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Actualités de la recherche

The Self-Made Gods - L’évhémérisme dans les œuvres de Saxo Grammaticus et de Snorri Sturluson

Jules Piet
Référence(s) :

Thèse de littérature médiévale scandinave soutenue à l’Université de Strasbourg le 13 octobre 2023 devant un jury composé d’Alessia Bauer, directrice d’étude à l’École Pratique des Hautes Études ; Annette Lassen, associate professor à l’Université de Copenhague ; Ármann Jakobsson, professeur à l’Université d’Islande co-directeur de thèse ; Peter Andersen, professeur à l’Université de Strasbourg, co-directeur de thèse ; Simon Lebouteiller, maître de conférence à l’Université de Caen, et Torfi Tulinius, professeur à l’Université d’Islande.

Texte intégral

1La Gesta Danorum de Saxo Grammaticus, ainsi que l’Edda et la Heimskringla de Snorri Sturluson, trois des plus importants textes du treizième siècle scandinave, ont recours à l’évhémérisme pour expliquer la religion de leurs ancêtres païens. Cette théorie selon laquelle les dieux païens étaient des imposteurs humains fut l’un des principaux outils des auteurs médiévaux pour traiter des religions païennes. Cette thèse montre les spécificités de l’évhémérisme scandinave. La comparaison de l’œuvre de Saxo et de celles de Snorri révèle que derrière une apparente similarité, leurs récits évhéméristes servent des visées idéologiques radicalement différentes : Saxo construit l’identité du royaume danois dont il veut affirmer l’indépendance, alors que Snorri produit un discours sur la nature du pouvoir royal, ses limites, et sa transmission.

2Afin d’étudier ces divergences idéologiques et leurs impacts sur les récits évhéméristes de Saxo et de Snorri je définis l’évhémérisme comme une sous-catégorie de « méta-mythologie », c’est-à-dire un récit mythologique dont le sujet est la mythologie. Dans la lignée des travaux de Marcel Mauss, Robert Segal, Bruce Lincoln, et William Doty, je ne conçois pas les mythes comme des récits explicatifs. Les mythes expliquent bien des aspects du monde, qu’ils soient physiques ou sociaux, mais leur fonction première est davantage d’exprimer un discours idéologique, de valider et confirmer une vision du monde.

3La deuxième partie consiste en un résumé de l’histoire de l’évhémérisme depuis ses origines antiques jusqu’au XIIIsiècle. La troisième et la quatrième partie présentent respectivement les œuvres de Saxo Grammaticus et celles de Snorri Sturluson. J’y décris les thématiques et les inclinations esthétiques et idéologiques de ces textes afin de ne pas étudier les récits évhéméristes isolément, mais bien pour ce qu’ils sont : des sections d’œuvres plus vastes. Dans la cinquième partie, je compare précisément les récits évhéméristes de Saxo et de Snorri. Il est question ici de l’importance prépondérante du dieu Odin dans les œuvres de Saxo et de Snorri ainsi que de la sous-représentation de Loki et de Tyr. Je décris également comment les deux auteurs réutilisent chacun à leur façon le motif littéraire de l’origine orientale des dieux scandinaves. Snorri, dont le récit emprunte aux notions médiévales de translatio imperii et de translatio studii, souligne et met en valeur les liens entre l’Asie Mineure, dont sont originaires les pseudo-dieux, et la Scandinavie. Saxo, au contraire, montre comment les antiques héros danois ont résisté aux faux dieux venus de Byzance, rejetant ainsi radicalement l’idée d’une continuité culturelle entre la civilisation antique et la société danoise médiévale.

4Enfin, en m’appuyant sur la notion de chronotope, telle que définie par Mikhail Bakhtin, j’explique que la méthode évhémériste de Saxo et de Snorri ne consiste pas simplement en une humanisation des dieux, mais en une restructuration intégrale de la cosmologie mythique. Comme je le montre à travers une étude de la Gylfaginning, cette restructuration de la mythologie préchrétienne n’est pas seulement rendue possible par une réécriture des mythes, mais également par une sélection de ces mythes : pour Snorri certains mythes sont « bons à penser » et jugés adaptés à une lecture évhémériste alors que d’autres ne le sont pas.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jules Piet, « The Self-Made Gods - L’évhémérisme dans les œuvres de Saxo Grammaticus et de Snorri Sturluson »Nordiques [En ligne], 45 | 2023, mis en ligne le 01 novembre 2023, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/9487 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11nqe

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Auteur

Jules Piet

Docteur en histoire médiévale - Université de Strasbourg.

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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