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Nouvelle contribution à l’inventaire et la description des parlers teke (bantou, B70‑80)

Guy Kouarata, Sara Pacchiarotti et Koen Bostoen

Résumés

Le présent article constitue une importante contribution à l’inventaire des parlers « teke » (bantou, B70‑80) de la République du Congo et de la République démocratique du Congo (RDC). Il rend compte de nos missions en pays « teke » du 8 avril au 15 juin 2021 et du 29 juin au 15 août 2022. Visant à combler le vide sur la répartition des parlers teke surtout en RDC, ce travail fait un inventaire général des variétés teke de la République du Congo, de la RDC et du Gabon. Afin de remédier à l’insuffisance des données et au manque d’études descriptives dans certains parlers, cet article offre un ensemble de plus de 650 correspondances lexicales dans 11 parlers teke peu ou pas du tout décrits et un autre d’environ 370 correspondances dans 12 autres parlers. Cette base de données est d’une grande importance pour les futures études historico-comparatives.

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Texte intégral

1. Introduction

1Cet article constitue une contribution à l’inventaire de parlers bantous connus comme « teke ». Le terme « teke » est utilisé traditionnellement pour nommer le groupe dit « B70 » dans la classification référentielle des langues bantoues de Guthrie (1971). Cependant, d’un point de vue généalogique, il est désormais clair que ce groupe référentiel B70 ne forme pas un sous-groupe à part entière au sein de la branche dite « bantoue de la côte ouest » de la grande famille bantoue (voir Pacchiarotti et al. 2019, ainsi que la discussion dans §4). Le présent article répond avant tout à la question de savoir quelles sont les variétés considérées comme teke en République démocratique du Congo (RDC) et où ces variétés sont parlées. Ce travail rend compte de deux missions de terrain en RDC et en République du Congo portant sur plusieurs parlers teke peu décrits, qui ont été effectuées dans ce but par Guy Kouarata en étroite concertation avec les co-auteurs dans le cadre du projet pluridisciplinaire intitulé BantuFirst et financé par un Consolidator Grant (no 724275) accordé à Koen Bostoen par le Conseil européen de la recherche (ERC) (voir https://www.bantufirst.ugent.be/​).

2La première mission de terrain a eu lieu du 8 avril au 15 juin 2021 dans les provinces de Kinshasa et Mai-Ndombe en RDC. S’appuyant sur les travaux préliminaires de Lema (1978) et Nsuka Nkutsi (1990), cette mission avait pour but de mieux inventorier plusieurs variétés bantoues peu connues appartenant au groupe teke, de circonscrire avec plus de précision les villages et localités où elles sont parlées pour contribuer à une meilleure cartographie des parlers teke en RDC et de recueillir de nouvelles données linguistiques pour ces parlers afin de nourrir de futures recherches en classification phylogénétique, en reconstruction lexicale, et en phonologie et morphologie diachroniques. Pour cette enquête de 76 jours, nous avons fait usage d’une liste lexicale composée d’environ 650 concepts présentée à l’annexe 2 de cet article. Cette liste contient des concepts issus du vocabulaire fondamental, ainsi que d’autres concepts dont les lexèmes remontent à des racines bantoues anciennes partagées par de nombreuses langues de la région, ce que nous savons grâce à des recherches comparées antérieures de notre équipe.

3De façon générale, nous avons travaillé avec trois à quatre principaux informateurs par variété, assistés par le comité du village dont fait partie le mfumu ou chef local. Nous avons passé au minimum deux jours dans chacune des localités enquêtées. Avant d’enregistrer ces mots, nous avons soumis à nos informateurs un questionnaire sociolinguistique nous permettant de connaître leur identité et leur fourchette d’âge, ainsi que le glossonyme de la variété concernée, l’ethnonyme de ses locuteurs et les différentes localités où elle est parlée (cf. annexe 4). Nous avons retenu comme principaux informateurs des personnes dont les deux parents sont locuteurs et originaires de la variété concernée et qui n’ont pas beaucoup ou longtemps séjourné en dehors de la communauté. La liste des informateurs pour chaque variété se trouve à l’annexe 5.

4La deuxième mission de terrain a eu lieu du 29 juin au 15 août 2022 en République du Congo et en RDC. Cette mission de 48 jours nous a permis de recueillir une liste lexicale de 370 mots (présentée à l’annexe 3) dans 12 autres variétés, certaines insuffisamment décrites, sur lesquelles nous manquions d’informations dans notre base de données.

5Les données lexicales recueillies dans ces deux missions de terrain ont été transcrites selon les conventions de l’Alphabet phonétique international (API), à l’exception de <y> qui correspond à API [j]. Pour les rendre accessibles et exploitables dans notre base de données, nous les avons transcrites dans un fichier Excel en précisant, dans la mesure du possible, les formes du singulier et du pluriel, le découpage morphologique, l’index de la protoforme dans la base de données BLR 2/3 (Coupez et al. 1998 ; Bastin et al. 2002) dont certaines formes peuvent être le réflexe, la traduction en français et en anglais, ainsi que la source. Les vocabulaires ont ainsi été intégrés dans la base de données lexicales dont notre groupe de recherche se sert pour ses études historico-comparatives des langues bantoues de l’Afrique centrale. Grâce à ces deux missions, plus de 9 000 nouvelles données lexicales ont été obtenues et rendues accessibles pour la première fois, tant en version française qu’anglaise, par leur dépôt sur la plate-forme de libre accès Open Science Framework (voir https://osf.io/​gn6ka pour la mission 2021 et https://osf.io/​vdfxt/​ pour la mission 2022). Étant donné que les parlers étudiés sont étroitement apparentés, cet ensemble structuré de données inclut de nombreuses séries de cognats qui faciliteront les recherches futures en linguistique historico-comparative. Dans cet article, nous présentons quelques informations générales sur l’identité teke (§2), ainsi qu’un aperçu général des classifications référentielles (§3) et généalogiques existantes (§4). Dans §5, nous présentons les parlers que nous avons documentés lors des deux missions de terrain. Ceux parmi eux qui n’avaient pas été inventoriés précédemment par Guthrie (1971) ou Maho (2009) sont discutés dans §5.1, tandis que ceux que l’on retrouve dans ces deux documents sont examinés dans §5.2. Dans §6, nous proposons une cartographie actualisée des variétés dites « teke » parlées au Gabon, en République du Congo et en RDC. Nous présentons les conclusions de notre étude dans §7.

2. L’identité « teke »

6Le groupe teke est un ensemble transfrontalier de parlers bantous étroitement apparentés qui s’étendent de la RDC à la République du Congo et jusqu’au Gabon. Leurs locuteurs se disent parler une seule et même langue qui ne nécessite pas l’intervention d’un interprète quelles que soient les variétés parlées (Kristensen et al. 1984 : 1). Le terme « teke » renvoie au royaume du même nom dont ces parlers et leurs locuteurs seraient issus, un État qui est aussi connu comme Tio ou Tyo (cf. Vansina 1973). En réalité, la forme « teke » en soi est au départ un exonyme d’origine kikongo (cf. Matakumba Kanika 1980 : 1 ; Pacchiarotti et al. 2019 : 169) que les étrangers utilisent comme désignation générale pour toutes les populations vivant sur les plateaux situés au nord du Pool Malebo sur les deux rives du fleuve Congo jusqu’à l’embouchure de la rivière Nkeni au nord (Vansina 1966 : 102). Cette appellation issue de la racine *tég ‘vendre’ (cf. Bastin et al. 2002) renvoie au commerce, l’activité phare de ces communautés, qui s’étaient établies dans la région du Malebo Pool comme intermédiaires entre les flottes marchandes venant du nord du Congo et les grandes caravanes allant vers la côte atlantique (Vansina 1973 : xv). En effet, la racine *tég ‘vendre’ a donné en kikongo le glossonyme kiteke et l’ethnonyme muteke/bateke (Lema 1978 : 25), dont la variante francisée téké (ou anglicisée Teke) fut adoptée par les premiers explorateurs, colonisateurs et administrateurs étrangers dans la région et, par ricochet, dans certains contextes, aussi par les différentes communautés teke elles-mêmes. Selon Jacquot (1965 : 340), Vansina (1966 : 102) et Boone (1973 : 295), les locuteurs teke eux-mêmes s’appellent plutôt « Tyo » ou « Teo ». En effet, selon les différentes évolutions phonologiques régulières que les parlers teke subissaient, cette racine est attestée sous différentes formes, dont tio, tyo et teo (les endonymes du royaume), ou encore tege, tsege, teɣe, tɛɛ et tye.

7Jadis les Teke étaient donc des commerçants qui se déplaçaient au-delà de leur royaume pour aller vendre des raphias, des objets d’art, des produits de leur métallurgie, parfois en échange contre des esclaves. Ils étaient aussi des fondeurs de fer réputés (cf. Dupré & Pinçon 1997), ce qui leur valait l’éloge kikongo Bateke nzundu ‘les Tio vendaient les enclumes’ (Vansina 1973 : 443). Vendre c’est échanger, commercer, discuter et entrer en contact avec d’autres peuples. La dispersion des Teke pour des raisons avant tout commerciales les amenait à divers endroits dans diverses directions où ils entraient en contact avec différents peuples et différentes langues. En République du Congo, par exemple, loin d’être aujourd’hui le plus grand groupe ethnolinguistique du pays, le teke est quand même le plus répandu. Des communautés tekephones se trouvent non seulement dans les départements de Niari, Lékoumou, Bouenza, Pool et Plateaux (cf. Bouka 1989 : 64), mais aussi dans ceux de Cuvette-ouest, Cuvette et Brazzaville, c’est-à-dire dans 8 des 12 départements administratifs du pays. Au Gabon, les parlers teke sont attestés dans une des neuf provinces du pays, à savoir le Haut-Ogooué. En RDC, ils se trouvent dans trois des 26 provinces : Kinshasa, Mai-Ndombe et Kwango.

3. Classifications référentielles

8La notion « teke » renvoie donc à une identité culturelle et ethnique plutôt qu’à une identité strictement linguistique. C’est néanmoins ce terme qu’utilise Guthrie (1953 : 77) pour désigner le groupe B70 dans sa classification référentielle des langues bantoues. Les mêmes code et nom, à savoir « B.70 et Teke », étaient maintenus dans l’ultime version de son répertoire des langues bantoues (Guthrie 1971), ainsi que dans les mises à jour successives par Maho (2003, 2009) et Hammarström (2019). Une comparaison détaillée des parlers teke repérés dans différents inventaires des langues bantoues est fournie par Pacchiarotti et al. (2019 : 226‑228, tabl. 224). L’inventaire de Hammarström (2019 : 26) regroupe plusieurs variétés considérées comme distinctes dans les répertoires précédents. Comme le montrent Pacchiarotti et al. (2019 : 169‑173), le choix de désigner les parlers au moyen des points cardinaux – voir p. ex. North-Teke et Central-Teke dans le tableau 1, comme dans Maho (2009) et dans les versions plus anciennes de l’Ethnologue telles que Grimes (1992) ou (2000) – prête à confusion et ne correspond pas à la réalité géographique de l’emplacement des groupes. C’est probablement la raison pour laquelle, dans les versions les plus récentes de l’Ethnologue, à partir de Lewis et al. (2016), ces désignations basées sur les points cardinaux ont été abandonnées.

9Nous reprenons dans le tableau 1 les 21 parlers teke inventoriés par Maho (2009), liste presque identique à celle de Guthrie (1971 : 36‑37) sauf pour le B701 Tsitsege qui n’y figurait pas, tout en précisant les localités principales où chaque parler est attesté.

