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AccueilNuméros85VariaLes France d’Emil Cioran

Résumé

De la période roumaine à la période française, l’image de la France dans les œuvres de Cioran évolue notablement : et c’est cette modification non dépourvue des constantes que cet article étudie à partir de quelques œuvres dont Cahiers, œuvre a priori non destinée à la publication mais qui nous permet de mieux comprendre ce que pense l’exilé roumain installé à Paris. En quarante ans (1930-1970), on passe d’une France livresque comme modèle héroïque offert à la nation roumaine jugée apathique à l’arpentage d’une France réelle, qui, du coup, ressemble étrangement par certains aspects à la Roumanie honnie des années 1930. Celui qui ne peut plus rentrer dans son pays originel lors de randonnées en Ile de France apprécie des églises romanes ou des paysages qui renvoient de façon plus ou moins explicite à la Roumanie modeste avec laquelle il semble se réconcilier. On consacrera aussi une partie de notre étude à Paris, ville où est examinée la décadence d’un peuple jadis glorieux et pour laquelle l’écrivain éprouve un sentiment ambigu où se mêlent fascination et répulsion.

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Texte intégral

  • 1 Cet article a été écrit dans le cadre du projet TRANSINTELL financé par l’AUF.

1Il est impossible ici de tout dire sur ce sujet. Je me contenterai d’un parcours autour d’œuvres charnières, de Transfiguration de la Roumanie à Cahiers, qui ont pour point commun de ne pas s’adresser explicitement au lecteur français. À première vue, deux « France » entrent en scène, une issue des livres à laquelle le Roumain ne renoncera jamais tout à fait, et que Paris résume, et une autre, inconnue du jeune fanatique épris de philosophie de l’Histoire et de Révolution, que j’appellerai l’arrière-France, celle qui ne se livre que dans un second temps et qui n’est pas sans point commun avec la Roumanie, pleine de neige, de petites églises de campagne et de bon sens paysan.

Transfiguration de la Roumanie

  • 2  Cioran, Transformation de la Roumanie, traduction d’A. Paruit, Paris, L’Herne, 2009, p. (...)
  • 3  Id.
  • 4  TR, 88 ; « Pour chaque Français, la France est le monde. » (TR, 131)

2Transfiguration de la Roumanie servira de point de départ à notre réflexion. Le jeune Cioran s’y livre à une réflexion, nourrie d’Oswald Spengler, sur le devenir des nations et, en cela, l’essai se situe dans le sillage intellectuel qui privilégie le romantisme allemand et sa défiance envers l’abstraite humanité. Il y affirme l’existence d’un fond commun constitutif du « génie collectif », notion qui prend sa place dans la lignée Taine-Boutmy-Gustave Le Bon : ainsi, assène-t-il, « il y a davantage d’affinité entre Pascal et Barrès qu’entre ce dernier et un contemporain allemand, fût-ce Th. Mann2 ». Ce « génie collectif » ou ce « fond culturel profond et spécifique » se lit tout au long de divers phénomènes historiques comme Descartes, les moralistes, les encyclopédistes, la Révolution, Valéry, Proust3. Retenons cette première liste qui veut résumer l’esprit français. La France sert de modèle à la Roumanie, mais ce modèle se révèle aussi un repoussoir. Modèle grâce à ce qu’elle fut dans le passé, à son égocentrisme sacré (dès Guibert de Nogent et sa Gesta Dei per Francos, la France s’était placée au centre du monde voire confondue avec ce dernier4, attitude caractéristique de toute grande nation) et à son refus du scepticisme ; repoussoir parce qu’actuellement elle ne signifie plus rien. D’ailleurs les dernières références à la France concernent le caractère « réactionnaire » de son nationalisme avec les deux figures de Maurras et de Barrès. Et, ajoute Cioran, c’est son intérêt pour la révolution russe qui le sauve de la tentation française. De la France importe avant tout sa Révolution, régulièrement rappelée. Seules les Révolutions en effet transfigurent leurs pays (notons au passage l’usage du vocabulaire religieux) et celles de France et de Russie, note-t-il, sont un cran au-dessus des révolutions italiennes ou allemandes. « Un seul cri venant de la révolution française est pour nous une exhortation infiniment plus importante que la totalité de la spiritualité byzantine. » (TR, 201) À la Roumanie de se renouveler, comme la France le fit à la fin du xviiie siècle. Or, celle qui a accompli sa révolution ne peut désormais que se traîner vers sa fin. Telle est l’une des principales lois de l’Histoire dégagée par le jeune prophète. Une grande nation ne dure pas. Or, la France « a gaspillé pendant la révolution plus d’énergie que la Roumanie en mille ans ». Et Napoléon, en obéissant « au messianisme révolutionnaire » (249), a par la force des choses « accéléré sa décadence » (253).

  • 5  « Le Français est français comme la pierre est pierre ; il est français sans le savoir.  (...)

3On ne s’étonnera donc pas de l’abondance des clichés, aisément renversables, dans ce livre. S’appuyant sur la psychologie des peuples, à laquelle Cioran ne renoncera jamais, il postule l’existence du Français. Ses caractéristiques ? Son naturel5, son assurance et sa maîtrise de soi (TR, 90), son amour du style, mais avant tout, son intelligence, même si cette qualité est ambiguë, car elle s’oppose, héritage du bergsonisme, en effet, à la vie. Et c’est cette intelligence qui pousse le Français à ignorer le tragique avec sa « supériorité naturelle sur la mort » (174).

  • 6  Il s’agit d’une des caractéristiques majeures de la pensée et de la poétique cioranienne (...)

4Il n’existe que dans différents face-à-face6 : le premier l’oppose à l’Allemand, modèle peut-être moins prestigieux mais plus actuel aux yeux du jeune Roumain. L’Allemagne produit des génies ; la France seulement des talents ; la France est le pays d’hommes cultivés ; l’Allemagne celui de héros (TR, 91, 92). Ensuite à l’Anglais (dont le pragmatisme s’oppose au messianisme français ou russe) et au Russe, modèle actuel pour le Roumain des années 1930, car Lénine arrachant son pays de la non-histoire fascine Émile Cioran, qui voit dans le monde communiste ce qu’il y a paradoxalement de plus proche de lui.

5Le Français le plus cité est Napoléon – qui, profitant de l’énergie révolutionnaire, avait fait entrer son pays dans une dimension où histoire et mythe se confondent. Napoléon est l’une des figures majeures du panthéon cioranien qui réapparaîtra tout au long de son œuvre. Il est d’abord comme le soulignait Barrès dans ses Déracinés, un « professeur d’énergie ». Que retient Transfiguration de la Roumanie ? Comme tout héros, Napoléon ignore la morale. Et s’il est érigé en mythe, c’est que par faiblesse l’homme préfère ne pas voir l’humanité de celui qui ne peut pas ne pas être son modèle. Il a su mener des guerres d’agression : position « magnifique », car selon les lois cioraniennes, « une grande nation s’élève sur les ruines ou l’humiliation des autres » (TR, 253). Mais il y a aussi Clemenceau « dernier grand homme de la démocratie », ainsi que Fouché, homme politique idéal s’il était doté d’une « foi puissante » (281, 245). Les hommes de pouvoir fascinent le jeune Roumain.

