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Le public et son miroir

« Ana arkat ūmī… »1 : transmission et réception du souvenir dans les inscriptions royales assyriennes (1114 - vers 630)

« Ana arkat ūmī… »: transmission and reception of memory in the Assyrian royal inscriptions (1114-circa 630)
Nathaël Recoursé
p. 343-357

Résumés

L’article consiste en une présentation des stratégies discursives relatives à la transmission et à la réception du nom, au travers des hauts faits, d’un souverain à un autre dans une partie significative du corpus des inscriptions royales assyriennes, de Tiglath-phalazar Ier (1114-1076 av. J.-C.) à Aššurbanipal (668-vers 630 av. J.-C.). Cette perspective, loin d’épuiser la question complexe du destinataire et de sa présence dans les documents, met toutefois en lumière quelques enjeux fondamentaux du récit : préservation du message idéologique par le double truchement de la protection divine et de l’action du prince futur, garanties par la formule finale ; célébration et commémoration des accomplissements royaux, conçues à la fois comme restaurations d’un certain ordre du monde établi à l’origine par les divinités et comme seuls moyens de se prémunir de l’oubli ; emploi du nom en tant que manifestation essentielle de l’existence et des actes d’une personne ; inscription dans une chaîne dynastique, exprimée au moyen des généalogies et des mentions de réalisations effectives, qui donne corps à un certain idéal de royauté assyrienne.

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Texte intégral

  • 1 « Dans les jours futurs… », formule tirée d’une inscription de Tiglath-phalazar Ier (1114‑1076), qu (...)
  • 2 Winter, 1983 ; contra Bachelot, 1991. Tadmor, 1997 propose encore de nouvelles nuances dans l’emplo (...)
  • 3 Le degré de « literacy », en Mésopotamie, pose problème aujourd’hui encore. Voir la récente synthès (...)
  • 4 La plupart des langues de Mésopotamie emploie le système d’écriture cunéiforme. Pour noter l’akkadi (...)
  • 5 Quelques inscriptions monumentales ont été trouvées çà et là ailleurs dans l’empire, mais elles son (...)
  • 6 Russell, 1991, p. 238‑239.

1Le destinataire des textes officiels assyriens ne se laisse pas cerner aisément. Quel public pour les proclamations du souverain assyrien, alors que s’étend sa domination sur la majeure partie de la Mésopotamie, à partir de la fin du iie millénaire ? Si, au sein de l’ensemble documentaire des inscriptions royales, quelques éléments sont susceptibles d’orienter la réflexion du chercheur d’aujourd’hui, il reste difficile d’apporter une réponse ferme et définitive à la question, même à bien regarder les autres sources, textes « littéraires », lettres, documents de la pratique… En témoigne ainsi le débat sur la pertinence de l’emploi du terme « propagande » à propos d’inscriptions dont le public est mal connu et dont la diffusion du message au sein de la population ne peut être, en conséquence, qu’imparfaitement évaluée2. La première difficulté réside dans le caractère hétérogène de la documentation, qui regroupe des textes divers, sur des supports divers. La deuxième difficulté est liée à la question du degré de « literacy » des personnes ayant accès aux inscriptions3. Cet aspect en recouvre plusieurs : d’une part, la langue des inscriptions royales est généralement ce que les assyriologues appellent le « babylonien standard », une langue artificiellement recomposée par les scribes de cour, sur la base du dialecte akkadien dit « paléo-babylonien » (usité au début du iie millénaire en Babylonie), fortement teinté d’assyrianismes ; d’autre part, les scribes aiment aussi à manipuler les signes cunéiformes, jouant de leurs graphies et de leurs valeurs phonétiques ou idéographiques pour complexifier à l’envie les inscriptions4. Partant, il ne suffit pas de savoir lire et écrire une correspondance ordinaire pour avoir directement accès à la teneur d’une inscription royale. Enfin, la troisième difficulté est celle de la localisation des inscriptions, qui pose la question des personnes susceptibles d’y avoir physiquement accès. La grande majorité des documents a ainsi été exhumée dans les palais et les temples des grandes capitales assyriennes (Aššur, Kalhu, Dûr-Šarrukîn puis Ninive), lieux très fermés, où, vraisemblablement, seuls une partie de l’administration et quelques privilégiés peuvent pénétrer5. J. M. Russell, dans son étude sur le palais de Sennacherib (704‑681) à Ninive6, identifie douze « publics » que l’on peut regrouper en quatre grands ensembles : les occupants du palais (le roi, le prince héritier et la famille royale, les courtisans, les domestiques) ; les sujets en visite (Assyriens, provinciaux) ; les étrangers de passage (domestiques étrangers, prisonniers étrangers, sujets étrangers, étrangers libres) ; les « hypothétiques » (les dieux, les rois futurs).

  • 7 Voir à ce sujet les réflexions de Russell, 1991, p. 8‑10 et p. 223‑224. Pour les populations soumis (...)
  • 8 Villard, 1997. Voir également Charpin, 2008, p. 31‑95.

2Les sujets en visite et les étrangers de passage ne peuvent, selon toute vraisemblance, accéder directement au sens des inscriptions. En revanche, l’effet recherché dans l’exposition des inscriptions se produit sans aucun doute : les signes cunéiformes et les images monumentales auxquelles ceux-ci sont fréquemment associés participent de la manifestation écrasante du pouvoir royal assyrien, dont la maîtrise accomplie de l’écrit, moyen efficace de contrôle du monde, est un élément clé7. Les occupants du palais, pour leur part, reçoivent une éducation plus ou moins poussée en matière de lecture et d’écriture8. Ils sont, en outre, au fait de bien des événements racontés dans les inscriptions et peuvent saisir plus aisément les allusions dans les textes et les images à certaines traditions orales ou littéraires. Mais ce sont les publics « hypothétiques » (dieux et rois futurs) qui constituent les seuls récepteurs explicitement évoqués dans les inscriptions royales assyriennes. Plus précisément, ce sont les seuls princes à venir qui sont explicitement désignés comme destinataires : ce sont eux qui, par conséquent, permettent de s’interroger sur les enjeux de la « présence du destinataire dans l’œuvre ».

