Navigation – Plan du site

AccueilNuméros160Une approche archéologique des ci...

Une approche archéologique des cimetières juifs médiévaux en Europe

Écueils et contraintes
Philippe Blanchard
p. 52-60

Résumés

L’étude des espaces funéraires des communautés juives a été initiée dans les années 1980 en France par Bernard Blumenkranz et Gérard Nahon avec la constitution d’une équipe de recherche du Cnrs, la Nouvelle Gallia judaïca. S’appuyant en partie sur des sources textuelles, ils ont dressé un bilan ou inventaire des vestiges liés à ces communautés. Les travaux se sont développés depuis cette date, notamment avec l’émergence de l’archéologie préventive en France et en Europe. Ils restent toutefois encore relativement discrets quand il s’agit de données funéraires, pour des raisons en partie liées aux pressions qu’exercent les groupes orthodoxes en rappelant l’interdiction de toucher les morts. Ces minorités très actives tentent en effet, par tous les moyens, de faire obstacle aux recherches en mettant en avant la suprématie de la loi juive sur les lois nationales relatives à la préservation du patrimoine. Après l’évocation des contraintes, l’article se propose donc de présenter les enjeux, une brève synthèse des résultats des fouilles du seul site funéraire français de référence, et un début de réflexion autour d’un point de chronologie.

Haut de page

Entrées d’index

Index de mots-clés :

judaïsme, cimetière, sépulture, chronologie

Index géographique :

Châteauroux, France
Haut de page

Texte intégral

L’archéologie du judaïsme : une thématique émergente

  • 1 Terme grec qui renvoie objectivement au phénomène historique de la dispersion des juifs à travers l (...)

1L’histoire des juifs de France a longtemps été abordée uniquement par les historiens à partir des sources textuelles (Benbassa 1997 ; Schwarzfuchs 1975). Très peu d’entre eux se sont appuyés sur les vestiges mobiliers ou muséographiques pour appréhender la vie des communautés juives du passé. Les études spécialisées relatives à l’histoire des juifs en France et de la diaspora1 en général ont ainsi été relativement négligées, notamment dans les domaines de l’archéologie et de l’art, comme le constatait Salo Wittmayer Baron (1895-1989) dans sa préface à l’ouvrage de Bernhard Blumenkranz (1913-1989) il y a quarante ans (Baron 1980 : 6). Il est assez juste de dire que celui-ci, avec son équipe de la Nouvelle Gallia Judaïca (Cnrs), est un des pionniers de l’archéologie du Judaïsme en France. Parmi eux, Gérard Nahon (1931-2018) fut un des premiers à s’intéresser au domaine funéraire. Il rédigea ainsi un article croisant les sources épigraphiques et textuelles, confrontées à des pièces mobilières (Nahon 1980 : 73-94), mais cependant dépourvu de références à des vestiges issus de fouilles récentes.

2Si les vestiges archéologiques, les monuments ou les objets liés au judaïsme ont pendant longtemps été aussi peu exploités, c’est principalement en raison de l’absence d’opérations archéologiques. Ce n’est en effet qu’à la fin de la décennie 1980 que l’archéologie préventive s’est développée, permettant une meilleure prise en compte du patrimoine enfoui en amont des travaux d’aménagement du territoire. C’est à ces années que remontent les fouilles de quelques sites en relation avec les communautés juives médiévales. En 2010, l’Inrap a réuni à Paris un colloque international présentant les principales découvertes, en Europe, de vestiges archéologiques liés à ces communautés juives. Cette manifestation et la publication qui s’ensuivit (Salmona & Sigal 2011) furent l’occasion de dresser un bilan et de constater que, si ce domaine d’étude était émergent (Blanchard & Georges 2010 : 33-57 ; Blanchard et al. 2012), il restait encore relativement confidentiel et que des efforts devaient donc désormais être déployés pour le consolider, le valoriser et le promouvoir.

L’étude des vestiges funéraires : les contraintes du sujet

3Les vestiges archéologiques du judaïsme restent rares, en particulier ceux qui se rapportent au domaine funéraire. Cette « pénurie » est la conséquence de plusieurs facteurs qui se cumulent. Le premier d’entre eux est lié à la taille des communautés juives dans le royaume de France au Moyen Âge. Sur la base des sources textuelles, les historiens estiment en effet que les juifs au début du xive siècle représentaient moins de 1 % de la population totale (Benbassa 1997 : 53 ; Schwarzfuchs 1975 : 89). De plus, si des communautés sont attestées dans de nombreuses villes et villages (fig. 1), elles y disposaient rarement d’un espace funéraire propre. Aussi, quand il existe un cimetière dans une ville, il est utilisé par des communautés plus éloignées. Nous disposons de peu de références pour la France mais en Angleterre, par exemple, le cimetière juif de York recueillait les dépouilles des juifs résidant dans la ville mais aussi celles de leurs coreligionnaires de Lincoln, pourtant située à plus de 89 km. De la même façon, les juifs de la ville de Nördlingen en Allemagne partageaient leur espace funéraire avec 17 autres communautés, dont certaines distantes de 45 km (Harck 2014 : 344-345). En France, Bernhard Blumenkrantz en recense 109 dans son inventaire (1980 : 307-387) et Gérard Nahon en a ajouté 7 par la suite (informations personnelles) (fig. 2). À la différence d’autres pays européens, aucun vestige de ces cimetières ne subsiste. Par conséquent, alors qu’au Moyen Âge plusieurs dizaines de milliers de cimetières (paroissiaux, monastiques, d’hôpitaux…) accueillaient les sépultures chrétiennes, les juifs ne disposaient que d’un peu plus d’une centaine de sites.