6Mais intervient un autre filon caractéristique de la France selon Cioran, celui des Moralistes. Car l’acmé de la France commence avec le classicisme, « moment culturel parfait » qu’il met en parallèle avec le romantisme allemand (TR, 179). Et si l’action est valorisée en 1938, la connaissance impitoyable l’est déjà autant, de sorte qu’il sera difficile par la suite de parler de conversion sur ce point. Le Moraliste est en effet, avant même l’homme politique, un parfait connaisseur des hommes. Cioran est d’ores et déjà fasciné par cette écriture lapidaire, énergique, qui s’appuie sur un désabusement soi-disant lucide et qui lui offre un modèle stylistique sur lequel il s’appuiera de plus en plus, rompant avec les envolées lyriques comme avec certaines lourdeurs, obscurités et répétitions laborieuses de Transfiguration de la Roumanie. Une triade ne quittera plus les œuvres de Cioran : La Rochefoucauld, Chamfort, Vauvenargues (TR, 294). Ajoutons simplement qu’un autre auteur est cité deux fois, Joseph de Maistre, entre autres en raison d’un de ses mots qui fait du bourreau la « pierre angulaire de la société », mais aussi, avec plus de recul de la part du Roumain, de l’adéquation entre noblesse et État. Maistre résume parfaitement la France du Cioran de 1938 : il conjugue grandeur politique et pureté stylistique. Mais son influence réactionnaire peut se révéler poison pour une Roumanie qui n’a pas connu d’apogée.

7Enfin, le classicisme est réévalué : si la France reste la nation du classicisme et de la raison, elle est d’abord un terreau pour « l’enthousiasme » : c’est toujours ce dernier qui l’emporte, quand bien même il s’agirait d’enthousiasme pour la raison.

Des « Fragments du Quartier Latin » à De la France

8Il convient ensuite de s’arrêter sur trois textes qui sont des articles écrits sur la France, mais en France : le jeune Roumain se frotte désormais à la réalité parisienne. Les deux premiers n’ont pas été traduits en français ; le troisième, De la France l’a été tardivement, alors qu’il a servi sans aucun doute de matrice pour d’autres textes fragmentaires.

« Fragments du Quartier Latin » (1938)7

  • 7  15 janvier 1938, publié dans Cuvîntul, 21 janvier 1938. In E. Cioran, Singurătate şi d (...)
  • 8  « Maestrul meu în dezgustul de umanitate [Mon maître en dégoût de l’humanité]. » (SD, (...)
  • 9  « Aici eşti în mod plăcut nefericit [ici on est agréablement malheureux]. » (SD, 320)
  • 10  « Parcă şi buzele unui măcelar îngină un vers de Baudelaire. » (SD, 320)

9Notons d’entrée que le littéraire dans cet article informe encore la réalité française : Chamfort8, Rilke (Les Cahiers de Malte Laurids Brigge) et Baudelaire sont convoqués pour offrir au lecteur une vision funèbre de Paris. Paris, presque réduit au Quartier Latin où loge Cioran, « aux rues enfumées et étroites » et aux « hôtels délabrés », se dessine en refuge pour ratés de tous horizons, ville de la solitude, de l’échec, « métropole du monde » finalement semblable à toutes les petites villes provinciales. Les ex-étudiants venus du monde entier s’y réduisent à des ombres. Paris n’est qu’un vide, certes parfumé, un lieu d’errances, nous dit-il par deux fois en rappelant Rilke et (pourtant masculin en roumain) a quelque chose de la sirène : on s’y rend, séduit, pour y mourir (SD, 320, 321). Plus question d’enthousiasme, mais de tristesse et de malheur où l’âme sensible se complaît9. Outre le Quartier Latin, l’article exhibe les boulevards encore une fois vus à travers un auteur de langue allemande, cette fois-ci Heine, pour lequel ils procurent un divertissement au bon Dieu qui s’ennuie. Suggérant l’infini, ils offrent à Cioran un oxymore dont il est friand : « on dirait avec eux qu’un boucher bredouille des vers de Baudelaire10. » Surtout Paris, qui résume la France, est le lieu de l’esthétisation de la vie, lieu du plaisir : « ici tout se savoure », lieu des illusions, et la première illusion appartient à l’ambitieux. Cioran est sur ce point péremptoire : « Une ville ne peut changer une vie. » (SD, 321) Topos éminemment littéraire.

  • 11  « Nous identifions l’exil avec être à la maison. » (SD, 320)

10Quant au Français, il reste au centre du monde et continue en cela de figurer un anti-Roumain, insensible à l’appel de l’ailleurs et du voyage. Le nous cioranien, très usité dans Transfiguration de la Roumanie, puisque Cioran s’y érige en prophète de son pays et parle en son nom autant qu’il lui parle, s’oppose ici encore au Français11. Le Français rechigne à partir. Baudelaire l’aurait fait contraint par son beau-père ; quant à Barrès et Proust, ils ont livré aux yeux de Cioran une Venise très parisienne. D’un côté donc, des Français incapables de s’arracher à Paris ; de l’autre des ratés qui rêvent d’y être engloutis. Mais en deux ans les choses vont basculer : les ratés en 1940 ne sont plus les étrangers, mais bien ses propres habitants et ceux de toute la France.

« Parisul provincial » (194012)

  • 12  « Parisul provincial », paru dans Vremea le 8 décembre 1940 (SD, 326-329).

11L’article tire les conclusions de l’entrée des Allemands dans Paris, comparée à d’autres grandes villes tombées certes sous les assauts des ennemis, mais surtout selon l’auteur, en raison de leurs propres faiblesses : Ninive, Rome, Alexandrie. Pour reprendre les termes de Transfiguration de la Roumanie, la France, épuisée, se retrouve maintenant simple province parmi d’autres. Les Allemands n’ont fait que précipiter le destin d’une France destinée à la chute (« menit căderii ») et qui « a trop existé » (SD, 326-327). Désormais le monde n’a plus besoin d’elle (328) : en réduisant la France au statut de province, Cioran lit dans son devenir les traces d’une décadence dont l’acmé est constituée par le Blitzkrieg.

  • 13 Alexandra Laignel-Lavastine, Cioran, Eliade, Ionesco, L’oubli du fascisme, (...)

12L’auteur, qui se trouve alors en Roumanie où il disait n’être jamais revenu depuis 193713, dit assister à l’histoire, à la passation de pouvoir entre une grande nation épuisée à une autre, encore jeune, l’Allemagne. L’auteur pose ainsi en mélancolique devant Paris qui rappelle la Rome ouverte aux barbares. Devant la ville vide, le constat est évident : « Les Français se sont retirés de l’histoire. » (SD, 327) Autrement dit, ils rejoignent les Roumains qui n’y sont pas encore entrés malgré les exhortations de Transfiguration de la Roumanie. Apparaît l’un des leitmotive cioraniens destinés à durer : l’ennui qui se lit sur les visages. Les causes de cette décadence : une intelligence qui n’est plus que de l’esprit et surtout l’impossibilité de croire en quoi que ce soit. L’ennemi du scepticisme désormais l’accueille en son sein. L’enthousiasme, vertu cardinale du Français, a laissé place au mieux à cet ersatz : la recherche de la nouveauté, même superficielle.