Tableau 1 — Le groupe teke B70 selon Maho (2009 : 23)

B701 Tsitsege Kebara (Congo), Lendoundoungou (Gabon)
B71 Teghe, North Teke
B71a Keteghe, Tege-Kali Ewo (Congo)
B71b Kateghe, Njining’i, Nzikini Okoyo (Congo), Lekoni (Gabon)
B72a Ngungwel, Ngungulu, North-East Teke Gamboma (Congo)
B72b Mpumpu Mbaya (Congo)
B73 West Teke
B73a Tsaayi Bambama (Congo)
B73b Laali Nsiaki (Congo)
B73c Yaa, Yaka Sibiti (Congo)
B73d Tyee, Tee, Kwe Kingoué (Congo)
B74 Central Teke
B74a Njyunjyu, Ndzindziu Djambala (Congo)
B74b Boo, Boma Ngo (Congo)
B75 Bali, incl. Teke, Tio Kinshasa (RDC), Ngabé et Mbé (Congo)
B76 East Teke
B76a Mosieno Moseno (RDC)
B76b Ng’ee Bolobo (RDC)
B77a Kukwa (South Teke) Lékana (Congo)
B77b Fu(u)mu (South Teke) Mfilou et Maloukou (Congo), Maluku (RDC)
B78 Wuumu, Wumbu Massa (Congo), Kinkole (RDC)

10La dernière version de l’Ethnologue (Eberhard et al. 2022) inclut les parlers teke suivants : B701 tchitchege [tck] (Gabon) ; B71 teke-tege [teg] (Gabon), B72 ngungwel [ngz] (Congo) ; B73 teke-laali [lli] (Congo), teke-tsaayi [tyi] (Congo), teke-tyee [tyx] (Congo), yaka [iyx] (Congo) ; B74 teke-eboo [ebo] (Congo), teke-nzikou [nzu] (Congo) ; B75 teke, ibali [tek] (RDC) ; B77 teke-kukuya [kkw] (Congo), teke-wuumu [ifm] (Congo).

11Pour ce qui est des inventaires se focalisant sur les parlers teke eux-mêmes, la plupart des essais se restreignent à un seul pays. Jacquot (1965 ; 1971 : 354), par exemple, se concentre sur la République du Congo où il identifie les variétés suivantes tout en précisant leur répartition géographique et tout en proposant des codes alphanumériques pour les variétés non considérées par Guthrie (1971 : 36‑37) : (1) ibali B75, (2) ifumu B77b, (3) ityɔɔ B74c, (4) iwuumu B78b, (5) etyee B73e, (6) ilaali B73b, (7) iyaa B73c, (8) getsaayi B73a, (9) ngwongwoni, (10) eboõ B74b, (11) nzinzu B74a, (12) kukwa B77a, (13) nsinseke, (14) ngungwel B72a, (15) keteghe B71a. Cette liste est reprise par Kristensen et al. (1984) et Bouka (1989), parfois avec des glossonymes orthographiés de façon légèrement différente. De ces 15 parlers, le ngwongwoni (ou encore ŋgu ŋgwoni) et le nsinseke (ou encore nci ncege) sont les seuls à ne pas figurer dans les grandes classifications référentielles des langues bantoues discutées ci-dessus. Jacquot (1971 : 351, 355) admet qu’il s’agit de variétés auxquelles il n’a pas eu directement accès et dont le glossonyme est douteux, ce qui est confirmé par Kristensen et al. (1984) qui distinguent par ailleurs le kateghe B71b du keteghe B71a, ce qui amène leur nombre de parlers teke à 16. Bouka (1989 : 65), quant à lui, écarte le ngwongwoni et le nsinseke, tout comme le nzinzu, puisqu’il s’agirait de toponymes plutôt que de glossonymes. En plus, il ne distingue pas entre le tie (etyee B73e) et le tege (keteghe B71a) ; il mentionne plutôt le tee. Par conséquent, son répertoire définitif des parlers teke du Congo n’en compte que 11.

12Pour ce qui est du Gabon, Adam (1951, 1954) est parmi les premiers à avoir traité des variétés teke. Toutefois, il a une conception très large de ce qu’il appelle « la famille linguistique Bateke » qui, selon lui, engloberait aussi les groupes nzebi (B50) et mbete (B60). Jacquot (1978 : 495) ne repère que deux parlers teke au Gabon, à savoir le ge-caayi (ou encore le tsaayi, aussi parlé au Congo) et le ka-tege (ou encore le tege, aussi parlé au Congo). Dans une enquête non publiée sur les langues gabonaises, Rekanga (2007) distingue le ntsitsègè ou ntsitèkè (B70.1) (avec différentes variétés parlées à Lendoundoungou, Onkoua et Kewaga) et le teke nord (B71) (avec différentes variétés parlées aux Hauts Plateaux, à Bongoville, Ngouoni et Akieni), chacun présentant plusieurs dialectes. Enfin, selon Idiata et al. (2013 : 186), « [s]ur le territoire du Gabon, deux grandes variétés de téké sont recensées, à savoir, le téké du nord et le téké de l’ouest ». Le foyer d’implantation teke est localisé essentiellement dans la province du Haut-Ogooué, à l’est d’Akieni et de Lekoni, dans la région dite des « Plateaux Bateke » qui dominent le Gabon et forment frontière avec le Congo. D’après Puech (1990), le teke du Gabon présenterait des similitudes avec le groupe ndumu (B60). L’enquête dialectale réalisée par Linton (1999) autour de sept parlers recensés sur le territoire révèle une grande homogénéité entre ces parlers. Il apparaît, cependant, que les nœuds les plus étroits sont formés par les parlers de Lekoni, de Ngouoni, de Bongoville, d’Akieni et de Lekori. En termes démographiques, les locuteurs teke du Gabon sont estimés à environ 30 000.

  • 1 Sur la confusion autour du glossonyme boma pour désigner différentes langues en RDC et en Républiq (...)

13Si l’inventaire et la répartition des parlers teke semblent relativement claires pour la République du Congo et le Gabon, le flou persiste sur le nombre de variétés teke parlées sur le territoire de la RDC et sur leur localisation. Alors que Lema (1978, 2004) aborde les sous-groupes teke avant tout d’un point de vue ethnographique, son aperçu (cf. Lema 1978 : 15) correspond largement à l’inventaire de variétés teke parlées en RDC proposé par Nsuka Nkutsi (1990 : 147‑148) : bokala (qui serait parlé à Kubi et Kimbu), nkuu (qui serait parlé à Monkana, Pwa et Menkao), bibaana (qui serait parlé à Dumu et Tua), boma (qui serait parlé à Boku et Kondzulu), tswaar (qui serait parlé à Kaba, Ebale et Intye), teke-sud (qui serait parlé à Fabiese, Mvulbankul et Ngi-Puli), nkaana (qui serait parlé à Mbankaan, Yuo et Takundi), bwala (qui serait parlé à Ngaana et Kingao), mfinu (qui serait parlé à Ngum et Maluku) et wumbu (qui serait parlé à Kinkole et Mfuzu). Plusieurs de ces parlers, comme le bokala, le nkuu, le bibaana, le ntswar, le nkaana et le bwala, ne figurent pas dans la classification référentielle des langues bantoues (Guthrie 1948, 1953, 1971 ; Maho 2003, 2009) ; d’autres ont été classés dans le groupe référentiel « B80 Tiene-Yanzi », notamment le mfinu (B83). De même, les variétés boma et nkuu sont aussi connues respectivement comme « South Boma » et « Boma Nkuu » et leur ont été accordées les codes provisoires B80y et B80x (voir Pacchiarotti et al. 2019 : 163‑168) en raison de leur proximité géographique avec d’autres parlers B80 et surtout du fait que d’autres variétés en RDC appelées « boma » ont été inventoriées dans le groupe B801. Néanmoins, sur le plan généalogique, il s’est avéré que le boma (sud) B80y, le (boma) nkuu B80x et le mfinu B83 sont plus étroitement apparentés aux variétés du groupe B70 qu’à la plupart des langues du groupe B80 sauf le tiene B81, le boma yumu B82, le mpe B821, le nunu B822 et le mpuono B84 (voir fig. 1, §4). Au bwala, décrit par Bollaert (2019) et Bollaert et al. (2021), a été attribué le code provisoire B70z en raison de sa proximité géographique d’autres parlers B70 en RDC.

14Enfin, nous renvoyons le lecteur intéressé à Pacchiarotti et al. (2019 : 168‑169, 173‑174) pour des informations plus détaillées et des sources supplémentaires sur les parlers teke de la RDC tels que le fumu B77b, le wuumu B78, le mfinu B83 et le mpuono B84.

4. Classifications généalogiques

15L’appartenance des parlers B70 et B80 à la branche dite « West-Coastal Bantu » (WCB) de la famille bantoue a été établie par l’étude lexicostatistique de Bastin et al. (1999 ; voir aussi Vansina 1995) et confirmée depuis par plusieurs études phylogénétiques s’appuyant aussi sur le vocabulaire fondamental (voir p. ex. de Schryver et al. 2015 ; Grollemund et al. 2015, où cette branche s’appelle « West-Western Bantu »).

Figure 1 — Représentation schématique de la classification phylogénétique des langues bantoues de la côte ouest (WCB) (selon de Schryver et al. 2015 ; Pacchiarotti et al. 2019)

Figure 1 — Représentation schématique de la classification phylogénétique des langues bantoues de la côte ouest (WCB) (selon de Schryver et al. 2015 ; Pacchiarotti et al. 2019)

16La classification phylogénétique la plus récente et la plus exhaustive de la branche WCB établie par Pacchiarotti et al. (2019), qui inclut 29 doculectes B70 teke différents, a corroboré plusieurs connaissances issues d’études précédentes et surtout que le groupe B70 teke ne constitue pas une unité généalogique à part entière au sein du WCB. Comme le montre la figure 1, qui est une représentation schématique des principaux sous-groupes dans la phylogénie de Pacchiarotti et al. (2019), tous les parlers B70 appartiennent au sous-groupe dit « Kasai-Ngounie Extended » de la sous-branche dite « Kwilu-Ngounie ». Toutefois, ils s’éparpillent à différents endroits à l’intérieur de ce sous-groupe. À part le laali (B73b) et le yaa (B73c) qui forment avec les langues du groupe B50 nzebi un sous-groupe monophylétique à part entière, à savoir le « Nzebi-Teke West », tous les autres parlers B70 s’avèrent être « paraphylétiques », c’est-à-dire ils n’ont aucun ancêtre plus récent en commun que celui du sous-groupe « Kasai-Ngounie Extended » entier ou celui de la sous-branche « Kwilu-Ngounie » entière. Il en est de même pour certains parlers B80. Comme le montre la figure 1, le mfinu B83 et le mpuono B84 sont également des variétés paraphylétiques au sein de Kasai-Ngounie Extended. Selon Pacchiarotti et al. (2019 : 174, 194), le fait que différents doculectes dits « teke » ayant le même nom se trouvent dans différents endroits de l’arbre phylogénétique indique qu’on a plutôt affaire à des ethnonymes qu’à des glossonymes et qu’il y a davantage de variétés teke que celles généralement admises. En plus, plusieurs parlers teke, dont ceux de la RDC cités par Nsuka Nkutsi (1990 : 147‑148 ; voir §3), n’ont pas été pris en compte dans l’étude de Pacchiarotti et al. (2019 : 174, 194) en raison du manque de données. Une meilleure description de ces variétés non inventoriées ou peu décrites, comme nous l’avons envisagée lors de nos missions de terrain, pourrait donc contribuer à une meilleure compréhension de la classification généalogique et de l’évolution historique des parlers teke.

