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Dossier

« Des coléos dans le fardo... »

Contribution de l’archéoentomologie et de la paléoparasitologie à l’étude des momies préhispaniques
Bugs in the bundle... Contribution of Archaeoentomology and Paleoparasitology to the study of pre-Hispanic mummies
Pauline Kirgis et Jean-Bernard Huchet
p. 17-21

Résumés

L'archéo-entomologie funéraire révèle l'importance des insectes pour la compréhension de la vie des populations passées et fournit de nouvelles clés d'interprétation des pratiques funéraires. Peu d’études archéo-entomologiques ont été consacrées aux momies préhispaniques, malgré leur forte prévalence dans la plupart des musées du monde. Les conditions environnementales du continent sud-américain et l’excellente conservation des insectes à travers le temps sont des facteurs légitimant la réalisation d’études archéo-entomologiques et paléoparasitologiques.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 . Découverte en 1877 par l’explorateur Paul Vidal-Senèze dans la falaise de Piedra Grande de la val (...)
  • 2 . Cf. Frédéric Cordier, Tintin et le mystère de la momie Rascar Capac, film documentaire de 52 mn, (...)

1Si les momies égyptiennes et leurs sarcophages richement décorés fascinent les visiteurs des musées, d’autres civilisations ont également cherché à conserver les corps, soit par dessiccation naturelle soit via des traitements anthropiques destinés à prévenir la décomposition postmortem (éviscération de l’intestin, de l’estomac et, parfois, excérébration). Moins souvent exhibées que leurs homologues égyptiennes, certaines momies sud-américaines sont également célèbres. Citons pour exemple la momie Chachapoya Mnhn-HA-301871 du musée de l’Homme : figurée par Paul Gauguin dans plusieurs de ses tableaux, elle est à l’origine du Cri, œuvre du peintre norvégien Edvard Munch dont il existe cinq versions réalisées entre 1893 et 1917 (Thomas et al. 2021). Tout aussi populaire est la momie précolombienne AAM5939 des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, dont Hergé aurait tiré son personnage de l’inca Rascar Capac dans l’album de Tintin Les Sept boules de cristal2.

2L’art de la préservation corporelle a pour effet indirect de conserver une grande partie des parasites internes et externes mais également tout ou partie de l’entomofaune nécrophage et/ou nécrophile ayant pu coloniser le cadavre. Via une approche que nous pourrions qualifier d’« archéoforensique », décrite dans les années 1990 sous le nom d’archéoentomologie funéraire (Huchet 1996), l’étude des vestiges de ces voraces petits arthropodes permet de recueillir des informations souvent inédites sur le traitement du corps, son histoire taphonomique et, plus largement, sur les pratiques funéraires locales. Toutefois, si les méthodes d’investigations des restes humains momifiés ont largement progressé depuis le début du xixe siècle (imagerie médicale, génétique, géochimie, etc.), les normes muséales de conservation n’autorisent plus de « débandelettage » et autres « déshabillages » des momies humaines ou animales, ce qui interdit une étude exhaustive des vestiges entomologiques ayant colonisé le corps de sa mort à sa découverte. Rarement complètement hermétiques, les ballots ou fardos funéraires, constitués de nombreuses couches de tissus enveloppant les momies d’Amérique précolombienne, laissent cependant filtrer, au travers de leur mailles, des fragments d’insectes ou d’ectoparasites que l’archéoentomologiste peut exploiter.

Conservation et identification des vestiges d’insectes

3La conservation des insectes, et en particulier de certaines parties de leurs corps, résulte de la présence de chitine dans la composition de leur exosquelette. Cette chitine est un composé organique dur, solide et imperméable, présent chez la majorité des arthropodes. Pour autant, certains ordres d’insectes supportent mieux l’épreuve du temps. Ainsi chez les Coléoptères, des parties comme la tête, le thorax (pronotum) ou encore les élytres se conservent remarquablement. Les caractéristiques morphologiques de ces éléments anatomiques sont propres à chaque famille, genre ou espèce. Dans leur grande majorité, les vestiges collectés sont le plus souvent très fragmentaires, ce qui rend leur identification complexe.

  • 3 . Le puparium (pl. puparia), est un petit tonnelet brun et rigide dans lequel la larve se métamorph (...)

