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Dossier

« Si mes photos sont bien réussies, on verra une merveille »

Jean Capart (1877-1947) et sa collection photographique à Bruxelles (Belgique)
Wouter Claes, Aude Gräzer Ohara, Marleen De Meyer et Athena Van der Perre
p. 20-25

Résumés

Sous l’impulsion de Jean Capart (1877-1947), la Belgique a progressivement pris de l’importance sur la scène égyptologique internationale du début du xxe siècle, avec pour épicentre les Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles (Mrah). La célèbre bibliothèque égyptologique du musée a certainement été un facteur déterminant dans ce développement et elle est toujours considérée aujourd’hui comme l’une des meilleures et des plus complètes au monde. En plus des nombreux livres et revues qu’elle abrite, cette bibliothèque héberge une masse importante d’archives photographiques constituée de plus de 53 000 documents non numériques. Dans le présent article, il sera question de la vaste sous-collection de près de 7 000 négatifs historiques sur plaque de verre conservée dans ces archives, et qui fait actuellement l’objet d’une étude dans le cadre du projet Sura, terme qui signifie « photographie » en égyptien. Cette sous-collection documente les années pionnières de l’égyptologie belge du point de vue de Capart et de ses collaborateurs. Son noyau est constitué de photographies des différents sites où son équipe et lui ont mené des fouilles archéologiques pour le compte des Mrah et de la Fondation égyptologique Reine Élisabeth, fouilles dont proviennent un certain nombre d’objets entrés dans la collection égyptienne du musée. Cette banque d’images contient par ailleurs des milliers de photos d’autres sites et monuments ─ dont beaucoup ont été fouillés par d’autres missions internationales ou égyptiennes ─ ainsi que des images d’objets appartenant à diverses collections muséales à travers le monde. Elle offre enfin une illustration riche et variée des paysages égyptiens, notamment de la faune et de la flore, ainsi que de nombreux instantanés de la vie quotidienne de la population égyptienne au cours de la première moitié du xxe siècle.

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Texte intégral

Photographier l’Égypte

1La photographie et l’Égypte ont toujours été étroitement liées, et ce depuis l’apparition de la technique photographique (pour un excellent récapitulatif sur le sujet, voir Hüttner 2016, Perez 1988 et Zevi 1984). En août 1839, le physicien et homme politique français François Arago (1786-1853) prononce un discours devant l’Académie des Sciences dans lequel il fait état de l’importance de l’invention du daguerréotype par Louis Daguerre (1787-1851) et Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833). Dans son intervention, il mentionne à plusieurs reprises l’Égypte et insiste particulièrement sur l’utilité qu’aurait pu avoir l’outil photographique, s’il avait existé, pour les membres scientifiques de l’expédition de Bonaparte (1769-1821) en Égypte (1798-1801) lorsqu’ils ont copié les monuments égyptiens et publié la fameuse Description de l’Égypte :

« Pour copier les millions et millions d’hiéroglyphes qui couvrent […] les grands monuments de Thèbes, de Memphis, de Karnak, etc., il faudrait des vingtaines d’années et des légions de dessinateurs. Avec le Daguerréotype, un seul homme pourrait mener à bonne fin cet immense travail. Munissez l’Institut d’Égypte de deux ou trois appareils de M. Daguerre, et sur plusieurs des grandes planches de l’ouvrage célèbre [la Description de l’Égypte], fruit de notre immortelle expédition, de vastes étendues d’hiéroglyphes réels iront remplacer des hiéroglyphes fictifs ou de pure convention […]. » (Arago 1839 : 28-31 ; à ce sujet, voir également McCauley 1997).

  • 1 . E. g. Griffith Institute Archives, Oxford (www.griffith.ox.ac.uk/archive), Digital Giza Project, (...)

