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De l'Allemagne à la Belgique
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Science des races et entremêlement des passés nationaux-socialistes et coloniaux

Kerstin Stubenvoll
p. 103-116

Résumés

En prenant l’exemple du Kaiser-Wilhelm-Institut d’anthropologie, d’hérédité humaine et d’eugénique (KWI-A), cet article montre l’importance des continuités dans la pensée raciale européenne de la première moitié du XXe siècle qui relient les représentations des « autres » dans les contextes coloniaux à celles dans les contextes nationaux-socialistes.

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Texte intégral

  • 1 Institut d’anthropologie, d’hérédité humaine et d’eugénisme (1927-1945).

1En 2014, un grand nombre de fragments d’os ont été découverts lors des travaux de rénovation d’un magasin de livres de l’Université Libre de Berlin. La construction de cette tour de livres ayant eu lieu de 1975 à 1977 sur le site de l’ancien « Kaiser-Wilhelm-Institut für Anthropologie, menschliche Erblehre und Eugenik »1 (KWI-A), ces découvertes ont rapidement suscité des soupçons quant à l’origine et aux conditions dans lesquelles les squelettes humains et animaux fragmentés ont été enterrés. Durant l’existence du KWI-A, entre 1927 et 1945, ses médecins et anthropologues n’ont pas seulement utilisé l’expérimentation animale pour élargir leurs connaissances sur l’homme, mais ils se sont également concentrés sur les mécanismes de l’hérédité génétique et leur utilisation à des fins politiques et eugéniques. Le fait que de petites étiquettes d’identification en plastique aient été trouvées sur certains os et qu’il y ait également un moulage en plâtre autour des os humains dans l’une des fosses renvoie également à des pratiques de recherche et de collecte anthropologiques – et donc à l’origine probable des os au KWI-A. En effet, celui-ci a abrité entre 1928 et 1943 une collection de squelettes humains datant de l’époque coloniale allemande et a poursuivi ses propres initiatives de collecte de dépouilles mortelles pendant la période nationale-socialiste.

2Aujourd’hui, ces découvertes suscitent des discussions par rapport aux possibilités d’identification des dépouilles, de sépultures dignes et de leur commémoration. Elles nous confrontent au défi d’éviter de reproduire des catégorisations et des réifications des personnes réduites à l’état de sujet d’expérimentation ou de collection scientifique, contre leur volonté, celle de leurs proches ou de leurs sociétés d’origines. Il se pose la question d’une mémoire des victimes du racisme scientifique européen qui rend compte du fait que celui-ci constitue une source constante d’inégalités et de crimes. Sans pouvoir répondre à lui seul aux questions éthiques qui doivent encore être négociées avec les communautés concernées, le présent article tente de montrer, à l’aide de l’exemple du KWI-A, que des motivations et des dynamiques racistes ont été appliquées à la classification et à l’exploitation violente de personnes qui, aujourd’hui encore, sont souvent considérées comme appartenant à des groupes différents. En nous appuyant sur des résumés de publications sur des transferts scientifiques et des opportunités de recherches entre l’Allemagne nationale-socialiste et la France des années 1930 et 1940, nous proposons de retracer des enchevêtrements dans la production des savoirs racistes. Nous tenterons d’abord de montrer l’importance des espaces d’action pour l’orientation des sciences racistes appliquées à l’aide de l’exemple des examens des prisonniers de guerre. Nous étudierons ensuite la réception de certains travaux du KWI-A en France, pour souligner que des pratiques de classement étaient transférées – comme les expertises de « santé héréditaire » et de filiation qui marginalisaient et parfois assassinaient. Finalement, nous évoquerons quelques implications de ces enchevêtrements pour une mémoire et une pédagogie antiraciste.