4En contexte archéologique, les mouches (Diptères), indicateurs privilégiés des enquêtes médico-légales, ne se conservent qu’exceptionnellement sous leur forme adulte (imago). Elles sont principalement collectées sous leur forme juvénile (puparia3) (fig. 1). La morphologie externe de ces puparia permet généralement de reconnaître leur appartenance à une famille, un genre, parfois même une espèce donnée. Les principaux éléments diagnostiques utilisés sont la conformation et la localisation des stigmates respiratoires ainsi que les pièces buccales de la larve de troisième stade (céphalosquelette) qui subsistent à l’intérieur du puparium. Le travail d’identification est réalisé sous loupe binoculaire à l’aide de clés dichotomiques et de collections de références (Greenberg & Szyska 1984 ; Souto Couri et al. 2008 ; Giordani et al. 2019 ; Pradelli et al. 2021).

Fig. 1. Cycle biologique d’une mouche (Diptère) d’après Huchet 2017.

Fig. 1. Cycle biologique d’une mouche (Diptère) d’après Huchet 2017.

Le contexte géographique et les modes d’inhumations préhispaniques

5L’Amérique préhispanique constitue une aire géographique des plus vastes avec des caractéristiques environnementales variées, composant ainsi un milieu archéologique très riche et, eu égard au climat et à l’hygrométrie, un conservatoire optimal pour les restes de nature organique. La région côtière, du nord au sud, est une région aride bien connue archéologiquement. C’est sur cette côte que des groupes culturels très importants tels que les Mochicas (de 100 à 800 AD) et les Chimus (de 1000 à 1460 AD) au nord, ainsi que les Paracas (de 900 avant notre ère à 200 AD) et les Nazcas (de 200 à 600 AD) au sud, se sont établis. Parallèle à la côte désertique, la région des hauts plateaux andins correspond aux trois cordillères occidentale, centrale et orientale et regroupe le centre du Pérou, l’Altiplano péruvien et l’Altiplano bolivien avec le lac Titicaca. Des groupes culturels tels que les Huaris (de 600 à 1100 AD) y ont prospéré. Enfin, sur le versant amazonien où la végétation est très dense et les vents sont dominants, les niveaux de pluviométrie et d’humidité sont considérables. Les Chachapoyas (1200-1438 AD) y ont constitué un groupe culturel emblématique en raison de leurs modes funéraires (corps exposés à l’air libre sur des flancs de falaise, dans des mausolées ou des sarcophages d’argile). Les modes d’inhumations varient selon les aires géographiques et culturelles. Pour autant, la chronologie des gestes funéraires reste méconnue en raison de l’absence d’études archéoentomologiques. Sur la côte nord, les pratiques funéraires sont multiples. Dès 200 avant notre ère, les Vicus inhumaient leurs défunts dans des tombes de tailles variées en forme de « botte » (Kauffman Doig 1986). Ce mode d’inhumation singulier se retrouve chez les Mochicas qui adoptèrent également d’autres pratiques variées (Donnan & Cock 1997). Comme nous l’avons évoqué précédemment, des inhumations en capsule d’argile sont attestées sur le versant amazonien chez les Chachapoyas, qui plaçaient fréquemment les corps au bord de falaises difficiles d’accès ou les déposaient dans des grottes, caves ou mausolées (Reichlen & Reichlen 1950 ; Kauffman Doig 2003). Les défunts étaient en position fléchie, les membres maintenus par des cordes et les mains disposées de chaque côté du visage, l’ensemble étant entouré de plusieurs couches de textiles en coton ou laine de camélidés. Les paquets funéraires ou fardos sont fréquents sur la côte centrale et la côte sud chez les Nazcas, les Paracas ou encore les Chancay (1200-1450 AD) (fig. 2), et ils contiennent souvent des offrandes végétales ou matérielles. À partir de 600 de notre ère, des têtes postiches peuvent surmonter le paquet (Kauffman Doig 1986).

Fig. 2. Dessin dévoilant la constitution des paquets funéraires (culture Chancay, nécropole d’Ancón, côte centrale du Pérou), d’après Reiss et Steubel 1880-1887, planche 20.

Fig. 2. Dessin dévoilant la constitution des paquets funéraires (culture Chancay, nécropole d’Ancón, côte centrale du Pérou), d’après Reiss et Steubel 1880-1887, planche 20.

Paléoparasitologie et archéoentomologie des momies préhispaniques

6Contrairement à l’Égypte ancienne, il n’existe qu’un nombre très restreint d’études archéoentomologiques relatives aux momies de l’Amérique préhispanique. En outre, ces rares études concernent davantage la paléoparasitologie que l’archéoentomologie.