Fig. 1. Carte des communautés juives établies au Moyen Âge dans le royaume de France, dressée en 2007 à partir des sources textuelles connues.

Fig. 1. Carte des communautés juives établies au Moyen Âge dans le royaume de France, dressée en 2007 à partir des sources textuelles connues.

© Nahon 2007 d’après C. Cluse, université de Trèves, Allemagne.

Fig. 2. Carte des cimetières juifs de la France médiévale.

Fig. 2. Carte des cimetières juifs de la France médiévale.

© Ph. Blanchard, d’après Blumenkrantz 1980 : 380-387 et informations personnelles de Gérard Nahon (sites 110 à 116).

4Una autre difficulté réside dans l’accès aux sites. En effet, initialement situés en position extra-muros (cf. infra) et déjà très peu nombreux (cf. supra), les cimetières juifs se sont retrouvés, avec l’expansion urbaine des périodes modernes et contemporaines, sous nos centres-villes actuels. Ils sont par conséquent moins souvent fouillés, car recouverts par du bâti en élévation. Ce n’est qu’à l’occasion de travaux d’aménagements urbains que l’on peut espérer les atteindre, si l’on connaît leur position ou si des indices (caractères hébraïques par exemple) permettent de les identifier. Ainsi à Paris, en 1857, lors de travaux de terrassement dans la librairie Hachette, à l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Pierre-Sarrazin, la mise au jour de plusieurs dizaines de fragments de stèles gravées de caractères hébraïques permit aux savants de l’époque d’attribuer les ossements découverts au même endroit à la communauté juive des xiie-xiiie s. (Polonovski 2011).

5La dernière des contraintes (non la moindre !) est liée aux pressions religieuses, administratives, médiatiques ou même politiques qu’exerce une partie des communautés juives actuelles. Ces dernières s’opposent en effet systématiquement à toute intervention archéologique qui pourrait entraîner la mise au jour d’ossements. Elles invoquent les lois juives anciennes (et toujours suivies actuellement) qui proscrivent de toucher aux restes osseux. Les pressions que ces communautés peuvent exercer prennent différentes voies et s’expriment à différents niveaux qui peuvent parfois décourager les décisionnaires (aménageurs ou Sra).

Enjeux et perspectives

  • 2 En vertu de la législation anglaise sur les cimetières désaffectés qui imposait de recueillir l’avi (...)
  • 3 À la différence de la législation française, la loi britannique impose la ré-inhumation des restes (...)
  • 4 La publication (Lilley et al. 1994 : 298-300) ne précise pas les critères qui ont permis de soupçon (...)

6Outre l’intérêt pour les collègues archéologues d’apprendre à reconnaître les critères d’identification des cimetières juifs, l’objectif des recherches dans ce domaine est de montrer comment l’archéologie contribue à la connaissance des communautés juives anciennes. En effet, les données du sol donnent parfois une vision différente, notamment des pratiques funéraires, comme l’illustre l’exemple de la fouille du cimetière juif de York en 1983 (Lilley et al. 1994). Les fouilles, décidées après l’ouverture de tranchées de diagnostic dans une parcelle au toponyme évocateur de Jewbury [Cimetière juif], située en position extra-muros par rapport à la ville médiévale, ont en effet mis jour un vaste cimetière estimé à un peu plus d’un millier de tombes. Celles-ci étaient organisées en rangées strictes de fosses orientées selon un axe approximativement nord-sud, qui ne se recoupaient quasiment jamais et contenaient des inhumations en cercueil de bois cloué. Le grand rabbin, associé dès le départ au projet2, a exprimé sa surprise à la fin du diagnostic sur le fait que l’intervention n’avait pas permis de mettre au jour de tombes juives. Il considérait en effet qu’il ne pouvait s’agir de défunts de la communauté juive puisque des clous en métal avaient été utilisés pour les cercueils. Il citait pour cela la tradition juive, largement acceptée jusqu’alors, qui préconisait l’utilisation de chevilles de bois pour éviter le contact avec le métal, matériau proscrit. De plus, selon lui, les défunts auraient dû avoir le crâne orienté à l’ouest afin de pouvoir regarder vers Jérusalem. Sans preuve formelle du caractère juif des tombes, les différents comités, dont le tribunal religieux composé de rabbins, donnèrent alors leur agrément à un projet de fouille préventive, en rappelant toutefois l’obligation de ré-inhumer les restes osseux dans un délai de 12 mois après la fin de l’intervention de terrain3. Au terme de l’intervention, et après la fouille de 482 squelettes, les premiers résultats révélèrent que, contrairement à ce que le tribunal rabbinique pensait, les défunts étaient très probablement les membres de la communauté juive4. Argumentant qu’il s’agissait d’une unique et formidable opportunité d’étudier et de valoriser une partie de l’histoire des juifs d’Angleterre au travers d’études portant sur l’espérance de vie, l’état sanitaire et les incidences sur les conditions de vie, l’équipe d’archéologues et de spécialistes tenta une médiation auprès du grand rabbin. Malheureusement, il considéra que « le respect dû aux restes mortels qui portaient autrefois la marque incomparable de l’image divine […] était inaliénable » (Lilley et al. 1994 : 300). Par conséquent, les autorités demandèrent une réinhumation immédiate des ossements qui se concrétisa par la fin prématurée de l’étude anthropologique (Pasquini 2018). Malgré cet inconvénient majeur, les archéologues livrèrent tout de même une publication d’une excellente qualité sur cet ensemble qui reste jusqu’à présent le cimetière le mieux documenté d’un point de vue archéologique avec la plus grande série de tombes jamais fouillées dans un cimetière juif. Il est intéressant de s’interroger sur les différences entre sources textuelles et sources archéologiques. La communauté juive de York avait-elle pour habitude de ne pas suivre strictement toutes les règles édictées ? Les pratiques funéraires des chrétiens ont-elles pu influencer celles des juifs ? Il est primordial de comparer les données entre elles, qu’elles soient textuelles, iconographiques ou archéologiques.

