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L’apport des techniques d’imagerie et de photographie à l’étude, la conservation et la diffusion des cas pathologiques en archéoanthropologie

Cyrille Le Forestier, Rachid El Hajaoui et Frédéric Boursier
p. 44-49

Résumés

Le nombre considérable de sépultures fouillées et de squelettes exhumés chaque année, principalement lors des fouilles préventives, livre une quantité importante de cas pathologiques qu’il faut étudier, conserver et diffuser. Depuis plusieurs décennies, l’imagerie médicale est un atout majeur dans l’établissement d’un diagnostic paléopathologique, et permet aussi de proposer un support original pour la diffusion et la conservation des différents cas. L’autre outil complémentaire est la photogrammétrie qui autorise une diffusion rapide de l’information et une conservation des données par la génération d’orthophotographies, de modèles tridimensionnels qui sont aussi des documents de valorisation. Une sépulture médiévale fouillée à Gournay-sur-Marne en 2018 dont l’individu était atteint de plusieurs ostéomyélites a bénéficié de ce traitement pour l’étude des lésions osseuses et également lors d’un évènement de valorisation (Journées européennes de l’archéologie, en juin 2021, au musée de l’Armée).

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Texte intégral

1Les fouilles archéologiques permettent d’exhumer chaque année des milliers de squelettes lors d’opérations d’aménagement ou de fouilles programmées. Les remblais nous livrent également des ossements, qu’ils soient entiers ou fragmentaires. Ce sont donc plus d’un million d’ossements humains qui alimentent annuellement nos collections anthropologiques.

2Depuis près d’un siècle, la démarche d’étude des lésions osseuses a évolué, aussi bien par l’accroissement des connaissances que par une méthodologie d’étude adaptée aux populations anciennes. De la simple description réalisée par un médecin amateur d’archéologie à l’analyse multidisciplinaire réalisée par des archéoanthropologues formés à la paléopathologie, nous assistons à l’émergence d’une discipline innovante. Le développement et la place des sciences médicales, microbiologiques, informatiques, isotopiques au travers des travaux diffusés par des associations comme le Groupement des paléopathologistes de langue française ou le Groupement d’anthropologie et d’archéologie funéraire ont été primordiaux.

3La démarche paléopathologique s’attache à la description des anomalies, leur interprétation argumentée et le référencement des pièces osseuses lésionnelles dans un contexte chronologique et spatial précis. Certaines atteintes osseuses ne sont pas présentes à toutes les périodes ; l’alimentation, le profil démographique, le statut de chaque ensemble funéraire devraient ainsi être initialement connus pour entamer une étude paléopathologique.

4Les lésions osseuses sont repérées, parfois dès la phase de terrain, de manière macroscopique : une déformation, une absence, une fistule, un aspect anormal, une couleur, sont autant d’indices pour alerter l’anthropologue. Les altérations taphonomiques pouvant masquer, ou au contraire simuler, une lésion pathologique, la prise en compte de l’ensemble de la collection s’avère nécessaire à l’analyse. La description faite dès la phase de terrain, avec un premier diagnostic proposé, permet de collecter toutes les anomalies. Certaines lésions sont évidentes, comme un abcès dentaire ou une fracture en baïonnette. Un argumentaire plus complexe peut être développé pour des pathologies rares. Enfin, d’autres atteintes ont besoin de confirmations par des techniques d’imagerie médicale ou des analyses de microbiologie.

5Ces cas pathologiques doivent impérativement être sauvegardés, préservés. L’os, ou la partie anatomique, est traité et conservé avec soin dans un milieu approprié (à l’abri de la lumière, des écarts de température, etc.). Un séchage trop rapide ou une exposition trop longue à la lumière peuvent fragmenter un os. La manipulation, lors de nouveaux examens ou d’utilisations pédagogiques, altère les pièces anatomiques. Des démarches de conservation alternatives peuvent et doivent être adoptées à la fois dans un souci éthique et scientifique.

6Désormais, grâce à des procédés comme l’impression tridimensionnelle (Coqueugniot et al. 2010), l’os présentant une lésion peut être reproduit, comme nous le ferions pour une peinture rupestre. La photogrammétrie peut être également utilisée (Coqueugniot et al. 2009). Elle permet à la fois la conservation de l’information et sa diffusion auprès de la communauté scientifique et du grand public. Enfin, la radiographie et plus généralement l’imagerie médicale est un moyen de partager et d’archiver la donnée.