17Toute somme faite, la désignation « teke » utilisée pour le groupe B70 dans la classification référentielle des langues bantoues (Guthrie 1971 ; voir §3) a plus de sens en tant que référence à une identité sociopolitique (voir §2), qu’en tant que référence d’un sous-groupe linguistique d’un point de vue généalogique, pour au moins deux raisons : (i) dans la classification phylogénétique de Pacchiarotti et al. (2019), deux parlers B70 font partie du groupe monophylétique Nzebi-Teke West, tandis que tous les autres sont paraphylétiques et s’éparpillent au sein de la branche Kasai-Ngounie Extended (voir fig. 1) ; (ii) plusieurs parlers du groupe référentiel B80 font partie de cette même branche. Par conséquent, si on devait utiliser le terme « teke » dans un sens généalogique, il devrait couvrir tous les parlers B70 et B80 inclus dans la branche Kasai-Ngounie Extended à l’exception peut-être du laali B73b et du yaa B73c qui s’allient aux parlers nzebi du groupe référentiel B50 (voir fig. 1). Cependant, compte tenu de l’incertitude sur la position généalogique exacte des parlers B70 et B80 au sein du Kasai-Ngounie Extended, il est sans doute préférable, jusqu’à nouvel ordre, de s’abstenir d’un usage généalogique du terme « teke ». De nouvelles études en linguistique historico-comparative, prenant aussi en compte des données autres que lexicales, pourront jeter une lumière nouvelle sur la question.

5. Parlers répertoriés dans les missions de 2021‑2022

18Dans le tableau 2 ci-dessous, nous dressons la liste de toutes les variétés documentées lors des missions de terrain de 2021 et 2022. À l’exception du tua B70p, du mfinu B83W et du wuumu B78V, toutes les variétés parlées en RDC et le ngungwel B72a ont été traitées en 2021. Le tua, le mfinu, le wuumu ainsi que toutes les variétés parlées en République du Congo (à l’exception du ngungwel B72a) ont été étudiées en 2022. Pour chaque variété, nous reportons un code alphanumérique, le glossonyme sans le préfixe de classe, un village de référence où les données ont été collectées et les coordonnées géographiques (LONG : longitude, LAT : latitude) de ce village. Dans l’annexe 5, nous mentionnons les noms des trois principaux informateurs (assistés par le comité du village) pour chaque parler. En ce qui concerne les glossonymes, nous constatons que les communautés teke se servent de l’environnement pour se distinguer entre elles, tout en utilisant des termes comme ngulu ‘rive opposée’, baana ‘aval’, bwala ‘amont’, nzali ‘fleuve’ ou ibali ‘fleuve’ et nkuu ‘chasseur’ (voir la discussion dans les sous-sections suivantes).

  • 2 Dans le tableau 2, les codes B80x pour le nkuu et B80y pour le boma/buma ont été attribués par Pac (...)

19Dans le tableau 2, les variétés dont le code alphanumérique se termine par 0 suivi d’une minuscule n’ont été inventoriées ni dans Guthrie (1971) ni dans Maho (2009). En fonction de notre future étude phylogénétique et de l’organisation de notre base de données, nous avons choisi de suivre le système proposé par Pacchiarotti et al. (2019) pour traiter les parlers non inventoriés par leurs prédécesseurs.2 Dans ce système, un chiffre se terminant par 0 et suivi d’une minuscule, p. ex. B70t, est utilisé pour désigner une variété qui n’a pas été inventoriée précédemment par Guthrie (1971) et/ou Maho (2009). Un chiffre se terminant par un numéro différent de 0 et suivi d’une lettre majuscule, p. ex. B83W, fait référence à un régiolecte spécifique d’une langue qui a déjà été inventoriée par Guthrie (1971) et/ou Maho (2009). Dans ce cas, le W de B83W est utilisé pour indiquer le mfinu tel qu’il est parlé à Bingibingi. Les codes alphanumériques se terminant par un chiffre différent de 0 et parfois suivis d’une minuscule, p. ex. B76b ou B74, se trouvent déjà dans Guthrie (1971) et/ou Maho (2009) et leur code se base sur les systèmes de numérotation que ces derniers avaient développés. Dans ce cas également, si nous disposons de données provenant de plus d’un endroit pour une variété donnée, nous ajoutons une majuscule après la minuscule pour indiquer un régiolecte spécifique, p. ex. fumu B77bU qui est la variété de B77b parlée à Kintélé. Toute nouvelle variété intégrée dans le groupe référentiel B70 doit cette catégorisation à sa position géographique et au fait que ses locuteurs s’accrochent à l’identité sociopolitique teke (voir §2).

Tableau 2 — Variétés documentées lors des missions de terrain de 2021 et 2022

Code Parler Localité LONG LAT Pays
B70p tua Tua 16.61 ‑3.63 RDC
B70q tiimi Bokala 17.06 ‑3.12
B70r kikimi Nganambo 17.34 ‑3.31
B70s kaan Fankana 17.48 ‑3.7
B70t nzali Menko 16.2 ‑3.36
B70u tswaara Nkana 15.92 ‑3.9
B70v bua Mbakana 16.19 ‑4.44
B70w buu Yuo 16.06 ‑4.71
B76b ŋiŋi Tshumbiri 16.24 ‑2.63
B78V wuumu Kinkole 15.51 ‑4.33
B80x nkuu Camp Banku 17.26 ‑3.43
B80y boma Boku 16.63 ‑3.89
B83W mfinu Bingibingi 15.54 ‑4.30
B71b nzinii Ossele 15.34 ‑1.41
B72a ngungwel kekel Imporo 15.88 ‑1.63 République du Congo
B73d tyee Tsiaki 13.86 ‑3.73
B73Z teɣe Mvakala 13.26 ‑2.93
B74 bɔ̃ɔ̃ Ngo 15.75 ‑2.48
B74c tyɔɔ Kingoue 14.14 ‑3.73
B75T bali Mpila 15.29 ‑4.26
B77aY kukuya Lekana 14.6 ‑2.32
B77bU fumu Kintele 15.34 ‑4.15
B78U wuumu Odziba 15.51 ‑3.57

20La figure 2 est une visualisation des informations contenues dans le tableau 2.

Figure 2 — Les variétés et localités enquêtées

Figure 2 — Les variétés et localités enquêtées

21Dans les sous-sections suivantes, nous fournissons pour chaque variété répertoriée dans le tableau 2, des informations sur les glossonymes, leur étymologie selon les informateurs, les autres villages où chacune de ces variétés est parlée, etc.

5.1 Parlers non inventoriés précédemment par Guthrie (1971) et/ou Maho (2003, 2009)

5.1.1 Boma/buma (B80y)

22Le boma/buma ou iboma/ibuma est une variété parlée en RDC (territoire de Kwamouth, province Mai-Ndombe, villages Bulunu, Engunu, Impfie, Indondo, Makobe, Boku 1, Boku 2, Imwa, Molunu et Camp Mania). Après une comparaison lexicale avec la variété boma de Nsuka Nkutsi (1990) parlée à Boku et Kondzulu, nous constatons que les deux parlers sont similaires, comme le montrent les exemples dans le tableau 3.

Tableau 3 — Comparaison lexicale entre la variété boma de Nsuka Nkutsi (1990) parlée à Boku et la variété boma documentée à Boku en 2021.

  • 3 Il sied de préciser que Nsuka Nkutsi (1990) fournit la racine sans les préfixes des classes nomina (...)
boma (Nsuka Nkutsi 19903) boma (terrain 2021)
oreille tswí ∅-tswí/má-tswì
œuf kɛ̂ ∅-kɛ́/mà-kɛ́
terre máánù màànù
visage lwí ì-lwí/bì-lwí
poisson mbísì ∅-mbílì/bà-mbílì
cœur kɔ́lɔ̀ mù-kɔ́lɔ̀/mì-kɔ́lɔ̀
chèvre ŋkɔ́mɔ̀ ∅-ŋkɔ́ɔ̀mɔ̀/bà-ŋkɔ́ɔ̀mɔ̀
poil mpfúʔù lì-fú/m-pfú
faim ndzálâ ∅-nzàlà
bouche ɲɥá mù-ɲwá/mì-ɲwá
fer bɛ́ɛ́nè ì-bèèní/bì-bèèní
genou bwɔ̀ ∅-bùɔ̀/má-bùɔ̀
foie ntsɔ́ʔɔ̀ ∅-ntsɔ́/mà-ntsɔ́
mâle ʔálà ∅-bààlá/bà-bààlá
pou ntsínâ ∅ntsìná/bà-ntsìná
ongle ndzálò lì-yálù/mà-nzálù
racine símúnû mu-̀ʃìmú/mì-ʃìmú
sel ŋgwâ mù-ŋgwá/mì-ŋgwá
sable zéélù ∅-dzɛ́ɛ̀lú

23Après un examen approfondi de la littérature, Pacchiarotti et al. (2019 : 166) renomment cette variété « boma-sud » (en anglais : « South Boma ») et lui attribuent le code référentiel B80y (voir §3). Les locuteurs s’appellent eux-mêmes ubuma/babuma ‘guerrier, tueur’ et ibuma signifie littéralement ‘langue des guerriers’. Leur ethnonyme est probablement dérivé du verbe reconstruit comme *bʊ̀m (BLR 329) ‘frapper, tuer’. En effet, impliqués dans plusieurs batailles et dans la capture ou la traite des esclaves depuis le xviie siècle, les locuteurs teke étaient perçus comme des guerriers, des tueurs, ceux qui apportent la mort (Miembaon 2010). Cette étymologie serait aussi à l’origine de glossonymes tels que bɔ̃ɔ̃ (voir §5.2.4), en fonction de l’évolution phonologique de la protoforme *bʊ̀m dans les différentes langues. De même, le glossonyme boma/buma peut être combiné avec des modificateurs précisant le lieu (e.g., boma yumu ‘guerriers de Yumu’), les points cardinaux (boma nord ‘guerriers du nord’) ou les activités dans lesquelles les gens se spécialisent (boma nkuu ‘guerriers chasseurs’, voir §5.1.2).

5.1.2 (Boma/buma) nkuu (B80x)

24Le parler kenkuu tient son nom de l’activité exercée par ses locuteurs : nkúú/bànkúú ‘chasseur’. C’est une variété teke parlée en RDC, sur la rive gauche de la rivière Kwilu, dans le territoire de Kwamouth (province Mai-Ndombe, villages Bishala, Lilala, Menkwo, Bibonga et Camp Banku). La comparaison de nos données lexicales pour cette variété avec celles disponibles dans Nsuka Nkutsi (1990) pour la variété qu’il appelle « nkuu », également connu sous le nom de « boma nkuu » (voir Pacchiarotti et al. 2019 : 166), montre qu’il s’agit de la même variété, comme le montre le tableau 4.

Tableau 4 — Comparaison lexicale entre la variété nkuu de Nsuka Nkutsi (1990) parlée à Monkana et la variété nkuu documentée à Camp Banku en 2021

nkuu (Nsuka Nkutsi 1990) nkuu (terrain 2021)
animal ɲǎm ∅-ɲám/bà-ɲám
bras kwɔ́ k-ùɔ́/m-ìɔ́
cendres ́ bò-tɔ́
lit ntíɛ̀ ∅-ntsíɛ̀/mà-ntsíɛ̀
oiseau ɲǐn ∅-ɲín/bà-ɲín
sang kɛ́l mà-kɛ́l
os pfá ∅-pfá/mà-pfá
sein byɔ̀r ∅-byɔ́ɔ́/mà-byɔ́ɔ́
poitrine ntúl ∅-ntúl/mà-ntúl
huit mpúɔ̀ ∅-mpõõ
plume sál lè-sál/n-tsál
poisson mbír ∅-mbír/bà-mbír
chèvre ŋgɔ́ɔ̀b ∅-ŋgɔ́ɔ́b/bà-ŋgɔ́ɔ́b
poil mpfû lè-fú/m-pfú
cœur mò-kɔ́l/mì-kɔ́l kɔ́l
fer bín kè-bín/bè-bín
couteau mbyéér ∅-mbíír/mà-mbíír
jambe kúúl k-ùú/my-ùú
pou ntsyɛ́n ∅-ntsɛ́n/bà-ntsɛ́n

25Là encore, nous suivons les conventions proposées dans Pacchiarotti et al. (2019) et utilisons le code B80x pour cette variété. De la même manière que les langues parlées dans le berceau du WCB (Pacchiarotti et al. 2019), telles que le yans B85, le mpur B85e, le nsambaan B85F, le nsong B85d, le ding B86, le lwel B862, le ngwi B861 et le mbuun B87 (Pacchiarotti & Bostoen 2021), le nkuu a subi la perte systématique de voyelles finales dans tous les environnements phonotactiquement appropriés.

