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L’apport de l’archéologie à une approche renouvelée de l’histoire du fait religieux

L’exemple du premier Moyen Âge en Gaule1
Michèle Gaillard
p. 26-32

Résumés

L’archéologie peut permettre une approche plus concrète et plus fine du fait religieux, particulièrement féconde pour le premier Moyen Âge, où les sources écrites sont parcimonieuses, voire inexistantes. Son étude a été profondément renouvelée ces dernières années par des fouilles archéologiques davantage soucieuses du passé médiéval et par l’apport de l’archéologie du bâti ; la connaissance de la topographie urbaine a également progressé notablement en associant données archéologiques et critique textuelle ; la curiosité des archéologues s’est aussi tournée vers des agglomérations secondaires, voire des villages, que les sources écrites ignorent souvent. Ainsi, la fonction funéraire des églises suburbaines édifiées dans les anciennes nécropoles ne doit pas être considérée comme uniquement urbaine : on la perçoit aussi dans un certain nombre d’églises rurales où un mausolée familial aristocratique a pu être à l’origine de la naissance du lieu de culte. L’essor remarquable des communautés monastiques dans toute l’Europe occidentale à partir du viie siècle a provoqué la construction de monastères pourvus de plusieurs églises avec des fonctions différentes, monastique, funéraire, et ouvertes vers l’extérieur, dont certaines ont été fouillées. Au-delà de ces avancées, le progrès de la connaissance du fait religieux médiéval doit désormais s’appuyer sur des projets scientifiques élaborés menés en symbiose avec les historiens ; le temps de la discussion, de la confrontation et de la synthèse doit devenir une priorité scientifique.

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Texte intégral

  • 1  Cet article ayant été rédigé lors du confinement, sans autre bibliothèque que la mienne, avec l’ai (...)

1Évoquer le « fait » religieux pour le Moyen Âge paraît ressortir de la plus grande banalité : chacun sait que cette période ne peut s’appréhender en laissant de côté le fait religieux qui l’imprègne tout entière, aussi bien dans les structures économiques et sociales que dans la pensée.

2Cependant, l’archéologie peut permettre une approche plus concrète et plus fine de ce phénomène, soit en palliant l’absence de sources écrites soit en les complétant, voire même en les contredisant. Cette approche est particulièrement féconde pour le premier Moyen Âge, où les sources écrites sont parcimonieuses, sinon inexistantes, et ressortissent souvent à un genre particulier, l’hagiographie, dont l’objectif apologétique n’est ni descriptif ni historique et dont, par conséquent, l’utilisation est délicate, quoique indispensable (Wagner 2006). Les données archéologiques sont donc un des seuls moyens à notre disposition pour confronter les sources écrites avec une réalité tangible (Deflou-Leca & Gaillard 2016).

3Pour l’Antiquité tardive et les premiers siècles du Moyen Âge, l’archéologie peut aider à appréhender les étapes de la christianisation ; en mettant au jour les indices matériels de l’implantation chrétienne, elle permet d’établir des distinctions chronologiques et géographiques et de percevoir les modalités de l’exercice du culte chrétien. Même si la christianisation est davantage perceptible dans les villes, en particulier grâce aux textes et à des fouilles plus fréquentes et plus approfondies, la christianisation des campagnes fut sans doute parallèle et concomitante à celle du monde urbain (Robinson 2017) ; cependant, pour les ive-ve siècles, on ne peut approcher ce processus que par les témoignages épars des données épigraphiques, comme c’est le cas dans les campagnes de l’ancienne Gaule Belgique, souvent considérées à tort comme tardivement christianisées (Gauthier 1975 : nos 240, 241, 258 ; Hamm 2004 : 76 ; Petit et al. 1994 : 214, 219 ; Chossenot 2004 : 327 ; Pilloy 1903 : 158-163). Ces données restent cependant partielles puisqu’un vaste panorama alliant monde rural et monde urbain n’a été effectué que pour la Gaule méridionale (Guyon & Heijmans 2006-2007 et 2013).

