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AccueilNuméros157-158Les ruines sont-elles nécessaires ?

Les ruines sont-elles nécessaires1 ?

Réflexion sur l’utilité du regard archéologique
Alain Schnapp
p. 136-141

Résumés

L’archéologie est confrontée aux ruines, aux vestiges de toutes sortes qui sont les traces des civilisations qui se sont succédées. Depuis la naissance de ce qu’on appelle l’antiquarianisme, la préservation de ce qui subsiste du passé est un impératif scientifique et moral. Le but de cet article est d’explorer les diverses dimensions de la notion de ruines et son rapport avec notre vision moderne du passé.

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Texte intégral

  • 1 Je renvoie ici au livre stimulant de Brinkerhoff Jackson 2016.

« On avait clairement établi au xixe siècle que chaque individu devait appartenir à une nation ou à une race particulière s’il voulait être reconnu en tant qu’individu bourgeois. “De l’humanité à travers la nationalité jusqu’à la bestialité” disait l’écrivain autrichien Franz Grillparzer. C’est alors que commença avec la “Nationalité” les prémisses de cette brutalité que nous éprouvons aujourd’hui. » (Roth 1935 [2010]).

1Les nouvelles de l’archéologie ont été fondées dans le but d’être une tribune sur l’état de l’archéologie en France et de contribuer à une prise de conscience collective sur les risques qui pèsent sur le patrimoine archéologique. Au fil du temps, la revue a trouvé sa place et a largement contribué à l’élaboration d’un nouveau concept, celui d’archéologie préventive, qui a permis de donner une armature juridique à la protection des vestiges enfouis, régulièrement menacés par l’activité économique. Les autres pays européens nous avaient devancés dans une telle aventure, et l’archéologie française a été un peu la dernière à prendre au sérieux la dégradation inéluctable du patrimoine enfoui. Malgré les vicissitudes politiques et en dépit des difficultés toujours présentes, le cap a été tenu et les résultats scientifiques atteints constituent le meilleur des plaidoyers pour le développement de l’archéologie préventive.

2Pour créer une atmosphère favorable à son émergence, il fallait réfléchir aux usages sociaux de la discipline. Il était nécessaire d’explorer le lien entre les vestiges découverts, leur interprétation et leur éventuelle présentation touristique, tout en se gardant de dérives intellectuelles qui ont marqué l’histoire et la pratique de l’archéologie. C’est pourquoi la question des identités locales, régionales et nationales a fait l’objet de nombreuses contributions des Nouvelles de l’archéologie au fil du temps. Ces travaux ont conduit à remettre en cause la vulgate de l’histoire nationale et régionale et à transformer notre vision de la préhistoire et de la protohistoire tant nationale qu’européenne.

3En m’interrogeant sur la notion et le concept de ruines, je voudrais tenter de démontrer que l’archéologie est l’un des outils qui nous permet d’affronter l’histoire dans la longue durée, et de faire face au défi de ce que l’on pourrait appeler une histoire universelle de l’humanité. La mondialisation, avec son cortège de violences et d’écocides, est là pour nous rappeler la fragilité de la condition humaine en même temps qu’elle révèle les violences faites au patrimoine. La fondation de l’Unesco et les diverses chartes que cette institution avait su faire accepter par la communauté des nations nous semblaient devoir déboucher, en ce début du xxie siècle, sur un consensus équivalent à ce que la convention de Genève représente pour les États en guerre. Après la destruction des bouddhas de Bamian en Afghanistan et celle de Palmyre en Syrie, après les innombrables pillages qui continuent de plus belle, il faut bien reconnaître ce que le consensus international a de fragile. Il me semble qu’une réflexion sur le sens des ruines peut contribuer à nous faire entendre « le gémissement des pierres sous les coups des pioches », selon les mots de l’auteur égyptien du xiie siècle al-Idrîsî (Aarab & Lherminier 2015).

L’universalité des ruines

4Toute pensée des ruines est une invitation à réfléchir sur les diverses approches du passé, tant du point de vue des civilisations elles-mêmes que du regard porté sur elles de l’extérieur par d’autres cultures. Toutes les sociétés s’intéressent-elles à leur passé ? C’est la position des hommes des Lumières en Occident, et c’était déjà le point de vue d’un lettré arabe comme al-Jâhiz (vers 776-867) au ixe siècle de notre ère : « Dieu a rendu inhérente en nous la nécessité de connaître l’histoire de nos prédécesseurs, tout comme s’imposait à nos prédécesseurs la nécessité de connaître l’histoire de leurs prédécesseurs, tout comme il sera nécessaire à ceux qui viendront après nous de connaître notre histoire » (Haarmann 1984).