Analyser et conserver la lésion osseuse par l’imagerie médicale

7L’analyse commence par l’observation macroscopique, mais aussi microscopique, à l’aide de loupes, des anomalies osseuses. L’ensemble du squelette doit faire l’objet de cet examen pour confirmer et décrire chaque manifestation : enthèses, exostoses, appositions périostées, etc. Une maladie, ou un traumatisme, atteint un individu et n’est donc généralement pas présent sur un seul os. Que ce soit dans le cas de scoliose ou d’infection de brucellose, plusieurs ossements présentent des lésions. Dans certains cas, lorsque la pièce osseuse présente des atteintes en profondeur, l’imagerie médicale confirme cette observation macroscopique.

8En réalisant la première radiographie de l’histoire, en 1895, le physicien allemand Wilhelm Konrad Röntgen initie une avancée spectaculaire des possibilités techniques offertes à la médecine (Glasser 1995). Cette première roentgenographie permettait de visualiser les os du carpe de son épouse, sans réaliser de dissection : il s’agissait pour les médecins du franchissement d’un plafond de verre. Pour l’anthropologie, et particulièrement pour la paléopathologie – néologisme proposé par Shufeldt dans l’indifférence en 1892 –, cette technique aurait pu sembler n’apporter aucun bénéfice du fait que l’on travaillait sur des os dépourvus de chair (Grmek 1983 : 79). Or, moins d’un an après l’invention de cette nouvelle technique, König réalisait des radiographies de momies d’enfants et de chats (Buikstra 2019 : 169). La paléopathologie, en trouvant son origine au sein d’un ensemble de connaissances à la frontière entre la médecine et l’anthropologie physique, développa ces techniques d’étude en parallèle des découvertes médicales.

9Dans la suite de ce cas pionnier, de nombreuses études paléopathologiques ont bénéficié de l’apport des rayons X, que ce soit pour des corps momifiés ou des os secs. De la même manière, l’invention du scanner par Housfield, en 1973, a rapidement trouvé un intérêt pour les études paléopathologiques. En 1979, Harwood-Nash réalisait le premier scanner d’une momie égyptienne (Harwood-Nash 1979). Permettant des coupes fines et agrandies du tissu osseux, les microscanners constituent la dernière technique ayant trouvé sa place au sein des laboratoires d’anthropologie. Les autres techniques d’imagerie médicale, dont l’échographie et la résonance magnétique, basées sur la présence d’eau dans les tissus, ne sont pas utilisées à partir du moment où l’on travaille sur un matériau déshydraté. Aujourd’hui, la radiologie standard et le scanner, ainsi que son pendant, le microscanner, sont devenus des examens de référence pour l’étude des restes humains anciens.

10En pratique, l’indication principale de l’imagerie médicale en paléopathologie demeure celle des corps momifiés (Jackowski 2008). La possibilité d’avoir accès à l’ensemble du squelette ainsi que les restes de tissus mous, sans engendrer d’altération ou de destruction, permet d’associer l’étude à la conservation. La tomodensitométrie s’est imposée comme la référence de l’étude des momies. Pour les os secs les indications sont plus variées, mais l’objectif principal est de rechercher des signes additionnels, permettant de confirmer ou d’infirmer un diagnostic probabiliste. Il s’agit donc d’une démarche diagnostique pure, telle qu’elle est réalisée en médecine. Dans ce cadre, ce sont les phénomènes infectieux qui présentent le plus fort intérêt (Panuel 1998). Les mécanismes physiologiques de l’infection, associant à la fois des actions ostéoclastiques et des réponses ostéoblastiques, sont à l’origine de déformations de surface de l’os, dont les remaniements sous-corticaux ne peuvent pas être mis en lumière uniquement par l’imagerie radiographique. Dans le même esprit, mais de prévalence plus faible, les tumeurs osseuses appartiennent à un cadre nosologique pour lequel l’imagerie médicale apporte un bénéfice dans l’élaboration du diagnostic (Cotten 2008). De manière générale, toute déformation osseuse gagne en fiabilité diagnostique grâce à ces techniques issues du soin. Dans le cadre des traumatismes cicatrisés, au-delà du diagnostic, elles donnent aussi la possibilité de proposer des mécanismes de survenue. Une dernière indication, qui semble être encore en phase expérimentale, est la reconstruction 3D, par le CT scanner, des volumes des cavités naturelles, comme la boîte crânienne, pour obtenir une reconstruction du cerveau et avoir ainsi accès à un organe disparu (Charlier 2008). Les images ainsi obtenues sont spectaculaires, mais leur application dans un cadre pathologique nécessite encore d’être évaluée.

