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Regard prospectif sur l’ethnoarchéologie francophone

Alain Gallay
p. 90-99

Résumés

En 1980 paraissait un dossier des Nouvelles de l’archéologie consacré à l’ethnoarchéologie, publié sous la direction de Françoise Audouze et de Catherine Perlès, qui rassemblait des contributions de chercheurs de divers pays francophones et anglophones. Nos réflexions partent donc de ces contributions afin d’évaluer le chemin parcouru en presque quatre décennies, notamment dans le domaine francophone, et de suggérer quelques pistes pour l’avenir.

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Texte intégral

L’ethnoarchéologie en 1980

1Le dossier publié dans Les nouvelles de l’archéologie en 1980, sous la direction de Françoise Audouze et de Catherine Perlès, offre un excellent panorama de ce que représente alors l’ethnoarchéologie pour les chercheurs (Audouze & Perlès dir. 1980). Les diverses définitions qui en sont données se focalisent essentiellement sur des sociétés vivantes : étude des vestiges matériels des sociétés vivantes (Thomas), vision archéologique du présent (Gallay), étude des sociétés vivantes pour guider l’archéologue dans son utilisation des analogies ethnographiques (Hodder) ou encore, plus largement, stratégie de recherche expérimentale (Binford).

Les objectif reconnus

2On reconnaît que les deux disciplines poursuivent en fait le même but, soit une compréhension globale de l’homme au-delà des différences de temps ou d’espace. Dans cette perspective, archéologie, palethnologie, ethnologie, tendent à se confondre. Si les études se veulent générales, au sein d’un espace (L) et d’un temps (T) limités, une perspective généralisante orientée vers la compréhension du fonctionnement des sociétés humaine reste en arrière-plan (White).

3Ces études concernent aussi bien la technologie (lithique, céramique, métallurgique), que l’économie, les structures d’habitats, la répartition au sol des biens matériels et des déchets. L’orientation, vers des secteurs d’activités humaines aussi proches que possible de ceux observables archéologiquement, est avant tout technologique (Audouze).

4La recherche se focalise sur les relations entre comportement et genèse des vestiges exhumés par l’archéologue (Gould, White). On admet néanmoins que les bénéfices restent modestes et concernent essentiellement des mises en garde critiques ciblant les erreurs de raisonnement des archéologues (Gould). L’ethnoarchéologie peine à proposer des règles d’interprétation aux retombées positives.

Les arguments pour un rapprochement entre passé et présent

5On reconnaît que les rapprochements les plus utiles se situent entre deux corpus proches aux plans spatial (L) et temporel (T). L’existence d’une continuité historique directe entre les situations archéologiques et ethnographiques permet de suggérer un grand nombre de similitudes avec le maximum de facilité (Hodder).

6Plusieurs participants pensent que le principe d’analogie se situe au cœur des comparaisons proposées, mais n’explicitent pas son contenu (Audouze, Gould, Bromberger, Hodder). L’analogie rencontre toutefois ses limites lorsque certains comportements très anciens, notamment paléolithiques, ne renvoient à aucun parallèle dans le présent historique ou ethnographique (Gould).

  • 1 Parfois donné comme synonyme d’« actualisme », ce principe de base de la géologie moderne, qui attr (...)

7Le principe de l’uniformitarisme1 développé dans le cadre de la géologie fournit néanmoins un début de compréhension du principe d’analogie (Hodder, Gould). Les rapprochements devraient déboucher in fine sur la mise en évidence de lois du comportement humain (Audouze, Gould), mais il faut bien reconnaître la quasi inexistence de travaux abordant cette question de façon explicite, la formulation de lois générales restant essentiellement un vœu pieux.

Les procédures inférentielles

8Une inférence est une opération logique par laquelle on admet une proposition en vertu de sa liaison avec d’autres propositions déjà tenues pour vraies.

9L’ethnoarchéologie étant essentiellement une ethnographie de terrain, seul l’engagement sur le terrain peut enclencher le processus inférentiel, les sources ethnographiques et la littérature savante ne répondant que rarement aux questions posées par les archéologues (Audouze).

10La nature des sources influence naturellement le processus. Sur le plan archéologique, on sait que les vestiges restent toujours limités (Bromberger). Sur le plan ethnologique, l’enquête est confrontée aux limites du discours des acteurs. On doit en effet tenir compte du contexte fonctionnel et des aspects idéologiques pouvant biaiser l’information (David, Rowland, Clarke et surtout Hodder).

  • 2 Tentative de formalisation, et donc d’explicitation, du discours archéologique et de ses interpréta (...)