Le corpus de l’étude

7L’étude des cimetières juifs et des pratiques funéraires associées dans la France médiévale est donc fortement compliquée, pour les raisons évoquées précédemment. Jusqu’en 2018, seuls quatre sites avaient bénéficié d’interventions archéologiques. Outre celui de Paris en 1857, déjà mentionné, il faut évoquer ceux d’Ennezat dans le Puy-de-Dôme en 1992 (Parent 2011 : 235-245), de Châlons-en-Champagne dans la Marne en 1994 (Verbrugghe 1994) et de Châteauroux dans l’Indre en 1997 (Blanchard & Georges 2010 : 33-57 ; Blanchard & Georges 2011 : 301-313). Malheureusement, ces interventions n’avaient permis de fouiller que très peu de sépultures, sur lesquelles pesait soit une interdiction faite aux archéologues de prélever les ossements soit une obligation de réinhumation rapide des vestiges osseux. Une archéologie des cimetières juifs exigeait par conséquent d’opérer un changement d’échelle d’analyse en adoptant, non plus celle de la France, mais plutôt celle de l’Europe actuelle. En effet, aucun pays, hormis l’Espagne, n’est en mesure de présenter suffisamment de données sur son propre territoire. Ainsi, l’inventaire des opérations archéologiques menées dans les cimetières juifs médiévaux en Europe compte environ 75 références (fig. 3). Ce nombre, qui pourrait paraître important et réjouir les chercheurs, doit toutefois être nuancé puisque, après examen, seule une douzaine de sites propose des données exploitables. En effet, si l’on exclut ceux qui sont trop anciens (piètre qualité de la documentation), ceux qui ont fait l’objet de fouilles sur des espaces trop restreints (moins de trente tombes) et ceux qui n’ont pu bénéficier de méthodes de fouille et d’études anthropologiques récentes, le corpus se réduit considérablement. Comme le révèle la carte de répartition (fig. 3), les principales références utilisables sont situées en Espagne et rattachées à la culture sépharade. Ailleurs en Europe, à l’exception de York, on peut compter sur un site à Prague (République tchèque), un à Bologne (Italie) et un à Bâle (Suisse), tous « évoluant » dans une culture ashkénaze.

Fig. 3. Carte des cimetières juifs d’Europe.

Fig. 3. Carte des cimetières juifs d’Europe.

© Ph. Blanchard.

  • 5 En 1997, un dysfonctionnement administratif a entraîné la délivrance par la mairie d’une autorisati (...)
  • 6 Les discussions avec les propriétaires nous ont appris qu’ils envisageaient de faire construire une (...)

8Au vu des rares sépultures issues de cimetières juifs en France, nous avons proposé un projet de fouille programmée ayant pour objectif de recueillir des données complémentaires, afin de pouvoir les comparer à celles provenant d’autres sites européens. Le site retenu a été celui de Châteauroux, qui présentait le double avantage d’être partiellement documenté par un sauvetage de 19975, mais aussi d’être encore conservé dans le sous-sol d’une parcelle accessible (la dernière6 !) et suffisamment grande. Par chance, ses propriétaires, très curieux et enjoués, donnèrent leur accord pour qu’une poignée de professionnels, aidés de stagiaires, viennent fouiller leur jardin deux étés de suite.

Principaux résultats de la fouille de Châteauroux

  • 7 Dans la Bible : Luc 7, 12 ou dans la Mishna : 2.10 Bava Batra.

9Les sources textuelles et iconographiques placent le cimetière juif en position extra-muros au Moyen Âge, ce qui est parfaitement conforme à la quasi-totalité des autres exemples en Europe (Colet et al. 2011 : 247). En effet, à la différence des chrétiens dont le cimetière paroissial est positionné à proximité de l’église, le cimetière juif n’est jamais situé près de la synagogue. De plus, la communauté a généralement choisi un terrain vierge dans une zone souvent peu peuplée. Il s’agit là d’une mesure prise dès l’origine pour des questions de pureté rituelle, afin d’éviter les contaminations et souillures liées aux charognes d’animaux et aux cadavres des défunts7. La localisation du cimetière juif est donc le premier indice que les archéologues doivent prendre en compte, car il est toujours situé à distance du lieu de culte.

