Navigation – Plan du site

AccueilNuméros83Le public et son miroirIntroduction

Le public et son miroir

Introduction

Anthony Andurand et Noémie Villacèque
p. 269-270

Texte intégral

  • 1 M. Bastin-Hammou, Ch. Orfanos (éd.), Kaina Pragmata. Mélanges Jean-Claude Carrière, (Pallas, 81, 4) (...)

1Le présent dossier est issu d’une journée d’étude « Jeunes chercheurs » qui s’est tenue le 14 décembre 2007 à l’Université de Toulouse-Le Mirail. Six doctorants, historiens et littéraires, venus de Toulouse et d’Italie, ont répondu à l’invitation de l’équipe PLH-ERASME, spécialisée dans l’étude des modalités historiques et des enjeux idéologiques de la réception de l’Antiquité dans le monde moderne et contemporain. L’helléniste Jean-Claude Carrière, à qui la revue Pallas vient de consacrer un volume de Mélanges1, nous a fait l’honneur et le plaisir d’animer les débats et de les enrichir de sa vaste érudition, après en avoir posé les principaux jalons théoriques.

2« Le public et son miroir. Présence du destinataire dans l’œuvre des Anciens » : formulé ainsi, l’intitulé de notre journée d’étude fait problème par la polysémie de chacun des termes qui le composent et les différents niveaux d’analyse qu’elle mobilise.

3Inscrit dans le champ de la rhétorique, cet intitulé semble poser, tout d’abord, la question de l’efficacité du discours. À quels procédés l’auteur d’un texte peut-il recourir pour rendre manifeste, dans l’économie de son discours, la « présence » du « public » auquel il s’adresse ? Quelle signification cette stratégie inclusive peut-elle revêtir ? Avec quels effets et quelle efficacité ? Comment un texte, par cette mise en scène du destinataire, pourrait-il se faire le « miroir », plus ou moins fidèle, du public auquel il est destiné ?

4On devine, dans l’énoncé de ces questionnements, les difficultés que suppose pour l’historien le décryptage d’une « situation de communication » dont il n’est que le tiers, l’observateur ex post. Poser la question du « public » et de son « miroir », c’est aussi, par conséquent, interroger à nouveaux frais le problème, non plus rhétorique mais herméneutique, de la réception.

  • 2 C. G. Heyne, Lobschrift auf Winckelmann, Leipzig, 1778, p. 13.

5Les vues de l’historicisme, forgées à la fin du xviiie siècle, assignaient à l’historien la tâche de s’immerger dans le contexte dont proviennent les sources qu’il analyse, de recréer, par-delà la distance temporelle, les conditions et l’environnement historiques dont participaient initialement les témoignages du passé qui lui sont parvenus. Il s’agissait alors de se faire, pour reprendre le mot de Christian Gottlob Heyne, le « contemporain2 » de l’œuvre étudiée, de recomposer, dirions-nous aujourd’hui, le « champ d’expérience » et l’« horizon d’attente » que l’auteur et le public de celle-ci ont en partage.

6Faut-il cependant rappeler que l’historien et le philologue ne sont pas, précisément, les « destinataires » des textes qu’ils étudient ? Qu’ils ne sauraient accéder à un hypothétique sens « originel » de l’œuvre ? Qu’il subsiste toujours un écart irréductible entre le contexte reconstitué au moyen de l’imagination historique et philologique et le contexte dans lequel furent originellement produits ces discours ? Là se situe la limite de l’intelligibilité de la production passée de l’esprit humain. Mais, au fond, cette opacité ne caractérise-t-elle pas, dans l’Antiquité comme à toute époque, la relation entre l’auteur et son public ? En effet, celui-là semble ne jamais pouvoir instaurer, avec le destinataire de son œuvre, une communication « parfaite », immédiate et directe. D’un côté, l’auteur conçoit et élabore son œuvre au miroir d’un destinataire qu’il présume « idéal » ; de l’autre, le public reçoit, interprète, utilise cette œuvre, à l’élaboration du sens de laquelle il participe.

7Interroger les enjeux de ce dialogue à trois entre l’auteur, l’œuvre et le public, comprendre les jeux de miroir dont il est l’occasion, c’est donc aussi, en revenant au problème herméneutique de la réception, tenter d’apporter un éclairage nouveau sur le rapport de l’historien aux sources et au passé qu’il étudie.

8Telles sont les questions auxquelles sont consacrées les contributions rassemblées ici, dans un cadre chronologique (du Proche-Orient ancien à l’Antiquité tardive) et thématique (inscriptions royales, poésie, traités, récits…), que nous avons souhaité aussi ouvert que possible.

Haut de page

Notes

1 M. Bastin-Hammou, Ch. Orfanos (éd.), Kaina Pragmata. Mélanges Jean-Claude Carrière, (Pallas, 81, 4), Toulouse, 2009.

2 C. G. Heyne, Lobschrift auf Winckelmann, Leipzig, 1778, p. 13.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Anthony Andurand et Noémie Villacèque, « Introduction »Pallas, 83 | 2010, 269-270.

Référence électronique

Anthony Andurand et Noémie Villacèque, « Introduction »Pallas [En ligne], 83 | 2010, mis en ligne le 01 octobre 2010, consulté le 23 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/pallas/11157 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/pallas.11157

Haut de page

Auteurs

Anthony Andurand

Doctorant à l’université de Toulouse II-Le Mirail Equipe ERASME-PLH
anthonyandurand[at]yahoo.fr

Noémie Villacèque

Docteur en Histoire ancienne Chercheuse à ERASME-PLH, Université de Toulouse II-Le Mirail
noemie-villaceque[at]orange.fr

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search