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Dossier

L’insecte qu’on voulait faire aussi gros que le jaguar

Présence entomologique chez les Amérindiens d’Amazonie
Stéphen Rostain
p. 8-16

Résumés

L’insecte, associé à bien des activités humaines, est omniprésent dans la grande forêt pluviale d’Amazonie. Aussi, n’est-il pas étonnant de le voir apparaître sous diverses formes en archéologie, souvent inattendues. Les fourmis et les termites ont ainsi joué un rôle essentiel dans la préservation de structures agricoles archéologiques comme les champs surélevés des savanes inondables des Guyanes et de Bolivie. Jusqu’à aujourd’hui, les Amérindiens ont déployé des relations étroites avec l’univers des insectes, qu’elles soient alimentaires, artisanales, rituelles, voire mythologiques. Ils sont en effet bien représentés dans les productions artistiques, par le biais de figurations difficiles à déchiffrer, mais qui ouvrent sur la lecture de mythes séculaires.

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Dédicace

« Les fourmis étaient amies avec les chasseurs et ont dit qu’elles essaieraient de les aider »
Extrait d’un mythe arekuna du Guyana, Cooper [2018].

Texte intégral

Remerciements

Je remercie vivement l’écologue Doyle McKey pour son enrichissante relecture du manuscrit.

1Celui qui pénètre dans la grande forêt tropicale humide d’Amazonie est immédiatement assailli par un vacarme animal tenace. Pourtant, point de jaguar tapi feulant avant l’attaque, point de singe facétieux piaillant de rire, point de serpent vicieux sifflant sa rage. Non, ces stridulations, vrombissements et autres bourdonnements sont anonymes. Les minuscules maîtres à chitine de la jungle sont discrets et peu visibles. Les insectes constituent pourtant en Amazonie une biomasse au moins quatre fois supérieure à celle de tous les autres animaux. Face aux quelques milliers d’espèces de poissons, oiseaux et mammifères, ce sont des centaines de milliers, voire de millions, d’espèces d’insectes qui peuplent la sylve. Autant dire qu’ils jouent également un rôle essentiel dans le biotope forestier équatorial, qu’il faut apprendre à cerner.

Au royaume des insectes, la fourmi est reine

2Cette domination entomologique a des conséquences directes pour l’archéologie puisque les sites anciens eux-mêmes sont impactés, parfois fortement, par les actions de ces bestioles. Ce fut par exemple le cas dans les champs surélevés précolombiens du littoral de Guyane (McKey et al. 2010 ; Rostain 2018a).

3À partir de 600 apr. J.-C., des populations originaires du moyen Orénoque ont investi le littoral des Guyanes et entrepris de grands terrassements afin de cultiver les savanes inondables (Rostain 2016). Les buttes étudiées en Guyane française ont été datées au 14C entre cal. 898-1022 et 1289-1404 apr. J.-C. (McKey et al. 2010). Ce sont des tertres ronds de 1 à 4 mètres de diamètre ou bien rectangulaires et allongés sur plusieurs mètres pour généralement moins d’un mètre de hauteur. Cette surélévation – qui était probablement supérieure durant leur utilisation et s’est peu à peu érodée – est néanmoins suffisante pour cultiver au-dessus du niveau d’inondation annuelle. Des micro-restes de maïs (Zea mays), de courge (Cucurbita), de piment (Capsicum sp.), de manioc (Manihot esculenta) et de ce qui semble être la patate douce (Ipomoea batatas) y ont été découverts (Iriarte et al. 2010 ; Rostain 2016).

4L’action écologique des fourmis, accompagnées des termites et des vers de terre, a laissé des traces pérennes dans ces anciennes structures agricoles. Elles ont pu être révélées grâce à une recherche interdisciplinaire menée il y a une décennie par des chercheurs en sciences humaines, de la Vie et de la Terre (Rostain & McKey 2015). Le relatif bon état de conservation des champs surélevés millénaires a tout de suite surpris. Alors évidemment, on pourrait expliquer cette préservation privilégiée par le faible impact humain dans les savanes depuis leur abandon par les agriculteurs, avant la conquête européenne. À l’inverse, les facteurs d’érosion sont puissants et auraient dû aplanir du moins partiellement les tertres. Ce sont en effet 2 à 4 mètres de pluie qui s’abattent en torrent chaque année dans les savanes. Ajoutés à cela, des incendies récurrents éliminent régulièrement la couverture végétale à la saison sèche, privant les buttes de sa protection contre les éléments.

5C’est pour comprendre cette très bonne conservation des buttes que les écologues ont exploré l’hypothèse selon laquelle les processus naturels, conduits par des organismes « ingénieurs » tels que fourmis, termites, vers de terre et plantes, pouvaient s’opposer aux incidences des phénomènes érosifs naturels (Renard et al. 2013). En effet, ces communautés colonisent préférentiellement les anciennes buttes, chacune abritant au moins un nid de fourmis, et concentrent leurs activités sur ces structures, seuls sites où les sols demeurent exondés à la saison des pluies, les insectes pouvant alors se réfugier dans les chambres supérieures pour échapper à l’eau. Ils doivent donc remonter régulièrement des matériaux au sommet afin de maintenir leur habitat au-dessus du niveau d’inondation. Les fourmis champignonnistes Acromyrmex sont une composante bien visible de cette communauté d’organismes qui maintiennent les buttes.