10Les fouilles, préventives puis programmées dans un cadre inter-institutionnel, que j’ai menées en 1997, 2018 et 20198, ont révélé un total de 56 tombes. Celles-ci, orientées ouest-est, sont disposées au sein de rangées nord-sud. En moyenne, elles sont séparées par un mince intervalle (fig. 4) et les recoupements de fosse sont très rares (5 % environ, soit un taux assez proche de celui observé à York, avec 32 cas sur 482 tombes), ce qui suggère une rationalisation de l’espace poussée à l’extrême. Cette gestion rigoureuse implique une signalisation pérenne des tombes en surface. Pour cela, des stèles9 ou des dalles de pierre ont dû exister, même si aucun vestige ou fragment de ce type n’a été recueilli. Celles-ci ont très certainement été récupérées et vendues comme matériaux, au plus tard après 1394, date de l’expulsion définitive des juifs du royaume de France, sans exclure toutefois qu’elles aient pu disparaître auparavant, à l’occasion d’autres expulsions (1182, 1254, 1306). Le soin apporté à ne pas réutiliser un emplacement précédemment occupé est une des caractéristiques des cimetières juifs. Elle est liée aux lois qui proscrivent de toucher aux ossements dans un but de pureté rituelle (cf. supra).

Fig. 4. Vue de quelques tombes fouillées lors de la campagne de 2018. Cimetière juif de Châteauroux (Indre).

Fig. 4. Vue de quelques tombes fouillées lors de la campagne de 2018. Cimetière juif de Châteauroux (Indre).

© N. Holzem/Inrap.

11Du point de vue de la population des défunts (58 individus au total), les premières études semblent révéler une partition en fonction de l’âge. Ainsi, les plus jeunes (6 mois à 8 ans) sont majoritairement inhumés (10 cas sur 13) à l’extrémité orientale du cimetière, dans un secteur qui leur est probablement réservé. Le reste du cimetière paraît regrouper les adultes et les grands adolescents.

12La répartition des individus dans les rangées a pu se faire en fonction des sexes, car l’étude anthropologique réalisée sur la série fouillée en 2018 révèle une concentration de femmes dans une rangée et d’hommes dans l’autre. Toutefois, cette hypothèse reste à confirmer, car l’étude n’a porté que sur deux rangées constituées de 7 et 8 tombes. Dans le premier groupe, on compte deux indéterminés, deux immatures et quatre femmes, alors que le second comprend un immature, une femme et cinq individus masculins. Ces observations seront à compléter avec les données de la fouille de 2019 et à confirmer par d’éventuelles analyses Adn. Cette répartition en fonction des sexes n’a jamais été observée lors de fouilles de cimetières juifs ailleurs en Europe. Toutefois, une gravure du xviiie siècle (Ulrich 1768) pour le cimetière de Lengnau (canton d’Argovie, Suisse) évoque une gestion en fonction du sexe, mais aussi de l’âge.

13La position des corps dans les tombes est identique pour tous les défunts, à savoir allongés sur le dos, le crâne disposé à l’ouest, les membres inférieurs et supérieurs en extension avec les mains en position basse le long du corps ou sur le bassin. Le seul geste récurrent qui a été observé est le calage du crâne par des pierres calcaires, disposées le plus souvent latéralement par rapport à lui.

14Le mode d’inhumation est encore imprécis (étude en cours). Toutefois, tous les corps se sont décomposés en espace vide, ce qui suggére l’utilisation d’un contenant. Les nombreux clous retrouvés près des squelettes semblent confirmer cette hypothèse. La question se pose encore toutefois pour les fosses étroites ou dépourvues de clous. A minima, une couverture de bois a dû exister.

15Aucun mobilier déposé volontairement dans les fosses ou porté par le défunt n’a été mis au jour. Aucun reste textile n’était conservé. Le rare mobilier résiduel (tessons et une monnaie) indique une occupation du cimetière aux xiii et xive siècles, et dans un cas (à partir d’une datation radiocarbone), peut-être dès le xiie s.

16La fouille programmée a complété les données acquises en 1997 et elle permet désormais une première restitution du cimetière de Châteauroux, de son recrutement et des pratiques funéraires de la communauté à laquelle il était lié. Cette intervention permet également de proposer pour d’autres sites des indices d’identification des cimetières juifs, les meilleurs signaux étant la localisation extra-muros, le non-recoupement des fosses et la position des mains. Ces éléments sont parfaitement conformes à ce qui s’observe partout en Europe dans les autres cimetières juifs et pourraient donc être retenus à l’avenir comme des critères de reconnaissance des espaces funéraires propres aux communautés juives.

Le problème de la chronologie

17Parmi les nombreuses questions qui restent en suspens, celle de la datation de ces cimetières mérite d’être posée. Partout en Europe, les archéologues rencontrent la même difficulté : l’abandon des cimetières est bien connu, et les rares cas où des datations ont pu être obtenues (radiocarbone ou mobilier) confirment qu’il coïncide avec l’expulsion définitive des communautés des différents royaumes (1290 en Angleterre, 1394 en France, 1492 en Espagne, 1496 au Portugal…). Séville (Espagne) est le seul exemple où quelques tombes sont apparemment postérieures. Rattachées à la phase V, elles paraissent maintenir un rituel hébraïque et sont interprétées comme celles de juifs convertis (conversos) mais relégués dans le cimetière de leur ancienne confession par des chrétiens doutant de leur sincérité (Romo Salas et al. 2001 : 379). Aussi, il n’est pas impossible qu’ailleurs en Europe, certaines inhumations tardives aient pu exister pour quelques nouveaux convertis dans les anciens cimetières juifs.

