Navigation – Plan du site

AccueilNuméros157-158Archéologie préventive sur le bât...

Archéologie préventive sur le bâti et Monuments historiques

Une collaboration qui devrait être exemplaire
Victorine Mataouchek
p. 132-135

Résumés

En dépit des résultats obtenus depuis plus de 20 ans avec l’application de la démarche d’analyse stratigraphique aux vestiges construits, communément appelé « bâti », cette discipline archéologique fait encore l’objet de mises en cause régulières portant sur sa légitimité dans le contexte des monuments historiques (Mh) ou sur celle de ses prescripteurs, les services régionaux de l’archéologie (Sra). En toile de fond, les interactions entre les différents services patrimoniaux des directions régionales des affaires culturelles (Drac) jouent un rôle déterminant. C’est dans ce contexte, et alors que l’on doit aux Nouvelles de l’archéologie le dossier fondateur de 1993, qu’il a semblé important de revenir aux sources du débat et de démontrer l’ineptie des dernières prises de position, qui fragilisent plus encore cette discipline et ouvrent une brèche dangereuse dans la doctrine de l’archéologie préventive.

Haut de page

Texte intégral

«Que l’archéologue aujourd’hui, comme l’homme préhistorique après les grandes glaciations, redresse l’échine, qu’il évolue vers une station debout, repositionne son cerveau en conséquence et découvre alors qu’il y a de l’archéologie au-dessus du sol, on ne peut que s’en réjouir» (Lablaude 1997).

  • 1 La terminologie « archéologie sur le bâti » a été proposée en 2009 comme garante d’une approche glo (...)

1La démarche que nous appelons aujourd’hui archéologie sur le bâti1 correspond à l’application de l’analyse stratigraphique, propre à l’archéologie sédimentaire du sous-sol, sur des éléments bâtis, tous porteurs d’une stratification, qu’il s’agisse de maçonneries ou d’architectures de terre ou de bois. L’étude de cette stratification nous donne accès à des sources uniques concernant les modalités de construction de l’édifice originel et l’ensemble des transformations qu’il a subies jusqu’à son état actuel, qu’il soit encore en élévation, en ruines ou seulement préservé sous forme de vestiges dans le sous-sol. Par cette définition, on comprend qu’il s’agit d’une méthode d’analyse qui participe pleinement du champ de recherche de l’archéologie et peut s’appliquer à des constructions de toutes périodes et de toutes fonctions (Mataouchek 2018).

2On doit au dossier fondateur que lui ont consacré Les nouvelles de l’archéologie en 1993 la première mise en lumière argumentée de la discipline (Arlaud & Burnouf 1993). En coordinatrices avisées, Catherine Arlaud et Joëlle Burnouf avaient sollicité des archéologues issus de différentes institutions mais aussi des architectes et d’autres chercheurs, de manière à construire une réflexion sans concession sur la place que devait prendre l’archéologie sur le bâti dans le paysage scientifique et, au-delà, dans celui du patrimoine, comme l’écrivait Jean-Louis Charpentier, conservateur régional des Monuments historiques : « le domaine de l’archéologie du bâti est un des champs patrimoniaux où la complémentarité des approches des différents services doit s’exercer pleinement » (Charpentier 1993 : 44). Mais cette vision d’une archéologie globale et d’une collégialité inscrite au cœur de l’action patrimoniale des Drac est toujours restée fragile. Les derniers soubresauts de cette histoire mouvementée nous conduisent à remettre l’ouvrage sur le métier.

3Le bâti étudié correspond le plus souvent à des édifices protégés au titre des Monuments historiques faisant l’objet de travaux de restauration indispensables mais dont on mesure souvent mal l’impact. Le fait que l’édifice soit toujours « visible » après travaux fait penser à tort qu’il a conservé tout son potentiel patrimonial ou que le témoignage historique, architectural et archéologique dont il est porteur est intact. Or, à regarder dans le détail, de nombreux projets de restauration s’accompagnent d’interventions conséquentes, intrusives, voire « vulnérantes », pour reprendre l’expression de Michel Vaginay, conservateur régional de l’archéologie. Il n’est évidemment pas question ici de remettre en cause le bien-fondé des restaurations, dont on a déjà dit qu’elles étaient garantes de la survie du monument. Mais il paraît nécessaire de montrer que le bâti n’est pas seulement un contenant, qu’il est porteur en lui-même, sur ses parois et dans son sol, d’un contenu, d’une épaisseur historique, souvent fragile et ténue devant l’impact des travaux.

