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Dossier : Lieux de rencontre - Circulation des savoirs autour de la mer Baltique du Moyen Âge au début du XXe siècle
Lieux de pouvoir et diplomatie

Diplomates espagnols et lieux stratégiques dans l’espace baltique au XVIIIe siècle

Olivier Guiral

Résumés

L’Espagne au XVIIIe siècle engagea un redéploiement inédit de son réseau de représentations permanentes en Europe et au-delà, sous l’impulsion des premiers Bourbons et de leurs ministres. Cette extension se concentre sur des zones stratégiques importantes pour ses intérêts politiques et économiques. L’espace baltique, zone économique très active centrée sur la mer éponyme, s’inscrit dans cette perspective. Cet article examine comment se met en place un réseau diplomatique espagnol à travers l’envoi et l’action des agents du roi d’Espagne dans trois États : le Danemark, la Suède et la Russie. Il dresse un portrait collectif de ces diplomates espagnols en dégageant des traits spécifiques en lien avec leurs parcours dans l’aire baltique. Enfin, il analyse leurs interactions dans les lieux de pouvoir que constituent les capitales et les cours des puissances du Nord.

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Texte intégral

Introduction 

  • 1 « Estaréis a la mira de todo lo que allí ocurre con estos y otros motivos, y sin tomar partido ni m (...)

Vous serez à l’affût de tout ce qui s’y passe pour ces raisons et d’autres, et sans prendre parti ni vous mêler de quoi que ce soit, puisque ce n’est pas de votre responsabilité ; vous tacherez d’être bien informé, et vous notifierez dans les temps et de manière précise, pour mon information et les finalités qui conviennent à mon service1.

  • 2 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols du XVIIIe siècle : introduction et répertoire biographique, (...)

1C’est par ces recommandations que se terminent les instructions du roi d’Espagne Charles III au comte Antonio de Güemes, désigné Envoyé extraordinaire près du roi de Suède le 10 novembre 1780. En pleine guerre d’indépendance américaine, l’Espagne, au côté de la France, entend alors préserver ses relations et ses intérêts avec les puissances neutres de l’espace baltique en envoyant l’un de ses fidèles sujets issu d’une noble famille au service de la Monarchie catholique. La nomination de cet envoyé de marque à la Cour de Stockholm se situe dans un contexte plus général de déploiement du réseau diplomatique espagnol depuis les années 1760, notamment dans les principaux États de cet espace stratégique : d’autres diplomates expérimentés sont ainsi désignés selon les mêmes modalités au Danemark (7 août 1780) et en Russie (1er janvier 1781)2.

  • 3 Jean-Pierre Dedieu, « La Nueva Planta en su contexto. Las reformas del aparato de Estado en el rein (...)
  • 4 Joaquim Albareda Salvadó et Núria Sallés Vilaseca (éds), La reconstrucción de la política internaci (...)

2L’Espagne engagea tout au long du siècle des Lumières de profondes réformes institutionnelles. Les services administratifs de la Secretaría del Despacho qui coordonnent la diplomatie espagnole sont un exemple de l’activisme réformiste des premiers Bourbons au pouvoir depuis 17003. D’abord empirique et dirigée sur la révision des traités de 1713 et 1714, la diplomatie espagnole effectue un redéploiement inédit de son réseau de représentations permanentes à l’étranger en premier lieu sous l’impulsion de Philippe V (1700-1746)4, puis sous celle de ministres volontaristes comme José de Carvajal (1746-1754) ou bien le comte de Floridablanca (1777-1792) dans la seconde moitié du XVIIIsiècle. Cette extension se concentre sur les espaces stratégiques cruciaux pour les ambitions politiques, mais aussi pour les intérêts commerciaux des milieux d’affaires espagnols.

  • 5 Pierrick Pourchasse, « Les petits ports, acteurs essentiels de l’espace baltique au XVIIIe siècle » (...)
  • 6 Michael North « The Rise of Russia » in The Baltic: A History, trad. Kenneth Krononberg, Cambridge (...)
  • 7 Núria Salles Vilaseca, Giulio Alberoni y la dirección de la política exterior española después de l (...)

3L’espace baltique s’inscrit dans cette perspective. Zone économique très active centrée sur la mer éponyme et ses hinterlands, elle est spécialisée dans la fourniture de matières premières pour la construction navale dans toute l’Europe occidentale. Les bois, mais aussi les minerais comme le fer de Scandinavie et de Russie, le chanvre et les céréales de Livonie et de Pologne sont indispensables à tout État qui a l’ambition de se doter d’une marine de guerre efficace à l’instar de l’Espagne, de la France ou de la Grande-Bretagne5. Ainsi, la Baltique est un espace convoité où le réseau portuaire est soumis au XVIIIe siècle à la concurrence des trois principaux États : les royaumes du Danemark et de Suède d’abord, puis la Russie, puissance émergente aux dépens de ses voisins polonais et suédois6. Cet important dynamisme n’échappe pas à l’Espagne, qui, dès la fin des années 1710, souhaite y étendre son réseau diplomatique. Or, si le « Plan du nord » prévoyant dès 1719 le rapprochement de l’Espagne avec la Russie de Pierre le Grand n’aboutit pas7, l’impulsion politique est donnée : tout au long du siècle, des ambassades permanentes s’implantent dans ces puissances du Nord, reprenant parfois des relations anciennes. Ce réseau se réajuste également, délaissant progressivement la Ligue hanséatique et la Pologne au profit de nouvelles puissances comme la Russie et la Prusse.

  • 8 Jesús Pradells Nadal, « Los cónsules españoles del siglo XVIII. Caracteres profesionales y vida cot (...)

4Les lieux de ces échanges internationaux sont au centre des intérêts politiques et économiques : si les capitales reçoivent les représentations diplomatiques, permanentes à partir des années 1740 (Stockholm, Copenhague, Saint-Pétersbourg), les ports marchands hébergeaient déjà des consulats veillant aux intérêts commerciaux comme Hambourg ou Elseneur8. À une échelle plus fine, les ambassades s’inscrivent dans des lieux spécifiques, non loin du pouvoir politique, et s’ancrent dans un paysage urbain en pleine expansion.

  • 9 Michel Lussault et Jacques Lévy, Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, (...)
  • 10 Pierre Nora, Astrid Erll, Les lieux de mémoire. Paris, Gallimard, 1997.
  • 11 Real Academia Española, Diccionario de Autoridades – Tomo IV (1734), entrée : « lugar », site : htt (...)
  • 12 « La notion de stratégie apporte sa valeur ajoutée dans un environnement où, du point de vue de l’a (...)

5Le concept de lieu est fondamental en sciences humaines. Venant du latin locus, il indique à la fois une situation spatiale définie (topos - un emplacement précis), mais aussi une portion d’espace soumis à des appropriations singulières, réelles ou idéelles (chora). Ces espaces mobilisent des enjeux et des représentations qui ont été étudiés par les géographes et les historiens du social. Pour Jacques Levy et Michel Lussault c’est « là où quelque chose se trouve et se passe »9. Les historiens comme Pierre Nora ont investi ce concept en lien étroit avec l’histoire et les mémoires des groupes sociaux10. En espagnol, la polysémie du terme lugar se retrouve également et permet d’aborder les logiques multiscalaires de pouvoir qui peuvent s’y concentrer : le Diccionario de Autoridades (1734) proposant neuf acceptions du mot lugar le définit comme « l’espace qui contient en lui-même quelque chose d’autre. », et plus largement des espaces appropriés par les hommes comme des centres urbains11. Ces lieux sont ainsi des espaces où se réalisent des interactions multiformes, des rapports de pouvoirs et que l’on peut ainsi qualifier de « stratégiques »12.