2Au cours des décennies suivantes, la photographie a continué à se développer, l’Égypte constituant un vaste lieu d’expérimentation, comme en atteste l’œuvre de plusieurs grands photographes de ces années pionnières, tels que Maxime Du Camp (1822-1894), Francis Firth (1822-1898), Félix Bonfils (1831-1885) ou Antonio Beato (vers 1825-1905). En ouvrant la voie à de nouvelles possibilités de communication visuelle et de documentation, la photographie devient très vite un outil indispensable pour tout égyptologue effectuant des recherches sur le terrain. Toutefois, si beaucoup d’anciennes publications (relevés et rapports de fouilles) se trouvent déjà illustrées par de nombreuses photographies, la documentation produite sur le terrain comporte en fait des masses d’images inédites qui demeurent bien souvent inconnues de la communauté scientifique. Par chance, la plupart de ces fonds d’archives sont conservés dans des instituts de recherche publics. Dans un contexte international marqué à la fois par l’intérêt croissant de la recherche égyptologique pour l’histoire de sa propre discipline (Gertzen 2017) et par une plus grande conscience de l’intérêt et de la richesse des informations contenues dans ces archives de recherche inédites, de nombreuses institutions scientifiques ont récemment consenti à des investissements importants afin de numériser ces collections et d’en permettre le libre accès1. De nombreuses publications, scientifiques ou destinées au grand public, ont également vu le jour au format papier (e. g. Azim 2004 ; Piacentini 2010 ; Driaux & Arnette 2016 ; Berman 2018 ; Juret 2019 ; Riggs 2019).

Aux origines : Jean Capart

3Les Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles (Mrah) abritent non seulement une importante collection égyptienne mais aussi une bibliothèque égyptologique qui est l’une des meilleures et des plus complètes au monde. En plus des nombreux livres et revues qu’elle conserve, cette bibliothèque héberge un fonds important d’archives photographiques. C’est au cours des premières décennies du xxe siècle, sous l’impulsion de Jean Capart (1877-1947) (Bierbrier 2019 : 88-89 ; fig. 1), qu’a eu lieu le véritable développement de la collection et de la bibliothèque du musée. Capart a été le premier conservateur du département égyptien des Mrah et il est vu comme le fondateur de l’égyptologie belge. Il s’est formé auprès de quelques-uns des plus grands égyptologues de son temps, a initié les premières fouilles belges en Égypte et occupé la première chaire belge d’égyptologie à l’Université de Liège. Grâce au vaste réseau international qu’il a su créer avec de nombreux égyptologues à l’étranger, il est même parvenu à imposer Bruxelles comme un centre de recherche égyptologique de renommée mondiale (Bruffaerts 2013 ; 2020 : 168-171). Capart n’était pas seulement un homme ambitieux mais aussi un visionnaire. Il a été le premier en Belgique à associer éducation et recherche scientifique dans son approche de la muséologie et de son métier de conservateur (Mairesse 1995). En 1901, conscient de l’importance de disposer d’une bibliothèque riche et bien fournie, il fit don de sa collection personnelle de plus de 1 000 livres et revues aux Mrah, jetant ainsi les bases de la réputation internationale de la bibliothèque égyptologique du musée. Ce don comprenait aussi plus d’un millier de photographies. Pour Capart, la possibilité de disposer d’une large documentation photographique était en effet tout aussi essentielle pour mener à bien ses travaux de conservateur de musée et de chercheur. Durant toute sa carrière, il s’est d’ailleurs attaché à développer cette collection en y versant les photographies prises au cours de ses voyages, fouilles et autres missions scientifiques en Égypte et à travers le monde. Il a également acheté de nombreux clichés auprès de collègues et institutions étrangères afin de compléter et de maintenir à jour cette documentation. Ces archives photographiques étaient principalement utilisées à des fins de recherche mais aussi pour agrémenter des publications et des conférences publiques. Elles étaient également destinées à illustrer un projet monumental d’encyclopédie de l’Égypte ancienne préparé par Capart, mais jamais achevé. Son manuscrit, en plusieurs volumes, est encore conservé à la bibliothèque égyptologique des Mrah.

Fig. 1. Jean Capart debout près de l’un des colosses de Memnon (le colosse sud) au Kom el-Hettan. Photo Aram Alban, 1946. © Kmkg-Mrah, Egi-2 22479.

Fig. 1. Jean Capart debout près de l’un des colosses de Memnon (le colosse sud) au Kom el-Hettan. Photo Aram Alban, 1946. © Kmkg-Mrah, Egi-2 22479.