11Un certain poids est donné à la nature des raisonnements permettant de caractériser les analogies reconnues (Audouze, Bromberger, Binford). Enfin, le processus inférentiel peut s’inspirer du logicisme2 de Jean-Claude Gardin (1925-2013), mentionné ici pour la première fois (Gallay) : il montre que l’ambiguïté entourant la signification des vestiges archéologiques peut déboucher sur plusieurs interprétations concurrentes, une situation parfaitement recevable.

Penser un certain ordre

12C’est le géologue Charles Lyell (1792-1875) qui a popularisé la notion d’uniformitarisme, à la base de l’actualisme (Lyell 1990-1991). L’ethnoarchéologie étant fondée sur le principe d’uniformitarisme appliqué aux phénomènes humains du passé étudiés par les archéologues, une étude qui ne fait pas appel à ce principe ni aux analogies reconnues ou postulées entre présent et passé n’en relève donc pas.

Scénarios, régularités, mécanismes

13Dès 1990, nous avons proposé un modèle permettant d’articuler science et histoire. Plusieurs disciplines comme l’astrophysique, la tectonique des plaques en géologie ou la biologie de l’évolution ont en commun avec l’archéologie des questions comparables à résoudre. Il n’y a pas lieu de revenir ici sur ce modèle qui a été maintes fois présenté.

14L’année suivante, deux livres consacrés à l’épistémologie des sciences humaines présentaient simultanément des vues exactement opposées et, à première vue, irréductibles. Alain Testart (1945-2013) ébranlait les fondements des sciences humaines et prônait leur réforme radicale dans l’optique qui a fait le succès des sciences dures, notamment de la physique (Testart 2011). À l’opposé, comme Paul Veyne (1971), Jean-Claude Passeron soutenait, de manière extrêmement argumentée, que les sciences humaines se situent du côté des scénarios : les événements de l’histoire ne sont pas prédictibles, on ne peut que les constater (Passeron 2011).

15Les deux approches nous paraissent pourtant complémentaires et leur intégration possible, selon la perspective rappelée plus haut (Gallay 2018a). Nous pouvons alors proposer un schéma enrichi (fig. 1) qui va nous permettre d’évaluer la position d’un certain nombre de travaux dont le rattachement à l’ethnoarchéologie sensu lato se pose.

Fig. 1. La relation mécanismes – régularités – scénarios par rapport aux positions d’Alain Testart et de Jean-Claude Passeron.

Fig. 1. La relation mécanismes – régularités – scénarios par rapport aux positions d’Alain Testart et de Jean-Claude Passeron.

Alain Gallay

Perspective 1 : anthropologie générale (psychologie interculturelle)

16On positionne une première série de travaux uniquement sur l’axe reliant les mécanismes aux régularités, sans se préoccuper de l’insertion des modèles proposés dans l’histoire ni de leur visibilité au niveau archéologique. On considère que les régularités proposées, qui relèvent de la psychologie interculturelle, ont a priori valeur universelle ou, du moins, très générale.

Fondement psycho-sociaux de la division sexuelle des tâches (Testart 1986 et 2014)

17La construction logiciste que nous avons proposée (/www.archeo-gallay.ch/testart-2014/) montre que la démonstration de Testart sur la division sexuelle du travail se fait en trois phases ou « paliers » (fig. 2).

Fig. 2. Construction logiciste rendant compte de la démonstration d’Alain Testart. Les flèches indiquent des domaines susceptibles d’être modulés en fonction de paramètre écologiques, économiques ou sociaux.

Fig. 2. Construction logiciste rendant compte de la démonstration d’Alain Testart. Les flèches indiquent des domaines susceptibles d’être modulés en fonction de paramètre écologiques, économiques ou sociaux.

Alain Gallay

18Le premier se situe au niveau du discours des acteurs, c’est-à-dire d’une conscience vigile qui correspond à l’activité consciente de l’esprit (1, P1 à P18).

19L’analyse de la diversité de ces discours permet de repérer des régularités structurales. Il s’agit d’en obtenir une compréhension « scientifique » à travers ce que l’on peut nommer des « mythèmes », au sens où l’entendait Claude Lévi-Strauss (1908-2009), c’est-à-dire des énoncés constitutifs d’un mythe. Nous sommes ici au niveau des régularités structurales, qui mobilisent également ici une distinction entre syntaxe et sémantique (2, P19-20).

20En dernière analyse, nous touchons au sens profond du discours qui relève de la conscience autistique (3, P21).

21Le discours idéologique inscrit dans des faits observables très divers pourrait donc résulter de schèmes universaux non conscients.