Opportunités de recherches transnationales : l’exemple des examens des prisonniers de guerre noirs (« soldats coloniaux »)

3En avril 1931, Wolfgang Abel, médecin, zoologue et peintre, devient collaborateur scientifique (« assistant ») au KWI-A. Il fait des recherches, mais participe aussi aux cours qui sont tenus pour des médecins, des enseignants et d’autres personnes formées par les autorités nationalessocialistes afin de prodiguer une formation idéologique et « d’hygiène raciale ». En outre, il est impliqué dans les expertises établies au KWI-A. Le dossier personnel de Abel au sein de l’université Friedrich Wilhelm à Berlin, où il fut, depuis novembre 1940, professeur « d’anthropologie, d’anthropologie politique et de démographie avec considération particulière de l’étranger », mentionne des conséquences disciplinaires pour son « rôle de leader lors de manifestations d’étudiants contre les Juifs » pendant ses études à Vienne.

  • 2 Rapport annuel 1940/41, Archiv der Max-Planck-Gesellschaft (AMPG), I. Abt., Rep. 3 KWI für Anthropo (...)
  • 3 Ce qui signifie qu’il travaillait sur les empreintes digitales, Rapport annuel 1942/43, AMPG, I. Ab (...)
  • 4 Rapport d’activité 1944, AMPG, I. Abt., Rep. 3, Nr. 22, Bl. 5.

4Le 1er janvier 1941, Abel devient directeur d’un nouveau département du KWI-A pour « l’étude de la race » (Rassenkunde), correspondant à « l’importance de la recherche raciale ». Le rapport annuel de l’institut mentionne pour l’activité de ce département surtout « l’expertise raciale ».2 Abel, membre du NSDAP depuis 1933 et de la SS depuis 1935, est mobilisé dans la Wehrmacht en 1940/41. Il ne reprend son poste au KWI-A qu’en novembre 1942, pour « reprendre ses études de la génétique normale humaine » et pour « contribuer à l’hérédité des traces papillaires déficitaires »3. En 1944, des rapports mentionnent que l’établissement de son nouvel institut universitaire de biologie raciale et son enseignement occupent particulièrement Abel. Et que des expertises pour les membres de la Wehrmacht (« filiation raciale, expertise de paternité, autorisation de mariage ») doivent être fournies par le KWI-A en tant qu’« effort de guerre particulier »4.

  • 5 Abel, Wolfgang, Rassenprobleme im Sudan und seinen Randgebieten, in: Koloniale Völkerkunde. Kolonia (...)
  • 6 Peiter, Anne D., Träume der Gewalt. Studien der Unverhältnismäßigkeit zu Texten, Filmen und Fotogra (...)

5La liste des publications de ce département est courte en comparaison avec les autres départements du KWI-A, mais certains articles, avec quelques photos dans les archives, prouvent que les prisonniers de guerre africains ont été étudiés par Abel. Alors qu’un article d’Abel reproduit et commente plusieurs séries de photographies avec des angles de prise de vue strictement normalisés, dans le but de « typifier » les prisonniers soudanais selon leurs traits physiques, il existe deux photographies qui montrent non seulement les soldats dans des situations plus libres, mais aussi sans doute Abel avec eux. Ce dernier avait reçu les photos anthropométriques dans des camps, en tant qu’« anthropologue conseiller » de l’« Inspection du contrôle du personnel de l’armée (psychologie de l’armée) » – un détachement qui lui avait permis, « à l’occasion d’un examen des prisonniers de guerre », de « visiter […] une série de tels camps en France ».5 Certaines interprétations nous informent sur la manière dont le souci d’identifier des caractéristiques « raciales » a influencé la manière répétitive de prendre et de présenter les photos et la manière dont la réalité de l’apparence des individus – sélectionnés selon d’autres critères et donc « répartis » arbitrairement dans des sociétés ou des groupes africains – a contredit toute affirmation de représentativité du typage effectué6.

  • 7 Les liens d’Abel avec le camp de Sachsenhausen sont documentés. Abel comptait engager certains inte (...)
  • 8 Ibid., p. 152.

6Pour les photographies qui ne constituent pas un matériel anthropologique, le lieu et les sociétés d’origine des soldats sont moins connus. On sait qu’une partie des prisonniers coloniaux détenus en Allemagne, à Luckenwalde, a été transférée en France alors que l’hôpital militaire de Bordeaux venait d’être installé. La localisation de la photographie n’est donc pas certaine7. Une autre piste serait que le KWI-A avait près du camp de Sachsenhausen, à Sommerfeld, une antenne dans un hôpital dirigé par le médecin Karl Diehl qui travaillait sur la transmission héréditaire de la tuberculose8.

