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AccueilNuméros157-158Former les futurs archéologuesFormer les futurs archéologues

Former les futurs archéologues

Former les futurs archéologues

Anne Nissen et Haris Procopiou
p. 52-57

Texte intégral

1Depuis la parution du premier numéro des Nouvelles de l’archéologie, l’évolution des cadres économiques et législatifs a profondément modifié les pratiques de l’archéologie et le métier d’archéologue. Bien que cette évolution ait été émaillée de crises successives, les progrès de l’archéologie ont été considérables, aussi bien dans les pratiques de terrain que dans l’exploitation des données. L’archéologie de sauvetage, devenue préventive au tournant du troisième millénaire, a bouleversé les cadres des pratiques de terrain et nos connaissances des sociétés anciennes. Ces transformations ont eu des conséquences décisives sur les formations des archéologues, indépendamment de leurs spécialisations chrono-culturelles et géographiques.

2L’implication des bénévoles était encore très forte dans les années 1970 mais, dans la décennie suivante, le développement de l’archéologie opérationnelle s’est traduit par une professionnalisation croissante. Peu à peu, et non sans heurts, les archéologues bénévoles ont cédé le terrain aux archéologues de métier, bien que l’apprentissage s’appuie toujours sur une participation bénévole aux fouilles programmées.

3En France, comme dans plusieurs pays méditerranéens, l’archéologie est associée à l’histoire de l’art alors que les pays de l’Europe septentrionale et centrale ont de longue date des formations qui lui sont intégralement vouées. Toutefois, la professionnalisation de la discipline a incité les établissements de l’enseignement supérieur à revoir leurs offres de formation. Ce n’est qu’en 1997 que l’archéologie a été incluse dans la liste ministérielle des licences, ce qui la sortait des offres optionnelles pour en faire une formation autonome, à partir de la troisième année d’études. L’instauration d’une licence d’archéologie avait été précédée par la mise en place de formations professionnalisantes, au début des années 1990, pour répondre aux besoins croissants d’interventions sur le terrain. Les enseignements chrono-culturels n’ont pas été abandonnés mais l’accent a été mis sur les pratiques de diagnostic et de fouilles et sur les sciences environnementales et archéométriques. En parallèle, l’archéologie urbaine et les fouilles de grandes superficies ont fait prendre conscience qu’il fallait impérativement adopter des approches diachroniques, pour mieux cerner l’évolution des villes et des territoires ruraux et pleinement mesurer le poids du passé sur les cadres de vie actuels.

4Les méthodes archéologiques, les avancées spectaculaires des sciences biologiques et physico-chimiques ont renforcé les collaborations interdisciplinaires et ont rapproché les archéologues, quelles que soient leurs spécialisations chrono-culturelles et géographiques. Le recours aux études environnementales s’est heureusement étendu aux époques plus récentes, bien que sa systématisation ait été relativement tardive. Cette tendance est surtout manifeste et bien aboutie dans l’archéologie opérationnelle. La situation est nettement plus complexe dans les établissements d’enseignement supérieur, où l’archéologie se trouve partagée entre les 20e et 21e sections du Conseil national des universités (Cnu), et elle l’est encore plus au Cnrs, les 31e et 32e sections relevant respectivement de l’Institut écologie et environnement (Inee) et de l’Institut des sciences humaines et sociales (Inshs). L’histoire des différentes disciplines archéologiques a conduit à d’autres divisions, qui ne sont pas sans conséquences. Bien que l’association classique entre l’histoire de l’art et l’archéologie domine largement, certaines formations en préhistoire ancienne dépendent de facultés des sciences, tandis que d’autres sont abritées dans des départements d’histoire (Lehoërff 2009).

5Ces répartitions vont inévitablement se renforcer avec le développement de l’archéologie des périodes récentes, qui va dépendre d’autres sections encore. Enfin, parmi d’autres établissements affichant des formations archéologiques, l’École du Louvre occupe une place prépondérante dans la gestion et la valorisation du patrimoine archéologique. Contrairement aux formations universitaires, elle insiste peu sur le terrain, mais met l’accent sur les collections, la muséographie et le mobilier archéologique. Le caractère très encyclopédique de la formation qu’elle délivre répond aux profils souhaités dans les musées, où les concours de recrutement offrent peu de chances aux archéologues sortis de l’université. Cette orientation des concours est également sensible à l’Institut national du patrimoine (Inp), qui a succédé en 2001 à l’École nationale du patrimoine (Enp) comme école d’application des conservateurs du patrimoine, y compris ceux appelés à exercer dans les services régionaux de l’archéologie (Sra). Aucun archéologue illustre n’a d’ailleurs inspiré les noms des promotions, si l’on excepte Prosper Mérimée (1803-1870) et l’imaginaire Henry Jones Jr, alias Indiana Jones. La réussite aux concours primant sur les compétences en archéologie métropolitaine, les critères d’admission justifient d’ailleurs, de manière surprenante, le recrutement d’égyptologues ou spécialistes d’autres civilisations ou régions éloignées, qui ont parfois su s’adapter parfaitement au travail en Sra, et parfois non.

6L’apparente unité masque ainsi une grande diversité qu’on ne peut ignorer. Il s’agit aussi d’un défi à relever, qui amène à repenser la nature des échanges interdisciplinaires non seulement avec les autres sciences humaines, mais aussi avec les sciences naturelles et entre les archéologues, quelle que soit leur spécialité. Pour dresser un état des formations depuis 1979, il nous a donc paru préférable de réfléchir sur la notion de crise dans l’enseignement supérieur en archéologie à travers trois contributions distinctes, la première de caractère général, la seconde ciblée sur l’archéologie médiévale, et la troisième sur l’enseignement de l’archéologie au Muséum national d’histoire naturel.

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Pour citer cet article

Référence papier

Anne Nissen et Haris Procopiou, « Former les futurs archéologues »Les nouvelles de l'archéologie, 157-158 | 2019, 52-57.

Référence électronique

Anne Nissen et Haris Procopiou, « Former les futurs archéologues »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 157-158 | 2019, mis en ligne le , consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/7441 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.7441

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Auteurs

Anne Nissen

Professeure des universités en archéologie médiévale à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Umr 7041 ArscAn « Archéologie et sciences de l’Antiquité » (Cnrs, universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris-Nanterre, ministère de la Culture, Inrap)

Articles du même auteur

Haris Procopiou

Professeure des universités en protohistoire égéenne, responsable du master « Archéologie – Sciences pour l’archéologie » à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Umr 7041 ArscAn « Archéologie et sciences de l’Antiquité » (Cnrs, universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris-Nanterre, ministère de la Culture, Inrap)

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