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Dossier Archives de l'archéologie française à l'étranger

Gérer les archives de missions archéologiques françaises à l’étranger à la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès

François Rimelen et Aurélie Montagne-Bôrras
p. 12-17

Texte intégral

1Intégrée au réseau national des maisons des sciences de l’homme et de la société (Msh), la Maison Archéologie & Ethnologie (Mae) René-Ginouvès est placée sous les tutelles du Cnrs, de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense et de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Ce lieu de recherche et de formation réunit environ 300 chercheurs, 90 ingénieurs et techniciens et 500 doctorants dans cinq unités mixtes de recherche et une unité de service et de recherche, travaillant dans plusieurs domaines des sciences de l’homme et de la société et sur tous les terrains du monde, de la préhistoire aux sociétés contemporaines : archéologie, préhistoire et proto-histoire, ethnologie et sociologie comparative, ethno-musicologie, histoire ancienne et médiévale, lettres classiques. De nombreux archéologues rattachés à la Mae dirigent des missions archéologiques françaises à l’étranger ou y participent.

  • 1 www.mae.u-paris10.fr/service-des-archives-de-la-mae/.
  • 2 Instruction n° DAF/DPACI/RES/2007/002 du 15 janvier 2007. Traitement et conservation des archives d (...)

2Le service des archives de la Mae1, créé en 2001, assure la gestion des archives scientifiques et administratives de la direction, des unités mixtes de recherche et des équipes, des chercheurs et enseignants-chercheurs, des services communs et des revues scientifiques, avant leur versement aux Archives nationales pour une conservation définitive2, conformément à la législation sur les archives publiques. Le versement est marqué par le transfert physique des documents vers le service d’archives, mais il implique aussi un transfert de responsabilité du producteur à ce même service, matérialisé par un premier inventaire appelé le bordereau de versement, signé par les deux parties et décrivant les documents tels qu’ils ont été versés. En relation avec le service interministériel des archives de France chargé du contrôle scientifique et technique de l’État sur les archives publiques (Code du patrimoine, article R212-3), le service des archives de la Mae s’inscrit donc dans la politique archivistique nationale. Ayant pris en charge depuis sa création 375 versements, il conserve actuellement plus d’un kilomètre linéaire d’archives physiques et 4 To d’archives numériques, dont près d’un million de documents figurés. Les versements sont en constante augmentation : 45 pour les années 2001-2007, 330 pour les années 2008-2015. Les fonds reflètent les différentes étapes du travail des acteurs de la Mae : opérations de terrain, étude et traitement des données, diffusion des résultats, enseignement, valorisation et administration de la recherche.

3Les archives de missions archéologiques françaises à l’étranger conservées à la Mae constituent un ensemble particulièrement riche pour la recherche archéologique et pour l’histoire. Elles sont issues d’une soixantaine de missions qui ont effectué, ou effectuent encore, pour la plus ancienne depuis 1933, leurs recherches sur les cinq continents. Elles se composent des documents de terrain et d’analyse produits lors de l’enregistrement sur la fouille, puis lors du traitement des données, des dossiers témoignant de la diffusion des données et des résultats de la recherche (préparation de publications, conférences, etc.), des documents liés à des projets de valorisation des travaux scientifiques (expositions, produits documentaires, etc.) et des archives administratives liées à l’organisation et à la gestion de la mission.

4Comment sont collectées ces archives dans le contexte de la Mae ? Comment sont-elles traitées ? Comment l’archivage intermédiaire professionnel peut-il accompagner la recherche ?

De la production à la collecte

5Le but de l’archivistique (Direction des archives de France 2002 : 11) est de garantir que les documents restent accessibles et exploitables dans le temps. La poursuite de cet objectif passe par une bonne gestion des archives tout au long de leur cycle de vie, de leur création à leur destruction ou à leur sélection pour une conservation définitive. En effet, le statut d’archives ne s’acquiert pas avec le temps : qu’il soit papier ou électronique, un courrier émis dans le cadre d’une activité est un document d’archives dès sa création. On considère traditionnellement que les archives passent par trois âges, elles sont dites courantes, intermédiaires puis définitives. L’âge courant correspond à la période durant laquelle les producteurs ont un besoin régulier des documents et doivent donc les garder au plus près d’eux. L’âge intermédiaire est celui pendant lequel on ne se réfère plus qu’occasionnellement aux archives, qui peuvent être versées dans un service comme celui de la Mae. L’âge définitif est celui des documents conservés sans limitation de durée (Association des archivistes français 2012 : 331-336).

