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Difformités naturelles et acquises en Amérique précolombienne et coloniale : représentations et interprétations plurielles

Nathalie Brown
p. 8-14

Résumés

L’art mexicain et péruvien de la période précolombienne et coloniale est une mine d’informations sur la façon de penser le handicap au sein des cultures aztèque et inca. Il existe d’autres représentations issues d’autres cultures de l’Amérique latine précolombienne (Olmèque, Maya, Mochica, etc.) que l’on ne peut ignorer tant la réponse apportée aux difformités naturelles et aux déformations acquises liées à un état pathologique ou provoquées dans un but rituel, voire ornemental, semble complexe mais surtout peu documentée. En effet, les traces écrites, contrairement aux représentations en pierre ou en terre cuite, demeurent très rares. Les études d’ordre anthropologique et historique sur ce sujet sont pratiquement inexistantes. Il convient donc d’ouvrir des pistes de recherches afin de nous permettre de nous interroger sur ces représentations plurielles et encore mystérieuses. Quels étaient les difformités naturelles et les déformations acquises représentées ? Comment interprétait-on le handicap dans ces cultures, en particulier chez les Aztèques et les Incas ? Quel était le rôle des personnes difformes dans ces sociétés ?

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Index de mots-clés :

bec de lièvre, nanisme, bossu, Incas, Aztèques

Index by keyword:

cleft lip, dwarfism, hunchback, Incas, Aztecs
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Texte intégral

  • 1 Il existe des représentations issues d’autres cultures de l’Amérique latine précolombienne (Olmèque (...)

1Étudier la perception du handicap dans une société permet de mieux comprendre sa culture, son organisation sociale et ses normes. Au-delà des singularités biologiques ou comportementales d’une personne, le handicap dépend de l’organisation de cette société dans un espace socio-historique donné ; sa perception n’est donc pas uniforme. L’art mexicain et péruvien de la période précolombienne et coloniale demeure une mine d’informations riche et complexe sur l’existence de maladies invalidantes et sur la façon de penser le handicap au sein des cultures aztèque et inca. Les découvertes archéologiques et anthropologiques nous permettent d’avoir une idée plus précise de la perception du handicap au sein de ces sociétés. Contrairement aux maladies, les difformités et les malformations n’étaient pas assimilées systématiquement à un châtiment divin ni attribuées à l’effet d’une présence étrangère à l’individu. Cette conception était apparemment commune à la plupart des Précolombiens. Au vu de la rareté des sources écrites anciennes sur ce sujet, les réponses que les cultures préhispaniques et coloniales d’Amérique latine apportaient au handicap dépendent en grande partie de l’iconodiagnostic établi à partir de l’étude des objets, mais il faut rester prudent sur ce point. Quelles sont les difficultés inhérentes à ces sources ? Comment interprétait-on et représentait-on le handicap chez les Aztèques et les Incas et dans d’autres civilisations de l’Amérique précolombienne ? Quels étaient les différents types de handicaps représentés (y compris au tout début de l’époque coloniale) ? Quel était le rôle des personnes difformes dans ces sociétés ?1.

La difficulté d’interprétation des sources

2La connaissance des maladies et des handicaps en Amérique précolombienne et coloniale dépend en grande partie des figurines, en terre cuite ou en pierre, réalisées par des artistes figuratifs. L’analyse iconographique de ces objets offre la possibilité de restituer à la fois un aperçu des mentalités et une image de la société des vivants. Ces représentations symboliques nous renseignent sur la vie quotidienne et, dans une certaine mesure, sur l’état pathologique des populations. La lecture iconographique des statuettes pose cependant un certain nombre de problèmes. Comment, par exemple, distinguer entre une altération de la morphologie corporelle de caractère intentionnel et une autre d’ordre pathologique ? Il convient de rester très prudent face aux difficultés et aux pièges de l’iconodiagnostic.

  • 2 Voir le récipient anthropomorphe au bec verseur représentant un phallus érigé surdimensionné. Pérou (...)
  • 3 Statuette en jadéite représentant le dieu Xolotl comme un squelette schématisé à l’extrême et aux p (...)
  • 4 Voir la céramique représentant un enfant hydrocéphale à grosse tête, à front olympien et à nez en p (...)

