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Dossier Archives de l'archéologie française à l'étranger

Introduction

Élisabeth Bellon et Anne Rohfritsch
p. 3-5

Texte intégral

1Ce numéro consacré aux archives de l’archéologie française à l’étranger aborde les questions de gestion des documents, de leur utilisation à des fins archéologiques et historiques et de leur valorisation. Notre objectif, en tant qu’archivistes, est de montrer les liens qui existent entre ces démarches, leur complémentarité, voire leur interdépendance. Les archéologues pourront ainsi mesurer l’apport de la gestion archivistique tout au long du cycle de vie de leurs documents, depuis leur production jusqu’à leur conservation définitive ou leur élimination, qu’ils soient sur supports physiques ou électroniques.

  • 1 Au Cnrs par exemple, 13 personnes occupent des emplois d’assistant-archiviste, chargé d’archives et (...)
  • 2 Par exemple, le labex « Les passés dans le présent » (Université Paris Ouest Nanterre La Défense) [ (...)
  • 3 Instruction n° DAF/DPACI/RES/2007/002 du 15 janvier 2007. Traitement et conservation des archives d (...)
  • 4 Mae : Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès. Efa : École française d’Athènes. Ifao : Instit (...)
  • 5 Extrait d’un message électronique à É. Bellon (le 14/06/2015) ; cité avec l’aimable autorisation de (...)

2Si les méthodes et les techniques de la documentation sont largement introduites auprès des archéologues, celles de l’archivistique le sont nettement moins1. Pourtant, l’intérêt des institutions et des chercheurs pour leurs archives, en particulier les archives de fouilles, n’est pas récent (Braemer 1995 ; Lequeux 1999). Depuis quelques années, les programmes scientifiques portant sur les archives de l’archéologie et, plus largement, des sciences humaines et sociales (Shs), se multiplient2. Entre 2010 et 2012, l’Institut des sciences humaines et sociales du Centre national de la recherche scientifique (Cnrs) a soutenu un réseau thématique programmé qui leur était consacré, le Rtp Archi Shs (Muller 2012). Quelques années auparavant, le Cnrs et le service interministériel des Archives de France avaient déjà publié une circulaire consacrée aux archives des délégations régionales et des laboratoires3. La préoccupation du devenir des archives de la recherche est également présente au sein des universités, qui se dotent progressivement de services d’archives depuis 2003 (Oppermann 2013). Quant à l’archéologie française à l’étranger, le développement de la fonction « archives » est particulièrement actif au sein des écoles françaises qui, depuis 2013, ont commencé à recruter des archivistes professionnels. Concernant les missions archéologiques françaises à l’étranger, le ministère des Affaires étrangères et du Développement international, dans un rapport de 2012, constate que « l’archivage en bonne forme des données issues des projets de recherche est une question majeure qui ne peut être traitée que de manière inter-institutionnelle. Les centres aptes à recevoir de manière professionnelle des archives scientifiques sous forme papier (Mae Nanterre, Efa, Ifao Le Caire, Efr4, Instituts du Collège de France) et plus encore sous forme numérique (Tge Adonis) sont trop peu nombreux ». Le rapport formule ensuite sept propositions en matière d’archivage, notamment la cinquième : « Rappeler fermement auprès de tous les directeurs et anciens directeurs de mission que le dépôt des archives de missions financées sur fonds public est une obligation absolue (l’État n’est pas le mécène d’activités privées) […] » (Braemer et al. 2012). Au sujet des instituts français à l’étranger, Frédéric Alpi, directeur du département scientifique Archéologie et histoire de l’Antiquité de l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), écrit par ailleurs en 2015 : « J’ai pu constater auprès de mes collègues responsables de différents centres de recherche français à l’étranger que la gestion des archives scientifiques est vraiment un problème banal autant qu’il est crucial »5. Ces quelques exemples montrent que la sauvegarde des archives de l’archéologie française à l’étranger, et plus largement des archives des Shs, est une question d’actualité. Les récentes destructions du patrimoine culturel en Syrie (cf. l’article de Michel Al-Maqdissi dans le n° 144 des Nouvelles de l’archéologie) et en Irak mettent en exergue l’importance de la préservation de ces documents (Martinez 2015, en particulier les propositions 38 et 44).