6Qu’il s’agisse de documents de terrain tels que les photographies numériques, de bases de données, de tapuscrits, etc., la très grande majorité des archives de missions archéo-logiques est désormais sous forme électronique. Leur conservation sur le long terme doit être pensée au plus tôt, lorsque les archives sont encore courantes, et cela aussi bien dans ses aspects intellectuels (classement et métadonnées contextuelles) que techniques (supports et formats). C’est pourquoi un travail personnalisé avec les chercheurs et les équipes est en cours pour les accompagner dans l’organisation de leur production électronique : élaboration de plans de classement performants, nommage harmonisé et intelligible des fichiers, utilisation d’une même arborescence sur les différents espaces de travail et de sauvegarde (ordinateur fixe ou portable, serveur partagé, disque dur externe ou encore Cloud), etc. Cette démarche vise à faciliter le travail quotidien des chercheurs tout en garantissant la pérennité des archives. Un guide d’archivage électronique a été réalisé afin de diffuser ces bonnes pratiques.

  • 3 Bellon É. & Montagne-Bôrras A. 2015. « La gestion des archives de fouilles à la Maison Archéologie (...)

7Si des archives électroniques de missions ont été collectées depuis plusieurs années déjà, les versements restent largement constitués de documents sur support traditionnel. Le service des archives de la Mae est en effet confronté à la résorption d’un arriéré volumineux couvrant une cinquantaine d’années, dont les versements sont étalés dans le temps et ont des provenances diverses (bureaux et réserves des laboratoires, lieux de vie du chercheur, etc.). À ce jour, près de 50 % des archives de mission sont ainsi versés à la fin de la carrière des chercheurs tandis que 25 % ne le sont que longtemps après la disparition du producteur. Seuls 25 % des archives prises en charge ont été versés en cours de carrière3. Ainsi, les archives de la Mission archéologique française de Mari remontent aux années 1930, celles de la Mission archéologique française à Tureng Tepe aux années 1960. Alors même que les fouilles sur ce site iranien se sont arrêtées en 1979, l’équipe de recherche « Du village à l’État au Proche et au Moyen-Orient » (Umr 7041 - Archéologies et sciences de l’Antiquité, ArScAn) a conservé ses archives durant trente ans dans ses locaux. La dispersion des lieux, le manque d’espace, les déménagements successifs, mais aussi l’insuffisance de personnel qualifié et la dilution des responsabilités en matière de conservation ont engendré des pertes d’informations, des destructions de documents et des déclassements. Pour pallier ces problèmes, nous incitons à des versements réguliers.

Tri et conservation

  • 4 www.mae.u-paris10.fr/wp-content/uploads/2015/04/Tableau_Gestion_ARCHIVES.pdf.

8Le tableau de gestion des archives de la Mae fixe les durées de conservation des documents à la Mae ainsi que leur sort final4 : tri, conservation ou destruction totale. Cet outil a été réalisé en étroite collaboration avec tous les producteurs et le service interministériel des archives de France. En effet, « deux paramètres sont à prendre en compte pour décider du sort final des archives scientifiques. Le premier porte sur la validité des documents pour la recherche dans les domaines concernés. Seuls le producteur lui-même et des experts homologues sont capables de l’évaluer. Le second concerne l’exploitation historique des archives qui dépasse la notion d’obsolescence des données scientifiques » (Bellon & Montagne-Bôrras 2008 : 147). Pour ce qui est des fouilles archéologiques et des prospections (tabl. 1), il a été décidé que toutes les archives scientifiques seraient conservées définitivement et que le tri ne porterait que sur une partie des archives administratives. Il n’a pas été possible d’établir une durée fixe de conservation intermédiaire, car les fouilles sont de durée variable, comme le temps d’exploitation des données scientifiques. Les durées de conservation s’ajustent donc aux pratiques et aux besoins des chercheurs.