Séjourner autour d’un feu : campements touareg du Hoggar (Gallay 2017)

22Dans la même perspective, nos recherches sur le comportement des Touaregs autour d’un feu, lors de la préparation et de la consommation des repas, s’inspirent des modèles élaborés par John Yellen (1977) et des distinctions retenues par Lewis Binford (1978).

Perspective 2 : ethnoarchéologie, règles universelles

23Une seconde série de travaux se situe sur l’axe reliant les mécanismes aux régularités, qui sont considérés comme universels et peuvent se prolonger concrètement dans des scénarios identifiables d’un point de vue archéologique.

Dynamique des dépôts en relation avec l’habitat palafittique au Bénin et en Europe

24L’étude d’Anne-Marie et de Pierre Pétrequin (1984) sur les habitats palafittiques de la lagune de Cotonou au Bénin présente toutes les qualités de ce que devrait être une enquête ethnoarchéologique. Elle démontre la possibilité de fonder des relations universelles susceptibles de confirmations sur des mécanismes généraux, essentiellement naturels mais également humains, et de formuler des inférences générales intégrées à une réflexion archéologique.

Délimitation

25L’étude résulte à la fois de questions posées par les archéologues à l’occasion du développement de leur discipline et d’une pratique de terrain liée en l’occurrence aux fouilles des stations littorales des lacs de la Combe d’Ain, Chalain et Clairvaux-les-Lacs, dans le massif du Jura, ainsi que d’un bilan mondial des sources ethnographiques disponibles effectué par Anne-Marie Pétrequin (1981).

26Le champ de l’étude est partiellement restreint au problème de l’architecture des milieux littoraux. Il concerne essentiellement les relations entre la structure et la composition des couches, qui sont liées à la fois aux habitations et à la profondeur de l’eau.

27On notera enfin que, du fait de son objectif limité, gage de sa pertinence, le modèle laisse ouverte une série d’interrogations. Les « raisons » de l’occupation des rives ne sont en effet pas obligatoirement liées à la recherche de la sécurité, et rien n’est dit sur les relations entre mobilité de l’habitat, systèmes agraires et fluctuations du niveau des eaux. Les limites imposées à la problématique expliquent parfaitement ce choix.

Mécanismes

28La question des mécanismes justifiant les régularités du modèle est abordée. Des ponts sont établis entre l’ethnoarchéologie et d’autres disciplines comme l’ethnohistoire et les sciences naturelles (étude de la faune aquatique et terrestre, sédimentologie, conservation différentielle des vestiges).

Régularités

29La structure de la couche archéologique et l’état de conservation des vestiges qu’elle contient révèlent parfaitement le niveau du plan d’eau à l’endroit de l’observation. Nous sommes ici dans le domaine des sciences de la nature, qui assure le caractère universel du modèle, mais celui-ci reste intégré dans une problématique relevant de l’anthropologie de l’habitat.

Validation

30Le modèle a été succinctement validé par d’autres observations. Pierre Pétrequin en a testé le degré de généralité en Nouvelle-Guinée occidentale (Indonésie).

Application

31Enfin, le modèle s’est avéré efficace au niveau archéologique sur l’axe régularités – scénarios : il a en effet fourni des arguments pour résoudre une controverse vieille de plus d’un siècle en montrant que, comme au Bénin, les habitats nord-alpins étaient liés à la zone littorale de battement du niveau des eaux et que, ainsi, tous les types d’architecture pouvaient coexister au sein d’un seul village, selon l’éloignement du rivage.

32En résumé, le modèle du Bénin démontre la possibilité 1) de fonder des relations universelles susceptibles de confirmations sur des mécanismes généraux, essentiellement naturels mais également humains ; 2) de formuler des inférences générales intégrées dans une réflexion archéologique.

Relations entre céramique tournée et spécialisation

33Les recherches effectuées par Valentine Roux et Daniela Corbetta (1990) sur l’apprentissage de la céramique tournée chez les potiers d’Uttam Nagar, près de New Delhi au Rajasthan (Inde), constituent probablement le meilleur exemple d’une démarche ethnoarchéologique aboutissant à des règles universelles.

Délimitation

34La notion de tournage, souvent mal comprise, est précisée. Le tournage proprement dit est en effet une technique de façonnage céramique dans laquelle l’énergie cinétique rotative (Ecr) est directement appliquée à une motte d’argile compacte pour la déformer et « monter » le volume jusqu’à sa forme définitive. Elle s’oppose à d’autres techniques de façonnage dans lesquelles l’Ecr est appliquée non pas à une motte mais à des ébauches formées de plusieurs éléments et façonnées sans elle (colombin ou moulage au tour, tournassage).

