Navigation – Plan du site

AccueilNuméros85VariaLe corps féminin au prisme des co...

Varia

Le corps féminin au prisme des contes
dans l’œuvre de Marie Nimier : Sirène, L’Hypnotisme à la portée de tous, Domino et La Reine du silence

Sylvie Vignes
p. 155-162

Résumé

En écho au titre Corps du roi, que Pierre Michon entendait très clairement au pluriel, on pourrait parler des « corps de la reine » dans l’univers de Marie Nimier. Deux de ses titres font d’ailleurs entendre, au moins phonétiquement, le mot « reine », la narratrice de Sirène conjoint les deux surnoms de « Reine du silence » et de « Sirène des pompiers », et son tout dernier roman, à paraître, fait aussi lire le mot « reine » à l’intérieur du mot « sérénité ». Royauté dérisoire et piégeuse, en l’occurrence, conférée par la diabolique intelligence paternelle, hybridité et vulnérabilité manifestes ; sérénité à conquérir de haute lutte, contre les fantômes du passé : nous nous sommes appliquée à montrer à quel point la représentation du corps féminin, dans trois romans de Marie Nimier – Sirène, L’Hypnotisme à la portée de tous, Domino – et dans son célèbre récit de filiation La Reine du silence, est placée sous le signe des contes et relève de l’inconscient.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Jean Giono, Virgile, in Œuvres romanesques complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Plé (...)
  • 2 Julien Gracq, Un balcon en forêt, José Corti, 1958, p. 192.

Pour la mère comme pour la fille, les frontières entre l’imaginaire et la réalité […] restaient imprécises, ou tout au moins n’épousaient-elles que rarement les limites du corps et de l’esprit imposées par la médecine traditionnelle. (Sirène, 182)
L’enfance nous a donné une fois pour toutes notre teneur de poésie1.
Le monde redevenait pareil à un cerveau d’enfant2.

1 Sylvie Vignes

2Frappée par l’abondance de références à des contes dans l’œuvre de Marie Nimier, nous nous attacherons ici à analyser la manière dont ils sont impliqués dans la perception du corps féminin, telle que la transmet la romancière, perception qui, souvent, semble issue d’un cerveau droit encore tout informé par la poésie de l’enfance plutôt que de la rationalité du cerveau gauche.

3On trouve en effet, dans notre corpus, des allusions plus ou moins explicites à Pinocchio (RS, 64), à l’ogre du Petit Poucet (RS, 74), ainsi qu’à Alice au Pays des merveilles dans le passage saisissant qui décrit la réaction corporelle de Marie Nimier à l’annonce du décès de son père :

  • 3 Marie Nimier, La Reine du silence [2004], Gallimard, « folio », 2007 ; p. 201. Abrégé R (...)

J’essayai de me lever, mais j’eus soudain la sensation que le sol s’enfonçait sous mes pieds. J’allais tomber dans un trou sans fin, telle Alice dans le terrier du lapin. Je ne savais pas si c’était agréable ou désagréable, si je devais avoir peur ou me laisser glisser. J’avais l’impressions de flotter, les bras surtout, ils étaient légers, légers, et si mes jambes m’entraînaient vers le bas, le haut de mon corps semblait retenu par une main qui m’appelait vers le ciel3.

4Aucune de ces notations ne me semble anodine ; toutes, et notamment cette dernière, mériteraient même une exploration approfondie. Mais nous nous concentrerons ici sur les deux figures majeures et particulièrement porteuses de sens que constituent la Petite Sirène et la Belle au Bois Dormant, avant d’en venir à Peter Pan à travers la recherche de l’ombre perdue.

Le corps de la Sirène

  • 4 Marie Nimier, Sirène, Gallimard, « NRF », 1985. Abrégé S pour les référ (...)

5Il paraît légitime de commencer cette exploration par les contes et légendes attachés à la figure de la sirène. En effet, le premier roman de Marie Nimier, échappée belle issu d’un projet de thèse, porte précisément le titre de Sirène4, et, à écouter attentivement les échos du titre de son récit de filiation – La Reine du silence –, on y entend bien aussi les deux syllabes qui forment le mot « sirène ». Marie Nimier confie en outre qu’en raison du timbre de sa voix sa mère l’avait surnommée « la sirène des pompiers » et elle prête le même surnom à l’héroïne de Sirène à qui elle prête aussi sa saison et son lieu de naissance.