5On peut bien sûr s’interroger sur la validité d’une telle proposition, toutefois elle n’est pas limitée à l’Occident et au monde islamique : les anciens Mésopotamiens, Égyptiens et Chinois ont élaboré une relation avec le cours du temps bien différente de l’antiquarianisme de la Renaissance et des Lumières. Cette attitude participe d’une forme de curiosité et d’une volonté systématique de confrontation avec le passé, pour l’exalter dans certains cas et pour le critiquer, voire l’éradiquer, dans d’autres. Alfredo González-Ruibal (2017) et Benjamin Anderson (2017), qui sont à la fois des archéologues et des historiens, ont tenté de démontrer que postuler l’universalité de l’antiquarianisme était en quelque sorte une manière d’obliger toutes les sociétés, même les plus éloignées de l’Orient et de l’Occident, comme celles des chasseurs-collecteurs, à adopter un agenda imposé par une vision postcoloniale de l’histoire. Selon eux, l’antiquarianisme serait une invention de l’Occident moderne et, à ce titre, un artefact tenant à imposer une sorte de vulgate occidentale à des sociétés qui n’y avaient jamais songé.

6Je répondrai à cette thèse par les arguments suivants. Il ne faut pas confondre archéologie et patrimoine (« heritage »), qui sont des artefacts modernes, avec la vieille pratique antiquaire que nous trouvons présente dès le néolithique, et même depuis le paléolithique supérieur si nous suivons André Leroi-Gourhan (1911-1986) (Leroi-Gourhan 1965 : 212-215). L’antiquarianisme est un type de curiosité qui prend la forme d’une entreprise d’exploration sophistiquée des vestiges, commune en Égypte ou en Mésopotamie, aussi bien qu’une attitude ritualisée de relation avec le passé du genre des churinga australiens, si bien interprétés par Claude Lévi-Strauss (1908-2009) (Lévi-Strauss 1962 : 315-323), ou des collections « d’objets anciens » chez les Kodi de l’île de Soumba en Indonésie, étudiés par Janet Hoskins (1993 : 119). La dénégation du passé telle que González-Ruibal l’observe chez les Gumuz de la frontière soudano-éthiopienne, et telle qu’elle apparaît ailleurs, n’a rien d’exceptionnel dans certaines sociétés lettrées qui pratiquent la damnatio memoriae chère aux Égyptiens, aux Mésopotamiens et aux Romains. Elle fait partie de ce que j’appelle le spectre des attitudes antiquaires, qui va de la passion à l’indifférence et même au refus du passé. La définition complexe de l’antiquarianisme proposée par González-Ruibal (2017 : 36) englobe le monde oriental et le monde occidental sans être adaptée, comme il le reconnaît lui-même, aux sociétés de chasseurs-cueilleurs. C’est pourquoi, pour éviter de « jeter le bébé avec l’eau du bain », j’aurais tendance à me rallier à une définition minimaliste de l’antiquarianisme qui se rapproche de celle donnée par Johan Huizinga (1872-1945) dans un article fameux : « L’histoire est la forme intellectuelle selon laquelle une civilisation se rend compte à elle-même du passé » (1936 : 9). Si l’antiquarianisme se limite à cette définition, il est heuristiquement utile d’en chercher les traces dans toutes les sociétés humaines, quitte à conclure que certaines le refusent pour toutes sortes d’excellentes raisons…

7En présentant dans les lignes qui suivent la façon dont les hommes des Lumières ont élaboré une théorie universelle des ruines capable de rendre compte des identités locales ou régionales, je voudrais tenter d’élucider quelques-unes des contradictions qui travaillent la conscience des ruines en Occident et, par là même, l’idée des ruines tout court. Cette réflexion plonge dans une double actualité. La première relève de l’éradication des ruines, devenue un thème de la guerre que les fondamentalistes islamiques croient mener contre l’Occident. La seconde est liée à la prise de conscience générale d’une crise environnementale qui semble menacer le devenir même de l’humanité.