La collection

  • 2 . Déjà, en 1900, le célèbre égyptologue américain James Henry Breasted (1865-1935) mettait en avant (...)

4Ce fonds d’archives photographiques compte aujourd’hui plus de 53 000 documents non numériques. Près de 7 000 d’entre eux consistent en des négatifs sur plaque de verre de haute résolution, dont une majorité de plaques standard et de monogrammes. Près de la moitié des clichés ont été pris à l’aide d’un appareil de prise de vues stéréoscopiques Bellieni, sur des plaques de verre de 9x8 cm, dont au moins 3 200 forment 1 600 paires stéréoscopiques2. D’une grande valeur historique, elles peuvent être classées en plusieurs catégories.

5La première, qui représente le cœur de la collection, est constituée des photos prises principalement par Capart mais aussi par ses collaborateurs, comme Arpag Mekhitarian (1911-2004) (Bierbrier 2019 : 312) ou Marcelle Werbrouck (1889-1959) (Bierbrier 2019 : 486 ; Bruffaerts 2018), à l’occasion de leurs séjours en Égypte. À partir de 1901, Capart et ses collaborateurs parcourent le pays à de nombreuses reprises, de la côte méditerranéenne à ses frontières méridionales. Outre de nombreux carnets et journaux intimes, leurs séjours de recherche et missions de terrain ont généré des milliers de photos. Ces dernières documentent non seulement les fouilles et relevés réalisés pour le compte des Mrah et de la Fondation Égyptologique Reine Élisabeth (Elkab, Heliopolis, Sheikh Fadl, Tell Hiu, Kom Ombo, Tahta, el-Kola ; fig. 2) mais aussi le contexte de découverte de près de 300 objets de la collection égyptienne des Mrah, qui proviennent de ces missions. À ce titre, ces photos prises lors de la période de formation du département égyptien des Mrah témoignent de la manière dont ce département a constitué sa collection et engagé ses activités scientifiques en Égypte (voir Stevenson 2019 à propos du cas de l’égyptologie britannique).

6D’un point de vue plus général, elles rendent compte de l’état de préservation et de conservation, ainsi que du cadre et de l’environnement d’une multitude de monuments et de sites égyptiens répartis dans toute la vallée du Nil. Depuis le début du xxe siècle, de larges pans du paysage égyptien ont été profondément modifiés, du fait principalement du développement de l’agriculture, de vastes travaux de construction, comme le haut barrage d’Assouan dans les années 1960, de l’accroissement de la population et de l’expansion des agglomérations modernes. De même, de nombreux sites et monuments archéologiques ont sévèrement souffert des pillages et des destructions depuis l’époque de Capart. Aujourd’hui encore, en particulier depuis les soulèvements en Égypte et le Printemps arabe de 2011, divers sites ont été attaqués et pillés, ce qui a provoqué des dégâts irréversibles. Tout cela ne fait qu’accroître la valeur historique des documents photographiques anciens, qui finissent par devenir parfois l’unique source disponible pour étudier et appréhender certains sites et monuments.

7La dimension internationale de cette collection, qui reflète le vaste réseau professionnel de Capart, est manifeste dans les centaines de photographies prises lors de ses visites ou de celles de ses collaborateurs sur des sites où des fouilles archéologiques du Service des Antiquités de l’Égypte et d’autres institutions étaient en cours. Parmi ces sites, on peut citer Abydos (University of Liverpool), Amarna (Deutsche Orientgesellschaft ; Egypt Exploration Society), Armant (Egypt Exploration Society), Deir el-Bahari (Egypt Exploration Fund ; Metropolitan Museum of Art), Edfou (Institut français d’Archéologie orientale), Giza (Harvard University/Museum of Fine Arts Boston), Karnak (Service des Antiquités de l’Égypte), Medamud (Institut français d’Archéologie orientale), Tanis (Mission française ; fig. 3) et Tod (musée du Louvre).

Fig. 2. Déblaiement de la rampe le long de la face nord de la petite pyramide à degrés à el-Kola. Fouilles des Musées Royaux d’Art et d’Histoire/Fondation Égyptologique Reine Élisabeth. Photo Jean Capart, 19 novembre 1945. © Kmkg-Mrah, Egi.12157.