13C’est avec ce texte que la vision de la France passe du statut ambigu de modèle en raison de sa gloire passée à celui de contre-modèle : la France vaincue retourne au statut méprisable de province. Il faudra attendre encore pour que se dessine clairement un éloge de l’échec qui permette de réconcilier le destin avec celui de la France. On part donc du jeune ambitieux qui présente la France d’autrefois en modèle pour aboutir à une acceptation de l’échec qui signale la vraie réussite, parce qu’on a renoncé à l’Histoire. Ce texte offre un vrai entre-deux : il conserve les présupposés révolutionnaires, donc optimistes de Transfiguration de la Roumanie, mais semble déjà fasciné par cet échec qui constituait l’idée majeure de « Fragments du Quartier latin ».

De La France (1941)

  • 14  Cioran, De la France, Paris, L’Herne, 2015, p. 74, 82. Abrégé DF.

14De La France (écrit en 1941 mais publié post mortem) va reprendre certains thèmes, en les travaillant stylistiquement et en leur donnant de l’épaisseur. Tout s’appuie encore sur la psychologie des peuples et la décadence française (toujours comparée à la chute de Rome14). Même la grandeur passée fait l’objet de quelques coups de griffes. Les cathédrales et Napoléon, ces deux apogées de la France, seraient des apports de l’étranger : des Francs et du monde méditerranéen (DF, 21). Et la vérité de Notre-Dame est révélée par son reflet dans la Seine, cathédrale « refusant le ciel » (69), quand en 1938 elle servait de modèle, lancé par l’homme contre le ciel alors que les églises roumaines, « tristes et petites », se cachaient dans les replis de terrain, dans les plaiuri célébrés par Lucian Blaga.

  • 15  On peut multiplier les exemples : Fragonard, « être superficiel avec style » se révèle (...)

15La réflexion part d’un éloge du xviiie siècle français, siècle de la grandeur révolutionnaire, mais aussi des salons (DF, 15), de la légèreté, de la superficialité15, de l’insouciance, et de la « blague ». Mais le texte est hanté par la vieillesse, la décadence et la mort : mort des villages, mort sur les rides insignifiantes des vieillards. L’heure en France est à l’ « embaumement » (65).

16Raisons et symptômes de la décadence sont à chercher dans le revers de ses qualités, dans une vision ludique (DF, 13), voire sceptique ou cynique de l’existence : le Roumain constate en France l’absence de toute « intensité », « sincérité », « force », « audace » ou « énergie », c’est-à-dire de toute « barbarie ». Ou, si l’on préfère, l’« acosmicité » de la France la prive de tout mythe, de tout héros ou de tout sacrifice (43, 38). Cioran dévoile les manques de la France : en elle pas de folie, ni de « génie sauvage » (45), pas de « frisson orgiaque » (78), plus « d’énergie » (81) ou de « credo » (85), tout ce que Transfiguration de la Roumanie exaltait comme moteur de l’histoire et source de la transfiguration. Napoléon (ce « professeur d’énergie ») n’y serait plus possible. L’intelligence y a étouffé la vie. Les Français, « le peuple le moins sentimental du monde » ne se reproduisent plus (26, 42). Le matérialisme général dont est victime jusqu’au prolétariat, le souci exclusif du style et des « formes » (80) ont mené le pays à sa perte, à l’épuisement des conquêtes des siècles classiques qui aurait donné naissance à une coquille vide, tout comme le rationalisme enthousiaste à l’œuvre dans la mise en place des « idéaux de 1789 » se serait délité en « mythologie rationaliste », en « rencontre de Descartes et de l’homme de la rue », en vulgaire « vieillerie » (37). Comprenons-le bien : ce sont les qualités mêmes de la France, inactuelles, qui provoquent son agonie : seule pour Cioran, parce que s’y loge le prolétariat destiné à imiter l’exemple révolutionnaire russe, et c’est là presque le coup d’œil d’un sociologue, la banlieue échappe à ce funèbre constat (73).

  • 16  DF, 41 (Cioran parle de « peuples d’aubes futures »), 88.

17Le Français ? Un homme moyen par excellence, et même un excellent homme moyen quand l’Allemagne en fournit de pitoyables. L’homme de la rue, nous retrouvons ici l’héritage des xviie et xviiie siècles, y est remarquable par sa politesse (DF, 32). En France, pas de « génie » mais pas d’ « imbéciles » en grand nombre non plus, comme c’est le cas outre-Rhin (33). Le Français s’oppose aux Germains et aux Slaves, peuples neufs, pleins de vitalité16, négligés par l’Histoire et qui entrent désormais en scène, avec un paradoxal avantage pour les Slaves et non pour les Allemands qui viennent pourtant de terrasser la France. Et si Cioran fait du Français un être de la limitation, limitation qu’il retrouve dans la catholicité, l’avarice et l’intelligence (26), c’est peut-être pour l’opposer tacitement au Russe (selon Dostoïevski), être sans borne aucune. Cioran insiste sur le leadership révolutionnaire de la Russie, mais aussi sur un point qui la rapproche de la France, à savoir son amour pour la parole – et donc pour le roman (33). Mais un face-à-face entre deux auteurs jugés représentatifs de leurs nations permet de faire sentir ce qui attend celles-ci : Dostoïevski prophétise ; Baudelaire émet une « désolation privée d’avenir ». La Russie a « trop d’âme » ; « La France trop peu ». La Russie peut donc la regarder « de haut » (84-86).

18Apparaît dans cet article un thème qui n’avait jamais été abordé en Roumanie, celui de l’estomac français, venant étayer la décadence de l’ancienne grande nation désormais incapable d’enthousiasme sauf pour cette partie de son corps. « Ce qui est révélateur, ce n’est pas le fait de manger, mais de méditer, de spéculer, de s’entretenir pendant des heures à ce sujet. » (DF, 61) La perte de ses valeurs fait en sorte que les « sens deviennent religion » comme du temps de la décadence romaine : le ventre a été « tombeau de l’Empire romain (Gabius Apicius) » (60). Dans un raccourci lapidaire dont il a le secret, Cioran parle du passage de « la France des croisades » à la « France de la cuisine et du bistrot » (53). L’âge héroïque n’est plus et les mots se mettent au service de l’argent et du plaisir, héritage des idéaux révolutionnaires qui ont fait la grandeur de la France (46).

  • 17  « Au fond, il n’y a pas de philosophie française. » (DF, 29)

19Cioran retrouve la décadence française dans les arts. Le revers de l’intelligence et le culte du style s’exposent dans le manque de « force » de la France. La Rochefoucauld lui-même a privilégié la « forme » au « souffle ». Leitmotiv cioranien qui reprend celui du Français ignorant le tragique : Shakespeare, Eschyle, Novalis ou Bach, artistes puissants, seraient inconcevables en France. Et il faut noter dans la même veine une affirmation étrange, semblant résumer le déficit d’extrémisme du Français, sa médiocrité : un « Dante français » n’aurait pu écrire L’Enfer et Le Paradis, mais seulement Le Purgatoire (DF, 16). La France est une nation « apoétique » et pour asseoir cette affirmation Cioran rappelle que deux de ses plus éminents poètes sont des anglicistes (Baudelaire et Mallarmé, [85]) ! Elle est sensible aux influences et si elle se montre encore rétive au voyage, elle succombe au « charme équivoque des carrefours » (77) et manque d’originalité. D’ailleurs, c’est cette même absence de fond qui rend en France la philosophie impossible17. Et l’absence de folie et d’enthousiasme fait de Saint François de Sales l’archétype du saint français, à opposer à la très poétique Sainte Thérèse d’Avila, femme d’ « exclamation » (87, 70).