8Les uns s’en prennent aux ruines car ils ne supportent pas leur ombre, les autres découvrent que, au rythme actuel de la dilapidation de la nature, le monde est menacé de ruine.

Les ruines justicières ?

9Publié pour la première fois à Genève en 1791, le livre de Constantin François de Chassebœuf (1757-1820), comte de Volney, Les ruines ou méditation sur les révolutions des empires, fut un énorme succès dans l’Europe du tournant du siècle. Le style de Volney est bien loin de l’écriture épurée et empathique de Diderot (1713-1784), qui fut son inspirateur ; il utilise une forme « insolite, oraculaire, prophétique, inspirée » (Mortier 1974 : 136), qui tient plus de la diatribe politique ou du pamphlet que de l’écriture philosophique. Mais ses outrances mêmes furent sans doute une des raisons de son succès et de son influence.

10Pour Volney comme pour Diderot, les ruines sont un instrument de compréhension du passé autant que du futur. Elles sont le moyen d’une méditation unique sur la condition humaine et le sens de l’histoire. Diderot a émancipé la peinture des ruines d’une trop étroite dépendance du monde antiquaire, de ce qu’il appelait avec dérision « l’anticomanie ». Il a fait de la pensée des ruines un chapitre autonome de la réflexion philosophique. Le romantisme ne fit que suivre ces préceptes en les raffinant et en les développant. Dans ce contexte, Volney joue un rôle capital pour démontrer et propager l’idée centrale d’une universalité des ruines. Il n’est pas un philosophe en chambre, il a fait le voyage d’Orient et il s’embarquera pour l’Amérique, ce qui n’est pas si courant à la fin du xviiie siècle. Son livre entend justifier la critique sociale de l’Ancien Régime par son expérience du Levant et sa rencontre poétique avec les ruines de l’Orient.

11Le souffle littéraire et philosophique de son ouvrage réside dans une posture soigneusement calculée de surplomb de l’histoire universelle. Il part, on va le voir, des ruines de Palmyre pour prendre un envol qui le conduit à observer toutes les ruines visibles des civilisations (il faut entendre par là celles qui ont laissé des traces repérables de leur ardeur à construire et à aménager l’espace habité), et il en tire un principe politique et social qui vaut pour toutes les sociétés et pour tous les hommes. Les ruines annoncent aux grands comme aux faibles leur fin prochaine, sorte de memento mori qui n’est pas confiné au trône des rois ou à la chambre du philosophe, mais une leçon d’histoire observable par tous. Pour Volney, les révolutions passées sont l’annonce de celles du futur, et sa position d’acteur de la Révolution française l’autorise à affirmer que le grand mouvement de libération des peuples qu’elle annonce se bâtit sur les ruines de l’Ancien Régime, lui-même érigé sur les vestiges de l’empire romain d’Occident. À l’instar de Diderot, il ne conçoit pas l’étude des ruines autrement que comme une méditation comparée sur l’histoire des hommes. Il retourne ainsi le goût et la mélancolie des ruines contre la société qui les a vu naître, comme pour dire à ses contemporains : vous qui avez tellement joui du passé, soyez sûrs que, si vous ne vous réformez pas, il vous emportera, avant même que vous ayez pris conscience du radical bouleversement de l’ordre social que vous êtes en train de vivre. Volney contemple les monuments de l’histoire, et il fait de cette contemplation un appel à la révolution sociale. Diderot l’avait en cela devancé mais, n’ayant pas vécu la Révolution, il ne pouvait pas inférer de son intuition géniale des conclusions aussi radicales. L’invocation qui ouvre les Ruines de Volney semble un commentaire de la phrase de Diderot, « c’est que l’homme s’assied où la cendre de l’homme repose » (Diderot 1818-1819 : t. IV, 507), car elle établit entre les ruines et la destinée humaine un lien structural :

« Je vous salue, ruines solitaires, tombeaux saints, murs silencieux ! C’est vous que j’invoque, c’est à vous que j’adresse ma prière. Oui ! Tandis que votre aspect repousse d’un secret effroi les regards du vulgaire, mon cœur trouve à vous contempler le charme des sentiments profonds et des hautes pensées […] C’est vous qui, lorsque la terre entière asservie se taisait devant les tyrans, proclamiez déjà les vérités qu’ils détestent et qui, confondant la dépouille des rois avec celle du dernier esclave, attestiez le saint dogme de l’ÉGALITÉ. C’est dans votre enceinte qu’amant solitaire de la LIBERTÉ, j’ai vu apparaître son génie, non tel que se le peint un vulgaire insensé, armé de torches et de poignards, mais sous l’aspect auguste de la justice, tenant en ses mains les balances sacrées où se pèsent les actions des mortels aux portes de l’éternité » (Volney 1791 [1976] : 3).