  • 10 Nous excluons ici les inscriptions du xve siècle provenant d’Haguenau (Bas-Rhin) et de Saint-Paul-T (...)

18Mais qu’en est-il des débuts ? À Clermont-Ferrand, où la présence des juifs est attestée dès le ive siècle, l’évêque Avit (v. 525-v. 594/595) leur impose en 576 de choisir entre la conversion et l’expulsion, et leur synagogue est détruite (Philippe 1979 ; Nahon 1975 : 141). En 585, la communauté juive d’Orléans interpelle le roi pour qu’il l’autorise à reconstruire sa synagogue détruite par les chrétiens peu de temps auparavant (Grégoire de Tours 1866). L’inventaire des épitaphes hébraïques initié par Gérard Nahon (1986), actuellement repris et complété par Sonia Fellous (2018), dénombre à ce jour 314 inscriptions funéraires issues de 44 localités françaises. Quatre d’entre elles, situées dans le sud de la France, livrent des datations réparties entre les iie et ve siècles, et quinze communes des dates comprises entre les xiie et xixe siècles10.

19La plupart du temps, les tombes juives sont dépourvues de mobilier et, en l’absence de recoupement des fosses, il est impossible d’espérer obtenir un phasage à partir de la chronologie relative ou de la chronotypologie. Une constante émerge toutefois des différents travaux et études : la majorité des cimetières communautaires apparaît entre les xiie et xive siècles, selon les informations issues des quelques sources textuelles disponibles ou des rares indices archéologiques. Le cimetière juif le plus ancien ayant fait l’objet d’une intervention archéologique est celui de Lucena (Espagne), daté de la fin du xe siècle et du xie siècle (Botella 2011 : 271). En revanche, les sites du premier Moyen Âge sont inexistants. Il est donc légitime de se demander où et comment les juifs enterraient leurs morts à cette époque. De la même façon, on peut s’interroger sur la raison pour laquelle la plupart des cimetières juifs médiévaux semble apparaître à la charnière des xiie-xiiie siècle.  Il s’agit d’un sujet d’étude à part entière, mais quelques pistes de réflexion peuvent être proposées. On peut ainsi remarquer que cette période correspond approximativement à celle où les chrétiens achèvent d’établir leurs cimetières paroissiaux (Zadora-Rio 2014). Faut-il considérer l’apparition des cimetières juifs comme une réponse aux cimetières paroissiaux ? Cette structuration d’un espace funéraire communautaire marque-t-elle le moment où les règles et les pratiques funéraires sont établies par les autorités juives ? Ou bien ces mêmes éléments (élaboration doctrinale, évolution des pratiques sociales…) sont-ils à l’origine d’une distinction entre les espaces funéraires réservés aux chrétiens et aux juifs ?

20L’absence de cimetière juif avant le xiie siècle révèle peut-être qu’il n’était pas considéré comme un bien communautaire, comme pouvait l’être la synagogue, et que, en conséquence, il n’y avait pas de règles quant au choix du lieu de sépulture. Il était peut-être laissé aux familles qui inhumaient leurs proches sur des terrains qu’elles possédaient ou géraient. Cette hypothèse pourrait expliquer les nombreuses sépultures isolées ou les petits pôles de tombes que les archéologues mettent parfois au jour dans les terres noires, à la périphérie des centres anciens (Zadora-Rio 2014). « On reconnaît aujourd’hui dans ce phénomène, constaté tant en milieu urbain que rural, la marque de la liberté dont les familles ont joui pendant plusieurs siècles pour le choix du lieu d’inhumation de leurs proches, avant que l’Église ne prenne le contrôle du monde des morts en imposant peu à peu l’inhumation dans le cimetière, désormais espace consacré au même titre que l’église qu’il entoure » (Lorans et al. 2007 : 374). Peut-être que certaines de ces sépultures sont celles des membres des quelques familles juives présentes dans la ville qui, en l’absence de règles précises, ont adopté les mêmes pratiques que leurs voisins chrétiens en constituant de petits pôles funéraires et en leur appliquant des pratiques identiques (lieux, architecture des tombes, disposition des corps…). Il devient alors impossible de les distinguer, sauf à recourir à des analyses Adn pour mettre en évidence des marqueurs spécifiques de populations qu’une origine commune et des mariages endogames ont pu favoriser (Ostrer & Skorecki 2013).