20La gloire de la France s’est donc réduite comme peau de chagrin dans cet écrit que Cioran semble avoir écrit pour le tiroir, mais se produit un renversement de valeurs à peine esquissé avec les deux articles publiés en Roumanie : c’est désormais par sa déchéance et son impuissance que la France mérite attention. Et cette attention ne concerne pas tant les Roumains que lui-même et ce n’est pas un hasard si c’est le destin de Cioran qui clôt cet écrit. Cioran et la France se reflètent l’un l’autre. La vertu stérilisatrice de la « fin » française bloque l’auteur dans son « errance vers autre chose ».

Cahiers

  • 18  Cioran, Cahiers, Paris, Gallimard, NRF, 1997, p. 949. Abrégé C.

21Avec Cahiers, Cioran change de registre. Notons qu’a priori cette œuvre n’était pas destinée à une publication directe, même si l’auteur confie que de ces trente-deux cahiers pourrait naître une œuvre18. Il semblerait que Cioran y fasse des gammes : le lecteur retrouve certaines tournures dans ses œuvres majeures. Ils servent aussi de journal intime (comme le suggère l’évocation de celui d’Ion Vlasiu [C, 860]) : certaines anecdotes et réflexions sont localisées et datées. Certaines n’intéresseront que les érudits qui noteront que tel jour Cioran s’est promené dans telle forêt ou affecte de croire que c’est leur réconciliation qui a donné le coup fatal à son ennemi par excellence, Lucien Goldman. Ces écrits nous révèlent non toute l’intimité de Cioran, mais du moins ses liens avec une autre France, une arrière-France, qui n’est plus la seule France de la psychologie des nations et de la philosophie de l’histoire (qui persiste et dont Cioran va juste renverser les valeurs), mais une France faite de rencontres, une France insignifiante, mais qui a sans aucun doute charmé le Roumain en le réconciliant avec ses origines, c’est-à-dire avec Răşinari.

Quelle France et quel Paris ?

22Dans tous ses écrits antérieurs, la France se réduit à Paris, à quelques exceptions près. Cahiers rééquilibre les choses. Paris, certes très présent, laisse percer un arrière-pays, une Île de France au charme campagnard et forestier de laquelle l’exilé succombe. Ici ou là quelques échappées plus lointaines correspondent à des déplacements réels : Saint-Emilion, Beaune, la vallée du Célé, la Sologne, la Beauce. Dieppe, autre échappatoire à l’enfer parisien, où Cioran s’est procuré une mansarde, permet des séjours normands. La Bretagne (C, 128) et le Jura (« merveilleux » [219, 969, 997]), voire la Méditerranée dessinent des paysages de rêve mais une France qui disparaît, victime du progrès et de la modernisation (419, 498).

  • 19  « une des rivières les plus poétiques des environs de Paris » (C, 314).

23Que retient-il de cette France que le lieu commun déclare profonde (contre un Paris superficiel) ? Très souvent l’homme en est absent. L’un des paysages préférés de Cioran est offert par un cours d’eau dont il suit les berges : Creuse, Célé, Ourcq, Loue, Epte, Sauldre, l’Essonne19. Un leitmotiv parcourt ces notes, celui du rêve qui le verrait errer, cassant des noix, qui le ferait enfant ou clochard, aux marges, donc, de la société. Dans les villages, l’église retient son attention. Non plus les cathédrales dont Transfiguration de la Roumanie était jaloux, mais les petites églises de campagne (C, 609). Il va ainsi admirer l’église de Gaillardon, entre Rambouillet et Chartres, à la suite de Nicolae Iorga ou la chapelle de Milly datant du xiie siècle (749, 879). Bien sûr les cimetières l’attirent toujours et apparaissent dignes de mémoire grâce à leur localisation précise : il est question du tombeau d’un suicidé dans le Lot et Garonne, d’un cimetière en Corrèze, d’un autre à Choiseul, de celui de Rochefort en Yvelines, « admirable », de Nanteau où il rencontre une femme enceinte, ou des cimetières normands qui, eux, renvoient explicitement à Răşinari (240, 520, 685, 868, 824).

  • 20  Cet « enjouement si français » dont parle Paulhan (C, 270), cette « fausse gaieté de P (...)
  • 21  C, 434, 862. Les Parisiens n’hésitent pas à parler de tout, y compris de l (...)
  • 22  C, 23. Chien et chats y sont les « collabos de la zoologie » (873).

24Quant à Paris, le tableau est bien noir : ville de solitude totale (C, 434, 862) où règne une joie superficielle20, où les « fâcheux » et les faux savants abondent vous empêchant de voir les « gens intéressants21 ». L’homme y devient insecte alors que les animaux s’y humanisent22. La vie n’y est vivable que durant les congés d’été. Topos néo-romantique rendu supportable voire stimulant par la ciselure et la concision du style.

  • 23  Sans aucune prétention à l’exhaustivité nous trouvons les rues Rataud, Racine, Lhomond (...)

25C’est essentiellement dans le Quartier Latin que l’auteur localise diverses anecdotes, comme si telle scène ou telle méditation étaient intimement liées au lieu de son émergence23. Leur localisation aide à placer dans cette catégorie du Vrai : ainsi « la vieille putain aux cheveux blancs » de la rue du Sommerard qui qualifie Dieu de « pouilleux d’en haut » ou le Roumain paranoïaque de l’hôtel Racine (C, 242, 678). Il y a en Cioran un arpenteur et un inventeur de scènes. Ce serait en marchant dans Paris qu’il pense, réfléchissant la comédie du réel, quand il se vide l’esprit en marchant hors les murs.

26Notons tout de suite qu’il n’y a pas de Paris politique : juste quelques notations entre autres au sujet de l’occupation de l’Odéon en 1968 montrent un spectateur sans indulgence (C, 572-576). Devant le boulevard Saint-Michel à la rentrée il vitupère : « ces filles pratiquement nues, ces garçons aux cheveux longs, quelle sinistre dégueulasserie ! Tout cela craquera, inexorablement ! » (C, 748) 1968, comme tout, est appréhendé à partir des rencontres du moraliste dans sa vie de tous les jours.

27La ville, déplore-t-il, au rebours de bien des étrangers pour qui le Paris mythique naît avec l’urbaniste, a été défigurée par Haussmann (C, 205). Comme s’il regrettait le Paris né du Moyen-âge et conspuait la modernité qu’il incarne. En entendant des cloches sonner, Cioran est saisi par un étrange sentiment : elles fonctionnent, de manière baudelairienne, comme un rappel du passé qui « se lamente », ce passé glorieux que la France oublie et envoient « un avertissement au présent et une sommation à l’avenir ». C’est que « la France “arriérée” d’avant-guerre est sur le point de disparaître » : elle se modernise « aux dépens de son génie » (410, 419).