12L’ouvrage débute par une véritable prière aux ruines, toute pleine d’une sorte de religiosité laïque qui voit en elles comme des protectrices de l’humanité. Les ruines incarnent une forme de longévité qui les place, dans la durée, bien au-delà des hommes. Grâce à leur résistance à l’œuvre du temps, elles deviennent le témoin critique du comportement des sociétés et de leurs souverains. Pour entendre leurs leçons, il faut le mériter, prendre le risque de les observer. Les ruines de Volney ne sont pas celles de Rome que foulent les érudits et les antiquaires mais celles, solitaires, que le voyageur au long cours peut rencontrer lors de ses périples, des tombeaux auprès desquels il faut un certain courage pour se recueillir et rompre le silence qui les entoure. Elles semblent muettes, et ce mutisme est une leçon de morale et d’histoire en ce qu’il ouvre la voie d’une méditation interdite au vulgaire. Seul celui capable de s’élever au-delà d’une attitude de crainte superficielle est apte à en recevoir le message. Car, si les hommes observent les ruines, celles-ci à leur tour leur tendent un miroir qui révèle aux peuples, comme à leurs souverains, leur fin aussi inéluctable qu’égalitaire.

13Dans les contrées lointaines où Volney a fait l’expérience du désert, il a rencontré le génie qui lui a transmis les éléments d’une révélation dont il est le médiateur : à qui sait les affronter, les ruines parlent un langage véridique et consolateur ; face aux tyrannies les plus violentes et aux sociétés les plus injustes, elles constituent un pôle de résistance, une sorte de place forte imprenable :

« O tombeaux ! Que vous possédez de vertus ! Vous épouvantez les tyrans : vous empoisonnez d’une terreur secrète leurs jouissances impies ; ils fuient votre incorruptible aspect, et les lâches portent loin de vous l’orgueil de leurs palais. Vous punissez l’oppresseur puissant ; vous ravissez l’or au concussionnaire avare, et vous vengez le faible qu’il a dépouillé ; vous compensez les privations du pauvre, en flétrissant de soucis le faste du riche ; vous consolez le malheureux, en lui offrant un dernier asile […] ». (ibid. : 3-4).

Les ruines et la décolonisation

14Le texte de Volney est tout plein d’une rhétorique éprouvée, au service d’une idéologie révolutionnaire (Cherpak 1957). Par-delà les lieux communs, son immense mérite est de porter à son terme le travail de laïcisation des ruines engagé par les poètes de la Renaissance et repris, après les poètes et les penseurs du xviie siècle, par Diderot. Le paradoxe est que, pour arriver à ses fins, il doit fonder son admiration sur une sorte de culte rendu par le philosophe aux monuments. Leur permanence les transforme en témoins, et bientôt en juges des comportements humains. L’invocation est une sorte de prière aux ruines, un culte rendu à l’Être Suprême, qui en ferait les garantes et la justification d’un nouveau cours de l’histoire.

15La talent de Volney est de construire son pamphlet sur un renversement copernicien : les ruines jusqu’à Diderot (1995) étaient un observatoire privilégié du passé. Des générations d’antiquaires, de poètes et d’artistes s’étaient ingéniées à en faire une source de réflexion et d’admiration, mais, sauf Cola di Rienzo (1313-1354) dans la Rome médiévale (Cosenza 1913), personne n’avait pensé, avant Diderot et Volney, à voir en elles un outil de la révolution, un moyen de convaincre l’opinion et les peuples de la nécessité d’une remise en cause globale de l’ordre social. Encore Diderot se limitait-il dans son approche à l’horizon des royaumes européens. Volney, lui, entend universaliser sa vision des ruines et donc proposer le modèle d’une révolution qui emportera tout :

« J’ai vu que toute la science de ceux qui commandent consistait à opprimer prudemment et la servitude raffinée des peuples policés m’a paru plus irrémédiable » (op. cit. : 76).