6En outre, certaines fourmis (y compris les Acromyrmex) et quelques espèces de termites transportent de la matière organique depuis les alentours jusqu’à leurs nids dans les buttes, et tous ces organismes – ainsi que les racines des plantes, plus denses sur les buttes que dans la matrice inondée – modifient les propriétés physiques du sol, le rendant plus poreux et plus résistant à l’érosion (ibid.). Enrichies par l’accumulation et la transformation de la matière organique, les buttes sont préférentiellement colonisées par des plantes qui à leur tour déposent de la litière sur elles. De même, les vers de terre sont attirés par leurs sols aérés et cette concentration de matière organique. Les activités des ingénieurs modifient aussi les propriétés physiques des sols. La porosité créée par les vers de terre et autres augmente la capacité d’infiltration d’eau, qui atteint sur les buttes des valeurs neuf fois supérieures à celles caractérisant la matrice à côté. En transportant de la matière sur les buttes et en réduisant l’érosion, ces communautés maintiennent la concentration des ressources (et des organismes) sur les buttes et leur déplétion dans la matrice. Ces biotopes semblent donc se comporter comme des écosystèmes auto-organisés naturels (McKey et al. 2010).

7Les insectes sociaux, ainsi que les vers de terre, génèrent par leurs activités de bioturbation des mouvements verticaux et horizontaux dans le sol (Rostain & McKey 2015). Ils contribuent à la création d’agrégats stables et donc peu sensibles aux agressions physiques induites par les feux et les pluies. Leurs activités, comme celles associées aux systèmes racinaires des plantes, structurent le sol en l’aérant et en modifiant ses propriétés physiques. Plus poreux, les sols des buttes acquièrent ainsi une meilleure capacité d’infiltration de l’eau qui, en percolant dans le sol au lieu de ruisseler à sa surface, limite les processus d’érosion. De plus, la végétation peut, à la saison des pluies, intercepter les gouttes de pluie et diminuer leur impact érosif. Enfin, la plus grande quantité de matière organique dans le sol permettrait de conserver l’humidité de la terre en saison sèche.

8Les données collectées en Guyane française ont permis de démontrer l’action effective des ingénieurs naturels d’écosystème et d’élaborer des modèles en ingénierie écologique (Renard et al. 2012). Cette conjonction d’effets biologiques semble en définitive expliquer le maintien de ces paysages agricoles précolombiens. Les « espèces ingénieurs » ont pris le relais des Amérindiens dans le maintien des monticules, les préservant ainsi jusqu’à nos jours. En quelque sorte, les mammifères sociaux agriculteurs que sont les humains ont édifié les buttes qui ont ensuite été entretenues par les insectes sociaux cultivateurs que sont les fourmis – puisque ces animaux rapportent des végétaux dans leurs nids afin de les mastiquer pour les transformer en compost dans le but de cultiver des champignons pour leur alimentation. Ainsi que le disent les Kayapó du Brésil, « la petite fourmi rouge est la gardienne de nos champs et notre amie/parente » (extrait d’un mythe kayapó, dans Posey 1997).

9Le paysage littoral actuel de Guyane résulte sans nul doute d’une intime interaction entre humains et nature. Les ingénieurs naturels d’écosystème, au premier rang desquels les fourmis et les termites, en ont été les sentinelles les plus actives, en préservant notamment les constructions agricoles de terre des premiers habitants. La forme observée par l’archéologue procède ainsi d’une genèse à la fois culturelle et naturelle.

10La nécessité de combiner l’archéologie avec l’écologie et l’archéoentomologie en Amazonie est donc une évidence. Mais, l’étude dépasse le simple champ des sols puisque les Amérindiens ont fait – et font encore – un usage varié et important des insectes, tant pour leur nourriture que comme matière première à des fins artisanales, décoratives et même mythologiques (fig. 1).

Miel à la bouche, dard à la queue1

  • 1 . Proverbe malais.

11De prime abord, on pourrait imaginer que les insectes, arachnides et autres myriapodes sont de pures nuisances pour les sociétés humaines habitant l’Amazonie, censées en avoir fait une chasse systématique pour se prémunir de leurs morsures, piqûres et dommages divers. Un bon contrôle de leur présence et de leur envahissement est pourtant possible. Par exemple, les Kayapó empêchent les invasions de fourmis champignonnistes coupeuses de feuille Atta sexdens qui détruisent les plantations en favorisant la multiplication de plantes vénéneuses ou l’installation, à la périphérie des champs, de nids de fourmis Azteca sp. dont l’odeur repousse les envahisseuses (Posey 1997). Les insectes piqueurs-suceurs sont combattus en s’enduisant de jus de genipa (Genipa americana) ou de roucou (Bixa orellana), ainsi que par des fumigations de tabac et de plantes ou bois répulsifs (ibid.).

