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Actualités de la recherche

« À Thor et à travers ». La représentation médiatique d’un métal viking dans la presse Hard Rock en France (1983-2015)

Simon Théodore
Référence(s) :

Thèse en études scandinaves soutenue à l’Université de Strasbourg le 20 janvier 2023 devant un jury composé de Claire Blandin, Professeure, Université Paris Nord, rapporteur ; Gérôme Guibert, Professeur, Université Sorbonne Nouvelle ; Pascale Goetschel, Professeure, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, présidente du jury ; Thomas Mohnike, Professeur, Université de Strasbourg, directeur de thèse et Solveig Serre, Directrice de recherche, CNRS.

Texte intégral

1Parmi les nombreux sous-genres de musique métal, celui parfois appelé « viking metal » émerge en Scandinavie au début des années 1990 et regroupe des formations s’inspirant de la figure du viking et de la mythologie nordique. Tout en véhiculant des représentations d’un Nord médiéval dans leurs productions discographiques, certaines connaissent une médiatisation et une réception en France par l’intermédiaire de la presse musicale spécialisée.

2À partir de l’analyse de contenus (couvertures de magazines, interviews, chroniques de disques, publicités) parus entre 1983 et 2015 et d’entretiens avec des journalistes, cette thèse montre en quoi la mobilisation d’un imaginaire du Nord médiéval dans la presse métal participe de la construction médiatique différenciée des groupes de métal viking.

3Le premier chapitre démontre que la connaissance de l’histoire scandinave est secondaire pour les journalistes. Ces derniers respectent deux impératifs : traiter l’actualité de l’artiste et obtenir un contenu intéressant pour le lecteur. Les références à l’histoire scandinave médiévale apparaissent dans le choix des questions ou les titres pour apporter un contenu original et s’adapter à leurs interlocuteurs. Pour illustrer les articles, les rédactions disposent d’un fond commun d’images évoquant parfois le Nord qui engendre une uniformisation de la représentation médiatique des groupes, mais dont le traitement permet aux médias de se différencier entre eux. L’imaginaire du Nord mobilisé par ces médias remplit donc des fonctions propres au genre de la presse magazine.

4L’étiquette musicale « viking metal » est le sujet du second chapitre. Elle relie directement un artiste à un imaginaire du Nord médiéval et le processus d’étiquetage est lié à la subjectivité des journalistes. Pour eux, il existe plusieurs types de « viking metal » caractérisés par l’ancienneté des artistes, la qualité perçue de leur musique et l’interprétation des références culturelles nordiques. Enfin, bien que cette étiquette s’avère interchangeable avec d’autres (« folk metal », « pagan metal », etc.), certains critères facilitent sa fixation à une œuvre (origine nordique insulaire des artistes, utilisation d’une langue scandinave, etc.).

5Le troisième chapitre revient sur la médiatisation du groupe suédois Bathory depuis la fin des années 1980. Fondé en 1983 par Quorthon (1966-2004), il est souvent cité comme le « père fondateur » du viking metal. Après trois albums emprunts d’un imaginaire satanique, il s’inspire à l’aube des années 1990 de l’histoire scandinave médiévale. Blood Fire Death (1988) et Hammerheart (1990) sont ainsi considérés comme les premiers disques de « viking metal ». Pourtant, à cette époque, cette étiquette n’existait pas. Les critiques n’ont pas été sensibles au changement d’imaginaire et ces albums ne furent pas perçus comme fondateurs d’un nouveau sous-genre. Cette figure d’« inventeur du viking metal » s’élabora après le décès de Quorthon en 2004 et fut entretenue par les journalistes et les artistes qui se revendiquent de l’héritage de Bathory.

6Une autre étude de cas porte sur la médiatisation du groupe norvégien de black metal Enslaved au tournant du millénaire. Il est le premier à adopter un imaginaire viking aussi marqué dans ses disques et concerts. Les journalistes l’ont alors utilisé pour distinguer Enslaved des autres groupes de black metal inspirés par l’imaginaire satanique. Mentionné pour la première fois dans le livret de l’album Frost (1994), le terme « viking metal » fut repris par la critique et par le label dans un contexte promotionnel, instituant ainsi la naissance d’une nouvelle scène métal. À partir du début des années 2000, Enslaved entama une évolution artistique en complexifiant son art et en exprimant des influences musicales issues du rock progressif des années 1970. Même si l’imaginaire du Nord resta prégnant dans les albums, il ne fut plus identifiable facilement, entraînant une reconnaissance de la dimension progressive aux dépens de la dimension viking. Pour être étiquetés « viking metal », les artistes doivent ainsi véhiculer des représentations explicites d’un Nord médiéval.

7Enfin, un chapitre est dédié au groupe de death metal Amon Amarth, formé en 1992 et qui bénéficie de la plus forte médiatisation du corpus. Avant 2004, l’imaginaire viking est peu utilisé dans sa représentation médiatique. Paradoxalement, alors que l’imaginaire viking est omniprésent dans ses œuvres, il faut attendre 2004 pour que le terme « viking » soit mentionné dans les étiquettes musicales afin de préciser la thématique des paroles. Le chapitre montre alors que le label a progressivement accru son soutien au groupe et a mis en place une promotion fortement imprégnée de l’imaginaire viking. Parallèlement, les références aux Nord médiéval furent plus explicites dans les productions (audio)visuelles. Ainsi, l’élaboration de la représentation médiatique dépend aussi de l’influence d’acteurs extérieurs au monde de la presse.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Simon Théodore, « « À Thor et à travers ». La représentation médiatique d’un métal viking dans la presse Hard Rock en France (1983-2015) »Nordiques [En ligne], 45 | 2023, mis en ligne le 01 novembre 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/9294 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11nqc

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Auteur

Simon Théodore

Docteur en Langues et Littératures Étrangères – Études Scandinaves, Université de Strasbourg.

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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