6Or l’espace baltique offre un champ propice à l’étude de ces lieux dans lesquels la Couronne espagnole envoya ses agents diplomatiques pour mettre en œuvre une action politique et commerciale tout au long du XVIIIe siècle. Cet article se propose ainsi d’interroger un lien possible entre ces lieux stratégiques et l’identité des diplomates espagnols désignés précisément pour le Danemark, la Suède et la Russie durant cette période. Il s’agit d’examiner leurs interactions et, si possible, leurs réseaux, avec les acteurs locaux dans des lieux de rencontre spécifiques que représentent la cour et plus largement les villes où elle réside.

  • 13 Éric Schnakenbourg, « Au-delà et en-deçà de la politique étrangère ? Ecrire l’histoire des relation (...)
  • 14 Michel Bertrand, Grandeur et misères de l’office : les officiers de finances de Nouvelle-Espagne, X (...)
  • 15 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols du XVIIIe siècle : introduction et répertoire biographique, (...)

7Notre étude, s’inscrivant dans le renouveau de l’histoire diplomatique initié depuis les années 199013, repose sur une démarche prosopographique et d’analyse de réseaux. Définie comme une forme de « biographie collective à travers la description des caractères externes du groupe choisi en se fondant notamment sur les caractéristiques observables telles que origines, éducation, carrières, patrimoines familiaux, activités… » 14, cette démarche permet d’éclairer à la fois la composition d’un groupe social, de saisir son fonctionnement et les structures de l’appareil administratif dans lesquelles il interagit. Les travaux de Didier Ozanam ont contribué ainsi à répertorier le groupe social des diplomates au XVIIIe siècle à partir d’une base de données sur leurs origines et leurs carrières, mais l’arrière-plan social et relationnel en est en grande partie absent15. Afin de dépasser le risque de produire un portrait archétypal des membres d’un groupe-objet, il convient de prendre en compte son environnement social et culturel, en étudiant également les réseaux de relations qu’il entretient dans les différents lieux où il opère. Cela permet de saisir la structuration, l’évolution et la recomposition permanente du groupe étudié, ici le corps des diplomates dans l’espace baltique.

  • 16 Les diplomates sélectionnés ont à assurer les principales fonctions définies par la sociologie du t (...)
  • 17 Jean Pierre Dedieu, « Les grandes bases de données, une nouvelle approche de l’histoire sociale : l (...)

8L’analyse repose sur un corpus bien déterminé : il s’agit ici d’examiner les quarante et un agents du roi d’Espagne ayant pour responsabilité la mise en œuvre de la politique décidée à Madrid ainsi que leur environnement relationnel. Désigné par une multitude de titres, ce groupe objet a comme trait commun d’assurer les missions politiques et la gestion d’une représentation diplomatique : ambassadeurs, mais aussi ministres plénipotentiaires, envoyés extraordinaires et ordinaires, chargés d’affaires agissant dans les trois États de l’espace baltique (Danemark, Suède, Russie) feront l’objet de cette étude16. Nous nous appuyons sur la base de données relationnelles réalisée par le Groupe PAPE depuis les années 1990 : Fichoz permet de rassembler plus de 650 000 données sur le personnel administratif espagnol à l’époque moderne17. Elle est complétée par nos propres données collectées à l’Archivo histórico nacional (AHN) et à l’Archivo histórico de protocolos de Madrid (AHPM) qui regroupent de nombreux documents privés.

9Ainsi, il convient d’abord d’envisager comment se met en place un réseau diplomatique espagnol dans l’espace baltique en fonction notamment des lieux stratégiques identifiés tout au long du XVIIIe siècle. Il s’agit ensuite de dresser un profil type des diplomates espagnols nommés et de repérer d’éventuelles spécificités en lien avec cet espace baltique et ces lieux stratégiques (réseaux, compétences, familles, circulations). Enfin, nous tenterons d’examiner les conditions matérielles et humaines dans lesquelles les agents espagnols devaient accomplir leurs missions tout au long du XVIIIsiècle dans ces lieux stratégiques que constituent les capitales et les cours des puissances du Nord.

Un réseau ancien et renouvelé : le déploiement des ambassades espagnoles dans l’espace baltique au XVIIIe siècle

  • 18 Alain Hugon, Au service du Roi Catholique : « honorables ambassadeurs » et « divins espions ». Repr (...)
  • 19 August Strindberg, « Relations de la Suède avec l’Espagne et le Portugal jusqu’à la fin du dix-sept (...)

10Les relations entre la Monarchie catholique et l’espace baltique sont anciennes. Au XVIe siècle, l’Espagne entretenait des liens continus avec la Ligue hanséatique, principal acteur économique de la zone nordique, notamment par l’intermédiaire des Pays-Bas espagnols. Malmenées par la Guerre des Quatre-vingts Ans avec les Provinces-Unies (1568-1648), la diplomatie ibérique demeure cependant bien vivante et réussit à s’adapter à la nouvelle configuration politico-confessionnelle de l’Europe du Nord18. Ces relations reprennent même de la vigueur après les Traités de Westphalie de 1648 : l’historien August Strindberg a ainsi réalisé un état des relations entre l’Espagne catholique et la Suède depuis les premiers contacts jusqu’au XVIIe siècle. Il observe la consécration de cette puissance du nord tout en soulignant la féroce compétition entre les diplomates français et espagnols à la cour de Stockholm : les agents du Roi Catholique, notamment Antonio Pimentel del Pardo, ambassadeur de 1652 à 1654, jouèrent un rôle crucial dans la conversion au catholicisme de la reine Christine de Suède en 165419.

Carte 1 : Le réseau diplomatique espagnol dans l’espace baltique vers 1728.

Carte 1 : Le réseau diplomatique espagnol dans l’espace baltique vers 1728.

Source : Ozanam D., Repertorium der diplomatishen.

  • 20 Joaquim Albareda Salvadó et al., La reconstrucción de la política internacional española, op. cit.
  • 21 La Quadruple-Alliance composée de l’Angleterre, de la France, des Provinces-Unies et du Saint-Empir (...)
  • 22 Núria Sallés Vilaseca, « Rusia, un nuevo espacio en la política exterior de Felipe V : cinco episod (...)
  • 23 Joaquim Albareda Salvadó, “En torno a la paz de Viena (1725) : grandes expectativas para una vacila (...)

11Or, au XVIIIe siècle, la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), voyant l’établissement des Bourbons sur le trône d’Espagne, avait affaibli considérablement le réseau diplomatique espagnol en Europe du Nord et plus largement sur tout le continent20. La reconstruction d’une politique internationale, notamment en Europe du nord-est indispensable pour la nouvelle dynastie. En 1718, une première impulsion est donnée par Philippe V en contrant la Quadruple-Alliance (1718-1720) qui cherchait à le neutraliser21. Le Roi Catholique entre en contact avec la Russie de Pierre Ier le Grand pour réaliser une alliance de revers. Le Jacobite d’origine irlandaise Patricio Laules est envoyé pour proposer sans succès le rapprochement avec ce nouvel acteur de l’espace baltique, en pleine guerre avec la Suède (1700-1721)22. Mais c’est à partir de la Paix de Vienne avec l’Empereur germanique (1725) qu’est engagé un nouveau déploiement diplomatique dans cet espace23. Des envoyés extraordinaires sont désignés pour renouer avec la Russie (le duc de Liria 1724-1730), avec le Danemark et l’Allemagne du nord (Antonio de Casado Velasco 1724-1731), mais la présence espagnole reste perlée jusqu’à la fin du règne de Philippe V (1746).

12L’avènement de Ferdinand VI (1746-1759) favorise l’accession au pouvoir de José de Carvajal (4 décembre 1746). L’objectif affiché du nouveau monarque et de son ministre est de consolider l’extension du réseau de représentations diplomatiques permanentes, notamment dans les royaumes du Nord. Cette politique internationale est poursuivie par son successeur, Charles III (1759-1788), et ses ministres : le marquis de Grimaldi, secrétaire d’État et ancien diplomate (1763-1777), puis le comte de Floridablanca (1777-1792) continuent ainsi la politique engagée par le souverain précédent. À la fin du règne, pas moins de 26 représentations diplomatiques permettent à l’Espagne d’assurer des relations diplomatiques régulières avec son environnement européen et méditerranéen à l’égal de la France et de la Grande-Bretagne.