12Malgré quelques désagréments liés à leur fréquentation, ces animaux jouissent d’un statut beaucoup plus positif au sein des peuples amérindiens (Cooper 2018). En premier lieu, ils constituent une ressource quasiment inépuisable de protéines, en particulier pour les femmes et les enfants. On grille avec gourmandise de grosses fourmis, notamment du genre Atta, on se gave de gluantes mais appétissantes larves de longicornes, on mange à satiété grillons, sauterelles, termites et mêmes araignées. Faciles à collecter, les insectes remplacent avantageusement le gros gibier lorsqu’il vient à manquer. Les abeilles fournissent en plus une gâterie très recherchée avec leur miel (fig. 1), dont les Amérindiens sont friands (Vellard 1948). Le premier intérêt amérindien pour l’insecte passe donc par l’assiette.

13L’artisanat use à profusion de la chitine et des appendices d’insectes, matières premières de choix pour la parure. Les élytres iridescents des coléoptères sont ainsi intégrés dans les pendants d’oreille, les colliers ou les coiffes de toutes sortes. Rostres et cornes sont enfilés dans des colliers ou bracelets (fig. 1). La cire d’abeille trouve de multiples emplois comme adhésif ou comme imperméabilisant. Elle sert par exemple à enduire les sarbacanes ou à emmancher fermement des outils, même de lourdes haches de pierre (fig. 1). Les nids formant des buttes des termites et des fourmis sont incorporés aux champs pour enrichir la terre. D’ailleurs, la présence ou les traces d’espèces particulières de fourmis servent d’indicateurs au potentiel agricole des sols ou de la proximité de certains gibiers de chasse (Césard et al. 2003).

Fig. 1. Usages entomologiques des sociétés d’Amazonie. En haut : cire d’abeille noire utilisée pour l’étanchéité d’une sarbacane achuar d’Équateur – l’embout est en os de tapir (photo S. Rostain). En bas à gauche : collier fait de cornes céphaliques de coléoptère des Tukano de Colombie (d’après Ribeiro 1988). En bas à droite : Xetá du Paraguay creusant un tronc avec le manche de sa hache de pierre pour récolter du miel sauvage (dessin S. Rostain).

Fig. 1. Usages entomologiques des sociétés d’Amazonie. En haut : cire d’abeille noire utilisée pour l’étanchéité d’une sarbacane achuar d’Équateur – l’embout est en os de tapir (photo S. Rostain). En bas à gauche : collier fait de cornes céphaliques de coléoptère des Tukano de Colombie (d’après Ribeiro 1988). En bas à droite : Xetá du Paraguay creusant un tronc avec le manche de sa hache de pierre pour récolter du miel sauvage (dessin S. Rostain).

14Plus anecdotique, mais très symptomatique de l’ontologie animiste des Amazoniens, les insectes jouissent à l’occasion d’une fonction ludique. Les enfants piapoco utilisent les vers palmistes comme jouets (Goulard 1976). Les lucioles remplissent aussi ce rôle dans certains groupes. L’anthropologue Philippe Erikson (Césard et al. 2003) a vu de jeunes Matis attacher de gros insectes ailés à une ficelle pour les transformer en espèces de cerfs-volants vivants. Plusieurs ethnies aiment aussi emprisonner des grillons ou des sauterelles vertes pour le simple plaisir d’écouter leurs « musiques » (Posey 1997).

15Les insectes sont également utilisés en abondance dans la médecine traditionnelle. Le bio-anthropologue Darrell Posey (1997) relève ainsi des usages variés des termites contre la bronchite, le catarrhe, la grippe, la constipation, la morsure de chiot, le goitre, l’incontinence, la rougeole, le nombril protubérant, les rhumatismes, la coqueluche, les blessures, les furoncles, les ulcères, etc. On se sert pour cela de thés faits avec l’insecte écrasé ou d’inhalations des fumées du nid brûlé. La pharmacopée recourt aussi aux venins de plusieurs espèces, au premier rang desquelles les fourmis (Césard et al. 2003). Plus original encore est la suture des plaies avec la fourmi Atta que l’on fait pincer la blessure avec ses énormes mandibules avant de lui couper la tête pour maintenir cette agrafe naturelle jusqu’à cicatrisation.

16Les abeilles et les guêpes jouent aussi un rôle essentiel dans la médecine mais, plus que cela, ces insectes sociaux sont comparés dans leur éthologie aux humains. Certaines de leurs habitudes collectives sont en effet comparables, leurs nids ressemblant aux villages, et leurs cycles de vie ne sont pas fondamentalement différents. Posey note que « les observations du comportement des abeilles – division du travail, déplacement des colonies, agressivité et modalités d’attaque, pillage, défense, distribution différentielle de nourriture, etc. – constituent simplement des explications anthropomorphes des phénomènes biologiques observés ou, comme les Kayapó le soulignent, des modèles naturels pour leur société » (Posey 1997 : 313).