Trois exemples

4À Beaugency dans le Loiret, la restauration, en 1999, de la tour-maîtresse dite Tour César, élevée au début du xie siècle, s’est accompagnée de la réfection intégrale des enduits intérieurs. Pour ce faire, tous les anciens enduits ont été piochés et les joints sur-creusés, parfois sur plus de 5 cm, pour une meilleure accroche du mortier. Toute la stratification de surface a ainsi été supprimée ; sans fouille archéologique préalable pour capter cette information avant qu’elle ne disparaisse, nous n’aurions pas pu déterminer les différents états de construction (Mataouchek 2004).

5À Drevant, dans le Cher, la restauration du bâtiment de scène du théâtre antique, entreprise en 2015, a nécessité la dépose complète des parements antiques car les moellons faiblement ancrés dans la fourrure se déchaussaient dangereusement. Le remontage des parements copie aujourd’hui l’appareillage antique mais il ne reste plus rien de la stratification qui éclairait les modalités spécifiques de sa mise en œuvre (Mataouchek 2016).

6Le dernier exemple, qui ne devrait pas en être un, est celui du prieuré d’Yron à Cloyes-sur-le-Loir, en Eure-et-Loir (fig. 1). En 2009, cet édifice du xiie siècle a fait l’objet de deux diagnostics archéologiques, l’un sur le sous-sol, l’autre sur les élévations, qui ont donné lieu, en 2012, à une première campagne de fouilles préventives sur les élévations extérieures. Le rapport sorti dans la foulée a été salué par la Commission territoriale de la recherche archéologique (Ctra) (Mataouchek 2012). Mais, en 2013, alors que les travaux portaient cette fois-ci sur les intérieurs, il a fallu attendre que soient constatées la destruction des niveaux de sols sur 1 m de profondeur et la réfection de tous les enduits intérieurs pour qu’une opération d’archéologie de sauvetage soit prescrite. Inutile de dire la perte irrémédiable d’informations qui s’en est suivie (Mataouchek 2014).

Fig. 1. Fouilles en cours sur les élévations extérieures du prieuré d’Yron à Cloyes-sur-le-Loir (Eure-et-Loir).

Fig. 1. Fouilles en cours sur les élévations extérieures du prieuré d’Yron à Cloyes-sur-le-Loir (Eure-et-Loir).

© Inrap. Photographie Carole Lallet.

7Ces exemples, parmi tant d’autres, montrent qu’il y a donc bien non seulement suppression des couches d’enduit, sorte d’épiderme du mur, mais aussi possibilité d’atteinte et démontage en profondeur des fourrures des maçonneries, voire suppression des liens directs entretenus entre les sols et les murs qui les cantonnent. Toutes ces maçonneries, enduits compris, sont porteuses d’informations archéologiques. Il s’agit de la forme de sédimentation anthropique que l’on étudie, au même titre que celle qui est enfouie, même si les épaisseurs sont moindres. Les murs mis à nu donnent à voir la diversité de leurs matériaux, la qualité de leurs appareillages, bref tous les témoins de leur histoire et ses aléas.

8À la lumière de leur impact, les travaux de restauration d’un monument entrent parfaitement dans le champ de l’archéologie préventive, tel que le définit le Code du patrimoine : Article L521-1. L’archéologie préventive, qui relève de missions de service public, est partie intégrante de l’archéologie. Elle est régie par les principes applicables à toute recherche scientifique. Elle a pour objet d’assurer, à terre et sous les eaux, dans les délais appropriés, la détection, la conservation ou la sauvegarde par l’étude scientifique des éléments du patrimoine archéologique affectés ou susceptibles d’être affectés par les travaux publics ou privés concourant à l’aménagement. Elle a également pour objet l’interprétation et la diffusion des résultats obtenus.