3Les dieux font l’objet de fréquentes invocations, au début des inscriptions et à des moments clés de la narration. Ils sont aussi les garants de la transmission du contenu des documents d’une génération à une autre, par le biais de la « formule finale », paragraphe conclusif que l’on retrouve fréquemment dans les textes officiels et qui appelle le rubû arkû, le « prince futur », à restaurer à la fois l’inscription et le bâtiment où elle se trouve. Quels sont les motifs idéologiques qui transparaissent dans la volonté des monarques d’établir leurs hauts faits et d’en garantir la transmission ? Selon quelles modalités les souverains ultérieurs en assurent-ils la réception ? Au total, quelle représentation de la royauté assyrienne est ainsi constituée ? L’enquête qui suit se propose de répondre brièvement à ces vastes interrogations, au moyen d’un parcours qui commence avec une présentation des inscriptions royales et de l’idéologie qui les anime, se poursuit avec la question de l’appel au prince futur et celle de la survivance à travers la remémoration du nom, et se termine en soulignant les pratiques effectives de réception, par les souverains postérieurs, de la mémoire des aïeux.

1. Inscriptions royales et condition du souverain

  • 9 Edzard, Renger, 1980, p. 59‑77.
  • 10 Ainsi la célèbre « inscription standard » d’Aššurnasirpal II (883‑859), qui ornait les murs de son (...)
  • 11 La description qui suit est celle d’un idéal-type heuristique, duquel on ne saurait conclure à une (...)

4Qu’est-ce qu’une inscription royale ? Depuis le début du iie millénaire, au moins, les hauts fonctionnaires de la cité Aššur – nom de la capitale et de la divinité poliade – font enregistrer par leurs scribes, comme il est de tradition en Mésopotamie, le récit de leurs accomplissements de bâtisseurs. À la fin du iie millénaire, ces fonctionnaires prennent le titre royal ; ils entament la première expansion territoriale proprement assyrienne, sous la gouvernance d’Adad-nêrârî Ier (1307‑1275). Les inscriptions intègrent et exaltent alors une autre dimension de la fonction royale : la réussite militaire. L’ensemble des textes ainsi produit est regroupé génériquement par les savants modernes dans la catégorie des « inscriptions royales ». Cet agrégat est composite, regroupant des textes divers (annales, marques de propriété, textes votifs…) sur des supports variés et disposés en des lieux divers9, hétérogénéité renforcée par le nombre de copies parfois très élevé d’un même texte, que seules distinguent les unes des autres d’infimes variantes10. Dans le cadre de cette enquête, je me bornerai aux inscriptions les plus développées, qui comportent la narration d’une série de campagnes (organisées géographiquement et/ou chronologiquement) et un récit de construction. Le texte de ses inscriptions peut être divisé en sections qui perdurent, dans une organisation variable, jusqu’à la chute de l’empire néo- assyrien (vers 610)11 :

  1. une généalogie et une titulature royales, parfois précédées d’une invocation divine plus ou moins développée. Les dieux y apparaissent comme les soutiens du souverain, conditions de possibilité de l’action royale et les hauts faits narrés leur sont dédiés ;

  2. les relations d’une ou de plusieurs campagnes, organisées selon deux modalités temporelles (la succession des éponymes et, à partir de Salmanazar III [858‑824], celle des années de règne), voire une modalité géographique (les campagnes de telle région, puis de telle autre, etc.) ou un mixte entre organisation temporelle et organisation géographique ;

  3. assez rarement une mention des activités cynégétiques ;

    • 12 Sur le récit de construction, voir notamment Lackenbacher, 1982, p. 145‑167.

    enfin, le récit de construction, où sont narrés les accomplissements du monarque bâtisseur, parfois clos par une « formule finale », bénédictions ou malédictions adressées à un « prince futur » qui respecterait ou ne respecterait pas les consignes de restauration de l’inscription exprimées par le souverain12.

  • 13 J’adapte ici le « régime héroïque d’historicité », tel que proposé par Sahlins, 1985, p. 50‑78 et c (...)
  • 14 Liverani, 1979.

5Pourquoi le souverain assyrien fait-il rédiger des inscriptions ? Si l’on ne peut répondre de manière totalement assurée, il est néanmoins possible de mettre en exergue quelques éléments importants. Tout d’abord, les actes du roi assyrien sont porteurs de sens, il ne s’agit pas d’agissements communs. Véritable colonne vertébrale de la société, le souverain occupe une place privilégiée de médiateur entre les dieux et le reste de l’humanité. Il est šangû – c’est-à-dire prêtre – du dieu Aššur, dont il exécute les volontés. Au travers du prisme de nos sources (qui proviennent presque exclusivement de la chancellerie royale), il acquiert un impact historique disproportionné : c’est le principe non pas du « chacun compte pour un », mais plutôt du « un seul compte pour tous »13. Chaque bataille remportée voit grandir un peu plus la réputation d’Aššur, tandis que chaque bâtiment construit ou restauré célèbre les fastes de sa grandeur. Le tout honore la victoire sans cesse renouvelée de l’ordre du centre civilisé sur la périphérie chaotique14.

  • 15 On connaît ainsi le texte de l’hymne de couronnement d’Aššurbanipal (668‑630/627), qui commande au (...)
  • 16 Bahrani, 2008, p. 9‑21.
  • 17 L’hymne de couronnement d’Aššurbanipal, déjà mentionné, proclame ainsi : « Aššur et roi ! Oui, Aššu (...)

6Ensuite, idéologiquement, l’impérialisme galopant dont fait preuve l’Assyrie au iie et au ier millénaire est présenté non pas comme un choix du souverain, mais comme une nécessité à lui commandée par le dieu Aššur en personne, lors du rituel de couronnement15. La guerre menée par les Assyriens est donc toujours juste16, et les inscriptions royales – dans lesquelles toute prospective à court terme est absente – apparaissent comme un moyen de signifier que le contrat symbolique qui unit le roi à la divinité est correctement rempli. En ce sens, les dieux semblent bien être les premiers destinataires des inscriptions royales. Ils sont supposés au fondement de toute action royale et l’homme qu’ils ont élu agit en leur nom : le roi assyrien n’est jamais que le šar māt dAššur, c’est-à-dire le « souverain du pays du dieu Aššur », qui régente le royaume terrestre pour le compte de la divinité et avec son soutien17.

7En somme, récit qui célèbre et qui commémore, l’inscription royale est un instrument de domination à la fois de l’espace, par le biais de son exposition, et du temps, à travers l’agencement ordonné de son récit. Cette dernière dimension n’est pas la moindre puisque la royauté est affaire de dynastie, les souverains qui se succèdent donnant corps à une institution monarchique dont il s’agit de perpétuer l’éclat par le dépassement renouvelé des hauts faits du prédécesseur. À ce titre, l’inscription sert aussi de borne, qui marque ce qui a été fait et dessine en creux les accomplissements à venir. Dans ce contexte, la « formule finale », déjà évoquée, prend tout son sens.

2. Un destinataire désigné : le prince futur comme moyen d’organiser sa survivance

2.1. La formule finale

  • 18 RIMA 2, p. 30‑31. La séquence qui précède rappelle que le souverain a restauré le temple d’Anu et d (...)