3Les articles présentés dans ce numéro et traitant de la gestion des archives montrent l’intérêt d’implanter cette fonction de manière « globale », à l’échelle d’établissements publics, comme c’est le cas au sein des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, ou encore d’une Maison des sciences de l’homme comme la Maison René-Ginouvès. Outre les obligations réglementaires en matière d’archives publiques (Code du patrimoine, Livre II sur les archives), la prise en compte de l’ensemble des documents produits ou reçus par chaque entité met en lumière la complémentarité des archives dites « scientifiques » et des archives dites « administratives ». Elle rend aussi possible tout type d’exploitation des documents, quels que soient le public et les angles d’approche, sans nuire à d’autres formes d’utilisation dans le futur. Elle permet enfin de mettre en place une politique d’archivage commune à tous les producteurs et d’assurer la conservation définitive des documents dans un service public d’archives.

4Plusieurs projets d’exploitation et de valorisation d’archives archéologiques sont présentés dans ce numéro : reprise des données de fouilles du site de Tureng Tépé en Iran en vue d’une publication des résultats ; constitution d’une bibliothèque numérique de deux collections d’estampages grecs conservés à l’Efa et au Laboratoire Histoire et sources des mondes antiques (HiSoMA–Umr 5189) ; développement du système d’information géographique d’Amathonte à Chypre ; construction du système d’information des fouilles de Khirokitia, à Chypre également ; création d’une base de -données sur l’épigraphie de Cherchel en Algérie ; diffusion des archives numérisées des fouilles de Kition-Salamine à Chypre ; valorisation de la fouille d’Aï Khanoum en Afghanistan. Ces projets ont pour point commun de constituer un corpus de données/documents à partir d’une problématique archéologique en utilisant l’apport des nouvelles technologies, en particulier la numérisation, à la fois pour mener à bien les recherches et pour en diffuser les résultats.

  • 6 Fonds (d’archives) : ensemble de documents de toute nature constitué de façon organique par un prod (...)
  • 7 Collection : réunion artificielle de documents en fonction de critères communs liés à leur contenu (...)
  • 8 Selon ce principe fondamental de l’archivistique, chaque document doit être maintenu ou replacé dan (...)

5L’originalité de la démarche des archéologues a été de réaliser au préalable, avec des archivistes, un traitement intellectuel et matériel des documents (classement, tri et élimination, analyse archivistique, cotation, conditionnement, rangement), ce qui a donné lieu à l’élaboration d’un instrument de recherche. Indépendamment des projets qui les utilisent, les documents originaux sont organisés dans des fonds6 ou dans des collections7. Ainsi, les archives du site d’Aï Khanoum forment par exemple un sous-ensemble du fonds Paul Bernard ; les documents épigraphiques étudiés dans le projet du Centre Camille-Jullian sont quant à eux intégrés dans le fonds Cherchel ; le projet E-Stampages rassemble deux collections dont l’une est un sous-ensemble du fonds de l’Efa et l’autre appartient à celui du laboratoire HiSoMa, etc. Le respect des fonds8, qui est l’une des conditions de la réutilisation scientifique à long terme, répond à la nécessité pour les archéologues de « retourner » vers les données de terrain et les documents d’analyse. Ce principe est essentiel tant pour la recherche archéologique que pour l’histoire de la discipline, des institutions et des acteurs de l’archéologie. En effet, au-delà de la recherche archéologique, les archives de l’archéologie française à l’étranger constituent des sources pour la recherche historique, comme en témoignent les fonds conservés aux Archives nationales ou dans leurs institutions d’origine, à l’Institut français d’archéologie orientale (Ifao) par exemple.

6Bien que les recherches présentées dans ce numéro portent sur des archives relativement anciennes, notre préoccupation à tous, archéologues, historiens, archivistes, est aujourd’hui la sauvegarde des documents numériques. La présence quasi généralisée d’archives électroniques et l’obsolescence de plus en plus rapide des matériels et des logiciels rendent d’autant plus nécessaire la gestion des documents dès leur création. L’enjeu est donc de travailler avec les producteurs pour qu’ils adoptent de « bonnes pratiques » de gestion de leurs documents, favorisant ainsi la constitution de fonds de « qualité » et leur conservation à long terme pour la recherche archéologique et historique.