11En médecine, la spécialité de radiologie s’est développée grâce à une formation spécifique des praticiens, à des protocoles précis et évolutifs s’adaptant aux situations cliniques rencontrées et à la mise en place de procédures de radioprotection, mais l’anthropologie n’a pas créé de spécialité pour encadrer ce type d’examen et rares sont les laboratoires ayant investi dans un matériel déterminé. Les ouvrages de paléoradiologie restent peu nombreux (Chhem 2008). Les indications, les procédures et l’analyse des résultats se trouvent donc rediscutées à chaque projet. L’expérience s’acquiert la plupart du temps indépendamment pour chaque équipe, sans support universitaire. Malgré ces limites, l’utilité de ces outils fait consensus et leurs champs d’application ne font que croître (Panuel 1998). Ouvrir le champ de la recherche à la paléoradiologie, à travers la reconnaissance universitaire, la proposition des sessions au sein des congrès d’anthropologie et l’organisation à terme d’un congrès propre, soutenu par une société savante représentative, marquerait la concrétisation de cette branche de la paléopathologie. Le développement de la paléoradiologie doit aussi passer par la création de bases de données de référence, aussi bien pour la formation que pour l’étude des restes humains anciens, qui trouveront leur place dans la mission patrimoniale de conservation grâce à la collecte et la préservation des images des lésions du matériel altérable qu’est l’os.

Analyser et préserver la documentation par la photogrammétrie

12La radiologie permet l’étude en profondeur de la lésion osseuse et, dans une moindre mesure, sa conservation sous la forme de radiographie bidimensionnelle. En plus d’une préservation physique des vestiges osseux, d’autres solutions sont envisageables, telles que la photogrammétrie. Longtemps réservée à des domaines de pointe, elle est aujourd’hui accessible au plus grand nombre. En effet, la qualité des capteurs photo, la puissance croissante des ordinateurs et l’ergonomie des logiciels de traitement permettent aux archéologues d’intégrer aisément cette technique aux différents moyens de relevés déjà utilisés. À l’inverse des clichés photographiques ou radiographiques, les données tridimensionnelles (photogrammétrie et scanner) ne peuvent être stockées sous un format papier. La conservation numérique (en ligne ou disque dur) est indispensable.

Historique et définition

13La photogrammétrie, née à la fin du xixe siècle avec Aimé Laussedat, a été utilisée dans un premier temps pour des relevés architecturaux, puis dans le domaine de la cartographie aérienne, notamment avec l’Institut national de l’information géographique et forestière (Ign). Le champ de ses applications s’est progressivement étendu à l’industrie, l’architecture et le patrimoine.

14Cette technique permet d’effectuer des mesures dans une scène ou sur un objet en utilisant l’angle de parallaxe obtenu entre des photographies acquises selon des points de vue différents.

15La parallaxe peut se définir comme le changement de position de l’observateur par rapport à ce qu’il perçoit. Son principe est similaire à certaines particularités de la vision humaine. L’écart entre nos yeux nous permet en effet de voir la même scène avec un léger décalage de point de vue. Ces deux images sont traitées par notre cerveau, qui restitue une image unique et nous permet ainsi d’appréhender les volumes et la profondeur, en estimant l’angle de la parallaxe et en interprétant le relief. Il est alors capable de déduire la position et la taille des différents éléments.

16C’est ce phénomène de stéréoscopie qui est reproduit informatiquement par la photogrammétrie en deux étapes :

  • la construction géométrique du modèle, en trois dimensions, à partir de photographies ;
  • une mise à l’échelle (ou géoréférencement) de la scène grâce à des points de référence connus.