Mécanismes

35L’étude met en œuvre des protocoles semi-expérimentaux d’observation construits en collaboration avec une psychomotricienne.

36Elle fonde la relation sur la mise en évidence des mécanismes ayant une valeur universelle et une portée explicative non triviale. Le vrai tournage est une technique d’apprentissage longue et difficile qui commence dès l’âge de 8-10 ans.

37Le modèle peut néanmoins se complexifier car les techniques qui utilisent l’Ecr pour transformer des ébauches de toutes formes et tailles en solides homogènes impliquent des conduites bimanuelles asymétriques, radicalement distinctes des conduites qui ne l’utilisent pas. Le seul recours à l’Ecr implique donc des habiletés motrices plus difficiles à apprendre ; cela permet de distinguer les artisans qui la maîtrisent et les élèvent au rang de spécialistes, s’ils sont peu nombreux à la pratiquer.

Régularités

38Le modèle établit une relation forte entre un attribut susceptible d’être identifié au niveau archéologique, la céramique tournée, et une propriété intéressante pour les théories de l’origine de l’État, la spécialisation artisanale, en lui donnant une définition relativement neutre susceptible d’enrichissements fondés sur divers contextes d’observation. Cette relation est une relation fonctionnelle, elle n’a pas de connotation historique ni évolutive. Elle se formule en une règle contraignante : si une technique nécessite un apprentissage long et difficile, alors l’artisanat qui la met en œuvre implique une spécialisation.

39Elle supose à ce niveau un réexamen critique des critères permettant d’identifier le tournage sur des céramiques archéologiques. On peut en effet montrer que les traces associées à la technique du colombin au tour ou du moulage au tour ont, en effet, souvent été confondues avec celles résultant d’un vrai tournage (Gelbert 1994 ; Roux 1994).

Validation

40La validité de la relation est étayée par des analyses comparables d’autres artisanats, comme la taille des pierres semi-précieuses, cornaline, agate, etc. (Roux 2000). Nous sommes face ici à des universaux issus de la généralité de certains processus.

Application

41Sur l’axe régularités – scénarios, le réexamen des données archéologiques du Proche-Orient et du Moyen-Orient renouvelle entièrement nos connaissances sur l’apparition du tournage dans ces régions, de l’Iran au Levant, et irrigue la réflexion sur les relations entre artisanats spécialisés et origine de l’État (Roux 2003).

Perspective 3 : ethnoarchéologie, règles contextualisées

42Une troisième série de travaux se situe sur l’axe reliant les mécanismes aux régularités mais leur ambition est moindre car ils ne visent pas des règles universelles : ils contextualisent leur analyse par rapport à un espace (L) et un temps (T) bien définis, quitte à envisager un domaine d’application plus large des règles produites. Ils présentent néanmoins eux aussi des prolongements concrets au niveau de l’identification de scénarios archéologiques.

Relation entre traditions céramiques et ethnies dans la boucle du Niger

43Ce type d’approche est celui que nous avons adopté au Mali pour étudier les relations entre styles céramiques et ethnies, soit une étude en quatre points : 1) relations générales entre traditions céramique et ethnies ; 2) place des céramiques très décorées dans cette relation ; 3) diffusion de la céramique au sein de groupes non producteurs ; 4) impact exceptionnel des recompositions sociales avec un partage d’une même tradition céramique entre deux groupes ethniques (Gallay 2000). Le modèle proposé laisse ouverte la question du domaine géographique (L) et temporel (T) au sein desquels il reste valide (Gallay et al. 2012).

Perspective 4 : archéologie anthropologique (ethnohistoire)

44Une quatrième série de travaux se situe sur l’axe reliant les régularités aux scénarios et concerne essentiellement des recherches archéologiques qui se singularisent en mobilisant des nombreuses références ethnologiques. Celles-ci peuvent avoir été collectées par les archéologues eux-mêmes, en fonction de leurs objectifs, ou provenir de corpus disponibles dans la littérature qui ne sont pas en relation directe avec leur démarche, ce qui pose certains problèmes.

Une histoire de la diffusion des haches polies en jade alpin

45Les travaux de Pierre Pétrequin sur les haches polies sont les plus difficiles à analyser car ils combinent trois composantes : une véritable enquête ethnoarchéologique menée en Irian Jaya (Nouvelle-Guinée occidentale, Indonésie), des références ethnologiques plus lâches et un véritable travail d’investigation archéologique en Europe (Pétrequin et al. 2012).