6Pour un cerveau d’enfant, on le sait, les associations induites par les homonymies peuvent aller jusqu’à susciter durablement peurs et fantasmes, ce qui se vérifie déjà dans la réaction de l’héroïne de Sirène :

Que l’héroïne du conte d’Andersen – une de ses histoires préférées – se retrouvât perchée sur la grande échelle ne l’étonnait pas le moins du monde. Elle était l’eau éteignant le feu. Morgane annonçant la tempête, créature divine et toute-puissante de ses rêves d’enfant. (S, 17)

7Les deux premiers prénoms officiels de l’héroïne de Sirène sont Marine et Céline, mais elle y entend « Marine c’est Line ». Line étant le prénom préféré de sa mère et Marine celui que son père souhaitait qu’elle porte, on peut lire dans cette double postulation contradictoire entre père et mère une menace de tension semblable à celle que doit assumer puis dépasser le saint Julien de Flaubert. En outre, Marine, si proche du prénom de l’auteure (la liaison avec son nom de famille, amène d’ailleurs à entendre « Marine » quand on prononce son nom entier), fait référence à un corps aquatique, tandis que Line ferait référence à un corps terrestre : le roman nous apprend en effet qu’en Bretagne le lin, considéré comme la suprême panacée, se prononce « line ». En découle un fantasme insistant de d’hybridité – « deux en une, femme et poisson » (S, 18), « un buste d’adolescente, des jambes de guerrière, quelle curieuse rencontre » (25), « ainsi pendant vingt ans Marine et Line avaient cohabité. Bon gré, mal gré, elles se partageaient encore sa vie, son corps, ses passions » (18).

8On se souvient que la narratrice de La Reine du silence, qui coïncide explicitement avec Marie Nimier dans ce superbe et sidérant récit de filiation, découvre une lettre de son père datant du jour de sa naissance : dans une plaisanterie qu’on peut juger d’un goût douteux (même si, à sa décharge, Roger Nimier ne pouvait imaginer que cette lettre privée tomberait un jour sous les yeux de sa fille), il prétend être allé la noyer aussitôt dans la Seine. Marie Nimier s’interroge sur la troublante coïncidence qui fait qu’à vingt-cinq ans, sans motif conscient, elle a « justement » tenté de se suicider en se jetant dans la Seine. Pourtant, dans tous les textes de notre corpus, l’élément aquatique, même dans ses dimensions potentiellement dangereuses, semble bien plus inspirer l’attirance que l’effroi. Il faut dire que par deux fois, sur le plan des fantasmes, Marie est ressortie vivante des eaux censées la noyer.

9L’élaboration littéraire du fantasme de la sirène me semble prendre source dans ces deux traversées victorieuses de la mort par noyade qui évoquent si irrésistiblement les derniers vers d’« El Desdichado » de Gérard de Nerval :

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

  • 5 Gérard de Nerval, « El Desdichado », Les Chimères.

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée5.

  • 6 Même si le sujet de cet article ne permet guère de le souligner, avec Marie Nimier, m (...)

10Tout y est, en effet, jusqu’à la fée Morgane, assez inattendue a priori dans la phrase de Sirène évoquant la toute-puissance d’une sirène-extincteur6

  • 7 Le choix de ce verbe, qui incombe à l’héroïne de Sirène est loin d’être anodin.

11La petite sculpture de sirène que l’héroïne du premier roman de Marie Nimier emmène partout avec elle joue d’ailleurs un rôle assez similaire à celui d’un animal totémique, et lorsqu’elle « plong[e]7 » (S, 130) dans la Seine, la jeune fille prévoit d’y « rejoindre [s]es sœurs les Sirènes » (12) et, dans la semi-conscience qui suit son « repêch[age] » (24), elle « parle Sirène » :

Faute de mieux, elle en revient à ce langage familier, ces images aquatiques qui seules peuvent révéler la profondeur de son désarroi. […] De sa voix suave aux harmoniques insensées, la Sirène chante le premier jour, clapotis, les brumes lasses et le Néant. Elle lisse sa ceinture d’écailles au soleil de midi, échappant à l’anecdote, à la triste réalité qui se croit raisonnable. (S, 82-83)

12Sa « TS » (S, 24) semble donc moins relever d’un désir de mort que d’un fantasme : celui de rejoindre un milieu moins hostile. Dans le conte d’Andersen, en effet, c’est en sortant de l’eau que la Petite Sirène découvre la souffrance dans son corps et dans son cœur. Condamnée au mutisme et à des douleurs terribles dans les jambes contre lesquelles elle a troqué sa queue de poisson, elle ne parvient pas, malgré ce double sacrifice consenti, à gagner l’amour du prince, et la tentation de rejoindre ses sœurs dans l’Océan peut alors naître en elle.

