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  • 1 Thomas DaCosta Kaufmann, “Reflections on world art history”, in Circulations in the global history (...)

1La notion de lieu a été choisie en raison de sa capacité à interroger de manière pertinente l’espace baltique, tout comme Pierre Nora l’a fait pour la mémoire. En effet, que ces rencontres soient fortuites, récurrentes ou planifiées, qu’elles soient d’ordre humain, matériel ou intellectuel, elles découlent des déplacements et des interactions dans un espace donné. Alors que la périodisation, qui est indispensable pour les historiens, a parfois tendance à minimiser l’importance de l’espace dans lequel se déroulent les actions étudiées, ces lieux de rencontre donnent le cadre d’un moment qui rompt avec cette tendance. Ainsi, le lieu doit servir de structure pour de nouvelles constructions qui « peuvent contribuer à formuler certaines réponses, même si elles ne les fournissent pas entièrement1 ».

2Relier la thématique des lieux de rencontre à l’espace de mer Baltique est loin d’être anodin, et elle est même nécessaire tant il nous est méconnu. Cette région, véritable carrefour politique, économique, culturel et artistique, a été le théâtre d’une multitude d’événements, qu’ils appartiennent à la grande ou à la petite histoire, et qui ont durablement marqué son histoire, son identité et celles des régions qui l’entourent. La mer Baltique se singularise également par une dualité entre les lieux réels, concrets et matérialisés dans l’espace, d’une part, et les lieux imaginaires, tels qu’ils sont décrits dans la presse, les récits de voyage, la peinture, ou encore les œuvres fictives telles que contes, poésie, pièces de théâtre et romans, d’autre part.

  • 2 Les « tegel » sont des briques qui sont à l’origine du terme « tegelgotik » (gothique de brique en (...)
  • 3 Daniel Roche, Humeurs vagabondes. De la circulation des hommes et de l'utilité des voyages, Paris, (...)

3Les caractéristiques naturelles uniques de cette aire géographique la distinguent des autres espaces maritimes, avec un climat parfois rigoureux, marqué par des températures négatives, d’abondantes chutes de neige et la formation de glaces. Elle abrite une faune et une flore spécifiques, voire endémiques, qui lui sont propres. Un paysage particulier s’est développé autour de cette mer, donnant naissance à des lieux de mobilité spécifiques tels que des ports, des villes, des canaux, des rivières et des fleuves. Les matériaux de construction utilisés, tels que les tegel de Stockholm2 ou le granit des quais de la Neva, témoignent des particularités de cette région. Ces particularités se révèlent à différentes échelles, qu’il s’agisse de l’échelon local ou de l’échelle plus vaste de la mer Baltique, à travers des réseaux d’échanges et de coopération qui, par moments, coexistent de manière harmonieuse. Pour emprunter les mots de Daniel Roche, « [c]e rapport à l’espace est bien plus qu’une simple relation avec le monde et la société : il constitue le tissu même d’une civilisation3 ». En un sens, se pencher sur les lieux où naissent les rencontres revient à étudier les points de connexion du monde. C’est découvrir autour de la mer Baltique des lieux qui confèrent à cette région à la fois sa particularité et son universalité.

4Ce numéro sur la thématique des lieux de rencontre dans la région baltique, propose d’étudier cette question à travers trois axes. Le premier concerne l’importance du lieu dans le contexte de la diplomatie européenne du XVIIIe siècle. Olivier Guiral se penche sur l’établissement d’un réseau diplomatique espagnol autour de la Baltique au XVIIIe siècle. S’inscrivant dans le cadre des réformes institutionnelles espagnoles et de l’attractivité économique des pays baltes, il entreprend à la fois une démarche prosopographique et une étude de réseau afin de nous livrer l’étude d’un groupe social particulier : celui des diplomates espagnols en poste en Suède, au Danemark et en Russie. Pierre-Yves Beaurepaire s’intéresse quant à lui à une figure en particulier : François Philippe Fölsch (1755-1832), consul de Suède à Marseille. L’étude de la correspondance (plus de 300 lettres) de Flösch révèle comme étant, par sa veille et son analyse des événements qui se déroulent sous ses yeux, un rouage essentiel du réseau consulaire suédois en Méditerranée, en plein développement.