Carte 2 : Le réseau diplomatique espagnol dans l’espace baltique vers 1788.

Carte 2 : Le réseau diplomatique espagnol dans l’espace baltique vers 1788.

Source : Ozanam D., Repertorium der diplomatishen.

  • 24 José Maria Alegre, Las relaciones hispano-danesas en la primera mitad del siglo XVIII, Copenhague, (...)
  • 25 Il s’agit de Joaquín Ignacio de Barrenechea Erguiñigo, marquis del Puerto. Cf. Fichoz 0003614.
  • 26 L’Espagne rompt ses relations diplomatiques avec le Danemark entre 1753 et 1757 qui entretenait des (...)
  • 27 L’historienne catalane Núria Sallés Vilaseca a analysé les prémices de la politique russe de Philip (...)
  • 28 Base de données Fichoz : 0011031A.

13L’espace baltique n’est pas en reste : à partir de 1761, des ministres plénipotentiaires, secondés d’un personnel, sont envoyés dans toutes les capitales du Nord. Les relations diplomatiques régulières avec la Suède sont rétablies par la désignation d’un ministre plénipotentiaire en 1746, le marquis del Puerto et se poursuivent sans interruption jusqu’en 1808, date de l’invasion de l’Espagne par Napoléon Ier. Les contacts hispano-danois ont quant à eux été analysés par l’historien José-Maria Alegre sous l’angle des relations diplomatiques et commerciales sur la première moitié du XVIIIe siècle. En effet, depuis l’ambassade de Don Juan de Salazar à Copenhague en 1684, la représentation diplomatique resta vacante pendant quarante ans, jusqu’en 172424. En 1746, la représentation de l’Espagne à Copenhague est alors assurée par l’envoi d’un ministre plénipotentiaire25 et l’installation d’une ambassade permanente qui installe ainsi des relations régulières sans interruption entre les cours de Madrid et de Copenhague jusqu’en 1808, à l’exception d’une courte rupture (1753-1757)26. Avec la Russie, les relations de l’Espagne se tissent en plusieurs étapes. Comme nous l’avons déjà mentionné ; Philippe V est conscient du rôle que joue cette nouvelle puissance du nord et continue d’envoyer des représentants pour établir des relations diplomatiques avec un succès très limité27. Il faut attendre les années 1760 pour que soient instituées des relations durables avec l’ambassade du marquis d’Almodovar del Rio (1761-1763)28.

  • 29 Relatif au rôle central des maisons consulaires dans les échanges et les relations interculturelles (...)

14Ainsi, en 1788, le déploiement de ce réseau diplomatique dans l’espace baltique est achevé. Son maillage est complété par des maisons consulaires installées dans les villes marchandes importantes comme Elseneur, Saint-Pétersbourg ou bien Dantzig (voir carte 2). Ce réseau, dont les nœuds sont ancrés dans des lieux stratégiques bien identifiés par la Couronne espagnole, dépasse l’échelle européenne et est animé par des diplomates soigneusement choisis29.

L’espace baltique : des lieux de formation pour les diplomates espagnols ?

  • 30 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 263 et p. 449.

15À partir des sources recueillies, nous avons identifié quarante-cinq diplomates nommés par les Rois d’Espagne sur la période de 1700 à 1808. Quarante et un diplomates se sont effectivement rendus à leur poste dans les trois États étudiés de l’espace baltique tandis que quatre ont refusé (un à Copenhague en 1743 et trois à Saint-Pétersbourg en 1798)30. Nous connaissons la provenance géographique de trente-neuf diplomates, soit 95 %.

Tableau 1 : Origine géographique des diplomates espagnols nommés en Suède, au Danemark et en Russie.

Origine

Espagne

Colonies espagnoles

Europe (hors Espagne)

Inconnue

Total

Nombre

28

1

10

2

41

Pourcentage

68 %

2.4 %

24 %

4.8 %

100 %

Source : Fichoz & AHN, Série PP.

  • 31 Il convient de préciser que parmi eux, deux seulement sont issus de familles barcelonaises (José Ma (...)
  • 32 L’historien navarrais Manuel Díaz-Ordóñez a montré le rôle essentiel des familles de commerçants ba (...)

16Vingt-huit diplomates sont issus du royaume d’Espagne et plus de 70 % si l’on prend en compte ses dépendances américaines. Sept agents sont nés à Madrid (17 %). Cinq autres diplomates sont natifs du Pays basque et de la Navarre (12 %). Viennent ensuite les natifs d’Andalousie (quatre) et de Catalogne (quatre)31. Le reste provient de Castille-Léon, de Galice et des Asturies (cinq). Il est possible d’affiner l’analyse en examinant les origines géographiques des parents de ces diplomates. Ainsi, cinq natifs de Madrid ont des parents issus des provinces basco-navarraises soit au moins 34 % des parents des diplomates étudiés. La prédominance du recrutement est en lien avec ces provinces, traditionnellement pourvoyeuses de serviteurs de l’appareil administratif espagnol dès le début du XVIIIe siècle. Elles investissent le cœur administratif et politique de la monarchie et fournissent le tiers des diplomates espagnols dans l’espace baltique durant tout le siècle des Lumières. Ces groupes familiaux prolongent leur réseau d’influence dans la sphère économique à travers le commerce international avec l’aire baltique32.

  • 33 Base de données Fichoz : 0009767A.

17On observe également qu’un quart des diplomates est d’origine étrangère, avec une présence affirmée d’agents provenant de la péninsule italienne (12 %), de France (10 %) et des îles britanniques (4,8 %). L’Italie reste, en effet pour la première partie du XVIIIe siècle, un vivier d’agents dévoués au Roi Catholique. Issues des anciennes possessions espagnoles passées sous domination autrichienne par le Traité d’Utrecht (1713), ou bien attachées à la famille royale, ces familles se mettent au service de la diplomatie des Bourbons comme les Besso Ferrero Fiesco, originaires du Piémont italien, dont un membre, le comte de Bena, conduit une ambassade en Russie de 1741 à 174333.

  • 34 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 43.

18Sur ces quarante et un individus étudiés, 30 % ont assuré plusieurs missions dans au moins deux des trois pays de l’espace baltique. De manière plus globale, on évalue à plus de 67 % des agents qui ont assumé des missions diplomatiques dans et en dehors de l’espace baltique. C’est une proportion importante qu’il est possible de mettre en comparaison avec les conclusions de Didier Ozanam : il releva au contraire que seuls 25 % des diplomates assuraient plusieurs postes à responsabilités pour l’ensemble des agents étudiés pour la période 1700-1759 et 40 % pour la période 1760-180834. Pour notre groupe étudié, on observe que 90 % des diplomates effectuent plusieurs missions sur la période 1700-1759 et plus de 77 % sur la période 1760-1808.

Tableau 2 : proportion de diplomates espagnols ayant occupé des postes multiples.

Périodes :

1700-1759

1760-1808

1700-1808

Ensemble des diplomates chefs de poste étudiés par D. Ozanam

25 %

40 %

32.5 %

Diplomates chefs de poste nommés dans l’espace baltique

90 %

77 %

83.5 %

Source : Fichoz & AHN, Série PP.

  • 35 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord “- Séjour et carrière des diplomates français employés (...)
  • 36 Ce que confirme Didier Ozanam dans son étude pour l’ensemble des diplomates espagnols, op. cit., p. (...)
  • 37 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord” Séjour et carrière des diplomates français employés e (...)
  • 38 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 245.
  • 39 Ibid., p. 45.
  • 40 On se réfère ici à l’ouvrage de référence de Christian Windler, La diplomatie comme expérience de l (...)