28Certes Paris, là encore, est un « cimetière » (C, 255). Mais, l’écriture de Cahiers quitte ce type de stéréotypes de la période roumaine pour entrer dans une littérature qui se plaît à faire resurgir des lieux réels par la seule nomination. Le plus emblématique est le jardin du Luxembourg, plus d’une vingtaine d’occurrences, proche du domicile de l’auteur, et lieu de rencontres autant avec des personnes physiques (Beckett [C, 612 881], Adamov, Gabriel Marcel) qu’avec des vérités plus ou moins théâtralisées. Souvent mentionné dans une atmosphère automnale, il souligne l’ennui, la mélancolie ou le nihilisme du Roumain. Nul doute, même si Cioran ne l’écrit pas, que ce jardin à la française, modèle suranné, l’attire : la nature en quelque sorte s’est pliée à Paris et à l’esprit de la (vieille) France. Il y marche sur les pas d’un Gide ou d’un Valéry (898). Il est bien plus que la mansarde si proche, mentionnée comme lieu de rencontres et d’interviews plus ou moins ennuyeux, le lieu de l’auto-analyse et de l’approche de terribles vérités.

29Mais il est d’autres lieux : à l’extrémité du Quartier latin, le Jardin des plantes apparaît à plusieurs reprises. Qu’il s’agisse des reptiles, des fauves (C, 911), d’un flamant rose ou d’une otarie (jugée aboulique) la présence animale permet à l’auteur de réfléchir sur l’humanité ou sur lui-même. Rue de l’Observatoire la châtaigne joue le même rôle de miroir pour le sujet (748). Moins surprenantes que le Jardin des plantes, les diverses bibliothèques que fréquente le Roumain, celles de la Sorbonne, de Sainte-Geneviève ou de l’Institut catholique. S’il ne s’intéresse guère aux musées, il note régulièrement les lieux des concerts et de théâtre (salle Pleyel, salle Gaveau, Odéon, Saint-Séverin), mais aussi les églises où il assiste à des services funéraires comme à Saint-Sulpice). Dans la vie d’un intellectuel rien d’étonnant à ce qu’il fréquente le Collège de France où il écoute avec admiration Raymond Aron à la fin de 1970 (885) ou la Closerie des Lilas où il échange avec Beckett. Enfin la Seine est évoquée avec le suicide de Celan (806).

  • 24  « La Vie claire » (C, 397, 767, 899).
  • 25  Les commerçants sont des « monstres » (C, 524), telle femme sent mauvais ( (...)

30Dans cet inventaire des réalités parisiennes, Cioran répétant ses promenades en les couchant sur le papier, où la nature et la musique occupent une grande place, on notera les magasins (et particulièrement les grands magasins), lieu d’énervement devant des Français à l’impolitesse caractérisée, démentant ainsi son De la France si élogieux pour la politesse du Français moyen encore fantasmé, sans que Cioran n’en tire de conclusions à propos de sa lapidaire psychologie nationale. Même dans son magasin de régime24, le Roumain s’énerve régulièrement, note avec satisfaction qu’il est parvenu à se maîtriser ou au contraire regrette d’avoir laissé éclater une colère qui ne lui aura apporté aucune satisfaction contre des vendeurs impertinents ou indifférents. On est loin du bonheur de l’humanité : dans le magasin parisien (BHV, La Samaritaine ou le Bon Marché sont explicitement nommés et désignent donc des lieux précis qui créent une atmosphère parisienne) se manifestent, contre les livres dont ceux de Cioran lui-même, l’asociabilité profonde ou l’insupportable arrogance du Français, que Cioran sent comme déplaisant si ce n’est agressif25. Même chose pour le métro et les gares, lieux de dissolution de l’humanité dans la foule : la misanthropie – et la misogynie – de Cioran s’y développent avec régularité : « Beaucoup de filles. D’où sont-elles sorties ? Pourquoi les avoir mises au monde ? Toute cette chair sans nécessité, tout cet étalage de néant humain me remplit de dégoût. » (C, 117) Cette notation prise parmi d’autres commence par « Entre Enghien et Paris, et puis entre la gare du Nord et Odéon » comme pour bien marquer que la réflexion (peu philosophique) jaillit non de l’a priori mais de l’existence, de l’expérience vécue. Il est intéressant de noter que ces expériences ont toutes lieu dans les transports en commun (l’autobus n’est jamais mentionné) et dans les grands magasins, alors qu’il n’y a qu’une occurrence où le Luxembourg est envahi par la « tourbe » de retour de vacances (357). Non que je souhaite faire une lecture psychologique d’un Cioran presque claustrophobe et paranoïaque, mais il dessine un Paris où il se projette non sans qu’il reste des traces de certaines de ses lectures (je pense au Londres dostoïevskien, au Paris de Rilke, voire de Baudelaire, et à Schopenhauer).

31Alors qu’un certain P.S. lui dit qu’existe une relation entre « l’atmosphère de Paris » et sa « manière de voir les choses », Cioran acquiesce. Il se sent « quand même enraciné dans Paris » : « C’est ma ville. Ce qui nous est commun, c’est un certain cafard. Un cafard, disons, métaphysique s’est greffé sur le cafard parisien. » (C, 914) Reste à savoir si ce n’est pas Cioran qui cafardise Paris. Reste à savoir aussi si le vrai Cioran n’est pas dans une tension voire un écartèlement entre un Paris cafardeux et une Nature lumineuse. Ce rêve d’une datcha l’explicite : « Mon rêve : avoir une “propriété”, à une centaine de km de Paris, où je pourrais travailler de mes mains pendant 2 ou 3 h tous les jours. » (851) Pas question de quitter ce Paris consubstantiel… tout en s’arrachant à lui.

La France éternelle et les Français

  • 26  C’est un paradoxe que la Trappe soit « née en France », dans cette France qui aime tan (...)
  • 27  Cioran rappelle les mots de Mme de Staël (C, 192), de Voltaire (320) ou de (...)

32Le Français ne change pas. Il s’accorde toujours une « place privilégiée : il se met au centre de l’histoire » (C, 502), y compris lorsqu’il parle, son activité principale26. Et la France demeure « la nation la plus douée d’Europe » (144). Pourtant elle est devenue une « nation provinciale » (779), ce qu’était la Roumanie du temps de Transfiguration de la Roumanie. Cioran ne renonce pas à son axiome de départ : le Français est léger et volage27 et cultive parfois le paradoxe de ne pas aimer la France (217). Il approuve le jugement de Heine sur la « versatilité » des Français, et note qu’ils sont tentés (mais pas autant que Russes, Italiens et Espagnols) par l’anarchie (135, 909). Cette légèreté repose sur une incapacité à philosopher puisque « le Français n’aime pas les idées » même s’il « se chamaille pour ces idées » (893). Mais cette légèreté se lit d’abord dans son culte, on le sait, de la forme. L’image de « Napoléon feuillet<ant> de temps en temps une grammaire à Sainte-Hélène » résume l’esprit français (93). On y reviendra.

33Comme avant-guerre, le Français n’aime pas les idées mais il est intelligent ; il est avant tout intelligent. Pourtant son intelligence s’est dégradée (muée en « insolence » [51], en « impertinence » [930]) ne serait-ce que parce qu’il accorde trop d’importance au langage. Tous ses défauts viennent de là (458, 278). « Dire des astuces » est le défaut national qui empêche « tout débat » (246) et « l’esprit » se fait cabotin. Ainsi le Français, semblable au Grec ancien, pense-t-il « pour autrui », caractéristique absente des « races solides » (266). Il est enfin « méchant » et Cioran n’hésite pas à rappeler les guerres de religion vers lesquelles dériverait tout débat idéologique (893). Ainsi la France est-elle « le pays des clans, des coteries, des sectes, et des révolutions et des guerres civiles, donc des dictatures » (918). On remarquera la contradiction : le Français est à la fois incapable de penser jusqu’au bout et prêt à tout pour défendre ses idées. Importe la rage de démolition et non sa cohérence.