8L’appel au rubû arkû, le « prince futur », se compose généralement de deux éléments : des bénédictions demandées aux dieux en cas de restauration des bâtiments ruinés, des malédictions en cas d’injure faite aux inscriptions du souverain. Ainsi Tiglath-phalazar Ier termine-t-il le texte de plusieurs de ses prismes d’argile, déposés dans le temple d’Anu et d’Adad à Aššur18 :

Dans les jours prochains, dans les jours à venir, pour toujours, puisse un prince futur, lorsque le temple d’Anu et d’Adad, les grands dieux mes seigneurs, et ces ziggurats deviendront vieux et s’écrouleront, restaurer leurs (parties) en ruine. Puisse-t-il oindre d’huiles mes stèles de pierre et mes inscriptions de fondation, sacrifier un animal, les remettre à leurs places et inscrire son nom avec mon nom. Puissent les dieux Anu et Adad, les grands dieux mes seigneurs, le guider gracieusement comme moi dans la joie et la victoire.
Celui qui casserait (ou) effacerait mes stèles de pierre et mes inscriptions de fondation, (les) jetterait dans l’eau, (les) brûlerait, (les) couvrirait avec de la terre, (les) dissimulerait dans une maison-azag où elles ne pourraient être vues, effacerait mon nom inscrit et écrirait le sien (…), puissent les dieux Anu et Adad, les grands dieux mes seigneurs, (…) lancer sur lui une cruelle malédiction. (…) Puissent-ils arracher les fondations de son trône royal. Puissent-ils mettre fin à sa noble lignée (…).

  • 19 SAA 2, passim. Plus précisément, sur les occurrences de formules de malédiction dans les textes sum (...)

9Tantôt imposante, tantôt simplement absente, cette formule finale rappelle certaines dispositions des adê, conventions jurées passées devant les divinités par lesquelles le roi est reconnu comme seul légitime19. L’aspect verbal employé y est en général l’optatif, qui correspond grammaticalement à l’expression du souhait ou de l’ordre indirect : l’appel au prince futur revêt un caractère contraignant, qui l’invite fermement et sous contrôle divin à procéder à la restauration du bâtiment et à l’entretien des inscriptions de son prédécesseur. Une fois inscrite et lors de chacune de ses récitations, la formule finale des inscriptions royales assyriennes active le réseau des puissances divines qui fixent la trame des événements du monde ; elle est supposée conditionner la subordination du descendant aux exigences de l’aïeul. Elle témoigne ainsi de l’importance accordée à la fonction mémorielle des inscriptions royales en projetant le récit qui la précède dans un futur lointain, au-delà de la vie du monarque régnant. Sa présence vise à garantir une transmission et une réception efficaces du récit des hauts faits royaux, récit conçu comme seul à même de perpétuer la mémoire du roi disparu. Exprimant un appel, elle instaure quelque chose comme un dialogue entre le monarque défunt et celui appelé à régner après lui, échange dont l’enjeu est une certaine maîtrise du temps : rattachement à une dynastie royale de grande antiquité pour le souverain futur ; survivance par-delà la mort pour le souverain passé.

2.2. Se survivre par l’édification de sa descendance

  • 20 Cassin, 1969.
  • 21 Georges, 2003 est l’édition la plus récente et la plus complète. Traduction française : Bottero, 19 (...)

10Cette dernière question est fondamentale : c’est principalement la mort et toutes les interrogations métaphysiques qu’elle suscite qui occupent le champ temporel de l’avenir dans les inscriptions royales assyriennes. Comment appréhender le temps futur et la possible oblitération mémorielle qu’il implique ? Le problème est épineux, qui est rendu sensible par la langue même : la spatialisation du temps opère ce qui nous paraît être une inversion de nos valeurs ; ce qui a déjà eu lieu est situé devant (déclinaisons de pānû, « la face ») et ce qui est à venir est situé derrière (déclinaisons de arkatu, « derrière », que l’on retrouve dans l’expression rubû arkû)20. En d’autres termes, l’homme mésopotamien entre dans l’avenir à reculons. De ce problème de l’incertitude du temps futur, le souverain assyrien souffre grandement : bien qu’étant de condition intermédiaire, entre les hommes et les dieux, il n’échappe en aucune façon à son état de mortel. Trouver le moyen de se survivre devient alors un motif puissant dans la compilation des inscriptions royales, une dynamique magistralement illustrée par un texte célèbre dans l’ensemble du Proche-Orient ancien et dont une version assez complète a été exhumée à Ninive, dans la bibliothèque d’Aššurbanipal (668‑630/627) : l’Épopée de Gilgameš21.

11Élaborée à partir de poèmes en sumérien puis diffusée en akkadien et traduite en plusieurs langues (hittite, hurrite), l’Épopée de Gilgameš aborde longuement, en termes souvent allégoriques, la question de la vie et de la mort de la figure royale. Gilgameš est le souverain puissant d’Uruk, dans le sud de la Mésopotamie. Après une requête des habitants de la cité, lassés de ses excès, les dieux lui donnent un adversaire, Enkidu, pour que, luttant ensemble, ils s’épuisent mutuellement. Après l'affrontement, ils décident de s’allier et accomplissent alors des exploits, comme couper d'immenses cèdres dans une forêt protégée par un redoutable gardien ou abattre un taureau gigantesque envoyé sur terre par le dieu Anu. La deuxième partie du récit est marquée par le décès d’Enkidu, qui suscite l’incompréhension chez Gilgameš et marque le point de départ d’une quête de la vie éternelle. Au terme de multiples péripéties, le souverain comprend que l’immortalité des dieux lui est a jamais inaccessible, mais que l’immortalité du souvenir est à portée d’exploit. Gilgameš est le paradigme du monarque mésopotamien, fort, élu par les dieux mais de condition mortelle, qui n’a d’autre choix, pour rester dans la mémoire des hommes, que de réaliser de grandes choses et de les enregistrer dans l’argile ou la pierre. Et c’est par le truchement de la descendance que se perpétue le souvenir du roi disparu : le début de l’Épopée invite ainsi le lecteur, mis en position de rubû arkû, à prendre connaissance des tablettes où le grand roi d’Uruk a inscrit son histoire et à admirer les murailles de la cité.

  • 22 Le cas de Sennacherib est, sur ce dernier point, le plus connu. Voir Van de Mieroop, 1999, p. 42- 4 (...)

