimement, par exemple s’il a surpris la victime en flagrant délit d’adultère.

34 Il ressort des travaux de la doctrine que la loi de Solon permettait à quiconque saisissant un kakourgos en flagrant délit de le mener devant les Onze afin que ceux-ci le mettent à mort. En l’espèce Euphilétos semble s’être arrogé ce droit. En agissant ainsi, il n’aurait pas respecté les conditions posées par le texte de Solon.

35 Lysias, I, 26.

36 Lysias, I, 27.

37 Lysias, I, 34.

38 Lysias, I, 49.

39 Lysias, I, 30.

40 Démosthène, Contre Aristocrate, 53.

41 Démosthène, Contre Aristocrate, 55.

42 Démosthène, Contre Aristocrate, 54. L’orateur mentionne ici le cas du meurtre commis pendant les jeux. Cette hypothèse figure dans la même loi que celle qui nous intéresse. Elle ressort de la même logique et sa phrase concerne tout autant notre sujet.

43 Article 327 ancien du code pénal.

44 En ce sens cf. Humbert, 2007, p. 115‑116.

45 Gernet, 1924, p. 103.

46 Lysias, I, 5.

47 L’approche étymologique enseigne que « le système peithomai, epithomèn, pépoitha issu d’une base *bheidh- présente un aspect archaïque et trouve un correspondant dans le lat. fido. Les mots de cette famille expriment originellement la notion « de confiance, fidélité », Chantraine, 1989, p. 869. A son tour E. Benveniste nous apprend que : « à la famille de latin fides correspond en grec celle de peithomai. La forme verbale apparaît d’abord au moyen, le présent actif peitho, persuader, est secondaire ; il a été bâti assez tardivement sur peithomai : obéir ». Benveniste, 1969, Tome 1, p. 115.

48 Laingui, Lebigre, 1979, p. 95.

49 Laingui, Lebigre, 1979, p95.

50 Cantarella, 2000.

51 Cantarella, 2000, p. 55.

52 Homère, Il., IX, 632‑636 : On accepte pourtant du meurtrier d’un frère une compensation - on en accepte même pour un enfant mort ! - et, de cette façon, l’un reste dans son bourg, puisqu’il a largement payé, l’autre retient son âme et son cœur superbe, puisqu’il a reçu la compensation.

53 Cantarella, 2000, p. 59.

54 Cantarella, 2000, p. 60.

55 Lysias, I, 29.

56 A ce titre l’emploi du mot damarti (dans l’expression epi damarti) ne manque pas de saveur. Le nom damar, artos signifie : femme mariée, épouse. Il existe par ailleurs le verbe damazo dont la définition proposée dans le Bailly est la suivante : 1 au propre, soumettre au joug, domestiquer en parlant d’animaux. 2 par anal. soumettre (une jeune fille) au joug du mariage. Bailly, 1985, p. 428‑429. Allant plus loin, Chantraine lie les verbes damnèmi et damazo : « Sur le thème d’aoriste edamasa(s) a a été créé un présent dérivé damazo. Damnèmi, précise l’auteur « n’appartient pas au vocabulaire de la prose attique. Sens : « réduire par la contrainte » d’où « dompter » en parlant d’animaux, de jeunes filles, de peuples que l’on conquiert, etc. ». Le choix de la soumission féminine se trouve doublement inscrit : dans les règles familiales et dans la substance même des mots qui expriment ces normes. Chantraine nous offre d’intéressantes indications sur l’utilisation de ce mot. Il s’agit : « d’un terme archaïque qui désigne l’épouse légitime, toujours accompagnée du nom de mari chez Homère. Très rare en attique, le mot désigne dans des textes juridiques l’épouse ». Chantraine, 1999, p. 250‑251.

57 Chantraine nous apprend que le mot « désigne la femme unit à un homme, concubine (Il. 24, 497) mais concurrence avec succès les noms de l’épouse damar, alochos : c’est depuis Homère le nom de la femme mariée, opposé à étaira (Is. 3, 13). Chantraine, 1999, p. 250.