Édifices chrétiens et topographie chrétienne de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge

4L’apport le plus tangible et le plus ancien de l’archéologie à la connaissance du fait religieux médiéval concerne sans aucun doute les monuments chrétiens. Leur étude a été profondément renouvelée dans les quatre dernières décennies par des fouilles archéologiques davantage soucieuses du passé médiéval et par l’archéologie du bâti dont un récent colloque a dessiné les nouvelles perspectives (« Archéologie du bâti, aujourd’hui et demain », Auxerre, 10-12 octobre 2019). Le réexamen du baptistère du Puy-en-Velay (Haute-Loire) a, entre autres, démontré l’efficacité de cette méthode : l’étude de ce bâtiment, encore debout et daté habituellement du xie siècle, a permis de retrouver des pans de mur entiers de l’édifice tardo-antique (fig. 1) et d’en reconstituer ses volumes (Sapin 2018 : 175-191).

Fig. 1. Baptistère du Puy (Le Puy-en-Velay, Haute-Loire), analyse des différentes étapes de la construction

Fig. 1. Baptistère du Puy (Le Puy-en-Velay, Haute-Loire), analyse des différentes étapes de la construction

Sapin in : Mérel-Brandenburg 2018, fig. 125, p. 144 ; dessin CEM-Auxerre.

5Dans l’introduction de l’ouvrage collectif Naissance des arts chrétiens (1991 : 14-27), Jacques Fontaine (1922-2015) démontrait déjà « l’apport de l’archéologie française à l’histoire de la christianisation des Gaules ». Ce volume, avec les trois autres de la série « Les premiers monuments chrétiens de la France » (Duval 1995-1998), offre un vaste panorama des édifices chrétiens de l’Antiquité tardive et du très haut Moyen Âge sur le territoire de la France actuelle. Dans la même lignée, les travaux du groupe de recherches « Topographie chrétienne des cités de la Gaule », constitué à partir de 1976, ont élargi la problématique à la connaissance de la topographie urbaine. Les 15 volumes publiés de 1986 à 2007 sous les directions conjointes ou successives de Nancy Gauthier, Jean-Charles Picard (1942-1992), Brigitte Beaujard & Françoise Prévot comprennent des notices fondées sur les données archéologiques et la critique textuelle, décrivant l’évolution de la topographie des villes épiscopales de l’Antiquité au milieu du viiie siècle et mettant l’accent sur les transformations du paysage urbain au cours des siècles (cathédrales et quartiers épiscopaux, monastères, basiliques suburbaines, nécropoles).

6Le tome XVI, en deux volumes (Prévot et al. 2014), démontre que les précédentes publications n’ont pas clos la recherche mais l’ont au contraire encouragée, ce qui a nécessité des addenda et corrigenda, eux-mêmes destinés à être dépassés par les recherches à venir. À titre d’exemple du renouveau apporté par les fouilles archéologiques, remarquons la relecture, par Marc Heijmans, de la topographie d’Arles (Bouches-du-Rhône), à la lumière de ses récentes fouilles dans l’enclos Saint-Césaire. Les grandes dimensions de l’église retrouvée, dont la plus importante phase de construction se situe durant l’épiscopat de Césaire (502-542), obligent à reconsidérer la date du transfert (daté jusque-là du début du ve siècle) de la cathédrale primitive vers l’emplacement de la cathédrale médiévale Saint-Trophime : l’église retrouvée en fouille pourrait être la cathédrale encore en usage au vie s. (Heijmans 2014 ; Prévot et al. 2014 : 40-42).

7Parmi les publications les plus récentes touchant à la fois à la topographie chrétienne des cités épiscopales et à leur parure monumentale de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, les ouvrages issus des fouilles exhaustives des cathédrales de Genève en Suisse (Bonnet 2012) et de Tournai en Belgique (Brulet 2012) renseignent sur des sites chrétiens auparavant peu connus pour le haut Moyen Âge, faute de sources écrites ; ils sont en particulier riches d’enseignements sur l’évolution de la liturgie dans les cathédrales de Genève (nord et sud dans l’Antiquité tardive et les viie-viiie s., unique et orientale à partir du ixe s.) et dans celle de Tournai, depuis le vie siècle jusqu’à la construction de la cathédrale romane. Dans la droite ligne des travaux de la Topographie…, l’ouvrage de Brigitte Boissavit-Camus, résultat de fouilles et de travaux d’archéologie du bâti sur et autour du baptistère de Poitiers (Vienne), aide à mieux comprendre l’évolution de la topographie du quartier épiscopal (fig. 2) et des fonctions du baptistère, devenu église, jusqu’au xie siècle (Boissavit-Camus 2014).

