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Résumés

Tandis que Nuuk est souvent considérée comme ne faisant pas partie du « vrai Groenland », l’article questionne l’identité groenlandaise sous le prisme de l’alimentation et de la possibilité pour Nuuk d’acquérir une centralité culturelle via des pratiques alimentaires communes aux Nuukois au-delà de leur origine. L’article dépasse l’opposition entre autochtonie et allochtonie et cherche à souligner au contraire le lien culturel que représentent les pratiques alimentaires à Nuuk. L’enjeu réside dans un premier temps à analyser les dynamiques propres à l’identité alimentaire nuukoise et le décalage qui peut exister entre la capitale et le reste du Groenland. Cette divergence est remise en question par les stratégies de transmission et d’adaptation du patrimoine alimentaire qui conduisent à la réaffirmation de la centralité culturelle de Nuuk au Groenland. L’émergence d’une identité inclusive dans la capitale multiculturelle favorise-t-elle alors la construction d’un vivre-ensemble qui dépasse les oppositions ethniques qui peuvent subsister au Groenland ?

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Nicolas Escach, « Nuuk : Un modèle groenlandais de métropole arctique ? », Nordiques, n° 37, 2019, (...)
  • 2 Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark qui peut gérer librement ses affaire (...)
  • 3 Frank Sowa, “Kalaalimernit: the Greenlandic taste for local foods in a globalised world”, Polar rec (...)
  • 4 Guy Di Méo, « Processus de patrimonialisation et construction des territoires », in Patrimoine et i (...)
  • 5 Isabelle Bianquis, « Patrimoines alimentaires sur le vif. Tradition et adaptations », Anthropology (...)
  • 6 L’identité est ici entendue comme l’ensemble des pratiques et des représentations qui permettent à (...)
  • 7 Jean Tardif et Joëlle Farchy, Les enjeux de la mondialisation culturelle, Paris, Éd. Hors Commerce, (...)
  • 8 Star Susan Leigh, and James R. Griesemer. “Institutional ecology, translations and boundary objects (...)
  • 9 Marie Perret, « Vous avez dit « vivre-ensemble » ? ». Humanisme, vol. 30, n° 3, 2014, p. 14-17 ; Al (...)

1« Food is everything here », nous confiait une Groenlandaise au sujet de son pays (entretien du 07-04-2022). En effet, les pratiques alimentaires sont profondément ancrées dans les liens sociaux et l’identité des Groenlandais. Cependant, Nuuk, la capitale du Groenland, reste « en quête de centralité géographique » notamment dans le domaine culturel1. Or, dans un contexte de décolonisation et de tension entre les communautés inuites et nordiques2, l’alimentation groenlandaise est un des principaux symboles d’appartenance à la société groenlandaise3. En tant qu’ensemble des biens matériels et immatériels en lien avec la production (ingrédients, savoirs, techniques) et la consommation de nourritures (pratiques, art de la table, ritualité, sociabilité, représentations), le patrimoine alimentaire est une construction sociale4 visant à manifester une « identité collective »5. Son contenu n’est pas problématique pour une société dont le système de valeur n’a pas été bouleversé par le contact avec d’autres civilisations. Mais en contexte autochtone urbain caractérisé par une « modernité hybride » suite à la colonisation, il devient urgent de demander quelle « identité »6 est promue pour servir de fondement à la société groenlandaise en vue de la différencier des Autres et d’être reconnue par eux. Est-ce l’appartenance à une communauté (critère social), est-ce le passé (critère historique), est-ce le lieu partagé (critère spatial) ou n’est-ce pas cette tension entre identités, temporalités et spatialités diverses qui permet de construire une identité dynamique, adaptée à un territoire et à une population singulière ? Selon la réponse à cette question, la capacité de Nuuk à « faire Groenland » sera soit renforcée, faisant de Nuuk la vitrine de l’identité dynamique de l’île, ou au contraire annihilée, la capitale représentant alors un anti-Groenland pour le reste du territoire. Cependant, même les territoires groenlandais les plus isolés sont confrontés à la mondialisation culturelle qui réside dans le processus d’uniformisation des biens culturels consommés à l’échelle mondiale, mais aussi dans la constitution d’une culture globale favorisant le vivre-ensemble entre les différentes sociétés de la planète grâce au partage d’imaginaires véhiculés par les médias et le cyberespace au-delà de leur région culturelle d’origine7. L’alimentation devient ainsi un objet-frontière, c’est-à-dire un support de coopération entre des acteurs aux représentations hétérogènes s’étant accordés sur un objectif commun8. Cet objectif réside dans l’affirmation d’une identité groenlandaise spécifique qui rende néanmoins possible le vivre-ensemble, en d’autres termes l’organisation socio-politique favorisant la concorde entre les membres d’une même société, au-delà des origines, des représentations et des mœurs diverses, par la gestion du multiculturalisme9.

2Comment l’alimentation peut-elle être un objet-frontière permettant à Nuuk de « faire Groenland » au-delà des rivalités spatiales et culturelles au sein de la population nuukoise et groenlandaise ?

A priori, les transitions alimentaires que connaissent les habitants de Nuuk reflètent le décalage entre les modes de vie de la capitale et les discours nationalistes sur l’identité groenlandaise. Pourtant, la dimension métropolitaine de Nuuk à l’échelle du Groenland lui confère un rôle central dans la patrimonialisation et l’innovation alimentaire nécessaires à la constitution d’une identité groenlandaise. En ce sens, Nuuk ne peut s’affirmer comme un centre culturel qu’en faisant de l’alimentation un objet-frontière source de vivre-ensemble.

  • 10 Voir notamment : AMAP, Human Health in the Arctic 2021. Summary for Policy-makers, Tromsø, Norway, (...)
  • 11 Askegaard Søren, Dannie Kjeldgaard, & Eric J. Arnould “Programmatic authenticity: Culinary place br (...)