13Il me semble significatif que dans les dernières pages de La Reine du silence, faisant allusion à la manière dont l’enquête sur le père commence à porter ses fruits, Marie Nimier mette en exergue quelques pièces bien particulières du puzzle dont le contour commence à se dessiner :

Plus haut une flaque de pièces bleues laissait apparaître la sirène d’Andersen, celle qui troquerait sa voix contre des jambes douloureuses pour séduire le prince qu’elle avait sauvé de la noyade. (RS, 201)

14Dans ce récit de filiation, il est justement question de douleurs et privations symétriques : piégée par l’intelligence paternelle qui demande, sur une carte postale, ce que « dit la Reine du silence », Marie Nimier est également, dans son enfance, attaquée aux jambes par le RAA qui « lèche les articulations et mord le cœur » (RS, 116).

15Comme celles de l’héroïne d’Andersen et plus qu’elle encore, les jambes de Marie Nimier ont été, très littéralement, percluses de douleurs :

Je tombai au pied du lit, m’affalant comme un sac, sans pouvoir me relever. Les larmes coulaient en silence, non, je ne criais pas, j’étais au-delà du cri. J’avais l’impression que quelque chose brûlait à l’intérieur de mes jambes, mes muscles se rétractaient sous l’effet de la chaleur et c’étaient les os qui éclateraient bientôt. (RS, 113)

16On pense ici à la forme que prend justement la peur de l’héroïne de Sirène lorsqu’elle est approchée par un détraqué : « Ses jambes seront paralysées et il mordra dans sa chair sans défense. » (S, 20) Et l’on sait que le syndrome des pieds douloureux, « empêchants », constitue un leitmotiv obsédant dans l’œuvre entière de Marie Nimier.

17Il n’est donc pas si étonnant, quoi qu’elle semble en penser que, pour elle :

la peur, c[e soit] non seulement le souffle, […] mais les jambes coupées et l’impossibilité de parler ou de crier pour me protéger du danger, mes cordes vocales faisant partie de ce circuit curieux qui liait le haut et le bas du corps dans une même incapacité viscérale à réagir contre la violence quand elle était dirigée contre moi. (RS, 156-157)

Le corps de la Belle au Bois Dormant

Les fées qui se penchent sur nos berceaux ont parfois des allures peu courtoises. (RS, 144)

18Les allusions à la Belle au Bois Dormant sont presque aussi nombreuses dans notre corpus que les allusions à la sirène. La somnolence, comme le milieu aquatique, apparaît comme un refuge contre les atteintes trop violentes et frontales de la réalité. Clouée des mois durant sur son lit de douleur avec pour seul horizon la bibliothèque plus ou moins interdite de son père, Marie Nimier enfant a pu en faire l’expérience. C’est en tout cas ce qu’elle suggère dans L’Hypnotisme à la portée de tous :

  • 8 Marie Nimier, L’Hypnotisme à la portée de tous, Gallimard, « NRF », 1992 ; p. 15. Abr (...)

Peut-être au fond ne me suis-je jamais réveillée de ce sommeil-là. Cette impression d’être lue par les mots, de n’exister que par le regard du livre8...

19Très souvent, en fait, le personnage féminin semble dans le même état que Cora sous l’influence de Katz, le Roi de l’Hypnose : à la fois ici et ailleurs, flottant comme dans un élément aqueux ou aérien.

  • 9 Marie Nimier, Domino [1998], Gallimard, « folio », 2001 ; p. 19. Abrégé D.

20Domino a ainsi très souvent l’impression d’être sous l’emprise d’une « anesthésie9 ». La perception « autiste » et le fantasme apparaissent comme des stratégies pour mettre le corps du personnage féminin à l’abri des atteintes terrestres et triviales. N’étant jamais tout à fait là, le personnage ne pourrait vraiment subir la manipulation ou le viol : toujours une partie d’elle échappe à la saisie. Cet état de somnolence permet à Cora de se croire invisible et donc « intouchable » , sinon « toute-puissante » (S, 107) :