5.1.3 Nzali (B70t)

26Sur les deux rives du fleuve Congo et ceux de ses nombreux affluents, on trouve des locuteurs teke. Parler des riverains vivant le long du chenal du grand fleuve, l’isinzali ‘riverain’ est une variété teke parlée en RDC, dans le territoire de Kwamouth, sur la rive gauche du fleuve Congo (villages Ebali, Kaba, Empunu, Mbali-bana, Intswi, Kunzulu, Nkoma-kiru, Mfumu-nzali, Menko, Ngobila, Ntomo, Likanda et Kwamouth). Contrairement aux autres, les usinzali/basinzali ‘riverain(s)’ vivent de la pêche et ont une parfaite connaissance du fleuve. Ce nom est un réflexe de *jádé ‘fleuve’ (BLR 1560). Nous attribuons au nzali le code provisoire B70t.

5.1.4 Tiimi (B70q)

27Le parler tiimi ou etiimi est une variété parlée en RDC sur la rive gauche de la rivière Kasaï (territoire de Kwamouth, province Mai-Ndombe, villages Mbwa-Ntala, Mpala, Botini et Bokala). Nsuka Nkutsi (1990 : 147) fait mention d’un parler « bokala » localisé dans des localités proches de celles de l’etiimi. Il se pourrait très probablement qu’il fasse allusion à ce parler, qui est d’usage à Bokala. Malheureusement, il ne fournit pas de données lexicales et nous ne pouvons donc pas vérifier cette hypothèse. Nous attribuons à ce parler le code provisoire B70q.

5.1.5 Kikimi (B70r)

28Le parler kikimi ou kekikimi est une variété parlée en RDC par les Bakikimi dans le territoire de Kwamouth (province Mai-Ndombe), principalement dans les villages Wombali et Nganambo. Nous attribuons à ce parler le code provisoire B70r.

5.1.6 Kaan (B70s)

29Le parler kaan ou ikaan est une variété du teke parlée en RDC par les Bakaan dans le territoire de Bagata (province Kwilu, plus précisément dans les villages Mampuku, Fawa, Nongo-Monene, Ngaliem et Fakanda). En raison de leurs emplacements géographiques éloignés, il est peu probable que la variété que nous appelons « kaan » soit la même que celle appelée « nkaana » par Nsuka Nkutsi (1990). Selon cet auteur, le nkaana est parlé à Mbankaan et Yuo (province Kinshasa), et à Takundi (province Kwango). Malheureusement, Nsuka Nkutsi ne fournit aucune donnée lexicale nous permettant de comparer ces deux parlers. Comme le nkuu, le kaan a subi la perte systématique de voyelles finales. Une inspection rapide du lexique suggère que le kaan pourrait être lexicalement plus proche des variétés parlées dans la région du berceau WCB que toute autre variété décrite ici. Nous attribuons à ce parler le code provisoire B70s.

5.1.7 Tswaara (B70u)

30Du teke tswár ‘guider’, le tswaara ou itswaara est une variété de la RDC parlée par les Atswaara ‘guides’ dans le territoire de Kwamouth (province Mai-Ndombe, villages Mimbali, Malimono, Ndowe, Zoo, Mamona-Mbwa, Nkana, Langalanga, Losia, Ndombe, Kimpoko, Kamba-Zomi, Mase, Mai-Mpili et Kanana). Il se peut que le tswaara soit la même variété que celle appelée « tswaar » par Nsuka Nkutsi (1990), que l’auteur situe dans des villages se trouvant tous aussi dans la province du Mai-Ndombe. Malheureusement, nous ne disposons pas de données lexicales comparatives pour démontrer que c’est bien le cas. Nous attribuons à ce parler le code provisoire B70u.

5.1.8 Bua (B70v) et buu (B70w)

31Le bua ou ibua est une variété parlée en RDC, dans la province de Kinshasa (commune de Maluku, principalement dans les villages Mbakana et Dumi). Dans la même province est parlé aussi le buu ou ibuu, et plus précisément autour du village Yuo, où serait aussi parlé le mfinu B83 (voir par exemple Bastin et al. 1999 ; Pacchiarotti et al. 2019). Bien qu’elles soient lexicalement similaires et parlées dans des territoires adjacents, nous distinguons l’ibuu et l’ibua comme des variétés différentes. Selon leurs locuteurs, il ne s’agit pas du même parler, même si les similarités sont nombreuses. Le tableau 5 présente quelques exemples de comparaison lexicale.

Tableau 5 — Comparaison lexicale entre les parlers bua et buu.

bua (terrain 2021) buu (terrain 2021)
pierre de foyer ∅-ŋkùnù/má-ŋkùnù ∅-kʉ̀ʉ̀/má-kʉ̀ʉ̀
monter ó-láárà ú-náámà
front bú-sù/má-sù bú-sù/má-sù
poisson silure ∅-ŋgʉ́ʉ̀/bá-ŋgʉ́ʉ̀ ∅-ŋgʉ́ʉ̀/bá-ŋgʉ́ʉ̀
poisson ∅-mbɨ̀ɨ̀/bá-mbɨ̀ɨ̀ ∅-mbìlì/bá-mbìlì
animal ∅-ɲámù/bà-ɲámù ∅-ɲámà/bà-ɲámà
antilope kudu ∅-mbvɨ́ɨ̀/bá-mbvɨ́ɨ̀ ∅-mbvílì/bà-mbvílì
attacher ó-kúrù ú-kúrà
bordure de panier í-sɔ́ɔ̀/bí-sɔ́ɔ̀ mú-wɨ́/mí-wɨ́
chauve-souris ∅-ŋgyɛ́ɛ́mù/bàŋgyɛ́ɛ́mù ∅-ŋgyɛ̀ɛ̀mɛ̀/bá-ŋgyɛ̀ɛ̀mɛ̀
barbe í-lɛ́ɛ̀/bí-lɛ́ɛ̀ í-lɛ́lɛ̀/bí-lɛ́lɛ̀
lit ∅-ntàà/má-ntàà ∅-ntàlà/má-ntàlà
glu ∅-líímì/má-líímì ∅-líímɛ̀
forgeron mù-tswɨ́ɨ̀/bà-tswɨ́ɨ̀ mú-tswìlì/bá-tswìlì
corps ∅-ndùrù/má-ndùrù ∅-nùrù/mà-nùrù
emprunter ɔ̀-sɔ̀mɔ̀ ú-núù
frontière, ligne mù-lɨ́ɨ̀/mì-lɨ́ɨ̀ mù-lɨ́ɨ̀/mì-lɨ́ɨ̀
froid mú-dɨ̀ɨ̀ mú-dílì
cuisiner ú-láámà ó-láámù

32Nous attribuons les codes provisoires de B70w au buu et B70v au bua.

5.1.9 Tua (B70p)

33Appelé « isitua » par ses locuteurs, le tua est une variété teke de la RDC parlée par les membres du groupement Dumu, dans la province du Mai-Ndombe (territoire de Kwamouth, villages Engweme, Mbomo, Miboro, Masiambe, Moboa, Nsele, Liduma, Bosenge, Entyo, Meko, Butyeele, Mbebati, Mpwimba, Basali, Tua, Musa, Motali, Kanana et Mutsweto). Le glossonyme isitua trouve probablement son origine dans le toponyme « Tua ». Nous attribuons à ce parler le code provisoire B70p.

5.1.10 Tyɔɔ (B74c)

34Également appelé « tio » ou « ityɔɔ », cette variété est parlée en République du Congo (département de la Bouenza, district de Kingoué, villages et hameaux [H] Kingomo, Bampoue [H], Kintsoko, Kindzoumba, Kibiti, Kimbamba, Moubiri, Minguele [H], Zabata, Mpandi [H], Taba, Kambou, Kintouari, Kimboussi, Kinkoula, Batalabe [H], Mpika [H], Youlountari [H], Matsiti, Bantsielissi, Matamou, Mouanzengui [H], Nzanza, Mikata 1, Mawobo, Kingali, Massina [H], Kimbimi [H], Ngoli, Kidzoua, Kindzili [H], Bantsia, Bakoukoulou [H], Kibiti 2, Ouala, Mountimbessi, Kinkouambata, Mpini, Matadi, Mingali, Kingoué, Talabe [H], Kintouh, Masah, Mikata 2 [H], Moudzimoukoulou [H], Tsiaki, Mayama, Kimpolo, Mounkomo 1 et Mounkomo 2 [H]). Cette variété n’est inventoriée ni par Guthrie (1971) ni par Maho (2009), mais elle est répertoriée parmi les variétés « Central Teke » par Grimes (1992, 2000). Dans cette étude, nous adoptons le code B74c proposé par Jacquot (1971 : 354) pour cette variété. Le tyɔɔ B74c est un des parlers, avec le tyee B73d (voir §5.2.5), le laali B73b et le yaa B73c, traités dans la thèse de Manono Ngolo (2021), une étude dialectale comparative récente.

5.2 Parlers inventoriés précédemment par Guthrie (1971) et/ou Maho (2009)

5.2.1 Nzinii (B71b)

  • 4 Dans les villages dont les noms sont suivis d’un astérisque, les locuteurs du nzinii coexistent av (...)

35Appelé aussi « nzikini » ou « kenzinii », le nzinii est une variété teke parlée en République du Congo (département des Plateaux, district d’Osseelee, villages Nkoulou, Kendouo, Ntou, Oyali, Otsouamva, Elielie, Onzala, Obon, Ekoo, Ossele village, Ossele, Ntsina-ntsee, Ossele poste, Eyoulou, Alieme, Ngamba, Bala*, Nkaana, Bali*, Akabi, Obelengo*4). Cette variété porte le code B71b chez Guthrie (1971) et chez Maho (2009). Elle est aussi localisée sur une carte dans l’étude dialectale de Kristensen et al. (1984 : 10). À notre connaissance, il n’y a pas d’autres données lexicales disponibles pour cette variété.

5.2.2 Ngungwel (B72a)

  • 5 Répertoriant quatre dialectes ngungwel, outre le mpɔmpɔ, le kekel et le mpumpun, Raharimanantsoa ( (...)

36Également appelé « gangulu », le ngungwel ou engungwel est une variété teke parlée en République du Congo (département des Plateaux, principalement district de Gamboma). Il compte trois dialectes : le fimpɔɔ, parlé dans l’est du Gamboma (villages Mbaya, Intaa, Intsiala, Etoro et Ntsampoko entre autres) ; le kekel ou nkənkel, parlé dans le nord du district (villages Imporo, Inkouele, Odzio, Letwo, Opele, Osso, Ako, Angolo et autres) ; le mpumpun, parlé dans le nord-ouest du même district (villages Mboube, Ankou et autres)5. Ce dernier dialecte est la variété utilisée pour le développement de la langue écrite au Congo (Raharimanantsoa 2016 : 62). Pour cette étude, nous nous sommes appuyés sur le parler kekel. Maho (2009) attribue le code B72b au mpumpun tandis que sous B72(a), il liste les parlers ngungwel, ngungulu et teke nord-est. Le kekel et le fimpɔɔ n’étant pas mentionnés par Maho (2009), nous utilisons provisoirement le code B72a (déjà existant sous la forme ambiguë B72(a) dans Maho 2009) pour désigner le kekel, et le code B72c (absent dans Maho 2009) pour désigner le fimpɔɔ. Même si nous incluons ce dernier dans la carte des parlers teke (voir fig. 3 dans §6), nous n’y avons pas récolté des données lexicales, qui ne figure donc pas dans l’inventaire des parlers répertoriés lors de nos missions de terrain (voir tabl. 2). Parmi les travaux linguistiques portant sur le ngungwel, on peut citer Raharimanantsoa (2016), Rurangwa (1982), Paulian (1994) et Hombert (1986).