19Bien que l’échantillon étudié soit relativement restreint, nous pouvons observer une spécificité des diplomates envoyés dans l’espace baltique que l’historien Éric Schnakenbourg avait identifiée pour les diplomates français35 : ces différents agents semblent emprunter une trajectoire commune en assurant plusieurs postes diplomatiques identiques, esquissant une forme de « cursus honorum ». Il est aussi intéressant de noter que Stockholm et Copenhague sont les postes les plus utilisés pour un début de carrière diplomatique : 69 % des diplomates nommés dans ces deux capitales sont novices36. Observé également pour les agents français au début du XVIIIe siècle, Eric Schnakenbourg émet l’hypothèse que c’est un moyen pour les jeunes diplomates d’entrer dans une carrière, en se plaçant notamment dans l’équipe d’un ambassadeur plus expérimenté37. Les agents espagnols semblent entreprendre la même stratégie : les cours du Nord sont des lieux de formation, où des capacités d’adaptation à des conditions matérielles, culturelles et sociales sont éprouvées au cours de séjours de trois ans et demi en moyenne. Ainsi Manuel Delitala Timboni (1742-1832), marquis de Manca, est désigné secrétaire d’ambassade en Russie (22 mai 1770) auprès de l’ambassadeur en poste, le vicomte de Herreria. Rapidement nommé secrétaire de légation à Copenhague (1er août 1772), il assure les missions de l’ambassadeur au cours de son absence en tant que chargé d’affaires. Neveu de l’influent ambassadeur d’Espagne en France, Jaime Masones de Lima, il est promis à une brillante carrière diplomatique38. Enfin, on observe aussi une mobilité croissante à partir de 1760, déjà repérée par Didier Ozanam39. Il s’agit déjà d’une ébauche de hiérarchisation des postes marqués par la grille des traitements établie par le ministre. José de Carvajal en 1749, mais également un signe possible d’une professionnalisation assise sur une mobilité et une expérience de la rencontre de « l’Autre »40.

  • 41 Le duc de Liria dirige une ambassade espagnole en Russie de 1727 à 1730.

20Parmi nos chefs de postes étudiés, on observe une certaine hétérogénéité dans les titres et qualités : si 31 % possèdent un titre nobiliaire, la plupart de ces diplomates sont issus de la Hidalguía, membres de la petite noblesse de la péninsule ibérique ou bien ils sont d’origines modestes41.

Tableau 3 : Rangs et classes des diplomates nommés dans les trois Etats de l’espace baltique.

Désignation

Pays

Ambassadeur

(1ere classe)

Envoyé extraordinaire

(2ème classe)

Envoyé

(2ème classe)

Ministre plénipotentiaire

(2ème classe)

Envoyé extra

& MP

(2ème classe)

Chargé d’affaires

(3ème classe)

Ambassadeur désigné mais refusé

Total

Danemark

-

5

1

3

2

2

2

15

Suède

-

3

2

5

6

7

-

24

Russie

1

-

2

10

-

8

3

25

Total

1

8

5

18

8

17

5

62

  • 42 Heinrich Benedikt, Repertorium der diplomatischen Vertreter aller Länder seit dem Westfälischen Fri (...)

Source : Fichoz & Repertorium der diplomatischen Vertreter aller Länder seit dem Westfälischen Frieden (1648-1815).42

  • 43 Lucien Bély, L’art de la paix en Europe : naissance de la diplomatie moderne, XVIe-XVIIIe siècle, P (...)
  • 44 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 19.
  • 45 Núria Sallés Vilaseca, « Rusia, un nuevo espacio en la política exterior de Felipe V : cinco episod (...)
  • 46 Trois ambassadeurs ont été nommés en vain par le gouvernement espagnol au cours de l’année 1798. L’ (...)

21Comme l’indique le tableau n° 3, les quarante et un diplomates, chefs de poste ont assuré soixante-deux missions dans les trois pays de l’espace baltique sous des désignations diverses. Tout au long du XVIIIe siècle se met en place progressivement une hiérarchisation des nominations des diplomates, chefs de postes. Il convient de préciser que le terme même de « diplomate » est tardif dans son usage43 et les contemporains lui préféraient celui de « ministre public » (ministro público en espagnol), mais également de nombreuses autres désignations : ambassadeur, légat, ministre plénipotentiaire, ou bien plus simplement envoyé ou chargé d’affaires. Dans les principaux États modernes d’Europe, les diplomates sont progressivement répartis en trois classes : si les ambassadeurs constituent à eux seuls la première, la seconde comprend les envoyés (extraordinaires et ordinaires) et les ministres plénipotentiaires. Enfin, une troisième classe comprend un ensemble plus informel composé de résidents, de chargés d’affaires ou bien d’agents dépourvus de condition bien définie44. Peu de diplomates de première classe sont nommés dans l’espace baltique. Sur la période étudiée, l’Espagne mandata un seul diplomate avec rang d’ambassadeur, pour des missions exceptionnelles : Jacques Fitz-James Stuart, duc de Liria et Grand d’Espagne se rendit en Russie de 1727 à 1730 pour tenter de négocier une alliance hispano-russe contre les intérêts britanniques et présenter des projets matrimoniaux entre la famille du Tsar de Russie et la famille royale espagnole45. Trois autres furent nommés à la fin du XVIIIe siècle, mais dans un contexte de politique internationale où les concernés refusèrent ou ne purent atteindre leur poste en raison de tensions entre la Russie et la France, alors alliée de l’Espagne46.

  • 47 Didier Ozanam, « La diplomacia de los primeros borbones (1714-1759) », Cuadernos de investigación h (...)
  • 48 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 61.

22Les diplomates espagnols nommés dans l’espace baltique font partie de la deuxième classe, celle des envoyés et des ministres plénipotentiaires à une grande majorité (68,4 %). Ce sont des diplomates que les services de la Monarchie catholique envoient dans des pays de moindre considération sur le plan politique par rapport aux puissances principales (France, États habsbourgeois, Angleterre). Ces ministres publics de deuxième ordre disposent aussi d’une souplesse qui leur permet d’éviter des querelles de préséance avec les autres représentants étrangers dans les cours du Nord. Nous pouvons également évoquer des raisons économiques. En effet, depuis la mise en place du règlement des traitements de 1749 par D. José de Carvajal, secrétaire d’État chargé des affaires étrangères (1746-1754), une grille des postes diplomatiques a été mise en place pour doter les postes diplomatiques en adéquation avec les rangs et les États accueillant des représentations diplomatiques espagnoles. Cela permit de rétribuer les diplomates par des salaires fixes et réguliers dans une perspective d’une professionnalisation de ces fonctions. Ainsi, selon le règlement des traitements de 1749, les ministres plénipotentiaires envoyés à Stockholm et Copenhague perçoivent une rétribution de 120 000 reales de vellón47 tandis que ceux mandatés à Saint-Pétersbourg reçoivent une indemnité conséquente de 360 000 reales de vellón en lien avec les coûts de l’éloignement48. Certains diplomates peuvent cumuler des fonctions, ce qui permet d’introduire une distinction supplémentaire : au Danemark, les diplomates espagnols se voient attribuer systématiquement de 1739 à 1808 les fonctions d’« envoyé extraordinaire » et de ministre plénipotentiaire » à l’exception d’un intérim assuré par un chargé d’affaires de 1772 à 1774.

  • 49 Base de données Fichoz : 0001904A.
  • 50 AHN : Estado, leg. 3559.