Fig. 2. Groupe épiscopal de Poitiers, fin ve-premier tiers vie s., avec le baptistère (état 4).

Fig. 2. Groupe épiscopal de Poitiers, fin ve-premier tiers vie s., avec le baptistère (état 4).

Interprétation B. Boissavit-Camus, dessin G. Dinéty.

8Il n’est pas étonnant que les villes épiscopales, très souvent anciens chefs-lieux romains de cité et pourvues d’une parure monumentale antique parfois encore en partie existante, aient été l’objet des premières investigations archéologiques d’ampleur et des premières publications de synthèse ; mais, depuis quelques décennies, la curiosité des archéologues s’est aussi portée vers des agglomérations secondaires, voire vers des villages que les sources écrites ignorent souvent. Cet intérêt plus récent pour les monuments chrétiens du monde rural révèle une grande variété de situations, avec, parfois, une topographie proche de celle des quartiers épiscopaux, au point qu’on a pu parler de « groupe paroissial » comme à Luxeuil-les-Bains en Haute-Saône (Bully et al. 2014), ou encore des implantations similaires et concomitantes d’églises, comme dans le canton de Genève (Bonnet 1997 ; Terrier 2014).

9Les installations à l’emplacement des monuments antiques retrouvées à Roujan dans l’Hérault (Schneider 2014 : 425-433) sont connues pour d’autres régions, par exemple en Normandie et en Aquitaine : à Saint-Georges de Boscherville dans l’Eure, le fanum antique, fréquenté au moins jusque dans la deuxième moitié du iiie siècle, servit de base à la construction de la chapelle Saint-Georges au viie siècle (Le Maho & Wasylyszyn 1998 : 4-11) ; à Jau-Dignac-et-Loirac, dans l’estuaire de la Gironde, les structures bâties du temple gallo-romain fréquenté jusqu’à la fin du ive siècle furent réutilisées pour l’aménagement d’un bâtiment funéraire à partir du viie siècle (Cartron & Castex 2006). On peut se demander si ces transformations de temples en églises relèvent d’une réutilisation d’édifices devenus inutiles au même titre que la récupération des matériaux, ou s’il s’agit d’appropriations volontaires d’un espace ou de matériaux sacrés pour affirmer le triomphe du christianisme.

10Plus caractéristiques du Midi semblent les constructions dans les nouveaux établissements fortifiés des ve-vie siècles, comme au Roc-de-Pampelune à Argeliers, dans l’Hérault (Schneider 2014 : 433-443). Mais d’autres types d’implantations sont communes à toutes les régions : les églises des terres domaniales (ibid. : 443-454) et les églises « aux champs » (ibid. : 454-464 ; Terrier 2014).

11Durant les premiers siècles du Moyen Âge, jusqu’au xe siècle au moins, on assiste donc à l’établissement d’un réseau ecclésial selon des modalités qui restent encore en grande partie à découvrir et ne peuvent l’être que grâce à des recherches archéologiques de toute nature (prospections, études topographiques, fouilles et études du bâti). Que la constitution de ce réseau d’églises corresponde aux besoins de l’encadrement religieux des populations et soit donc dépendant de la répartition de celles-ci n’est pas douteux ; cependant, les recherches archéologiques peuvent permettre aussi de mieux comprendre les motivations qui ont présidé au choix des sites pour ces églises et les raisons de leur pérennité. Les recherches récentes, en effet, incitent à souligner l’importance de la fonction funéraire dans la cristallisation du culte chrétien.

Sites funéraires, implantation des églises et culte des saints

12Particulièrement nombreuses sont les églises suburbaines édifiées dans les anciennes nécropoles, par exemple, dans les villes parmi les mieux documentées, à Auxerre (Yonne), Bourges (Cher), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Genève, Lyon (Rhône), Mayence (Rhénanie-Palatinat, Allemagne), Metz (Moselle), Orléans (Loiret), Paris et Reims (Marne) (Prévot et al. 2014, 2 : atlas et tableaux : 401-711). La construction de basiliques suburbaines desservies par des communautés de clercs et ensuite (à des dates échelonnées entre le viie et le xie siècle) par des moines est une constante du paysage religieux urbain du premier Moyen Âge.