16L’universel chez lui n’est pas un vain mot ; dans sa critique des systèmes d’oppression il s’en prend autant à l’Occident qu’à l’Orient, et va jusqu’à esquisser une critique de l’exploitation coloniale :

« Et ces peuples, qui se disent policés, ne sont-ils pas ceux qui, depuis trois siècles, remplissent la terre de leur injustice ? Ne sont-ce pas eux qui, sous des prétextes de commerce, ont dévasté l’Inde, dépeuplé le nouveau continent, et soumettent encore aujourd’hui l’Afrique au plus barbare des esclavages » (op. cit. : 75).

17Les ruines sont un révélateur de la situation sociale, le soubassement ultime des États et des économies. Comme Ibn Khaldun (1330-1406), il porte un regard sans concession sur les villes et les campagnes :

« J’entrais dans les villes et j’étudiais les mœurs de leurs habitants, je pénétrais dans les palais et j’observais la conduite de ceux qui gouvernent ; je m’écartais dans les campagnes et j’examinais la condition des hommes qui cultivent ; et partout ne voyant que brigandage et dévastation, que tyrannie et misère, mon cœur était oppressé de tristesse et d’indignation » (op. cit. : 5-6).

18Comme à Montaigne (1533-1592), le premier regard porté sur les ruines lui dévoile une image de l’affliction. Il lui paraît qu’elles témoignent plus de la misère de l’humanité que de sa grandeur. Elles révèlent la déprise des hommes, l’abandon des champs et des habitats anciens :

« Chaque jour je trouvais sur ma route des champs abandonnés, des villages désertés, des villes en ruines : souvent je rencontrais d’antiques monuments, des débris de temples, de palais et de forteresses, des colonnes des aqueducs, des tombeaux : et ce spectacle tourna mon esprit vers la méditation des temps passés […] » (op. cit. : 6).

19Pour mieux cerner le contraste entre les ruines et le présent, il lui faut trouver un cadre digne de ce nom, un lieu où sa méditation trouvera sa pleine justification. Pour cela, rien de tel que Palmyre, rendue célèbre par l’ouvrage des archéologues Robert Wood (1717-1771) et James Dawkins (1722-1757) (Wood & Dawkins 1753). Palmyre offre une scénographie imposante aux portes d’un désert sans fin, et Volney illustre sa description d’une gravure devenue le symbole même de la passion des ruines à la fin du xviiie siècle. Le comble est que, s’il a bien voyagé en Syrie, il ne s’est jamais rendu dans l’oasis (Gaulmier 1959 : 47-48). Les lignes qu’il lui consacre ne sont donc pas le fruit d’une expérience, mais celui d’une réflexion construite de toute pièce, qui semble inspirée directement par Diderot. Après avoir décrit la splendeur du site dans son isolement comme dans son abandon, il conclut :

« […] Après trois jours de marche dans des solitudes arides, ayant traversé une vallée remplie de grottes et de sépulcres, tout à coup, au sortir de cette vallée, j’aperçus dans la plaine la scène de ruines la plus étonnante : c’était une multitude innombrable de superbes colonnes debout, qui, telles que les avenues de nos parcs, s’étendaient à perte de vue en files symétriques » (op. cit. : 6).

20Tous les ingrédients d’une rhétorique du sublime sont bien là, la présence des sépulcres, la splendeur des architectures, l’ordonnance du plan. Pour comprendre les ruines, il faut établir avec elles une connivence qui est celle de la promenade. Après avoir trouvé hospitalité dans les « chaumières de pauvres paysans arabes », notre promeneur inspiré commence sa visite vespérale :

« L’ombre croissait, et déjà dans le crépuscule mes regards ne distinguaient plus que les fantômes blanchâtres des colonnes et des murs… Ces lieux solitaires, cette soirée paisible, cette scène majestueuse, imprimèrent à mon esprit un recueillement religieux. L’aspect d’une grande cité déserte, la mémoire des temps passés, la comparaison de l’état présent, tout éleva mon cœur à de hautes pensées » (op. cit. : 7).