5.2.3 Teɣe (B73Z)

37Appelé aussi « teke de Komono » ou « keteghe », le teɣe est une variété teke parlée en République du Congo (département de la Lékoumou, district de Komono, villages Moutouala, Mvakala, Mbaya, Mokina [Komono], Yaya, Lefoutou, Mayeye, Zanaga et autres). Selon Bastin et al. (1999), les variétés teke parlées à Komono et Kissiélé sont appelées « teke de l’ouest » (voir aussi Grimes 2000) et étiquetées B73 (voir Maho 2009). À notre connaissance, les seules autres données disponibles sur cette variété (ou sur une variété très similaire) sont celles qui figurent pour le West Teke (Komono) et pour le West Teke (Kissiélé) dans Bastin et al. (1999).

5.2.4 Bɔ̃ɔ̃ (B74)

38Le boma ou ebɔ̃ɔ̃ ou bɔ̃ɔ̃ est une variété teke parlée en République du Congo (département des Plateaux, district de Ngo, villages Ngo, Ntsa, Alion, Mpo, Mbe-okala, Banga, Koumou, Okene, Edouala et autres). Cette variété a fait l’objet de plusieurs études, notamment Wesche (1994) et Raharimanantsoa (2012, 2017 et 2021). Les classifications référentielles (Guthrie 1971 ; Maho 2009 ; Grimes 1992 et 2000) font la distinction entre B74a njyunjyu/ndzindziu et B74b bɔ̃ɔ̃. Cependant, Raharimanantsoa (2012) montre que B74a et B74b sont essentiellement la même variété. C’est pourquoi nous utilisons B74 pour bɔ̃ɔ̃, voir aussi Pacchiarotti et al. (2019 : 214).

5.2.5 Tyee (B73d)

39Le tyee ou ityee est une variété teke parlée dans le sud de la République du Congo (département de la Bouenza, district de Tsiaki, villages Moukomo, Kimpolo, Mingali, Mpini, Zabata, Mawoumou, Kinzele, Matiti [frontière Mikenge], Missamissa, Bantsia ; département du Pool, villages Kinkala-matiba, Kinkankassa, Kilebe-moussia, Mpassa, Nko 1 et Kimpouo). Elle est aussi connue comme « teke du sud-ouest » (Ntsiba Ngolo & Raharimanantsoa 2021). Selon Raharimanantsoa & Ntsiba Ngolo (2015 : 5), le tyee est également parlé dans les départements de la Lékoumou, de la Bouenza (district de Kingoue) et du Pool (districts de Vinza et Kindamba). SIL Congo a publié quelques livrets sur la Bible écrits dans ce parler. On dispose aussi d’un guide d’orthographe/petite grammaire de ce parler (Raharimanantsoa & Ntsiba Ngolo 2015) et un petit dictionnaire visuel (Ntsiba Ngolo & Raharimanantsoa 2021). Cette variété n’est pas inventoriée par Guthrie (1971), mais Maho (2009) y attribue le code B73d que nous adoptons également ici.

5.2.6 Bali (B75T)

  • 6 Mpila trouve probablement son étymologie dans mpela ‘inondation’ attesté dans des variétés teke t (...)

40Très souvent appelé « teke de Mpila » ou « teke de Brazzaville », le bali ou ibali est la variété teke parlée en République du Congo (sud-est du département de Brazzaville, anciens villages Lifou [actuel camp de la Marine], Intebe [actuelles tours jumelles], Ndolo, Alo (actuelle clinique coréenne de Mpila), Intsana (contre rail, actuelle résidence Paul-Obambi), Mfa (actuelle mairie de Brazzaville), Ingabwa (actuel port de Yoro), Impan (source, actuel Brazza-entrepôt viande) et Mban (actuelle île Mbamu). Tous ces anciens villages constituent aujourd’hui le quartier Mpila de Brazzaville6. Le glossonyme ubali/babali ‘riverain’ pourrait être un réflexe de la protoforme *bádí ‘grand espace découvert’ (BLR 49), le défrichement de forêts-galléries pouvant s’avérer nécessaire pour créer des résidences riveraines. Dans les classifications référentielles de Guthrie (1971) et Maho (2009), le bali (tio, teke) adopte le code B75.

5.2.7 Ŋiŋi (B76b)

41Parfois appelé « teke nord » en RDC, le ŋiŋi, esiŋiŋi ou esiŋii est la variété teke parlée sur la rive droite de la rivière Kwa (territoire de Bolobo, province Mai-Ndombe, villages Tshumbiri, Lewoo, Ndua, Imbinima, Bosinima, Nko, Mpelu, Nkala, Bodjuna, Makaa, Mbee, Endala, Nguomi, Bokolo, Obomosia, Mokoa-Diari, Bemari, Bongie, Boyenge, Lelo, Lediba, Mokele, Mekwa-ŋeyi, Bonkwi, Osamokolo, Mbeli-Mbeli, Makayabu, Makondo, Luoli, Libiangala, Odisomi, Mantuka, Mbali, Molebo, Ngeloba, Mbawa-Mabwa, Mosebwaka, Lelongo, Etebe, Mompolenge, Tsuma, Ngadia, Mpomokolo, Bodju, Ngabenge, Moseno, Botanakasa, Bolobo, Mbomo et Ngemu). Maho (2009 : 23) attribue le code B76a à un parler « mosieno », qui serait situé dans le même secteur. Selon nos enquêtes de terrain, Moseno (‑2.36, 16.24) est un village où la variété ŋiŋi est parlée. Nous ne disposons que de la liste de mots de Bastin et al. (1999) pour le mosieno B76a. Cette variété est lexicalement et structurellement différente du ŋiŋi tel que nous l’avons étudié. Par exemple, le mosieno dans Bastin et al. (1999) manifeste la perte de la voyelle finale, ce qui n’est pas le cas du ŋiŋi. Une autre variété signalée dans la zone géographique décrite ci-dessus est appelée « ŋge-ŋge » par Vansina (1966 : 131). Il s’agit probablement de la variété appelée « ng’ee » par Maho (2009 : 23), qui lui attribue le code B76b. Étant donné que (i) la portion ŋiŋi du glossonyme esiŋiŋi ressemble phonétiquement à ŋge-ŋge et (ii) les deux variétés sont attestées dans la même zone géographique, nous pensons que les glossonymes esiŋiŋi, ŋge-ŋge et ŋg’ee pourraient porter sur la même variété. C’est pourquoi nous avons attribué le code B76b au ŋiŋi dans cet article. Néanmoins, aucune donnée n’est disponible sur le ŋge-ŋge ou ŋg’ee. Tant que celles-ci ne seront pas disponibles, cette hypothèse ne pourra pas être vérifiée.

5.2.8 Kukuya (B77aY)

42Le kukuya B77a est parlé en République du Congo (département des Plateaux, district de Lékana, villages Lekana, Ngulukila, Ntsoumou, Lague, Mbalikayi, Olele, Nkoua, Kinkou, Souo, Ntsama, Nkami et Kebara). Parmi les ouvrages consacrés à cette langue, on peut citer les travaux de Paulian (1975 et 1998) ; voir notamment sa carte (Paulian 1975 : 12) pour un aperçu détaillé de ce qu’elle appelle le « plateau Koukouya ».

5.2.9 Mfinu (B83W)

43Également appelé « imfinu » ou « kimfunuka », le mfinu B83 est la variante teke parlée en RDC (nord de la province de Kinshasa, villages Kingakati, Bingibingi, Mikao, Kindobo, Mbenzali [Mbee nzaa], Lao, Kingole, Imio, Bangombam, Kimpoko, Eyii, Maluku, Mekala et Mombele). Sur les noms alternatifs des locuteurs du mfinu et leur présence dans la littérature ethnologique et linguistique, voir Pacchiarotti et al. (2019 : 173‑174). Sinon, il existe très peu de données publiées sur le mfinu (Guthrie 1956 ; Daeleman 1958, 1977).

5.2.10 Wuumu (B78U, B78V)

44En RDC, le wuumu B78, appelé aussi « mbuno », est parlé par les membres du groupement Mikonga, (province de Kinshasa, territoire de Nsele, villages Kinkole, Mikonga, Kimbatseke, Kingassani, Matadi-Kibala, Kingabwa, Kimpoko, Kimpakasa, Mundwa, Buma, Lutendele, Kasangulu, Mabama, Kintsala, Kingamputu et Dingidingi). Le seul ouvrage que nous connaissions sur le wuumu parlé en RDC est le travail de Matakumba Kanika (1980). En République du Congo, le wuumu est aussi appelé « wũũ ». Cette variété est parlée dans le nord-est du département du Pool (district de Ngabé, villages Inie, Yie, Massa, Nkouo, Odziba, Inga, Impo, Imvouba, Mpumako, Imbimi, Inoni 1 et 2, Ingolo et Lefini). Makouta-Mboukou (1980) propose une comparaison du vocabulaire lié à l’environnement en wuumu et en fumu parlés en République du Congo. Les parlers wuumu tirent leur nom du verbe reconstruit comme *pʊ́ʊm (BLR 2647) ‘se reposer’. Ce nom est attribué aux locuteurs et aux parlers dont les zones de distribution sont considérées comme des aires de repos dans les migrations teke des plateaux Bateke vers le Bas-Congo en RDC et de ceux du Pool vers les Plateaux au Congo. Comme le témoignent nos informateurs, dans leurs diverses activités surtout commerciales et esclavagistes, les Teke de la rive droite du fleuve Congo qui partaient du département des Plateaux (Djambala, Lekana, Ngo, Mbé) vers Mfa (Brazzaville) se reposaient souvent le long de l’actuelle route nationale no 1, du village Yie jusqu’à Lefini. Ceux de la rive gauche qui partaient des plateaux Bateke vers Kingabwa (Kinshasa) se reposaient souvent autour des villages Kinkole, Mikonga et Kingasani. Par conséquent, les Teke qui se sont finalement installés dans ces zones portent tous le nom de uwuumu/bawuumu ‘celui qui se repose’ et leurs langues sont désignées par le glossonyme wuumu ‘langue de ceux qui se reposent’.

5.2.11 Fumu (B77bU)

45Le fumu B77b est une variété teke parlée en République du Congo (nord-est du département de Brazzaville, villages Kintélé, Ndoko, Ntsima-Batswa et autres). Elle est aussi parlée en RDC dans le territoire de Kwamouth (Bastin et al. 1999 ; Pacchiarotti et al. 2019 : 174). La variété fumu parlée en République du Congo a été documentée par Calloc’h (1911) et Makouta-Mboukou (1969, 1976). Longtemps établis sur les plateaux de sable qui s’étendent du Gabon à la RDC, les Teke ont migré dans la forêt et ont imposé leur système politique aux groupes préexistants (Dupré 2003). Ils ont connu plusieurs mouvements de recréation politique et culturelle. En forêt, ils ont découvert le Gnetum africanum, légume très prisé auquel ils n’ont pas accès en savane. Fournisseurs de ce légume aux autres populations, leur nom – et glossonyme de leur parler – pourrait être un réflexe de la racine *kúmbʊ́, très répandue dans les langues de la côte occidentale (WCB), pour désigner ce légume. Selon nos informateurs, fumu/bafumu signifie donc ‘cueilleur(s) de gnetum’.