  • 2 Je remercie Charles Bonnet de m’avoir communiqué les éléments d’une réflexion en cours.

13Cependant, cette dimension funéraire ne doit pas être considérée comme uniquement urbaine : on la perçoit aussi dans un certain nombre d’églises rurales, où un mausolée familial aristocratique a pu être à l’origine de la naissance du lieu de culte. Le fait, étudié déjà dans une chronologie plus large (Alduc-Le Bagousse 2004), est perceptible au haut Moyen Âge pour l’oratoire de la villa d’Arnesp à Valentine en Haute-Garonne (Schneider 2014 : 454) ; il se retrouve aussi pour nombre d’églises en bois de la région genevoise étudiées par Charles Bonnet et Jean Terrier (Bonnet 1997 ; Terrier 2014, 2018), telles, par exemple, les églises de Satigny et de Vandœuvres (fig. 3)2.

Fig. 3. Églises rurales du Genevois

Fig. 3. Églises rurales du Genevois

Dessin Service cantonal d’archéologie, Genève.

14Ces inhumations à l’origine des églises sont bien mieux connues de nous lorsque les personnages inhumés ont été considérés comme saints et que culte et pèlerinages s’y développèrent. Le colloque « Mausolées et églises, ive-viiie s. » a donné une idée de la fréquence de ce schéma évolutif et de la multiplicité des solutions architecturales adoptées (Chevalier & Sapin 2012).

15C’est dans l’arc alpin qu’on trouve les cas les mieux documentés grâce à des fouilles exhaustives. En Suisse, dans un cimetière de Saint-Maurice-en-Valais, une tombe particulièrement mise en valeur est pourvue, dès le ive siècle, d’un petit mausolée ensuite englobé dans la première église construite et reconstruite au cours du ve siècle et desservie par une communauté, probablement de clercs. Une troisième église fut édifiée lors de la fondation du monastère, en 515, et agrandie ensuite à plusieurs reprises (Antonini 2015) (fig. 4). À Grenoble en Isère, l’église Saint-Laurent, fouillée près de vingt ans, a pris naissance sur la memoria d’un des premiers évêques vers 400 ; l’église cruciforme qui s’y superpose a été voûtée et décorée vers 600 puis remplacée vers 800 par une contre-église qui fut pourvue au xie siècle d’un clocher-porche et d’un cloître (Colardelle 2008, 2012).

Fig. 4. Saint-Maurice d’Agaune (Valais, Suisse) : les églises successives.

Fig. 4. Saint-Maurice d’Agaune (Valais, Suisse) : les églises successives.

* : tombe initiale ; a : bâtiment funéraire ; b : absides de la première et de la deuxième église ; c : de la troisième église ; d : de la quatrième et de la cinquième église ; chœur occidental de la sixième église ; f : clocher-porche ajouté à la sixième église.

© Alessandra Antonini (†) pour Tera (Antonini 2015 : 60).

16Bien d’autres schémas d’évolution comparables pourraient être évoqués, par exemple à Saint-Quentin dans l’Aisne (Sapin 2011 ; Gaillard & Sapin 2014), à Luxeuil-les-Bains, où un mausolée tardo-antique semble aussi à l’origine de l’église Saint-Martin (Bully & Čaušević-Bully 2019), et également à Saint-Bénigne de Dijon, tous deux en Côte-d’Or (Sapin 2019).

  • 3 Ainsi, les fouilles de Saint-Quentin (Aisne) ont montré qu’il n’y eut aucun hiatus dans le culte du (...)

17Le culte des saints, généralement bien documenté par les textes, peut donc être mieux connu, dans ses expressions matérielles et artistiques, par les fouilles archéologiques qui permettent d’aller plus loin en mettant en valeur le caractère pérenne de la plupart des cultes3 et l’importance accordée à la construction et à l’aménagement des édifices qu’ils nécessitent. Pendant tout le Moyen Âge, le culte des saints donne lieu à l’aménagement de cryptes dont le nombre et la diversité architecturale attestent la place centrale et la force de la dévotion aux saints, commune à toutes les catégories de la société médiévale. Deux ouvrages récents reflètent le succès de cette solution architecturale (Sapin 2014 ; Gillon & Sapin 2019).