23Enfin, dix-sept chargés d’affaires ont été également nommés au cours de cette période, principalement en Suède (sept) et en Russie (huit). Sous cet intitulé, se trouvent bien souvent des secrétaires d’ambassade qui assument les intérims entre deux nominations d’ambassadeurs comme nous l’avons vu avec le marquis de Manca. Cependant, ils peuvent aussi jouer un rôle non négligeable dans le fonctionnement de l’ambassade, faisant office d’agent intermédiaire entre deux mondes, passeurs à la fois culturel et politique indispensable pour la présence espagnole dans ces États. Ainsi le Barcelonais José Mas y Font, nommé secrétaire de légation à Stockholm en 1773 assure trois périodes d’intérim de 1775 à 1785 afin de coordonner les services de l’ambassade pendant l’absence d’ambassadeurs49. Cette fonction peut également être une étape clef pour accéder à d’autres postes comme consul ou bien, envoyé et ministre plénipotentiaire vers d’autres destinations. Le cas de Pedro Normande y Merican (1742-1809) est intéressant. D’extraction roturière, cet agent d’origine française réalise l’essentiel de sa carrière dans l’espace baltique, occupant des postes clés dans les lieux stratégiques qui lui apportent expérience et promotion. Ainsi, après avoir assuré à trois reprises la gestion de la légation espagnole en Suède (1768, 1771) et en Russie (1776-1777), ce diplomate est alors promu Envoyé et ministre plénipotentiaire en Pologne (1790-1791), puis retourne au Danemark terminer sa carrière comme Envoyé extraordinaire (1793-1800)50.

  • 51 Michel Bertrand, Grandeur et misères de l’office : les officiers de finances de Nouvelle-Espagne, o (...)

24L’environnement familial et relationnel des différents groupes familiaux des diplomates (et plus largement des agents de la Monarchie catholique) se révèle déterminant dans le maintien et la perpétuation de leurs conditions sociales et économiques. Elles conditionnent des options matrimoniales qui permettent de réaffirmer des alliances et d’assurer la pérennité de la lignée au-delà des individus51. Or, l’analyse des statuts maritaux des diplomates espagnols en poste dans l’aire baltique permet de dégager des points importants.

Tableau 4 : statut marital des 41 diplomates espagnols dans l’espace baltique (1700-1808).

Statut marital :

marié

célibataire

inconnu

Total

Nombre

29 (dont 5 plusieurs fois)

11

1

41

Pourcentage

70.5 %

27 %

2.5 %

100 %

Source : Fichoz.

  • 52 Núria Sallés Vilaseca, « Rusia, un nuevo espacio en la política exterior de Felipe V : cinco episod (...)
  • 53 Heinrich Benedikt, Repertorium der diplomatischen Vertreter, op. cit., p. 429.

25En premier lieu, une part non négligeable de diplomates espagnols est restée célibataire (27 %). Nous notons seulement un ecclésiastique qui assura des missions diplomatiques dans l’espace baltique : le frère théatin Francisco Arcelli. D’abord au service du Duc de Parme, il effectue ainsi plusieurs missions en Russie de 1723 à 1725 pour le compte de Philippe V et d’Isabelle Farnèse52. La proportion des ecclésiastiques dans les diplomates espagnols durant la première partie du XVIIIe siècle est pourtant non négligeable, mais le gouvernement espagnol ne semble pas souhaiter envoyer des représentants de l’Église catholique dans les pays luthériens et orthodoxes afin de ne pas compliquer les relations diplomatiques.
Puis, sur les vingt-neuf diplomates mariés, on observe une part importante d’unions avec des ressortissants non espagnols : 31 % ont épousé des étrangères, principalement issues de familles nobles du Saint-Empire romain germanique. Dans une proportion plus grande, on note une certaine endogamie entre familles dédiées au service de la Monarchie et notamment à celui de la diplomatie. Il conviendrait d’affiner l’analyse des origines socioprofessionnelles des épouses pour mieux aborder les stratégies matrimoniales.
On peut cependant identifier une certaine cohérence de ses parcours individuels dans l’espace baltique : certaines familles semblent en effet emprunter les mêmes trajectoires diplomatiques en assurant les mêmes postes comme la famille des Barrenechea.
Issue de la province basque de Biscaye, la famille Barrenechea dispose d’un environnement relationnel qui se superpose à la trame administrative de la Monarchie catholique. Dès le XVIIe siècle, plusieurs de ses membres sont au service des Habsbourg puis des Bourbons tant dans la péninsule que dans les possessions américaines (Pérou). L’un de ses membres, Joaquín Ignacio de Barrenechea Erquiñigo (1681-1753), marquis del Puerto en 1741, représente le roi d’Espagne comme Ministre plénipotentiaire en Suède de 1741 à 1746. Désigné pour assurer la représentation diplomatique au Danemark en 1746, il est finalement promu la même année ambassadeur d’Espagne aux Provinces-Unies où il restera jusqu’à sa mort en 175453. Son fils, Pablo Antonio de Barrenechea Novia, après avoir été formé en Suède auprès de son père, est nommé à sa place ministre plénipotentiaire au Danemark dès 1746, perpétuant ainsi un réseau familial et un ancrage local. À la suite de la rupture des relations hispano-danoises en 1753, il se rend en Suède en tant qu’Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire jusqu’en 1761 avant d’être désigné, à son tour à La Haye, aux Provinces-Unies.

  • 54 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 373.

26Ainsi, il semble se confirmer des logiques de parcours qui ressemblent à des étapes au sein d’un cursus honorum du diplomate dans l’espace baltique. Un autre diplomate, qui paraît être lié à la famille Barrenechea réalise une trajectoire similaire dans l’espace baltique : José de Ocariz y Baeza, issu également de Biscaye, assure les postes diplomatiques au Danemark (en 1777) et en France (1792-1796) en tant que chargé d’affaires, mais retrouve l’espace baltique comme ministre résident auprès de la Ligue hanséatique (Hambourg) de 1797 à 1803. Promu ministre plénipotentiaire en Suède (1803-1805), il est ensuite désigné ambassadeur à Constantinople en 1805, mais meurt avant de rejoindre son poste54.
Ainsi, les profils et les parcours des diplomates espagnols circulant dans l’espace baltique au XVIIIe siècle permettent de dégager des caractéristiques communes qui peuvent être mises en relation avec les lieux dans lesquels ils exercent leurs missions.

Des lieux stratégiques au service de la diplomatie espagnole ?

  • 55 Miguel Ángel Ochoa Brun, Historia de la diplomacia española, Biblioteca Diplomática Española. vol.  (...)

27L’accès au Prince et à son gouvernement est la préoccupation centrale pour tout diplomate pour assurer leur mission de représentation et de défense des intérêts de leur État. Les ambassades espagnoles vont donc s’installer dans un lieu proche du pouvoir, dans les capitales des trois États dès le début du XVIIIe siècle : Copenhague, Stockholm et Saint-Pétersbourg. Il était d’usage de résider dans des palais si possible de manière permanente. Or, pour l’Espagne, seuls deux lieux constituaient la propriété de l’État : Rome, avec le Palazzo di Spagna et Vienne où la présence espagnole était d’une grande importance55.

  • 56 Claude Nordmann, « Grandeur et Liberté de la Suède, 1660-1792 », in Publications de la Faculté des (...)
  • 57 Miguel Ángel Ochoa Brun, op.cit., p. 164.
  • 58 Le marquis de Grimaldi (1749-1753), puis le marquis de Puente-Fuerte, y résident par la suite jusqu (...)
  • 59 Djurgardens Hidden Treasure. The Residence of the Embassy of Spain in Stockholm, publicacion de la (...)