Conclusion

21Caractériser le fait religieux en archéologie du judaïsme reste problématique. La synthèse publiée en 2011 a bien montré la difficulté qu’il y a à définir des critères propres à certains domaines sans le recours aux sources textuelles, à la toponymie ou à l’iconographie (Salmona & Sigal 2011). Les études récentes dans le domaine funéraire montrent la même contrainte quand il s’agit de distinguer une tombe juive d’une tombe chrétienne, sauf si des caractères hébraïques sont mis au jour sur une stèle, si le défunt porte des accessoires particuliers ou si un mobilier caractéristique a été déposé auprès de lui, ce qui est très rarement le cas en Europe. En effet, à l’échelle de la sépulture, quasiment aucun élément ne suggère une relation avec les communautés juives : les mêmes modes d’inhumation se retrouvent dans les cimetières chrétiens de la même période, la position du corps ou l’orientation ne sont pas des critères distinctifs.

22Faut-il alors convenir qu’il est définitivement impossible d’identifier un espace funéraire juif ? Il semble possible de proposer des indices de reconnaissance, mais à l’unique condition de changer l’échelle d’analyse et de prendre non plus celle de la tombe mais celle du cimetière dans sa totalité, ou tout au moins d’un grand nombre de tombes. Ainsi, certains résultats de la fouille de Châteauroux semblent globalement pertinents et sont apparemment confirmés par des comparaisons avec d’autres cimetières juifs d’Europe.

  • 11 Il faut toutefois préciser que cet argument n’est valable que dans le cas où la fouille a pu être s (...)

23Le premier critère est la localisation du cimetière, placé dans la quasi-totalité des exemples européens en position extra-muros par rapport à la ville, alors que la synagogue se trouve à l’intérieur de l’enceinte. Si un tel constat vaut pour les cimetières chrétiens implantés dans les faubourgs, leur association à une église ou une chapelle les différencie nettement des cimetières juifs11.

24Le second critère est la gestion de l’espace. Les fouilles récentes montrent que les recoupements de fosses sont extrêmement rares, les sépultures s’insérant dans des rangées bien ordonnées. Dans les cimetières chrétiens, les recoupements sont assurément beaucoup plus fréquents. L’explication en est assez simple. Alors que, selon les indices de datations recueillis partout en Europe, la durée moyenne des cimetières juifs n’a pas dépassé deux ou trois siècles, en raison des expulsions, la chronologie des cimetières chrétiens est bien plus étendue : pour la plupart, les cimetières paroissiaux mis en place entre les xe et xiie siècles ont perduré au moins jusqu’au xviiie siècle et beaucoup d’entre eux jusqu’à aujourd’hui. Une fois leur espace saturé de sépultures, les nouvelles tombes étaient creusées à l’emplacement des anciennes, recoupant ainsi les comblements de fosses mais aussi les ossements des défunts. Ces gestes sont proscrits dans la religion juive qui fait tout pour éviter les atteintes aux ossements. Lorsque les communautés juives arrivaient à cette situation (saturation de l’espace), elles essayaient toujours en premier lieu d’agrandir la surface du champ funéraire en acquérant une parcelle voisine où poursuivre les rangées d’inhumations. Si cela était impossible, le seul expédient autorisé était de remblayer tout le cimetière afin que le creusement des nouvelles fosses n’affecte pas les ossements des tombes les plus anciennes. Ce cas de figure n’a été rencontré qu’une seule fois en archéologie, lors de la fouille du cimetière juif de Bâle en Suisse (Alder & Matt 2010), mais il est mentionné dans le vieux cimetière juif de Prague en République tchèque, toujours conservé, à une période un peu plus récente (1439-1786) (Lion & Lukas 1960). À Bâle, les adultes ont été inhumés profondément ; par la suite, leurs sépultures furent surmontées par celles de grands adolescents et enfin par celles de très jeunes enfants. À chaque fois, les profondeurs de creusement diminuaient, préservant ainsi les défunts les plus anciens. La fréquence des recoupements est donc un excellent indice d’identification d’un cimetière juif, à la condition de disposer d’une grande série de tombes.

25Le troisième critère est la position des mains. Bien évidemment, pris isolément cet indice est inefficace. En effet, de nombreuses tombes chrétiennes abritaient des individus aux mains sur le pubis et/ou le long du corps. Toutefois, à l’échelle entière d’un site, l’analyse révèle une très nette différence. Ainsi, à York, 97 % des défunts inhumés dans le cimetière juif avaient leurs mains placées en position basse. Parmi ce groupe, 72 % des individus avaient les mains en extension le long du corps contre seulement 12,5 et 31,8 % dans les espaces funéraires chrétiens de comparaison (Lilley et al. 1994 : 390).

26En l’absence de caractères hébraïques, c’est donc une analyse globale de la localisation du cimetière, des recoupements de fosses et de la position des mains qui pourrait permettre de proposer l’attribution de ces structures archéologiques à la religion juive. Dans ce contexte, le fait religieux ne s’apprécie donc pas au regard de structures spécifiques à la communauté juive, mais plutôt à travers des gestes ou des critères qui ont été appliqués rigoureusement en raison de croyances ou lois propres au judaïsme (pureté rituelle). Un critère pris isolément n’est pas pertinent et il doit être croisé avec d’autres indices. Ainsi, si un site est en position extra-muros entre le xiie et le xive siècle, qu’il présente de très faibles recoupements de sépultures et que les mains des défunts sont majoritairement en position basse, alors l’archéologue doit comparer ses données avec celles des cimetières chrétiens contemporains proches, avant de proposer un lien éventuel avec la communauté juive en cas de différences marquées. Dans quelques années, l’identification « juive » de certains individus s’exprimera peut-être par d’autres moyens, avec notamment le recours à des analyses Adn (marqueurs génétiques propres ?) ou grâce à des études isotopiques (régime alimentaire spécifique ?). Dans tous les cas, c’est surtout la comparaison avec des échantillons des collections de squelettes fouillés dans des cimetières chrétiens qui permettra de les rattacher à des communautés certes marginales (en pourcentage) mais bien présentes en Europe durant le second Moyen Âge.