  • 9 Abel mentionne son travail sur les Soudanais comme suit : « Je travaillais sur présences des restes (...)
  • 10 Rodenwaldt, Ernst, Ein Tropenarzt erzählt sein Leben, Stuttgart: Enke, 1957,
  • 11 Eckart, Wolfgang U., Generalarzt Ernst Rodenwaldt, in: Ueberschär, Gerd (éd.), Hitlers militärische (...)

7En été 1942, 8.000 (sic) clichés radiophotographiques de soldats coloniaux y ont été examinés. On ne sait pas exactement quel camp allemand a servi pour ces examens et à d’autres examens de soldats coloniaux. Par contre, on sait que Abel examina des lépreux (selon lui, pour mieux connaître « certains changements de la peau et des empreintes des bouts des doigts »9) au « azaret spécial en médecine coloniale » à Saint-Médard près de Bordeaux. Ernst Rodenwaldt, hygiéniste et médecin tropical à Kiel puis à Heidelberg, a séjourné à St-Médard à partir de 1941 et se souvient qu’il y aurait « beaucoup à dire sur les recherches extrêmement précieuses [à St-Médard] sur la thérapie des lépreux et surtout [...] la tuberculose chez les personnes de couleur, qui présentait beaucoup d’incertitudes qu’il fallait clarifier »10. Il reparle des « expérimentations dans un "camp de prisonniers nègres" (1940) près de Bordeaux » dans un interrogatoire en 194511.

  • 12 Berner, Margit, Chapter 2. “From Racial Surveys to Medical Experiments in Prisoner-of-War Camps”, i (...)
  • 13 Thomas, Martin C., “The Vichy Government and French Colonial Prisoners of War, 1940–1944”, in: Fren (...)
  • 14 Schmuhl, Hans-Walter, Grenzüberschreitungen. Das Kaiser-Wilhelm-Institut für Anthropologie, menschl (...)

8Peu d‘études sont consacrées aux examens des prisonniers de guerre coloniaux durant la Seconde Guerre mondiale12, et on en sait encore moins sur les perspectives des concernés sur ces examens. Alors que leur internement a fait l’objet d’un certain nombre de publications13, leur exploitation abusive à des fins scientifiques et médicales est moins connue. À partir de l’hiver 1941/42, Abel a utilisé une deuxième fois des prisonniers de guerre, et notamment de soldats soviétiques, dont plus de 7 000 ont été contraints de subir des examens14. Les exemples d’examens de prisonniers montrent comment les espaces de guerre ont influencé les marges de manœuvre de la « science raciale ». Des études transnationales devinrent possibles, parfois motivées par des ambitions coloniales.

  • 15 Beckmann (Bibliotheksrat), 23.7.1943, archives de l’université Humboldt à Berlin, Universitätskurat (...)

9Au-delà de ces examens anthropologiques, nous ne savons pas exactement dans quelle mesure Wolfgang Abel était impliqué dans d’autres expériences sur des vivants sans défense. Certains chercheurs pensent qu’il est possible que des morceaux de corps adressés du camp d’Auschwitz à Dahlem, où se trouvait le siège du KWI-A, aient été destinés à Abel – puisque l’adresse mentionnait un « Institut de biologie raciale et de recherche anthropologique » et puisque Abel dirigeait à l’université l’« Institut de biologie raciale ». En tout cas, Abel apparaît sur les documents qui relatent le transfert de 98 caisses de « livres et de matériel squelettique » à Freyenstein, dans le nord du Brandebourg, en juillet 194315 – un transfert qui visait à préserver les collections de l’institut des dommages de guerre.

10Alors que la collection de crânes et de squelettes est retournée à Berlin en 1947, les livres et travaux de l’institut, au centre de la prochaine section de cet article, ont pris un autre chemin.