9Certes, et c’est la pierre d’achoppement de tous les débats sur le sujet, le mot bâti n’apparaît pas explicitement dans cette définition. Mais c’est aussi la force du texte d’englober toutes les réalités dimensionnelles et morphologiques du patrimoine archéologique : à trop faire de cases, on trouvera toujours quelque chose qui n’y entre pas. Malheureusement, ce point de vue est loin d’être partagé et ponctuellement, au sein d’une même Drac, les relations entre le service régional de l’archéologie (Sra) et la conservation régionale des monuments historiques (Crmh) peuvent dégénérer en dialogue de sourds.

10L’argument le plus courant est de dire qu’il n’y a pas de destruction. Mais les exemples que nous venons d’évoquer en témoignent clairement : si « être affecté » ne signifie pas nécessairement « être détruit », l’impact des restaurations n’en est pas mineur pour autant. Restaurer, c’est bien modifier ou altérer la sédimentation maçonnée, la rendre illisible.

  • 2 Mhi: édifice inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques ; Mhc: édifice class (...)

11Le deuxième argument est celui de la temporalité des opérations. Premier écueil, les deux services concernés ne sont pas assujettis aux mêmes délais d’instruction, ce qui rend facilement inopérant les suivis de dossiers en commun et peut générer des malentendus. Ainsi, alors qu’une Crmh peut aisément consacrer plusieurs années à la mise en place d’un dossier, le Sra doit en général attendre le dépôt du permis de construire (Mhi) ou de l’autorisation de travaux (Mhc)2 pour pouvoir prescrire une opération archéologique de diagnostic ou de fouilles, en vertu de ce que l’on appelle « le fait générateur ». Toutefois, à ce stade, les projets de restauration ont dépassé l’étape de l’avant-projet détaillé (Apd), leurs financements sont budgétés et l’immixtion de l’archéologie préventive peut donc avoir des conséquences, à la fois sur le parti de restauration et sur son budget.

12Sur ce point fondamental, la circulaire 2009-24 du 1er décembre 2009, relative au contrôle scientifique des services de l’État sur la conservation des monuments historiques, aurait pu permettre notamment d’assainir cette situation. En préambule, elle rappelle d’ailleurs que « l’exercice d’un contrôle scientifique et technique par l’État, sur la totalité des monuments historiques classés et inscrits, est destiné avant tout à garantir d’une part que leur conservation est assurée dans les meilleures conditions et d’autre part que les interventions programmées ou ponctuelles, de quelque nature qu’elles soient, ne portent pas atteinte à l’intérêt qui a justifié leur protection, en vue d’en assurer la transmission aux générations futures dans le meilleur état possible » (Dap 2009 : 1). L’un des objectifs de cette circulaire était sans doute de dépasser les clivages entre services afin d’instaurer une forme de collégialité dans le traitement des dossiers. C’est ce que prône son chapitre III, en insistant notamment sur le fait que les instructions doivent intervenir en amont du dépôt des demandes d’autorisation, de manière à fluidifier la procédure sans « prendre par surprise » le pétitionnaire. Un tel dispositif, qui s’apparente à la procédure de demande volontaire de diagnostic (Dvd) prévue dans le cadre réglementaire de l’archéologie préventive, permettrait sans équivoque aux services patrimoniaux de travailler dans un sens commun.

13À relire la circulaire 2009-24, on se demande où peut bien se situer le blocage qui pénalise le développement de l’archéologie sur le bâti ? On constate que, malgré les attendus plutôt novateurs en matière de solutions proposées, la collégialité des services patrimoniaux au sein des Drac reste une affaire d’implication personnelle, volontaire et ponctuelle, au lieu d’être une procédure administrative systématique. De ce fait, les différents écrits qui traitent d’archéologie sur les monuments historiques font le plus souvent état des difficultés persistantes, liées à l’inadéquation supposée des pratiques.

  • 3 Définition extraite du titre I du livre V du Code du patrimoine : « Constituent des éléments du pat (...)