Fig. 2. Déblaiement de la rampe le long de la face nord de la petite pyramide à degrés à el-Kola. Fouilles des Musées Royaux d’Art et d’Histoire/Fondation Égyptologique Reine Élisabeth. Photo Jean Capart, 19 novembre 1945. © Kmkg-Mrah, Egi.12157.

Fig. 3. Fouilles françaises sous la direction de Pierre Montet à Tanis. Photo Jean Capart, janvier–février 1934. © Kmkg-Mrah, Egi.10024.

Fig. 3. Fouilles françaises sous la direction de Pierre Montet à Tanis. Photo Jean Capart, janvier–février 1934. © Kmkg-Mrah, Egi.10024.

8Reconnu mondialement, Capart était un chercheur très estimé dans la communauté égyptologique internationale. À l’invitation de l’Educational Foundation of the Commission for Relief in Belgium, il effectua, entre 1924 et 1925, une tournée aux États-Unis en tant que Visiting Professor et donna des conférences dans pas moins de 44 universités et institutions à travers le pays (Capart 1928 ; De Meyer à paraître). Nommé en 1932 Advisory Curator au Brooklyn Museum de New York, il joua un rôle déterminant dans le développement de sa collection égyptienne. Jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il partagea ainsi sa vie entre Bruxelles et Brooklyn, tout en parvenant à dégager du temps pour des campagnes de fouilles et des recherches en Égypte et à visiter divers musées sur le continent européen. Au cours de ces voyages, il photographia des centaines d’objets des collections égyptiennes (fig. 4) de divers musées à travers le monde. Ses carnets et journaux personnels, conservés aux Mrah, apportent souvent des compléments d’information sur ces objets, ajoutant encore à la dimension internationale de la collection de photographies, cette fois dans une perspective muséologique.

9Enfin, ces images fournissent de nombreuses illustrations de la vie quotidienne de la population égyptienne de l’époque ainsi que de la manière dont les Occidentaux vivaient leurs voyages à travers l’Égypte au début du xxe siècle (fig. 5), période communément considérée comme l’âge d’or du voyage (Humphreys 2014 ; 2015). Plus d’une cinquantaine de photos documentent par exemple les deux voyages royaux effectués par Capart aux côtés de la reine Élisabeth de Belgique. En 1923, ils assistèrent ensemble à l’ouverture officielle de la chambre funéraire de la tombe de Toutankhamon (Bruffaerts 1998), tandis que sept ans plus tard, Capart accompagna la reine et le roi des Belges lors d’une croisière sur le Nil (Bruffaerts 2006). Les photos de ses archives offrent un aperçu exceptionnel des coulisses de ces deux voyages et apportent de nombreux compléments aux informations déjà fournies par les autres sources connues, conservées dans les archives du Palais royal de Belgique.

Fig. 4. Statuette d’un roi protodynastique (vers 3 000 av. J.-C.) coiffé de la couronne blanche, découverte par W. M. F. Petrie dans le temple d’Osiris à Abydos et conservée actuellement au British Museum à Londres (inv. EA37996). Photo Jean Capart, 1903 (?). © Kmkg-Mrah, Egi.05871.

Fig. 4. Statuette d’un roi protodynastique (vers 3 000 av. J.-C.) coiffé de la couronne blanche, découverte par W. M. F. Petrie dans le temple d’Osiris à Abydos et conservée actuellement au British Museum à Londres (inv. EA37996). Photo Jean Capart, 1903 (?). © Kmkg-Mrah, Egi.05871.

Fig. 5. L’obélisque inachevé d’Aswan, lors de la visite effectuée par Jean Capart en compagnie de la famille Goldman. Photo Jean Capart, 16 février 1930. © Kmkg-Mrah, Egi.07323.

Fig. 5. L’obélisque inachevé d’Aswan, lors de la visite effectuée par Jean Capart en compagnie de la famille Goldman. Photo Jean Capart, 16 février 1930. © Kmkg-Mrah, Egi.07323.

Un avenir pour la collection : numérisation et projet Sura (« photographie » en égyptien)

10Malgré sa grande valeur historique, cette collection a été fortement négligée au cours des dernières décennies, si bien que son existence comme son contenu sont aujourd’hui presque totalement inconnus de la communauté égyptologique. La cause en est sans aucun doute l’absence d’une base de données consultable en ligne et de métadonnées descriptives.