Transfert des idées et des pratiques : réception du travail du KWI-A en France et perspective d’une anthropologie raciste

  • 16 Professeur de médecine et d’anthropologie, il est un des principaux théoriciens de l’eugénisme et s (...)
  • 17 Voir Krassnitzer, Patrick, « Le meilleur fourrier de l’Hitlérisme ». George Montandon und die franz (...)

11Comme beaucoup d’autres, Otmar von Verschuer, le successeur d’Eugen Fischer16 à la direction du KWI-A, a réussi à poursuivre sa carrière après 1945. Il emporta avec lui la majeure partie de la bibliothèque du KWI-A ainsi qu’une collection d’éditions spéciales à l’université de Münster. L’inventaire de ces vestiges du KWI-A témoigne des relations internationales de l’institut, en partie liées à la France, dans lesquelles le médecin et ethnographe George Montandon a joué un certain rôle17.

  • 18 À l'exception de la réception positive de l'idée d’« ologenèse humaine » de Montandon dans l’ouvrag (...)
  • 19 Montandon, George, Der heutige Stand der Ethnologie in Frankreich, in: Archiv für Rassen- und Gesel (...)
  • 20 Ibid., p. 224, 226, 231.
  • 21 Montandon, George, Comment reconnaître et expliquer le Juif ? Suivi d’un portrait moral du Juif, Pa (...)

12Alors que l’œuvre et les activités de Montandon ont été comparées à celles d’Eugen Fischer et qu’il a été constaté que l’un et l’autre « passaient de l’étude des "nègres" à l’étude des Juifs », peu de liens ont été établis entre leurs travaux respectifs dans des contextes plus larges, tels que les activités d’autres chercheurs du KWI-A ou de sociétés eugénistes18. Montandon avait été invité à présenter ses visions disciplinaires pour une future organisation et centralisation de l’anthropologie et de l’ethnologie en France sur une base raciale dans la revue Archiv für Rassen - und Gesellschaftsbiologie en 1942. Fischer et Fritz Lenz, chef du département d’hygiène raciale au KWI-A à cette époque, faisaient partie des éditeurs de cette revue19. Dans son exposé chargé de préjugés antisémites et de racisme anti-noir, Montandon critique les institutions anthropologiques et ethnologiques qui, selon lui, rejettent le « fait de la race physique ». Il identifie « les Juifs » comme des « forces ethniques » qui s'opposeraient aux « études ethno-raciales » afin de préserver un « incognito » présumé « au milieu d’autres communautés sociales », en citant l'exemple de l'anthropologie française. Il discute ensuite du « problème pratique important » de savoir pourquoi « le Noir attire la [jeune femme française] blanche » – qui « ne sait évidemment pas ce que sait l’ethnologue : dans quelles conditions vivent les indigènes dans leur pays [...] Dès que le Noir ou l’Annamite est retourné dans son pays, dès qu’il a troqué la veste européenne contre le kimono ou le pyjama, il abandonne toutes les habitudes européennes, même celles qui y occupent une position dominante. La jeune femme [...] mène une vie dure et pauvre en comparaison avec les femmes mariées en Europe ». Montandon condamne tout « mariage de couleur » qui, selon lui, devrait faire l'objet d'une législation plus stricte de la part de l'État français (Vichy), où « les autorités font confiance à l’instinct racial de l’individu », qu'il considère comme une « protection » trop faible contre les influences non « prospères sur la pensée ethno-raciale en Europe. »20 Illustrant son propos raciste par des descriptions anecdotiques de la vie quotidienne parisienne, Montandon utilise contre les Juifs et les Noirs le même type d’argument et les mêmes approximations stéréotypées. S’il n’est pas certain que le KWI-A ait reçu un exemplaire de « Comment reconnaître et expliquer le Juif ?21 » que le théoricien d’un racisme dit scientifique publie en 1940, le livre de Montandon a été lu par ses collègues allemands – vu que la bibliothèque universitaire de Münster, où Otmar von Verschuer (successeur de Fischer à la direction du KWI-A en 1942 jusqu’à sa dissolution) avait déposé la majeure partie de la bibliothèque du KWI-A en 1951, en possède l'un des rares exemplaires en Allemagne.