14Plus originale est sans doute la position prise par un inspecteur général du patrimoine dans un article co-signé avec une conservatrice régionale des Monuments historiques. Selon eux, l’archéologie serait légitime quand elle « concourt à retracer le développement de l’histoire de l’humanité3 » mais pas quand elle ne sert qu’à aider ou à documenter la définition d’un projet de restauration (Ullmann & Guilhot 2014 : 18). Or, rares sont les opérations archéologiques préventives sur du bâti qui n’ont pas pour objectif de recueillir, avant qu’elles ne disparaissent, les traces matérielles des sociétés passées. Nombre d’architectes du patrimoine demandent bien légitimement qu’on leur apporte des compléments d’information, pour étayer leur parti de restauration – ce qui dynamise la relation archéologue/architecte sur les chantiers. De plus, la phase de documentation est pleinement dans l’esprit de la circulaire de 2009, mais ignorée par les auteurs précités, ce qui les pousse à légitimer l’essor de ce qu’ils appellent « archéologie du troisième type » (ibid. : 21).

15C’est ici le troisième argument qui nous est opposé. De l’archéologie oui, mais une archéologie pratiquée en dehors du champ préventif et hors du contrôle du Sra. Cette position ressort notamment des conclusions de la mission « Fichet/Simon » de l’inspection des patrimoines réalisée en 2016. Dans son rapport, elle cite abondamment la circulaire de 2009 et en reprend l’ossature pour proposer une nouvelle coordination des services patrimoniaux régionaux, de manière à inscrire la collégialité au cœur des procédures Mh. Toutefois, et paradoxalement, elle se démarque aussi de la dite circulaire. Les auteurs assument en effet totalement la sortie du cadre du Code du patrimoine, en extrayant purement et simplement les études archéologiques sur les monuments protégés du champ préventif et en les rattachant au titre III du livre V, c’est-à-dire à l’archéologie programmée. Mais la démarche est fallacieuse car les pistes de financement envisagées pour ces études s’appuient sur l’action 09 du programme 175 du budget du ministère de la Culture attribué à la direction des patrimoines qui, rappelons-le, est dédiée à l’archéologie préventive à plus de 90 % et abonde notamment le Fond national pour l’archéologie préventive (Fnap).

16Mais en quoi consiste l’archéologie pratiquée sur les monuments protégés en cours de travaux ? Ses pratiques courantes sont-elles conciliables avec l’archéologie programmée ?

17Le diagnostic archéologique préventif a pour principaux objectifs de détecter la présence éventuelle de vestiges archéologiques et de les caractériser. Dans le cas d’un édifice protégé au titre des Monuments historiques, on se situe d’emblée au-delà de l’étape de présence/absence d’un site : il est indubitablement présent, sous nos yeux. L’évaluation portera donc directement sur le potentiel stratigraphique et l’identification des problématiques scientifiques pouvant guider une fouille. Un examen visuel, assorti de quelques sondages pratiqués par piquetage des parements pour révéler la stratification maçonnée, permet de conduire correctement et rapidement cette phase de diagnostic, parfaitement adaptée à la circulaire de 2009 à condition que l’aménageur ait respecté l’entièreté de la procédure administrative et fait connaître son projet en amont. C’est sur la base du rapport archéologique que pourra être apprécié l’impact des travaux de restauration.

18La fouille préventive permet quant à elle de recueillir les données archéologiques d’un site avant sa destruction. Dans le cadre du bâti, elle est donc menée immédiatement en amont des travaux de restauration qui vont, on l’a vu, modifier ou altérer les données de son histoire. Une telle opération ne peut être envisagée que s’il s’agit véritablement d’une fouille archéologique, avec accès indispensable aux parois par le biais d’un échafaudage, par exemple, pour réaliser le piquetage des parements sur les zones concernées par la prescription archéologique et mettre en évidence la stratification. C’est la condition sine qua non, pour ne pas rester dans la simple « expertise » qui, aussi grandiloquente qu’elle puisse être, n’en reste pas moins « hors sol » en l’absence de fouille stratigraphique concrète. On le comprend bien, le simple relevé ponctuel ou général, notamment photogrammétrique, ne peut être une fin en soi, un simple quitus. C’est du reste le sens des recommandations du Conseil national de la recherche archéologique (Cnra), évoquées dans l’axe 8 (Cnra 2016 : 114).