Activités et documents

DUA

Sort final

Observations

Fouilles archéologiques et prospections

Enregistrement et traitement des données de terrain

Carnet de fouilles ; carnet de prospection ; cahier d'enregistrement du matériel ; fiche d'unité stratigraphique ; fiche objet ; catalogue de fouilles ; fichier d'objets ; relevé ; journal graphique ; plan ; coupe ; dessin ; diagramme ; restitution ; carte ; photographie ; photographie aérienne ; remontage photographique ; image satellitaire ; enregistrement sonore ; vidéo ; film ; stencil ; inventaire ; fiche d'analyse de laboratoire ; base de données ; système d'information géographique ; rapport d'étude de matériel ; étude préliminaire (techno-typologique, analytique...) ; rapport préliminaire ; notes de travail ; documentation pour la préparation des fouilles.

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

C

Les documents sont normalement des originaux. Ils peuvent être éventuellement des copies lorsque les originaux sont soumis à une obligation de versement dans une autre institution (ex. Services régionaux de l'archéologie et Archives départementales - Instruction DPACI/RES/2004/019 du 21 septembre 2004. Instructions de tri et de conservation pour les archives produites et reçues par les directions régionales des affaires culturelles - ; Ecole française d'Athènes...) ou qu'ils sont détenus par des archéologues extérieurs à la MAE. Ces copies sont conservées uniquement dans le cas où les documents complètent d'autres dossiers.

Programmes et rapports de fouilles

Dossier scientifique (rapport d'activité scientifique annuel ; note de synthèse et formulaire de demande de crédits) [...]

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

C

Pour les opérations de terrain menées dans le cadre de missions archéologiques françaises à l'étranger, financées par le ministère des Affaires étrangères.

Demande d'autorisation de fouilles ; autorisation de fouilles ; avis de la Commission interrégionale de la recherche archéologique (CIRA) […]

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

T

Pour les fouilles en France. Les documents sont des copies et sont conservés uniquement lorsqu'ils complètent d'autres dossiers.

Administration des fouilles

Gestion des activités de terrain Protocole d'accord ; contrat de recherche ; convention de collaboration […]

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

C

Gestion financière Budget ; notification de crédits (originale ou copie) ; facture et autre justificatif […]

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

T

Conserver uniquement les budgets et les états récapitulatifs des dépenses. Les factures et autres justificatifs de dépenses sont détruits à l'issue de 12 années.

Gestion des personnels Contrat (copie) ; convention de stage (copie) ; rapport de stage […]

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

T

Conserver uniquement les rapports de stage.

Gestion de la base de fouilles et de l'équipement Inventaire d'équipement […]

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

T

[…]

Réalisation de musée de site Plan ; compte rendu de réunion ; lettre ; courriel ; notes de travail.

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

C

Presse écrite et audiovisuelle Coupure de presse ; communiqué de presse ; document audiovisuel.

10 ans après la fin de l'exploitation scientifique

C

Tabl. 1.– Extrait condensé du « tableau de gestion des archives publiques de la Maison Archéologie et Ethnologie René-Ginouvès », service des archives de la Mae, 2011.

  • 5 Cf. notamment l’outil Facile du Centre informatique national de l’enseignement supérieur : http://f (...)

9Il faut assurer la sauvegarde des archives destinées à une conservation définitive. Ainsi, les documents sur supports « traditionnels », en particulier les documents de terrain souvent fragiles (relevés et dessins au crayon sur papier ou calque, négatifs et diapositives, journaux de fouilles, etc.), sont rangés dans des conditionnements neutres, adaptés à leurs formats et à même de les préserver durablement. Les archives électroniques sont quant à elles transférées de leurs supports physiques (CDs, disquettes, clés Usb, etc.) vers un serveur maintenu par le service Système d’information de la Mae et migrées lorsque c’est nécessaire vers des formats qui présentent des garanties sur leur lisibilité dans le temps5.