3Il faut, en outre, pouvoir faire la différence entre des choix conceptuels opérés par le céramiste lors de la sélection et l’agencement des composantes iconographiques, et des choix ou des impératifs plus proprement techniques. Ainsi, la disproportion de telle ou telle partie de l’organisme peut être volontaire et éventuellement investie d’une connotation symbolique (c’est le cas des figures phalliques2), tandis qu’ailleurs il s’agira d’un simple procédé technique : des jambes massives, souvent assimilées à des symptômes pathologiques, sont en fait destinées à assurer une meilleure stabilité aux personnages représentés en pied3. Les sources de confusion à l’origine des principales erreurs de lecture peuvent aussi être provoquées par des phénomènes de dégradation postérieurs à la fabrication des statuettes. À titre d’exemple, des taches noires fréquemment observées à la surface des statuettes, qui peuvent être interprétées comme des stigmates d’éruption cutanée, sont en réalité un dépôt de manganèse résultant d’un processus d’altération dû au long séjour en terre des objets. D’autres erreurs peuvent être liées à un défaut de connaissances stylistiques, comme la tête qui est parfois représentée surdimensionnée4 pour nous informer sur l’âge de l’individu (les enfants sont reconnaissables au surdéveloppement du neurocrâne) ou bien nous informer sur de réelles pathologies comme le nanisme achondroplasique, dont l’une des manifestations est la taille surdimensionnée du crâne. Enfin, les statuettes réalisées par les artistes ont un caractère magico-religieux, ce qui implique dès leur conception une sélection thématique directement liée à la connotation symbolique visée.

Difformités naturelles

4Les artistes figuratifs prenaient volontiers les anomalies morphologiques pour thème d’inspiration. Les statuettes fournissent des renseignements sur les altérations du squelette mais aussi des parties molles et de la peau. Dans le Mexique précolombien, l’effigie des personnages difformes exerçait, en outre, une action magique. Comme signalé auparavant, contrairement aux maladies, les difformités et les malformations n’étaient pas assimilées systématiquement à un châtiment divin, elles étaient considérées comme un signe distinctif, une marque de sélection qui révélait la prédestination de celui qui en était affligé à devenir prêtre ou médecin ; elles dénotaient un certain pouvoir, un signe surnaturel qu’il convenait de reconnaître et de respecter. Les Aztèques accordaient des pouvoirs surnaturels aux hommes naturellement affligés de défauts physiques (López Austin 1980 : I, 413-414).

Nains et bossus

5Des cas de nanisme sont fréquemment mentionnés en Mésoamérique, en particulier chez les Olmèques. La stylisation touche la longueur des membres ou encore la disproportion du crâne. Certains de leurs personnages à la taille petite, aux membres anormalement courts, au visage arrondi d’aspect enfantin ou au contraire prématurément vieilli, évoquent l’achondroplasie. Mais il pourrait aussi s’agir seulement de la figuration rituelle de génies ou d’hommes-dieux au visage félinisé. On trouve des exemples d’œuvres d’art figurant des nains parmi lesquelles la statue olmèque de Caliza (La Venta), les groupes de petits danseurs et le nain cyphotique de Jalisco (musée de Mexico) (fig. 1), et des pectoraux mayas en jadéite représentant un nain conversant avec un prêtre (musée de Guatemala, British Museum).

Fig. 1. Nain cyphotique, Mexique.

Fig. 1. Nain cyphotique, Mexique.

© Coury, C. 1982, fig. 40.

  • 5 Voir la céramique (H. 42 cm) représentant un bossu, debout sur un poisson à deux têtes et s’appuyan (...)
  • 6 Voir la céramique représentant un personnage accroupi, bossu, avec une grosse tête et des mains éla (...)
  • 7 Vase à étrier en céramique, représentant un personnage bossu, la tête enfoncée dans les épaules. Pé (...)
  • 8 Un brûleur à copal figurant un bossu au nez volumineux et crochu, à l’aspect acromégaloïde et au re (...)

6Le thème des bossus est, lui aussi, amplement illustré5. L’anomalie morphologique représentée varie selon l’artiste ou l’entité stylistique. Les œuvres d’art figurent aussi bien des gibbosités dorso-lombaires angulaires et médianes avec lordose compensatrice, évoquant le mal de Pott, que des cyphoses à grand rayon de courbure, comme dans le rachitisme ou les troubles de croissance osseuse6. Comme en Europe, les bossus et les nains servaient de bouffons aux souverains. L’empereur aztèque Moctezuma II (1466-1520) en avait à sa cour et un dessin de Felipe Guamán Poma de Ayala (vers 1615) indique que les dames d’honneur de la reine des Incas étaient souvent recrutées parmi les bossues. On en trouve d’autres exemples dans presque toutes les civilisations : chez les Mochicas du Pérou7, les Olmèques, la culture de la côte du Pacifique, les Zapotèques (un danseur bossu est représenté dans un relief sur pierre de Monte Albán), et chez les Mayas8. D’après les squelettes exhumés, les cyphoses, les lordoses vertébrales et les gibbosités étaient fréquentes dès la période paléolithique.

Bec-de-lièvre, pied-bot et albinisme

  • 9 Staatliches Museum für Völkerkunde, Munich (Allemagne) (Coury 1982 : 323).
  • 10 Staatliches Museum für Völkerkunde, Munich (Allemagne) (Coury 1982 : 323).