19Cette fouille se déroule le plus souvent en situation de co-activité avec les maçons, auxquels on libère progressivement les pans de murs étudiés. Comme pour l’archéologie pratiquée dans le sous-sol, il est fréquent qu’on ne puisse explorer l’ensemble de la surface concernée par les travaux, ce qui conduit à faire des choix en privilégiant certains aspects de la construction plutôt que d’autres. Les réunions de chantier réunissant maîtrises d’œuvre et d’ouvrage ainsi que le Sra, au titre du contrôle scientifique et technique (Cst), sont l’occasion de faire le point régulier sur les résultats et, le cas échéant, de permettre à l’architecte d’inclure de nouveaux éléments dans son parti de restauration. La fouille qui a accompagné la restauration de la tour-maîtresse du château Saint-Jean à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), à ce titre exemplaire, a donné lieu à une conférence commune de l’architecte en chef des Monuments historiques et de l’archéologue (Mataouchek & Mignot 2009 : 72). Enfin, si le rapport final de l’opération archéologique n’est souvent remis qu’une fois le chantier de restauration achevé, des comptes-rendus informent régulièrement les autres acteurs du projet.

20La pratique de l’archéologie sur des monuments protégés nécessite donc une compétence scientifique, une logistique adéquate et requiert disponibilité et réactivité pour caler au mieux l’opération dans l’échéancier du projet. Dans ce cadre, recourir au dispositif de l’archéologie programmée nous semble un non-sens, ou un détournement des textes. Non-sens, car ce dispositif est inadapté aux fortes contraintes d’un suivi de chantier induisant fréquemment, selon l’avancement des travaux de restauration, un découpage des opérations archéologiques en plusieurs courtes séquences d’intervention. Détournement de texte, car ce n’est pas le questionnement scientifique qui est à l’origine de l’intervention archéologique, mais bien l’engagement des travaux de restauration. À moins qu’il ne s’agisse de contourner le système en favorisant la réalisation de multiples programmes de recherches distincts dont l’objet, et l’émergence, coïncideraient fort opportunément à la nature du monument en question.

21À ce stade du développement de l’archéologie sur le bâti, riche des expériences acquises durant ces vingt dernières années, le recours au dispositif d’archéologie préventive pour accompagner les travaux de restauration de monuments historiques apparaît au contraire seul légitime.

22L’opération en cours sur le théâtre antique de Drevant (Cher), au cœur d’un important chantier de restauration, en offre une excellente illustration : la pratique collégiale des services patrimoniaux de l’État a motivé une réflexion préalable sur l’incidence des travaux sur le patrimoine archéologique, et la fouille prescrite dans la foulée garantit la préservation des informations archéologiques par un suivi constant des travaux.

23Mais le débat n’est pas clos et, ponctuellement, de nouveaux arguments se font jour. Si la finalité reste la même, l’argumentaire prend de nouveaux atours et désormais, la question de la prescription semble en jeu : aux Sra de prescrire sur le sous-sol, aux Crmh de commander des études sur les élévations. Au vu du chemin parcouru et des résultats obtenus, ce retour en arrière inquiétant risque, en premier lieu, d’aboutir à une grave segmentation de la recherche, dans son processus d’acquisition des données et dans ses capacités d’analyse systémique. En second lieu, il revient à « oublier » que toute opération archéologique est soumise à une autorisation de fouille et réalisée sous le contrôle du conservateur régional de l’archéologie. La prescription est un acte scientifique et non une simple commande, elle est le premier maillon d’une chaîne opératoire qui se veut insécable : le prescripteur est archéologue, l’opérateur est archéologue et l’évaluateur est archéologue, car la recherche archéologique est soumise à l’évaluation des Ctra ou du Cnra.

24Enfin, ce nouveau débat pose aussi la question du bâti civil non protégé, déjà trop rarement abordé. Car accepter l’idée que seules les Crmh soient habilitées à prescrire sur les édifices protégés qu’elles gèrent revient à oublier que l’archéologie du bâti s’applique aussi à quantité de constructions non protégées. Alors quoi ? Après le troisième type, la double vitesse ?

25On ne peut se laisser à accepter une telle querelle entre un service garant d’un périmètre d’action et un autre garant d’une méthode d’acquisition des savoirs. Pour le dire autrement, par quel sortilège un conservateur régional de l’archéologie, compétent pour étudier le bâti non protégé, ne le serait-il plus et devrait-il être confiné au sous-sol, sans lever la tête, sitôt qu’un bâtiment serait protégé ?