58 Nous le trouvons aux § 4, 6, 8, 9, 10 (deux fois), 12, 15, 16 (deux fois), 17, 19, 24, 26, 31, 32, 33, 37, 48, 49. Dans la quasi-totalité des occurrences le mot désigne une femme mariée : à onze reprises c’est Euphilétos qui l’utilise pour parler de sa propre femme. (§ 4, 6, 8, 10 deux fois, 12, 17, 19, 24, 26, 37). A deux reprises le mot est employé par une vieille femme qui aurait averti Euphilétos des agissements d’Ératosthène. (§ 16 deux fois). A six reprises Euphilétos désigne ainsi, de manière générique, les épouses légitimes (§ 15, 31, 32, 33, 48, 49). Enfin, une seule fois le mot est utilisé pour situer, dans l’espace, le lieu d’habitation des femmes et celui des hommes. Les premières sont logées en bas. Pour des raisons de commodités, les soins à donner à l’enfant, les femmes habitent en bas, dans leur appartement (gunaikontin) et Euphilétos en haut.

59 ép’autophoroi signifie également « pris sur le fait ». En ce sens Cf Liddell, Scott, 1996, p. 284.

60 Démosthène, Contre Stéphanos, I, 59, 70, 81.

61 Lysias, I, 38.

62 Chantraine nous apprend que : « le grec tardif et chrétien emploie souvent moichos et ses dérivés soit au sens propre (adultère) soit au sens figuré, celui qui trahit la foi. Le grec moderne a gardé moichos, moicheuo ». Chantraine, 1999, p. 708‑709.

63 Le mot moichos se retrouve dans d’autres plaidoyers, notamment chez Démosthène Contre Néera, 110.

64 Lysias, I, 4, 15.

65 Lysias, I, 30, 33, 36 (2 fois), 40 et 49.

66 Signalons, dans un souci de précision, que le mot avèr est employé une fois, au § 16, pour désigner l’amant adultère. Lysias fait alors parler une vieille femme envoyée en secret par une épouse séduite, puis visiblement délaissée par Ératosthène.

67 Liddell, Scott, 1996, p. 1141

68 Liddell, Scott, 1996, p. 1293.

69 Chantraine, 1999, p. 709.

70 L’hypothèse d’une correspondance entre Ouranos et le verbe oureo-o est retenue par Chantraine, 1999, p. 838‑839. Le dictionnaire Bailly en propose la définition suivante : « uriner, répandre le liquide séminal d’où engendrer ». Bailly, 1985, p. 1425. Par ailleurs cette métaphore de la reproduction se retrouve chez Hésiode. Théogonie, 175 et s. De même, à la fin de la trilogie inspirée par la légende des Danaïdes, dont Les Suppliantes constitue le premier volet, Eschyle fait dire à Aphrodite : Le ciel sacré sent le désir pénétrer la Terre, un désir prend la Terre de jouir de l’hymen : la pluie du ciel époux, descend comme un baiser vers la Terre, et la voilà qui enfante aux mortels les troupeaux qui vont paissant et le fruit de vie de Déméter, cependant que la frondaison printanière s’achève sous la rosée de l’hymen -et de tout cela la cause première c’est moi, Picco, 1999, p. 71.

71 Notons au passage, même si cette question n’est pas abordée dans le plaidoyer, que l’amant adultère est l’objet d’une autre forme d’exclusion : ses enfants ne peuvent accéder à la citoyenneté.

72 Lysias, I, 1, 2.

73 Lysias, I, 6.

74 Liddell, Scott, 1996, p. 1407‑1408.

75 Liddell, Scott, 1996, p. 1408. Il existe aussi un adjectif : pistos, signifiant : « sûr, honnête loyal, fidèle ». Eschyle le met dans la bouche de Clytemnestre : à mon époux rapporte bien ceci : « qu’il se hâte de répondre aux désirs de sa cité ! Qu’il vienne retrouver aussi dans sa maison, telle qu’il l’y laissa, une épouse fidèle (gunaika pistèn). Eschyle, Agamemnon, 606. Il faut nuancer la comparaison. La pièce d’Eschyle et le plaidoyer de Lysias n’utilisent pas obligatoirement le même registre langagier.