5Certains lieux, marqués par leur dimension productive, revêtent également une importance cruciale en tant que lieux d’interactions et de liens, indispensables à la compréhension de leur fonctionnement. Hugo Tardy nous transporte dans l’atelier pétersbourgeois du sculpteur français Étienne-Maurice Falconet (1716-1791). À l’instar de nombreux autres ateliers d’artistes au siècle des Lumières, ce lieu s’inscrit comme un espace de rencontre, où la quête de sociabilité l’emporte parfois sur l’aspect artistique. Florian Ferrebeuf nous conduit en Prusse orientale. Il étudie le grand domaine agricole, qui de prime abord semble se cantonner à des fonctions économiques et agricoles. Cependant, une étude approfondie révèle que le grand domaine agricole constitue une cellule d’organisation sociale majeure, favorisant rencontres et échanges.

6Enfin, ce dossier s’achève par une réflexion sur l’expression du lieu dans et en marge des textes. Aleksi Moine s’intéresse aux indications spatiales dans les incantations caréliennes du XIXe siècle. La performance rituelle pouvait se dérouler dans différents lieux, et ce sont le sauna et la forêt qu’il a choisi d’étudier plus précisément ici. Grâce à de nombreuses citations et de leurs traductions, cette contribution nous invite à appréhender ces incantations sous un angle différent, notamment comme lieu de rencontre entre agents humains et non humains. Alessandra Orlandini Carcreff nous entraîne, quant à elle, dans les paysages lapons. Son étude des illustrations présentes dans les récits de voyageurs, centrées autour des paysages habités et inhabités, et du chamanisme, lui permet de mettre en lumière les clichés à la peau dure qui en découlent et si caractéristiques de cet espace.

  • 4 Un carnet Hypothèses a été créé afin de rendre compte des différentes éditions de cette manifestati (...)

7Ce dossier est issu de la troisième journée d’étude « Circulation des savoirs autour de la mer Baltique », un événement organisé annuellement sous l’égide du laboratoire Framespa (UMR 5136)4. Ces journées ont pour vocation de rassembler à la fois jeunes chercheurs et chercheurs confirmés travaillant sur cette région géographique. Le 3 mars 2021, neuf participants ont eu l’occasion de présenter leurs travaux en explorant le thème des lieux de rencontre. La diversité des approches disciplinaires ainsi que le contexte géographique et temporel dans lequel ces réflexions ont pris forme nous ont incités à soumettre ce dossier à la revue Nordiques. Nous tenons à exprimer notre gratitude envers les membres du comité de rédaction pour avoir accepté et soutenu ce projet éditorial tout au long de son développement. Nos remerciements s’adressent également aux relecteurs et aux auteurs qui ont généreusement contribué à cette publication, faisant preuve d’une grande confiance en nous en partageant leurs travaux.

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Notes

1 Thomas DaCosta Kaufmann, “Reflections on world art history”, in Circulations in the global history of art, Londres, Routledge, 2016, p. 34.

2 Les « tegel » sont des briques qui sont à l’origine du terme « tegelgotik » (gothique de brique en suédois) qui désigne un style appelé en allemand « backsteingotik ».

3 Daniel Roche, Humeurs vagabondes. De la circulation des hommes et de l'utilité des voyages, Paris, Fayard, 2003, p. 189.

4 Un carnet Hypothèses a été créé afin de rendre compte des différentes éditions de cette manifestation scientifique et de leur publication : https://cbaltique.hypotheses.org/

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Pour citer cet article

Référence électronique

Lisa Castro et Hugo Tardy, « Éditorial »Nordiques [En ligne], 45 | 2023, mis en ligne le 01 novembre 2023, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nordiques/8376 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11nq5

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Auteurs

Lisa Castro

docteure en histoire contemporaine Laboratoire FRAMESPA (UMR CNRS 5136) - Université Toulouse Jean Jaurès. ATER en histoire contemporaine - Université Paul-Valéry Montpellier 3.

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Hugo Tardy

doctorant en histoire de l’art moderne à l’Université Toulouse II Jean Jaurès

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