  • 3 . Pour plus d’information sur les équipements de numérisation de l’OrB, consulter : espace.oma.be/s (...)

11Né d’une collaboration entre les Mrah et des égyptologues de la KU Leuven, le projet Sura a été lancé en 2020 avec pour objectif d’étudier et de mettre à disposition sous format numérique cette importante collection photographique. Une première étape a consisté en la numérisation en haute définition de l’ensemble de la collection à l’Observatoire royal de Belgique (OrB), à l’aide d’une technologie de pointe initialement développée pour numériser des plaques astrophotographiques3. Les technologies d’imagerie numérique actuelles permettent de visualiser les photos numérisées dans tous leurs détails, et de visionner les paires stéréoscopiques dans un mode d’affichage 3D augmenté.

12Les seules métadonnées jusqu’ici disponibles pour cette collection consistaient en deux catalogues sur fiches papier qui ne contiennent que des informations très limitées. Les photos y sont parfois datées et le nom du photographe fourni, mais des informations détaillées concernant l’orientation des images ou les personnes et parties spécifiques des monuments qui apparaissent sur les photos manquent. En l’état, cela complique évidemment l’exploitation de ce fonds tout en limitant considérablement son potentiel pour la recherche.

13Le projet Sura a pris le parti de remédier à ce problème par une approche interdisciplinaire associant égyptologie, imagerie numérique, études archivistiques et humanités numériques. Son objectif principal est de rendre cette collection historique accessible en ligne à la communauté scientifique internationale ainsi qu’au grand public et d’en valoriser l’importance. Pour ce faire, quatre objectifs de recherche ont été définis.

1. Des métadonnées détaillées et de haute qualité

14Ce premier objectif vise à réaliser une révision critique des métadonnées disponibles pour chaque photographie tout en les enrichissant d’informations aussi détaillées que possible, tant en ce qui concerne le contenu de l’image que le cadre contextuel de la prise de vue (photographe, date). Une attention particulière est également accordée aux informations qui permettent de replacer ces photographies dans un contexte plus large. À cette fin, des références bibliographiques aux publications-clés, relatives au sujet représenté, sont encodées, ainsi que des références aux sources pertinentes provenant des archives des Mrah (carnets personnels, journaux intimes, lettres, etc. de Capart). À terme, ces références seront mises à disposition sous forme de renvois vers la bibliothèque en ligne et le catalogue d’archives des Mrah, avec, lorsque cela est possible, un lien permettant d’accéder aux versions électroniques des publications et des documents d’archives. Le cas échéant, des renvois seront également établis vers les objets du catalogue en ligne des Mrah et ceux d’autres musées. Ce type d’information enrichit considérablement les métadonnées et augmente le potentiel scientifique de cette collection pour la recherche égyptologique, archéologique ou historique. Enfin, des informations techniques (dimensions, type de photo, état de conservation) sont également incluses.

2. Base de données en ligne

15Les photos numérisées seront cataloguées avec leurs métadonnées respectives dans le système central de gestion des collections des Mrah (MuseumPlus-RIA/Carmentis), largement employé au sein de la communauté muséale et archivistique internationale4. Une approche égyptologique et historique est utilisée pour décrire le contenu de chaque image de la manière la plus détaillée possible. Les informations sont cataloguées suivant le schéma de métadonnées prédéfini du système MuseumPlus-RIA, qui est conforme aux normes et directives internationales pour les descriptions de métadonnées et l’échange de données (Spectrum5, LIDO6, CDWA7, Dublin Core8…). Des listes de vocabulaire et des thésaurus élaborés et normalisés sont employés de manière à faciliter l’échange de données avec d’autres plateformes de recherche. MuseumPlus-RIA dispose également de solutions intégrées pour créer des tableaux de concordance pertinents avec d’autres entrées, images et supports numériques. Ceci est particulièrement utile lorsqu’il s’agit de lier entre elles des photos similaires représentant un même sujet, ou de lier des photos avec des objets de la collection égyptologique des Mrah par exemple. Ce système dispose en outre d’un workflow intégré et innovant permettant de créer un lien entre les références bibliographiques citées et les fonds réels de la bibliothèque.