7Le bec-de-lièvre était répandu ; on l’appelait chektasenca chez les Incas et tochiciviztli chez les Aztèques. Au Mexique, la croyance veut que la partie absente de la lèvre d’un individu affligé d’un bec-de-lièvre ait été mangée par une éclipse de lune (Sahagun 1999). Ainsi, quand une éclipse avait lieu, la future mère ne devait sortir qu’en cas de nécessité absolue et plaçait une lame d’obsidienne sur son ventre pour contrer ce mauvais sort. Parmi les nombreuses représentations mexicaines, une hacha de pierre issue de la civilisation totonaque ou du Golfe du Mexique figure une tête affligée d’un bec-de-lièvre paramédian droit de la lèvre supérieure9 (fig. 2) et une tête en céramique de la civilisation zapotèque présente une lèvre inférieure marquée par un bec-de-lièvre paramédian gauche10.

Fig. 2. Bec-de-lièvre, Mexique, civilisation du Golfe.

Fig. 2. Bec-de-lièvre, Mexique, civilisation du Golfe.

© Coury, C. 1982, fig. 49.

8Un adolescent atteint de pied-bot bilatéral et un adulte porteur d’un pied-bot gauche figurent sur les fresques d’Atelolco, près de Teotihuacán. Cette déformation se retrouve aussi sur quelques personnages de la céramique péruvienne.

9L’albinisme, quant à lui, qui fait les sujets « blancs de naissance, pour ce qui est du visage, du corps, des cils et des sourcils », comptait également parmi les phénomènes anormaux et Moctezuma en conservait des exemples à sa cour (Soustelle 1955).

Handicaps infectieux

10On retrouve trace de ce que l’on pourrait qualifier de handicap infectieux dans certaines parties de l’Amérique précolombienne. Les lésions cutanées dues au pian ou à la syphilis peuvent être hautement mutilantes. Les personnages bubonneux se caractérisent par la figuration de protubérances d’apparence généralement rugueuse, diversement réparties. Leur attitude peut être liée aux signes cliniques quand, par exemple, les individus se présentent dans une posture déséquilibrée, traduisant l’inconfort dû à leur mal. Les lésions peuvent couvrir tout le corps ou bien être plus localisées – sur le visage autour de la bouche et des arcades sourcilières, sur le corps dans les zones de plis des bras et des jambes ou sur le thorax. Il est difficile de déterminer précisément la nature de ces lésions (papules, pustules, bubons, gommes, tumeurs), mais la question de l’existence de la syphilis vénérienne en Amérique est attestée à la période précolombienne (Schuenemann et al. 2018).

  • 11 Un autre vase représente un homme assis en tailleur, au visage marqué par une vaste ulcération ayan (...)

11Une autre maladie mutilante, la leishmaniose cutanéomuqueuse, entraîne une mutilation progressive du visage qui permet de la reconnaître aisément sur de nombreuses céramiques anthropomorphes des Mochicas et des Incas11 (fig. 3). Due à un parasite transmis par les moustiques, elle se cantonne à certaines zones du Brésil et aux régions andines (antis oncoy) et est désignée aussi sous le nom de uta. Cette affection débute par une tuméfaction de la lèvre ou de la joue qui s’ulcère, s’étend de proche en proche, détruisant de façon lente et progressive la peau et les muqueuses, découvrant la denture, provoquant parfois une rétraction palpébrale et défigurant horriblement le malade.

Fig. 3. Vase représentant une femme dont le visage est marqué par une maladie mutilante du nez et des lèvres (lèpre ou leishmaniose ?), Pérou, civilisation mochica.

Fig. 3. Vase représentant une femme dont le visage est marqué par une maladie mutilante du nez et des lèvres (lèpre ou leishmaniose ?), Pérou, civilisation mochica.

© Coury, C. 1982, fig. 45.