3La réflexion proposée résulte de l’analyse de quarante entretiens semi-directifs conduits en anglais à Nuuk entre le 28 mars et 14 avril 2022 auprès d’habitants, d’acteurs alimentaires (chefs cuisiniers, pêcheurs, chasseurs, agriculteurs), économiques (chefs de rayon, gérants de marché, directeurs d’usine halieutique) et politiques (membre des ministères de la Chasse et de l’Agriculture). La compréhension du système alimentaire groenlandais est approfondie par un questionnaire en ligne qui a été diffusé sur la page internet de la ville de Nuuk. 186 réponses ont été collectées, soit 1 % de la population nuukoise, ce qui laisse présumer d’une certaine représentativité des résultats obtenus. Ces matériaux qualitatifs et quantitatifs permettent de pallier en partie le manque de recherches en sciences humaines consacrées au Groenland. De nombreux articles ont souligné les problèmes sanitaires et la transition alimentaire que connaît la population groenlandaise depuis plusieurs décennies10 dans un contexte de changement climatique, mais en dehors d’Askegaard et al. et Sowa11, le patrimoine alimentaire groenlandais a été peu étudié, et presque toujours sous le prisme des espaces ruraux. Cet article vise donc à réduire le déséquilibre entre le surinvestissement des sciences de la nature (notamment la climatologie) et la rareté des travaux consacrés au Groenland en sciences humaines (y compris en géographie).

L’alimentation à Nuuk, reflet d’une capitale qui ne fait pas Groenland ?

4En tant que centre urbain « danisé » au cœur de la mondialisation culturelle, Nuuk semble être aux antipodes des discours nationalistes inscrivant l’identité groenlandaise dans un passé inuit immuable structuré autour de la chasse et de techniques culinaires spécifiques. Cependant, cette hybridation de l’héritage autochtone n’est pas l’apanage de Nuuk puisque l’ensemble du Groenland connaît les processus de mondialisation, de modernisation et de transition alimentaire.

Une identité groenlandaise construite par des discours nationalistes promouvant une autochtonie exclusive…

Figure 1 : typologie des aliments selon leur degré de centralité, de spécificité et leur origine

Figure 1 : typologie des aliments selon leur degré de centralité, de spécificité et leur origine

Sources : entretiens, observations. © Nina Parmantier, 2023.

5L’identité groenlandaise a été en grande partie construite autour des spécificités alimentaires héritées de la culture inuite, que ce soit dans ses modes de production, de consommation et de représentation. Si l’identité est une construction sociale fondée sur des caractéristiques communes et singulières qui sont promues en vue d’obtenir la reconnaissance des Autres12, la nourriture et les pratiques alimentaires locales sont vectrices de différenciation à diverses échelles. Selon le degré de particularité et l’origine du produit, l’aliment peut être un support plus ou moins efficace de l’identification d’un groupe à l’échelle mondiale. Au Groenland, la cuisine traditionnelle est fondée sur la consommation de mammifères marins, et en particulier de baleines (figure 1). D’après les habitants interrogés, l’aliment qui définit le mieux la culture alimentaire groenlandaise est la peau de baleine (mattak). Il s’agit également d’un des mets les plus caractéristiques puisque l’on ne peut pas trouver cet aliment dans la plupart des autres pays en raison de la législation internationale interdisant la chasse de ce cétacé13. Viennent ensuite, par ordre décroissant de centralité et de spécificité, le phoque, le bœuf musqué, le renne puis les animaux acquérables également en Europe comme les gibiers à plumes, les poissons et les crevettes. En ce sens, le choix d’une identité culinaire groenlandaise fondée sur l’exceptionnalité et l’origine du produit vise à maintenir une frontière culturelle avec les Danois, et plus généralement, avec tous les allochtones vivant au Groenland14. Cette définition culturelle exclusive s’inscrit donc dans les politiques nationalistes en faveur de l’indépendance du Groenland vis-à-vis du Danemark, notamment par l’affirmation d’une culture propre15.

…qui ne coïncide pas avec la transition alimentaire ayant cours à Nuuk

Figure 2 : Réponse aux questions combien de fois par semaine mangez-vous de mammifères marins, de gibiers, de fruits et de légumes ? 1 signifiant moins d’une fois par semaine et 5 signifiant tous les jours

Figure 2 : Réponse aux questions combien de fois par semaine mangez-vous de mammifères marins, de gibiers, de fruits et de légumes ? 1 signifiant moins d’une fois par semaine et 5 signifiant tous les jours

Sources : sondages. © Nina Parmantier, 2023

  • 16 Bente Deutch, Jørn Dyerberg, Henning Sloth Pedersen, Ejner Aschlund & Jens C. Hansen, “Traditional (...)
  • 17 Sur les 186 réponses obtenues en 2022, 140 sondés se disent Groenlandais, 37 sont Danois et 9 sont (...)
  • 18 Michaël Bruckert, « La ‘transition alimentaire’ de l’Inde : une hypothèse erronée ? Le changement a (...)
  • 19 Étant donné que la commune de Nuuk (Sermersooq) n’accueille que 126 000 nuitées en 2022, les restau (...)

6Néanmoins, les pratiques alimentaires des habitants de Nuuk (soit le tiers de la population groenlandaise) sont bien différentes de l’identité exclusive et immuable promue par les discours nationalistes. En effet, depuis un siècle la consommation de viande issue de l’activité cynégétique n’a cessé de diminuer tandis que les végétaux, les sucreries et les aliments transformés occupent une place majeure dans les habitudes alimentaires groenlandaises16. En 2022, la majorité des Nuukois ayant répondu au sondage déclarent manger de la viande de gibier ou de mammifères marins moins d’une fois par semaine (figure 2)17. À l’inverse, presque la moitié des habitants de la capitale consomment des fruits et légumes tous les jours. Si la fréquence reste assez peu élevée aux regards des standards européens, elle dénote néanmoins de la transition alimentaire que connaissent les Groenlandais urbains depuis plusieurs décennies. Ce processus de modification des régimes alimentaires18 se constate d’une part dans la marginalisation du marché de viande et poissons frais (le kalaaliaraq), puisqu’en 2022, seulement 17 % des sondés déclarent acheter en priorité leurs aliments au kalaaliaraq tandis que l’immense majorité s’approvisionne dans les supermarchés. D’autre part, la surreprésentation des restaurants à Nuuk proposant une cuisine allogène est un indice de l’inscription de la population dans la mondialisation culturelle et culinaire19. En 2022, la majorité de l’offre de restauration à Nuuk était composée de fastfoods (24 %), suivi de cafés et de restaurants européens (19 % tous les deux), asiatiques (17 %) et italiens (9 %) alors que seuls 12 % proposaient au moins un plat groenlandais.