17Il n’est donc pas étonnant que les insectes soient des acteurs de premier ordre des mythes d’origine de nombreuses ethnies. De même, ils occupent une place privilégiée dans l’iconographie amérindienne (fig. 2). C’est bien dans ce domaine que l’archéologue amazoniste peut espérer effleurer la tradition entomologique des premiers habitants de la sylve.

Fig. 2. Représentations amérindiennes d’insectes. En haut : scarabée peint dans le fond d’un grand bol kichwa d’Amazonie équatorienne. En bas : chenille monstrueuse à deux têtes peinte à l’argile liquide colorée sur un « ciel de case » maluwana en bois, plaque décorative de plafond, des Wayana de Guyane française (photographies S. Rostain).

Fig. 2. Représentations amérindiennes d’insectes. En haut : scarabée peint dans le fond d’un grand bol kichwa d’Amazonie équatorienne. En bas : chenille monstrueuse à deux têtes peinte à l’argile liquide colorée sur un « ciel de case » maluwana en bois, plaque décorative de plafond, des Wayana de Guyane française (photographies S. Rostain).

L’iconographie amérindienne : tant de griffes et de dents pour si peu de chitine ?

18Une pratique rituelle extrême met au premier plan les insectes, aussi bien comme participants que comme motifs iconographiques sur une base mythologique. Appelé maraké chez les Wayana-Apalai de Guyane, ce pénible rite de passage existe également chez les Sateré Mawé, les Warao et d’autres ethnies. À l’instar de plusieurs cérémonies amérindiennes, il nécessite une épreuve de douleur extrême pour être efficace. Différentes étapes de jeûne, de danse et de réclusion scandent ce rituel qui culmine par celle de la résistance à la souffrance. On applique alors sur le corps du postulant la vannerie cérémonielle kunana, dans laquelle sont enchâssés les insectes furieux, agitant frénétiquement mandibules et aiguillons vengeurs (fig. 3). Le plus souvent, le maraké est destiné à marquer le passage à la puberté mais il arrive que les adultes s’y soumettent pour prouver leur bravoure. Dans ce cas, les bourreaux ne sont plus des fourmis mais des guêpes à la piqûre beaucoup plus cuisante. L’anthropologue Claudius H. de Goeje (1955 [1943]) dénombre même jusqu’à 360 hyménoptères insérés dans une seule vannerie, causant un atroce supplice. L’enjeu est de rester imperturbable, sans grimacer malgré les affres subis, afin de démontrer son courage.

Fig. 3. Vannerie à maraké wayana de Guyane française, représentant une chenille urticante à deux têtes – car il est toujours difficile de distinguer la tête de la queue de cet animal. Des fourmis balles de fusil (Paraponera) ou légionnaires (Eciton), très douloureuses, sont coincées dans le centre (voir le détail en bas). Lors des rituels de passage maraké, la vannerie est passée sur le corps des enfants qui doivent rester impassibles aux terribles morsures des insectes, furieux d’être prisonniers (photographies S. Rostain).

Fig. 3. Vannerie à maraké wayana de Guyane française, représentant une chenille urticante à deux têtes – car il est toujours difficile de distinguer la tête de la queue de cet animal. Des fourmis balles de fusil (Paraponera) ou légionnaires (Eciton), très douloureuses, sont coincées dans le centre (voir le détail en bas). Lors des rituels de passage maraké, la vannerie est passée sur le corps des enfants qui doivent rester impassibles aux terribles morsures des insectes, furieux d’être prisonniers (photographies S. Rostain).
  • 2 . C’est la même espèce que celle utilisée le plus souvent dans le maraké wayana de Guyane, où elle (...)

19Des variantes de cette initiation existent dans d’autres ethnies mais la plus terrifiante est certainement celle en cours chez les Sateré Mawé du Brésil. Là, on introduit les mains de l’impétrant dans deux grands gants de vannerie emprisonnant les insectes rageurs. Ce ne sont pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit de « fourmis balle de fusil » (Paraponera clavata)2, dont le simple surnom évoque bien l’insupportable douleur de leur piqûre empoisonnée.

20La vannerie kunana du maraké wayana demeure toutefois la plus élaborée car, ornée de plumes multicolores, elle adopte la forme d’animaux importants de la mythologie comme le poisson ou la chenille urticante, notamment celle des espèces parfois mortelles Lonomia (fig. 3). « Les manarets [vanneries] à fourmis ou à guêpes représentent généralement l’esprit d’un animal, probablement aussi attirent cet esprit et il en est peut-être de même de tout ce qui est utilisé comme ornement ou comme outil dans ce rite » (ibid.). Les insectes ont en effet une place particulière dans le panthéon amérindien. Comme quelques autres animaux – poissons et batraciens par exemple –, ils connaissent une évolution physique radicale avec des mutations morphologiques extrêmes au cours de leur vie, passant du stade d’œuf ou de larve à celui d’alevin, têtard ou chenille et pupe avant d’atteindre l’âge adulte. À la différence des mammifères, ces métamorphoses leur confèrent un statut particulier laissant supposer des pouvoirs extraordinaires. Pas étonnant dès lors que les abeilles puissent être vues comme les chamanes transformistes du monde des insectes (Huxley 1960), leur habitude de récolter du pollen pouvant être assimilée à celle qu’ont les humains de collecter des plantes médicinales. Bien plus, les insectes sociaux du type abeille, guêpe, termite ou fourmi ont un cycle de vie dans leurs « villages » similaire à celui des humains. D’ailleurs, certains considèrent que ces insectes sont des « esprits » avec une vie sociale développée, que l’on prend à l’occasion comme modèles (Roe 1982).