Haut de page

Bibliographie

Alder, C. & Matt, C. P. 2010. Der Mittelalteriche Friedhof der ersten jüdischen Gemeinde in Basel, Ausgrabungen im Kollegiengebäude der Universität. Bâle, Archäologische Bodenforschung Basel-Stadt. En ligne : https://www.bs.ch/publikationen/archeologie/friedhof-juedische-gemeinde.html.

Baron, S-W.1980. « Préface ». In : B. Blumenkranz (dir.), Art et archéologie des juifs en France médiévale. Toulouse, Privat : 5-8 (coll. « Franco-Judaïca »).

Benbassa, E. 1997. Histoire des Juifs de France. Paris, Le Seuil.

Blanchard P. & Georges P. 2010. « Le cimetière juif de Châteauroux : informations historiques, résultats archéologique et approche comparative », Revue de l’Académie du Centre : 33-57.

Blanchard P. & Georges P. 2011. « Le cimetière juif de Châteauroux redécouvert : apport de l’archéologie et confrontation des sources ». In : P. Salmona & L. Sigal (dir.), L’archéologie du judaïsme en France et en Europe. Paris, La Découverte : 301-313.

Blanchard P., Georges P. & Parent D. 2012. « L’apport de l’archéologie préventive dans la recherche des vestiges du judaïsme : l’exemple des pratiques funéraires », Archéopages [en ligne], hors-série n° 3 : 173-180. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/archeopages/722 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/archeopages.722.

Colet, A., Muntané, J. X., Ruiz, J., Saula, O. & Subira de Gualdacano, E. 2011. « Les fosses communes des Roquetes à Tàrrega ». In : P. Salmona & L. Sigal (dir.), L’archéologie du judaïsme en France et en Europe, Paris, La Découverte : 247-260.

Fellous, S. 2018. « Les inscriptions juives de la France médiévales ». In : N. Hatot & J. Olszowy-Schlanger (dir.), Savants et Croyants. Les Juifs d’Europe du Nord au Moyen Âge. Gand, Snoeck : 196-210.

Grégoire De Tours. 1866. Histoire des Francs, Hanovre, Monumenta Germaniae Historiae.

Harck, O. 2014. Archäologische Studien zum Judentum in der europäischen Antike und dem zentraleuropäischen Mittelalter. Petersberg, Michael Imhof Verlag.

Lauwers, M. 2005. Naissance du cimetière. Lieux sacrés et terre des morts dans l’Occident médiéval. Paris, Aubier (« Collection historique »).

Lilley, J. M., Stroud, G., Brothwell, D. R. & Williamson, M. H. (dir.). 1994. The Jewish Burial Ground at Jewbury. York, Council for British Archaeology (coll. « The Archaeology of York », n° 12/3).

Lion J. & Lukas J. 1960. Le vieux cimetière juif de Prague. Prague, Artia.

Lorans, E., Joly, S. & Trébuchet, E. 2007. « Les vivants et leurs morts du ier au xiie siècle : de l’éloignement à l’insertion », Revue archéologique du centre de la France, supplément : « Tours antique et médiévale, lieux de vie, temps de la ville », n° 30 : 373-375.

Nahon, G. 1975. « L’archéologie juive de la France médiévale », Archéologie médiévale, t. V : 139-159. DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3406/arcme.1975.1284.

. 1980. « Les cimetières ». In : B. Blumenkranz (dir.), Art et archéologie des juifs en France médiévale. Toulouse, Privat : 73-94 (coll. « Franco-Judaïca »).

. 1986. Inscriptions hébraïques et juives de France médiévale. Paris, Les Belles Lettres.

—. 2007. « De la Rue aux Juifs au Chemin du Roi : l’expulsion de 1306, ses antécédents et ses conséquences », Religions & Histoire, n° 12 : 72-74.

Ostrer, H. & Skorecki, K. 2013. « The population genetics of the Jewish people », Human Genetics, vol. 132, n° 2 : 119-127.

Parent D. 2011. « Le “Champ des juifs” à Ennezat ». In : P. Salmona & L. Sigal (dir.), L’archéologie du judaïsme en France et en Europe. Paris, La Découverte : 235-245.

Pasquini B. 2018. « Les os de la discorde : l’émergence des sensibilités liées aux restes humains en archéologie ». In : S. Léglise, F. Mathias & J. Ripoche (dir.), L’archéologie : sciences plurielle. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne. URL : http://0-books-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/psorbonne/7117; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/books.psorbonne.7117.

Philippe, B. 1979. Être juif dans la société française, du Moyen Âge à nos jours. Paris, Éditions Montalba.

Polonovski, M. 2011. « L’archéologie juive en France et en Europe : enjeux et perspectives ». In : P. Salmona & L. Sigal (dir.), L’archéologie du judaïsme en France et en Europe. Paris, La Découverte : 31-42.