Classement et description

10L’agencement des fonds d’archives reflète les différents modes de fonctionnement des missions. Le plus souvent, les archives d’une mission sont intégrées à un fonds de chercheur : c’est le cas pour celles de la Mission archéologique franco-jordanienne de Khirbet adh-Dharih que l’on retrouve dans le fonds de François Villeneuve, qui en est le codirecteur. Elles peuvent constituer un fonds à part entière : il en va ainsi pour la Mission archéologique française de Mari, dont les directeurs successifs ont chacun formé un ensemble cohérent constitué des documents produits dans ce cadre, conservés séparément des archives issues de leurs autres activités et réunis en un même lieu. Elles peuvent également se trouver dans le fonds d’un laboratoire comme celles, administratives et scientifiques, de la Mission archéologique française en Asie centrale, sous-ensemble du fonds de l’équipe « Archéologie de l’Asie centrale, peuplement, milieux et techniques » (Umr 7041 - ArScAn). Elles peuvent enfin être dispersées entre plusieurs fonds, si les directeurs successifs ne les ont pas centralisées en un lieu ou quand le chantier a été réparti entre plusieurs responsables. Les archives qui résultent de l’exploitation des données de terrain peuvent elles aussi être dispersées entre différents fonds de chercheurs, notamment celles qui concernent la préparation des publications. Il est alors utile de localiser tous ces ensembles complémentaires afin de faciliter les recherches. Les archives des missions ne sont donc pas à considérer de façon isolée, elles font écho aux autres activités des chercheurs : diffusion des connaissances (publication, conférence, enseignement), correspondance, etc.

  • 6 www.cnrtl.fr/definition/corpus.
  • 7 Fouilles de Khirokitia (1977-2007), Mission archéologique française de Khirokitia (Chypre) (1977-20 (...)
  • 8 Fouilles de la Mission de Suse. Délégation archéologique française en Iran (1968-1979), sous la dir (...)
  • 9 Fouilles de Tureng Tepe, Iran (1960-1977), Mission archéologique française à Tureng Tepe (Iran) (19 (...)

11Si l’archiviste peut être amené à effectuer un travail d’enquête pour documenter le fonds qu’il traite et comprendre son contexte de production et de conservation, la démarche archivistique diffère de l’approche scientifique et ne doit pas être confondue avec elle. Le classement ne doit pas être guidé par une question en particulier mais permettre toutes sortes d’utilisation : un fonds d’archives de mission n’est pas un corpus6. De même, si elle est une forme de réutilisation possible, la réalisation de produits documentaires à partir de fonds d’archives ne doit pas influer sur leur organisation ni sur les choix de conservation. Une démarche thématique peut en effet conduire à démembrer des fonds, à négliger et à perdre des documents à première vue moins intéressants mais porteurs de données contextuelles essentielles. Astreint au principe du respect des fonds (Direction des archives de France 2002 : 31), l’archiviste conserve le classement primitif d’un fonds, c’est-à-dire la manière dont les documents ont été organisés au moment de leur production. S’il est impossible de rétablir une situation originelle, il agence les documents selon des critères chronologiques, alphabétiques, numériques ou encore géographiques et en fait état dans l’instrument de recherche qu’il rédige. Les archives d’une mission ne sont pas toujours organisées de la même manière : on constate des différences de fonctionnement d’une époque, d’un chantier ou d’un archéologue à l’autre. C’est ainsi que les carnets de fouilles peuvent être organisés thématiquement (par type de structures7), géographiquement (par secteur de fouilles8) ou chronologiquement (par campagne9).