  • 4 Il faut à mon sens mettre à part les tombes des catacombes romaines, lieux de sépulture des premier (...)
  • 5 Sur la sépulture de la troisième des sept épouses du roi des Francs Clotaire Ier (v. 498-561), déco (...)

18Cette immense popularité du culte des saints, reposant sur la croyance en leur intercession ici-bas et dans l’au-delà, provoque la généralisation de l’inhumation ad sanctos et donc le regroupement des sépultures au plus près des corps saints, si possible dans l’église où se trouve leur tombeau ou leurs reliques4. Cette pratique, attestée dès le iiie siècle en Afrique du Nord (Duval 1988), se décèle dans l’Europe chrétienne à partir des ive-ve siècles et se généralise au vie siècle, quand les grandes basiliques des saints deviennent des lieux recherchés d’inhumation ; s’y révèle aussi une stratification sociale, dans la mesure où les inhumations à l’intérieur des églises, à proximité des corps saints et des autels pourvus de reliques, est réservée aux élites ecclésiastiques et laïques. À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), par exemple, cette pratique est bien ancrée dès le vie siècle (tombeau d’Arégonde5) jusqu’à en faire pour des siècles le lieu privilégié des sépultures royales (Périn & Vallet 2004 ; Wyss 2015).

19L’étude des sépultures médiévales et modernes permet aussi d’appréhender, en relation avec les nombreuses donations pour le salut des défunts attestées par les sources écrites, l’évolution des coutumes funéraires dans l’organisation des sépultures, les matériaux des tombes, l’habillement des défunts ou son absence, l’existence ou non des dépôts funéraires, sans omettre l’étude épidémiologique et anthropologique quand elle est possible.

  • 6 Rappelons que la basilique Saint-Pierre, édifiée sur un ancien cimetière païen et devenue le lieu d (...)

20Dernière question liée à l’attitude envers la mort, celle de la localisation des nécropoles. La quasi-totalité des basiliques des saints autour desquelles se développent les nécropoles étaient, au haut Moyen Âge, situées hors de l’espace urbain, souvent remparé6. « L’entrée des morts en ville » se fait très progressivement et concerne d’abord des inhumations privilégiées avant que l’espace urbain n’en vienne à englober leur monde (Galinié & Zadora-Rio 1996 ; Gaillard 2020).

Essor et transformations des monastères, du viie au xe siècle

21Évoquées à plusieurs reprises à propos du développement des églises et des espaces d’inhumation, les communautés monastiques, déjà existantes en Italie et en Gaule aux ve et vie siècles, connaissent un essor remarquable dans toute l’Europe occidentale à partir du viie siècle, parallèlement à l’action des moines venus d’Irlande7 et à la diffusion de la règle de saint Benoît (Moyse 1982). Les textes, comme l’archéologie, font état, pour les viie-viiie siècles, de monastères pourvus de plusieurs églises avec des fonctions différentes – monastique, funéraire – et ouvertes vers l’extérieur. Ce schéma a été particulièrement mis en évidence à Wandignies-Hamage dans le Nord (Louis 2014), mais aussi bien auparavant à Nivelles, dans le Brabant belge, où les fouilles archéologiques pratiquées par Joseph Mertens (1979) sont en cours de réinterprétation (Chantinne 2015), et à Saint-Riquier, dans la Somme, grâce à la gravure d’un dessin effectué par Paul Petau (1568-1614), conseiller au Parlement de Paris, d’après celui de la chronique d’Hariulf au xie siècle8.

  • 9 Pour une vue d’ensemble, voir St. Gallen Stiftsbibliothek 2014 et http://www.stgallplan.org/en/inde (...)
  • 10 Sur l’architecture religieuse carolingienne, voir Héber-Suffrin & Sapin à paraître.