Trisomie 21

12Bien que l’existence de la trisomie 21 en Amérique précolombienne soit encore débattue de nos jours, elle serait représentée notamment dans l’art figuratif olmèque. En effet, parmi les civilisations précolombiennes, l’art olmèque qui s’est développé entre 1200 avant J.-C. et 500 après J.-C. a montré une grande maîtrise de la sculpture de la figure humaine. Les Olmèques étaient de fins observateurs des pathologies et les représentaient avec beaucoup de réalisme et de soins. La trisomie 21 serait représentée sous la forme de l’homme-jaguar, figure hybride où le corps humain et la figure de l’animal sont imbriqués. Certaines figurines olmèques pourraient représenter des dysmorphies caractéristiques de la trisomie 21 (visage aplati, fentes palpébrales obliques associés à la racine du nez effondrée, lèvres épaisses et oreilles mal ourlées). Un statut particulier aurait été attribué aux individus atteints de ce syndrome, parce qu’on pensait qu’ils étaient le fruit d’un accouplement entre une femme et le jaguar, divinité majeure chez les Olmèques. J. E. Bernal et I. Briceño ont décrit en 2006 une figurine qui daterait de 500 ans environ avant J.-C. et appartiendrait à la période dite préclassique, pendant laquelle l’art de la poterie n’avait pas encore atteint une grande qualité (Bernal & Briceño 2006). La figurine présenterait plusieurs particularités caractéristiques de la trisomie 21. Elle est obèse, ses fentes palpébrales sont obliques, la racine du nez est effondrée, le nez, retroussé, montre des narines vues de face, le menton est prognathe et la bouche ouverte. Mais il faut tenir compte du fait que les sculpteurs représentaient souvent les statuettes anthropomorphes avec la bouche ouverte, une pratique qui réduit la signification de cette particularité. Chez les Zapotèques, le grand centre cérémoniel de Monte Albán (200-900 ap. J.-C.) a également fourni des figurines parmi lesquelles Jürgen Kunze et Irmgard Nippert ont identifié une déesse coiffée d’un turban de perles (fig. 4), datée de 400 à 800 ap. J.-C., décrivant selon eux typiquement une trisomie 21 en raison de sa face arrondie, de l’obliquité des fentes palpébrales et d’une bouche ouverte (Kunze & Nippert 1986).

Fig. 4. Déesse au turban de perles atteinte de trisomie 21, d’après Kunze et Nippert.

Fig. 4. Déesse au turban de perles atteinte de trisomie 21, d’après Kunze et Nippert.

© Stahl, A. & Tourame, P. 2013, t. xvii, n° 1.

Épilepsie

13L’épilepsie, handicap invisible, est mentionnée dans les écrits anciens. Ses manifestations cliniques étaient bien connues et les crises convulsives étaient fréquentes. Il ne semble pas qu’on lui ait attribué une signification augurale fâcheuse analogue à celle du « haut mal » que lui prêtaient les Gréco-Latins. Les Aztèques la considéraient comme une maladie sacrée : ils pensaient que la crise résultait de la possession du malade par une divinité mal intentionnée, qui pouvait être Tlazolteotl, ou des êtres surnaturels, les cihuateteo, c’est-à-dire les femmes mortes en couches. Celles-ci étaient divinisées car leur mort et celle de leur enfant étaient assimilées à la mort glorieuse du guerrier combattant (la parturiente) ayant capturé un prisonnier (l’enfant). Elles jouissaient d’un devenir post-mortem particulier et leurs apparitions nocturnes étaient très redoutées (Sahagun 1999 : 95). Postées aux carrefours des villes et des villages, jalouses des enfants nés beaux et en bonne santé, on les accusait d’être à l’origine des crises d’épilepsie ou des paralysies faciales qu’elles infligeaient aux nouveau-nés. Aux yeux des Péruviens, l’épilepsie était appelée urmachiscan, « la maladie qui fait tomber et qui ressemble à la mort ». Selon le chroniqueur Felipe Guamán Poma de Ayala, le vent véhicule des radiations magiques qui sont le fruit de la vengeance et de la colère de démons peuplant la nature et pénètrent le corps. Cela explique l’usage du mot huayra (air, vent) et aya (mort) pour composer le nom « épilepsie » en quechua aya huayra. Guamán Poma de Ayala rapporte ainsi que l’épouse principale du cinquième roi inca Capac Yupanqui (xiiie siècle) souffrait de crises nerveuses convulsives survenant trois fois par jour et durant lesquels elle hurlait, se jetait sur les gens qui l’entouraient et les mordait.

Quel était le rôle des personnes difformes dans ces sociétés ?

14Comme en Europe, et sans qu’il y ait eu de contact avec l’Ancien Monde, nains et bossus servaient de bouffons aux souverains (Garcilaso de La Vega, cité par Lamus Obregón 2010 : 32). L’empereur Moctezuma II possédait des êtres bizarres, « deux bouffons », qui faisaient des choses ridicules pour l’amuser et l’accompagner (Bernal Díaz del Castillo 1877).

  • 12 Aida Balta, cité par Lamus Obregón 2010 : 32.