12Édifié par les écrits de Gilgameš, son prédécesseur héroïque, le roi assyrien mène une course analogue contre l’oubli. Il fixe dans la matérialité de l’argile, de la pierre ou du métal le récit de ses exploits, œuvre à l’établissement et à la restauration des bâtiments. Les versions des textes sont complétées et recomposées au gré des campagnes et des activités de bâtisseur : des paragraphes entiers sont copiés sur d’autres supports, dans d’autres contextes ; des passages sont ajoutés, lorsque des données nouvelles apparaissent, tandis que d’autres disparaissent, dans les versions des inscriptions les plus tardives, parce qu’ils ont perdu de leur actualité22. Dans les fondations des édifices, le souverain dépose des tablettes, souvent faites de pierres ou de métaux précieux (matériaux durables), ou d’imposants cônes d’argile, qui mentionnent au minimum son nom et sa généalogie ; sur quelques briques il fait également graver un court texte avec son nom, voire sa généalogie ; sur les murs il place des stèles commémoratives qui relatent ses accomplissements – stèles dont le revers est parfois inscrit d’un résumé, utile si l’élément tombe à terre.

  • 23 Bottéro, 1987, p. 233‑251.
  • 24 Glassner, 1993, p. 139.
  • 25 Westenholz, 1997, p. 294‑368 pour la version retrouvée dans la bibliothèque de Ninive.

13Les écrits du monarque constituent autant de signes qui servent à instruire les souverains à venir. Car les dires ancestraux portent en eux un message édifiant : comme le montre la divination, le passé agit comme réservoir des possibles, qui permet de comprendre le présent et d’anticiper le futur23. Le texte dit de la Légende de Kutha, version néo-assyrienne (première moitié du ier millénaire) d’un récit qui remonte à l’époque paléo-babylonienne (première moitié du iie millénaire), relate les lamentations du roi Narâm-Sîn d’Akkad (2254‑2218) à l’endroit de son « prédécesseur » Enmerkar (la Liste royale sumérienne en fait un roi d’Uruk ayant régné 420 ans24 ; il a sans doute régné au début du iiie millénaire). Celui-ci n’a pas laissé d’inscriptions relatant ses hauts faits et empêche ainsi son descendant de bénéficier de précieux conseils alors qu’il est confronté à son tour à une redoutable armée25. À l’opposé, Narâm-Sîn prend soin, comme le rappellent les premières lignes de la Légende de Kutha, d’inscrire sur une stèle le récit de ses exploits. Il permet ainsi aux futurs monarques appelés à lui succéder, d’une part, de profiter de sa propre expérience de la royauté et, d’autre part, d’honorer comme il se doit son nom.

3. La constitution de la chaîne dynastique : du roi d’un temps à la royauté éternelle

3.1. Le nom du souverain

  • 26 RIMA 3, p. 56. Le mot néo-assyrien mušarû, « inscription », s’écrit aussi avec les idéogrammes mu e (...)

14En effet, en fixant de la sorte le récit de ses hauts faits, le monarque assyrien place principalement son nom au cœur des enjeux de la transmission mémorielle. Dans les inscriptions, le rubû arkû apparaît avant tout comme le dépositaire du nom de ses aïeux, nom qui constitue le motif élémentaire des inscriptions, comme l’illustre une brève formule finale de Salmanazar III26 :

Puisse un prince futur restaurer les parties en ruines (du bâtiment précédemment évoqué), et remettre mon nom inscrit (Mu šat-̣ ra) et le nom (Mu) des rois, mes pères, à leur place. Aššur, Adad (et) les grands dieux écouteront ses prières.

  • 27 Radner, 2005. Voir également le dernier chapitre de Charpin, 2008, p. 229‑256.
  • 28 Le cas le plus célèbre est celui du roi Assarhaddon (680‑669). Son nom en akkadien est Aššur- aha-i (...)
  • 29 Traduction de Bottéro, Kramer, 1989, p. 604. Traduction du texte complet et commentaire, p. 602‑679 (...)

15Que représente le nom dans la civilisation assyrienne ? En quoi est-il fondamental dans les dynamiques de transmission et de réception de la mémoire dans les inscriptions royales assyriennes ? Une étude récente de Karen Radner répond à ces questions, pour les civilisations suméro-akkadiennes abordées ensemble27. Le nom, en Mésopotamie, n’est pas un élément aléatoirement choisi, phénomène aux implications de surface ; il répond plutôt à une série de besoins précis et est déterminé selon un dessein : il arrive ainsi qu’une personne change de dénomination, notamment en accédant à une nouvelle fonction à la cour28. Dans la littérature suméro-akkadienne, qui utilise fréquemment la négation comme figure de l’absence, une chose qui n’est pas nommée n’existe pas encore ; ainsi les premiers vers de l’Enūma eliš, récit qui célèbre l’avènement du dieu Marduk à la tête du panthéon babylonien29 :

Lorsque Là-haut
Le ciel n’était pas encore nommé,
Et qu’Ici-bas la terre-ferme
N’était pas appelée d’un nom

  • 30 Voir ainsi Aššurnaṣirpal II : « Aššur, le seigneur qui a appelé mon nom… », dans RIMA 2, p. 195.
  • 31 Radner, 2005, p. 16‑27.

16De la même façon, lorsque les dieux élèvent l’homme à la dignité royale, c’est fréquemment en appelant son nom30. On le voit, un principe d’analogie est à l’œuvre, qui établit une façon d’adéquation entre le nom et la chose nommée. Une fois écrit, il est alors susceptible d’être interprété, en s’appuyant notamment sur les possibilités de variation plastique de l’écriture cunéiforme, devenant un moyen de connaissance de celui qui le porte, voire du monde entier31. En somme, à chaque fois que le nom d’une personne est prononcé, celle-ci est comme ramenée à la vie, convoquée depuis un temps passé dans un temps présent où ses actes prennent alors un sens nouveau, utile aux contemporains. Le nom du souverain véhicule, lors de sa seule énonciation, l’ensemble du message idéologique contenu dans le discours royal, parce que l’on y associe étroitement un certain idéal de la royauté auquel des générations de souverains ont donné corps. S’il fait sens pris seul, s’il est un moyen de convoquer le souvenir du roi disparu, il revêt aussi une grande importance comme maillon de la chaîne dynastique constituée par la mise en série des noms royaux.

3.2. Les listes de noms

  • 32 Glassner, 1993, p. 146‑151.