34Dernière caractéristique notable de l’essence française, à laquelle est sensible l’exilé qui a du mal à joindre les deux bouts et qui bien sûr permet encore une fois de démolir avec brio : « dès qu’on touche un fixe, on devient français. » (C, 660)

35Enfin, Français et Roumains sont rapprochés. Ceux qui étaient exhibés dans Transfiguration de la Roumanie comme modèles à suivre, voici qu’ils « ont des défauts voisins » (C, 317) de ceux des Roumains. Et tel Roumain, Mihail Sebastian, est un Roumain on ne peut plus français. Dit autrement, les polarités de jadis se troublent.

  • 28  On la retrouve avec des schémas qui prolongent les théories néo-spengleriennes de Tran (...)

36Cahiers délaisse la philosophie de l’Histoire, même si dans les derniers fascicules, ceux qui couvrent le début des années 1970, il y revient plus souvent28. Napoléon, ainsi, disparaît presque. Une seule image, en 1968, montre que Cioran devant la chienlit n’a pas totalement perdu son enthousiasme héroïque, celle de l’Empereur s’avançant seul après le franchissement du Niémen. Mais en janvier 1971, le voici démoli en simple « modèle d’agitation vaine » (C, 625, 895). De même, beaucoup moins de duels, ce tic stylistique qui structure les œuvres de Cioran et particulièrement Transfiguration de la Roumanie, même si, ici ou là, Cioran cède à la tentation de continuer à penser la France et l’Allemagne comme pôles opposés (comme à propos de l’obséquiosité, défaut inconnu des Français ou de cette chance inconnue des Allemands d’avoir une littérature commençant par un esprit sceptique, à savoir Montaigne). Comme chez les moralistes français s’opère principalement, et la nature de l’œuvre n’y est pas pour rien, une focalisation sur le quotidien où l’essence française, qui ne va pas sans poser problème pour l’esprit moderne, se manifesterait.

37Pourtant, les catégories sur lesquelles cette saisie de l’Histoire s’établissait sont toujours opérantes. La France subit un déclin : la France à la fois ne change pas et n’est plus ce qu’elle était. Elle tend à une caricature d’elle-même. Il prédit au français le sort du latin (C, 913). Surtout, le peuple français « est en train de perdre son âme » et ne serait plus capable de bâtir une nouvelle Notre-Dame (965). La mort est omniprésente, à tel point que cette litanie de vanités où pointe toujours le cadavre sous le vivant peut produire chez le lecteur une réaction de lassitude et de rejet : je ne citerais que l’épisode de Mortefontaine (Oise) où, sans nulle mention du château, l’auteur passe devant une scierie et immédiatement, devant l’odeur du bois coupé, pense au cercueil (901).

Une focalisation plus resserrée sur la littérature et le langage, où gît l’essence même de la France

38Où nous retrouvons le rôle de l’intelligence de laquelle Cioran nous donne le nom de trois fanatiques : Maurras, Benda, Guénon (C, 333). Mais là encore la littérature française contemporaine est gâchée par un mauvais usage de cette intelligence qui aime cabotiner. Dans les années 1960-1970, la littérature française serait dominée par deux figures tutélaire, Mallarmé et Lénine : « une figure super raffinée et stérile et un Tartare visionnaire et érudit. » Sa « teneur en réel […] diminue à vue d’œil », la faute à la déchéance du peuple français (834, 838). Soumise à la décadence, elle ressemble à de « mauvaises traductions de textes embrouillés ». Et il faut préciser, suprême déshonneur, de textes allemands (427). Quant à une figure montante de la critique, Roland Barthes, parlant de Fourier, c’est un « imbécile » et un « pauvre type » (920).

39De fait, la littérature française, et non seulement Hugo (C, 191), n’intéresse pas Cioran. Il en veut à Valéry de l’avoir initié à une vision de la littérature qu’il juge finalement étrangère à sa nature profonde, de lui avoir inculqué « l’idolâtrie du langage (et des retouches) » (825). On en revient toujours à ce culte de la forme et du style, qui coupe l’artiste de l’essentiel. Pascal, Baudelaire sont les « seuls Français passionnés vraiment » de sorte qu’il n’a « d’affinité profonde qu’avec la <littérature>russe » (96). Mais en 1971, voici que Baudelaire date : son vrai chef d’œuvre serait sa correspondance (935). La littérature française n’est qu’une « suite d’exercices » dont on notera les exceptions : Adolphe, Le Temps retrouvé, et, donc « Pascal et Baudelaire » (103). C’est pourquoi il n’y a pas de poètes français, juste des « techniciens du vers », « des lettrés ». Deux noms pourtant surgissent, jusqu’ici non cités, Villon et Rimbaud (182). Quant à Cocteau, il profane l’église de Milly où il est enterré, église qui renvoie aux temps mythiques des croisades et de la peste (879). Plus loin, il déclarera que le Français « est l’être le moins poétique qu’on puisse imaginer », incapable entre autres de « nostalgie » (676). Même Celan suit ce fâcheux exemple français d’ « acrobatie verbale » et d’ « appesantissement sur les mots » (880). Ailleurs, célébrant la Bretagne qu’il a connue avant-guerre, il se montrera un peu moins péremptoire sur la poésie française : « Il y a une poésie française, mais il n’y a rien de poétique dans la vie française (à l’exception de la Bretagne d’avant le tourisme). » (128)

40Ses favoris sont bien sûr à chercher dans le passé, ces moralistes, plus ou moins amers, dont il salue encore une fois la profondeur. Il n’hésite pas à placer Proust dans cette « lignée », même s’il « frôle l’illisible » (« c’est comme si Saint-Simon avait subi l’influence des Précieuses »). Et lui-même, « élève de Job et de Chamfort » fait de la « concision » et de « la chasse à l’imposture » ses principes poétiques. Cette clarté du moraliste d’antan, Cioran l’oppose au jargon de la littérature mais aussi de la philosophie contemporaines, trop dépendantes du jeu de mots (C, 113, 117, 951, 872, 895).

41Regardons dans quel contexte Cioran utilise l’adjectif « vieille France » qui qualifie l’attitude de Gabriel Marcel écrivant à son ex-servante pour la remercier d’une vie passée à son service, estimant que les remerciements oraux ne suffisent pas (C, 817). Quand bien même Cioran s’attaque à ce culte de l’écrit et du mot, il n’en reste pas moins admiratif d’un monde pour lequel importe la forme. Mais Gabriel Marcel est une exception. Certes la France est un « peuple de grammairiens » où l’empereur déchu consulte une grammaire afin de bien écrire ses Mémoires et où l’ouvrier connaît la « peur de faire des fautes de français » (573). Mais les défauts du français apparaissent de plus en plus : c’est une « langue juridique » (857, 986), une langue creuse, didactique qu’il oppose au roumain dont la plasticité ne peut se traduire en français (377, 986). Un français « émasculé » (par Racine et l’Académie), une « langue qui ne supporte pas la candeur », « marqué[e] par la corruption subtile, par l’abstraction perverse du xviiie » (491). Là encore les choses sont renversées et les caractéristiques du français sont vues sous un autre jour, plus sombre.