Romo Salas A., García Vargas E., Jiménez J.-M. & Guijo Mauri J.-M. 2001. « Inhumaciones de grupos marginales en Sevilla. I. La minoría hebrea », Archeología medieval, n° 28 : 373-381.

Salmona, P. & Sigal, L. 2011. L’archéologie du judaïsme en France et en Europe. Paris, La Découverte.

Schwarzfuchs, S. 1975. Les Juifs de France. Paris, Albin Michel (coll. « Présence du judaïsme »).

Ulrich J. C. 1768. Sammlung judedisher Geschichten in des Schweiz [Une compilation de l’histoire des juifs en Suisse]. Bâle.

Verbrugghe G. 1994. Un cimetière juif médiéval, rue Saint-Joseph à Châlons-sur-Marne (Marne) (site n° 51 108 031), rapport de diagnostic. Châlons-sur-Marne, Afan/SRA Champagne-Ardennes.

Zadora-Rio E. 2014. « Les cimetières paroissiaux médiévaux et modernes ». I: Atlas archéologique de Touraine, 53e supplément à la Revue Archéologique de la France, en ligne : http://a2t.univ-tours.fr/notice.php?id=184&menu=Texte.

Haut de page

Notes

1 Terme grec qui renvoie objectivement au phénomène historique de la dispersion des juifs à travers le monde.

2 En vertu de la législation anglaise sur les cimetières désaffectés qui imposait de recueillir l’avis de l’autorité religieuse au préalable et préconisait que les restes humains soient enlevés, réenterrés ou incinérés (Disused Burial Grounds (Amendment) Act 1981, section 2, http://www.legislation.gov.uk/ukpga/1981/18/section/2) (Lilley et al. 1994 : 299).

3 À la différence de la législation française, la loi britannique impose la ré-inhumation des restes humains, même quand ils relèvent des périodes préhistoriques. Cette prescription, qui pouvait se régler au cas par cas jusqu’en 2008, est obligatoire depuis cette date (Pasquini 2018).

4 La publication (Lilley et al. 1994 : 298-300) ne précise pas les critères qui ont permis de soupçonner la présence d’un cimetière juif, mais on peut supposer que le non recoupement des fosses a été l’argument principal.

5 En 1997, un dysfonctionnement administratif a entraîné la délivrance par la mairie d’une autorisation de permis de construire, sans examen du dossier préalable par le service régional de l’archéologie. Le projet prévoyait la construction d’une résidence sur une parcelle supposée avoir abrité une partie de l’ancien cimetière juif médiéval de la ville. Alerté par la presse, le Sra ne put négocier avec l’aménageur qu’une semaine d’interruption du chantier pour la réalisation d’une fouille de sauvetage sur 10 m². Les autres 565 m² furent livrés aux pelles mécaniques.

6 Les discussions avec les propriétaires nous ont appris qu’ils envisageaient de faire construire une piscine dans quelques années. Afin d’éviter le fiasco de 1997, il était intéressant de monter un projet pour sauvegarder les dernières données du sol.

7 Dans la Bible : Luc 7, 12 ou dans la Mishna : 2.10 Bava Batra.

8 https://www.inrap.fr/un-cimetiere-juif-du-moyen-age-chateauroux-indre-14911 (consulté le 24/07/2020).

9 Traditionnellement, des stèles verticales semblent avoir été privilégiées sur les sites de tradition ashkénaze ; dans les sites sépharades, la préférence va plutôt aux dalles horizontales (Nahon 1980 : 79).

10 Nous excluons ici les inscriptions du xve siècle provenant d’Haguenau (Bas-Rhin) et de Saint-Paul-Trois Châteaux (Drôme), qui n’appartenaient pas au royaume de France à cette époque.

11 Il faut toutefois préciser que cet argument n’est valable que dans le cas où la fouille a pu être suffisamment exhaustive pour s’assurer qu’aucun lieu de culte n’est présent.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1. Carte des communautés juives établies au Moyen Âge dans le royaume de France, dressée en 2007 à partir des sources textuelles connues.
Crédits © Nahon 2007 d’après C. Cluse, université de Trèves, Allemagne.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/10127/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,6M
Titre Fig. 2. Carte des cimetières juifs de la France médiévale.
Crédits © Ph. Blanchard, d’après Blumenkrantz 1980 : 380-387 et informations personnelles de Gérard Nahon (sites 110 à 116).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/10127/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 652k
Titre Fig. 3. Carte des cimetières juifs d’Europe.
Crédits © Ph. Blanchard.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/10127/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Fig. 4. Vue de quelques tombes fouillées lors de la campagne de 2018. Cimetière juif de Châteauroux (Indre).
Crédits © N. Holzem/Inrap.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/docannexe/image/10127/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 995k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Philippe Blanchard, « Une approche archéologique des cimetières juifs médiévaux en Europe »Les nouvelles de l'archéologie, 160 | 2020, 52-60.

Référence électronique

Philippe Blanchard, « Une approche archéologique des cimetières juifs médiévaux en Europe »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 160 | 2020, mis en ligne le , consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/nda/10127 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/nda.10127

Haut de page

Auteur

Philippe Blanchard

Ingénieur de recherche, Inrap Tours – Umr 5199 Pacea « de la Préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie »

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search