Paléoparasitologie

7En contexte archéologique, les parasites externes ou « ectoparasites » (poux, puces, punaises de lit…), ont propension à très bien se conserver et fournissent des informations précises sur l’état sanitaire des populations du passé. Les plus nombreux à infester l’homme sont les poux de la tête (Pediculus humanus capitis de Geer), du corps (P. humanus humanus L.) et du pubis (Phtirus pubis L.). Sur les momies, le pou de la tête est généralement le plus fréquent du fait de la bonne conservation des cheveux.

8Pour mémoire, le premier examen paléoparasitologique relatant la présence du pou de la tête sur une momie fut réalisée par Ruffer en 1921 et il concernait une momie égyptienne. Il a fallu près d’un siècle pour que la paléo-parasitologie se développe sur le continent sud-américain. La première étude a concerné deux momies préhispaniques : des œufs et des adultes de poux du pubis ou « morpions » ont été identifiés sur une momie chilienne du désert d’Atacama, datée de 2000 ans, et des adultes de poux ont été collectés dans le sédiment et les vêtements d’une momie péruvienne, datée de plus de 1000  ans et provenant du site archéologique de Chiribaya Baja, localisé sur la côte sud (Rick et al. 2002). Les auteurs suggèrent que les échanges entre les populations des Andes et celles de l’Amazonie auraient entraîné une circulation des parasites entre ces deux aires géographiques.

9Eu égard à la forte prévalence d’ectoparasites dans les populations préhispaniques, il est fréquent de retrouver des vestiges archéologiques de « peignes à poux » tels ceux utilisés par les Chribaya de la vallée de Moquegua (Chili) et illustrés par Reinhard et Buikstra (2003). Ces auteurs démontrent que les pédiculoses (affection cutanée liée à une forte infestation parasitaire) étaient extrêmement fréquentes au sein de cette culture et ils signalent notamment un cas remarquable de plica polonica (cheveux emmêlés avec l’exsudat, c’est-à-dire le liquide suintant de l’inflammation, et présence d’un champignon se développant dans la masse). D’autres poux de la tête ont été mis en évidence sur les plus vieilles momies du monde, les Chinchorro, du site de Camarones au nord du Chili (Rivera et al. 2008). Sept momies datées de 2 000 ans avant notre ère ont fait l’objet d’une étude approfondie et 460 lentes ont été collectées sur six d’entre elles. Cette pédiculose chilienne a été confortée quelques années plus tard par la découverte d’une infestation sévère de poux de la tête sur une momie provenant à nouveau du désert d’Atacama et datée entre 670 et 990 AD. Les auteurs ont illustré cette infestation à l’aide du microscope électronique à balayage, mettant en évidence l’excellente conservation des vestiges parasitaires (Arriaza et al. 2012).

Archéoentomologie

10Si les mentions d’insectes nécrophages en archéoentomologie funéraire sont connues depuis l’Antiquité pour les momies égyptiennes, il n’en est pas de même en ce qui concerne les momies précolombiennes. Après qu’ait été mise en lumière la présence de larves de diptères à différents stades de développement sur trois momies de la côte centrale péruvienne (Vreeland 1976 in Riddle et al. 1982), le microscope électronique à balayage a été utilisé pour la toute première fois à des fins archéoentomologiques quelques années plus tard (Riddle et al. 1982). Diverses espèces de coléoptères subfossiles associées à des paquets funéraires péruviens ont ainsi été identifiées, comme Alphitobius diaperinus (Panzer, 1797), le petit ténébrion (Tenebrionidae), ou encore Stegobium paniceum (Linné 1758) ou vrillette du pain (Anobiidae). Cette dernière espèce, dite « muséophage », car nuisible pour les collections patrimoniales, a été retrouvée sur des momies du musée archéologique San Miguel de Azapa (Chili). En 2005, l’association de mouches Calliphoridae et de guêpes parasitoïdes (Diapriidae) dans la boîte crânienne et dans les tissus du paquet funéraire d’une momie Chachapoya du site de La Petaca, sur le versant oriental des Andes péruviennes, a conduit les auteurs à supposer qu’elle avait fait l’objet d’une courte exposition à l’air libre et d’un enveloppement rapide (Nystrom et al. 2005). L’analyse du sédiment retrouvé dans la cavité abdominale d’un squelette du site archéologique Alero Mazquiarán, situé en Patagonie dans la province de Chubut (Argentine) a mis en évidence des diptères (Calliphoridae et Piophilidae), des mites (lépidoptères, Tineidae) et des coléoptères (Dermestidae) (Fugassa et al. 2008). Au regard du grand nombre de vestiges collectés et de la présence de Dermestidae, qui ne s’enfouissent pas, les auteurs ont conclu que l’individu avait été inhumé très superficiellement, vraisemblablement en saison chaude.