42C’est dans la langue, comme dans la littérature, que peut se lire de façon manifeste la décadence française, puisqu’histoire et politique n’intéressent plus autant Cioran dans ce journal. Elle est « outrageusement désacralisée » et « le relâchement général » se retrouve dans la syntaxe, si bien que sa clarté, qualité ou défaut, n’apparaît même plus : à cause de la « permissive society » triomphent « l’ambiguïté » et « l’à peu près » alors que la science de la nuance disparaît (C, 831, 845, 856). Le français « langue provinciale » s’ensauvage. Reste à savoir s’il n’est pas « trop tard » (427). Enfin, Cioran note déjà que le langage permet à la France de voiler la vérité et d’amoindrir les défaites : « le génie politique de la France est un génie verbal, c’est le génie de l’euphémisme. » (785)

Une autre France : du Luxembourg à l’Île de France

43Reste qu’une scène, à mi-parcours, retient notre attention : celle du bistrot près de Dourdan (C, 458). Là se trouvent rassemblées deux Frances contraires, celle du l’hubris du langage et cette vieille France, faite de paysages éternels et d’antiques églises (Bouthinvilliers, Saint Sulpice de Favières, Gaillardon…). On y retrouve un lieu commun peu flatteur de la pensée européenne : comme la France serait agréable… débarrassée des Français.

Quatre jours splendides. Nohant – la vallée de la Creuse – la Sologne.
En quatre jours presque cent kilomètres à pied. Sentiment de vie vraie, de réalité, de quelque chose qui n’existe plus.
On ne peut plus voyager qu’en hiver, saison où l’on rencontre le moins la face hideuse du tourisme. Villages déserts, routes vides, quel bonheur ! (C, 911)

44Citation choisie au hasard, mais emblématique d’une soixantaine d’occurrences fonctionnant toujours selon le même schéma. D’abord quelques lieux privilégiés, Cioran rayonnant tout autour de Paris : à l’Ouest, Versailles et Rambouillet ; au Nord-Est de Paris : l’Aisne avec La Ferté-Milon, Mareuil sur Ourcq ; au Nord le Val d’oise et l’Oise, et, de toute évidence la zone privilégiée par Cioran (y a-t-il des connaissances ?) au Sud, du côté d’Étampes, Dourdan, Étrechy ou Saint-Chéron (Essonne), avec la Beauce (il remarque la fascination d’un natif des Carpates pour cette région) et, un peu plus au Sud, la Sologne. Puis souvent la mention d’une activité plus ou moins longue : de quelques heures à quelques jours de marche.

  • 29  La trop verte Normandie ne l’enchante pas (C, 225, 821).
  • 30  La Sologne (C, 265), mais aussi la Beauce (919, 769, 951). N’oublions pas que la s (...)

45Ces nombreux passages fonctionnent comme une théorie d’épiphanies, paysages hivernaux ou automnaux29 : le style s’y fait plus simple, minimaliste, soucieux de nommer avec précision y compris les petits villages, puis qualifie très rapidement ce qu’il a vu. Le paysage est splendide, magnifique, merveilleux, féerique, fantastique, poétique, ce qui peut étonner de la part d’un auteur qui fuit « la saturation poétique30 ». La présence du brouillard ou de la neige est relevée. Il le dira dans les dernières pages des Cahiers : le brouillard est « la plus belle réussite à la surface de la terre » (C, 970)… Il est l’une des causes, facile à saisir, elle, de cette impression d’irréalité, de surnaturalité, d’enchantement ou de rêve qui atteint le promeneur et parfois le mène à l’extase. De fait le seul brouillard suffit à faire sourdre « le bonheur, presque la félicité » (778). Tous ces lieux font apparaître dans les Cahiers des moments qui tranchent sur le reste de l’œuvre, un Cioran moins connu, sous le charme de cette arrière-France, où la vie reste poétique. Le cafard y est totalement exceptionnel, en raison de la marche (généralement « six heures par jour ») : même en Beauce, où Cioran s’aperçoit que c’est lui qui l’a apporté sur ces terres plates pourtant si propices à la mélancolie (275, 537). Lieu donc où l’émerveillement remplace la pensée (298). Là, il est heureux, sans doute parce que purgé de cette intelligence superficielle – et contagieuse.

  • 31  Il assure ne pas être un « citadin » (C, 156).
  • 32  On notera d’ailleurs que c’est le cas lorsqu’il regagne des lieux de sociabilité c (...)
  • 33  C, 522. Saint Sulpice des Favières est situé entre Saint-Chéron et Etréchy : il se (...)

46Il s’agit bien de fuir Paris31 et de retrouver une authenticité qu’il relie parfois explicitement à son enfance (C, 332). Si quelques rencontres hors Paris sont prétextes à des saillies métaphysiques et à des démolitions32, ces espaces s’opposent à Paris en restant vierges de toute manipulation du moraliste. Quelques images, juste, d’animaux à mettre en parallèle avec ceux du jardin des Plantes, mais, là encore, l’animal ne renvoie plus obligatoirement à l’homme et à la pensée de sa condition. Ainsi la perdrix blessée de Saint Sulpice des Favières, qui lui fait de la peine33. Ou alors la leçon tirée de ce qu’il voit est sous-entendue et ce serait souvent la petitesse de l’homme plongé dans la Nature, comme la mention près d’Épernon de « ce marronnier jaune, frappé par l’automne », sans plus de commentaires (525). Devant la « beauté extraordinaire » du val d’Essonne, Cioran d’ailleurs explicite cette attitude toute de réserve : « Analysez ces paysages : rien n’en reste. Pour les goûter, il faut se laisser aller à la sensation, et s’épuiser dans la perception. » (868) Cioran goûte et essaie, autant que le mot le permet, de nous transmettre ce goût de la manière la moins médiatisée par l’écriture qui soit.

  • 34  Ainsi le boulevard Saint-Germain, « l’immonde », indigne du ciel bleu et des feuil (...)

47Parfois ces moments de plénitude se retrouvent à Paris, pour former cette figure oxymorique si chère au style cioranien34, au Luxembourg mais aussi dans d’autres endroits où se manifestent malgré tout la pureté du ciel, la luminosité de la nature ou la beauté de l’automne. La neige enterre la ville, c’est-à-dire la ramène à la nature, fût-ce de manière superficielle et ramène donc à Răşinari. Le petit square de la place des Vosges n’est sans doute pas pour rien, même si cela n’est pas dit, dans le fait que celle-ci « réhabilite Paris » ou plutôt « console » Cioran de celui-ci (C, 438). Ce dernier reste un héritier du romantisme allemand et du plus allemand des romantiques français, Gérard de Nerval, lui aussi réinventeur de l’Île de France, et se nourrit d’un rapport direct à la Nature. Pensons à son reproche fait à la littérature française : n’augmente-t-il pas, ce ainsi, sa « teneur en réel », ne lutte-t-il pas contre sa décadence ?

 

  • 35  C, 452. Plusieurs années auparavant, il disait qu’Allemands et Danois avaient « l’ (...)

