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AccueilNuméros157-158L’archéologie française à l’étranger

L’archéologie française à l’étranger

40 ans d’informations et d’échanges dans Les nouvelles de l’archéologie. Enjeux actuels
Frank Braemer, Véronique Darras, Sophie Méry, Xavier Gutherz et Pierre-Yves Manguin
p. 26-37

Résumés

Les nouvelles de l’archéologie sont depuis leur première livraison un lieu de réflexion collective et d’échanges sur l’archéologie française à l’étranger : on retrace à travers les livraisons successives l’histoire récente de la recherche, des équipes et des institutions impliquées dans des programmes de recherche extra-métropolitains. Une revue de la recherche par grandes aires géographiques met en relief les évolutions récentes et les enjeux auxquels notre communauté doit faire face.

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Texte intégral

Introduction

Frank Braemer et Véronique Darras

1Depuis 1979, la revue Les nouvelles de l’archéologie est un lieu de rencontre, de communication et de réflexion entre archéologues de toutes appartenances institutionnelles et de toutes catégories professionnelles. Un des éléments majeurs du terreau constitutif de cette belle entreprise collective a été la formidable ambition d’origine d’une « politique éditoriale accordant une place significative à l’information et à la réflexion sur l’évolution législative et institutionnelle de l’archéologie » (Chapelot 2012 : 62), parallèlement à la réflexion méthodologique.

2En réponse au « besoin d’information et de communication » souligné dans l’éditorial du premier numéro (Nda 1979 : 4), l’entreprise inter-institutionnelle a joué pleinement son rôle dans le domaine de l’archéologie à l’étranger, en accompagnant le changement significatif de génération qui s’opérait à ce moment-là parmi les acteurs des organes de gestion, des divers conseils et de la direction des projets scientifiques. Quelques éléments d’histoire de la discipline rappelleront les circonstances de ces changements.

3L’archéologie extra-métropolitaine connaît, dans les années 1970 et au début des années 1980, un développement considérable. Un nombre croissant de projets répondent à des appels d’offres internationaux lancés dans le cadre de la construction des grands barrages en Égypte, au Soudan, en Turquie, en Irak et en Syrie. Cet accroissement est continu : « le ministère des Affaires étrangères finançait 17 missions dans les années 1960, une centaine en 1970, 160 en 1990 et a traité 220 demandes en 1998 » (Jacq 2000 : 5) ; en 2018, 159 projets ont été financés dans 78 pays pour 193 demandes. Ce mouvement s’est accompagné, au Cnrs, d’une vague de recrutements de nouveaux directeurs de mission qui marquait la fin du système de concessions à perpétuité des années 1960.

4Ce développement a été, pour une part non négligeable, structuré par un réseau de 28 équipes fédérées au sein du Centre de recherches archéologiques créé en 1974 au sein du Cnrs, un système que les critiques n’ont pas épargné mais qui a vécu jusqu’au milieu des années 1990. Nombre des grands projets de recherche à l’étranger ont été développés dans ce cadre, mis en place à la suite de la Note sur la réforme de la recherche archéologique en France rédigée en 1968 par Henri Seyrig (1895-1973). En 1985, Les nouvelles en ont publié la seule version publique, avant un article sur les circonstances de sa rédaction (Seyrig 1985 [1968] ; Huot 1985a). Dans le cycle institutionnel actuel, engagé au milieu des années 1990, c’est la structuration par site qui prévaut dans le cadre d’une trentaine de puissantes unités mixtes de recherche (Umr) multidisciplinaires, qui accueillent des personnels de tous les organismes et ministères, les groupements de recherche (Gdr) assurant le rôle indispensable de réseaux disciplinaires.

5Dès le premier numéro des Nouvelles, Serge Cleuziou (1945-2009) inaugurait, avec la question de « l’archéologie du pétrole ? » dans le golfe, une série régulière d’articles très synthétiques sur la recherche en cours dans les diverses zones géographiques (Cleuziou 1979). Sa description succincte et sans détour des circonstances économiques, politiques et diplomatiques entourant l’ouverture des champs de recherche a donné le ton d’une série où figurent le Pakistan (Jarrige 1979), le Mexique (Taladoire 1980), la Nouvelle-Calédonie (Berthoud 1980), l’Inde (Gaillard & Misra 1982), la Polynésie (Chazine 1984), le Proche-Orient (Huot 1985b ; Cleuziou 1985), l’Afrique (Bernus 1985), l’Amérique Latine (Lavallée 1985).

6L’organisation de la recherche à l’étranger a également été décrite, en Italie (Grifoni Cremonesi 1983 ; La Regina 1983 ; Gras 1985), en Espagne (Fernández Miranda 1983), en Grande-Bretagne (Corbishley 1984 ; Young 1985), au Portugal (Alarcao & d’Encarnaçao 1985), avant un dossier sur la préhistoire aux États-Unis (Nda 22, 1986).

7Il faut ajouter à ces contributions la description de l’organisation administrative de l’archéologie au ministère des Affaires étrangères (Perlès 1982), ainsi que des prises de position au Colloque national sur la recherche et la technologie (Cleuziou, Lavallée & Jarrige 1981) puis aux Journées nationales de la recherche archéologique (Perlès, Lavallée & Le Roy 1982).

8L’article consacré au départ de Philippe Guillemin, à qui l’on doit la création de la sous-direction des sciences sociales et humaines à la direction de la coopération du ministère des Affaires étrangères et qui fut un ardent défenseur d’une véritable politique de la recherche au sein de ce ministère, met en lumière quelques facteurs majeurs de l’essor de l’archéologie française à l’étranger pendant ces quinze années : la continuité de l’action – alors que les directions au Cnrs et à la Culture changeaient fréquemment de titulaires qui n’avaient guère le temps de renouveler la politique de la recherche en archéologie ; le maintien de financements élevés, permettant non seulement de doter les missions de terrain mais aussi de confier à l’Association pour la diffusion de la pensée française (Adpf) l’édition et la diffusion d’ouvrages en sciences humaines dans une nouvelle collection, « Recherches sur les civilisations », déclinée en trois séries – Cahiers, Mémoires et Synthèses ; l’exigence de la formulation d’objectifs scientifiques dans les projets de recherche ; et, enfin, l’ouverture de nouveaux champs géographiques. C’est dans le même esprit que les instituts français à l’étranger ont été multipliés. La continuité et la clarté de cette politique ont permis d’ouvrir un « champ de recherches différent de celui des grandes civilisations orientales classiques, et souvent plus novateur dans ses méthodes », et surtout de le faire changer d’échelle.