17La phrase šumušu itti šumiya lilṭur, « puisse-t-il inscrire son nom avec mon nom », qui revient fréquemment dans les formules finales, invite le rubû arkû à s’inscrire dans une succession de personnages qui sont, ensemble, la royauté assyrienne. Dans les inscriptions royales, les prédécesseurs sont souvent appelés abū, « pères », avec adjonction d’un possessif. L’utilisation est métaphorique – car l’on connaît plusieurs usurpateurs –, mais trouve un pendant dans la formule finale, avec le terme de marū, des « fils » parmi lesquels les dieux élèveront le nom du prince futur : la monarchie est une affaire de famille, consanguinité ou pas. Cette chaîne dynastique prend la forme d’une liste de noms, laquelle fait l’objet de fréquentes compilations écrites qui permettent aux rois de faire remonter leur ascendance à une très haute antiquité. Il existe, en effet, une Liste royale assyrienne qui consigne, suivant un ordre chronologique, les souverains assyriens, leur ascendant au premier degré et la durée de leur règne32. Les premières versions sont sans doute composées à l’époque de Šamšī-Adad Ier (1796‑1775), mais on n’en connaît que des copies mises à jour du xie au viiie siècle, preuves d’une réactualisation régulière. Ces listes de noms constituent un moyen efficace pour les morts de se rappeler à la présence des vivants ; elles jouent un rôle important dans la transmission du souvenir des souverains prédécesseurs.

  • 33 Radner, 2005, p. 87‑88.
  • 34 Bottéro, 1980.
  • 35 Voir à ce sujet les réflexions de Finkelstein, 1966, p. 113‑116 sur une liste royale babylonienne. (...)

18Tout d’abord, dans certaines pratiques rituelles en l’honneur des défunts33. La mieux connue est la cérémonie du kispu, sans doute adoptée dans toute la Mésopotamie, qui consiste en des libations et un banquet offerts aux morts, où l’on récite les généalogies des disparus. La pratique est avant tout apotropaïque, visant à éloigner des vivants les eṭimmu, sorte de doubles ombreux des défunts, qui errent sur terre lorsque leurs cadavres n’ont pas été inhumés correctement34. Mais elle est aussi, vraisemblablement, une cérémonie de la mémoire, qui réunit un segment de population autour d’un repas où l’on énonce le nom des disparus. Le kispu est un moment de communion historique, qui invite les morts dans la mémoire des vivants et abolit toute distance entre les uns et les autres. On y évoque les noms des grandes figures du passé, peut-être même leurs histoires, et l’on peut se réjouir de connaître de la sorte une très ancienne ascendance, qui renforce de surcroît le pouvoir du souverain et de son entourage35.

  • 36 Andrae, 1913.

19Ensuite, l’influence des listes royales est peut-être également sensible dans ce que les assyriologues appellent, à la suite des archéologues allemands du début du xxe siècle, les « Stelenreihen »36. Il s’agit de rangées d’orthostates, exhumées à Aššur, qui mentionnent le nom et parfois une courte généalogie d’un souverain. À l’époque assyrienne, elles étaient alignées le long du mur de la cité et la rangée des stèles royales était doublée par celle des limmu, les éponymes (pour lesquels on connaît, là aussi, des listes de noms). La stèle royale la plus ancienne appartient à Adad-nêrârî Ier, la plus récente à Aššurnaṣirpal II (883‑859) ; trois stèles appartiennent à des reines (Sammuramat, épouse de Šamši-Adad V [823‑811], une épouse de Sennacherib et Aššuršarrat, épouse d’Aššurbanipal) qui attestent l’importance du lieu jusqu’à la fin de l’empire néo-assyrien.

  • 37 Miglus, 1984; Thomason, 2005, p. 109‑116.

20Plusieurs interprétations de cet agencement ont été proposées : des pierres tombales, un calendrier géant, une forme de masṣ ẹ bôt (lieu où l’on érige des stèles vierges pour représenter des personnes ou des divinités, attesté surtout sur la côte syro-palestinienne), des images intercédant auprès des dieux pour obtenir leur soutien37… Difficile de déterminer exactement la fonction de ces « Stelenreihen », mais leur lien étroit avec les listes royales et les listes d’éponymes semble faire sens : il n’est pas anodin que listes comme rangées de stèles aient été trouvées dans la ville d’Aššur même, antique capitale assyrienne, qu’il est parfois difficile, dans les textes, de distinguer du dieu souverain éponyme. Sans doute est-ce un moyen supplémentaire de mettre en scène, concrètement, la chaîne dynastique qui donne corps à l’institution monarchique assyrienne, chaîne dynastique déjà esquissée dans les listes royales et au moyen de la transmission des inscriptions royales.

  • 38 Borger, 1956, p. 3. C’est bien le mot abu, « père », qui est utilisé pour désigner l’« ancêtre ».

21Enfin, il est probable que les listes royales, utilisées conjointement avec les inscriptions des prédécesseurs, soient utilisées pour apporter certaines précisions chronologiques dans les récits des souverains du temps. L’exemple le plus significatif est sans doute ce que les assyriologues allemands appellent les « Distanzangaben » : pour introduire un récit de construction, un monarque mentionne avec exactitude la généalogie des bâtisseurs et les événements survenus dans l’histoire de la construction qu’il s’apprête à restaurer à son tour. Ainsi procède par exemple Assarhaddon38 :

Le temple d’Aššur, qu’Ušpia, mon ancêtre, prêtre d’Aššur, avait auparavant construit était tombé en ruine ; Erišu, fils d’Ilušumma, mon ancêtre, prêtre d’Aššur, le reconstruisit. 126 années passèrent et il tomba de nouveau en ruine ; Šamši-Adad, fils d’Ilukapkapi, mon ancêtre, prêtre d’Aššur, le reconstruisit. 434 années passèrent et ce temple fut détruit par un incendie ; Salmanazar, fils d’Adad-nêrârî, mon ancêtre, prêtre d’Aššur, le reconstruisit. 580 années passèrent, la salle intérieure de culte, la résidence d’Aššur mon seigneur, la maison-šahūru [partie du temple], la maison de Kubu, la maison de Dibar, la maison d’Ea devinrent ruinées, décrépies et vétustes… [Suit un récit de construction.]

  • 39 Landsberger, 1954, repris par De Odorico, 2001, p. 18.

22On ne connaît que peu d’exemples de ces « Distanzangaben », mais les données chronologiques avancées sont vraisemblables39 ; quoi qu’il en soit, la pratique témoigne d’un réel souci de positionnement dans le temps et d’une volonté d’ancrer dans un passé très lointain, et maîtrisé, la lignée dont le monarque est issu. Le cycle des restaurations est un moyen de se poser en continuateur de l’œuvre royale jusqu’ici menée, qui a pour enjeu la préservation du monde, conçu comme création des dieux, parfaite à l’origine mais soumise aux pressions progressives de forces entropiques (c’est-à-dire qui refusent la soumission à Aššur), lesquelles contraignent les dynastes assyriens à porter plus avant leur domination. Dans cette perspective, les inscriptions royales permettent de déterminer avec plus de précision ce qu’il reste à accomplir ; c’est pourquoi les lettrés de la cour, sinon le souverain lui-même, recherchent activement puis prennent connaissance des inscriptions des grands souverains du passé.