Nuuk, une exception groenlandaise ? Une mondialisation économique et culturelle qui touche l’ensemble du Groenland

7L’occidentalisation et l’alimentation à Nuuk semblent donc confirmer l’opinion selon lequel « le centre culturel du Groenland, c’est tout sauf Nuuk » (entretien du 11/04/2022). Pourtant, ces transitions alimentaires, culturelles et économiques nuukoises ne sont-elles pas l’accentuation de processus qui ont lieu dans l’ensemble du Groenland ? Tout d’abord, la marginalisation des aliments issus de la chasse, l’occidentalisation et la végétalisation des repas concernent l’ensemble du Groenland, y compris les villages les plus isolés et « traditionnels »20. En outre, la tertiarisation de l’économie et le déclassement social des chasseurs professionnels touchent également toutes les régions du Groenland puisqu’en 2021, 2097 habitants possédaient une licence professionnelle de chasse, soit 7 % de la population active, tandis que 18 779 occupaient une profession tertiaire, soit 65 % de la population active21. Cela est dû à l’insertion du Groenland dans la mondialisation qui renforce la compétition entre les productions locales et les viandes importées principalement d’Europe et fragilise l’économie de la chasse groenlandaise22. D’autre part, la mondialisation culturelle s’accompagne d’une mise en réseau d’acteurs aux représentations et aux intérêts concurrents. Cela est particulièrement le cas de la chasse aux mammifères marins. D’un côté, une partie des médias occidentaux et des organisations non gouvernementales comme Sea Shepherd dénoncent cette pratique qu’elles jugent barbare et nuisible pour la biodiversité23. Face à elles, les ONG inuit, tel le Conseil Circumpolaire Inuit, témoignent du rôle de la chasse pour assurer leur sécurité alimentaire, le maintien du lien social et de leur culture, tout en soulignant les efforts faits en faveur de la gestion durable des ressources fauniques24. Ainsi, une interlocutrice affirmait que « ces ONG sont habituées à de grandes villes et de grands marchés économiques que nous n’avons pas au Groenland. Elles ne comprennent pas notre situation et les efforts des chasseurs pour être responsables » (entretien, 07-04-2022). Pourtant, cette confrontation médiatique entre les pro et les anti-chasse parallèlement à la diffusion d’une culture alimentaire mondialisée (états-unienne, japonaise, thaïlandaise, italienne…) contribue à la remise en cause de la culture alimentaire groenlandaise à Nuuk mais aussi dans tous les territoires groenlandais en contact avec la télévision, les réseaux sociaux et les aliments étrangers. La capitale groenlandaise n’est donc pas une exception dans le paysage alimentaire groenlandais, elle cristallise tout au plus les processus de transition alimentaire et de mondialisation économico-culturelle que connaît le pays depuis plusieurs décennies. Si l’identité groenlandaise ne réside donc pas dans des spécificités immuables, Nuuk peut « faire Groenland » en devenant la vitrine culinaire de l’ensemble de l’île.

Nuuk, la vitrine de l’innovation alimentaire au cœur des stratégies de patrimonialisation groenlandaises

8Loin d’être un anti-Groenland, Nuuk bénéficie de son statut de « métropole » groenlandaise qui lui permet d’affirmer sa place dans la transmission et l’adaptation de l’identité groenlandaise. Cela passe en premier lieu par l’élaboration dans la capitale de politiques de patrimonialisation différenciées selon les types de territoires groenlandais. À l’échelle locale, les différentes modalités de transmission informelle des savoirs autochtones soulignent le maintien de l’identité groenlandaise à Nuuk. Mais au-delà de cette volonté de transmission de l’héritage inuit, la polarisation des flux alimentaires et des échanges culturels par Nuuk permet à la capitale de s’affirmer comme le centre d’une identité groenlandaise renouvelée à travers l’innovation alimentaire.

Une capitale au cœur des politiques de transmission des traditions groenlandaises

Figure 3 : La patrimonialisation de la culture alimentaire groenlandaise

Figure 3 : La patrimonialisation de la culture alimentaire groenlandaise

Source : UNESCO, 2004 ; Poiret, 2019 ; NunaGIS, 2022 ; Sullissivik, 2022 ; entretiens. © Nina Parmantier, 2023

9En raison de la concentration des fonctions de commandement d’échelle nationale à Nuuk, la capitale groenlandaise exerce un rôle prépondérant dans les politiques de patrimonialisation alimentaire, c’est-à-dire de transmission et de valorisation des ressources, des pratiques et des techniques culinaires groenlandaises. À l’inverse de la labellisation UNESCO du « fjord glacé d’Ilulissat » par laquelle les Nations Unies cherchent à encadrer « la chasse et la pêche extensives » pour « garantir que l’exploitation des ressources biologiques dans la zone est durable »25, les politiques de patrimonialisation nationale et municipale visent avant tout à transmettre les activités de pêche et de chasse traditionnelles (figure 3). La patrimonialisation la plus radicale concerne les espaces ruraux du nord et de l’est, considérés comme des « musées vivants » étant donné le rôle occupé par la chasse dans l’alimentation et l’économie de ces villages groenlandais (entretien, 06-04-2022). Face au manque de rentabilité de la chasse professionnelle, l’une des premières mesures de patrimonialisation réside dans la subvention de cette pratique peu modernisée, contrainte et vulnérable. Or, ces mécanismes de solidarité territoriale dépendent en grande partie des richesses créées à Nuuk, puisque la capitale est à la tête de la municipalité la plus dynamique économiquement (1/3 des entreprises groenlandaises, 66 % du cumul des salaires et des actions du pays)26. D’autre part, les politiques nationales conçues à Nuuk cherchent à préserver les techniques de pêche et de chasse « traditionnelles » par l’attribution de quotas spécifiques dans les territoires ruraux. Un membre du ministère de la Chasse expliquait ainsi que « nous voulons protéger la pratique du traîneau à chiens. C’est pourquoi nous avons augmenté la part des chasseurs utilisant ce moyen de locomotion dans les quotas nationaux. Nous avons fait de même pour ceux qui pratiquent la chasse au harpon depuis un kayak dans le but de maintenir la tradition en vie. » (entretien, 07-04-2022) Parallèlement, les populations de Nuuk et des villes groenlandaises étant marquées par la modernité hybride, c’est-à-dire une tension entre l’envie de conserver son patrimoine et le désir de s’intégrer à des modes de vie contemporains27, la transmission du patrimoine groenlandais dans les territoires urbains passe avant tout par la perpétuation des pratiques de chasse et de pêche récréatives. Pour cela, le gouvernement groenlandais contribue à la transmission intergénérationnelle des techniques de chasse et de pêche le plus tôt possible en permettant l’obtention du permis de chasse à partir de 12 ans28. D’autre part, les lieux de regroupement des troupeaux sauvages selon l’espèce et des zones de pêche sont publiés sur la plateforme gouvernementale, NunaGIS. Cette transmission des spatialités fauniques et les réglementations favorables à la préservation des activités péri-alimentaires participent donc au maintien d’une alimentation spécifiquement groenlandaise.