9Dans le dossier sur l’archéologie française à l’étranger paru dans le numéro 20, un article anonyme donne des informations administratives sur le ministère, la commission des fouilles et les instituts à l’étranger, ainsi que la liste des missions, les financements. La description vivante et détaillée de ce qu’est un projet de recherche, et de ce qu’est sa réalisation, sorte de manuel de base sur « l’archéologie à l’étranger, comment faire ? », pourrait être repris tel quel, à l’anachronisme près, dans la formation des étudiants (Nda 1985) ! Dans son introduction, Serge Cleuziou pointe l’inégalité des moyens accordés aux projets à l’étranger par rapport aux projets métropolitains, en faveur des premiers, qu’il explique par des différences sensibles dans le financement, la gestion et le pilotage de la recherche programmée aux ministères de la Culture et des Affaires étrangères. Ce déséquilibre, qui provoquait une certaine incompréhension entre chercheurs métropolitains et extra-métropolitains, ne l’empêche pas de défendre « le nécessaire accroissement du patrimoine scientifique de l’humanité [qui] oblige à explorer l’ensemble des mondes habités, à intervenir partout où ce patrimoine est menacé de disparition… Faire de l’archéologie à l’étranger est une nécessité pour la science, au même titre que l’étude des glaces de l’Arctique », réalité qu’il est toujours bon de rappeler (Cleuziou 1985a ; Demoule 2018). Par ailleurs, il insiste sur la distinction indispensable entre recherche sur le patrimoine et gestion du patrimoine. C’est cette distinction qui régit pour une bonne part les conditions et la nature de la coopération avec les pays ; mal définie, elle est souvent source et risque de malentendus. « Si la recherche reste prioritaire, il convient d’ajuster cet impératif à la demande, en quelque sorte payer d’une assistance technique un accès au terrain scientifique ».

10En France même, la concurrence sourde mais avérée qui oppose la direction des sciences humaines au Cnrs et la sous-direction de l’archéologie au ministère de la Culture reflète en partie ces malentendus. Le réexamen régulier de la diversité des demandes émanant des pays étrangers, l’actualisation des réponses que nous pouvons y apporter en tant que scientifiques, sont des impératifs : par exemple, les grands projets d’aménagements de sites, prévus parfois à l’échelle régionale pour accueillir le tourisme de masse, les phases de reconstruction post-conflits ou le développement urbain et agricole exigent la mise en œuvre d’une archéologie préventive que les équipes de chercheurs ne sont pas toujours en mesure d’assumer. Bien évidemment, il faut continuer à répondre aux propositions de coopération scientifique et de formation, en visant à la constitution d’un système de recherche autonome dans les pays concernés : l’évolution des modes de coopération avec nos collègues turcs en est un bon exemple (Kasbarian 2012).

11À partir de 1986, l’archéologie à l’étranger est moins régulièrement abordée dans Les nouvelles, avant de connaître un regain significatif depuis le changement de direction intervenu à la tête de la revue : après deux dossiers sur l’archéologie de l’Asie du Sud-Est (Jarrige 2003, Santoni 2005) et un sur la préhistoire de l’Algérie (Aumassip 2003), un double numéro présente la coopération archéologique française en Afrique en préhistoire et protohistoire (Paris 2010). D’autres volumes d’ampleur équivalente traitent de l’implication croissante des services régionaux de l’archéologie et de l’Inrap dans les départements français d’Amérique (Rostain & Vidal 2007), de l’archéologie française dans les Amériques (Rostain 2008), de l’archéologie en situation coloniale (Galitzine-Loumpet, Gorshenina & Rapin 2011 ; Nda 2012) – d’autres leur faisant écho plus récemment, sur le monde boréal (Alix, Averbouh & Karlin 2015) ou sur « la possibilité des îles » (Ravoire 2017). Enfin, après un dossier historiographique sur les archives de l’archéologie française à l’étranger (Bellon & Rohfritsch 2016) et pour la première fois dans l’histoire des Nouvelles, une réflexion pluridisciplinaire s’engage sur l’impact anthropique ancien dans la forêt tropicale humide en Afrique, en Amazonie et en Asie du Sud-Est (Rostain, Saulieu & Salpeteur 2018).

L’archéologie française dans les Amériques

Véronique Darras

  • 1 Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, organisme aujourd’hui remplacé par l’In (...)
  • 2 Créée en 1975 par Annette Laming-Emperaire (1917-1977) sous l’intitulé « Art rupestre d’Amérique du (...)

12Il y a 35 ans, Danièle Lavallée soulignait à quel point l’archéologie française dans les Amériques souffrait d’un problème de reconnaissance par les tutelles scientifiques nationales mais aussi par les autres archéologies, qui l’identifiaient comme une discipline exotique voire marginale, plus proche de l’ethnologie que de la préhistoire (Lavallée 1985). L’état des lieux dressé à cette occasion dévoile une archéologie vulnérable en raison de ses faibles effectifs, de la politique des tutelles et de sa place modeste au sein de la Commission consultative des fouilles à l’étranger, alors principale source de financements. Ceci étant, elle apparaît malgré tout représentée dans plusieurs formations du Cnrs, à l’Orstom1, au Muséum national d’histoire naturelle (Mnhn), à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess), et elle bénéficie d’une chaire à l’université Paris 1. En 1985, cette archéologie affiche une identité latino-américaine. Bien qu’intervenant dans sept pays, les neuf missions sont principalement réparties dans les deux aires culturelles où la France dispose d’Instituts fournissant l’appui logistique, l’aire andine et la Mésoamérique, et ne représentent que 10 % des crédits alloués par la Commission. Un clivage thématique très net entre ces deux aires est par ailleurs à noter, les recherches au Mexique traitant des « grandes civilisations », tandis que celles sur le continent sud-américain se dédient aux premiers peuplements. Enfin, et malgré les déconvenues survenues au Brésil2, la préhistoire française apparaît comme un fer de lance solidement implanté au Pérou et au Chili, grâce à un engagement actif dans la formation de jeunes chercheurs latino-américains. Il s’agit d’une archéologie reflétant la méthodologie française, très ancrée dans les réseaux locaux et soucieuse d’accompagner les pays hôtes dans le développement de leur archéologie nationale, tout en exprimant une impuissance face aux demandes des pays les plus précaires. Qu’en est-il aujourd’hui ?

13Un retour sur ce bilan montre que la configuration de l’archéologie française sur le double continent américain a fortement évolué. Ces évolutions sont liées à la fois à celles des politiques scientifiques des pays hôtes mais aussi de la France et à la diversification des acteurs (fig. 1).

Fig. 1. Carte des projets français dans les Amériques en 2019 (hors Outre-mer).

Fig. 1. Carte des projets français dans les Amériques en 2019 (hors Outre-mer).

© Sylvie Eliès – ArchAm.

14Les grandes nouveautés sont l’ouverture vers d’autres aires culturelles, en particulier vers les régions arctiques et le monde amazonien, la création de ponts entre les archéologues de l’outre-mer, c’est-à-dire de l’espace caribéen, et les américanistes du continent, la consolidation de la présence en Mésoamérique et en Amérique du Sud. Une moins bonne nouvelle est la déshérence de la préhistoire française dans le monde andin, toutefois pondérée par son regain dans le bassin amazonien où plusieurs missions se sont développées au cours de la dernière décennie.

15Ces évolutions ont été rendues possibles grâce à des recrutements au Cnrs, au Mnhn et dans les universités, où on note une diversification des pôles d’enseignement, en particulier à Paris-Sorbonne, au Mnhn, à l’École du Louvre ainsi qu’à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et, entre 2014 et 2018, à l’université Rennes 1. Toutefois, si ces transformations se sont traduites par la création de postes d’enseignants-chercheurs (trois à Paris 1, deux à Paris 4), les effectifs Cnrs sont identiques à ceux de 1985, dix chercheurs actifs seulement se consacrant au continent américain. Un fait marquant est le regroupement de la majorité d’entre eux au sein de l’Umr 8096 « Archéologie des Amériques », qui trouve son unité autour de questionnements communs sur les systèmes de peuplement et les formes d’organisation sociale et politique notamment.