4. De l’ascendant au descendant, du descendant à l’ascendant : la réception des inscriptions royales par le rubû arkû

  • 40 Nabonide (556‑539), roi de Babylone, mentionne ainsi la découverte de documents de fondation suppos (...)
  • 41 Ellis, 1968, p. 97‑98.
  • 42 RIMA 2, p. 30. Le texte est de Tiglath-phalazar Ier.

23Le phénomène est particulièrement sensible pour les documents de fondation (ceux enterrés dans les fondations d’un bâtiment lors de son édification ou de sa restauration). Quelques textes significatifs d'un roi néo-babylonien évoquent les fouilles actives de fondations de tel ou tel temple dans l’espoir d’en exhumer des textes qui l'informeraient des éléments à prendre en compte lors de la restauration du bâtiment40. Semblablement, une tablette d’or, datant du règne d’Adad-nêrârî Ier, et deux tablettes, l’une d’or, l’une d’argent, datant du règne de Salmanazar Ier (1274‑1245), sont sans doute trouvées par Salmanazar III et remises en terre durant son règne41. Les documents semblent être traités avec un grand respect, et les plus anciens paraissent être mis en relation avec les plus récents42 :

J’inscrivis sur mes inscriptions monumentales et (sur celles) d’argile mes victoires héroïques, mes réussites dans la bataille […]. Je les déposai dans le temple […] et, en plus, oignis les stèles de Šamši-Adad avec des huiles, sacrifiai un animal et les remis à leur place.

  • 43 Luckenbill, 1924, p. 154. Sennacherib est aussi connu pour avoir ajouté son nom à un sceau dont le (...)

24Un texte de Sennacherib laisse même à penser qu’existent d’autres installations, comparables aux « Stelenreihen », à Ninive cette fois, le long du mur intérieur, composées d’inscriptions royales plus développées43 :

Je façonnai des stèles commémoratives et j’y fis inscrire la victoire et le pouvoir que, avec le soutien du dieu Aššur, mon seigneur, j’imposai durablement à la totalité de mes ennemis. Je les laissai pour les jours à venir aux rois, mes fils, dans le mur intérieur de Ninive, ma cité royale, avec les stèles commémoratives des princes qui m’ont précédé.

  • 44 Pour une étude poussée, voir Bahrani, 2003.

25Le modèle de continuité se manifeste encore avec l’érection par des souverains successifs de la ṣalam šarrutiya, « l’image de ma royauté », en certains lieux choisis du territoire. Le terme akkadien de ṣalmu, « image », est d’interprétation difficile44. Il renvoie à un rapport complexe entretenu par les Assyriens avec les représentations figurées (statues en ronde-bosse, bas-reliefs, etc.). Celles-ci sont presque toujours associées à l’écrit et ont diverses propriétés, au premier rang desquelles celle d’incarner exactement ce qu’elles figurent, c’est-à-dire de lui donner une existence concrète en un lieu donné. La ṣalmu peut faire l’objet de différentes stratégies qui rendent manifeste le lien essentiel qui unit artefact figurant et entité figurée : stèles et statues peuvent donner corps à un dieu, qui vit alors dans le temple, sa demeure terrestre, ou bien agir comme « orants » dans ces mêmes temples ; les statues peuvent aussi être enlevées et déportées, puis mises au service d’autres statues (notamment les statues de divinités) ; bas-reliefs et statues en ronde-bosse peuvent être mutilés (visage effacés, yeux crevés, oreilles coupées…), comme l’on mutile des prisonniers, etc. Partant, l’association de plusieurs images royales en différents endroits du territoire permet de signifier la continuité, dans le temps et dans l’espace, d’une domination assyrienne en permanence réactualisée.

  • 45 RIMA 2, p. 200‑201.

26Ainsi Aššurnaṣirpal II, lorsqu’il arrive à la source du Subnat, un affluent du Tigre, où se trouvent déjà les images de Tukultî-Ninurta Ier (1244‑1208) et de Tiglath-phalazar Ier, s’empresse d’ériger à son tour la sienne45 :

À la source de la rivière Subnat, là où sont dressées les images de Tiglath-phalazar et de Tukultî-Ninurta, rois d’Assyrie, mes ancêtres, je façonnai (et) j’érigeai l’image de ma royauté avec les leurs.

  • 46 Pour Liverani, 2004, Aššurnaṣirpal II a pour ambition première de restaurer le territoire assyrien (...)
  • 47 « Stèle de Zinjirli ». Börker-Klähn, 1982, nº 213. Commentaire dans Porter, 1995.

27En agissant ainsi, Aššurnasṣirpal II fait trois choses fondamentales : il réaffirme sa domination sur un territoire maîtrisé de longue date, il se détermine comme héritier de glorieux aïeux et, enfin, il perpétue le message idéologique à l’intention de toute personne qui atteindrait également un endroit symbolique46. Par ailleurs, le mouvement peut aller de l’ascendant vers le descendant : en un temps où l’empire est agité par les troubles internes, Assarhaddon décide de faire graver sur une stèle l’image des fils choisis pour lui succéder, Šamaš-šum-ukîn à Babylone et Aššurbanipal à Ninive, aux côtés de la sienne47. En intégrant de la sorte ses héritiers à la mise en scène dynastique, Assarhaddon les propulse dans la sphère royale, de laquelle tout deux participent alors : ils sont immédiatement légitimes et leur autorité ne peut être contestée.

28Cette tension permanente entre deux temporalités, celle passée et celle à venir, constitue l’une des clés de la compréhension de l’idéologie déployée dans les inscriptions royales assyriennes. Le présent royal est marqué à la fois par la nécessité de porter toujours plus avant la domination d’Aššur, donc de dépasser en grandeur les actes de souverains précédents, et par l’obligation de se rattacher à ces mêmes souverains, qui constituent l’assise légitime du pouvoir royal. Pour cela, il ne suffit pas d’accomplir des hauts faits ; il faut, de surcroît, les faire enregistrer et assurer leur transmission. Diverses stratégies sont alors mises en œuvre, depuis le recours à la protection divine par la formule finale jusqu’aux inscriptions de fondations, invisibles tant que le bâtiment reste en élévation, ou aux mises en scène de la dynastie par une combinaison efficace de l’écrit et de l’image, accordés puis exposés avec minutie (rangées d’orthostates, stèles érigées en des lieux de passage ou, au contraire, en des lieux réservés, ornementations des temples et des palais, etc.). L’oscillation de l’ascendant au descendant, du descendant à l’ascendant, donne à voir une royauté puissante, conquérante, capable d’imposer le pouvoir d’Aššur au reste du monde. Loin de toute dynamique de progrès, les souverains assyriens se situent plutôt dans celle de la restauration : sous la pression de forces extérieures le pouvoir originel d’Aššur s’est amoindri et il appartient aux monarques, ses régents, de le rétablir. On comprend alors mieux le soin apporté à l’élaboration et à l’entretien des inscriptions royales, à la compilation des listes royales ou à la rénovation des bâtiments délabrés qui recèlent les écrits : il s’agit là d’autant de signes manifestes que la puissance du grand dieu des Assyriens, et donc de ses représentants, rayonne sur le monde.