28Dans l’espace baltique, la situation est différente : les résidences sont louées par les grandes familles. Stockholm, parfois appelée la » Venise du Nord » pour sa position entre canaux et îles, se transforme tout au long du XVIIIe siècle en capitale des Lumières sous l’impulsion de ses rois et de la noblesse : les maisons de bois laissent progressivement place à une ville nouvelle composée de palais et d’églises qui lui donnaient la physionomie d’une ville devenue prospère depuis la fin de la Guerre du Nord (1721)56. L’ambassade permanente espagnole se situe dans l’un d’eux : le Palais de Tessin, un édifice baroque loué par le comte Nicodème de Tessin (1654-1758). Son fils, Charles-Gustave de Tessin (1695-1770) ambassadeur de Suède en France et à Venise, loue le palais à l’Espagne jusqu’en 1755, avant de le céder à la Couronne suédoise57. Le ministre espagnol déjà mentionné, le marquis del Puerto, y réside de 1741 à 1746, ainsi que ses successeurs jusqu’en 175558. À la fin du XVIIIe siècle, le nouveau ministre espagnol, Ignacio María del Corral y Aguirre, reçoit du roi Gustave III en 1790 un domaine (finca) dans le quartier de Djurgården, à Stockholm pour y installer sa résidence. Il lui donne le nom de « Manille » en l’honneur de la capitale des Philippines espagnoles. Lorsque celui-ci est transféré à La Haye, en 1793, il vendit la propriété59.

  • 60 Miguel Ángel Ochoa Brun, op.cit., p. 162.
  • 61 AHN, Estado, Leg°3430-1, exp. 5 : lettre de Don Alfonso de Aguirre y Yoldi du 03 août 1790 depuis S (...)
  • 62 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord” - Séjour et carrière des diplomates français employés (...)

29À Saint-Pétersbourg, où les services diplomatiques espagnols devaient résider, les ministres plénipotentiaires étaient également logés dans des palais loués. Dès son arrivée à la Cour de Russie, le marquis d’Almodóvar del Rio, ministre plénipotentiaire de 1760 à 1765, est accueilli dans la somptueuse résidence du baron Alexandre Stroganov pour un moment. Il déménage ensuite dans une nouvelle demeure avec son personnel plus proche du palais d’hiver du Tsar Pierre III60. Or, tous les diplomates mentionnent les difficultés à financer leurs logements et leurs rangs à tenir. Dans une lettre d’Alfonso de Aguirre y Yoldi, alors secrétaire de légation, accompagnant l’ambassade du comte Miguel de Galvez en Russie (1788- 1792), il est fait état des problèmes que rencontrent son maître et lui-même pour se loger, se déplacer et se vêtir. Il note en effet l’abus des fournisseurs russes qui profitent de leurs conditions de diplomates pour élever le prix des effets pour se conformer à leur rang (proporcionado de su rango). Il informe le Secrétaire d’État que les traitements ne sont pas suffisamment importants pour subvenir aux besoins entraînant un endettement permanent auprès des créanciers russes61. La distance entre les capitales baltiques et Madrid est également un obstacle majeur qui occasionne des frais de port conséquents qui ralentissent considérablement la communication entre agents et qui grève sérieusement le budget du personnel de l’ambassade62.

  • 63 Ibid., p. 380.
  • 64 AHN, leg°5910, cité par Miguel Ángel Ochoa Brun, op. cit., p. 165.
  • 65 Des journées d’étude ont eu lieu les 11 et 12 mars 2022, sur les sites des Archives nationales à Pa (...)

30À une échelle plus fine, d’autres lieux spécifiques relevaient d’un intérêt majeur. Comme leurs homologues français en Suède63, les ambassadeurs espagnols devaient représenter et maintenir la religion catholique dans ces pays luthériens et orthodoxes. En qualité de ministres de Sa Majesté Catholique, ils devaient maintenir un lieu de culte qui revêtait une importance stratégique. Il est fait mention dès l’ambassade du duc de Liria à Saint-Pétersbourg (1727-1730) l’entretien d’une chapelle où l’on pratiquait le rite catholique et romain, dirigé par le chapelain du duc. Plus tard, une chapelle permanente était ouverte à tous les catholiques de la ville pour un coût de 1860 roubles annuels et de 500 mensuels pour l’éclairage64. Ces lieux de culte permettaient de rassembler les ressortissants espagnols autour de pratiques religieuses communes, mais aussi d’assistance. Ils étaient aussi à la fois un lieu de sociabilité, de protection des coreligionnaires, mais aussi de contrôle social orchestré par les services de l’Ambassade65.

  • 66 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord” - Séjour et carrière des diplomates français employés (...)
  • 67 Didier Ozanam, Les diplomates espagnols, op.cit., p. 371.
  • 68 Ibid., p. 194.
  • 69 AHN, Estado, Leg. 3419.

31Les témoignages des agents évoquent souvent les contraintes qu’ils doivent affronter et les difficultés qui modifient ainsi les comportements et le rapport aux lieux, devenus hostiles. L’examen de leur correspondance nous informe sur les conditions de leurs missions soumises aux rigueurs du climat et à la vulnérabilité face aux maladies66. Plusieurs agents ne résistent pas au froid glacial scandinave et décèdent en poste, à l’instar du comte de Cogorani, qui, de santé fragile, mourut en 1742 à Copenhague moins de deux ans après son arrivée en poste67. Au début du XIXe siècle, Juan Eliodore de Bouligny (1758-1805), promu ministre plénipotentiaire en Suède, décède trois mois après sa prise de poste à Stockholm, le 13 novembre 1805, terrassé lui aussi par le climat scandinave68.
Les aléas politiques dans les cours scandinaves peuvent également causer la fin de carrière diplomatique pourtant bien engagée. Le marquis de Manca, évoqué plus haut, assure les fonctions de chargé d’affaires à Copenhague de 1772 à 1775. Or, il est rapidement accusé par des membres de la cour danoise d’avoir participé à des intrigues et à un complot contre le roi. Manca est alors rappelé à Madrid où il doit expliquer son comportement dans « la révolution danoise de 1775 ». Celle-ci a en effet favorisé le retour au pouvoir de la reine Caroline, sœur du roi d’Angleterre, et a consolidé l’influence des Britanniques dans ce pays69. Sa carrière, pourtant prometteuse, s’arrêta ici et le marquis de Manca dut se contenter jusqu’à la fin de sa vie du poste de Second Introducteur des ambassadeurs à la cour d’Espagne.

  • 70 AHN, Personal, série Personal Pequeño Leg°136 1885 – Bouligny, lettre du 1er avril 1807 de Teresa d (...)

32La condition des femmes de diplomate, qui suivent leur époux à l’étranger, n’est pas non plus des plus favorables, notamment quand l’agent meurt en poste. Eloignées des réseaux traditionnels de solidarité et d’entraide, ces lieux étrangers deviennent rapidement invivables : les conditions difficiles de retour, mais aussi l’hostilité des créanciers locaux sont souvent la cause d’un basculement dans une précarité et une indigence inéluctable. La famille de Juan Eliodore Bouligny décédé à Stockholm en 1805, en fait la difficile expérience. Teresa de Bouligny et ses trois enfants sont obligés de revenir par leurs propres moyens à Madrid en plein hiver, dépouillés par les créanciers suédois auprès desquels la famille avait contracté des emprunts70. Ainsi les lieux de pouvoir ne sont guère éloignés des épreuves dans lesquelles des hommes et des femmes peuvent tomber par les aléas politiques ou de destinée.

Conclusion 

33À travers l’étude des lieux de stratégiques, nous avons tenté d’analyser par quel type de diplomate la Couronne d’Espagne souhaitait être représentée dans les trois principaux États de l’espace baltique. Les postes diplomatiques situés dans l’espace baltique semblent être perçus comme une première étape dans un parcours européen fort de plusieurs emplois et responsabilités. Ils peuvent parfois être regardés comme un lieu de relégation auquel les diplomates les plus expérimentés cherchent à se soustraire. Cette étude pourrait être complétée en examinant notamment les taux d’absence des différents diplomates au cours de leur présence en poste, mais aussi les stratégies d’évitement pour échapper à ces lieux parfois perçus comme un exil social et politique.