3. Préservation et sauvegarde de la collection

16Afin de préserver cette collection pour les générations futures, le stockage physique des plaques de verre a également été pris en compte. En raison de négligences passées et des conditions de stockage actuelles, certaines plaques montrent déjà des signes de détérioration chimique et biologique. Afin d’éviter des dommages irréversibles, un plan de conservation à long terme, visant à optimiser l’environnement protecteur dans lequel ces négatifs sont actuellement conservés, notamment grâce au reconditionnement des plaques dans des enveloppes et des boîtes individuelles non acides, a été élaboré.

4. Exploitation scientifique et collaborations de recherche

17Enfin, le potentiel scientifique de ces archives photographiques est exploité au profit des Mrah et d’autres instituts de recherche, nationaux et internationaux, concernés par le contenu de ces photographies. Pour les Mrah, une attention particulière est accordée aux images se rapportant aux objets de la collection égyptienne du musée qui proviennent des différents sites explorés par Capart et ses collaborateurs. Le contexte original de découverte de ces objets tel qu’il est décrit dans les fiches d’enregistrement et dans la documentation de terrain est ainsi confronté aux photos disponibles.

  • 9 . Pour plus d’information, consulter : www.pyramidsandprogress.be.

18Par ailleurs, le projet Sura recherche activement de nouvelles opportunités de collaboration, non seulement avec d’autres plateformes de recherche et bases de données en ligne similaires, de manière à élargir leur potentiel scientifique mutuel, mais aussi avec des chercheurs indi-viduels, des consortiums de recherche ou des institutions intéressés par le contenu de ces négatifs sur plaques de verre. Depuis le début du projet, plusieurs institutions et chercheurs ont déjà manifesté un vif intérêt pour ces photos. Le projet recoupe également de nombreuses problématiques abordées par le projet interdisciplinaire « Pyramids and Progress: Belgian expansionism and the making of Egyptology, 1830–1952 »9, un consortium belge impliquant la KU Leuven, l’Université libre de Bruxelles, l’Université de Gand, les Mrah et le Musée royal de Mariemont, et qui vise à étudier l’émergence de l’égyptologie belge dans le contexte des politiques expansionnistes de la Belgique (De Meyer et al. 2019). À l’achèvement du projet Sura, cette collection photographique sera fermement ancrée et intégralement accessible, non seulement à la communauté scientifique mais également au grand public.

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Bibliographie

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Notes

1 . E. g. Griffith Institute Archives, Oxford (www.griffith.ox.ac.uk/archive), Digital Giza Project, Harvard University (giza.fas.harvard.edu), Egypt Exploration Society, Londres (www.flickr.com/photos/egyptexplorationsociety), Institut für Ägyptologie, Ludwig-Maximilians-Universität & Staatlichen Museen Ägyptische Kunst, Munich – Mudira Database (mudira.gwi.uni-muenchen.de), Oriental Institute, University of Chicago (oi-idb.uchicago.edu), Netherlands Institute for the Near East, Leiden (www.nino-leiden.nl/collections/nino-collection-glassslides), Frobenius Institute, Frankfurt am Main (bildarchiv.frobenius-katalog.de/start.fau?prj=isbild_en&mob=0). On mentionnera également l’Egypt Documentation Project, soutenu par le British Museum, et dans le cadre duquel près de 50 000 négatifs sur plaque de verre, provenant des collections du musée égyptien du Caire et des archives scientifiques du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, sont en cours de numérisation (www.britishmuseum.org/about_us/departments/egypt_and_sudan/egypt_documentation_project.aspx).