17La numérisation de la société a depuis 20 ans largement participé à démocratiser l’utilisation de la photogrammétrie : passage de la photographie argentique aux capteurs numériques, ordinateurs de plus en plus puissants ainsi qu’algorithmes de calcul progressant rapidement. Aujourd’hui, il est facile de réaliser la modélisation tridimensionnelle d’un objet à l’aide d’un appareil photographique numérique et à la connaissance des règles inhérentes à la technique photogrammétrique.

L’acquisition

18Une bonne acquisition photogrammétrique doit réunir certaines conditions pour être scientifiquement exploitable.

19La première étape, fondamentale, est de préparer la mise à l’échelle du modèle en trois dimensions. Pour ce faire, on disposera au minimum quatre cibles autour de l’objet à modéliser. Les écartements seront parfaitement maîtrisés ou enregistrés par un topographe dans le cas d’un géo-référencement. La seconde étape consiste en la prise de clichés nécessaires en respectant plusieurs critères dont le recouvrement entre les photos. Celui-ci doit être suffisamment important (environ 80 %) pour avoir une restitution précise des détails composant la scène ou l’objet à enregistrer. Cette phase est primordiale. En effet, chaque cas nécessite de mettre en place un protocole de prise de vue adapté en fonction des objectifs définis en amont. De la couverture photographique dépendra la qualité et la précision du modèle 3D ainsi que la quantité d’informations qu’il sera possible d’en extraire.

20D’autres critères jouent un rôle dans la qualité du modèle : dans la mesure du possible, on sélectionnera des appareils photographiques ayant un capteur de grande taille et une optique fixe de qualité. La résolution des clichés obtenus sera bien meilleure, comme par conséquent la précision des calculs photogrammétriques. De la même manière, il est nécessaire de tenir compte de la lumière. Celle-ci doit être suffisante pour éviter les flous et le bruit dans l’image. Elle doit aussi être stable et homogène pour pallier les problèmes d’ombres portées et permettre un rendu suffisamment détaillé. Le choix du logiciel utilisé pour la réalisation du modèle garantira un meilleur contrôle des différentes étapes de calcul.

Le traitement

21Il existe différents logiciels de traitement fonctionnant sensiblement de la même manière, avec plus ou moins de transparence dans les phases de calcul.

22Lors de la première étape, l’aérotriangulation, le logiciel compare chaque image indépendamment puis par rapport aux autres. Il identifie alors des pixels en commun, appelés points homologues. Ces derniers permettront de calculer la position de chaque prise de vue dans l’espace autour de la scène. Le résultat obtenu est un premier nuage de points servant à vérifier la qualité de l’acquisition photographique.

23À ce stade, on intègre les points d’appui en les identifiant dans un maximum de photos afin de contrôler au mieux le décalage entre la géométrie du modèle 3D et le canevas de référence (les cibles), avant de générer le nuage dense. Ce dernier est une projection de plusieurs millions de points dans l’espace en trois dimensions, créée par l’aérotriangulation et le géoréférencement. Ces points permettent alors l’élaboration de la documentation métrique nécessaire à la compréhension et à l’interprétation de la scène ou de l’objet modélisé.

24À partir du nuage dense, on pourra réaliser un maillage plus ou moins fin selon le niveau de détail souhaité. Celui-ci produit une surface formée de plusieurs polygones restituant le relief et permettant d’appliquer une texture qui donnera au modèle 3D un aspect photoréaliste.

Le cas des pathologies osseuses

25Cette technique, largement utilisée en archéologie, est aujourd’hui testée dans l’enregistrement de certaines pathologies osseuses en raison de caractéristiques intéressantes dont nous souhaiterions discuter la pertinence. Le modèle photogrammétrique permet en effet d’enregistrer dans un seul document l’aspect de l’objet traité, son volume ainsi que ses dimensions. Il est donc possible de faire de nombreuses observations visuelles ou métriques directement sur le modèle en trois dimensions, même si l’objet n’est pas ou plus disponible pour la manipulation.

26L’enjeu majeur posé ici est celui du diagnostic, de savoir dans quelle mesure on peut l’effectuer avec ce type de document et quels seraient ses apports spécifiques, sachant que certains diagnostics sont déjà possibles à partir de technologies numériques similaires : radiographie, scanner, laser.

27Nous proposons une modélisation en deux étapes : tout d’abord le squelette entier et en place sur le terrain, lors de la fouille, puis, en post-fouille, une modélisation des différents ossements présentant une ou plusieurs lésions caractéristiques. Cette documentation, certes incomplète, est une première étape pour la conservation.