21Dans cette logique, les insectes jouent un rôle non négligeable dans les mythes, mais leur occurrence dans l’art a souvent été ignorée, voire déniée par les savants.

22Pour traduire les motifs précolombiens, les « spécialistes » ont, pour la majorité, mis sur un piédestal les animaux les plus dangereux, les plus prestigieux et les plus nobles selon les critères occidentaux. On peut lire encore aujourd’hui des affirmations péremptoires sans aucune assise scientifique ni démonstration convaincante, du type « les animaux, figures fondamentales de la cosmovision de la force spirituelle, des pouvoirs occultes et des éléments de la nature : l’aigle harpie l’air, le jaguar le feu, le serpent l’eau et l’être humain la terre » (Rosero 2016). À écouter ces beaux merles, on entend aveuglément le lassant et répétitif piaillement sur la trilogie des jaguar, anaconda et aigle harpie (ou condor dans les Andes). Ils se contentent d’identifier automatiquement toute image zoomorphe à l’un des animaux qui a tant impressionné les Européens. C’est ainsi que, souvent, l’art amérindien a été déchiffré à l’aide d’œillères européennes qui en cachaient le sens fondamental. Ces étranges figurations sud-américaines ont été vues comme des monstres hybrides, des bêtes merveilleuses ou des dieux, alors qu’elles n’étaient parfois que de simples représentations réalistes d’animaux ayant échappé à notre attention.

  • 3 . Cela n’empêche évidemment pas que ces animaux puissent être figurés, parfois de manière très réal (...)

23L’exposition sur les « Chamanes et divinités de l’Équateur précolombien » au Musée du quai Branly – Jacques Chirac en 2016 était un modèle du genre. Les étiquettes accompagnant les pièces présentées égrenaient les poncifs les plus affligeants et les interprétations les plus abracadabrantesques. Omniprésent jusqu’à l’idolâtrie dans l’esprit des concepteurs de l’exposition, on pouvait lire sur les cartels de l’exposition que le jaguar « symbolise la clairaudience » et « personnifie aussi une divinité céleste, associée à la tempête, au tonnerre et à la pluie », tandis que « le serpent représente la transformation et la résurrection » et « le singe représente le vent, qui vient en prélude à la saison des pluies. Il est ainsi relié au culte de l’eau et à la terre ». On se demande d’où sortent de telles allégations et balivernes mais une chose est sûre, c’est qu’elles n’ont rien à voir avec la pensée amérindienne3. Là encore, la science de comptoir remplaçait la réflexion argumentée et les a priori avaient pris le pas sur l’inférence intelligente.

24Hélas, le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.

Le jaguar est mort ce soir

  • 4 . Pour être juste, il faut également citer ici l’excellente réflexion conduite par l’archéologue Cr (...)

25Heureusement, contre cette persistante habitude, l’anthropologue Gerardo Reichel-Dolmatoff (1988) a initié en Colombie une démarche beaucoup plus en adéquation avec la pensée amérindienne. De même, le chercheur Dimitri Karadimas a oublié les fantasmes occidentaux pour s’appuyer sur le discours iconographique des Amérindiens d’Amazonie eux-mêmes et les mythes issus de leur tradition orale. Ainsi, à l’inverse de la vision euro-centrique des savants iconographes, Karadimas (2016) a proposé une interprétation iconoclaste en accord avec l’ontologie amazonienne4.

26Ces représentations reposent en effet sur des concepts radicalement différents de ceux des Occidentaux, et ne peuvent s’entendre qu’en se plaçant du point de vue des artistes eux-mêmes. Il s’agit donc de s’appuyer sur les mythes amazoniens actuels, présents depuis plusieurs siècles, pour aider à déchiffrer l’iconographie précolombienne. Une portion des productions artisanales anciennes devient dès lors lumineuse, offrant une voie complètement originale d’entendement. Pourtant, on peut avec avantage poursuivre ce cheminement intellectuel pour interpréter de manière satisfaisante le langage graphique des premiers habitants du Nouveau Monde. Ouvrir les yeux implique de faire fi de 500 ans de regard subjectif, manipulé par nos fantasmes, nos croyances, nos préjugés et nos peurs de l’inconnu. Cela oblige également à entendre les mythes fondamentaux des peuples locaux, recueillis dans une multitude d’ouvrages d’ethnologues, et à les intégrer dans une réflexion cognitive. Karadimas nous a aujourd’hui quitté, non sans laisser un héritage intellectuel foisonnant et dynamisant (Rostain 2018b). Reste à sa communauté scientifique à le faire fructifier.