21Pétrarque (1304-1374) au xive siècle puis Diderot quatre siècles plus tard avaient affirmé que la rencontre avec les ruines était une expérience personnelle, le moment d’une fusion intime entre le visiteur et le site. Volney, en écrivant ces lignes, a conscience de contribuer à la mise en forme d’une sorte de protocole de la visite aux ruines, entendue comme une forme harmonieuse et didactique de rapport au passé. Tous les thèmes classiques élaborés par l’esthétique du xviiie siècle sont alors déclinés dans ce long poème en prose. La méditation débute par l’ubi sunt classique, qui souligne le contraste entre l’opulence du monde ancien et le morne silence actuel :

« Oui ! Ces lieux maintenant si déserts, jadis une multitude vivante animait leur enceinte ; une foule active circulait dans ces routes aujourd’hui solitaires […] Et maintenant voilà ce qui subsiste de cette ville puissante, un lugubre squelette […] le silence des tombeaux s’est substitué au murmure des places publiques » (op. cit. : 8).

22Rien ne distingue cette part de la « scène des ruines » d’une tradition universelle, qui apparaît autant dans la poésie chinoise ancienne que dans celle d’al-Andalus. La force de Volney est de reprendre ces thèmes classiques et de les insérer dans un dispositif qui part de l’évidence de la chute des civilisations pour en inverser la signification. Il n’en appelle pas, comme ses prédécesseurs, à la soumission à l’état des choses et du destin, mais à un renversement des attitudes qui ouvre vers l’espoir d’un nouvel ordre social. La ruine comme retour à la nature – « les troupeaux parquent au seuil des temples et les reptiles immondes habitent les sanctuaires des dieux » (op. cit. : 9) – marque l’érosion des œuvres humaines, et c’est le moment d’un rappel à l’histoire. Le spectacle de la désolation fait bientôt défiler devant les yeux du promeneur toute la série des révolutions, de la Mésopotamie à l’histoire juive et phénicienne. Ici, à nouveau, Volney retrouve comme Diderot les accents des premiers chrétiens face aux ruines de Rome, voire ceux des Lamentations d’Ur et de Sumer :

« J’ai cherché les anciens peuples et leurs ouvrages, et je n’en ai vu que la trace sur la poussière. Les temples se sont écroulés, les palais sont renversés, les ports sont comblés, les villes sont détruites, et la terre, nue d’habitants, n’est plus qu’un lieu désolé de sépulcres » (op. cit. : 10).

23En quelques mots, il rejoint le socle de la poésie des ruines au travers de l’ensemble des civilisations, qu’elles soient monothéistes ou polythéistes, puis, comme Diderot et Hubert Robert (1733-1808), il franchit un autre pas en se tournant vers le futur :

« Qui sait, me dis-je, si tel ne sera pas un jour l’abandon de nos propres contrées ? Qui sait si sur les rives de la Seine, de la Tamise, ou du Suiderzee […], qui sait si un voyageur comme moi ne s’assoira pas un jour sur de muettes ruines et ne pleurera pas solitaire sur la cendre des peuples et la mémoire de leur grandeur » (op. cit. : 12).

24Les grandes capitales de l’Europe sont menacées d’une ruine aussi radicale que les grandes cités de l’Orient ; Louis Sébastien Mercier (1740-1814) l’a déjà imaginé pour Paris en L’an deux mille quatre cent quarante (1774). Avant de convoquer pour sa péroraison le Génie des ruines, Volney a condensé avec rigueur et détermination toutes les figures de la ruine dans l’histoire des peuples et la sensibilité des poètes. Il a déblayé le terrain pour nous faire assister à une sorte de scène finale de cette dramaturgie. Enfin, le Génie vengeur sort du tombeau pour donner au voyageur une leçon d’histoire et d’espoir qui justifie pleinement sa théorie des ruines. Il lui explique que Dieu n’a rien à voir dans les catastrophes successives qui ont touché les civilisations humaines, pas plus que la religion qu’elles professaient, et il en donne pour preuve que les « peuples infidèles » ont donné naissance à des civilisations plus fortunées que celle des peuples du Livre. Il énumère les prouesses techniques et l’inventivité des cultures de l’Orient ancien, et invite les hommes à méditer sur les méfaits de la guerre, des croyances aveugles et de l’ignorance, avant d’embarquer son auditeur dans un périple aérien qui constitue l’apothéose de cette méditation sur les ruines universelles. Du haut du ciel où le projette le Génie, Volney peut observer les traces de toutes les civilisations qui se sont succédé, et saisir à la fois la diversité des ruines et le lien qui les relie les unes aux autres. La vision qui se déploie sous ses yeux émerveillés est celle d’un globe terrestre dont le guide lui fait découvrir les vestiges les plus fameux :