16Les interventions dans de nouvelles aires culturelles ont aussi été favorisées par la Commission consultative des fouilles. Le continent américain a été en effet le premier à bénéficier de l’appel d’offre mis en place en 2013 par le ministère des Affaires étrangères et du développement international (Maedi) pour financer des missions dirigées par des jeunes chercheurs ne bénéficiant pas d’un poste statutaire. L’effort s’est ensuite poursuivi grâce à l’initiative de l’Institut français d’Amérique centrale (Ifac) dans cette région. En 2019, 20 missions réparties dans 12 pays ont pu être financées, ce qui représente un net progrès par rapport à 1985, même si l’Amérique ne représente toujours que 13 % des missions financées et 10,8 % du total des crédits alloués.

17Quoiqu’il en soit, la Commission consultative des fouilles n’apparaît plus comme la source principale de financement, toutes les missions fonctionnant avec des cofinancements nationaux au titre de l’Agence nationale de la recherche (Anr), des laboratoires d’excellence (Labex), des Projets exploratoires premier soutien (Peps) du Cnrs, etc., et avec des apports de différente nature des pays-hôtes. De même, certains projets collaboratifs fonctionnent indépendamment de la Commission des fouilles. La logique de coopération internationale soulignée par Danièle Lavallée s’est aussi systématisée dans tous les pays d’Amérique latine, avec une implication croissante des institutions et chercheurs locaux. La mise en place de programmes conjoints et de formations au niveau de l’enseignement et de l’encadrement doctoral souligne cette coopération.

18Enfin, dans plusieurs pays d’Amérique latine, la pratique de l’archéologie s’appuie toujours sur la logistique fournie par le Centre d’études mexicaines et centro-américaines (Cemca) et l’Institut français d’études andines (Ifea), rattachés au réseau international des unités mixtes des 27 instituts français de recherche à l’étranger (Umifre), qui sont sous la cotutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (Meae) et du Cnrs.

19Bref, depuis 1985, le paysage de l’archéologie française dans les Amériques a gagné en cohérence et en vitalité mais les inquiétudes exprimées par Danièle Lavallée restent d’actualité : ce dynamisme fragile n’aura d’avenir que si la politique volontariste conduite ces vingt dernières années s’inscrit dans la durée.

L’archéologie française au Proche et au Moyen-Orient

Frank Braemer

20En 1985, les Nouvelles publient un article de Jean-Louis Huot, alors professeur à Paris 1 et directeur de la délégation archéologique française en Irak, sur « Les aléas de la recherche dans la situation proche-orientale » (Huot 1985b), avant une analyse critique du Rapport de conjoncture du Comité national du Cnrs (Cleuziou 1985b) : deux visions de la recherche reflétant un changement de génération…

21Jean-Louis Huot, acteur de la mutation de l’organisation dans les années 1970, dresse, avec réalisme et l’humour distancié qui le caractérise, le tableau d’un système fonctionnant dans un esprit de bricolage institutionnel et administratif particulier ! Le dispositif de recherche et les personnes constituent un « ensemble d’une grande souplesse » jouant sur des formules administratives multiples, financé par le ministère des Affaires étrangères (mission, mission permanente, institut, délégation) : « chaque formule a ses avantages et ses inconvénients [...], le va-et-vient le long de l’échelle de ces “statuts” n’est pas rare [mais], heureusement les directeurs de ces formules se connaissent, et les liens personnels pallient l’absence voulue de relations structurelles ». Ce dispositif intervient dans un contexte culturel régional bien spécifique : en terres d’Islam, on ne peut que constater « la remarquable absence d’intérêt du monde musulman pour ce qui n’est pas lui ». Il faut donc se féliciter de l’attitude paradoxale « de pays qui, dans un monde de moins en moins tolérant, autorisent la présence de missions archéologiques étrangères sur leur sol », alors que la réciproque n’est pas assurée : « si une mission iraquienne voulait fouiller Alésia… lui en donnerait-on l’autorisation ? ». C’est bien le développement économique de ces pays, et notamment la construction des grands barrages sur le Nil, le Tigre et l’Euphrate, qui a poussé à la coopération internationale au Proche et au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la France, bien qu’affirmant disposer « d’un statut et de moyens “que le monde entier nous envie”, selon la formule qu’on applique aussi, de temps à autre, à la Sncf ou l’école maternelle », met en œuvre des moyens analogues à ceux des autres pays occidentaux ! Huot conclut en prédisant que « les principaux problèmes auxquels sera confronté l’archéologie française en Orient seront la recherche de mécénats et la diffusion des résultats auprès du grand public français qui finance la totalité de ses travaux par le biais de ses impôts tout en les ignorant à peu près complètement. » La prédiction se vérifie aujourd’hui puisque le ministère exige maintenant des cofinancements !

22Le tableau général dressé dans le Rapport de conjoncture du Comité national du Cnrs donne la vision d’une nouvelle génération de chercheurs installés dans des laboratoires créés à la fin des années 1970. On retiendra la synthèse des acquis scientifiques de la décennie 1975-1985, période par période, acquis assez remarquables par le nombre de projets et d’opérations de terrain, le renouvellement des problématiques (néolithisation et urbanisation en particulier) dans un contexte de concurrence internationale exacerbée par les appels d’offres sur les grands barrages. Le cri d’alerte sur la faiblesse du dispositif de recherche, l’éparpillement des équipes dans des structures de taille trop réduite (Recherche coopérative sur programme –Rcp, Laboratoire associé – La, Équipe de recherche – Er, Unité de recherche archéologique – Ura) créées autour d’un programme de terrain et mobilisant des personnels pour partie payés sur les crédits de fouille, la nette insuffisance des investissements dans le domaine des études environnementales et des analyses physico-chimiques devenues la norme internationale, a certainement été à l’origine d’une prise de conscience des institutions. C’est cette alerte qui aboutit à la fin des années 1980 et au début des années 1990 à la création d’équipes plus larges et diversifiées, aux conditions de travail renouvelées, qui occupent aujourd’hui encore une place centrale dans la discipline. Actuellement, la recherche est menée par 43 missions réparties sur 11 pays.

23La concurrence internationale induite par la diplomatie d’influence est une constante qui se manifeste en particulier dans la recherche de terrains nouveaux, susceptibles de modifier les données acquises. Une seule mission explicitement syro-européenne a été établie en Syrie en 1992. L’étiquette nationale reste donc la norme. Depuis 1998, les archéologues du Proche et Moyen-Orient se rencontrent régulièrement en congrès : en 2018, ils étaient 800, de 40 nationalités différentes, à participer à la 11e édition de l’International Congress on the Archaeology of the Ancient Near East (Icaane), réunie à l’université de Munich en Allemagne. La coopération au sein de programmes sur financement nationaux ou européens aboutit à de nouvelles synthèses régionales fondées sur une archéologie spatiale alimentée à la fois par les résultats de fouille de sites, des prospections intensives (à l’exemple de celle initiées sur les zones des grands barrages), des séries de datations et sur les études environnementales (par exemple sur l’impact des événements abrupts). Le projet ARCANE de synchronisation des chronologies de la mer Egée à l’Iran en est un bon exemple. Dans ce contexte, la France occupe une place tout à fait significative par le nombre d’opérations de recherche et par leurs résultats.