Je fermai les yeux, j’avais soif d’obscurité. Le texte de M. A. Pearl me revenait en mémoire. Cette fois j’étais passée de l’autre côté, dans le mur, entre les cercles de la spirale. J’étais Bib, bec collé, j’étais Perle, Sandrine, tant Josette sur le palier, j’étais Katz lui-même remettant ses gants. Et moi je devenais toute petite, invisible probablement, comme ma ceinture dans la lumière noire. (H, 123)

Ni fille ni garçon : ailleurs. Nomade jusqu’à l’intérieur de mon corps. (H, 216)

21Décidée à se prostituer pour aider Silvio à payer ses dettes, Domino se réfugie elle aussi dans une sorte de transe anesthésiante lors de sa première expérience vénale : « Il fit l’amour à une enveloppe vide […]. J’étais ailleurs […]. » (D, 65) Le thème principal de L’Hypnotisme à la portée de tous, permet de rendre cet état quasi pérenne et permanent :

Transe, torpeur, léthargie ? Je pensais à la Belle au Bois Dormant, ses mains fines reposant sur les draps […] cette confiance à toute épreuve : apathique et glacée, elle savait que le Prince viendrait la chercher. (H, 16-17)

22Mais, dans un monde souvent déserté par les Princes Charmants, ce type de refuge a bien entendu ses limites, et, à y recourir le personnage féminin n’en est même parfois que plus vulnérable, comme en témoigne ce passage de La Reine du silence, plus réaliste :

Je ne voyais pas. N’entendais pas. Ne sentais rien. Je restais droite, les yeux dans le vague, luttant contre moi-même au lieu de lutter contre l’autre pour ne rien montrer des tremblements qui m’agitaient. (RS, 157)

À la recherche de l’ombre perdue

23Contrairement à celui de la Petite Sirène, de la Belle au Bois Dormant, d’Alice au pays des merveilles et de Pinocchio, le nom de Peter Pan n’apparaît pas dans notre corpus. Toutefois, un épisode essentiel de la vie du joyeux feu follet imaginé par l’écrivain écossais James-Matthew Barrie en 1902 m’a semblé trouver un écho troublant dans l’œuvre de Marie Nimier, peut-être à mettre en rapport, d’ailleurs, avec le fantasme d’hybridité : il s’agit du moment où Peter Pan, affolé de sa perte, revient dans la maison de la famille Darling en quête de son ombre que Nana, la chienne-nounou, lui a arrachée lors de son précédent passage. Je partage à ce sujet l’analyse de Stéphane Jarno :

  • 10 Stéphane Jarno, article « Trois personnages sans leur ombre », Télérama, 8 août 2014, (...)

Sans cesse en mouvement pour éviter que la pesanteur des adultes ne le rattrape, [Peter Pan,] comme Lucky Luke, plus ­rapide que son ombre […] ne peut cependant s’en passer, car il y a dans cette part obscure de lui-même un souvenir fondateur : celui d’une mère qui l’a abandonné. L’ombre, ici, figure l’inconscient dans ce qu’il a de plus ­intime et douloureux. Cette blessure est au cœur du personnage, de l’intérêt et du trouble qu’il suscite. […] Sans ce souvenir, il perdrait ses dernières attaches avec l’humanité et, de ce fait, sa dimension tragique10.

24Or, le fantasme d’un double appartenant peu ou prou à un autre monde hante les récits de Marie Nimier, comme en témoigne exemplairement ce que Domino projette sur Catherine Claire, la jeune femme assassinée qui lui ressemble étrangement dans le roman éponyme, et ce que Cora projette sur Perle, son « amie morte » imaginaire dans L’Hypnotisme à la portée de tous (H, 27). Au fantasme de l’hybridité répond celui d’une « double vue », dans l’acception optique de l’expression, comme l’imagine Cora, comparant la pathologie de son oncle à la sienne :

Parfois il m’apparaissait clairement que nous souffrions de la même lésion, bien que la mienne se manifestât par des symptômes de nature opposée. Si son cerveau n’analysait que la moitié des informations qu’il recevait, le mien s’acharnait à les dédoubler. Chaque objet à mes yeux, chaque acte, chaque individu entrait en résonance avec un homologue imaginaire, créant dans mon corps un tohu-bohu permanent d’associations troublantes. Par quel mot désigner cette infirmité ? Je n’étais ni borgne, ni sourde, ni orpheline : je voyais trop. J’avais deux pères, le vrai et son demi-frère, deux conseillères (Perle peignant sous la protection de M. A. Pearl), une double vie, un don de double vue, parfois je me faisais peur. (H, 94)