Enquêtes ethnoarchéologiques

46Les enquêtes menées en Irian Jaya (West Papoua, Indonésie) relèvent d’une véritable ethnoarchéologie des haches polies. Elles concernent essentiellement l’accès aux carrières, les modalités d’extraction de la roche, le façonnage des haches et leur diffusion.

47On en retire l’idée que les carrières sont identifiables en examinant les pierres roulées dans les rivières et en remontant leur cours ; c’est à ce niveau qu’interviennent les épisodes de taille à hauts risques générant de très nombreux déchets, une situation que l’on retrouve en Europe. En revanche, la diffusion s’opère à travers des échanges compétitifs, aboutissant à des surpolissages caractéristiques des zones périphériques. De l’avis des auteurs, l’ensemble peut fonctionner au sein de populations « égalitaires » (terme non défini), qu’elles soient horticoles ou pratiquent l’agriculture céréalière. Une telle délimitation, relativement large, de la validité des transferts apparente ces recherches à notre perspective 3.

Références ethnologiques larges
  • 3 Le peuple amérindien des Natchez, établi au xviie siècle sur la rive orientale du cours inférieur d (...)

48Ces références complètent les informations collectées en Nouvelle-Guinée pour ce qui concerne les sociétés à tendance despotique. Elles concernent le caractère sacré du jade, dans lequel sont façonnés des objets précieux (insignes de pouvoir ou regalia), offerts aux dieux ou aux puissances surnaturelles en Chine, ou servant à la conclusion d’alliance entre personnages importants chez les Maoris de Nouvelle-Zélande. Le concept de « richesse ostentatoire » est corrigé en considérant la valeur idéelle et religieuse des haches dans les sociétés dites « royales » des Natchez ou des Tonga3, prises comme référence de ce type de société.

Investigations archéologiques

49Les références de Nouvelle-Guinée ont eu des retombées directes spectaculaires sur les découvertes de carrières d’extraction de roches, tant le pelite-quartz des Vosges (Pétrequin & Jeunesse 1995) que le jade du Mont-Viso dans les Alpes méridionales ou les cinérites de Réquista dans l’Aveyron (Maille et al. 2016).

Analyse du campement magdalénien de Pincevent (La Grande-Paroisse, Seine-et-Marne)

50La monographie de Michèle Julien et Claudine Karlin (2014) sur le campement magdalénien de Pincevent présente un intérêt particulier car elle s’inscrit directement au sein des débats qui ont animé les fouilles de ce site à propos des relations entre ethnologie et préhistoire (Gallay 2003). On sait qu’André Leroi-Gourhan (1911-1986) s’était fait le promoteur d’une fouille exhaustive et méticuleuse des vestiges, d’où devait surgir le sens sans avoir besoin de faire appel à des références externes. On sait également qu’il était conscient des limites de cette stratégie et que, pour lui, le recours à l’ethnologie restait incontournable.

51Ce type d’approche réunit des connaissances plus ou moins abouties tirées notamment des travaux désormais classiques de Lewis Binford (1931-2011 ; 1978a, 1978b et 1991) sur les Nunamiut ou des études de Sylvie Beyries (2008) sur le travail des peaux.

52Fait nouveau, on trouve également de nombreuses références aux études ethnoarchéologiques menées directement par les autrices de la monographie. L’essentiel provient en effet de deux programmes de recherche conduits entre 1995 et 2005 : « Ethno-Renne », coordonné par Francine David puis Claudine Karlin, notamment chez les Dolgane de la péninsule du Taïmyr en Sibérie, et l’action concertée incitative (Aci) « Système-Renne », coordonnée par Sylvie Beyries et Claudine Karlin, en particulier chez les Koriak du Kamtchaka (Diachenko et al. 2004 ; Julien & Karlin 2007 ; Karlin & Tchesnokov 2007 ; Vaté & Beyries 2007).

53La première question traitée concerne la structure de l’habitat, tant sur le plan de l’organisation du camp que dans le domaine de la nature des abris. Les données sur la préparation, la conservation et la consommation de la nourriture sont également essentielles pour l’analyse d’un site où la majorité des vestiges relève de ce type d’occupation.