2 . Déjà, en 1900, le célèbre égyptologue américain James Henry Breasted (1865-1935) mettait en avant les bénéfices de l’utilisation d’une jumelle stéréoscopique pour documenter les monuments de l’Égypte ancienne (Breasted 1900 : 13–14, 47–49). Dans sa publication de vues stéréoscopiques de l’Égypte, il s’était attaché à reporter très précisément sur des cartes et des plans l’endroit depuis lequel il avait pris ses clichés de telle sorte que le lecteur-spectateur puisse s’immerger et au final « […] have become more familiar with Egypt than most tourists in that country, who usually read so rapidly on the spot and are hurried about at such a rate, that they bring home only blurred and confused impressions of what they have seen. » Breasted ajoutait encore que «  […] wherever your memory later fails you, you only have to return to the spot by means of the stereoscope and renew your impression, which the tourists cannot do. » (Breasted 1900 : 50). Capart possédait lui-même un appareil de prise de vues stéréoscopiques qu’il tenait de son père, le docteur Alphonse Capart (1847-1925).

3 . Pour plus d’information sur les équipements de numérisation de l’OrB, consulter : espace.oma.be/science/rob-facilities.html. Pour des informations techniques, voir également De Cuyper 2012 ; De Cuyper et al. 2011. Des protocoles spécifiques ont été définis pour réaliser la numérisation de cette collection de plaques historiques en veillant à la fois à obtenir une qualité visuelle maximale pour chaque image et à assurer la sauvegarde et la conservation pérenne des fichiers numériques produits.

4 . CarmentisCatalogue en ligne du musée des Mrah.

5 . Spectrum – Collections Trust.

6 . Lightweight Information Describing Objects – ICOM-CIDOC.

7 . Les Categories for the Description of Works of Art (CDWA) ou Catégories pour la description des objets d’art sont maintenues par le Getty Vocabulary Program3 et sont couramment implémentées dans les logiciels de gestion de musée. Pour en savoir plus, voir Getty Vocabulaires (Getty Research Institute).

8 . Le Dublin Core est un format descriptif simple et générique créé en 1995 à Dublin (Ohio, États-Unis) par OCLC (Online Computer Library Center) et le NCSA (National Center for Supercomputing Applications). Pour en savoir plus, voir Dublin Core | BnF - Site institutionnel.

9 . Pour plus d’information, consulter : www.pyramidsandprogress.be.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Jean Capart debout près de l’un des colosses de Memnon (le colosse sud) au Kom el-Hettan. Photo Aram Alban, 1946. © Kmkg-Mrah, Egi-2 22479.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/14349/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 499k
Titre Fig. 2. Déblaiement de la rampe le long de la face nord de la petite pyramide à degrés à el-Kola. Fouilles des Musées Royaux d’Art et d’Histoire/Fondation Égyptologique Reine Élisabeth. Photo Jean Capart, 19 novembre 1945. © Kmkg-Mrah, Egi.12157.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/14349/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 766k
Titre Fig. 3. Fouilles françaises sous la direction de Pierre Montet à Tanis. Photo Jean Capart, janvier–février 1934. © Kmkg-Mrah, Egi.10024.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/14349/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 721k
Titre Fig. 4. Statuette d’un roi protodynastique (vers 3 000 av. J.-C.) coiffé de la couronne blanche, découverte par W. M. F. Petrie dans le temple d’Osiris à Abydos et conservée actuellement au British Museum à Londres (inv. EA37996). Photo Jean Capart, 1903 (?). © Kmkg-Mrah, Egi.05871.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/14349/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 992k
Titre Fig. 5. L’obélisque inachevé d’Aswan, lors de la visite effectuée par Jean Capart en compagnie de la famille Goldman. Photo Jean Capart, 16 février 1930. © Kmkg-Mrah, Egi.07323.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/14349/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 981k
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Pour citer cet article

Référence papier

Wouter Claes, Aude Gräzer Ohara, Marleen De Meyer et Athena Van der Perre, « « Si mes photos sont bien réussies, on verra une merveille » »Les nouvelles de l'archéologie, 170 | 2023, 20-25.

Référence électronique

Wouter Claes, Aude Gräzer Ohara, Marleen De Meyer et Athena Van der Perre, « « Si mes photos sont bien réussies, on verra une merveille » »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 170 | 2023, mis en ligne le , consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/14349 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.14349

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Auteurs

Wouter Claes

Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles (Belgique)

Aude Gräzer Ohara

Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles (Belgique)

Marleen De Meyer

KU Leuven, Louvain (Belgique)

Athena Van der Perre

KU Leuven, Louvain (Belgique)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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