11Au Mexique, un paquet funéraire daté entre le xe et le xie siècle et provenant de la grotte de La Candelaria, dans l’état de Coahuila, a fait l’objet d’une étude exhaustive (Huchet et al. 2013). Douze espèces appartenant à dix familles et quatre ordres distincts (Diptères, Coléoptères, Hyménoptères et Lépidoptères) ont été identifiées. L’absence de mouches pionnières (Calliphoridae) atteste d’un enveloppement rapide, sans exposition à l’air libre avant inhumation. Les épisodes de colonisation du corps ont été multiples et, d’après les espèces, familles et ordres collectés, l’accès au paquet était relativement aisé. En effet, bien que les coléoptères appartenant aux familles des Histeridae et des Staphylinidae colonisent généralement les corps en décomposition durant les premières semaines suivant la mort, ceux des familles Dermestidae, Ptininae et Trogidae surviennent durant les stades de dessiccation avancés. Ils ont donc eu accès au paquet funéraire sur une période relativement longue. Enfin, la présence de la mouche Synthesiomyia nudiseta (van der Wulp 1883), de la famille des Muscidae, évoque une colonisation tardive ou différée du paquet. Les éléments exogènes utilisés pour la construction de ses cocons laissent supposer une réhydratation de celui-ci, par exemple lors d’une manipulation secondaire.

12Le site emblématique de La Huaca de la Luna, au nord du Pérou, a également livré quelques informations sur les pratiques funéraires Mochica. L’étude de cas conduite par Jean-Bernard Huchet sur un jeune individu a démontré une exposition du corps à l’air libre sur une période minimum d’un mois : les cycles biologiques des mouches et leurs habitudes indiquent en effet une décomposition en surface, dans une tombe laissée ouverte, au moins pendant trois ou quatre semaines (Huchet & Greenberg 2010).

13Depuis 2013, aucune étude archéoentomologique de momie préhispanique n’a fait l’objet d’une publication. Bien qu’il soit établi que les corps étaient placés majoritairement en position fœtale puis enveloppés dans des textiles avant d’être déposés dans leur lieu d’inhumation, la chronologie des gestes demeure inconnue. L’ordre d’apparition des insectes nécrophages devient alors une véritable source d’informations.

14Dans le cadre d’une étude inédite récente (2019), Pauline Kirgis a prélevé près de 750 vestiges archéoentomologiques et paléoparasitologiques représentant plus de 40 taxons sur onze momies des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles et du musée de l’Homme de Paris. Le corpus incluait trois types de vestiges humains : des paquets funéraires, des corps complets ou fragmentaires et enfin des têtes isolées.

15Cette richesse taxonomique laisse présager de multiples informations quant aux pratiques funéraires de ces populations (fig. 3 et 4). La présence de diptères Calliphoridae atteste d’une activité sur corps frais (fig. 3). Celle de vestiges de coléoptères comme les Dermestidae (Dermestes cf. peruvianus) ou encore les Tenebrionidae (Gnatocerus cornutus [Fabricius, 1798]) (fig. 4) témoigne d’une activité entomologique à différents stades de décomposition du corps et de la présence d’offrandes accompagnant le défunt. Ainsi, la diversité de l’entomofaune collectée permet de proposer des scenarii de chronogrammes relatifs aux gestes funéraires avant inhumation. Pour un paquet funéraire en particulier, la présence de Synthesiomyia nudiseta (Muscidae), avec un cycle biologique complet, indique que l’enveloppement du défunt n’a pas eu lieu avant les quinze premiers jours suivant le décès. Le corps aurait été ensuite enveloppé dans deux couches de textiles et laissé à l’air libre, vraisemblablement dans une cavité, et ce sur une longue période, comme l’attestent certaines familles de coléoptères (Dermestidae, Ptininae). D’autres familles du même ordre (Anobiidae, Tenebrionidae, Curculionidae) laissent supposer que le défunt avait reçu en offrande des denrées alimentaires et des végétaux, puisque ces espèces se nourrissent de ce type d’aliments. Toutefois, la présence des Stegobium paniceum (Anobiidae) peut aussi résulter d’une contamination muséale (Rosello  2001). À cet égard, la présence simultanée des coléoptères ubiquistes Stegobium paniceum (Linné 1758) (Anobiidae) et Alphitobius diaperinus (Panzer 1797) (Tenebrionidae) sur des momies péruviennes (Riddle et al. 1982), dans la tombe de Toutankhamon (Alfieri 1931) ou encore dans des niveaux archéologiques d’époque romaine (Hall & Kenward 1990) nourrit depuis 1996 les hypothèses de voyages transocéaniques et de contacts entre les différents continents (Sorenson & Raish 1996 ; Jett 2003 ; Sorenson & Johannessen 2004).