48Une des phrases les plus étonnantes des Cahiers : Cioran confie avoir « les rapports les plus étranges » avec la France. Le problème est que le Français n’est pas « con ». Or, dit-il « pour que j’aime un pays, il faut qu’il soit, par certains côtés, con35 ». Le Français appréciera. Impossible d’expliquer définitivement pourquoi Cioran est resté en France. Si on comprend aisément pourquoi il n’est pas rentré en Roumanie, il aurait pu trouver asile dans un pays tiers. Il est intéressant de le voir se sentir sujet austro-hongrois lorsqu’il se rend en Autriche, alors qu’il ne se sent jamais « at home » en France (C, 101, 102). Et pourtant il est resté dans le même quartier durant des décennies (1938-1996). Il entretient de toute évidence avec la France un rapport intime, fait de fusion (ainsi le modèle moraliste) et d’exaspération. Où l’on retrouve peut-être le mieux cette contradiction intime : se déclarant « irritable » et « vaniteux » comme les Parisiens, il avoue prendre la mouche aussi rapidement que les Français, ce qui explique qu’il ne s’entende pas avec eux (140, 874). N’oublions pas qu’il hérite des moralistes (français), cette vision d’une littérature comme machine à démolitions. Mais ce rapport intime qu’il tisse avec la France, nourri de France(s) diverses, malgré la permanence d’un penchant à une abstraction à la fois simplificatrice et polarisante, a fait éclater les références livresques et cette énergie dé-statufiante. L’arrière-France l’a sans doute emporté, du moins dans cette arrière-littérature que sont les Cahiers.

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Notes

1 Cet article a été écrit dans le cadre du projet TRANSINTELL financé par l’AUF.

2  Cioran, Transformation de la Roumanie, traduction d’A. Paruit, Paris, L’Herne, 2009, p. 190. Abrégé TR pour les références. Voir aussi ma thèse de doctorat, non publiée, qui présente les différentes éditions de cet ouvrage (De La Transfiguration de la Roumanie pouvant ajouter à la compréhension d'une écriture autobiographique. Essai préliminaire à une poétique comparée des œuvres roumaines et françaises d’Émile Cioran, INALCO, 1996).

3  Id.

4  TR, 88 ; « Pour chaque Français, la France est le monde. » (TR, 131)

5  « Le Français est français comme la pierre est pierre ; il est français sans le savoir. » (TR, 151)

6  Il s’agit d’une des caractéristiques majeures de la pensée et de la poétique cioraniennes qui aiment à opposer deux pôles (cf. note n°1).

7  15 janvier 1938, publié dans Cuvîntul, 21 janvier 1938. In E. Cioran, Singurătate şi destin, Bucureşti, Humanitas, 1991, p. 319-322. Abrégé SD.

8  « Maestrul meu în dezgustul de umanitate [Mon maître en dégoût de l’humanité]. » (SD, 320)

9  « Aici eşti în mod plăcut nefericit [ici on est agréablement malheureux]. » (SD, 320)

10  « Parcă şi buzele unui măcelar îngină un vers de Baudelaire. » (SD, 320)

11  « Nous identifions l’exil avec être à la maison. » (SD, 320)

12  « Parisul provincial », paru dans Vremea le 8 décembre 1940 (SD, 326-329).

13 Alexandra Laignel-Lavastine, Cioran, Eliade, Ionesco, L’oubli du fascisme, Paris, PUF, Perspectives critiques, 2002, p. 331-348.

14  Cioran, De la France, Paris, L’Herne, 2015, p. 74, 82. Abrégé DF.

15  On peut multiplier les exemples : Fragonard, « être superficiel avec style » se révèle « plus difficile que la profondeur » (DF, 35) ; La France comme « pays du phénomène en soi » dont l’exemple type serait donné par Monet (77).

16  DF, 41 (Cioran parle de « peuples d’aubes futures »), 88.

17  « Au fond, il n’y a pas de philosophie française. » (DF, 29)

18  Cioran, Cahiers, Paris, Gallimard, NRF, 1997, p. 949. Abrégé C.

19  « une des rivières les plus poétiques des environs de Paris » (C, 314).

20  Cet « enjouement si français » dont parle Paulhan (C, 270), cette « fausse gaieté de Paris », ce rire « cérébral » et jamais « wholeheartedly (?) » (on remarquera l’usage d’un anglais peu assuré pour cette notion qui n’existerait pas en France (297).

21  C, 434, 862. Les Parisiens n’hésitent pas à parler de tout, y compris de littérature, sans « moindre qualification » (259).

22  C, 23. Chien et chats y sont les « collabos de la zoologie » (873).

23  Sans aucune prétention à l’exhaustivité nous trouvons les rues Rataud, Racine, Lhomond de sa jeunesse, la rue du Sommerard, l’avenue de l’Observatoire, le boulevard Arago, les rues de l’ancienne comédie, Guynemer, Médicis, le boulevard Saint-Michel, la place du Panthéon, la rue Vavin, la Closerie des Lilas, etc…)

24  « La Vie claire » (C, 397, 767, 899).

25  Les commerçants sont des « monstres » (C, 524), telle femme sent mauvais (128), telle autre est « horrible » (425). Cioran ne se réconciliera jamais avec la Société de consommation (628) : deux heures dans un grand magasin lui fait comprendre qu’il n’est pas de ce monde (183).

26  C’est un paradoxe que la Trappe soit « née en France », dans cette France qui aime tant s’écouter parler (C, 575).

27  Cioran rappelle les mots de Mme de Staël (C, 192), de Voltaire (320) ou de Schopenhauer (« la nation la plus légère » [337]).

28  On la retrouve avec des schémas qui prolongent les théories néo-spengleriennes de Transfiguration de la Roumanie (C, 897, 913).

29  La trop verte Normandie ne l’enchante pas (C, 225, 821).

30  La Sologne (C, 265), mais aussi la Beauce (919, 769, 951). N’oublions pas que la saturation poétique est le mauvais côté de Proust.

31  Il assure ne pas être un « citadin » (C, 156).

32  On notera d’ailleurs que c’est le cas lorsqu’il regagne des lieux de sociabilité comme le bistrot de Dourdan (C, 458).

33  C, 522. Saint Sulpice des Favières est situé entre Saint-Chéron et Etréchy : il serait éclairant de l’opposer à Saint-Sulpice du Quartier latin.

34  Ainsi le boulevard Saint-Germain, « l’immonde », indigne du ciel bleu et des feuilles d’automne (C, 111).

35  C, 452. Plusieurs années auparavant, il disait qu’Allemands et Danois avaient « l’air con » (C, 140).

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Pour citer cet article

Référence papier

Pierre-Yves Boissau, « Les France d’Emil Cioran »Littératures, 85 | 2021, 115-134.

Référence électronique

Pierre-Yves Boissau, « Les France d’Emil Cioran »Littératures [En ligne], 85 | 2021, mis en ligne le 08 février 2024, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/litteratures/3409 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/litteratures.3409

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Auteur

Pierre-Yves Boissau

Pierre-Yves Boissau est professeur de Littérature générale et comparée à l’Université fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées. Il a consacré un certain nombre d’articles à Cioran et sa thèse (1996) suivait déjà les efforts de l’écrivain français pour faire oublier (y compris à lui-même) le polémiste roumain qui avait sympathisé avec les révolutions de quelques bords qu’elles soient. Ses recherches actuelles portent sur les liens entre littérature et révolution, sur le cinéma « noir » et sur la littérature haïtienne.

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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