La transmission des savoirs autochtones au défi du maintien de l’identité groenlandaise à Nuuk

Figure 4 : La chasse et la pêche dans l’arrière-pays nuukois : des mobilités aquatiques pour renouer avec le véritable Groenland ?

Figure 4 : La chasse et la pêche dans l’arrière-pays nuukois : des mobilités aquatiques pour renouer avec le véritable Groenland ?

Les distances ont été mesurées à partir de QGIS et les durées de navigation ont été calculées pour un bateau allant à 30 km/h.

Sources : Sullissivik, 2022, entretiens et observations personnelles. © Nina Parmantier, 2023.

10À côté de ces politiques patrimoniales, le maintien d’une identité groenlandaise dans les territoires urbains et à Nuuk en particulier passe par la transmission familiale des spécificités culturelles groenlandaises. Il s’agit de faire naître un goût pour les aliments groenlandais et d’enseigner des compétences (maniement de l’arme, connaissance des animaux et des parcours de chasse) nécessaires à leur obtention. Par exemple, une habitante déclarait : « Je suis très fière de mon fils… Alors qu’il n’a que six ans, il sait déjà pêcher, ôter la peau du poisson et le transformer en filet. C’est mon mari qui le lui a appris ! C’est très important pour moi qu’il apprenne les techniques de pêche et qu’il mange comme autrefois. » (entretien, 09-04-2022) Cela passe notamment par la transmission de savoirs et de techniques vernaculaires, en particulier des parcours de chasse et de pêche structurés par les sites centraux où se concentre la faune locale (figure 4). Ces parcours amphibies sont marqués par leur durée et leur distance remarquablement longues pour des activités de loisir. Par exemple, au fond du fjord de Nuuk (au nord-ouest de la carte) se trouve un des sites les plus fréquentés par les chasseurs. Bien qu’il soit à 75 kilomètres soit 2h30 de navigation, il s’agit d’un des centres majeurs de l’activité cynégétique nuukoise, car il bénéficie d’une concentration exceptionnelle de troupeaux de rennes et d’un agencement qui facilité l’amarrage. Quant à la pêche et la cueillette, la première est pratiquée dans l’ensemble du fjord et la seconde met en valeur les espaces les plus accessibles de la toundra, à savoir les côtes les moins escarpées. De petits lieux de villégiature servent de base pour les pratiques durant les week-ends (figure 5). En ce sens, ces activités « traditionnelles » de pêche et de chasse s’inscrivent bien dans la « société de loisir » actuelle des pays riches et émergents, ce qui invite à remettre en question l’opposition simpliste entre une autochtonie soi-disant figée dans le passé et des sociétés « modernes » ancrées dans le présent.

Figure 5 : Qoornoq, un ancien village de pêcheurs transformé en lieu de villégiature apprécié des Nuukois, notamment pour ses paysages ouverts sur le fjord de Nuuk (Nûp Kangerdlua).

Figure 5 : Qoornoq, un ancien village de pêcheurs transformé en lieu de villégiature apprécié des Nuukois, notamment pour ses paysages ouverts sur le fjord de Nuuk (Nûp Kangerdlua).

© Nina Parmantier, 2022

Nuuk, le creuset des terroirs groenlandais innovants

  • 29 Isabelle Bianquis, « Patrimoines alimentaires sur le vif. » op. cit., n° 16, 2021.

11Au-delà de ces mesures en faveur d’un maintien d’une culture groenlandaise traditionnelle, l’essentiel des stratégies de conservation du patrimoine alimentaire groenlandais consiste à adapter les pratiques à la mondialisation culturelle. Au contact des cuisines étrangères, la culture alimentaire groenlandaise innove et se réinvente afin d’intégrer et de préserver le patrimoine alimentaire hérité. En raison de la centralité de Nuuk dans les flux de marchandises nationaux, les acteurs culinaires de la capitale occupent une place prépondérante dans l’adaptation des ressources locales et nationales au goût du jour. Ainsi, plusieurs restaurants proposent des « tapas groenlandais » (figure 6) ou des « sushis » utilisant de la baleine ou d’autres aliments traditionnels afin de répondre à la demande d’une société groenlandaise urbaine attirée par la culture mondiale. À l’inverse, les plats moins adaptables aux goûts actuels tels que les plats à l’odeur prononcée ou sanguinolents29 ont tendance à être invisibilisés, voire à disparaître. C’est le cas du phoque (très odorant) et de la peau crue et caoutchouteuse de baleine (mattak), piliers de l’alimentation « traditionnelle » peu en accord avec les standards actuels de l’alimentation globale. À l’inverse, « le renne et le bœuf musqué sont beaucoup plus accessibles que le phoque et la baleine pour les Occidentaux » (entretien, 04-04-2022), ce qui en fait des aliments phares de l’hybridation culinaire (par exemple, sous forme de spaghettis bolognaise au renne ou de burger au bœuf musqué). La recréation d’une cuisine nationale passe donc par un choix entre ce qui peut être adapté aux goûts actuels et ce qui ne peut pas l’être. Par son rôle central dans la constitution d’une gastronomie groenlandaise, Nuuk s’affirme ainsi comme le laboratoire et la vitrine d’une alimentation nationale ouverte sur le monde parvenant à dépasser les oppositions entre le local et le mondial ou entre la tradition et la modernité.