6. Mise à jour de la cartographie des parlers teke

46Au regard de tout ce qui précède et des données à notre disposition, nous pouvons proposer la figure 3 qui représente la répartition dialectale générale des variétés teke dans les groupes référentiels B70 et B80. Dans celle-ci, les parlers déjà répertoriés par nos prédécesseurs sont en vert et ceux que nous avons signalés pour la première fois après nos missions de terrain en couleur orange. Le cercle indique que la variété a été inventoriée par Guthrie (1971) et/ou Maho (2009) alors que le triangle signifie son absence de ces deux travaux. Les informations détaillées sur les noms de langues correspondant aux codes alphanumériques de la carte 2 ainsi que les sources y relatives figurent à l’annexe 1 de cet article. Pour la justification des codes alphanumériques attribués aux variétés de la République du Congo et de la RDC absentes dans Guthrie (1971) et/ou Maho (2009), voir §5 et Pacchiarotti et al. (2019 : 160). Pour celles du Gabon, voir Rekanga (2007). Voir aussi Idiata (2007 : 124‑128) pour un aperçu général sur les variétés « teke » au Gabon.

Figure 3 — Répartition générale des parlers teke B70/B80 au Gabon, République du Congo et RDC

Figure 3 — Répartition générale des parlers teke B70/B80 au Gabon, République du Congo et RDC

7. Conclusion

47Au terme de ce travail, nous estimons que le but de notre enquête de 124 jours a été bien atteint. Avec le minimum de 650 ou 370 concepts recueillis par parler, nous mettons à la disposition des chercheurs des bases de données plus fournies pour les études comparées des langues bantoues en général et celles des groupes B70 et B80 en particulier. Nsuka Nkutsi (1990) a publié une liste de 140 correspondances lexicales dans 4 parlers. Associé au présent document, nous en proposons 650 dans 11 variétés et 370 dans 12 autres.

48Ces nouvelles données montrent des divergences phonologiques, morphologiques et lexicales qui méritent d’être étudiées de plus près et de manière plus systématique à travers la méthode comparative, entre autres afin de relever des innovations qui pourraient éclairer la classification généalogique des parlers teke, comme la perte de la pré-nasalisée vélaire sonore *ng en C2, la perte de la consonne occlusive pour les consonnes pré-nasalisées (*mb, *nd et *ng) en C2, la perte de la nasale pour les consonnes pré-nasalisées alvéolaires et palatales (*nt et *nc) en C2 et la chute de la voyelle finale. La mise à disposition de ces données permettra également d’inclure dans les nouvelles études phylogénétiques les variétés qui ne figuraient pas auparavant dans ces classifications, dans le but de déterminer leur relation avec d’autres variétés au sein du WCB.

Remerciements

49La recherche pour cet article a été financée par le Consolidator Grant no 724275 du Conseil européen de la recherche (ERC) dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne, accordé à Koen Bostoen. Sara Pacchiarotti remercie également le soutien du Fonds Wetenschappelijk Onderzoek Vlaanderen (FWO) via la bourse postdoctorale no 12ZV721N. Nous sommes très reconnaissants des commentaires constructifs des deux évaluateurs anonymes et d’Yvonne Treis qui ont permis d’améliorer considérablement l’article.

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Annexe

Annexe 1 : Inventaire des parlers teke indiqué sur la carte de la figure 2

Dans cette annexe, nous fournissons des informations sur les noms, les codes et les sources des variétés teke représentées sur la figure 2. Une cellule grise signifie l’absence de code alphanumérique chez G(uthrie) (1971) et/ou M(aho) (2009). N/A signifie « ne s’applique pas ». Les variétés autres que celles de notre travail de terrain et celles de Rekanga (2007) ont été reprises de Pacchiarotti et al. 2019. Pour celles-ci, nous indiquons toujours le travail dans lequel elles sont apparues pour la première fois. Pour les variétés provenant de Bastin et al. (1999), nous indiquons également le numéro de doculecte trouvé dans cette étude, p. ex. [B73/2]. Nous signalons également les changements de nom de la variété tels que proposés par Pacchiarotti et al. (2019).

Colonne 1 : Code (cette étude/source) ; colonne 2 : Code (G/M) ; colonne 3 : Nom de la variété dans cette étude/dans Pacchiarotti et al. 2019 ; colonne 4 : Nom de la variété dans la source ; colonne 5 : Source.

Code G/M Nom Nom (source) Source
B70p tua (Tua) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B70q tiimi (Bokala) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B70r kikimi (Nganambo) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B70s kaan (Fankana) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B70t nzali (Menko) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B70u tswaara (Nkana) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B70w buu (Yuo) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B70v bua (Mbakana) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B70x bibaana (Dumu) Bibaana Nsuka Nkutsi 1990
B70y ngi (South Teke) Ngi (Teke-sud) Nsuka Nkutsi 1990
B70z bwala (Bankana) N/A Recherches de terrain 2018 Flore Bollaert (BantUGent)
B70.1a B701 N/A ntsintsege de Lendoundoungou Rekanga 2007
B70.1b B701 N/A ntsintsege de Onkoua Rekanga 2007
B70.1c B701 N/A ntsintsege de Kewaga Rekanga 2007
B71a7 B71a North Teke (Plateaux) Tee 2 Abala Bastin et al. 1999 [B71/2]
B71a B71 N/A teke de Franceville Rekanga 2007
B71b B71 N/A teke de Bongoville Rekanga 2007
B71b B71 N/A Latege (Lekoni) Linton 2009, 2013
B71b B71b nzinii (Ossele) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B71c B71 N/A teke de Ngouoni Rekanga 2007
B71d B71 N/A teke d’Akieni Rekanga 2007
B71W B71 North Teke 2 (Cuvette) Tee 4 Omvula Bastin et al. 1999 [B71/4]
B71X B71 North Teke (Bouenza) Tee 3 Bouenza Bastin et al. 1999 [B71/3]
B71Y B71 North Teke 1 (Cuvette) Tee 1 Boundji Bastin et al. 1999 [B71/1]
B71Z B71 North Teke (Pool) Tee 5 Mbe Bastin et al. 1999 [B71/5]
B72a B72(a) ngungwel kekel (Imporo) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B72b B72b ngungwel mpumpun N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B72c ngungwel fimpɔɔ N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B73a B73a tsaayi (Bambama) Teke tsaayi/Teke-W 2 Bambana Bastin et al. 1999 [B73/2]
B73bX B73b laali (Bouenza) Teke-W 5 d. lali Bouenza Bastin et al. 1999 [B73/5]
B73bY B73b laali (Lekoumou) Teke-W 6 d. lali Lékoumou Bastin et al. 1999 [B73/6]
B73c B73c yaa (Bihoua) Teke-W 4 d. iyaa Bastin et al. 1999 [B73/4]
B73d B73d tyee (Tsiaki) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B73X B73 West Teke (Komono) Teke-W 1 Komono Bastin et al. 1999 [B73/1]
B73Y B73 West Teke (Kissiele) Teke-W 3 Kissiele Bastin et al. 1999 [B73/3]
B73Z B73 teɣe (Mvakala) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B74 B74a, B74b bɔ̃ɔ̃ (Ngo) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B74c tyɔɔ (Kingoue) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B75T B75 bali (Mpila) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B75U B75 tio bali 3 (Tua) tio bali Burssens 1992
B75W B76 tio bali (Menkwo) Teke Koni Muluwa & Bostoen 2015
B75X B76 tio bali 2 (Tua) Teke-E 2 Tua Bastin et al. 1999 [B76/2]
B75Y B76 tio bali 1 (Tua) Teke-E 3 Bastin et al. 1999 [B76/3]
B75Z B76 tio bali (Fatundu) Teke-E 1 Bastin et al. 1999 [B76/1]
B76a B76a mosieno (Bolobo) siene/Teke-E 4 Bolobo Bastin et al. 1999 [B76/4]
B76b B76b ŋiŋi (Tshumbiri) N/A Recherches de terrain 2021 G. Kouarata (BantUGent)
B77aX B77a kukwa (Plateau) Kukwa 1 Bastin et al. 1999 [B77/1]
B77aY B77a kukuya (Lekana) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B77bU B77b fumu (Kintele N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B77bV B77b N/A fumu (Ngamaba) Makouta-Mboukou 1976
B77bX B77b fumu (Congo) Fumu-Wumbu 1 d. fumu Congo Bastin et al. 1999 [B78/1]
B77bY B77b fumu (DRC) Fumu-Wumbu 2 d. fumu Zaïre Bastin et al. 1999 [B78/2]
B78U B78 wuumu (Odziba) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B78V B78 wuumu (Kinkole) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B78W B78 wuumu (Kimwenza) ruumbu Kimwaansa/Fumu-Wumbu 4 d. wumbu Isaangampyu Bastin et al. 1999 [B78/4]
B78X B78 wuumu (Kasangulu) Fumu-Wumbu 6 d. wumbu Kasangulu Bastin et al. 1999 [B78/6]
B78Y B78 wuumu (Mobenga) Fumu-Wumbu 3 d. wumu Mobenga Bastin et al. 1999 [B78/3]
B78Z B78 wuumu (Mambulu) Fumu-Wumbu 5 d. wumbu-E Bastin et al. 1999 [B78/5]
B80x (boma) nkuu (Monkana) Nkuu Nsuka Nkutsi 1990
B80y boma (sud [Nkuu]) (Boku) Boma Nsuka Nkutsi 1990
B83W B83 mfinu (Bingibingi) N/A Recherches de terrain 2022 G. Kouarata (BantUGent)
B83X B83 mfinu (Bita) Mfinu 3 Mungata Bastin et al. 1999 [B83/3]
B83Y B83 mfinu (Yuo) Mfinu 1 Bastin et al. 1999 [B83/1]
B84X B84 mpuono (Kindunu) Mpuono 1 Bastin et al. 1999 [B84/1]
B84Y B84 mpuono (Fadiaka) Mpuono 2 Fadiaka Bastin et al. 1999 [B84/2]