76 Xénophon, Economique, VII, 10, 11.

77 Il faut noter que le rôle du mari est fondamental dans cette association qu’est le mariage. Selon Marein, 2009, p. 97 « Pour qu’elle puisse devenir cette épouse idéale, il convient, comme le souligne Ischomaque, que son époux fasse son éducation car elle a tout à apprendre ; son intelligence n’est pas éveillée, elle n’a ni expérience, ni idée, elle n’est pas habituée aux soins du ménage. Comme le berger est responsable de ses moutons, le cavalier de son cheval, Ischomaque est responsable de sa femme dont il entreprend un véritable dressage ».

78 Lysias, I, 6. L’emploi, à ce moment, du terme oikeiotèta est certainement significatif. Chantraine classe ce vocable parmi les dérivés de oikos (maison). Il le définit ainsi : « relations familiales, intimité, vie en commun, accord ». Chantraine, 1999, p. 781.

79 Aristote, Les Politiques, VII, 16, 18.

80 Lysias, I, 33.

81 En ce sens cf. Kapparis, 1996, p. 63.

82 Homère, Odyssée, VIII, 307‑308.

83 Hésiode, Des Travaux et des Jours, 328‑330.

84 En ce sens cf. Liddell, Scott, 1996, p 302. Platon aussi utilise le verbe baino pour fustiger certains comportements humains dans Phèdre. Sans doute l’homme dont l’initiation n’est pas récente, ou bien qui s’est laissé corrompre, ne s’élance point rapidement de ce lieu-ci vers là-bas, vers la beauté en soi, quand sur terre il contemple ce qui en porte le nom : aussi, loin d’élever son regard avec respect dans cette direction, il s’adonne au plaisir et comme une bête se met en devoir de saillir (baino), de répandre sa semence et, dans l’élan de sa frénésie ne craint ni ne rougit de poursuivre un plaisir contre nature. 205e.

85 Suzanne Said nous livre des remarques passionnantes sur la perception de la sexualité, notamment de l’adultère, et le rire chez Aristophane : « Dans les comédies d’Aristophane, la transgression des interdits sexuels se traduit par un recours constant à l’obscénité ». Un peu plus loin l’auteur souligne que « le langage grossier qui est normalement banni du discours public est omniprésent, au point qu’on a pu lui consacrer un livre ». Enfin elle relève la place de l’adultère dans l’œuvre d’Aristophane : « Dans l’univers d’Aristophane, le désir ne connaît les limites que lui impose la société athénienne, et ne distingue guère entre les amours permises et les amours interdites. Le sexe masculin et son image divine Phalès ne reculent pas devant l’adultère. Les dieux donnent l’exemple, eux qui se promènent en érection pour aller commettre l’adultère avec des garces comme Alcmène ou Alopé ». Said, 1998, p. 69‑76.

86 Aristophane, Les Acharniens, 849‑850.

87 Aristophane, Les Nuées, 1085‑1089.

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Pour citer cet article

Référence papier

Marielle de Béchillon, « Le mari, l’amant et la loi dans le plaidoyer de Lysias. Sur le meurtre d’Eratosthène »Pallas, 83 | 2010, 379-397.

Référence électronique

Marielle de Béchillon, « Le mari, l’amant et la loi dans le plaidoyer de Lysias. Sur le meurtre d’Eratosthène »Pallas [En ligne], 83 | 2010, mis en ligne le 01 octobre 2010, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/11599 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.11599

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Auteur

Marielle de Béchillon

Maître de conférences de droit privé à l’université de Pau, Membre associée d’ERASME-PLH, Université de Toulouse-le-Mirail
marielle.debechillon[at]neuf.fr

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Droits d’auteur

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