Figure 6 : "tapas" groenlandaises : entre produits locaux et inspirations franco-espagnoles

Figure 6 : "tapas" groenlandaises : entre produits locaux et inspirations franco-espagnoles

© Nina Parmantier, 2023

L’alimentation, un objet-frontière érigeant Nuuk en capitale du vivre-ensemble groenlandais

12In fine, loin d’être une « exception groenlandaise » ou un « anti-Groenland », Nuuk s’affirme comme le centre culturel d’un Groenland cherchant à transmettre ses héritages passés tout en s’ouvrant sur le monde présent. Les pratiques alimentaires en son sein soulignent la « modernité hybride » de l’ensemble de ses habitants, les uns connaissant un processus d’occidentalisation tandis que les autres sont en cours d’autochtonisation. L’alimentation est en ce sens un objet-frontière favorisant l’émergence d’une identité commune source de vivre-ensemble. Nuuk peut ainsi s’appuyer sur la nourriture en tant que ressource sociale afin de devenir la capitale culturelle du Groenland.

Une modernité hybride qui appelle à la définition d’une identité groenlandaise inclusive

Figure 7 : Des pratiques péri-alimentaires homogènes selon l’origine des Nuukois

Figure 7 : Des pratiques péri-alimentaires homogènes selon l’origine des Nuukois

Sources : sondages, 2022. © Nina Parmantier, 2023

13Le cas de l’alimentation à Nuuk permet ainsi de dépasser l’approche binaire opposant autochtonie et allochtonie. En effet, le partage de l’espace commun permet l’émergence d’une culture médiane qui emprunte aux deux influences afin de permettre le vivre-ensemble. Par exemple, il n’y a pas de différences significatives entre les pratiques alimentaires des Nuukois originaires du Groenland, du Danemark ou d’ailleurs, principalement des pays nordiques et des Philippines. En effet, 86 % des Nuukois nés au Groenland disent pratiquer la cueillette contre 84 % de Danois et 46 % déclarent pratiquer la chasse contre 43 % de Nuukois nés au Danemark (figure 7). Cela peut paraître étonnant puisqu’a priori la chasse est peu pratiquée au Danemark tandis qu’au Groenland, « la chasse est un peu le sport national [pratiqué] après le travail ou durant les week-ends » (entretien, 31-03-2022). Pourtant, la chasse et la pêche, étant le plus souvent pratiquées entre amis, contribuent à l’approfondissement des échanges interculturels et au renforcement des réseaux de sociabilité au sein de la société nuukoise, et en particulier chez les hommes qui chassent et pêchent presque tous les week-ends contrairement aux femmes qui restent à l’écart de ces activités récréatives. Loin de n’être qu’un processus unilatéral d’« assimilation » des Groenlandais à une culture exogène (qu’elle soit nordique ou mondiale), l’hybridation culturelle tendrait donc à l’« autochtonisation » des étrangers par le partage de l’espace et de pratiques alimentaires locales.

L’alimentation, un objet-frontière participant à la construction du vivre-ensemble groenlandais par le partage de fêtes péri-alimentaires locales

  • 30 Susan Leigh Star, « Ceci n’est pas un objet-frontière ! Réflexions sur l’origine d’un concept », Re (...)
  • 31 Béatrice Collignon, « Esprit des lieux et modèles culturels. La mutation des espaces domestiques en (...)

14L’alimentation au Groenland est ainsi un objet-frontière, c’est-à-dire un dénominateur commode permettant de maintenir ou de renforcer une identité commune30. Cela passe en particulier par la sociabilité citadine autour du kaffemik, une fête domestique fréquente à Nuuk centrée sur le partage de la nourriture en commun à l’occasion d’un moment charnière de la vie. Un habitant expliquait que « le kaffemik est une fête traditionnelle groenlandaise qui joue un rôle essentiel dans la création d’un lien social à Nuuk. À chaque évènement spécial (anniversaire, mariage, saints-sacrements) un buffet est préparé par la famille. Des amis, parents et collègues sont invités à manger » (entretien, 29-03-2022). Sur le buffet « sont dressés du café, des pâtisseries, de la viande et des plats groenlandais » (entretien, 31-03-2022). La nourriture groenlandaise est donc au cœur de cette festivité domestique. Le figure 8 présente une table soigneusement dressée à l’occasion d’un kaffemik. Elle est garnie de mets issus la fois de la culture alimentaire groenlandaise (en rouge), européenne (en jaune) et mixtes (en rose). Le motif de la nappe est composé de symboles inuit tels que le ulu, un couteau utilisé par les femmes groenlandaises afin de préparer la viande. Tout ceci manifeste donc l’ancrage spatial de l’évènement dans les ressources et les traditions locales tout en laissant une place aux autres cultures alimentaires. La fonction socialisante du kaffemik favorise l’étoffement du réseau de connaissances d’un individu en raison du nombre d’invités qui peuvent assister à cette fête et de l’ouverture de cet évènement à la participation d’étrangers. En effet, « tout le monde est le bienvenu au kaffemik » (entretien, 04-04-2022). Ainsi, les pratiques alimentaires contribuent au vivre-ensemble, à la concorde entre des groupes aux origines, coutumes et représentations diverses. Le vivre-ensemble à Nuuk passe par le partage, « un autre pilier de la société inuit, mentionné par tous comme une valeur centrale : ne plus partager, c’est ne plus être un Inuk. Or, le partage commence par la visite, soit le partage d’un bien immatériel : celui du lien communautaire »31.

Figure 8 : table garnie de mets groenlandais et allochtones à l’occasion d’un kaffemik à Nuuk

Figure 8 : table garnie de mets groenlandais et allochtones à l’occasion d’un kaffemik à Nuuk

© Katia Verrier, 2022, avec l’aimable autorisation de l’auteure. Annotation : Nina Parmantier, 2023.