27Si l’on regarde avec plus d’attention certains dessins précolombiens, on s’aperçoit encore une fois qu’un simple survol induit facilement en erreur. Un vase de culture Mochica de la côte du Pérou présente ainsi une colonne de prisonniers attachés par le cou, chacun surmonté par un insecte en vol. L’archéoentomologue Jean-Bernard Huchet (2017) les interprète comme des mouches venues pondre leurs œufs dans le corps des futures victimes. Par ailleurs, grâce à l’analyse des ensembles de puparia fossiles (cocons durs des pupes de certains diptères) associés aux sépultures du site littoral de la Huaca de la Luna, Huchet et Bernard Greenberg (2010) ont clairement démontré que les corps des sacrifiés étaient laissés se décomposer à l’air libre pour attirer les insectes nécrophages. L’idée, déjà émise par Anne-Marie Hocquenghem (1981), est que les mouches nécrophages naissant des œufs parasites emportaient l’âme du défunt en s’envolant. Elle n’est pas sans rappeler la croyance des Kaingang du sud du Brésil selon laquelle l’esprit du défunt se transforme en petit animal d’abord, puis en insecte, généralement un moustique ou une fourmi. D’une certaine façon, que ce soit dans les Andes ou en Amazonie, « les insectes sont parfois considérés comme des formes de vie “résiduelles” » (Césard et al. 2003 : 401).

  • 5 . Une échelle de douleur aux piqûres d’hyménoptères a été établie par l’entomologiste Justin O. Sch (...)

28Aussi séduisante que soit cette explication de métempsycose, elle ne rend vraisemblablement pas compte de l’ensemble de l’idéologie funéraire Mochica. D’autres aspects induits par ces pratiques peuvent en effet être mis en évidence. En observant avec attention ce dessin et sur la base de nombreuses autres occurrences similaires, Karadimas (2003, 2014) a remarqué que les insectes accompagnant les martyrs Mochica étaient munis de mandibules. Or, une « mouche » à mandibules s’appelle en réalité un hyménoptère, probablement une guêpe (fig. 4). Loin d’être une mouche messagère de l’âme des sacrifiés, c’est bien le bourreau qui est symbolisé ici. Par leurs pratiques carnivores ou de prédation sexuelle, ce sont même les guêpes les plus combatives qui sont figurées5.

29Pour qui se donne la peine de regarder avec objectivité, cet insecte est justement omniprésent dans l’art précolombien, bien qu’il soit souvent mal identifié par les chercheurs. Karadimas a reconnu de nombreux spécimens d’hyménoptères ornant des vases ou des tissus andins (Karadimas 2003). Les détails sont parfois si précis qu’on arrive à déterminer l’espèce. Nombreuses sont les effroyables guêpes pompiles représentées. Cette bestiole se caractérise par un cycle de vie pas banal. Elle est la prédatrice des mygales, qu’elle attaque avec une diabolique habileté, finissant presque toujours par les paralyser grâce à son puissant venin. Elle pond alors un œuf dans le corps de son ennemi, qui sert alors de mère porteuse vivante, mais paralysée, et de garde-manger pour la gourmande larve, d’où l’importance de sa taille conséquente (fig. 4). De cette copulation monstrueuse naît enfin, par implosion intérieure, une nouvelle guêpe qui tue sa génitrice en prenant vie (Karadimas 2014). Un destin si atroce ne pouvait qu’impacter les populations amérindiennes.

Fig. 4. En haut : procession de prisonniers peinte sur un vase de culture Mochica de la côte du Pérou (d’après Donnan & McClelland 1999). Médaillon en haut à droite, agrandissement du détail d’un des insectes représentés. Au milieu : le combat de la belle et la bête avec la guêpe pompile d’Amérique du Sud attaquant une mygale pour déposer son œuf dans son abdomen (photo S. Rostain). En bas : la guêpe pompile éclosant du corps de la mygale porteuse sur un stuc mural de la Huaca de la Luna, au Pérou (aquarelle S. Rostain, 2020).

Fig. 4. En haut : procession de prisonniers peinte sur un vase de culture Mochica de la côte du Pérou (d’après Donnan & McClelland 1999). Médaillon en haut à droite, agrandissement du détail d’un des insectes représentés. Au milieu : le combat de la belle et la bête avec la guêpe pompile d’Amérique du Sud attaquant une mygale pour déposer son œuf dans son abdomen (photo S. Rostain). En bas : la guêpe pompile éclosant du corps de la mygale porteuse sur un stuc mural de la Huaca de la Luna, au Pérou (aquarelle S. Rostain, 2020).

30On retrouve le motif iconographique de la guêpe chez de nombreuses populations d’Amérique du Sud, du Pacifique et des Andes jusqu’à la façade atlantique de l’Amazonie, de la mer des Caraïbes au Mato Grosso. Si les variations sont fréquentes, le principe de parasitage est récurrent. Par exemple, au nord-est du Venezuela, la ronde-bosse et les peintures sinueuses de la céramique de culture Betijoque évoquent clairement le parasitage de pupes de papillons tropicaux (Tithorea tarricina ou Mechanitis sp.) par des larves de guêpe parasitoïde, le tout associé à des références explicites à la sexualité des jeunes filles pubères (Karadimas, Delpuech & Rostain 2017).