24En évoquant les « problèmes locaux » et les « aléas » de la recherche en archéologie orientale, Jean-Louis Huot et Serge Cleuziou ne pouvaient évidemment pas imaginer, malgré les exemples libanais et afghan, la situation de chaos et de guerres « post-Septembre 2001 » en Irak, en Syrie et au Yémen (fig. 2). Quand elles n’ont pas arrêté leurs activités de terrain pour se consacrer à la publication, les équipes, parfois recomposées, ont dû construire de nouveaux projets déployés sur d’autres zones : le Kurdistan irakien a été une destination privilégiée à partir de 2012. Les conditions d’une reprise des activités dans le sud de l’Irak sont réunies depuis 2017-2018. Dans cette période mouvementée, la continuité de la présence et de l’action à l’échelle régionale assurée par l’Institut français du Proche-Orient, l’Institut français d’études anatoliennes, l’Institut français de recherche en Iran et le Centre français d’archéologie et de sciences sociales est déterminante pour maintenir les contacts locaux et coordonner les projets de terrain. Les pays du Proche-Orient ne sont pas des exemples de démocratie : Mathias Enard (2015), dans un article sur la Syrie et l’accueil des réfugiés, nous a rappelé crûment que nous ne pouvions faire mine d’ignorer les situations politiques générales très concrètes dans lesquelles nous travaillons et les questions morales qui se posent à nous, individuellement ou collectivement. Personnelles ou collectives, les initiatives de solidarité ont été nombreuses dès le début des guerres en Irak, en Syrie et au Yémen. Mais, à l’échelle française, nous n’avons pas su exercer une pression suffisante sur les pouvoirs publics pour qu’ils mettent en place un programme collectif consistant sur les archives scientifiques du Proche-Orient en France ; il a fallu attendre janvier 2017 pour que soit instauré le Programme national d’aide à l’accueil en urgence des scientifiques en exil (Pause)3, qui accorde des financements incitatifs aux établissements d’enseignement supérieur et aux organismes de recherche publics projetant d’accueillir des scientifiques en situation d’urgence et les accompagne dans leurs démarches ; et la participation française à l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (Aliph) n’est effective que depuis 20184. Nous n’aurons pas la cruauté de faire la comparaison avec les actions réalisées par l’Allemagne, les États-Unis ou la Grande-Bretagne. La réflexion engagée sur « l’archéologie des conflits » doit bien évidemment se poursuivre (Bessenay, Herr & Mura 2019). Dans un avenir sans doute pas très éloigné, nous serons confrontés à des appels d’offres lancés dans le cadre de la reconstruction ou à des aménagements de grande ampleur. Des grands projets incluant des chercheurs étrangers ont déjà été initiés à Beyrouth au Liban, à Mostar en Bosnie, aujourd’hui à Mossoul en Irak. D’autres, conduits à Jerash et Petra en Jordanie, à Al Aïn dans l’émirat d’Abou Dhabi, à Al-‘Ula en Arabie Saoudite, seront vraisemblablement prolongés. Une réflexion prospective de notre communauté de chercheurs sur ces sujets me paraît indispensable : une suggestion pour un futur numéro des Nouvelles ?

Fig. 2. Doura Europos, Syrie. Vue des pillages sur le site en 2018.

Fig. 2. Doura Europos, Syrie. Vue des pillages sur le site en 2018.

© Google Earth.

Le cas particulier des Émirats arabes unis

Sophie Méry

25Dans un contexte géopolitique oriental qui, depuis 40 ans, a connu et connaît encore de nombreux soubresauts, les pays du Golfe persique et le sultanat d’Oman se sont développés pour l’essentiel dans un contexte stable.

26Afin d’inscrire durablement leur identité dans un narratif plus large que celui du seul monde musulman, ces pays financent des missions archéologiques travaillant sur toutes les périodes, y compris la préhistoire la plus ancienne, notamment au sultanat d’Oman (sites du Dhofar) et dans l’émirat de Sharjah (Fayah). En parallèle, ils cherchent aussi à mettre en valeur, et ouvrent au public, des sites antérieurs à l’avènement de l’Islam, y compris des sites chrétiens comme c’est le cas dans l’émirat d’Abou Dhabi (monastère de Sir Bani Yas) et au Koweit (église d’Al Qusur).

27Nous détaillerons ici l’exemple de l’archéologie française aux Émirats arabes unis (Eau), dont les travaux n’ont jamais été interrompus depuis 1977 grâce aux financements du Maedi, au concours du Cnrs et au soutien de l’Ambassade de France à Abou Dhabi. C’est la mission étrangère qui a le plus longtemps travaillé à ce jour dans le pays, la coopération archéologique franco-émirienne étant servie par la volonté d’ouverture des autorités des Eau, dans le cadre de conventions avec la plupart des musées et départements des antiquités locaux.

28La situation décrite par Serge Cleuziou (1979) dans son premier article pour Les nouvelles de l’archéologie correspondait à la première grande phase de structuration de l’archéologie dans ce pays, depuis la fin des années 1950. Or, les fouilles s’y sont surtout développées à partir de 1985, avec un essaimage notamment des équipes françaises, à partir de l’émirat d’Abou Dhabi vers celui de Sharjah (Rémy Boucharlat puis Michel Mouton), mais aussi d’Umm al-Quwain (Rémy Boucharlat puis Olivier Lecomte), et de Ra’s al-Khaimah (Claire Hardy-Guilbert). Les Français ont interrompu leurs travaux en 1985 à Al Aïn (émirat d’Abou Dhabi), avant de relancer des recherches de terrain de 1997 à 2006 (Sophie Méry). En 1998, les équipes encore actives sur le terrain, à Al Aïn et à Sharjah, se sont regroupées, ce qui a permis une mutualisation plus qu’utile des moyens financiers et de certains personnels, et surtout l’émergence de recherches transverses, centrées autour du paléo-environnement et des matériaux, notamment céramique, et entreprises, si ce n’est à l’échelle du pays tout entier, à celle de plusieurs de ses régions. Ce regroupement a favorisé une grande réactivité quant au développement de nouvelles recherches – sur l’âge du Fer à Fujairah par Anne Benoist, en 2000, puis par Vincent Charpentier en 2002 –, en fonction des opportunités de coopération qui se dessinaient et de l’intérêt scientifique des terrains. Il permet aussi de coordonner activement le soutien aux jeunes chercheurs. Les principaux thèmes explorés par les archéologues français concernent l’apparition des premières sociétés productrices au Néolithique, la création des oasis agricoles à l’âge du Bronze, le développement de la métallurgie, l’émergence des courants d’échanges et des réseaux à différentes échelles. Douze sites, parmi les plus importants connus actuellement aux Eau, ont été fouillés depuis 1977 dans le cadre de la Coopération franco-émirienne, avec des équipes qui comptent nombre de collaborateurs d’autres pays, en premier lieu arabes, mais aussi européens et britanniques.