« Ces monceaux que tu aperçois dans l’aride et longue vallée que sillonne le Nil sont les squelettes des villes opulentes dont s’enorgueillissait l’ancienne Ethiopie ; voilà cette Thèbes aux cents palais, métropole première des sciences et des arts, berceau mystérieux de tant d’opinions qui régissent encore les peuples à leur insu. Plus bas, ces blocs quadrangulaires sont les pyramides dont les masses t’ont épouvanté : au-delà le rivage étroit que bornent et la mer et les raboteuses montagnes, fut le séjour des peuples phéniciens. Là furent les villes de Tyr, de Sidon, d’Ascalon, de Gaze et de Beryte. Ce filet d’eau sans issue est le fleuve du Jourdain, et ces roches arides furent jadis le théâtre d’événements qui ont rempli le monde […] » (op. cit. : 22).

25Chez Diderot, les ruines atteignent à l’universel par l’exploration de soi et l’analyse serrée des émotions qu’elles procurent. Chez Volney, elles arrivent aux mêmes fins par l’artifice rhétorique du dialogue entre le Génie et le voyageur. Pour Pétrarque et ses contemporains, Rome était le microcosme de l’univers, chacun de ses bâtiments était une part du monde ; pour Volney, c’est le monde entier qui est une ruine, et il invente avec brio une métaphore aérienne pour l’observer et le décrire. Il ne choisit pas entre les régions, les civilisations ni les religions, il considère chacune comme une part d’une histoire commune et, tout à sa volonté d’émancipation de l’humanité, il les prend à témoin de sa volonté de bouleverser l’ordre social. Il anticipe d’une certaine façon la fameuse phrase de Karl Marx (1818-1883) : « les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il faut désormais le transformer », et les ruines des plus humbles aux plus majestueuses sont un des moyens d’affronter les retournements de l’histoire.

L’absolu des ruines : la conciliation entre les ruines des hommes et celles de la nature

26Le souffle pamphlétaire de Volney a redistribué les rôles. Les ruines ne sont plus un jardin clos où l’on s’en vient réfléchir au sens de la destinée humaine, mais les traces bien visibles d’une fin toujours renouvelée, un signe adressé par le passé au futur. Chaque aménagement humain, qu’il s’agisse d’un édifice ou d’un ouvrage d’art, porte en lui, inscrit au plus profond de sa matière, la menace irréfragable de sa destruction à venir. Et ce processus n’est pas seulement une phase du retour de la culture à la nature tel que l’entendait Georg Simmel (1858-1918), elle procède d’un phénomène qui mêle l’une à l’autre de façon indissoluble (Simmel 1907 [2002] : 50-51). Il est frappant que cette leçon soit celle d’un poète latin du premier siècle avant notre ère.

27Pour décrire les phénomènes naturels qui expliquent la genèse du monde, Lucrèce a recours au vocabulaire des ruines. La terre est faite de constructions et de déconstructions et ces révolutions perpétuelles touchent sa structure même :

« Et donc il en sera de même des murs
ceignant le vaste monde, ils seront pris d’assaut,
et crouleront en ruines défaites » (2015 : vers 1144-1145).

28Si l’historien prend du champ, s’il observe les cycles de la terre comme ceux des cultures humaines, alors des convergences inattendues se font jour. Les murs disjoints et les pierres éparpillées d’une ville ancienne sont victimes d’un phénomène d’érosion qui en fait des putres ruinas, des ruines défaites, comme celles produites par les affrontements des forces contraires de la nature. Les « murs du monde » sont ceux que l’intelligence supérieure d’Épicure (342-270 av. J.-C.) a été capable d’ébranler, ce sont des murailles incendiées – Flamma moenia mundi – que la pensée philosophique emporte grâce au souffle impérieux de la raison (ibid. : vers 73-80).