La mandibule plus forte que le croc

  • 6 . Traduction de l’auteur.

31La mise en évidence de la représentation de la fécondation forcée de la mygale par la guêpe pompile (notamment Pepsis heros, la plus grande répertoriée à ce jour) correspond étroitement à certains modes de socialisation des Précolombiens. Ces prédations, ces transformations, ces mutations et ces hybridations étaient et sont encore au cœur de la mythologie amérindienne et, de fait, des arts graphiques associés. L’univers amazonien est ainsi conçu selon des caractéristiques amérindiennes essentielles qui font la part belle à la guerre et au cannibalisme. Je suis tenté de les désigner par la règle des trois « P » : prédation, polymorphisme, personnification (Rostain 2018b). Il faut en effet rajouter l’anthropomorphisation au parasitisme et à la métamorphose. « Une des modalités cognitives majeures de compréhension de l’environnement utilise l’anthropomorphisme comme prisme6 » (Karadimas 2012). Tous les êtres vivants sont ainsi dépendants de ces trois « P ». Ils se transforment au cours de leur existence, ils parasitent ou sont victimes de prédation et ils peuvent être comparés aux sociétés humaines par anthropomorphisation car ils se comportent entre eux comme des gens.

32En somme, c’est tout un système inférentiel qui s’écroule au profit d’un autre. La vision académique occidentale classique appliquait souvent des schèmes peu en accord avec l’esprit des mythes de la forêt tropicale, induisant un glissement métaphorique qui détournait l’interprétation de la conception amérindienne. En donnant un coup de pied intellectuel dans le nid de guêpes scientifiques à l’aiguillon euro-centrique, Karadimas a donné une impulsion salvatrice à l’étude de l’iconographie amérindienne ancienne. Il a mis au jour un art du dard qui a révolutionné notre compréhension du motif. Poils, plumes, écailles et autres cuirs ont été détrônés au profit de la chitine. Les énigmatiques volutes et les excroissances entourant certains dessins, autrefois considérées comme de simples décorations autour de ce qu’on identifiait à tort comme un grand prédateur, ont maintenant pris tout leur sens. Lorsque l’insecte est reconnu, ces extensions deviennent logiquement des pattes, des ailes, des antennes ou des mandibules. Là où on voulait voir un diable exotique, on s’aperçoit enfin que ses cornes sont en réalité les mandibules d’une guêpe anthropomorphisée (fig. 5). Iconographie, mythologie et pensée animiste se rencontrent dorénavant dans un signifiant éclairé.

33Producteurs de nourriture et de matériaux de parure, sentinelles cuisantes des rites de passage, messagers de l’âme humaine, symboles des puissances mythologiques, référents de la pensée prédatrice autochtone… Qui peut encore dire que les insectes sont invisibles dans l’Amazonie amérindienne ?

Fig. 5. La guêpe dans l’art amérindien d’Amérique du Sud (aquarelle S. Rostain, 2020). Sur la première ligne, les faces de la guêpe et du jaguar sont radicalement différentes, la seule vague ressemblance étant les mandibules de l’une et les crocs de l’autre. Sur la ligne centrale, ce personnage peint sur un vase mochica du Pérou est en réalité une guêpe anthropomorphisée avec six pattes, des antennes et des cornes diaboliques qui sont les mandibules. Sur la ligne inférieure, cette parure Tairona en or de Colombie, longtemps interprétée comme un jaguar à la queue qui bat (sic !), serait plutôt une guêpe pompile avec son ovipositeur fourchu. À droite, ce masque bolivien du carnaval d’Oruro n’est pas un diable comme on l’a souvent dit, mais une tête de guêpe stylisée dont les mandibules sont fréquemment confondues avec de pseudo-cornes.

Fig. 5. La guêpe dans l’art amérindien d’Amérique du Sud (aquarelle S. Rostain, 2020). Sur la première ligne, les faces de la guêpe et du jaguar sont radicalement différentes, la seule vague ressemblance étant les mandibules de l’une et les crocs de l’autre. Sur la ligne centrale, ce personnage peint sur un vase mochica du Pérou est en réalité une guêpe anthropomorphisée avec six pattes, des antennes et des cornes diaboliques qui sont les mandibules. Sur la ligne inférieure, cette parure Tairona en or de Colombie, longtemps interprétée comme un jaguar à la queue qui bat (sic !), serait plutôt une guêpe pompile avec son ovipositeur fourchu. À droite, ce masque bolivien du carnaval d’Oruro n’est pas un diable comme on l’a souvent dit, mais une tête de guêpe stylisée dont les mandibules sont fréquemment confondues avec de pseudo-cornes.
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Notes

1 . Proverbe malais.

2 . C’est la même espèce que celle utilisée le plus souvent dans le maraké wayana de Guyane, où elle est connue sous le nom local de « fourmi flamande ».