29Vieux de 125 000 ans, le passé des Émirats est caractérisé par une continuité de l’occupation humaine depuis la préhistoire récente (6 000-5 500 cal BC). C’est aussi une région où des modèles interprétatifs alternatifs à ceux de l’Out Africa, mais aussi de la Néolithisation, ont été développés. Dans l’élaboration de ces modèles, la coopération franco-émirienne a été souvent précurseur : tel est le cas de l’agriculture oasienne aux âges du Bronze et du Fer, ou de l’implantation de communautés nomades culturellement proches des Nabatéens, vers 300 cal BP, qui vont développer le transport caravanier aux alentours de l’ère chrétienne (le dromadaire aurait été domestiqué à Mleiha, d’après nos collègues allemands). Ce fut aussi le cas dans d’autres domaines, avec la découverte des plus anciennes pêches aux perles fines au monde, par des pêcheurs quasi-sédentaires (mangrove d’Umm al Quwain, 5 500-5 300 cal BC) ; la définition d’un âge du Fer (1 300-300 cal BC), caractérisé notamment par le développement de systèmes d’adduction d’eau souterrains ; la caractérisation de l’âge du Bronze ancien et de son apogée de 2 500 à 2 200 cal BC : marquée par l’intensité des échanges avec la Mésopotamie, le Béloutchistan et les civilisations de Dilmoun et de l’Indus, elle est suivie d’une réorganisation de fond à l’âge du Bronze ancien qui est probablement en lien avec l’aridification du piémont occidental vers 2 200-1 900 cal BC. Aujourd’hui, les archéologues français travaillent à Fujairah sur l’âge du Bronze récent, encore très mal connu aux Émirats.

30C’est grâce aux efforts continus et substantiels du ministère des Affaires étrangères que la coopération franco-émirienne a pu se développer sans à-coups, même si les sources de financement sont vouées dans le futur à se diversifier de plus en plus. Depuis la fin des années 1970, les résultats de ces travaux sont valorisés dans les nombreux musées locaux et, bien que le musée universel du Louvre Abou Dhabi ne soit pas dédié à l’archéologie locale, des objets issus des fouilles franco-émiriennes y ont harmonieusement trouvé leur place dans les collections permanentes et les expositions temporaires. En 2017, un bilan de la coopération archéologique franco-émirienne a été proposé au grand public, sous la forme d’une exposition de 4 mois au musée archéologique de Sharjah. Une centaine d’objets archéologiques, datés du Néolithique à la Période islamique, a été sélectionnée par une dizaine d’archéologues de la Mission archéologique pour faire connaître aux Émiratis et aux touristes étrangers le passé d’un pays où les premières fouilles archéologiques remontent à la fin des années 1950. Un catalogue illustré trilingue – français, anglais, arabe – accompagnait cette exposition dont l’Ambassade de France à Abou Dhabi et le Centre français d’archéologie et de sciences sociales (Cefas) du Koweït étaient partenaires.

31Ces dernières années, les travaux sur la protohistoire s’orientent de plus en plus vers le paléo-environnement, ce pays sub-aride à aride servant de laboratoire pour étudier l’évolution du tracé de côte en domaine sableux, à partir du Dryas III jusqu’au Northgrippien inclus. Face à la remontée prochaine du niveau du Golfe persique, les résultats de ces recherches ne seront pas sans conséquences, notamment sur le plan de l’économie touristique. Sur les côtes, les archéologues sont en effet sous la pression croissante d’un développement urbain et industriel ultra rapide. Grâce aux crédits alloués par les Affaires étrangères et l’Anr, ils poursuivent des travaux de documentation et de prélèvements qui ne sont pas sans rapport avec l’archéologie préventive. Les niveaux stratifiés remontent à 7 500 BP, voire à 8 000 BP, en contexte d’amas coquilliers dus aux pêcheurs, collecteurs et pasteurs du Néolithique moyen régional. La pression va s’amplifier encore avec le nouveau projet de voie ferrée entre les principales villes émiriennes et la multiplication des réseaux autoroutiers. Des archéologues, pas assez nombreux, suivent au moins certains de ces projets qui, à ce stade, ne semblent pas entrer dans le cadre d’une programmation scientifique articulée.

32Autre trait caractéristique de la période récente, la politique archéologique se différencie de plus en plus selon les émirats. Les émirats du Nord poursuivent leur politique de coopération avec accueil de missions archéologiques étrangères – allemandes, britanniques, espagnoles et françaises – et financement généralement mixte. La part dévolue par chaque émirat est extrêmement variable – leur budget propre également, on le sait –, mais elle permet un travail dans des conditions convenables ou bonnes, selon les cas.

33La politique de l’archéologie a changé dans l’émirat d’Abou Dhabi, avec un vaste projet de valorisation touristique en cours dans la région d’Al Aïn impliquant la création de deux équipes locales – une “émiratisation” qui consiste, pour l’instant, en l’encadrement d’archéologues locaux par des archéologues étrangers –, l’une dans la région d’Al Aïn, l’autre entre les frontières avec Dubaï et le Qatar. Cet émirat engage sur contrat local et à titre individuel des archéologues étrangers dans ses propres projets. Les archéologues français du Cnrs œuvrant aux Émirats arabes unis ont plusieurs fois offert de contribuer à un enseignement de l’archéologie du Golfe, mais cette proposition, qui serait pourtant des plus bénéfiques au vu de leur longue expérience, ne s’est pour l’instant pas concrétisée.

34Dans l’émirat de Dubaï, la politique archéologique est essentiellement centrée sur le projet d’Exposition universelle 2020, avec d’énormes moyens financiers dévolus à la fouille de Saruq al-Hadid – un site de pèlerinage en plein désert dont les trouvailles sont principalement datées de l’âge du Fer –, fouille à laquelle contribuent plusieurs équipes étrangères dans le cadre de contrats locaux. Un musée dédié à ce site a ouvert en 2016 dans le quartier de Shindagha de la ville de Dubaï pour présenter une partie des objets les plus spectaculaires qu’il a livrés, notamment ceux en or et autres métaux précieux.

35Pour autant, on regrettera que, faute d’un enseignement universitaire spécifique et malgré les efforts des archéologues auprès de différents publics (ateliers pour les écoliers, journées portes ouvertes et visites de sites ou de musées, conférences, expositions, articles de presse, passages à la télévision, etc.), l’archéologie des Émirats arabes unis reste aujourd’hui mal connue, de leurs habitants comme à l’extérieur.

L’archéologie française en Afrique aujourd’hui

Xavier Gutherz

36L’Afrique a été évoquée à plusieurs reprises dans les colonnes des Nouvelles de l’archéologie, à travers un dossier coordonné par Ginette Aumassip (2003) et une suite pilotée par François Paris (2010) et Véronique Blanc-Bigeon (2011a et b). Toutefois, les deux derniers ouvrages de synthèse consacrés aux missions archéologiques françaises à l’étranger remontent à 2004 et 2005. Il faut donc à présent se référer à l’ouvrage collectif dirigé par François-Xavier Fauvelle (2018), L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe, pour avoir une vision large des travaux les plus récents, entre 20 000 ans avant notre ère et le xviie siècle. La problématique adoptée dans cet ouvrage est aussi, et surtout, d’apporter les matériaux archéologiques, historiques et artistiques qui redonnent à ce continent sa place éminente, trop longtemps occultée, dans l’histoire mondiale. De fait, la dernière décennie aura été pour l’archéologie française en Afrique une période de renouvellement sensible des connaissances, le renouvellement concomitant des méthodes ayant nettement favorisé cet essor. À travers une brève évocation de quelques exemples significatifs, nous allons illustrer ce constat.

  • 5 Mission paléoanthropologique Franco-Sud-Africaine.
  • 6 Human Origins in Namibia.
  • 7 Mission préhistorique au Kenya.