28Outre son archivage, l’intérêt évident de ce processus réside dans son ergonomie, impliquant le partage aisé d’une base commune pour la discussion autour de cas particuliers au sein de la communauté scientifique et éducative, dans une époque où le travail à distance tend à devenir la norme.

29Plusieurs plateformes en ligne se mettent en place aujourd’hui pour la diffusion de ce type de média. Certaines solutions commerciales sont assez efficaces, mais ne répondent pas toujours à nos besoins scientifiques et éthiques, alors que des solutions open source et libres se développent en parallèle.

Exemple de modélisation

30Les archéoanthropologues ont recours de plus en plus à la méthode photogrammétrique pour le relevé de la fosse sépulcrale, pour les vues d’ensemble, grâce à la création d’orthophotoplans, et pour des cas pathologiques.

31Dans le cadre d’une communication lors du colloque 2021 du Groupement de paléopathologistes de langue française (Gplf), nous avons voulu tester ce mode de présentation (Le Forestier et al. 2021). La sépulture retenue contenait un squelette féminin adulte issu du cimetière médiéval de Gournay-sur-Marne (93), rue Nast (Seng 2021). La fouille, réalisée en 2018, a mis au jour une petite nécropole de 26 sépultures en lien avec le prieuré de Gournay-sur-Marne, fondé au xie siècle. Plus de 60 inhumations avaient déjà été fouillées par le service archéologique du département de la Seine-Saint-Denis en 1994 (Cag 2015). Elles ont été datées par 14C entre le xie et le xiie siècle après J.-C. Les sujets sont généralement inhumés sans contenant mais avec un linceul enserrant et/ou des calages céphaliques.

32Le recrutement funéraire est classique et se répartit en 14 immatures et 12 adultes (dont 7 hommes, 4 femmes et un adulte indéterminé). La collection présente de nombreux cas pathologiques, comme un cas de rachitisme, un cas de tuberculose osseuse, un cas de luxation congénitale de la hanche (bilatéral) et un cas caractérisé par plusieurs lésions osseuses : la sépulture 1435 (fig. 1). Celle-ci a été modélisée sur le terrain immédiatement après dégagement, permettant des prises de mesures ultérieures et la restitution de la fosse sépulcrale (fig. 2).

Fig. 1. La sépulture 1 435 présente des lésions osseuses à la clavicule gauche, à l’humérus droit, à l’os du tibia droit, au fémur et à la patella gauche. Le diagnostic d’ostéomyélite a été retenu.

Fig. 1. La sépulture 1 435 présente des lésions osseuses à la clavicule gauche, à l’humérus droit, à l’os du tibia droit, au fémur et à la patella gauche. Le diagnostic d’ostéomyélite a été retenu.

© C. Le Forestier.

Fig. 2. Images ayant servi à la modélisation du squelette féminin adulte issu du cimetière médiéval de Gournay-sur-Marne (93), rue Nast. A. La clavicule gauche présente une lyse avec perforation complète de l’extrémité acromiale. B. L’os du tibia droit présente une double fistule sur le bord interne de la diaphyse et, au centre, une zone d’épaississement avec des appositions périostées.

Fig. 2. Images ayant servi à la modélisation du squelette féminin adulte issu du cimetière médiéval de Gournay-sur-Marne (93), rue Nast. A. La clavicule gauche présente une lyse avec perforation complète de l’extrémité acromiale. B. L’os du tibia droit présente une double fistule sur le bord interne de la diaphyse et, au centre, une zone d’épaississement avec des appositions périostées.

© R. El Hajaoui, C. Le Forestier (Inrap).

33En laboratoire, les os du squelette ont été lavés, inventoriés et conditionnés. Leur étude biologique a permis de mettre en évidence plusieurs ostéomyélites assez développées. La clavicule gauche présente une lyse avec perforation complète de l’extrémité acromiale ainsi que des appositions périostées périlésionnelles donnant un aspect soufflé de l’extrémité (fig. 2A). Le diagnostic d’ostéomyélite a été retenu. L’os du tibia présente une double fistule sur le bord interne de la diaphyse droite et, au centre, une zone d’épaississement avec des appositions périostées (fig. 2B). Tout comme pour la clavicule, il s’agit d’une ostéomyélite. L’humérus droit, le fémur et la patella gauche présentent également des appositions périostées au niveau de leurs extrémités distales correspondant à des périostites.