15Avant l’arrivée des Espagnols, il existait des maisons de bossus chez les Aztèques et les Incas. Garcilaso de la Vega (vers 1501-1503 – 1536), à propos de ces derniers, écrit qu’« ils créaient la vie, une vie plus agréable à vivre avec ses grâces et remuements et par cela ils recevaient un traitement particulier »12. Dans sa Seconde Lettre adressée à Charles Quint (1500-1558), Hernán Cortés (vers 1485-1547), qui a débarqué près de l’actuelle Veracruz le 22 avril 1519, évoque les coutumes d’une maison de Moctezuma : « il y a dans cet endroit une salle réservée à certains hommes, femmes et enfants tout blancs de figure, de corps, de cheveux, de cils et de sourcils » – il s’agit vraisemblablement ici de cas d’albinisme. « […] il y a encore une autre maison, où le prince a réuni une collection de monstres humains : nains, bossus, contrefaits et une foule d’autres difformes ; chacun de ces monstres a sa chambre à lui et il y a aussi des personnes pour prendre soin de ces malheureux » (Cortés 1896).

16Les autorités semblaient donc faire veiller ces personnes infirmes par des serviteurs et des vassaux. Guamán Poma de Ayala indique que les dames d’honneur de la reine des Incas étaient souvent recrutées parmi les bossues (appelées en quechua kumu). Au Pérou, nains (ttinrihuayaca), bossus (kcumu), et becs-de-lièvre (cehekta zencca) servaient aussi souvent de bouffons chez la noblesse inca et pouvaient avoir des occupations diverses : surveiller les maisons, élever des lapins et des canards. En échange, on leur donnait nourriture et vêtements. Lors des fêtes solennelles on leur distribuait, sur la place principale, d’immenses paniers de coca et de vigoureux lamas, et l’on s’amusait au spectacle qu’ils offraient s’effondrant sous le poids des paniers, bousculés et jetés à terre par les animaux. Lors de la fête Citua, toute personne souffrant d’une tare physique était envoyée loin de la ville pour se concilier les divinités : on pensait qu’elles devaient leur infortune à quelque faute dont elles avaient été punies.

17Des fonds ou des biens étaient alloués aux infirmes. Dans les villes d’une certaine importance, il y avait des hôpitaux proprement dits où ils étaient soignés et l’on veillait en général à ce que les malades, pour peu qu’ils en fussent capables, procréassent des enfants. Selon les règles de ce curieux eugénisme, ils étaient astreints à se marier uniquement entre eux. Dans le bassin de Mexico, les figurines semblent rappeler que les bossus étaient considérés comme ayant des dispositions pour la sorcellerie et des pouvoirs thérapeutiques (Niederberger, 1987 : 429). Les personnes difformes avaient leur propre dieu, appelé Xolotl. Elles pouvaient aussi renaître sous forme d’êtres surnaturels, les tlaloques, nains aux longs cheveux fous qui aidaient Tlaloc à distribuer de l’eau sous forme de pluie. Par ailleurs, les personnes « anormales » n’étaient pas épargnées lors des sacrifices humains chez les Aztèques : albinos, nains, bossus, contrefaits, macrocéphales, tous étaient sacrifiables d’office au même titre que les guerriers ennemis, les esclaves et les condamnés à mort.

Déformations acquises : état pathologique ou magique

La trépanation

18L’anthropologue Paul Broca (1824-1880) fait état d’une trépanation observée sur un crâne provenant d’un cimetière inca de la vallée de Yucay. De section carrée et limitée par quatre incisions rectilignes, la pièce osseuse comprise dans le rectangle a été entièrement détachée jusqu’à la dure-mère et l’individu aurait survécu plusieurs jours après l’opération, d’après le développement des porosités autour de la surface dénudée (Broca 1867). Cet acte de chirurgie était courant au Mexique et au Pérou. Il était, la plupart du temps, réalisé sur des patients vivants, comme l’atteste l’existence d’une zone cicatricielle sur le pourtour de la brèche. Depuis les temps les plus reculés, une telle intervention était indiquée afin de ménager un orifice de sortie à un être malfaisant qui s’était introduit par magie dans la tête du patient. Mais le plus souvent, la trépanation constituait un traitement en cas de fracture du crâne résultant d’un traumatisme de guerre (coup de massue ou de matraque à dents d’obsidienne, blessure de fronde), d’une hydrocéphalie, d’une tumeur cérébrale ou d’une sinusite frontale suppurée. La brèche était parfois obturée avec une plaque prothétique parfaitement adaptée en or, argent, plomb ou en écorce de citrouille. Les patients trépanés pouvaient survivre plusieurs années, même si les accidents (hémorragies et infections) étaient fréquents (Márquez & Hernández 2009).

L’amputation

19Les individus handicapés à cause d’une amputation due à une lésion traumatique d’un membre avaient leur propre divinité. Dieu créateur et vengeur des Aztèques, Tezcatlipoca était lui aussi amputé du pied droit. Il l’aurait sacrifié comme appât pour attirer Cipactli, une créature chimérique toujours affamée dont le corps servit ensuite aux dieux à créer le monde. À la suite de ce combat, Tezcatlipoca devint un dieu estropié. La pratique des amputations semblait assez courante au Mexique. La section était en général transdiaphysaire à hauteur de la lésion ; elle se faisait à l’aide de rugines et de scies en obsidienne (pierre noire à effet antiseptique) taillée.