12Au-delà de leur classement, la description des documents est essentielle pour garantir leur accessibilité. C’est par elle que les utilisateurs vont trouver les documents dont ils ont besoin. Si la description archivistique a bénéficié d’un travail de normalisation, la pratique s’adapte aux particularités de l’environnement dans lequel elle s’applique. En effet, « permettre la réexploitation des archives par les chercheurs implique aussi de connaître leurs besoins en matière d’accès à l’information. Ils sont déterminants à la fois pour définir le degré de finesse de la description mais aussi […] les descripteurs à utiliser » (Corvasier 2013 : 172). Selon le type de documents et l’organisation du chercheur, le niveau de précision – dossier, sous-dossier ou pièce – nécessaire à une bonne accessibilité des documents est variable. Une description au dossier des documents préparatoires d’un ouvrage peut être suffisante : le nom de la publication, la date et les types de documents conservés constituent des points d’accès efficaces pour la recherche. Inversement, se contenter de dire qu’un dossier contient tous les négatifs d’une campagne de fouilles quand il peut y en avoir des centaines constitue une entrée insuffisante. De plus, la valeur de ces négatifs est faible si elle n’est pas associée à une légende fiable. Qui les a produits ? Quand ? Pourquoi ? Comment sont-ils parvenus jusqu’à nous ? Que représentent-ils ? Pour répondre à ces questions, il est souvent nécessaire de travailler avec le producteur lui-même, seul capable d’expliquer à l’archiviste l’organisation d’un fonds, de justifier les manques et de préciser les métadonnées de description.

  • 10 Conseil international des archives : www.ica.org/fr/ressources-publiques/normes.
  • 11 www.accesstomemory.org/fr/.

13Pour proposer une description de qualité et en favoriser l’inter-opérabilité, l’archiviste suit des normes10, respectivement dédiées à la description générale des archives, de leurs producteurs, des structures de conservation ainsi que des fonctions et activités à l’origine des documents. Les inventaires produits à la Mae sont saisis et diffusés en ligne grâce au logiciel Access to Memory (AtoM)11. Compte tenu de l’importance des archives de missions dans le fonds de la Mae et de leur richesse pour l’archéologie, un accès géographique a été mis en place afin de les mettre en valeur et de permettre un accès facilité aux inventaires et aux archives de fouilles numérisées (fig. 1).

Fig. 1 – Vue de la page d’accueil de l’outil de diffusion en ligne AtoM

L’accompagnement de la recherche

  • 12 Code de la propriété intellectuelle : www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?cidTexte=LEGITEXT0000060 (...)

14La majorité des communications portent sur les archives de missions archéologiques, et en particulier sur les documents de terrain. Sur les 713 articles communiqués en 2015, 707 l’ont ainsi été à des archéologues et étudiants en archéologie, français et étrangers, selon les règles fixées dans le Code du patrimoine (Livre II : Archives, article L213-1). Les documents scientifiques bénéficient pour la plupart d’une protection liée à l’application du droit d’auteur12 ; toute réutilisation requiert donc l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droit. Afin d’éviter tout litige, le service avertit les responsables des versements ou, à défaut, le responsable de l’équipe de recherche ou du laboratoire, de toute demande de communication d’archives.

  • 13 https://archives.mae.u-paris10.fr/index.php/archives-en-ligne.

15Le service participe à des programmes de recherche et mène, à la demande des chercheurs, des projets de numérisation de documents de terrain. Pour les opérations de grande envergure exigeant des équipements spécifiques, il a recours à des prestataires spécialisés dans la numérisation de documents patrimoniaux. Après leur numérisation, les archives peuvent être associées aux instruments de recherche en ligne (sur les quelque 70 000 archives de fouilles numérisées, près de la moitié ont été mises en ligne)13. Dans ce cas, le service produit des instruments de recherche très détaillés, enrichis de la collaboration avec les chercheurs pour la description de leurs documents. Ces instruments de recherche sont pour eux un nouvel outil qui leur offre la possibilité de diffuser leurs données de fouilles, en particulier à leurs collègues français ou étrangers et à leurs étudiants.

  • 14 Projet « Monuments d’Orient », sous la direction de P. Butterlin, B. Müller-Margueron et R. Vallet, (...)
  • 15 Extrait d’un courriel du 12 janvier 2016, publié avec son aimable autorisation.
  • 16 http://www.louvre.fr/expositions/voues-ishtarsyrie-janvier-1934-andre-parrot-decouvre-mari.