54Chaque référence, souvent présentée sous forme de photos, se trouve intégrée dans des raisonnements qui nécessiteraient analyses et précisions au cas par cas. Les référentiels sont d’abord requis pour interpréter les vestiges dans une perspective empirique, vers une interprétation fonctionnelle potentiellement acceptable. Mais on trouve également la démarche complémentaire inverse, qui part de l’interprétation fournie par le référentiel pour identifier et sélectionner, parmi les vestiges, ceux qui ont fait l’objet d’observations pertinentes susceptibles de valider ou d’invalider l’interprétation. Ces deux démarches sont étroitement imbriquées et il est illusoire de vouloir en privilégier une au niveau de la découverte et de l’élaboration de l’interprétation, sinon au niveau de sa présentation, ce qu’aurait voulu l’école anglo-saxonne en mettant en avant les méthodes hypothético-déductives (Gardin 1974).

Histoire du mégalithisme sénégambien

  • 4 Classés au patrimoine mondial de l’humanité, les quatre groupes Sine Ngayène, Wanar, Wassu et Kerba (...)

55Nos recherches sur le mégalithisme sénégambien4 constituent un exemple d’archéologie anthropologique non couplée à des démarches ethnoarchéologiques spécifiques. Elles avaient pour objectif de comprendre la relation entre les cercles mégalithiques et les tumulus qui peuvent entourer ces monuments dans certaines régions occidentales de la zone mégalithique (Gallay 2006 et à paraître).

Histoire du monumentalisme funéraire soudanais

56L’histoire du monumentalisme funéraire soudanais, comme l’étude du mégalithisme sénégambien, est un autre exemple d’archéologie anthropologique non couplée à des démarches ethnoarchéologiques spécifiques (Gallay 2016). Avec l’Éthiopie, cette recherche a été l’occasion de préciser une série de règles permettant une approche multidisciplinaire dans une perspective essentiellement historique (Gallay 2018b).

57Les précédentes informations permettent d’aborder au plan syntagmatique une zone particulière du champ d’étude défini selon des critères d’espace et de temps. La vision syntagmatique repose au niveau P0 sur les données archéologiques et ethnohistoriques concrètes valables pour une région donnée. Elle débouche au niveau P2 sur des scénarios historiques spécifiques, puis, au niveau P3, sur des considérations visant les modalités d’évolution des sociétés (fig. 3).

Fig. 3. Problématique d’analyse des rites funéraires africains intégrant données ethnohistoriques, ethnologiques, linguistiques et archéologiques.

Fig. 3. Problématique d’analyse des rites funéraires africains intégrant données ethnohistoriques, ethnologiques, linguistiques et archéologiques.

Règle 1 : on distinguera les notions de sociétés et de cultures. Les sociétés relèvent d’abstractions théoriques, soit de nos régularités, les cultures désignent des collectivités concrètes insérées dans le temps et dans l’espace. Règle 2 : toute restitution du passé doit s’appuyer sur des concepts généraux clairement définis permettant de dresser un bilan à la fois politique et social de chaque société. Règle 3 : rassembler les données ethnologiques locales disponibles sur les peuples actuels. Règle 4 : spécifier les données ethnologiques par rapport au contexte linguistique. Règle 5 : aborder les dynamiques sociales et politiques des sociétés dans une perspective cladistique. Règle 6 : dresser un bilan des connaissances archéologiques en collectant l’ensemble des données fournies par les diverses séquences archéologiques. Règle 7 : dresser un bilan des connaissances ethno-historiques, notamment en ce qui concerne les formes de l’esclavage, un domaine central dans l’évolution des sociétés. Règle 8 : restituer des scénarios locaux pour des populations et des cultures concrètes. Règle 9 : confronter les scénarios aux variations du contexte climatique, un facteur sensible dans ces régions soumises périodiquement à des déficits de pluviosité. Règle 10 : prendre en compte les spécificités locales dans la perspective évolutive générale d’une histoire des civilisations.

Alain Gallay

Perspective 5. Archéologie

58Cette dernière perspective concerne des travaux strictement archéologiques dont l’interprétation repose uniquement sur des référentiels (L) et (T) locaux, concernant la région dans laquelle se déroulent les recherches.

Archéologie d’un isolat : les Sarnyéré dogon

59Le travail sur l’histoire du Sarnyéré dogon – l’une des montagnes du Gourma-des-Monts au Mali occupées par des Dogon alors que la plaine avoisinante comporte surtout des villages habités par d’anciens esclaves des Peul, les Rimaïbé –, se rattache à cette perspective. L’ensemble de la céramique de la région appartient à une seule tradition dite « E », partagée par les Dogons et les Rimaïbés, elle est fabriquée aussi bien par des hommes que par des femmes. L’objectif de cette étude portait sur l’histoire de la céramique du Sarnyéré (Gallay & Sauvain-Dugerdil 1981).