Mon corps dédoublé occupait le centre des rectangles blancs. (H, 86)

25Il n’est en outre sans doute pas exagéré de dire, à la lecture de son récit de filiation, que Marie Nimier, comme Peter Pan, a souffert d’un syndrome abandonnique : père « absent » même lorsqu’il était au foyer, refusant ses touchantes offrandes et ne lui faisant aucune place dans son testament. Sans même reparler de la macabre plaisanterie faite à sa naissance dans une lettre à un ami, il semble légitime de considérer qu’avant même de le perdre dans le fameux accident de 1965, Marie Nimier a souffert d’un criant manque de père, paradoxalement associé à une inhibante peur de la figure paternelle. Que ses rêves lui présentent avec insistance son père « sous les traits les plus menaçants » (RS, 74) ne l’empêchera pas, pour écrire La Reine du silence, de tenter de « reconstituer » son corps disloqué et son image perdue, en affrontant courageusement sa partie ombreuse.

Et chantent les Sirènes, si elles veulent chanter ! J’étais alors […] la Belle au Bois Dormant… (S, 36)

26Contre la peur, qui menace toujours de refaire surface dans un psychisme hanté par de nombreux traumas – violence et mort violente du père, affection paralysante due au rhumatisme articulaire – la pensée magique garde son efficience, même à l’âge adulte, dans le monde de Marie Nimier, « tant il est difficile de renoncer aux chimères de l’enfance » (S, 107), comme en témoigne la si surprenante et si belle dernière page de Sirène :

Sirène. Celle dont le corps entravé par une ceinture d’écaille chante l’infinie liberté d’un amour sans faille […]. Celle qui, déchirant le silence des brumes de Saint-Quay, annonce le danger. Et l’arrivée triomphale des voitures rouges de pompiers. Sirène toute-puissante, irrésistible et intouchable : sa mère.

Haut de page

Notes

1 Jean Giono, Virgile, in Œuvres romanesques complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1974, t. III, p. 1030.

2 Julien Gracq, Un balcon en forêt, José Corti, 1958, p. 192.

3 Marie Nimier, La Reine du silence [2004], Gallimard, « folio », 2007 ; p. 201. Abrégé RS pour les références.

4 Marie Nimier, Sirène, Gallimard, « NRF », 1985. Abrégé S pour les références.

5 Gérard de Nerval, « El Desdichado », Les Chimères.

6 Même si le sujet de cet article ne permet guère de le souligner, avec Marie Nimier, même quand il s’agit d’évoquer les épisodes les plus troubles et les plus tragiques, l’humour n’est jamais bien loin. C’est indubitablement une de ses forces, en tant qu’écrivain comme en tant qu’être humain.

7 Le choix de ce verbe, qui incombe à l’héroïne de Sirène est loin d’être anodin.

8 Marie Nimier, L’Hypnotisme à la portée de tous, Gallimard, « NRF », 1992 ; p. 15. Abrégé H.

9 Marie Nimier, Domino [1998], Gallimard, « folio », 2001 ; p. 19. Abrégé D.

10 Stéphane Jarno, article « Trois personnages sans leur ombre », Télérama, 8 août 2014, mis à jour le 1er février 2018.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Sylvie Vignes, « Le corps féminin au prisme des contes
dans l’œuvre de Marie Nimier : Sirène, L’Hypnotisme à la portée de tous, Domino et La Reine du silence »
Littératures, 85 | 2021, 155-162.

Référence électronique

Sylvie Vignes, « Le corps féminin au prisme des contes
dans l’œuvre de Marie Nimier : Sirène, L’Hypnotisme à la portée de tous, Domino et La Reine du silence »
Littératures [En ligne], 85 | 2021, mis en ligne le 08 février 2024, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/litteratures/3426 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/litteratures.3426

Haut de page

Auteur

Sylvie Vignes

Sylvie Vignes est Professeur à l’Université Toulouse Jean Jaurès, où elle dirige le master Création littéraire. Elle est l’auteur d’une thèse sur Julien Gracq et d’une thèse sur Jean Giono. Ses ouvrages et autres travaux portent principalement sur ces deux romanciers, ainsi que sur Jean Proal et sur les littératures narratives de langue française postérieures à 1980. Elle a consacré plusieurs articles à l’œuvre de Marie Nimier qui vient de lui confier pour analyse les premières versions de son récit de filiation – La Reine du silence – couronné en 2004 par le Prix Médicis.

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search