Haut de page

Bibliographie

Arlaud, C. & Burnouf, J. 1993. « Dossier : l’archéologie du bâti médiéval urbain », Les nouvelles de l’archéologie, 53-54 : 5-69.

Charpentier, J.-L. 1993. « Archéologie du bâti et objet patrimonial : point de vue d’un conservateur des monuments historiques », Les nouvelles de l’archéologie, 53-54 : 43-45.

Cnra [Conseil national de la recherche archéologique]. 2016. Programmation nationale de la recherche archéologique. Paris, ministère de la Culture et de la Communication, sous-direction de l’archéologie.

Dap [Direction de l’architecture et du patrimoine], 2009. Circulaire 2009-024 relative au contrôle scientifique des services de l’État sur la conservation des Monuments historiques. Paris, ministère de la Culture et de la Communication.

Lablaude, P.-A. 1997. « La restauration, science ou pratique ». In : P. Nora (dir.), Science et conscience du patrimoine : Entretiens du patrimoine, Théâtre national de Chaillot, Paris, 28-30 novembre 1994. Paris, Fayard, Éditions du patrimoine, coll. « Actes des Entretiens du patrimoine » : 203-216.

Mataouchek, V. 2004. « Beaugency, la Tour César ». In : A. Notter & A. Bosc (dir.). Lumière de l’an mil en Orléanais, autour du millénaire d’Abbon de Fleury. Turnhout (Belgique), Brepols : 102-106.

—. 2012. Eure-et-Loir, Cloyes-sur-le-Loir, prieuré d’Yron : les élévations extérieures du prieuré d’Yron, rapport de fouilles. Pantin, Inrap Centre – Île-de-France.

—. 2014. Eure-et-Loir, Cloyes-sur-le-Loir, prieuré d’Yron : un édifice inédit antérieur au prieuré, rapport de fouilles. Pantin, Inrap Centre – Île-de-France.

—. 2016. Cher, Drevant, le théâtre : le bâtiment de scène du théâtre, rapport d’opération de fouille archéologique. Pantin, Inrap Centre – Île-de-France.

—. 2018. « Archéologie sur le bâti ou lire l’histoire sur les murs ». In : J.-P. Demoule, D. Garcia & A. Schnapp (dir.), Une histoire des civilisations : comment l’archéologie bouleverse nos connaissances. Paris, La Découverte, Inrap : 564-568.

Mataouchek, V. & Mignot, P. 2009. « Archéologie du bâti ou archéologie sur du bâti ? », Archéopages, 24 : 67-73.

Ullmann, C. & Guilhot, J.-O. 2014. « Monuments historiques et archéologie, pour sortir enfin de la confrontation », Monumental, 2014-1 (numéro spécial « Archéologie et monuments historiques») : 18-21.

Haut de page

Notes

1 La terminologie « archéologie sur le bâti » a été proposée en 2009 comme garante d’une approche globale. Il n’y a pas plusieurs types distincts d’archéologie, mais une seule et même discipline qui s’applique à différents objets (Mataouchek & Mignot 2009).

2 Mhi: édifice inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques ; Mhc: édifice classé au titre des Monuments historiques.

3 Définition extraite du titre I du livre V du Code du patrimoine : « Constituent des éléments du patrimoine archéologique tous les vestiges, biens et autres traces de l’existence de l’humanité, y compris le contexte dans lequel ils s’inscrivent, dont la sauvegarde et l’étude, notamment par des fouilles ou des découvertes, permettent de retracer le développement de l’histoire de l’humanité et de sa relation avec l’environnement naturel ».

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1. Fouilles en cours sur les élévations extérieures du prieuré d’Yron à Cloyes-sur-le-Loir (Eure-et-Loir).
Crédits © Inrap. Photographie Carole Lallet.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/8051/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 4,0M
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Victorine Mataouchek, « Archéologie préventive sur le bâti et Monuments historiques »Les nouvelles de l'archéologie, 157-158 | 2019, 132-135.

Référence électronique

Victorine Mataouchek, « Archéologie préventive sur le bâti et Monuments historiques »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 157-158 | 2019, mis en ligne le , consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/8051 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.8051

Haut de page

Auteur

Victorine Mataouchek

Inrap, Chercheuse associée à l’Umr 7324 Citeres – Lat (Laboratoire archéologie et territoires) de l’université de Tours

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search