16Depuis 2007 se développent des programmes de recherche axés sur l’exploitation d’archives de fouilles tels que, plus récemment, le projet « Monuments d’Orient » qui a pour objet la modélisation de grands monuments emblématiques du Proche-Orient antique14, de la période proto-urbaine (Ve millénaire) à l’âge du Fer. Ce projet poursuit des objectifs scientifiques, patrimoniaux et de valorisation pour le grand public. Des travaux universitaires portent sur l’étude de données de fouilles non publiées et sur l’histoire de l’archéologie, le traitement des archives pouvant notamment attirer l’attention sur des documents encore inédits. La facilitation de l’accès à l’information que permettent les inventaires en ligne, associés pour certains aux archives numérisées, est un atout pour la recherche et la diffusion des connaissances. À la question « que vous a apporté la numérisation de vos archives ? », ce qui suppose au préalable la gestion de ces archives, François Villeneuve, enseignant-chercheur de la Mae fouillant depuis de nombreuses années au Proche-Orient, a répondu : « C’est très simple : cela révolutionne complètement notre façon de travailler, à l’intérieur des équipes, pour échanger les documents, renvoyer tel collaborateur à telle image (dessin ou photographie), pour une présentation ou une publication. Nous passons tous sans arrêt par la “case” archives. Vis-à-vis de l’extérieur, cela nous permet de donner facilement à des collègues ou étudiants étrangers référence à des documents en ligne […]. L’existence de l’archive nous a permis de remettre la main sur des documents très importants que nous avions passablement oubliés et qui n’avaient jamais été publiés. »15. Enfin, en plus de garantir la conservation de l’information et son accessibilité pour tous types d’usage, l’archi-vage intermédiaire professionnel est aussi un précieux outil de valorisation : en 2014, de nombreuses archives originales ou numérisées ont été présentées à l’Institut du monde arabe, dans l’exposition « Voués à Ishtar », et au musée du Louvre, lors du colloque réuni pour célébrer le 80e anniversaire de la découverte de Mari par André Parrot (1901-1980)16.

Conclusion

17L’expérience menée à la Mae montre qu’une gestion professionnelle des archives de fouilles est le moyen de garantir la pérennité des données et de leur exploitation, aujourd’hui et demain, en assurant la conservation des documents de terrain, sources primaires de l’archéologie. La démarche archivistique se fonde sur des normes et pratiques professionnelles communes à tous les archivistes, quel que soit l’environnement dans lequel ils travaillent. Ces pratiques peuvent s’adapter à tous les contextes en prenant en compte les besoins spécifiques de chacun et grâce à un dialogue constant avec les producteurs d’archives que sont ici les archéologues. En assurant sur le long terme à la fois leur fiabilité, grâce à la préservation des informations relatives à leur contexte de production, et leur intégrité physique, la gestion des archives permet de faciliter leur réutilisation à des fins scientifiques mais également, par exemple, de valorisation. Elle permettra aussi de constituer une mémoire de l’archéologie française à l’étranger. Bien gérées, les archives de fouilles constituent un vivier permanent pour la recherche en train de se faire.

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Bibliographie

Association des archivistes français. 2012. Abrégé d’archivistique. Principes et pratiques du métier d’archiviste, 3e édition revue et augmentée, Paris.

Bellon É. 2007. « Les archives des centres de recherche en sciences humaines et sociales », in : C. Cazenave & F. Girard (dir.), Conservation et valorisation du patrimoine des organismes de recherche, Publications de l’Université de Saint-Étienne : 63-70.

Bellon É. & Montagne-Bôrras A. 2008. « La gestion des archives scientifiques à la Maison René-Ginouvès », in : « Richesse et diversité : à la découverte des archives des sciences humaines et sociales », La Gazette des Archives, 212 : 143-151.

Bellon É. 2010. « Les archives des missions archéologiques françaises à l’étranger à la Maison René-Ginouvès, Archéologie et Ethnologie », in : Th. Charmasson (dir.), Voyages et voyageurs. Sources pour l’histoire des voyages, Paris, Éditions du CTHS (Collection Orientation et Méthode, 17) : 151-160.

Corvasier L. 2013. « L’archivage intermédiaire : un outil puissant de réutilisation des données de la recherche », in : « Les archives des établissements d’enseignement supérieur et de recherche », La Gazette des Archives, 231 : 159-172.