  • 71 Christian Windler, « Diplomatie et interculturalité : les consuls français à Tunis, 1700-1840 », Re (...)

34Pourtant se dessinent les contours de compétences diplomatiques dont la matrice serait ces lieux de rencontres et de pouvoir. Copenhague, Stockholm, Saint-Pétersbourg semblent être de véritables creusets où chaque diplomate est confronté à une altérité à laquelle il convenait de s’adapter. Ainsi, l’expérience diplomatique dans ces lieux peut déboucher sur un remodelage des identités et permet d’interroger une forme de première professionnalisation de manière nuancée.71

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Notes

1 « Estaréis a la mira de todo lo que allí ocurre con estos y otros motivos, y sin tomar partido ni mezclaros en nada, pues no os corresponde, procuraréis estar bien informado, y de todo avisaréis con puntualidad y exactitud, para mi noticia y los fines que convengan a mi servicio ». Extrait de « Instrucción que vos D. Antonio de Güemes, conde de Güemes, habéis de observar en el empleo de mi enviado extraordinario, cerca del rey de Suecia, al que os he destinado », in L.Palacios Bañuelos, I. Ruiz Rodríguez, et F. López Mora, Estudio y documentos para la historia de la diplomacia española en el siglo XVIII, Córdoba, Servicio de Publicaciones de la Universidad de Córdoba e Instituto de Humanidades de la Universidad Rey Juan Carlos, 2011, documento 87, p. 406-408.

2 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols du XVIIIe siècle : introduction et répertoire biographique, 1700-1808, Madrid, Casa de Velázquez, 1998. Il s’agit d’Ignacio del Corral y Aguirre au Danemark (p. 237) et de Felipe Fonsdeviela y Ondeano en Russie (p. 261).

3 Jean-Pierre Dedieu, « La Nueva Planta en su contexto. Las reformas del aparato de Estado en el reinado de Felipe V », Manuscrits : Revista d’história moderna 18 (2000), p. 113-139.

4 Joaquim Albareda Salvadó et Núria Sallés Vilaseca (éds), La reconstrucción de la política internacional española : el reinado de Felipe V, Madrid, Casa Velázquez, 2021, 381 p.

5 Pierrick Pourchasse, « Les petits ports, acteurs essentiels de l’espace baltique au XVIIIe siècle », História : revista da Faculdade de Letras da Universidade do Porto, 2018, vol. 9, p. 130.

6 Michael North « The Rise of Russia » in The Baltic: A History, trad. Kenneth Krononberg, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2015, p. 145-182.

7 Núria Salles Vilaseca, Giulio Alberoni y la dirección de la política exterior española después de los tratados de Utrecht (1715-1719), Thèse de doctorat d’histoire, Universitat Pompeu Fabra, Barcelone, 2016.

8 Jesús Pradells Nadal, « Los cónsules españoles del siglo XVIII. Caracteres profesionales y vida cotidiana », in Revista de historia moderna, in. 10 (1991), p. 209-260.

9 Michel Lussault et Jacques Lévy, Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, Belin, 2003, p. 565.

10 Pierre Nora, Astrid Erll, Les lieux de mémoire. Paris, Gallimard, 1997.

11 Real Academia Española, Diccionario de Autoridades – Tomo IV (1734), entrée : « lugar », site : https://apps2.rae.es/DA.html, (consulté le 03/01/2023).

12 « La notion de stratégie apporte sa valeur ajoutée dans un environnement où, du point de vue de l’acteur, qui peut être individuel ou collectif, privé ou public, il est possible de faire quelque chose – ni tout ni rien – en interaction avec d’autres acteurs disposant eux aussi de compétences stratégiques », in Michel Lussault et Jacques Lévy, Dictionnaire de la géographie, op. cit., 2003, p. 874.

13 Éric Schnakenbourg, « Au-delà et en-deçà de la politique étrangère ? Ecrire l’histoire des relations internationales et de la diplomatie à l’époque moderne », in Nicolas Le Roux (dir.), Faire de l’histoire moderne, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 269-291. Il convient de citer également l’ouvrage majeur de Lucien Bély, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990.

14 Michel Bertrand, Grandeur et misères de l’office : les officiers de finances de Nouvelle-Espagne, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, Éditions de la Sorbonne, 1999, p. 2.

15 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols du XVIIIe siècle : introduction et répertoire biographique, 1700-1808, Madrid, Casa de Velázquez, 1998.

16 Les diplomates sélectionnés ont à assurer les principales fonctions définies par la sociologie du travail soit informer, représenter, négocier et organiser. Il convient de voir sur cette question un travail sociologique très riche : Marc Loriol, Françoise Piotet et David Delfolie, Le travail diplomatique Un métier et un art (2008), auquel on peut associer l’ouvrage récent dirigé par Indravati Félicité (dir.), L’Identité du diplomate (Moyen Âge–XIXe siècle). Métier ou noble loisir ?, Paris, Classiques Garnier, 2020.

17 Jean Pierre Dedieu, « Les grandes bases de données, une nouvelle approche de l’histoire sociale : le système Fichoz », História : revista da Faculdade de Letras da Universidade do Porto, 2018, vol. 5.

18 Alain Hugon, Au service du Roi Catholique : « honorables ambassadeurs » et « divins espions ». Représentation diplomatique et service secret dans les relations hispano-françaises de 1598 à 1635, Madrid, Casa de Velázquez, 2017, p. 111.

19 August Strindberg, « Relations de la Suède avec l’Espagne et le Portugal jusqu’à la fin du dix-septième siècle », Boletín de la Real Academia de la Historia, XVI, (1890), p. 337. Sur les relations de l’Espagne et de la Suède au XVIIe siècle, on pourra également consulter : Enrique Ruiz Mártinez, Spain & Sweden in the Baroque Era (1600-1660) : International Congress Records. Madrid, Fundación Berndt Wistedt, 2000.

20 Joaquim Albareda Salvadó et al., La reconstrucción de la política internacional española, op. cit.

21 La Quadruple-Alliance composée de l’Angleterre, de la France, des Provinces-Unies et du Saint-Empire romain germanique s’opposa avec succès aux ambitions italiennes de Philippe V lors d’une courte guerre (1718-1720).

22 Núria Sallés Vilaseca, « Rusia, un nuevo espacio en la política exterior de Felipe V : cinco episodios diplomáticos hispano-rusos », in Joaquim Albareda Salvadó et Núria Sallés Vilaseca, (ed.), La reconstrucción de la política internacional española, op. cit., p. 95-96.

23 Joaquim Albareda Salvadó, “En torno a la paz de Viena (1725) : grandes expectativas para una vacilante monarquía”, in Joaquim Albareda Salvadó et Núria Sallés Vilaseca, (ed.), La reconstrucción de la política internacional española, op. cit., p. 33.

24 José Maria Alegre, Las relaciones hispano-danesas en la primera mitad del siglo XVIII, Copenhague, 1978, cité par. Miguel Ángel Ochoa Brun, Historia de la diplomacia española, Biblioteca Diplomática Española. vol. VIII, Madrid, Ministerio de Asuntos Exteriores, 2006, p. 126.

25 Il s’agit de Joaquín Ignacio de Barrenechea Erguiñigo, marquis del Puerto. Cf. Fichoz 0003614.

26 L’Espagne rompt ses relations diplomatiques avec le Danemark entre 1753 et 1757 qui entretenait des relations commerciales intenses avec les États barbaresques d’Afrique du nord, notamment en fournitures militaires.

27 L’historienne catalane Núria Sallés Vilaseca a analysé les prémices de la politique russe de Philippe V (1700-1746) dans sa thèse remarquable : Giulio Alberoni y la dirección de la política exterior española después de los tratados de Utrecht (1715-1719), op. cit.. L’historien Iván Lazaro Urdiales a étudié la mise en place de relations régulières et de représentations permanentes tout au long du XVIIIe siècle : Iván Lazaro Urdiales, La diplomacia entre España y Rusia durante el siglo XVIII, Thèse de doctorat, UNED. Universidad Nacional de Educación a Distancia (España), 2018.