20Lors de la cérémonie funèbre des femmes mortes en couches, leurs doigts, considérés comme les supports d’un pouvoir magique, étaient amputés avec des lames d’obsidienne. Le cadavre de la Cihuateotl était l’enjeu de terribles affrontements. La défunte était conduite au lieu d’inhumation escortée par une troupe de familiers et de sages-femmes ayant pour mission de repousser les attaques de jeunes guerriers désireux de s’emparer du majeur gauche et de la chevelure de la défunte. Ces jeunes gens pensaient que ces reliques paralyseraient leurs ennemis et leur donneraient force et courage pour faire des prisonniers (Sahagún 1999 : 60).

  • 13 New York, American Museum of Natural History.

21On ne sait pas comment l’hémostase était assurée et l’infection évitée en cas d’amputation d’un patient. Au Pérou, plusieurs poteries mochicas représentent des amputés de bras ou de jambes, dont quelques-uns sont équipés de prothèses ou s’appuient sur un bâton. Les artistes ont clairement dessiné les points de suture sur les moignons. Un vase péruvien figure un manchot par amputation du bras droit. Un autre montre un amputé de jambe tenant à la main le capuchon destiné à protéger son moignon13. Guamán Poma de Ayala représente un unijambiste dans sa chronique sur les Incas. Ceux-ci pratiquaient aussi l’amputation avec une lame en obsidienne, après anesthésie du muscle avec des feuilles de coca et d’autres plantes. Les tissus étaient recousus à l’aide d’aiguilles d’os et de cheveux humains. Des prothèses en bois ont été retrouvées dans certaines nécropoles péruviennes, notamment un pilon fixé sur le tibia et le péroné d’un amputé du pied. On a aussi découvert à la Cueva de Santa Cruz (Guatemala) un pot maya de forme humaine contenant des doigts amputés avec les lames d’obsidienne ayant servi à les sectionner (Disselhoff 1963).

Les déformations intentionnelles ornementales : le cas des déformations céphaliques

22« La coutume d’avoir la tête aplatie est si enracinée chez eux qu’ils mettent les enfants sous presse dès leur naissance ; ils leur appliquent sur le front une petite planche et sur la nuque une autre si grande qu’elle peut servir de berceau et supporter le corps du nouveau-né. » C’est ainsi que le jésuite espagnol Cristóbal de Acuña (1598-1670) décrit au xviie siècle la déformation crânienne pratiquée par les Omaguas, une communauté établie le long de l’Amazone. Les déformations intentionnelles dans le Nouveau Monde sont argumentées par de nombreuses découvertes et fouilles archéologiques. Celle du crâne, dans un but rituel voire ornemental, induite dès le plus jeune âge, peut être considérée comme une des particularités sociologiques les plus répandues et les plus caractéristiques des civilisations de l’Amérique ancienne. L’Amérique du Sud, et tout spécialement la région andine, reste le lieu où elle fut la plus intensément mise en œuvre. Cette coutume accompagne le développement des communautés andines depuis au moins le vie millénaire av. J.-C. et elle est quasi généralisée au moment de la conquête espagnole (Thomas 2018). De très nombreux vestiges humains en portent la trace, qu’ils aient été exhumés au Pérou (nécropole de Paracas I dans la péninsule du même nom, district d’Ancón près de Lima ou région de Cuzco), chez les Tiahuanacos, les Atacameños et les Diaguites du nord-ouest et du nord de l’Argentine et du Chili, chez les Mayas, les Olmèques, les Zapotèques, les Totonaques et les gens de la culture de Teotihuacán en Amérique du Nord et centrale. Des œuvres d’art tout aussi nombreuses reflètent cette fréquence (têtes d’argile, bas-reliefs et statues mayas, poteries nahuatl et autres).

23La déformation érigée domine chez les Aztèques et plus généralement en Méso-Amérique. Elle n’aboutissait en fait qu’à accuser exagérément un caractère morphologique naturel, notamment chez les Mayas qui privilégièrent la déformation circulaire oblique. Selon le Frère Diego de Landa (1524-1579), ils cherchaient ainsi soit à ennoblir le personnage en lui donnant plus de prestance pour qu’il ressemble à l’effigie du dieu du maïs, soit à lui faciliter, à l’âge adulte, l’arrimage de charges portées sur le dos et retenues par une sangle frontale appelée « mecapal », comme chez les paysans actuels du Guatemala. Plusieurs techniques étaient mises en œuvre pour déformer les crânes.