37Un nouveau pas est désormais franchi dans la quête de sites qui rebattent les cartes sur la question des origines de l’humanité. Après des décennies de travaux focalisés sur le rift Est-africain, dans lesquels la France tenait largement sa place, c’est à présent l’Afrique australe qui offre d’intéressantes perspectives. Les conditions de gisement du désormais célèbre Little Foot (Australopithèque plus ancien que Lucy, daté à 3,7 MA) ont permis de comprendre que les terrains karstiques érodés d’Afrique du Sud, du Botswana et de Namibie pouvaient recéler les ossements fossiles les plus à même de nous faire progresser sur la question. Ainsi, pour faire suite aux découvertes de Michel Brunet au Tchad, la Rift Valley n’apparaît désormais plus comme la seule zone d’émergence des Australopithèques. Ce sont des Français qui dirigent les missions Kromdrei et MPFSA5 en Afrique du Sud, HoN6 en Namibie, ou MpK7, qui a récemment identifié le plus ancien outillage de pierre connu (3,3 MA).

  • 8 Premières sociétés de production dans la Corne de l’Afrique.
  • 9 Volcanological & Archaeological Program for Obsidian Research.
  • 10 Mission archéologique en Namibie.
  • 11 Sépultures Sénégal.

38Pour des périodes plus récentes, plusieurs programmes interdisciplinaires explorent les liens entre l’évolution des pratiques sociales et économiques et les fluctuations climatiques : projet Pspca8 à Djibouti, Vapor9 Afar et Late Stone Age en Éthiopie, programme de l’Institut français d’archéologie orientale (Ifao), peuplement de l’oasis de Kharga en Égypte, projet MaNam10 en Namibie. Ces travaux confortent désormais l’idée selon laquelle l’entrée de l’Afrique dans une économie de production s’est déroulée selon des scénarios bien différents de celui connu à travers le modèle proche-oriental (fig. 3). Les recherches sur l’art rupestre holocène, interrompues depuis plusieurs années pour des raisons de sécurité dans les massifs centraux sahariens, se déploient à présent dans la Corne de l’Afrique et en Afrique australe : sites ornés du Somaliland et de Djibouti (programme Pspca), art rupestre dans le massif des Matobo, à l’ouest du Zimbabwe (programme Matobart). Renouveau aussi pour l’étude du mégalithisme protohistorique africain, notamment au Sénégal (projet SepSen11) ou en Éthiopie, avec la mission de prospection archéologique autour du lac Abaya. La France est toujours bien présente au Soudan grâce à l’appui de la section française de la direction des antiquités qui conjugue recherche, conservation, activité muséale et formation, avec plusieurs programmes en cours dans l’île de Saï, sur le Nil, entre les deuxième et troisième cataractes du Nil, à Sedeinga, sur la rive gauche du fleuve à une trentaines de kilomètres, et à Kerma. L’activité de recherche archéologique en Afrique centrale est a contrario en grande difficulté en raison des conflits qui l’embrasent, du Nord Cameroun à la République du Congo ou à la Centrafrique, où aucun projet accrédité par le ministère des Affaires étrangères n’a pu se mettre en place ces dernières années. De fait, la recherche française, qui a connu des périodes plus fastes dans la forêt équatoriale, y est aujourd’hui quasi inexistante, le vivier des chercheurs s’étant tari peu à peu, faute de renouvellement ou de recrutement.

Fig. 3. Sépulture à plateforme d’Antakari 3 (Djibouti), 2 500 BC : vue lors de la fouille .

Fig. 3. Sépulture à plateforme d’Antakari 3 (Djibouti), 2 500 BC : vue lors de la fouille .

Programme « Premières sociétés de production dans la Corne de l’Afrique », dir. Jessie Cauliez, coresponsable de l’équipe « Préhistoire récente du Bassin méditerranéen », rattachée au pôle Afrique « Histoire et archéologie africaine » de l’Umr 5608 Traces « Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés » à l’université Toulouse Jean-Jaurès.

© PSPCA.

39À ce propos, il serait regrettable que les centres français d’appui à la recherche, mis en péril pour des raisons budgétaires, ne puissent se maintenir. On ne louera jamais assez le rôle majeur qu’ils jouent dans le dispositif de recherche et en tant qu’interface avec les pays hôtes.

40La place manque ici pour poursuivre l’évocation des missions nouvelles ou en cours qui concernent la protohistoire, l’histoire antique et l’histoire médiévale. Rappelons cependant que la France est toujours bien présente en Égypte à travers une dizaine de projets couvrant toutes les périodes depuis le Néolithique ou le Prédynastique, et que de nouveaux projets concernent l’Afrique médiévale : dirigée par Claire Bosc-Tiesse et Marie-Laure Derat, la mission « Lalibela, archéologie d’un site rupestre » s’intéresse à la christianisation et au contrôle politique de l’Éthiopie centrale aux xiie et xiiie siècles tandis qu’au Nigeria, Gérard Chouin et Adisa Ogunfolakan, directeurs de la mission archéologique d’Ife-Sungbo, étudient la chronologie de l’urbanisation et des dynamiques socio-politiques dans les forêts d’Afrique de l’Ouest, antérieures au xve siècle.

41Au-delà de la diversité des projets en cours ou à venir qui montre combien, malgré de nombreux obstacles évoqués plus bas, la recherche archéologique française en Afrique est active, nous voudrions souligner quelques points forts qui nous paraissent caractériser les travaux actuels : d’une part, la place qu’occupe désormais l’interrogation des archives biologiques, perçues comme une interface entre les entités socio-culturelles et leur environnement, d’autre part, l’importance accordée aux archives sédimentaires grâce à l’établissement de chrono-stratigraphies à haute résolution dans les bassins lacustres, en particulier pour la période Pléistocène supérieur-Holocène. En Afrique centrale, la mise en œuvre de l’écologie historique ouvre une vision renouvelée de l’histoire de la forêt équatoriale (Rostain, Saulieu & Salpeteur 2018) ; enfin, plusieurs projets ethnoarchéologiques à l’initiative d’unités de recherche françaises méritent d’être évoqués, notamment ceux qui interrogent les liens unissant traditions techniques et groupes socio-culturels comme ceux qui analysent la production potière contemporaine en tant que référentiel sur les conditions de transmission et de redistribution de la culture matérielle.

Les enjeux patrimoniaux et institutionnels actuels

42Le continent africain, en pleine croissance, est le théâtre d’une intense activité d’aménagements routiers, hydrauliques, portuaires et industriels, à laquelle il faut ajouter l’expansion des exploitations forestières et minières et le développement d’une agriculture industrielle consommatrice de très vastes espaces. La croissance démographique et l’évolution économique et sociale se traduisent aussi par l’étalement démesuré des mégalopoles urbaines. Face à cette situation, l’archéologie préventive peine à se forger une place pourtant plus que jamais nécessaire. Pour faire face à ce défi, la France s’est engagée avec détermination depuis une vingtaine d’années, en particulier par le biais de l’Inrap, aux côtés de l’Unesco, pour organiser séminaires et colloques de sensibilisation dans les pays concernés (Ould Mohamed Naffé, Lafranchi & Schlanger 2016) et mettre en place quelques opérations phares comme sur le tracé du métro d’Alger (Souq & Stiti 2011). Si, parmi les 54 États africains, une dizaine ne dispose d’aucune législation archéologique, il faut bien reconnaître que, même dans les pays où elle est existante et parfois assez détaillée, elle est trop rarement appliquée à la lettre. Il y a là un défi majeur de l’avenir proche.