34L’aspect typique des ostéomyélites, avec cloaque de la clavicule et fistules du tibia, plaide en faveur d’une infection à germes pyogènes, comme le staphylocoque ou le streptocoque, responsables d’infections aiguës par diffusion hématogène. Il s’agit de bactéries capables de provoquer une accumulation locale de polynucléaires neutrophiles altérés se traduisant par la formation de pus.

35Les ossements qui présentaient des anomalies de structure ou d’aspect ont fait l’objet de modélisations. C’est à partir de ces documents que le paléopathologue a pu réaliser la description et l’analyse permettant d’aboutir à un diagnostic à distance. Ce type d’expérience montre l’utilité du développement de ces techniques, qui facilitent les confrontations d’experts et la mise en commun des outils pédagogiques. Malgré des résultats encourageants, il existe certainement des cas à déterminer où une observation macroscopique directe reste indispensable.

Conclusion

36L’utilisation des techniques d’imagerie en archéologie est ancienne, mais leur diffusion avec des outils performants sur le terrain a permis d’envisager leur utilisation à plus grande échelle. Ces dernières années, les chercheurs ont montré leur capacité à s’approprier ces procédés et à concevoir des projets de grande ampleur, particulièrement en anthropologie et en paléopathologie. Ainsi le projet Virt’os, soutenu par l’université de Bordeaux et dirigé par Hélène Coqueugniot, dont l’objectif est de numériser des pièces osseuses pour conserver, partager et former à travers l’étude de plusieurs pathologies, et le projet « Nécropole numérique », où les sépultures issues de la fouille programmée de la nécropole des Mastraits à Noisy-le-Grand sont traitées exclusivement de façon numérique. D’autres projets sont en devenir, comme l’Action collective de recherche sur l’archéologie du handicap, où les cas de lésions osseuses rencontrés seront modélisés. L’imagerie médicale et la photogrammétrie ont donc montré leur utilité lorsqu’il s’agit d’étudier, conserver et enseigner, mais l’avenir n’est pas à envisager dans des projets épars. Le développement en technique de routine doit s’imposer et passe par une prise de conscience des institutions dirigeantes qui sont les seules à pouvoir les intégrer et les budgétiser pour un accompagnement homogène de ces problématiques.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. La sépulture 1 435 présente des lésions osseuses à la clavicule gauche, à l’humérus droit, à l’os du tibia droit, au fémur et à la patella gauche. Le diagnostic d’ostéomyélite a été retenu.
Crédits © C. Le Forestier.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/12923/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 16M
Titre Fig. 2. Images ayant servi à la modélisation du squelette féminin adulte issu du cimetière médiéval de Gournay-sur-Marne (93), rue Nast. A. La clavicule gauche présente une lyse avec perforation complète de l’extrémité acromiale. B. L’os du tibia droit présente une double fistule sur le bord interne de la diaphyse et, au centre, une zone d’épaississement avec des appositions périostées.
Crédits © R. El Hajaoui, C. Le Forestier (Inrap).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/12923/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 2,7M
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Pour citer cet article

Référence papier

Cyrille Le Forestier, Rachid El Hajaoui et Frédéric Boursier, « L’apport des techniques d’imagerie et de photographie à l’étude, la conservation et la diffusion des cas pathologiques en archéoanthropologie »Les nouvelles de l'archéologie, 165 | 2021, 44-49.

Référence électronique

Cyrille Le Forestier, Rachid El Hajaoui et Frédéric Boursier, « L’apport des techniques d’imagerie et de photographie à l’étude, la conservation et la diffusion des cas pathologiques en archéoanthropologie »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 165 | 2021, mis en ligne le , consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/12923 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.12923

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Auteurs

Cyrille Le Forestier

Inrap, UMR 6273 CRAHAM « Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales », université de Caen Normandie. cyrille.le-forestier@inrap.fr

Rachid El Hajaoui

Inrap, formateur et référent en photogrammétrie. rachid.elhajaoui@inrap.fr

Frédéric Boursier

Centre hospitalier de Gonesse, Val-d’Oise, France. Umr 7206 EA « eco-anthropologie », musée de l’homme. fr.boursier@free.fr 

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-4.0

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