24Le crâne de l’enfant est très malléable et cette souplesse permet d’envisager un modelage avant que la forme définitive ne se mette en place. La voûte crânienne est remarquablement plastique et se prête bien à ce genre de manipulations. Ce n’est pas avant l’âge de six ans que se produit l’ossification définitive. Les sutures de la voûte crânienne permettent une certaine mobilité entre les os et les forces de compression externes, planchettes ou bandelettes, déterminent cet accroissement des sutures. Il semble qu’il n’y ait aucun retentissement de la déformation sur le développement de l’enfant.

25Chez les Incas, la déformation crânienne revêt une grande importance socio-culturelle. Les différentes formes du crâne auraient eu pour fonction de donner au corps d’un individu un attribut visible servant à identifier sa place sociale, sa tribu ou sa filiation. C’est ainsi que le légendaire Inca Manco Cápac, réputé avoir été le premier empereur à Cuzco, aurait ordonné que la tête des marginaux et des défavorisés soit déformée en jugeant que c’était le meilleur moyen de se faire obéir. Ces habitudes existaient encore sous le troisième Inca Lloque Yupanqui. Plus simplement, la déformation permettait souvent de distinguer une tribu de l’autre. Par opposition aux Mayas, c’est la forme finale de la tête qui était recherchée. Les têtes étaient déformées selon plusieurs méthodes, l’aplatissement affectant soit le haut du crâne, soit les côtés.

26Les appareils déformateurs mis en œuvre sont de trois types : le berceau de bois, par la pression exercée sur la tête du nouveau-né couché et immobilisé dedans ; les planchettes, où la tête est enserrée entre deux morceaux de bois disposés sur le front et la nuque, aplatissant ainsi le crâne d’avant en arrière (type « tabulaire ») ; enfin, des liens ou des bandeaux très serrés, souvent appelés chuco, comprimant le crâne dès la naissance (type « annulaire ou circulaire »). Cette dernière technique est la plus souvent décrite par les Espagnols dans l’empire Inca, fortement impressionnés par cette coutume qui leur semblait si étrange. En effet, au xvie siècle, elle ne se pratiquait plus que de manière exceptionnelle et résiduelle dans quelques régions d’Europe du Nord. Les Espagnols luttèrent férocement contre cette tradition. Lors du IIIe concile de Lima (1585), les autorités religieuses décidèrent d’interdire plus fermement les déformations crâniennes. Pourtant, elles perdurèrent longtemps.

Conclusion

27Les statuettes anthropomorphes fournissent une large illustration des altérations de la morphologie corporelle, de caractère intentionnel ou d’ordre pathologique. Elles ne nous permettent cependant de dresser qu’un inventaire très partiel des maladies ayant pu affecter les populations en question car ces altérations de la morphologie corporelle figurées et les anomalies physiques représentées sont peu diversifiées. Les interprétations de ces objets restent sujettes à controverse. En effet, il semble difficile d’établir un rétro-diagnostic en analysant simplement ces représentations d’argile. Les documents écrits anciens mentionnent très rarement les tares physiques en dehors des empires Aztèque et Inca et ne s’intéressent qu’aux bossus, aux nains et aux individus frappés de lésions cutanées, qui sont beaucoup représentés. Ces maladies ont donc pu être répandues parmi les populations du Mexique et du Pérou précolombien, les statuettes témoignant vraisemblablement de leur existence, mais il faut garder à l’esprit qu’elles peuvent aussi être investies d’une connotation symbolique. L’incidence des monstruosités vraies est difficile à apprécier, la distinction étant souvent impossible à faire entre les figurations réalistes d’après nature et les compositions artistiques à signification symbolique. Néanmoins, les textes anciens et les objets en céramique nous apportent des informations sur la perception et le rôle des handicapés dans les sociétés aztèque et inca et, bien au-delà, dans d’autres civilisations. Même s’ils étaient le plus souvent cantonnés à un rôle de bouffons, ils pouvaient cependant jouir de certains privilèges ou être investis du rôle de guérisseur. Les réponses que les cultures préhispaniques et coloniales d’Amérique Latine apportaient au handicap sont encore un territoire à explorer.

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Bibliographie

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Notes

1 Il existe des représentations issues d’autres cultures de l’Amérique latine précolombienne (Olmèque, Maya, Mochica, etc.) que l’on ne peut ignorer tant la réponse apportée aux difformités naturelles et aux déformations acquises liées à un état pathologique ou provoquées dans un but rituel, voire ornemental, semble complexe et, surtout, peu documentée.

2 Voir le récipient anthropomorphe au bec verseur représentant un phallus érigé surdimensionné. Pérou, civilisation mochica. Lima (Pérou), Museo Nacional de Antropología y Arqueología. Paris, photothèque du musée de l’Homme (Coury 1982 : 327).

3 Statuette en jadéite représentant le dieu Xolotl comme un squelette schématisé à l’extrême et aux pieds démesurés. Mexique, civilisation aztèque. Stuttgart (Allemagne), Wütembergisches Landesmuseum. (Coury 1982 : 319).