43Le second défi, que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, avec quelques universités françaises, tente de relever dans le cadre des politiques de coopération, est celui de la formation universitaire et technique des archéologues africains. Il y a encore un trop grand déficit de diplômes supérieurs à la licence dans les universités africaines qui proposent un enseignement en archéologie. De plus, beaucoup d’étudiants africains arrivent dans les universités françaises en première année de master avec des pré-requis insuffisants, aggravés par des difficultés linguistiques qui les pénalisent. Enfin, la décision récente d’augmenter fortement les droits d’inscription universitaire pour les étudiants étrangers aggrave la situation.

44Soulignons aussi le problème aigu de la protection des vestiges immobiliers et mobiliers. Cette préoccupation est d’autant plus d’actualité que les conflits armés se multiplient et s’étendent en même temps que s’exacerbent les tensions internationales, notamment dans les pays riverains de l’Océan indien et toute la bande sahélienne, où la mouvance djihadiste s’enracine et recrute. Les conséquences de cette situation sont dramatiques : sur les pans de plus en plus étendus du continent désormais interdits à la recherche, les vestiges sont en péril, plus personne ne pouvant y exercer les indispensables missions de surveillance et d’entretien. Enfin, l’inquiétude due à l’absence ou au mauvais état des structures de conservation et de présentation des mobiliers est manifeste depuis le discours de Ouagadougou (Burkina Faso) au cours duquel le président Emmanuel Macron a exprimé, en novembre 2017, sa volonté de restituer les collections archéologiques et ethnographiques conservées dans les institutions publiques françaises à leurs pays d’origine.

L’archéologie française en Asie orientale

Pierre-Yves Manguin

45Le dernier demi-siècle a été le témoin de bouleversements considérables dans l’Asie orientale. Les guerres en Afghanistan, au Bangladesh, au Vietnam, au Laos et au Cambodge, sans compter de multiples conflits internes dans nombre de nations nouvellement créées, n’ont pas été pour faciliter les recherches archéologiques, interdisant en général toute coopération avec les chercheurs français, du moins sur le terrain archéologique. D’autres nations, telles l’Inde, la Malaisie ou la Chine, ne se sont par ailleurs que très partiellement ouvertes à des collaborations avec les archéologues occidentaux, réservant pour des questions identitaires l’essentiel des terrains archéologiques à leurs nationaux. La fin des grands conflits armés en Asie du Sud-Est a néanmoins amené les programmes archéologiques français à se déployer avec vigueur dans nombre de pays de la région à partir des années 1980-1990. 

46Si la Commission des fouilles du ministère des Affaires étrangères continue d’assurer régulièrement une part non négligeable du financement de ces travaux, la multiplication des sources de financement de l’archéologie française à l’étranger a permis que de nombreux programmes soient aujourd’hui menés par le Cnrs, l’Ird, l’Inrap ou le Museum national d’histoire naturelle, indépendamment ou en collaboration avec les opérateurs historiques. Des coopérations internationales, avec les pays de l’Union européenne ou au-delà, permettent par ailleurs de gérer des programmes plus ambitieux.

47Deux grands opérateurs français avaient traditionnellement occupé le terrain archéologique dans la région. La Délégation archéologique française en Afghanistan (Dafa), créée en 1922, a pu reprendre ses activités en 2003 malgré la prolongation du conflit armé, menant de front des missions de fouille, de conservation, de préservation et d’inventaire du patrimoine afghan. L’École française d’Extrême-Orient (Éfeo), basée en Indochine française jusqu’en 1954, a transféré ensuite son administration centrale et sa bibliothèque à Paris tout en ouvrant, depuis cette refondation, dix-sept centres de recherche en Asie orientale, qui servent de base logistique aux missions archéologiques de ses chercheurs et de ses partenaires institutionnels, français ou autres.

48La mission emblématique de l’Éfeo a été, depuis 1908, la gestion de l’immense site d’Angkor au Cambodge. Interrompu pendant la guerre civile, ce chantier a pu reprendre dès la réouverture du site en 1992, en accord avec le gouvernement khmer et dans un cadre fixé sous les auspices de l’Unesco par le Comité international de coordination du site d’Angkor. Les travaux de restauration de temples ont repris mais aussi, dans la perspective inaugurée avant le conflit par Bernard Philippe Groslier (1926-1986), alors directeur des recherches archéologiques de l’École, des chantiers de fouilles multiples dont le but premier est d’éclairer le développement et l’abandon du site urbain, comme le rôle de son réseau hydraulique. La cartographie systématique du site, commencée dès le xixe siècle, s’est poursuivie dans le cadre d’une collaboration étroite avec l’université de Sydney en Australie ; l’investissement massif dans les technologies de télédétection telles le LiDAR doit permettre de mener prochainement ce chantier à son terme. Des fouilles sont menées aussi sur d’autres sites de l’État angkorien, en dehors de sa capitale, au Cambodge comme dans le sud du Laos, à Vat Phu. L’État qui a précédé historiquement le royaume angkorien a aussi fait l’objet d’un programme bilatéral de fouilles avec les archéologues vietnamiens (Mission Archéologie du delta du Mékong), dans le prolongement des travaux menés par l’Éfeo en 1944 sur le site d’Oc Eo.

49Si les enseignants-chercheurs de l’École, répartis dans ses divers centres en Asie du Sud-Est, sont loin d’être tous des archéologues, une bonne partie de leurs travaux dans les domaines de l’épigraphie et de l’histoire de l’art sont en prise directe avec l’archéologie de fouille, en particulier en Indonésie. C’est dans ce dernier pays que sont menés le plus de programmes bilatéraux, par l’Éfeo, le Cnrs et l’Ird. Au nord comme au sud de Sumatra (sites de Barus, Padang Lawas, Kota Cina, royaume de Srivijaya) et plus récemment sur la côte nord de Java (Batujaya, Batang, fig. 4), divers chantiers, parfois pluridisciplinaires, ont été mis en place pour mieux comprendre l’écologie du peuplement de ces régions, la formation des États et des villes, et le rôle des échanges maritimes dans ces processus. C’est dans la même perspective que s’est ouvert, en 2019, un programme de fouilles sur les sites portuaires médiévaux de l’embouchure de la rivière de Kucing à Sarawak (Malaisie), terrain prometteur pour l’histoire de l’île de Bornéo. En Thaïlande comme en Birmanie, nombre de chantiers ont été déployés depuis deux décennies par des équipes universitaires associées au Cnrs. Ils ont permis de mieux appréhender la transition entre préhistoire et histoire dans ces régions, période formatrice des premiers États et des premiers sites urbains, négligée par les historiens de la période coloniale. La Mission quaternaire et préhistoire en Indonésie du Museum national d’Histoire naturelle a, pour sa part, mené depuis les années 1980 avec les archéologues indonésiens de nombreuses fouilles sur les sites du Pléistocène et de l’Holocène de Java Est. Une coopération franco-philippine dans les grottes de l’île de Luzon a très récemment mis au jour une nouvelle espèce d’homo datant du Pléistocène tardif.