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Bibliographie

Braemer F. 1995. « Rapport sur les archives scientifiques des équipes et des chercheurs du Cnrs en archéologie présenté à Monsieur le directeur du département Shs du Cnrs », Les Nouvelles de l’Archéologie, 60 : 35-45.

Braemer F., Demoule J.-P., Etienne R., Francfort H.-P., Gras M., Semah F. 2012. L’archéologie française à l’étranger : nouveaux enjeux de politique scientifique et de coopération internationale pour le Ministère des affaires étrangères et européennes. Rapport. [https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00801564] (consulté le 06/07/2016).

Direction des archives de France. 2002. Dictionnaire de terminologie archivistique.

Lequeux B. 1999. « Les archives de l’archéologie : un exemple de politique organisée », Sciences et archives contemporaines, Les Cahiers de l’École nationale du patrimoine, Paris : 51-63.

martinez J.-L. 2015. Cinquante propositions françaises pour protéger le patrimoine de l’humanité́, Rapport au Président de la République sur la protection du patrimoine en situation de conflit armé. [http://www.elysee.fr/assets/Uploads/Cinquante-propositions-francaises-pour-proteger-le-patrimoine-de-lhumanite.pdf] (consulté le 06/07/2016).

Muller B. 2012. Archiver les sciences humaines et sociales. Informations, positions de problèmes et propositions, rapport RTP ArchiSHS du Cnrs, décembre.

Oppermann F. 2013. « Les archives des universités : une question d’actualité », La Gazette des archives, 231, Paris, Association des archivistes français : 13-24.

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Notes

1 Au Cnrs par exemple, 13 personnes occupent des emplois d’assistant-archiviste, chargé d’archives et responsable d’archives et 379 des emplois d’assistant ou chargé ou responsable de ressources documentaires [https://web-ast.dsi.cnrs.fr/l3c/owa/activite.frame_recherche] (consulté le 06/07/2016).

2 Par exemple, le labex « Les passés dans le présent » (Université Paris Ouest Nanterre La Défense) [http://passes-present.eu/]. Dans le cadre de la « très grande infrastructure de recherche » Tgir-Huma-Num, les consortiums existants sont en majorité consacrés aux archives [http://www.huma-num.
fr/consortiums] (consulté le 06/07/2016).

3 Instruction n° DAF/DPACI/RES/2007/002 du 15 janvier 2007. Traitement et conservation des archives des délégations du Cnrs et des archives des unités de recherche et de service.

4 Mae : Maison Archéologie & Ethnologie René-Ginouvès. Efa : École française d’Athènes. Ifao : Institut français d’archéologie orientale. Efr : École française de Rome.

5 Extrait d’un message électronique à É. Bellon (le 14/06/2015) ; cité avec l’aimable autorisation de l’auteur.

6 Fonds (d’archives) : ensemble de documents de toute nature constitué de façon organique par un producteur dans l’exercice de ses activités et en fonction de ses attributions. Cette notion s’oppose à celle de collection (Direction des Archives de France 2002 : 21).

7 Collection : réunion artificielle de documents en fonction de critères communs liés à leur contenu ou à leur support et dont la juxtaposition est le fruit de la volonté ou du hasard, par opposition au fonds d’archives constitué de façon organique par un producteur (Direction des Archives de France 2002 : 13).

8 Selon ce principe fondamental de l’archivistique, chaque document doit être maintenu ou replacé dans le fonds dont il provient, et dans ce fonds à sa place d’origine. Trois notions connexes en découlent : le respect de la provenance, le respect de l’intégrité du fonds, le respect de l’ordre originel ou primitif (Direction des Archives de France 2002 : 31).

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Pour citer cet article

Référence papier

Élisabeth Bellon et Anne Rohfritsch, « Introduction »Les nouvelles de l'archéologie, 145 | 2016, 3-5.

Référence électronique

Élisabeth Bellon et Anne Rohfritsch, « Introduction »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 145 | 2016, mis en ligne le 23 janvier 2018, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/3560 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.3560

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Auteurs

Élisabeth Bellon

Ingénieur de recherche Cnrs - Responsable du service des archives de la Maison Archéologie & Ethnologie (Mae)René-Ginouvès, Nanterre.

elisabeth.bellon@mae.u-paris10.fr

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Anne Rohfritsch

Ingénieur d’études - Responsable du service des archives de l’École française d’Athènes (Efa).

anne.rohfritsch@efa.gr

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