4 Voir la céramique représentant un enfant hydrocéphale à grosse tête, à front olympien et à nez en pied de marmite. México (Mexique), coll. Paul Antebi (Coury 1982 : 322).

5 Voir la céramique (H. 42 cm) représentant un bossu, debout sur un poisson à deux têtes et s’appuyant sur un bâton. L’avant-bras droit paraît atrophié. Un pectoral est pendu à son cou. Mexique, Jalisco ou Colima. México (Mexique), Museo Nacional de Antropología y Etnografía. Photothèque du musée de l’Homme, Paris. Une autre céramique représente un vieillard bossu, aux bras décharnés et aux jambes épaisses (H. 40,5 cm). République dominicaine. New York (États-Unis), Museum of the American Indian. Une sculpture de pierre figure aussi un personnage atteint d’une gibbosité à grande courbure, les bras croisés, appuyés sur les genoux. San Salvador (El Salvador). New York (États-Unis), Museum of the American Indian (Coury 1982 : 321-322).

6 Voir la céramique représentant un personnage accroupi, bossu, avec une grosse tête et des mains élargies. Mexique, civilisation de l’Occident. México (Mexique), coll. particulière. Exposition « Chefs-d’œuvre de l’art mexicain », Petit Palais, Paris, 1962 (Coury 1982 : 321).

7 Vase à étrier en céramique, représentant un personnage bossu, la tête enfoncée dans les épaules. Pérou, civilisation mochica moyenne. Chicago (États-Unis), coll. Nathan Cummings (Coury 1982 : 321).

8 Un brûleur à copal figurant un bossu au nez volumineux et crochu, à l’aspect acromégaloïde et au regard strabique représente peut-être Itzamna, dieu-médecin. Civilisation maya classique ancienne. Ciudad de Guatemala (Guatemala), Museo Nacional de Arqueología y Etnología (Coury 1982 : 321).

9 Staatliches Museum für Völkerkunde, Munich (Allemagne) (Coury 1982 : 323).

10 Staatliches Museum für Völkerkunde, Munich (Allemagne) (Coury 1982 : 323).

11 Un autre vase représente un homme assis en tailleur, au visage marqué par une vaste ulcération ayant détruit les lèvres et dégageant les arcades dentaires. Il semble s’agir d’un cas de leishmaniose américaine. Pérou, civilisation mochica. Madrid (Espagne), Museo de América. Un vase figure un homme dont la lèvre supérieure et le nez sont ulcérés ; il existe en outre une exophtalmie gauche. Pérou, civilisation mochica. Madrid (Espagne), Museo de América. Une céramique représente un homme au visage ulcéré laissant voir les dents, lésion interprétée par Rudoph Virchow en 1897 comme étant d’origine lépreuse. D’autres auteurs pensent qu’il s’agirait d’une mutilation provoquée dans un but punitif. La plupart, cependant, penchent pour le diagnostic de « uta » ou leishmaniose cutanée américaine. Pérou, civilisation mochica. Berlin (Allemagne), Museum für Völkerkunde (Coury 1982 : 322-323).

12 Aida Balta, cité par Lamus Obregón 2010 : 32.

13 New York, American Museum of Natural History.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Nain cyphotique, Mexique.
Crédits © Coury, C. 1982, fig. 40.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/12563/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 349k
Titre Fig. 2. Bec-de-lièvre, Mexique, civilisation du Golfe.
Crédits © Coury, C. 1982, fig. 49.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/12563/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 650k
Titre Fig. 3. Vase représentant une femme dont le visage est marqué par une maladie mutilante du nez et des lèvres (lèpre ou leishmaniose ?), Pérou, civilisation mochica.
Crédits © Coury, C. 1982, fig. 45.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/12563/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Fig. 4. Déesse au turban de perles atteinte de trisomie 21, d’après Kunze et Nippert.
Crédits © Stahl, A. & Tourame, P. 2013, t. xvii, n° 1.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/12563/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 574k
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Pour citer cet article

Référence papier

Nathalie Brown, « Difformités naturelles et acquises en Amérique précolombienne et coloniale : représentations et interprétations plurielles »Les nouvelles de l'archéologie, 165 | 2021, 8-14.

Référence électronique

Nathalie Brown, « Difformités naturelles et acquises en Amérique précolombienne et coloniale : représentations et interprétations plurielles »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 165 | 2021, mis en ligne le , consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/12563 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.12563

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Auteur

Nathalie Brown

Docteure en Études romanes, Umr 7268 Ades « Anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé », Aix-Marseille université, Cnrs, Efs (Établissement français du sang). nathalie.j.brown@wanadoo.fr

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Droits d’auteur

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