28 Base de données Fichoz : 0011031A.

29 Relatif au rôle central des maisons consulaires dans les échanges et les relations interculturelles, on se reportera au récent ouvrage collectif dirigé par Mathieu Grenet (dir.), La maison consulaire : espaces, fonctions et usagers : XVIe-XXIe siècle, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2021.

30 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 263 et p. 449.

31 Il convient de préciser que parmi eux, deux seulement sont issus de familles barcelonaises (José Mas y Font et Pedro Amat y Cortado). Les deux autres sont d’origines irlandaise et sarde.

32 L’historien navarrais Manuel Díaz-Ordóñez a montré le rôle essentiel des familles de commerçants basques comme les Gardoqui dans l’espace baltique pour l’approvisionnement de la flotte espagnole en matières premières indispensables comme le chanvre. Cf. Manuel Díaz-Ordóñez, « El abastecimiento militar de cáñamo para el imperio español (1665-1808) : globalización, estado y empresarios en el largo Siglo XVIII » in Espacio, tiempo y forma. Serie IV, Historia moderna, 2019, p. 45-72.

33 Base de données Fichoz : 0009767A.

34 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 43.

35 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord “- Séjour et carrière des diplomates français employés en Europe du Nord au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles », in Rencontres, n° 471, Classiques Garnier, 2020, p. 390.

36 Ce que confirme Didier Ozanam dans son étude pour l’ensemble des diplomates espagnols, op. cit., p. 46 et annexe 1.

37 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord” Séjour et carrière des diplomates français employés en Europe du Nord, op. cit ., p. 387.

38 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 245.

39 Ibid., p. 45.

40 On se réfère ici à l’ouvrage de référence de Christian Windler, La diplomatie comme expérience de l’autre : consuls français au Maghreb (1700-1840), Genève, Librairie Droz, 2002.

41 Le duc de Liria dirige une ambassade espagnole en Russie de 1727 à 1730.

42 Heinrich Benedikt, Repertorium der diplomatischen Vertreter aller Länder seit dem Westfälischen Frieden (1648-1815), Institut für Österreichische Geschichtsforschung, Mitteilungen, 1936-1965, 3 vol. 

43 Lucien Bély, L’art de la paix en Europe : naissance de la diplomatie moderne, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2015, p. 645 et suiv.

44 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 19.

45 Núria Sallés Vilaseca, « Rusia, un nuevo espacio en la política exterior de Felipe V : cinco episodios diplomáticos hispano-rusos » in Joaquim Albareda Salvadó et Núria Sallés Vilaseca, (ed.), La reconstrucción de la política internacional española, op. cit., p. 100-102.

46 Trois ambassadeurs ont été nommés en vain par le gouvernement espagnol au cours de l’année 1798. L’ambassade espagnole en Russie a finalement été dirigée par le secrétaire d’ambassade devenu chargé d’affaire, Joaquin de Onis jusqu’en 1802.

47 Didier Ozanam, « La diplomacia de los primeros borbones (1714-1759) », Cuadernos de investigación histórica, 1982, no 6, p. 179. Le real de vellón est une des trois principales monnaies espagnoles au XVIIIe siècle.

48 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 61.

49 Base de données Fichoz : 0001904A.

50 AHN : Estado, leg. 3559.

51 Michel Bertrand, Grandeur et misères de l’office : les officiers de finances de Nouvelle-Espagne, op.cit., p. 190.

52 Núria Sallés Vilaseca, « Rusia, un nuevo espacio en la política exterior de Felipe V : cinco episodios diplomáticos hispano-rusos » in Joaquim Albareda Salvadó et Núria Sallés Vilaseca, (ed.), La reconstrucción de la política internacional española, op. cit., p. 90.

53 Heinrich Benedikt, Repertorium der diplomatischen Vertreter, op. cit., p. 429.

54 Didier Ozanam, Les Diplomates espagnols, op. cit., p. 373.

55 Miguel Ángel Ochoa Brun, Historia de la diplomacia española, Biblioteca Diplomática Española. vol. VIII, Madrid, Ministerio de Asuntos Exteriores, 2006, p. 81-82.

56 Claude Nordmann, « Grandeur et Liberté de la Suède, 1660-1792 », in Publications de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Paris, Sorbonne, Série « Recherches », t. LXIII, B. Nauwelaerts, 1971, 551 p.

57 Miguel Ángel Ochoa Brun, op.cit., p. 164.

58 Le marquis de Grimaldi (1749-1753), puis le marquis de Puente-Fuerte, y résident par la suite jusqu’en 1755.

59 Djurgardens Hidden Treasure. The Residence of the Embassy of Spain in Stockholm, publicacion de la Embajada de España, Estocolmo, 2005, cité par Miguel Ángel Ochoa Brun, ibid.

60 Miguel Ángel Ochoa Brun, op.cit., p. 162.

61 AHN, Estado, Leg°3430-1, exp. 5 : lettre de Don Alfonso de Aguirre y Yoldi du 03 août 1790 depuis Saint-Pétersbourg, au comte de Floridablanca : « El luxo de los vestidos y la freqüencia con que se llevan es tal, y los precios tant enormes que todos los secretarios y todos los que carecen de maiores facultadas llevan uniformes que han solicitado de sus Cortes respectivas, para no verse aquí endeudados.”

62 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord” - Séjour et carrière des diplomates français employés en Europe du Nord, op. cit., p. 381.

63 Ibid., p. 380.

64 AHN, leg°5910, cité par Miguel Ángel Ochoa Brun, op. cit., p. 165.

65 Des journées d’étude ont eu lieu les 11 et 12 mars 2022, sur les sites des Archives nationales à Paris, à propos des différents aspects de ce lieu particulier qu’est la chapelle consulaire, qui concentre de nombreux enjeux, notamment de pouvoir : la chapelle consulaire (XVI-XIX siècle). Actes de colloque à paraître.

66 Éric Schnakenbourg, « “Le cul-de-sac du Nord” - Séjour et carrière des diplomates français employés en Europe du Nord, op. cit., p. 379.

67 Didier Ozanam, Les diplomates espagnols, op.cit., p. 371.

68 Ibid., p. 194.

69 AHN, Estado, Leg. 3419.

70 AHN, Personal, série Personal Pequeño Leg°136 1885 – Bouligny, lettre du 1er avril 1807 de Teresa de Bouligny.

71 Christian Windler, « Diplomatie et interculturalité : les consuls français à Tunis, 1700-1840 », Revue d’histoire moderne contemporaine, 2003, vol. 504, no 4, p. 65.

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Table des illustrations

Titre Carte 1 : Le réseau diplomatique espagnol dans l’espace baltique vers 1728.
Crédits Source : Ozanam D., Repertorium der diplomatishen.
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Titre Carte 2 : Le réseau diplomatique espagnol dans l’espace baltique vers 1788.
Crédits Source : Ozanam D., Repertorium der diplomatishen.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/docannexe/image/8670/img-2.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Olivier Guiral, « Diplomates espagnols et lieux stratégiques dans l’espace baltique au XVIIIe siècle »Nordiques [En ligne], 45 | 2023, mis en ligne le 01 novembre 2023, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/8670 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11nq6

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Auteur

Olivier Guiral

Olivier Guiral est doctorant à l’Université Toulouse-Jean-Jaurès, au Laboratoire Framespa

. Il réalise sa thèse d’histoire sous la codirection de M. Michel Bertrand (UT2J) et de M. Joaquim Albareda (UPF) : les diplomates espagnols au XVIIIe siècle : origines, carrières, réseaux et trajectoires.

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Droits d’auteur

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