Synthèse

60Nous avons désormais les éléments pour mieux définir l’ethnoarchéologie et éliminer certaines approches qui ont parfois revendiqué cette étiquette. Le tableau 1 résume la situation. L’évaluation repose sur un certain nombre d’oppositions (fig. 4).

Fig. 4. Situation de l’ethnoarchéologie au sein des disciplines visant la restitution des sociétés anciennes.

Fig. 4. Situation de l’ethnoarchéologie au sein des disciplines visant la restitution des sociétés anciennes.

Alain Gallay

Tabl. 1. Caractérisation des différentes approches mobilisant anthropologie et archéologie.

Tabl. 1. Caractérisation des différentes approches mobilisant anthropologie et archéologie.

Seules les perspectives 2 et 3 méritent l’étiquette d’ethnoarchéologie.

Alain Gallay

Au niveau des mécanismes

61Nous sommes ici dans l’analyse permettant d’expliquer les régularités. On isole les approches qui analysent explicitement des mécanismes qui peuvent relever des sciences de la nature, de la psychologie interculturelle (perspectives 1 et 2) ou de l’analyse des faits sociaux, qui conditionnent les régularités observées (perspective 3). Un autre ensemble (perspective 4) regroupe des références plus ou moins implicites à de tels mécanismes, qui ne sont pas analysées en détail mais pourraient l’être. Enfin, on isole un dernier ensemble où cette partie de l’analyse est écartée (perspective 5).

Au niveau des régularités

62Nous sommes ici au niveau de la formalisation de modèles, de typologies ou de structures dynamiques permettant des rétrodictions en direction des scénarios de l’archéologie. Ces études se réfèrent à des régularités conçues comme des référentiels externes (perspectives 1 à 4). Cet ensemble s’oppose à des études qui se déroulent au sein d’un univers étroitement localisé aux plans de l’espace et du temps. Les références font ici partie intégrante du corpus archéo-logique, même si elles concernent des données ethno-historiques ou ethnographiques locales, qui n’ont pas vocation à être utilisées dans d’autres contextes (perspective 5).

Au niveau des scénarios archéologiques

63Toutes les perspectives, à l’exception de la perspective 1, abordent la question de la restitution des scénarios archéologiques ayant vocation historique. Elles font donc partie intégrante de cette discipline et utilisent des référentiels de type régularités pour mettre en perspective et expliquer par rétrodiction les découvertes matérielles.

Au niveau de l’application

64Le domaine d’application propose une synthèse tenant compte des trois paramètres précédents. On distingue les cas où les règles élaborées, tant au niveau des mécanismes que des régularités, sont jugées d’application universelle (perspectives 1 et 2), de ceux où l’application reste, jusqu’à nouvel avis, contextualisée, et dépend donc de la définition des contraintes (L) et (T) sur la validité des règles, contraintes extérieures aux limites du corpus étudié (perspective 3). Ces derniers cas s’opposent à des démarches où la validité des règles, de construction et d’application locales ne concerne que le corpus archéologique étudié (perspectives 4 et 5).

65Les recherches de Pierre Pétrequin sur les haches polies sont, dans cette perspective, hybrides. Ses enquêtes en Irian Jaya appartiennent à la perspective 3, le chercheur est parfaitement clair à ce sujet : les modèles utilisés peuvent être appliqués ailleurs à des sociétés « égalitaires » pratiquant soit l’horticulture soit l’agriculture, distinction non pertinente dans la perspective qui est la sienne et que ses découvertes européennes ont parfaitement validé. Ses recherches sur la diffusion du jade en Europe s’inspirent de ce modèle, mais aussi d’autres références ethnographiques et historiques non analysées, dans la perspective 4 d’une archéologie anthropologique.

66Quel que soit le montage retenu, les cinq perspectives analysées montrent qu’il est impératif de développer aujourd’hui une anthropologie générale qui se soucie de la généralité plus ou moins grande des phénomènes et se préoccupe d’établir des lois ou, du moins, de préciser des régularités détectables dans les phénomènes humains. Cette démarche est loin de faire l’unanimité, bien qu’Alain Testart nous ait montré la voie à suivre. Son livre Pour les sciences sociales: essai d’épistémologie (1991) n’a rencontré qu’indifférence alors qu’il s’agit d’un texte majeur du xxe siècle. Touchant aux fondements mêmes de l’anthropologie, il ébranle les bases des sciences humaines en général : analysant, dans une vision unifiée, la place de l’observateur, plus généralement du sujet, face à son objet d’étude, il montre qu’une mauvaise compréhension de cette question les a empêchées d’acquérir un statut scientifique. Les thèses développées par Passeron (1991) sont, dans cette optique, extrêmement néfastes si elles ne sont pas mises en perspective, car elles ferment définitivement la porte à toute réflexion sur les fondements de l’anthropologie et, au-delà, sur la nature humaine – un constat d’échec que nous ne pouvons accepter (Gallay 2018a) (tabl. 1).