Annexe 2 : Liste de concepts lexicaux utilisée pour l’enquête de terrain en 2021

1 accoucher
2 accoupler
3 acheter
4 adulte
5 agir
6 aigreur
7 aiguille
8 aimer
9 aîné
10 ajouter
11 aller, partir
12 allumette
13 amertume
14 amertume
15 ami ; parent
16 ananas
17 animal ; viande
18 anneau, bracelet
19 Anona sp.
20 antilope kudu
21 apaiser
22 appel
23 appeler
24 apprendre
25 arachide
26 araignée
27 arbre
28 argent
29 arriver
30 assiette, pot
31 asticot
32 attacher
33 aujourd’hui
34 aulacode
35 avaler
36 avarice
37 balai
38 balayer
39 bambou
40 banane douce
41 banane, plantain
42 baobab
43 barbe
44 bateau
45 battre des mains
46 beaucoup
47 beau-fils/père
48 belle-fille/mère
49 bien
50 blessure, plaie
51 bœuf, vache
52 boire
53 bois à brûler
54 bon
55 bordure de panier
56 botte, gerbe
57 bouche
58 boucher ; fermer
59 bouchon
60 braise, charbon
61 briller
62 briser, écraser
63 brouillard
64 bruit, bruit de pas
65 cacher
66 cadavre
67 calebasse
68 cancrelat, blatte
69 canne à sucre
70 canne de marche
71 caqueter
72 carboniser, boucaner
73 casser
74 cauris
75 caverne
76 cendres
77 cent
78 cerveau
79 cesser, s’arrêter
80 chacal
81 chaîne
82 chaise
83 chaleur
84 champs
85 chanson
86 chanter
87 chanvre
88 chasse
89 chasser
90 chauve-souris
91 chef
92 chemin
93 cheveu
94 chèvre
95 chien
96 choisir
97 chose
98 cicatrice
99 ciel
100 cil
101 cinq
102 citer
103 civette
104 claie
105 clair de lune
106 clan
107 clochette
108 cochon
109 co-épouse
110 cœur
111 colère
112 coller, tr. intr.
113 colline
114 combien ?
115 commencer, tr.
116 compter
117 construire
118 contredire
119 convenir à
120 conversation
121 converser
122 corde
123 corne
124 corps
125 côte ; flanc
126 cou
127 coudre
128 couper
129 cour
130 courageux
131 courge sp.
132 cours d’eau
133 couteau
134 crabe
135 craindre
136 creuser
137 crier
138 crier (animal)
139 critiquer
140 crocodile
141 croître
142 cueillir (fruit)
143 cuire
144 cuire dans l’eau
145 cuisiner
146 cuisse
147 danse
148 danser
149 danser
150 déboucher, ouvrir
151 décès, (la) mort
152 déchirer, fendre
153 défense d’éléphant
154 déféquer, chier
155 délier
156 demain
157 demander pour savoir
158 demander qqch
159 demander qqn
160 démangeaison
161 démon, esprit
162 dénoncer
163 dent
164 descendre
165 désirer
166 désordre
167 détester
168 deuil
169 deux
170 devant
171 dévêtir
172 Dieu
173 dire adieu
174 disparaître
175 disperser
176 diviser
177 dix
178 doigt
179 donner
180 dormir
181 dos
182 durcir, (être) dur
183 eau
184 écaille
185 éclair
186 écorce
187 écorce
188 écorce, peau
189 écrire
190 écume, mousse
191 écureuil sp.
192 élever (un animal)
193 élever, éduquer
194 emballer
195 emballer
196 empêcher
197 emprunter
198 enclos de chef
199 enduire
200 enfant
201 enfler
202 enflure
203 ennemi
204 enrouler
205 enseigner
206 enseigner
207 ensorceler
208 entendre
209 enterrer
210 entier
211 entrer
212 envoyer
213 envoyer
214 épaule
215 épine
216 épouse
217 épouser
218 eru (Gnetum africanum)
219 escargot sp.
220 essayer
221 essorer
222 estomac
223 étendre
224 étoile
225 étranger
226 être abondant
227 être actif
228 être assis
229 être blessé
230 être caché
231 être carbonisé
232 être célèbre, connu
233 être debout
234 être droit
235 être éteint, éteindre
236 être fatigué
237 être fort
238 être fou
239 être gros
240 être honoré
241 être malade
242 être noir
243 être nombreux
244 être plein
245 être pourri
246 être rond
247 être rouge
248 être sec
249 être sombre (ciel)
250 être surpris
251 être vieux
252 Europe
253 exhiber derrière
254 faim
255 faire
256 faire traverser
257 famille
258 femme
259 femme préférée
260 femme stérile
261 fer
262 fesse
263 féticheur
264 ficelle
265 ficelle
266 fil de fer
267 filet, toile d’araignée
268 filtrer
269 finir
270 flamber
271 fleurir
272 flotter
273 foie
274 folie
275 force
276 forêt
277 forger
278 forgeron
279 fosse
280 fou
281 fougère
282 fourchette
283 frapper sp.
284 frère aîné, sœur aînée
285 frère, sœur, parent, cadet
286 froid
287 front ; dos du nez ; nez
288 frontière, ligne
289 frotter ; effacer
290 frotter ; moudre
291 fuir, s’échapper
292 fumet, odeur agréable
293 fusil
294 gencive
295 géniteur
296 genou
297 germer
298 germer
299 glisser
300 glu
301 gorge
302 gorille
303 goûter, essayer
304 graine
305 grand
306 grandir
307 gratter
308 griller ; rôtir
309 grillon
310 grondement
311 gronder
312 grossesse
313 grossir
314 guerre
315 habileté
316 habiter
317 hache
318 haïr
319 hameçon
320 hanche
321 haricot
322 hier
323 homme blanc
324 homonyme
325 honte
326 houe
327 huile
328 huit
329 hyène
330 igname
331 il (humain)
332 île
333 ils (humains)
334 infirme
335 insulter
336 intelligence
337 intestin
338 jambe
339 je, moi
340 jeter
341 jeter
342 jeune fille
343 joie
344 joue
345 jouer
346 jour
347 juger
348 jumeau
349 jurer
350 kaolin
351 labourer
352 lac
353 laisser
354 lance
355 langue (organe)
356 larme
357 laver
358 lécher
359 lèpre
360 lettre
361 lézard
362 ligne, rangée
363 lion
364 lire ; compter
365 lit
366 loin
367 long
368 lourd
369 lune, mois
370 mâchoire
371 mâchoire
372 maïs ; petite graine
373 maison
374 mal, mauvais
375 maladie
376 mâle
377 mâle
378 malédiction
379 maman
380 manger
381 manioc sp.
382 manquer de qqch
383 marais
384 marché
385 marcher
386 marcher sur
387 mari
388 mariage
389 marteau
390 marteler
391 matin
392 maudire
393 médicament
394 membre (corps)
395 menacer
396 mener
397 mentir
398 mère
399 mettre, placer
400 mille-pattes
401 miroir
402 mollet
403 monde
404 monter
405 montrer
406 mordre
407 mort (la)
408 mortier
409 mouiller
410 mourir
411 narrer
412 natte
413 nerf
414 neuf (9)
415 nez
416 nier
417 nœud
418 noir
419 noix de cola
420 noix de palmier
421 nom
422 nombre
423 nombril
424 nommer
425 notable
426 nouer
427 nouveau
428 nouvelles
429 noyau
430 nuage
431 nuit
432 nuque
433 odeur
434 œuf
435 offrir
436 oiseau
437 ongle
438 orange
439 oreille
440 orphelin
441 os
442 ôter ; vider
443 ouvrir
444 ouvrir
445 padouk
446 pagayer
447 palabre ; mot
448 palme
449 palmier à huile
450 panier, sac
451 paresse
452 parler
453 parler à voix haute
454 parler, dire
455 parole
456 partie du lit, sp.
457 passer
458 paume de la main
459 payer (biens)
460 peau (de fruit)
461 peau (d’homme)
462 peau (de poisson)
463 pêcher à l’écope
464 pêcher à la ligne
465 pêcheur
466 peigne
467 peigner
468 peler
469 pénis
470 penser
471 percer
472 perle
473 personne âgée
474 péter
475 petite souris
476 petit-fils
477 peur
478 pied
479 piège ; filet
480 pieu, poteau
481 pigeon sp.
482 piler
483 pilon
484 piment
485 pintade
486 pirogue
487 placer haut
488 plage
489 plaisanterie
490 planter
491 pleurer
492 plier
493 pluie
494 pluie continuelle
495 pluie fine
496 plume
497 poil
498 pointe
499 poisson
500 poitrine
501 pondre
502 pont
503 porc-épic
504 porter ; soulever
505 pou
506 pou
507 pourrir
508 poursuivre
509 pousser
510 poussière
511 prendre
512 presser
513 profondeur
514 promesse
515 propreté́
516 puer
517 pus
518 python
519 quatre (4)
520 quereller
521 queue
522 qui?
523 quoi?
524 racine
525 ramasser
526 raser
527 rat
528 refuser de donner
529 regarder
530 remercier
531 remplir
532 rencontrer
533 renommée
534 répandre
535 répondre
536 répondre
537 résidence
538 respect
539 respecter
540 respirer
541 rester
542 retirer (bois) du feu
543 rêve
544 rêver
545 riche
546 rivière
547 roi
548 roter
549 rouge
550 sable
551 s’accroupir
552 safoutier (arbre)
553 sagesse
554 saigner
555 saison
556 saleté
557 sang
558 sarcler
559 savane
560 se battre
561 se disperser
562 se disputer
563 se percer
564 se ressembler
565 se rétablir (malade)
566 se retourner
567 sécher
568 sein
569 sel
570 semence
571 semer
572 s’enfoncer
573 sentier
574 sept
575 serpent
576 sifflet, corn
577 signe
578 silure
579 six
580 sœur de sexe opposé
581 soir
582 sol
583 soleil
584 sommeil
585 sorcellerie
586 sorcier
587 sortir de
588 souche
589 souffler (avec bouche)
590 statue
591 sucer
592 suinter
593 suivre
594 surpasser
595 tabac
596 tabou
597 tâche
598 tailler
599 tambour, danse
600 tarir
601 taro
602 tas
603 tendon
604 tendre piège
605 termite
606 termitière
607 terre ; globe
608 testicule
609 tête
610 tirer
611 tomber
612 tomber
613 tonner
614 tordre
615 tortue
616 tourner
617 tousser
618 travail
619 travailler
620 trembler
621 tromper
622 tu
623 tuer
624 tuer
625 un (1)
626 vallée
627 varan
628 vendeur
629 vendre
630 venir
631 vent
632 ventre
633 ventre
634 vers intestinal
635 verser
636 vertige
637 vêtement
638 vêtir
639 veuf, veuve
640 viande
641 village
642 vin de palme
643 vipère
644 visage
645 vitesse
646 voir
647 voler
648 voler (dérober)
649 vomir
650 vous (pl.)
651 voyager