La nourriture groenlandaise, une ressource sociale du local au mondial ?

  • 32 Nan Lin, « Les ressources sociales : une théorie du capital social ». Revue française de Sociologie(...)
  • 33 Mathieu Berger, Daniel Cefaï & Carole Gayet-Viaud (Dir.), Du civil au politique. Ethnographies du v (...)
  • 34 Jean Tardif & Joëlle Farchy, Les enjeux de la mondialisation culturelle, op. cit., Paris, Éd. Hors (...)

15La nourriture peut donc être vue comme une ressource sociale, c’est-à-dire un bien dont la valeur est déterminée par la société et dont la possession permet à l’individu de s’intégrer dans un groupe32. De fait, les occasions de consommation de la nourriture groenlandaise pour les habitants de Nuuk renvoient toutes à un repas presque toujours associé à un kaffemik (figure 9). En effet, les « occasions particulières » (entre 31 et 40 %) et la « réception d’invités » (entre 26 et 39 %) sont nettement surreprésentées par rapport aux trois autres propositions préconçues (« réception d’invités », « dîner familial » et « chaque samedi, dimanche »). Le repas en commun permet donc d’intégrer les habitants d’autres nationalités dans la sociabilité de la capitale. Dans ce cas, le partage de la nourriture groenlandaise est bel et bien un vecteur de vivre-ensemble à savoir un ensemble de coutumes, pratiques et représentations servant de socle commun à une collectivité harmonieuse et accomplie33. Ce rôle de l’alimentation dans le vivre-ensemble pourrait être étendu aux relations interculturelles à plus vastes échelles. En effet, l’émergence de biens culturels mondiaux comme la cuisine traditionnelle mexicaine ou les sushis japonais permet les prémisses d’une connaissance de l’Autre et donc la possibilité d’un dialogue interculturel. La constitution de cette « hyperculture globalisante »34 fait alors de la mondialisation culturelle et alimentaire une des sources possibles du vivre-ensemble à l’échelle planétaire.

Figure 9 : Les occasions de consommation de la nourriture groenlandaise selon la nationalité des Nuukois

Figure 9 : Les occasions de consommation de la nourriture groenlandaise selon la nationalité des Nuukois

Seules les quatre rubriques en gras étaient proposées au préalable. Cela signifie que les dix autres réponses sont certainement sous-représentées.

Sources : sondages. © Nina Parmantier, 2023.

Conclusion : Une capitale culturelle au-delà des dichotomies : le patrimoine alimentaire, un passeur de frontière

  • 35 Michel Pimbert, “Food Sovereignty”, in Encyclopedia of food security and sustainability, 2019, p. 1 (...)

16Au terme de cette réflexion, il s’avère que Nuuk, loin d’être un « anti-Groenland », est le lieu de construction d’une identité dynamique permettant d’unir le passé au présent, l’autochtonie à l’allochtonie et la nature à l’urbanité. Premièrement, Nuuk ne saurait être une « exception groenlandaise » ni une « capitale danoise », car, d’une part, à l’échelle du Groenland, toutes les villes connaissent un processus d’hybridation culturelle en lien avec la colonisation, la mondialisation et l’urbanisation comme le souligne l’occidentalisation des régimes alimentaires dans les villes du nord comme Sisimiut et Ilulissat. D’autre part, si à l’échelle de la capitale des disparités et des tensions existent bel et bien entre les communautés groenlandaise et nordique, l’alimentation des Nuukois révèle une hybridation culturelle réciproque qui tend à faire du Danois un Groenlandais et du Groenlandais un citoyen du monde. Les processus de transition alimentaire et socio-culturelle communs à toutes les villes groenlandaises invitent donc à reconsidérer l’opposition communément admise entre autochtonie et allochtonie. Deuxièmement, s’il est souvent affirmé que le centre culturel du Groenland se trouve dans les villages septentrionaux encore polarisés par la pêche et la chasse, ces espaces ruraux ont néanmoins besoin des mécanismes de solidarités territoriales portés par le dynamisme économique de Nuuk pour maintenir ces pratiques extensives autrement menacées par leur manque d’attractivité. Par ailleurs, la polarisation des flux de marchandises nationaux et mondiaux par Nuuk et la concentration des acteurs de l’innovation alimentaire dans la capitale permettent à la capitale de s’affirmer comme le lieu de construction d’une identité groenlandaise dynamique pouvant s’adapter à la mondialisation. En ce sens, la centralité culturelle de Nuuk est due à sa dimension métropolitaine qui fait de la capitale un lieu de commandement, notamment des politiques patrimoniales, et un laboratoire en même temps qu’une vitrine de la gastronomie groenlandaise par sa capacité à attirer les flux et les acteurs culinaires du Groenland. Enfin, si la toundra et les fjords restent les territoires où se déploient en priorité les pratiques identitaires des Groenlandais, la fréquence des mobilités qui relient les fjords à la ville tend à relativiser la dichotomie entre nature et urbanité au Groenland, les territoires de la chasse étant plutôt conçus comme le prolongement de la ville. Nuuk apparaît donc comme le creuset d’une identité groenlandaise tendant à mettre en relation des acteurs, des représentations et des territoires qui sont parfois opposés. Ce n’est qu’au sein de cette coincidentia oppositorum que la société nuukoise peut construire ce que les seules stratégies politiques et économiques ne sauraient instaurer, à savoir un bien-vivre, « une vision alternative de la modernité chargée de sens et d’espoir pour l’avenir »35. Cela passe notamment par la promotion de la pêche, de la chasse et de l’agriculture favorables à une alimentation locale et résiliente.

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Notes

1 Nicolas Escach, « Nuuk : Un modèle groenlandais de métropole arctique ? », Nordiques, n° 37, 2019, p. 27.

2 Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark qui peut gérer librement ses affaires intérieures depuis 2009. En cas d’autonomie économique, le Groenland est en droit de demander son indépendance politique vis-à-vis du Danemark. Cette situation génère néanmoins des tensions inter-ethniques et inter-gouvernementales.

3 Frank Sowa, “Kalaalimernit: the Greenlandic taste for local foods in a globalised world”, Polar record, vol. 51, n° 3, 2015, p. 290-300.