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Bibliographie

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Notes

1 Parfois donné comme synonyme d’« actualisme », ce principe de base de la géologie moderne, qui attribue une cause unique à chaque phénomène, repose sur le postulat selon lequel « le présent est la clé du passé » ; en conséquence, l’étude des processus en action de nos jours nous permet de comprendre les processus en cours dans le passé lointain.

2 Tentative de formalisation, et donc d’explicitation, du discours archéologique et de ses interprétations (Gardin 1979). Ce terme est utilisé dès le cours donné à Genève lors de l’année académique 1976-1977 à la place du concept de schématisation utilisé jusqu’alors.

3 Le peuple amérindien des Natchez, établi au xviie siècle sur la rive orientale du cours inférieur du Mississipi, était organisé en castes hiérarchisées sous l’autorité d’un Grand Soleil que les coureurs des bois français de Louisiane assimilaient à Louis XIV (1638-1715), monarque absolu de roi divin. Les îles Tonga, dans le Pacifique sud, furent dirigées par la lignée sacrée des Tu’i Tonga.

4 Classés au patrimoine mondial de l’humanité, les quatre groupes Sine Ngayène, Wanar, Wassu et Kerbatch rassemblent des cercles mégalithiques de pierres de latérite associés à des tumuli, sur une bande de 100 km de large qui longe sur 350 km le fleuve Gambie. Certains ont livré un matériel archéologique daté entre le iiie siècle av. J.-C. et le xvie siècle de notre ère. Cf. https://whc.unesco.org/fr/list/1226.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. La relation mécanismes – régularités – scénarios par rapport aux positions d’Alain Testart et de Jean-Claude Passeron.
Crédits Alain Gallay
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Titre Fig. 2. Construction logiciste rendant compte de la démonstration d’Alain Testart. Les flèches indiquent des domaines susceptibles d’être modulés en fonction de paramètre écologiques, économiques ou sociaux.
Crédits Alain Gallay
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Titre Fig. 3. Problématique d’analyse des rites funéraires africains intégrant données ethnohistoriques, ethnologiques, linguistiques et archéologiques.
Légende Règle 1 : on distinguera les notions de sociétés et de cultures. Les sociétés relèvent d’abstractions théoriques, soit de nos régularités, les cultures désignent des collectivités concrètes insérées dans le temps et dans l’espace. Règle 2 : toute restitution du passé doit s’appuyer sur des concepts généraux clairement définis permettant de dresser un bilan à la fois politique et social de chaque société. Règle 3 : rassembler les données ethnologiques locales disponibles sur les peuples actuels. Règle 4 : spécifier les données ethnologiques par rapport au contexte linguistique. Règle 5 : aborder les dynamiques sociales et politiques des sociétés dans une perspective cladistique. Règle 6 : dresser un bilan des connaissances archéologiques en collectant l’ensemble des données fournies par les diverses séquences archéologiques. Règle 7 : dresser un bilan des connaissances ethno-historiques, notamment en ce qui concerne les formes de l’esclavage, un domaine central dans l’évolution des sociétés. Règle 8 : restituer des scénarios locaux pour des populations et des cultures concrètes. Règle 9 : confronter les scénarios aux variations du contexte climatique, un facteur sensible dans ces régions soumises périodiquement à des déficits de pluviosité. Règle 10 : prendre en compte les spécificités locales dans la perspective évolutive générale d’une histoire des civilisations.
Crédits Alain Gallay
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Titre Fig. 4. Situation de l’ethnoarchéologie au sein des disciplines visant la restitution des sociétés anciennes.
Crédits Alain Gallay
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Titre Tabl. 1. Caractérisation des différentes approches mobilisant anthropologie et archéologie.
Légende Seules les perspectives 2 et 3 méritent l’étiquette d’ethnoarchéologie.
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Pour citer cet article

Référence papier

Alain Gallay, « Regard prospectif sur l’ethnoarchéologie francophone »Les nouvelles de l'archéologie, 157-158 | 2019, 90-99.

Référence électronique

Alain Gallay, « Regard prospectif sur l’ethnoarchéologie francophone »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 157-158 | 2019, mis en ligne le , consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/7786 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.7786

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Auteur

Alain Gallay

Professeur honoraire de l’université de Genève (Suisse)

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