3 . Cela n’empêche évidemment pas que ces animaux puissent être figurés, parfois de manière très réaliste, mais ils ne sont pas systématiques et, surtout, de gros crocs n’évoquent pas forcément le jaguar dans l’art animiste et la présence d’ailes peut simplement signifier un papillon plutôt qu’un aigle.

4 . Pour être juste, il faut également citer ici l’excellente réflexion conduite par l’archéologue Cristiana Barreto (2014). Elle aussi a choisi d’échapper aux normes subjectives pour suivre au mieux les intentions des artisans qui ont créé ces pièces et ces décors. Elle a ainsi remarqué la récurrence d’êtres hybrides et l’importance des métamorphoses. Les urnes funéraires de l’île brésilienne de Marajó, dans l’embouchure de l’Amazone, incarneraient typiquement ces deux aspects, en représentant en fait des scènes de transformation d’êtres, de fusion d’humains et de non-humains, de renaissance depuis l’au-delà.

5 . Une échelle de douleur aux piqûres d’hyménoptères a été établie par l’entomologiste Justin O. Schmidt (et al. 1983). Si le 0 y indique l’absence de sensation, le 4 décrit la plus forte souffrance. Sur 78 espèces évaluées, les guêpes pompiles du genre Pepsis ont la piqûre la plus violente, d’indice 4, avec un ressenti « aveuglant, féroce et électriquement choquant ». Seule la piqûre de la fourmi balle de fusil Paraponera clavata est plus douloureuse avec un indice de 4+. Ce n’est pas pour rien que ce dernier insecte est utilisé par les Amérindiens pour les épreuves des rites initiatiques.

6 . Traduction de l’auteur.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Usages entomologiques des sociétés d’Amazonie. En haut : cire d’abeille noire utilisée pour l’étanchéité d’une sarbacane achuar d’Équateur – l’embout est en os de tapir (photo S. Rostain). En bas à gauche : collier fait de cornes céphaliques de coléoptère des Tukano de Colombie (d’après Ribeiro 1988). En bas à droite : Xetá du Paraguay creusant un tronc avec le manche de sa hache de pierre pour récolter du miel sauvage (dessin S. Rostain).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13704/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 4,6M
Titre Fig. 2. Représentations amérindiennes d’insectes. En haut : scarabée peint dans le fond d’un grand bol kichwa d’Amazonie équatorienne. En bas : chenille monstrueuse à deux têtes peinte à l’argile liquide colorée sur un « ciel de case » maluwana en bois, plaque décorative de plafond, des Wayana de Guyane française (photographies S. Rostain).
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Titre Fig. 3. Vannerie à maraké wayana de Guyane française, représentant une chenille urticante à deux têtes – car il est toujours difficile de distinguer la tête de la queue de cet animal. Des fourmis balles de fusil (Paraponera) ou légionnaires (Eciton), très douloureuses, sont coincées dans le centre (voir le détail en bas). Lors des rituels de passage maraké, la vannerie est passée sur le corps des enfants qui doivent rester impassibles aux terribles morsures des insectes, furieux d’être prisonniers (photographies S. Rostain).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13704/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 5,7M
Titre Fig. 4. En haut : procession de prisonniers peinte sur un vase de culture Mochica de la côte du Pérou (d’après Donnan & McClelland 1999). Médaillon en haut à droite, agrandissement du détail d’un des insectes représentés. Au milieu : le combat de la belle et la bête avec la guêpe pompile d’Amérique du Sud attaquant une mygale pour déposer son œuf dans son abdomen (photo S. Rostain). En bas : la guêpe pompile éclosant du corps de la mygale porteuse sur un stuc mural de la Huaca de la Luna, au Pérou (aquarelle S. Rostain, 2020).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13704/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Fig. 5. La guêpe dans l’art amérindien d’Amérique du Sud (aquarelle S. Rostain, 2020). Sur la première ligne, les faces de la guêpe et du jaguar sont radicalement différentes, la seule vague ressemblance étant les mandibules de l’une et les crocs de l’autre. Sur la ligne centrale, ce personnage peint sur un vase mochica du Pérou est en réalité une guêpe anthropomorphisée avec six pattes, des antennes et des cornes diaboliques qui sont les mandibules. Sur la ligne inférieure, cette parure Tairona en or de Colombie, longtemps interprétée comme un jaguar à la queue qui bat (sic !), serait plutôt une guêpe pompile avec son ovipositeur fourchu. À droite, ce masque bolivien du carnaval d’Oruro n’est pas un diable comme on l’a souvent dit, mais une tête de guêpe stylisée dont les mandibules sont fréquemment confondues avec de pseudo-cornes.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/13704/img-5.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Stéphen Rostain, « L’insecte qu’on voulait faire aussi gros que le jaguar »Les nouvelles de l'archéologie, 167 | 2022, 8-16.

Référence électronique

Stéphen Rostain, « L’insecte qu’on voulait faire aussi gros que le jaguar »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 167 | 2022, mis en ligne le , consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/13704 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.13704

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Auteur

Stéphen Rostain

Cnrs, Umr 8096 archam « Archéologie des Amériques »

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