Conclusion

29Malgré une documentation caractérisée par la rigidité des formules et la monotonie de la phraséologie, on ne saurait oublier que le corpus utilisé dans le cadre de cette enquête se déploie sur près de 480 ans et qu’il semble évident que la société assyrienne connaît de nombreuses mutations au cours de ces siècles. La perpétuation de la tradition n’implique pas sa reproduction à l’identique, mais une réactualisation qui, si elle trouve son origine dans des schèmes analogues, répond à des nécessités nouvelles. Pour autant, certaines dynamiques restent sensibles sur toute la période.

30Le monarque assyrien, intermédiaire entre les dieux et les hommes, fait enregistrer le récit de ses hauts faits, comme une manière de compte-rendu au dieu Aššur, par lequel il est élu et au nom duquel il gouverne. Ces écrits lui permettent de laisser une trace, un signe, de son action et, partant, de rendre manifeste, immédiatement et pour les temps à venir, ce qui a été accompli dans le cadre de l’exercice de son pouvoir. Il importe au roi que la mémoire de ses exploits ne soit pas perdue, parce que, d’une part, elle est le seul moyen pour lui de se survivre et, d’autre part, elle constitue une tradition qui légitime toute autorité monarchique ultérieure. Cette transmission passe par la préservation du nom et les différentes stratégies dont il fait l’objet, d’un souverain à un autre. Inscriptions et listes royales ou pratiques d’exposition (« Stelenreihen », expositions d’inscriptions royales, érections de statues…) sont autant de témoins du rôle clé joué par le récepteur dans la dynamique de transmission mémorielle. Celui-ci convoque la tradition pour résoudre les problèmes auxquels il se trouve éventuellement confronté ; il recherche les écrits antiques, en prend connaissance et tente de dépasser en tout ses prédécesseurs, pour que soit célébrée plus encore la grandeur d’Aššur.

  • 48 Glassner, 1993, p. 147.

31Toutes ces pratiques se développent au départ de la rédaction des inscriptions royales et au moyen de l’action ultérieure du rubû arkû, le prince futur, seul destinataire explicitement désigné dans les textes. Elles engendrent une impression voulue de continuité, qui oblitère toute rupture consommée entre le passé et le présent. Elles contribuent ainsi à donner une image cohérente, solide, de la monarchie assyrienne, issue en droite ligne, comme le rappelle la Liste royale assyrienne, des très indéterminés dix-sept rois sous la tente48. Tous les souverains sont artisans du renouveau de la puissance d’Aššur, contraint au repli, au fil du temps, par des énergies contraires. Les enjeux de la transmission et de la réception du souvenir sont donc multiples, qui vont du particulier à l’universel : si la célébration de ses hauts faits permet à un souverain d’assurer sa postérité par-delà la mort, cette célébration est aussi une exaltation de la divinité souveraine, Aššur, qui donne sa cohérence à la chaîne dynastique. Au total, la figure monarchique apparaît comme ambivalente : le roi est à la fois émetteur et récepteur du message des inscriptions royales ; il affirme fréquemment dépasser ses prédécesseurs, qu’il appelle néanmoins ses pères et qui sont, par leur antiquité, au fondement de sa légitimité ; enfin, il s’autorise toujours à choisir quelle disposition à lui laissée par un aîné il convient d’appliquer et quelle autre peut être oubliée. Et on ne peut aujourd’hui nier l’efficacité de ces méthodes : après tout, dans l’horizon géographique des Assyriens, leurs souverains furent un temps les maîtres du monde et, encore de nos jours, l’énonciation de leur nom implique la convocation des hauts faits auxquels ils prirent grand soin de se rattacher.

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Notes

1 « Dans les jours futurs… », formule tirée d’une inscription de Tiglath-phalazar Ier (1114‑1076), qui introduit la demande à un éventuel prince futur de restaurer le temple d’Anu-Adad à Aššur, que le souverain vient lui-même de rebâtir. RIMA 2, p. 30. Dans cette enquête, l’orthographe des noms propres suit celle adoptée dans Joannès, 2001. La translittération de l’akkadien suit les normes des RIMA (italiques pour les signes syllabiques, petites majuscules pour les signes idéogrammatiques).

2 Winter, 1983 ; contra Bachelot, 1991. Tadmor, 1997 propose encore de nouvelles nuances dans l’emploi du terme « propagande » pour l’époque néo-assyrienne.

3 Le degré de « literacy », en Mésopotamie, pose problème aujourd’hui encore. Voir la récente synthèse de Charpin, 2008, qui revient sur toutes ces questions.

4 La plupart des langues de Mésopotamie emploie le système d’écriture cunéiforme. Pour noter l’akkadien et les différents dialectes affiliés, les scribes utilisent principalement deux types de signes : les signes phonétiques (qui valent pour une syllabe et quelques voyelles) et les signes idéographiques (qui expriment un mot ou une idée en entier). Un même signe peut être à la fois phonétique et idéographique, et peut avoir plusieurs valeurs : ainsi le signe phonétique an peut valoir aussi pour la syllabe èl et pour l’idéogramme an (soit šamû, « le ciel », entre autres significations).

5 Quelques inscriptions monumentales ont été trouvées çà et là ailleurs dans l’empire, mais elles sont en nombre très restreint par rapport aux découvertes en Assyrie même : voir Morandi, 1988.

6 Russell, 1991, p. 238‑239.

7 Voir à ce sujet les réflexions de Russell, 1991, p. 8‑10 et p. 223‑224. Pour les populations soumises non akkadophones, Porter, 1995 montre bien que l’exposition publique d’une inscription cunéiforme monumentale sert à matérialiser dans l’espace la domination assyrienne, même dans des lieux où l’on n’emploie ni l’akkadien, ni l’écriture cunéiforme. La barrière de la langue et de l’écriture apparaît alors comme un moyen de filtrer les audiences et d’établir, en conséquence, une manière de hiérarchie entre proches du pouvoir et sujets provinciaux.