Fig. 3. Puparia de diptère (Lucilia - Calliphoridae) provenant de la cavité abdominale d’une momie chilienne (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, Belgique). Photographie P. Kirgis.

Fig. 3. Puparia de diptère (Lucilia - Calliphoridae) provenant de la cavité abdominale d’une momie chilienne (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, Belgique). Photographie P. Kirgis.

Fig. 4. Gnatocerus cornutus (Fabricius 1798) (Coleoptera : Tenebrionidae) collectés dans les replis du paquet funéraire d’une momie péruvienne (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, Belgique). Vignette en haut à droite : spécimens actuels. Photographie P. Kirgis.

Fig. 4. Gnatocerus cornutus (Fabricius 1798) (Coleoptera : Tenebrionidae) collectés dans les replis du paquet funéraire d’une momie péruvienne (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, Belgique). Vignette en haut à droite : spécimens actuels. Photographie P. Kirgis.

Conclusion

16Le paysage andin et ses momies constitue sans conteste un univers archéoentomologique et paléoparasitologique très riche. Les identifications d’arthropodes permettent d’élaborer des hypothèses, à la fois quant aux environnements, aux pratiques anthropiques ou encore à l’état sanitaire des populations. L’ordre d’apparition des insectes nécrophages est une précieuse source d’informations. Les questions relatives à la chronologie des gestes funéraires et/ou à la présence d’offrandes accompagnant le défunt peuvent désormais trouver des réponses. La présence de pupes de diptères pondant sur des « cadavres frais » révèle vraisemblablement une exposition des corps avant leur inhumation. Ainsi, déterminer la famille à laquelle appartiennent ces vestiges permet d’estimer la durée de cette exposition. Pour chaque momie étudiée, le cycle biologique des spécimens collectés et identifiés révèle des informations majeures pour l’élaboration de scenarii sur les pratiques funéraires et sur les conditions de conservation des corps, y compris au sein des collections muséales. L’archéoentomologie funéraire apporte des réponses précises sur les sujets étudiés.

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Bibliographie

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Notes

1 . Découverte en 1877 par l’explorateur Paul Vidal-Senèze dans la falaise de Piedra Grande de la vallée andine de l’Utcubamba (Pérou), cette momie trépanée témoigne de rituels funéraires antérieurs aux Incas.

2 . Cf. Frédéric Cordier, Tintin et le mystère de la momie Rascar Capac, film documentaire de 52 mn, Panoramique Terre Productions, Un film à la patte, Moulinsart, Arte et Rtbf.

3 . Le puparium (pl. puparia), est un petit tonnelet brun et rigide dans lequel la larve se métamorphose pour devenir une mouche adulte.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Cycle biologique d’une mouche (Diptère) d’après Huchet 2017.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13709/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 367k
Titre Fig. 2. Dessin dévoilant la constitution des paquets funéraires (culture Chancay, nécropole d’Ancón, côte centrale du Pérou), d’après Reiss et Steubel 1880-1887, planche 20.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13709/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 712k
Titre Fig. 3. Puparia de diptère (Lucilia - Calliphoridae) provenant de la cavité abdominale d’une momie chilienne (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, Belgique). Photographie P. Kirgis.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13709/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 2,7M
Titre Fig. 4. Gnatocerus cornutus (Fabricius 1798) (Coleoptera : Tenebrionidae) collectés dans les replis du paquet funéraire d’une momie péruvienne (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, Belgique). Vignette en haut à droite : spécimens actuels. Photographie P. Kirgis.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13709/img-4.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Pauline Kirgis et Jean-Bernard Huchet, « « Des coléos dans le fardo... » »Les nouvelles de l'archéologie, 167 | 2022, 17-21.

Référence électronique

Pauline Kirgis et Jean-Bernard Huchet, « « Des coléos dans le fardo... » »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 167 | 2022, mis en ligne le , consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/13709 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.13709

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Auteurs

Pauline Kirgis

Doctorante en Anthropologie biologique, spécialité Archéoentomologie funéraire

Cnrs / Ministère de la Culture / Université de Bordeaux, Umr 5199 Pacea
« De la Préhistoire à l’Actuel : culture, environnement et anthropologie »

Jean-Bernard Huchet

Cnrs / Ministère de la Culture / Université de Bordeaux, Umr 5199 Pacea
« De la Préhistoire à l’Actuel : culture, environnement et anthropologie »

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