4 Guy Di Méo, « Processus de patrimonialisation et construction des territoires », in Patrimoine et industrie en Poitou-Charentes : connaître pour valoriser, acte du colloque, Poitiers-Châtellerault, France, 2007, p. 87-109.

5 Isabelle Bianquis, « Patrimoines alimentaires sur le vif. Tradition et adaptations », Anthropology of food, n° S16, 2021. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/aof.11774. Consulté le 3 janvier 2023.

6 L’identité est ici entendue comme l’ensemble des pratiques et des représentations qui permettent à un groupe de se construire et d’être reconnu par les autres, sans que le contenu permettant l’identification soit immuable puisqu’il s’agit d’une construction sociale liée à une époque donnée. Cf. Louis-Jacques Dorais, « La construction de l’identité », in D. Deshaies et D. Vincent (éds), Discours et constructions identitaires, Laval, Presses de l’Université de Laval, 2004, p. 1-11.

7 Jean Tardif et Joëlle Farchy, Les enjeux de la mondialisation culturelle, Paris, Éd. Hors Commerce, 2006, 395 p.

8 Star Susan Leigh, and James R. Griesemer. “Institutional ecology, translations and boundary objects: Amateurs and professionals in Berkeley’s Museum of Vertebrate Zoology, 1907-39”, Social studies of science, vol. 19, n° 3, 1989, p. 387-420 ; Trompette Pascale et Dominique Vinck. « Retour sur la notion d’objet-frontière », Revue d’anthropologie des connaissances, vol. 3, n° 3-1, 2009, p. 5-27.

9 Marie Perret, « Vous avez dit « vivre-ensemble » ? ». Humanisme, vol. 30, n° 3, 2014, p. 14-17 ; Alice Dubard, L’écriture du patrimoine mondial : approche socio-sémiotique des dispositifs et procédures de l’UNESCO. Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication, Université de Lille, 2020, 466 p.

10 Voir notamment : AMAP, Human Health in the Arctic 2021. Summary for Policy-makers, Tromsø, Norway, 2021, 16 p. ; Peter Bjerregaard & Marit Jørgensen, “Diet, Nutrition, and Physical Activity”, in T. Kue Young et Peter Bjerregaard, Health Transitions in Arctic Populations, Toronto, University of Toronto Press, 2008, p. 192‑204 ; Hansen, Jens C., Bente Deutch, & Henning Sloth Pedersen, “Increasing overweight in Greenland: Social, demographic, dietary and other life-style factors” in International Journal of Circumpolar Health, vol. 64, n° 1, 2005, p. 86‑98.

11 Askegaard Søren, Dannie Kjeldgaard, & Eric J. Arnould “Programmatic authenticity: Culinary place branding in Greenland”, in Adriana Campelo (ed.), Handbook on place branding and marketing, Edward Elgar Publishing, 2017, p. 108-123 ; Franck Sowa, op. cit.

12 Pierre Bourdieu, « L’identité et la représentation ». Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 35, n° 1, 1980, p. 63-72 ; Michel Castra, « Identité », in Paugam Serge (dir.), Les 100 mots de la sociologie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que Sais-Je ? », 2012, p. 72-73.

13 Antoine Delmas et Jacques Guillaume, « La chasse des cétacés, révélatrice des rapports multiples de l’Humanité avec la Planète océane », Géoconfluences, 2018

14 Frank Sowa op. cit., p. 290.

15 Marc Jacobsen & Ulrik Pram Gad, “Setting the scene in Nuuk: Introducing the cast of characters in Greenlandic foreign policy narratives”, in K. Søby Kristensen et J. Rahbek-Clemmensen (éds), Greenland and the International Politics of a Changing Arctic: Postcolonial Paradiplomacy between High and Low Politics. Abingdon and New York , Routledge, 2017, p 11-27.

16 Bente Deutch, Jørn Dyerberg, Henning Sloth Pedersen, Ejner Aschlund & Jens C. Hansen, “Traditional and modern Greenlandic food - dietary composition, nutrients and contaminants”, Science of the total environment, vol. 384, n° 1-3, 2007, p. 106-119 ; Pars Tine, Merete Osler, & Peter Bjerregaard, “Contemporary use of traditional and imported food among Greenlandic Inuit”, Arctic, 2001, p. 22-31.

17 Sur les 186 réponses obtenues en 2022, 140 sondés se disent Groenlandais, 37 sont Danois et 9 sont d’une autre nationalité. Les principales minorités à Nuuk sont les Philippins, les Thaïlandais et les Islandais.

18 Michaël Bruckert, « La ‘transition alimentaire’ de l’Inde : une hypothèse erronée ? Le changement alimentaire au prisme de la consommation de viande », Les Cahiers d’Outre-Mer, vol. 268, 2014, p. 373-394.

19 Étant donné que la commune de Nuuk (Sermersooq) n’accueille que 126 000 nuitées en 2022, les restaurants ne peuvent s’appuyer sur le tourisme, ce qui signifie que la clientèle est surtout locale. L’offre de restauration est donc pensée en fonction des goûts locaux, ce qui justifie l’interprétation d’une occidentalisation des habitudes alimentaires à Nuuk.

20 Jens Dahl, Saqqaq: An Inuit hunting community in the modern world, Toronto, University of Toronto Press, 2000, 277 p.

21 Calculs personnels d’après les données de Statistics Greenland. Il n’existe pas de statistiques sur l’emploi tertiaire au Groenland. Les chiffres étudiés ici sont issus de la somme des catégories « commerce de gros et de détail », « activités d’hébergement et de restauration », « information et communication », « activités financières et d’assurance », « activités immobilières », « activités professionnelles, scientifiques et techniques », « activités de services administratifs et de soutien », « administration et services publics » et « autres industries de services ».

22 Nina Parmantier, « Se nourrir à Nuuk (Groenland), entre pratiques traditionnelles, transition alimentaire et sécurisation de l’approvisionnement — Géoconfluences (ens-lyon.fr) », Géoconfluences, 2023.