8 Villard, 1997. Voir également Charpin, 2008, p. 31‑95.

9 Edzard, Renger, 1980, p. 59‑77.

10 Ainsi la célèbre « inscription standard » d’Aššurnasirpal II (883‑859), qui ornait les murs de son palais à Kalhu et dont on connaît plusieurs centaines d’exemplaires. Voir RIMA 2, p. 268‑276.

11 La description qui suit est celle d’un idéal-type heuristique, duquel on ne saurait conclure à une rigidité organisationnelle des inscriptions. Pour une approche très détaillée, voir Grayson, 1980, p. 140‑159.

12 Sur le récit de construction, voir notamment Lackenbacher, 1982, p. 145‑167.

13 J’adapte ici le « régime héroïque d’historicité », tel que proposé par Sahlins, 1985, p. 50‑78 et commenté par Hartog, 2003, p. 38‑42.

14 Liverani, 1979.

15 On connaît ainsi le texte de l’hymne de couronnement d’Aššurbanipal (668‑630/627), qui commande au monarque d’agrandir son pays : voir SAA 3, p. 26‑27. Par ailleurs, Tiglath-phalazar Ier mentionne déjà dans une inscription (RIMA 2, p. 13) que les grands dieux [lui] ont ordonné d’élargir les frontières de leur pays.

16 Bahrani, 2008, p. 9‑21.

17 L’hymne de couronnement d’Aššurbanipal, déjà mentionné, proclame ainsi : « Aššur et roi ! Oui, Aššur est roi ! Aššurbanipal est le [régent ?] d’Aššur, la création de ses mains ! » Voir SAA 3, p. 26, l. 15.

18 RIMA 2, p. 30‑31. La séquence qui précède rappelle que le souverain a restauré le temple d’Anu et d’Adad à Aššur.

19 SAA 2, passim. Plus précisément, sur les occurrences de formules de malédiction dans les textes suméro-akkadiens, voir Pomponio, 1990.

20 Cassin, 1969.

21 Georges, 2003 est l’édition la plus récente et la plus complète. Traduction française : Bottero, 1992.

22 Le cas de Sennacherib est, sur ce dernier point, le plus connu. Voir Van de Mieroop, 1999, p. 42- 48.

23 Bottéro, 1987, p. 233‑251.

24 Glassner, 1993, p. 139.

25 Westenholz, 1997, p. 294‑368 pour la version retrouvée dans la bibliothèque de Ninive.

26 RIMA 3, p. 56. Le mot néo-assyrien mušarû, « inscription », s’écrit aussi avec les idéogrammes mu et sar, c’est-à-dire šumu, « nom », et šaṭāru, « inscrire ».

27 Radner, 2005. Voir également le dernier chapitre de Charpin, 2008, p. 229‑256.

28 Le cas le plus célèbre est celui du roi Assarhaddon (680‑669). Son nom en akkadien est Aššur- aha-iddina, « Aššur a donné un frère », qui devient Aššur-eṭel-ilāni-mukīn-apli, « Aššur, souverain des dieux, est celui qui établit l’héritier » lorsqu’il est désigné comme prince héritier par son père, Sennacherib (704‑681). Le monarque semble n’avoir que peu utilisé cette seconde dénomination.

29 Traduction de Bottéro, Kramer, 1989, p. 604. Traduction du texte complet et commentaire, p. 602‑679. L’œuvre est aujourd’hui encore désignée à la façon mésopotamienne, avec ses premiers mots : « enūma eliš », « lorsque là-haut/en haut ». Sur le nom et l’existence « physique », voir Radner, 2005, p. 15‑16.

30 Voir ainsi Aššurnaṣirpal II : « Aššur, le seigneur qui a appelé mon nom… », dans RIMA 2, p. 195.

31 Radner, 2005, p. 16‑27.

32 Glassner, 1993, p. 146‑151.

33 Radner, 2005, p. 87‑88.

34 Bottéro, 1980.

35 Voir à ce sujet les réflexions de Finkelstein, 1966, p. 113‑116 sur une liste royale babylonienne. Voir également, même s’il traite essentiellement du iie millénaire, les réflexions de Jonker, 1995, p. 223‑234.

36 Andrae, 1913.

37 Miglus, 1984; Thomason, 2005, p. 109‑116.

38 Borger, 1956, p. 3. C’est bien le mot abu, « père », qui est utilisé pour désigner l’« ancêtre ».

39 Landsberger, 1954, repris par De Odorico, 2001, p. 18.

40 Nabonide (556‑539), roi de Babylone, mentionne ainsi la découverte de documents de fondation supposés appartenir à Sargon d’Akkad (2334‑2279), Narâm-Sîn (2254‑2218) et Hammurabi (1792‑1750) aux côtés desquels il s’empresse de déposer ses propres inscriptions. Les textes sont dans Ellis, 1968, p. 181‑183.

41 Ellis, 1968, p. 97‑98.

42 RIMA 2, p. 30. Le texte est de Tiglath-phalazar Ier.

43 Luckenbill, 1924, p. 154. Sennacherib est aussi connu pour avoir ajouté son nom à un sceau dont le précédant propriétaire était Tukultî-Ninurta Ier ; une copie sur une tablette est connue, voir RIMA 1, p. 280‑281.

44 Pour une étude poussée, voir Bahrani, 2003.

45 RIMA 2, p. 200‑201.

46 Pour Liverani, 2004, Aššurnaṣirpal II a pour ambition première de restaurer le territoire assyrien dans ses frontières médio-assyriennes, c’est-à-dire précisément celles du règne de Tukultî-Ninurta Ier – ce qu’il parvient, du reste, à faire.

47 « Stèle de Zinjirli ». Börker-Klähn, 1982, nº 213. Commentaire dans Porter, 1995.

48 Glassner, 1993, p. 147.

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Pour citer cet article

Référence papier

Nathaël Recoursé, « « Ana arkat ūmī… » : transmission et réception du souvenir dans les inscriptions royales assyriennes (1114 - vers 630) »Pallas, 83 | 2010, 343-357.

Référence électronique

Nathaël Recoursé, « « Ana arkat ūmī… » : transmission et réception du souvenir dans les inscriptions royales assyriennes (1114 - vers 630) »Pallas [En ligne], 83 | 2010, mis en ligne le 01 octobre 2010, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/11488 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.11488

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Auteur

Nathaël Recoursé

Doctorant, Université de Toulouse II-le Mirail Università degli Studi di Padova Scuola Superiore di Studi Storici di San Marino
n.recourse[at]hotmail.fr

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Droits d’auteur

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