22À l’époque carolingienne, la règle de saint Benoît devient l’unique norme de vie des monastères de l’empire, tandis que croît l’importance donnée aux prières des moines pour le salut des morts et des vivants et non plus seulement pour le salut des moines eux-mêmes. Sous l’influence de Benoît d’Aniane († 821), la vie monastique se réorganise et se focalise sur la fonction liturgique des moines, ce qui provoque des remaniements importants, à la fois liturgiques, architecturaux et topographiques, dans les monastères (Héber-Suffrin & Sapin à paraître). Même s’il ne fut jamais réalisé, le fameux « plan de Saint-Gall »9 envoyé par Heito (vers 762/763-836), abbé de Reichenau et évêque de Bâle, à Gozbert, abbé de Saint-Gall de 816 à 837, pour l’aider dans son projet de reconstruction du monastère, apparaît comme l’aboutissement de cette réflexion sur le rôle des moines dans la société. La prière des vivants et des morts, qui est à leur charge, s’effectue dans l’église principale où l’importance accrue du sanctuaire se marque par les barrières ou le chancel limitant l’accès à l’autel, tandis que se multiplient les autels secondaires dédiés aux saints10.

  • 11 Sur les liens étroits entre le développement de l’ordre clunisien et la société féodale, voir Iogna (...)

23L’abbaye de Cluny (Saône-et-Loire), fondée en Bourgogne au début du xe siècle, fut l’héritière de cette conception d’un monachisme au service des vivants et des morts par la liturgie11, ce qui influença grandement l’architecture et les aménagements liturgiques des abbatiales et la topographie des abbayes. Les récentes investigations archéologiques ont permis de mieux comprendre l’évolution architecturale de Cluny, avec pour point de départ l’église d’un ancien domaine aristocratique autour de laquelle s’organisa peu à peu le monastère (Baud & Sapin 2019). Le succès que connut la conception clunisienne du monachisme rend impossible un inventaire, même partiel, des sites archéologiques étudiés ou encore à étudier. L’entreprise clunisienne fut aussi fertile de par les réactions qu’elle suscita dans les siècles suivants et l’invention (ou la renaissance) d’autres modèles de vie monastique et évangélique.

Conclusion et perspectives

  • 12 À l’instar des recherches menées par Sylvain Aumard sur la grange cistercienne d’Oudun dans l’Yonne (...)

24À partir de la charnière des xie-xiie siècles, l’expansion des ordres religieux et le caractère universaliste de la réforme grégorienne, doublés de l’abondance des sources écrites normatives, hagiographiques, théologiques et même historiques, qui tendent toutes, ou presque, à uniformiser croyances, pratiques et architecture religieuses, rendent l’apport de l’archéologie moins facile à percevoir, d’autant plus qu’il provient de recherches plus anciennes et davantage liées au discours historique. Cependant, il va de soi que l’archéologie peut permettre, sur cette période aussi, d’affiner notre perception de la pratique religieuse médiévale en mettant en valeur les variations autour d’un modèle (Cluny, Cîteaux), l’influence des monastères sur leur environnement socio-économique, par exemple à travers les activités artisanales et les granges cisterciennes12 et, d’une façon plus générale, les processus concrets de l’insertion des églises, couvents, monastères et espaces funéraires dans le tissu urbain et l’organisation spatiale des campagnes.

  • 13 On trouvera des pistes pour une étude transdisciplinaire et diachronique dans Lauwers-Zemour 2016.

25L’étude des comportements religieux s’enrichit aussi de la démarche archéologique dans bien des domaines, comme l’étude de l’évolution de l’organisation spatiale en fonction de l’évolution de la liturgie (Bonnet & Gaillard 2016, 2019) et celle de l’impact de la réforme grégorienne sur l’architecture et la liturgie (Chevalier & Rauwel 2013), sans oublier, au cœur de la connaissance des sociétés, les pratiques funéraires dans les cloîtres, les églises et au dehors13.

26Cependant, il faut souligner que l’intégration des données archéologiques dans l’histoire du fait religieux nécessite que soient privilégiées les fouilles de grande ampleur et de longue durée, fondées sur des projets scientifiques élaborés, et qu’en symbiose avec les historiens, le temps de la discussion, de la confrontation et de la synthèse devienne une priorité scientifique.

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Bibliographie

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Notes

1  Cet article ayant été rédigé lors du confinement, sans autre bibliothèque que la mienne, avec l’aide précieuse de mes collègues et amis archéologues (en particulier Charles Bonnet et Christian Sapin, qui ont bien voulu relire et amender mon texte primitif) et l’appoint des ressources électroniques, on voudra bien me pardonner le caractère ponctuel des exemples évoqués, ainsi que les inévitables omissions.