Annexe 3 : Liste de concepts lexicaux utilisée pour l’enquête de terrain en 2022

1 abattre un arbre
2 abattre, faire tomber
3 accompagner
4 accoupler, baiser
5 acheter
6 admettre, accepter
7 affermir, durcir
8 aider
9 aiguiser
10 ajouter
11 ami
12 amollir
13 ananas
14 apporter, transporter
15 apprendre
16 appuyer
17 arachide
18 arracher, ravir
19 arracher de force
20 arranger
21 assiette, écuelle
22 aval
23 avaler
24 amont
25 balai
26 balayer
27 bâtir, construire
28 blâmer
29 blesser
30 blessure, plaie
31 boire
32 boite métallique
33 bouchon
34 bouillir
35 bouteille
36 briser
37 brûler, calciner
38 bruler, piquer (piment)
39 cacher
40 cadavre
41 cailloux, pierre
42 canne à sucre
43 carrefour
44 célibataire
45 changer
46 chanson
47 chanter
48 chasser
49 chercher
50 cheveu blanc
51 chier, déféquer
52 choisir
53 clef
54 coller, allumer
55 commencer
56 convenir
57 cou
58 couper
59 couteau
60 couvrir
61 cracher
62 creuser
63 crier
64 crocodile
65 cueillir
66 cuisiner
67 cuisse
68 cultiver
69 demander
70 déchirer
71 décortiquer, casser
72 découvrir
73 défendre
74 défricher
75 demeurer, être
76 descendre
77 dette
78 dire
79 disparaitre
80 donner
81 dormir
82 dos
83 douleur, souffrance
84 douter
85 durée
86 durer
87 écoper
88 écouter
89 écrire
90 éléphantiasis
91 émerger
92 emprunter
93 enfant
94 enfanter, engendrer
95 enfler
96 enivrer
97 enlever
98 enrouler, emballer
99 ensorceler
100 enterrer, inhumer
101 entrer, pénétrer
102 envoyer, pousser
103 épervier
104 épouse
105 épouser
106 époux, mari
107 essorer
108 éteindre
109 étoile
110 être
111 être malade
112 exhumer, déterrer
113 faire danser
114 faire sortir
115 faire taire
116 femme
117 fer, métal
118 feuille
119 finir
120 flatterie
121 fleur
122 fleurir
123 flotter
124 forêt touffue
125 fourmi
126 frapper au marteau
127 front
128 frotter
129 fuir
130 fumée
131 fumer, boucaner
132 garder, protéger
133 gâter, abimer
134 genou
135 germer
136 goûter
137 goutte
138 grandir, croitre
139 gratter
140 grelot
141 grenier
142 griller ; rôtir
143 grillon
144 grossesse
145 guérisseur
146 habiller
147 homonyme
148 houe
149 humilier
150 igname
151 imiter
152 insulter
153 jeter
154 joue
155 jour
156 juger
157 jurer
158 labourer
159 laisser
160 lancer
161 laver, nettoyer
162 lécher
163 lèvre
164 liane
165 ligne, rangée
166 lion
167 lire ; compter
168 lune, mois
169 mâchoire
170 maigrir
171 main
172 maladie
173 manger
174 mangue
175 manquer
176 manquer, absenter
177 marcher dessus
178 mariage
179 marmite
180 mélanger
181 mentir
182 montagne
183 monter
184 mordre
185 mortier
186 moudre
187 mourir
188 mouton
189 multiplier
190 natte
191 nez
192 nœud
193 noircir
194 noyer, enfoncer
195 océan, mer
196 œuf
197 oindre
198 os
199 oublier
200 ouvrir
201 palmier
202 panier
203 papillon
204 parcelle
205 paresseux
206 parler
207 partager
208 passer
209 payer
210 peau
211 pêcher
212 peigner
213 peler, éplucher
214 penser
215 percer, trouer
216 piétiner
217 piler
218 piment, poivre
219 pleurer
220 pleuvoir
221 pourrir
222 poursuivre
223 pouvoir
224 précéder
225 prendre
226 prendre
227 prier
228 puiser
229 pygmée
230 se disputer
231 queue
232 ramasser
233 raser
234 rat
235 ravir
236 refuser
237 regarder
238 ramollir
239 remplir
240 repartir
241 remettre, rendre
242 respirer, se reposer
243 rester
244 retourner, revenir
245 rêver
246 rire
247 rougir
248 s'affoler
249 salutation
250 s'amuser, jouer
251 sang
252 sauter
253 savoir
254 se battre
255 se blesser
256 se cacher
257 se chauffer
258 se détacher
259 se laver
260 se lever
261 se rassasier
262 se rencontrer
263 se ressembler
264 se réunir
265 se réveiller
266 se tordre
267 secouer
268 sein
269 s'enfoncer
270 s'étirer
271 s'habituer
272 silure
273 sorcier
274 sortir
275 souffler
276 soulever
277 sourd-muet
278 sucer
279 surpasser
280 tâche
281 tenir, saisir
282 testicule
283 tirer
284 tomber
285 toquer
286 toucher
287 tourner
288 tousser
289 traverser
290 trembler
291 trou, fosse
292 tubercule
293 tuer
294 vache, bœuf
295 varan
296 veiller
297 vendre
298 venir
299 ver de terre
300 verser
301 veuf, veuve
302 vider
303 vieillir
304 visage
305 voir
306 voler, dérober
307 vomir
308 vouloir
309 crabe
310 singe
311 pet
312 chemin
313 doigt de banane
314 pagne
315 poisson
316 chasseur
317 serpent
318 vieillard
319 éléphant
320 gorille
321 rêve
322 Dieu
323 ongle
324 chique
325 sourire
326 corps
327 oiseau
328 bouche
329 grenouille
330 travail
331 travailleur
332 épaule
333 poil du thorax
334 stérile
335 pétrin
336 couvercle
337 père
338 salive
339 cœur
340 sommeil
341 tête
342 oreille
343 tige démêloir
344 voleur
345 seringue, aiguille
346 puits
347 chat
348 fou
349 manioc
350 hyène
351 chacal
352 aigreur
353 amer
354 amour
355 arbre
356 bile
357 briller
358 canard
359 pirogue
360 chaleur
361 pigeon vert
362 enseigner
363 coin
364 mille-pattes
365 lance
366 pierre de foyer
367 élever (nourrir)
368 savane
369 vertige
370 noyau

Annexe 4 : Questionnaire sociolinguistique

1 Quels sont vos noms, prénoms, âges, lieux de naissance ?
2 Où sont nés vos parents ?
3 Où avez-vous grandi ?
4 Quel est le nom de votre village ?
5 Quelles en sont les affiliations administratives (pays, régions, territoire, groupement) ?
6 Quelles en sont les coordonnées géographiques ?
7 Comment appelez-vous votre langue ?
8 Quelle est la signification de cette appellation ?
9 Comment les autres appellent votre langue ?
10 Pourquoi ?
11 Comment appelez-vous la/les personnes qui parlent votre langue ?
12 Dans quels autres villages on parle votre langue de la même manière que vous ?
13 Avec quels peuples se marie-t-on le plus dans votre village ?
14 Quelle(s) langues parlez-vous avec les étrangers ?
15 Parlez-vous votre langue :
a) avec vos parents ?
b) avec vos amis ?
c) au marché ?
d) avec les enfants ?
e) au travail ?
f) avec des étrangers ?
16 Votre langue est-elle enseignée aux enfants ?
17 Existe-t-il des écrits en votre langue ?
18 Existe-t-il des classes d’alphabétisation en votre langue ?
19 Croyez-vous que votre langue sera encore couramment parlée dans 15 ans ?

Annexe 5 : Liste des informateurs pour chaque variété

Code Informateurs
B70p Philomène Bankulu (64 ans), Monique Bankulu (55 ans), Prosper Masela (39 ans), Jean Bankulu (48 ans).
B70q Ntsia-Kolo Mandebe (72 ans), Mpulu Ntango (65 ans), Sindani Olo (50 ans), Belo Lesomo (45 ans) et Mbo Kasongo (37 ans)
B70r Moke Okis (35 ans), Dona Mangapi (51 ans)
B70s Jolie Mayeye (40 ans), Adolo Ntsa (58 ans), Josette Makinisa Matiti (60 ans)
B70t Mopu Auguy Ngiawuru, Moba Ngiawuru Gérard, Imbi Inono, Pacha Mupu, Mbumba Mbuma, Ngole Mbuma, Mbimi Florient
B70u Thomas Moba Mbuma (75 ans), Tombe Ngantsie (49 ans), Malio Mabiala (37 ans)
B70v Inga Luomo (60 ans), Ngankole Mbama (47 ans) et Vincent Mbamu (71 ans)
B70w Mopfu Mara (41 ans), Mumpie Biti Alleluia (63 ans), Mue Ngampe Doli (52 ans), Mankutu Mbama (35 ans).
B76b Mayuo Mayese, Eyano Lombili, Lembay Mayuo Frédéric
B78V Masala Musiambama (67 ans), Alain Koli (43 ans), Paul Makani (37 ans), Guerlin Masala (25 ans)
B80x Mwekoli Gilbert, Mbali Kazin, Mbamu Tison, Moba Ngamputu
B80y Mufo Christophe (70 ans), Eloya Ntosoni (42 ans), Ebomo Kingobo (53 ans), Lembala Gestan (27 ans) et Sylvain Mikeme (39 ans)
B83W Mumpuru Mambio (61 ans), Ngadien Mambio (50 ans), Gina Mambio (40 ans), Mabele Mando (35 ans)
B71a Christian Sounga Lobo, Hugues Mbongo, Léonard Leponga, Émile Ossebi
B72a Ekouenanga Jean (70 ans), Obami Constant Victorien (58 ans), Bouragon Espérance (50 ans)
B73d Edouard Ntsiba (45 ans), Apollinaire Mpena (52 ans), Edmond Ngolo (29 ans) et Benoît Nkoussou (65 ans)
B73Z Dorcel Moukassa (32 ans), Christian Likibi (41 ans), Biba Mdzou (25 ans), Régis Tsoumou (35 ans)
B74 Blanche Enta (45 ans) et Chantal Okila (40 ans) assistées de messieurs Jacques Mviri (56 ans) et Richard Lebali
B74c Monique Mpini (67 ans), Norbert Mbaka (71 ans)
B75T Gabriel Gokale dit Guerin (70 ans), Samuel Mpouli Bilou (80 ans), Paul Mpout, Chantal Gokale (22 ans)
B77aY Préfi Ngami (32 ans), Saxe Okira (40 ans), Roméo Likibi (30 ans), Titie Sangami (36 ans)
B77bU Dieudonné Ngambanou (75 ans), Firmin Ngalibo (71), Calixte Ntessa (62 ans), Joseph Matomabi (55 ans)
B78U Dieudonné Ngambou (51 ans), Bissalou Joachim (61 ans), Rivé Malonga (51 ans), Zézé Kouloumaya (70 ans)
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Notes

1 Sur la confusion autour du glossonyme boma pour désigner différentes langues en RDC et en République du Congo, voir Pacchiarotti et al. (2019 : 163‑168). Au regard des données en notre possession et linguistiquement parlant, le boma (sud) B80y et le (boma) nkuu B80x semblent à première vue plus proches des autres parlers teke sur lesquels nous avons recueilli des données.

2 Dans le tableau 2, les codes B80x pour le nkuu et B80y pour le boma/buma ont été attribués par Pacchiarotti et al. (2019) tout comme les codes B70x pour le bibaana, B70y pour le ngi (teke sud) et B70z pour le bwala (voir aussi Bollaert 2019 ; Bollaert et al. 2021). Le choix de B80 au lieu de B70 pour B80x et B80y est dû au fait que d’autres langues avec un glossonyme boma/buma sont inventoriées dans le groupe référentiel B80 (voir §3). Un des évaluateurs anonymes se demande pourquoi nous utilisons des lettres de la fin de l’alphabet (au lieu du début) lorsque nous attribuons des codes provisoires. Nous avons décidé de mettre en œuvre cette stratégie pour minimiser la confusion possible avec les systèmes d’encodage développés par Guthrie (1971) et/ou Maho (2003, 2009) qui se servent des premières lettres de l’alphabet.

3 Il sied de préciser que Nsuka Nkutsi (1990) fournit la racine sans les préfixes des classes nominales.

4 Dans les villages dont les noms sont suivis d’un astérisque, les locuteurs du nzinii coexistent avec des locuteurs du mbochi.

5 Répertoriant quatre dialectes ngungwel, outre le mpɔmpɔ, le kekel et le mpumpun, Raharimanantsoa (2016 : 62) parle du dialecte mbombo sans donner plus de précisions. Malgré notre insistance, nos informateurs ne reconnaissent que les trois dialectes que nous venons de situer.

6 Mpila trouve probablement son étymologie dans mpela ‘inondation’ attesté dans des variétés teke telles que le bali et le fumu. Mpila est un quartier de Talangaï, 6e arrondissement de Brazzaville. Il se situe au bord du fleuve Congo en face de Kinshasa.

7 Actuellement, nous ignorons si les variétés portant les codes alphanumériques B71a et B71b sont des variétés régiolectales d’une seule et même langue.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 — Représentation schématique de la classification phylogénétique des langues bantoues de la côte ouest (WCB) (selon de Schryver et al. 2015 ; Pacchiarotti et al. 2019)
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lla/docannexe/image/12921/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 526k
Titre Figure 2 — Les variétés et localités enquêtées
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lla/docannexe/image/12921/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 2,1M
Titre Figure 3 — Répartition générale des parlers teke B70/B80 au Gabon, République du Congo et RDC
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lla/docannexe/image/12921/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 2,2M
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Pour citer cet article

Référence électronique

Guy Kouarata, Sara Pacchiarotti et Koen Bostoen, « Nouvelle contribution à l’inventaire et la description des parlers teke (bantou, B70‑80) »Linguistique et langues africaines [En ligne], 9(2) | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lla/12921 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/lla.12921

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Auteurs

Guy Kouarata

Université de Gand

Sara Pacchiarotti

Université de Gand

Koen Bostoen

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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