Fig. 4. Fouille du temple de Balekambang dans l’île de Java (Indonésie), viie siècle.

Fig. 4. Fouille du temple de Balekambang dans l’île de Java (Indonésie), viie siècle.

© Mission franco-indonésienne sur la côte nord de Java, 2019.

50La Chine est restée longtemps fermée aux équipes d’archéologues occidentaux. Seule la Mission archéologique française en Asie centrale, riche de son expérience dans les autres pays de cette région, a pu ouvrir avec les archéologues chinois des chantiers de fouilles au Xinjiang, dans le désert du Taklamakan. Plus récemment, la Mission archéologique Royaume de Chu, au Hunan, et la Mission archéologique dans le nord-est de la Chine ont organisé des campagnes de fouilles en collaboration avec les universités chinoises.

51C’est enfin dans le cadre d’une coopération entre le centre de Séoul de l’Éfeo et la Corée du Nord que des campagnes de fouilles sont organisées depuis 2011 sur le site de la capitale royale de Kaesong, sur le territoire de la Corée du Nord, pays fermé s’il en fut.

Considérations finales

  • 12 Nous n’avons pas abordé ici la zone européenne dans laquelle les conditions de coopération scientif (...)

52Les observations présentées dans les synthèses par zone géographique12 convergent sur plusieurs points. Si l’on a depuis longtemps intégré le fait que les projets à l’étranger doivent être conçus avec les institutions des pays d’accueil, la logique de coopération internationale s’impose de plus en plus ; la part française n’est pas toujours majeure mais elle demande cependant des financements significatifs si l’on veut qu’elle soit visible : la « diplomatie d’influence » qui était la base de l’investissement du ministère des Affaires étrangères change donc de format (Braemer et al. 2012). Contraint par un contexte budgétaire de plus en plus limité, le rôle de la Commission des fouilles au sein de la coopération internationale et de la diplomatie scientifique reste néanmoins essentiel, et le réseau des instituts et des Umifre gérées en collaboration avec le Cnrs garde une forte cohérence ; ce réseau continue d’être un appui et un vecteur important pour la recherche française à l’étranger et pour la formation des acteurs de l’archéologie dans les pays d’accueil.

53Les opérations de reconstruction au sortir des conflits armés, aussi bien que les aménagements à grande échelle liées à l’extension urbaine et au développement des infrastructures, y compris celles qui sont destinées à l’accueil du tourisme de masse sur les sites patrimoniaux, sont des facteurs majeurs de destruction des vestiges archéologiques : il est impératif de développer, avec les porteurs de projets économiques, des stratégies d’archéologie préventive et d’archivage de données, d’objets et de prélèvements à grande échelle : même si ces opérations ne sont pas toujours intégrées a priori dans des problématiques scientifiques fines initiales, elles peuvent être définies en fonction du terrain (Demoule 2007, Grillot 2013). La distinction entre recherche sur le patrimoine et gestion du patrimoine n’est plus aussi nette que par le passé.

54La prégnance des questionnements liés au changement climatique va entraîner l’émergence, sans doute massive, de projets centrés sur les archives biologiques impliquant de nouvelles pratiques de terrain et d’analyse qui viendront compléter celles consacrées aux archives sédimentaires et mobilières. Les notions d’archéologie et d’archéologue doivent donc évoluer en fonction de ces nouveaux questionnements.

55Pour réfléchir à ces évolutions, Les nouvelles de l’archéologie restent un lieu nécessaire de réflexion collective, instrument privilégié d’échanges au sein des multiples partenaires de notre communauté scientifique.

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Notes

1 Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, organisme aujourd’hui remplacé par l’Institut de recherche pour le développement (Ird).

2 Créée en 1975 par Annette Laming-Emperaire (1917-1977) sous l’intitulé « Art rupestre d’Amérique du Sud » et renouvelée en 1980 sous celui de « Méthodologie de la recherche archéologique au nord-est du Brésil », la Recherche coopérative sur programme n° 394 (Rcp) fut supprimée en 1984.

3 https://candidatures-pause.college-de-france.fr/

4 https://www.icomos.org/fr/177-articles-en-francais/actualites/56669-fondation-aliph-appel-a-projets

5 Mission paléoanthropologique Franco-Sud-Africaine.

6 Human Origins in Namibia.

7 Mission préhistorique au Kenya.

8 Premières sociétés de production dans la Corne de l’Afrique.

9 Volcanological & Archaeological Program for Obsidian Research.

10 Mission archéologique en Namibie.

11 Sépultures Sénégal.

12 Nous n’avons pas abordé ici la zone européenne dans laquelle les conditions de coopération scientifique sont très spécifiques.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Carte des projets français dans les Amériques en 2019 (hors Outre-mer).
Crédits © Sylvie Eliès – ArchAm.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/7286/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,5M
Titre Fig. 2. Doura Europos, Syrie. Vue des pillages sur le site en 2018.
Crédits © Google Earth.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/7286/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 3,7M
Titre Fig. 3. Sépulture à plateforme d’Antakari 3 (Djibouti), 2 500 BC : vue lors de la fouille .
Légende Programme « Premières sociétés de production dans la Corne de l’Afrique », dir. Jessie Cauliez, coresponsable de l’équipe « Préhistoire récente du Bassin méditerranéen », rattachée au pôle Afrique « Histoire et archéologie africaine » de l’Umr 5608 Traces « Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés » à l’université Toulouse Jean-Jaurès.
Crédits © PSPCA.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/7286/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 3,8M
Titre Fig. 4. Fouille du temple de Balekambang dans l’île de Java (Indonésie), viie siècle.
Crédits © Mission franco-indonésienne sur la côte nord de Java, 2019.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/7286/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
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Pour citer cet article

Référence papier

Frank Braemer, Véronique Darras, Sophie Méry, Xavier Gutherz et Pierre-Yves Manguin, « L’archéologie française à l’étranger »Les nouvelles de l'archéologie, 157-158 | 2019, 26-37.

Référence électronique

Frank Braemer, Véronique Darras, Sophie Méry, Xavier Gutherz et Pierre-Yves Manguin, « L’archéologie française à l’étranger »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 157-158 | 2019, mis en ligne le , consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/7286 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.7286

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Auteurs

Frank Braemer

Directeur de recherche émérite au Cnrs, Umr 7264 Cepam « Culture, environnements, Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge », Cnrs/université Nice Côte d’Azur Sophia-Antipolis

Véronique Darras

Directrice de recherche au Cnrs, Umr 8096 ArchAm « Archéologie des Amériques », Cnrs/université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne

Articles du même auteur

  • Chupícuaro [Texte intégral]
    Dynamique d’une culture formative dans l’Ouest mexicain (600 av. J.-C. à 250 apr. J.-C.)
    Paru dans Les nouvelles de l'archéologie, 111/112 | 2008

Sophie Méry

Directrice de recherche au Cnrs, Umr 6566 Creaah « Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire », Cnrs/université de Rennes 1

Articles du même auteur

Xavier Gutherz

Professeur émérite de l’université Paul-Valéry – Montpellier 3, Umr 5140 Asm « Archéologie des sociétés méditerranéennes », Cnrs/université Paul-Valéry – Montpellier 3

Articles du même auteur

Pierre-Yves Manguin

Directeur d’études émérite de l’Éfeo « École française d’Extrême-Orient »

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Droits d’auteur

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