23 Voir dans le cas des îles Féroé plus au sud : Fabien Pouillon & Lionel Laslaz, « Le grindadráp aux Îles Féroé : approche géographique d’une controverse environnementale — Géoconfluences (ens-lyon.fr) », Géoconfluences, 2019.

24 Inuit Circumpolar Council-Alaska, Alaskan Inuit Food Security Conceptual Framework : How to Assess the Arctic From an Inuit Perspective. Technical Report, Anchorage, AK, 2015, 126 p.

25 UNESCO, « Fjord glacé d’Ilulissat », 2004. https://whc.unesco.org/fr/list/1149, consulté le 13 décembre 2021 & Andréa Poiret, « Le fjord d’Ilulissat (Groenland), site classé patrimoine mondial de l’UNESCO, étude de cas d’une patrimonialisation », Géoconfluences, 2020, http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/arctique/etudes-de-cas/ilulissat. Consulté le 7 janvier 2022.

26 Calculs personnels selon les données de Statistics Greenland (1 202 entreprises sur 3 669 et 4 581 millions DKK de salaires et d’action sur 6 971 millions de DKK totaux). Il n’existe pas de statistique sur la valeur ajoutée par municipalité groenlandaise.

27 Daniel Chartier, « Définir des modernités hybrides. Entre société, patrimoine, savoir, pouvoirs contemporains et culture autochtones », Globe : Revue internationale d’études québécoises, vol. 8, n° 1, 2005, p. 11-16.

28 Sullissivik, « Jagt, fangst og fiskeri », Groenland, 2022, https://www.sullissivik.gl/Emner/Jagt_fangst_og_fiskeri?sc_lang=da-DK&mupid=Sermersooq. Consulté le 14 mars 2022. Par comparaison, la France a établi l’âge légal d’obtention du permis de chasse à 16 ans.

29 Isabelle Bianquis, « Patrimoines alimentaires sur le vif. » op. cit., n° 16, 2021.

30 Susan Leigh Star, « Ceci n’est pas un objet-frontière ! Réflexions sur l’origine d’un concept », Revue d’anthropologie des connaissances, vol. 4, n° 1, 2010, p. 18-35.

31 Béatrice Collignon, « Esprit des lieux et modèles culturels. La mutation des espaces domestiques en arctique inuit », Annales de Géographie, vol. 110, n° 620, 2001, p. 383-404.

32 Nan Lin, « Les ressources sociales : une théorie du capital social ». Revue française de Sociologie, vol. 36, n° 4, 1995, p. 685-704.

33 Mathieu Berger, Daniel Cefaï & Carole Gayet-Viaud (Dir.), Du civil au politique. Ethnographies du vivre-ensemble, Bruxelles, ‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬Peter Lang, 2011, 603 p.‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬

34 Jean Tardif & Joëlle Farchy, Les enjeux de la mondialisation culturelle, op. cit., Paris, Éd. Hors Commerce, 2006, 395 p.

35 Michel Pimbert, “Food Sovereignty”, in Encyclopedia of food security and sustainability, 2019, p. 181-189.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 : typologie des aliments selon leur degré de centralité, de spécificité et leur origine
Crédits Sources : entretiens, observations. © Nina Parmantier, 2023.
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Fichier image/jpeg, 113k
Titre Figure 2 : Réponse aux questions combien de fois par semaine mangez-vous de mammifères marins, de gibiers, de fruits et de légumes ? 1 signifiant moins d’une fois par semaine et 5 signifiant tous les jours
Crédits Sources : sondages. © Nina Parmantier, 2023
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Fichier image/jpeg, 152k
Titre Figure 3 : La patrimonialisation de la culture alimentaire groenlandaise
Crédits Source : UNESCO, 2004 ; Poiret, 2019 ; NunaGIS, 2022 ; Sullissivik, 2022 ; entretiens. © Nina Parmantier, 2023
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/9179/img-3.png
Fichier image/png, 106k
Titre Figure 4 : La chasse et la pêche dans l’arrière-pays nuukois : des mobilités aquatiques pour renouer avec le véritable Groenland ?
Légende Les distances ont été mesurées à partir de QGIS et les durées de navigation ont été calculées pour un bateau allant à 30 km/h.
Crédits Sources : Sullissivik, 2022, entretiens et observations personnelles. © Nina Parmantier, 2023.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/9179/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 694k
Titre Figure 5 : Qoornoq, un ancien village de pêcheurs transformé en lieu de villégiature apprécié des Nuukois, notamment pour ses paysages ouverts sur le fjord de Nuuk (Nûp Kangerdlua).
Crédits © Nina Parmantier, 2022
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/9179/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 189k
Titre Figure 6 : "tapas" groenlandaises : entre produits locaux et inspirations franco-espagnoles
Crédits © Nina Parmantier, 2023
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/9179/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 302k
Titre Figure 7 : Des pratiques péri-alimentaires homogènes selon l’origine des Nuukois
Crédits Sources : sondages, 2022. © Nina Parmantier, 2023
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/9179/img-7.png
Fichier image/png, 76k
Titre Figure 8 : table garnie de mets groenlandais et allochtones à l’occasion d’un kaffemik à Nuuk
Crédits © Katia Verrier, 2022, avec l’aimable autorisation de l’auteure. Annotation : Nina Parmantier, 2023.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/9179/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 282k
Titre Figure 9 : Les occasions de consommation de la nourriture groenlandaise selon la nationalité des Nuukois
Légende Seules les quatre rubriques en gras étaient proposées au préalable. Cela signifie que les dix autres réponses sont certainement sous-représentées.
Crédits Sources : sondages. © Nina Parmantier, 2023.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/9179/img-9.png
Fichier image/png, 43k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Nina Parmantier, « L’alimentation à Nuuk, miroir d’un « anti-Groenland » en quête de centralité culturelle »Nordiques [En ligne], 45 | 2023, mis en ligne le 01 novembre 2023, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/9179 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11nqb

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Auteur

Nina Parmantier

Nina Parmantier, agrégative de géographie au sein de l’Université Savoie Mont Blanc, travaille sur l’alimentation, l’agriculture et les pratiques de collecte traditionnelles (pêche, chasse, cueillette) dans les régions polaires et subpolaires.

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Droits d’auteur

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