29Tout est périssable, tout est condamné à une fin, et la ruine est comme la fin et le recommencement de tout (ibid. : vers 92-96). Le verbe ruere, qui est employé, est celui qu’on utilise pour décrire les villes qui s’effondrent sous les assauts des ennemis vainqueurs. Le vocabulaire autant que les images empruntées par Lucrèce renvoient à l’histoire des villes dévastées, subjuguées par des forces supérieures. Les mouvements infinis qui agitent la terre relèvent du même ordre de choses que les guerres. Elles conduisent les cités à s’affronter pour bientôt s’écrouler sous l’assaut des vainqueurs qui pillent les sanctuaires et les palais, et vont parfois jusqu’à l’éradication totale des derniers vestiges, comme à Troie (ibid. : vers 306-310).

30Lucrèce regarde le monde avec l’inexorable certitude que tout ce qui le compose est destiné à finir, qu’il en va des hommes comme de la nature. Il y une convergence certaine entre son lexique des ruines et celui de Volney. Le livre VI du De la nature peut ainsi être considéré comme un long poème initiatique, qui est à l’histoire de la nature ce que la chute de Troie et des villes merveilleuses de l’Antiquité est à l’histoire des hommes. Les Mésopotamiens comme les Égyptiens avaient deviné le rôle de la nature dans l’évolution des sociétés humaines et son influence sur les chutes des villes, mais ils n’en avaient pas tiré les conséquences radicales des stoïciens et de Lucrèce. La nature est un opérateur de l’histoire qui influe sur le destin des cités avec la même violence que les hommes en guerre :

« Double est donc la terreur dont les villes s’agitent
on craint d’en haut les toits, en dessous on a peur
des cavernes : et si la nature terrestre
les dissolvait soudain, si, en se déchirant
elle faisait bailler son gouffre largement,
et si toute confuse, il lui prenait l’envie
de venir le combler de ses propres ruines » (ibid. : vers 596-600).

31Face aux convulsions de la nature, aux éruptions et aux séismes, il n’est pas d’échappatoire, sauf la volonté de connaître ce qui un jour peut arriver. Et la conclusion est sans appel : tout à terme tombera dans l’abîme, « et le monde ne sera plus qu’une ruine confuse » – fiat mundi confusa ruina (ibid. : vers 602).

32Les traces des événements de la nature comme celles des actions humaines sont aussi instables les unes que les autres, ce qui semble d’une solidité inexpugnable est destiné à disparaître, entre l’homme et la nature se noue une étrange et imprévisible complicité. Un poème de Bertolt Brecht (1898-1956) pourrait nous en donner la clef :

  • 2 Traduction de Michaël et Evelyne Nerlich que je remercie vivement.

« Combien de temps durent les œuvres, aussi longtemps
qu’il leur faut pour être terminées.
Aussi longtemps qu’on en prend soin,
Elles ne s’abîment pas.
Nous inviter au soin
Nous récompenser de notre attention
Est l’être de leur durée,
Aussi longtemps qu’elles invitent et récompensent.
Les utiles ont besoin des hommes.
Les artistiques
Donnent place à l’art
Les sages réclament savoir.
Celles destinées à l’intégrité
Dévoilent leurs failles
Celles dédiées à la longue durée
Sont régulièrement sur le point de s’écrouler
Celles qui sont vraiment projetées à grande échelle
Jamais ne seront terminées.
Encore incomplètes
Comme le mur qui attend le lierre
(Il était autrefois incomplet,
Avant l’âge, avant que n’arrive le lierre, nu)
Encore insoutenable
Comme la machine en service
Mais qui ne suffit pas
Mais en annonce une meilleure
Ainsi doit être construite
L’œuvre endurante
Comme la machine, grosse de ses défauts »
(Brecht 1967)2.

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Bibliographie

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Notes

1 Je renvoie ici au livre stimulant de Brinkerhoff Jackson 2016.

2 Traduction de Michaël et Evelyne Nerlich que je remercie vivement.

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Pour citer cet article

Référence papier

Alain Schnapp, « Les ruines sont-elles nécessaires ? »Les nouvelles de l'archéologie, 157-158 | 2019, 136-141.

Référence électronique

Alain Schnapp, « Les ruines sont-elles nécessaires ? »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 157-158 | 2019, mis en ligne le , consulté le 24 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/8081 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.8081

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Auteur

Alain Schnapp

Professeur émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Umr 7041 ArscAn « Archéologie et sciences de l’Antiquité, mondes grecs archaïques et classiques »

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