2 Je remercie Charles Bonnet de m’avoir communiqué les éléments d’une réflexion en cours.

3 Ainsi, les fouilles de Saint-Quentin (Aisne) ont montré qu’il n’y eut aucun hiatus dans le culte du saint pendant les ve et vie siècles alors que les sources écrites sont silencieuses (Gaillard & Sapin 2014 : 285-288).

4 Il faut à mon sens mettre à part les tombes des catacombes romaines, lieux de sépulture des premiers chrétiens, qui devinrent plus tard, surtout à partir du ixe siècle, de véritables gisements pour l’obtention de reliques.

5 Sur la sépulture de la troisième des sept épouses du roi des Francs Clotaire Ier (v. 498-561), découverte et fouillée en 1959 par Michel Fleury (1923-2002), cf. Périn & Calligaro 2005.

6 Rappelons que la basilique Saint-Pierre, édifiée sur un ancien cimetière païen et devenue le lieu de sépulture des papes, était située hors de l’enceinte de Rome au tout début du Moyen Âge ; ce n’est qu’avec la construction du mur du pape Léon IV (847-855) qu’elle a été protégée puis, avec la construction de l’enceinte moderne sous le pape Urbain VIII (1623-1644), englobée dans la ville.

7 Sur le monachisme irlandais, à l’origine et dans le sillage de l’action de Colomban († 615), voir les volumes des colloques tenus en 2015 à Bangor (à paraître en 2021 aux Presses universitaires de Rennes), à Luxeuil (Bully & Dubreucq 2018) et à Bobbio (Destefanis 2017).

8 http://expositions.bnf.fr/carolingiens/grand/062.htm. L’unique manuscrit médiéval de la chronique d’Hariulf, qui fut en possession de Petau, a disparu en 1719 ; la chronique a été éditée d’après des manuscrits modernes par Ferdinand Lot (1894).

9 Pour une vue d’ensemble, voir St. Gallen Stiftsbibliothek 2014 et http://www.stgallplan.org/en/index_plan.html.

10 Sur l’architecture religieuse carolingienne, voir Héber-Suffrin & Sapin à paraître.

11 Sur les liens étroits entre le développement de l’ordre clunisien et la société féodale, voir Iogna-Prat et al. 2013.

12 À l’instar des recherches menées par Sylvain Aumard sur la grange cistercienne d’Oudun dans l’Yonne (Aumard et al. 2013).

13 On trouvera des pistes pour une étude transdisciplinaire et diachronique dans Lauwers-Zemour 2016.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Baptistère du Puy (Le Puy-en-Velay, Haute-Loire), analyse des différentes étapes de la construction
Crédits Sapin in : Mérel-Brandenburg 2018, fig. 125, p. 144 ; dessin CEM-Auxerre.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/9942/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,9M
Titre Fig. 2. Groupe épiscopal de Poitiers, fin ve-premier tiers vie s., avec le baptistère (état 4).
Crédits Interprétation B. Boissavit-Camus, dessin G. Dinéty.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/9942/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 554k
Titre Fig. 3. Églises rurales du Genevois
Crédits Dessin Service cantonal d’archéologie, Genève.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/9942/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 945k
Titre Fig. 4. Saint-Maurice d’Agaune (Valais, Suisse) : les églises successives.
Légende * : tombe initiale ; a : bâtiment funéraire ; b : absides de la première et de la deuxième église ; c : de la troisième église ; d : de la quatrième et de la cinquième église ; chœur occidental de la sixième église ; f : clocher-porche ajouté à la sixième église.
Crédits © Alessandra Antonini (†) pour Tera (Antonini 2015 : 60).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/9942/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 433k
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Pour citer cet article

Référence papier

Michèle Gaillard, « L’apport de l’archéologie à une approche renouvelée de l’histoire du fait religieux »Les nouvelles de l'archéologie, 160 | 2020, 26-32.

Référence électronique

Michèle Gaillard, « L’apport de l’archéologie à une approche renouvelée de l’histoire du fait religieux »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 160 | 2020, mis en ligne le , consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/9942 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.9942

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Auteur

Michèle Gaillard

IRHiS « Institut de recherches historiques du Septentrion » – université de Lille/Centre d’études médiévales Saint-Germain (Auxerre)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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