Favier J. (dir.). 1993. La pratique archivistique française, Paris, Archives nationales.

Direction des archives de France. 2002. Dictionnaire de terminologie archivistique.

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Notes

1 www.mae.u-paris10.fr/service-des-archives-de-la-mae/.

2 Instruction n° DAF/DPACI/RES/2007/002 du 15 janvier 2007. Traitement et conservation des archives des délégations du Cnrs et des archives des unités de recherche et de service.

3 Bellon É. & Montagne-Bôrras A. 2015. « La gestion des archives de fouilles à la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès », intervention au Collège de France le 27 novembre 2015 dans le cadre de la journée d’étude « Les archives de fouilles  : mode d’emploi ».

4 www.mae.u-paris10.fr/wp-content/uploads/2015/04/Tableau_Gestion_ARCHIVES.pdf.

5 Cf. notamment l’outil Facile du Centre informatique national de l’enseignement supérieur : http://facile.cines.fr/, et le référentiel général d’interopérabilité rédigé par le Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique : https://references.modernisation.gouv.fr/interoperabilite.

6 www.cnrtl.fr/definition/corpus.

7 Fouilles de Khirokitia (1977-2007), Mission archéologique française de Khirokitia (Chypre) (1977-2009), sous la direction d’Alain Le Brun : https://archives.mae.u-paris10.fr/index.php/fouilles-khirokitia-1977-2007.

8 Fouilles de la Mission de Suse. Délégation archéologique française en Iran (1968-1979), sous la direction de Jean Perrot : https://archives.mae.u-paris10.fr/index.php/fouilles-de-la-mission-de-suse-1969-1979.

9 Fouilles de Tureng Tepe, Iran (1960-1977), Mission archéologique française à Tureng Tepe (Iran) (1960-1980), sous la direction de Jean Deshayes : https://archives.mae.u-paris10.fr/index.php/fouilles-de-tureng-tepe- iran-1960-1977.

10 Conseil international des archives : www.ica.org/fr/ressources-publiques/normes.

11 www.accesstomemory.org/fr/.

12 Code de la propriété intellectuelle : www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?cidTexte=LEGITEXT000006069414.

13 https://archives.mae.u-paris10.fr/index.php/archives-en-ligne.

14 Projet « Monuments d’Orient », sous la direction de P. Butterlin, B. Müller-Margueron et R. Vallet, labex « Les passés dans le présent » (Université Paris Ouest Nanterre La Défense) sous la direction d'Isabelle Sidéra, programme « Archives de fouilles des sites préhistoriques et antiques » coordonné par R. Vallet et É. Bellon [http://passes-present.eu/fr/les-projets-de-recherche/connaissanceactive-du-passe/archives-de-fouilles-de-sites-prehistoriques].

15 Extrait d’un courriel du 12 janvier 2016, publié avec son aimable autorisation.

16 http://www.louvre.fr/expositions/voues-ishtarsyrie-janvier-1934-andre-parrot-decouvre-mari.

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Table des illustrations

Légende Fig. 1 – Vue de la page d’accueil de l’outil de diffusion en ligne AtoM
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/3798/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 588k
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Pour citer cet article

Référence papier

François Rimelen et Aurélie Montagne-Bôrras, « Gérer les archives de missions archéologiques françaises à l’étranger à la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès »Les nouvelles de l'archéologie, 145 | 2016, 12-17.

Référence électronique

François Rimelen et Aurélie Montagne-Bôrras, « Gérer les archives de missions archéologiques françaises à l’étranger à la Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 145 | 2016, mis en ligne le 24 janvier 2018, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/3798 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.3798

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Auteurs

François Rimelen

Ingénieur d’étude Cnrs, chargés d’archives à la Maison Archéologie & Ethnologie (Mae) René-Ginouvès, Nanterre.

françois.rimelen@mae.u-paris10.fr

Aurélie Montagne-Bôrras

Ingénieur d’étude Cnrs, chargés d’archives à la Maison Archéologie & Ethnologie (Mae) René-Ginouvès, Nanterre.

aurelie.montagne-borras@mae.u-paris10.fr

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