  • 22 Von Verschuer, Otmar, Leitfaden der Rassenhygiene, Leipzig: Thieme, 1941, traduit par Montandon: Vo (...)
  • 23 Avec le « front de l’humanité aryenne », Mauger se réfère probablement au discours de Hitler tenu à (...)
  • 24 Mauger, Verschuer, p. 13-14.
  • 25 Ibid.
  • 26 Titre allemand : « Rassenpolitik (Rassenpflege) – Judenfrage », abbrevé par Montandon à : « Politiq (...)
  • 27 Von Verschuer, Otmar, op.cit. p. 128-130. Je reproduits les utilisations historiques des mots « nèg (...)

13Par ailleurs, Montandon avait traduit en France le Manuel d’eugénisme et d’hérédité humaine de von Verschuer22. Montandon et Mauger saluèrent ce médecin et ses thèses comme un « pionnier du front de l’humanité aryenne »23, mais ils retinrent surtout l’idée qu’en centralisant ses recherches autour d’une « anthropobiologie » qui mettait l’accent sur l’hérédité, le KWI-A suggérait qu’une « doctrine et des théories expérimentalement contrôlables » était préférable à « l’homme théorique, […] irréel […] des philosophes du XVIIIe siècle »24. Mauger, qui ne manquait jamais de lancer des accusations contre la « coterie juive [...qui] mobilisait le ban et l’arrière-ban des scientifiques enjuivés » soulignait : « Des observations multiples, vastes, portant sur des milliers de cas, et contrôlées de la façon la plus scrupuleuse, amenaient le Gouvernement du Führer à prendre des dispositions légales concernant la race, la personne humaine, le mariage, la stérilisation des tarés et la chasse aux maladies dès avant la naissance. »25 En fait, le « manuel » de von Verschuer n’était pas l’« exposé impersonnel des faits et des connaissances [...] de la science eugénique » auquel l'auteur prétend dans son préambule. Il était consacré, dans une perspective militaire qu'il énonce explicitement dans le préambule, à une « protection du patrimoine racial héréditaire de notre peuple », qui constituerait la « condition biologique de la culture et de l’ethnicité allemandes » et dont le « croisement avec une race étrangère » mettrait en péril la spécificité. Ce chapitre, dont le titre fait le lien entre la politique et la « culture » de la race et la « question juive », illustre l’antisémitisme de von Verschuer26 : il félicite l’État national-socialiste pour sa « vision claire de la question raciale » et sa « nouvelle voie pour résoudre la question juive », qui se fonde non seulement sur la ségrégation ethnique (« völkisch ») – interdiction d’immigration, exclusion des personnes considérées comme juives dans les différentes professions, réglementation de la nationalité allemande selon la loi sur la citoyenneté du Reich – mais aussi sur la ségrégation raciale entre « Allemands » et « Juifs ». Dans son « manuel », Verschuer cite le §6 du premier décret d’application de cette loi qui interdit tout mariage susceptible de générer « une descendance qui mette en danger la pureté du sang allemand ». Il souligne que la règle se réfère non seulement aux personnes considérées comme juives, mais aussi à celles considérées comme « tziganes » et « nègres »27.

14Avec ses longues sections sur les « devoirs du médecin en eugénique pratique », qui comprenaient des conseils sur les avis de stérilisation et les consultations conjugales, le manuel de Verschuer ne se limite pas à un transfert de théories eugénistes de la première moitié du XXe siècle, il participe aussi au transfert des pratiques de classification elles-mêmes.

  • 28 Müller-Hill, Benno, Tödliche Wissenschaft. Die Aussonderung von Juden, Zigeunern und Geisteskranken (...)
  • 29 Renommé « Reichssippenamt » en 1940.
  • 30 Voir Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op.cit., p. 97.
  • 31 Pour les Roms et Sinti, c’est Abel qui proposa à la Rassenhygienische und Bevölkerungspolitische Fo (...)
  • 32 Voir Pommerin, Reiner, « Sterilisierung der Rheinlandbastarde ». Das Schicksal einer farbigen Minde (...)

15Des centaines d’expertises avaient été rédigées au KWI-A – plus de 800 selon Abel, principalement par Fischer et lui-même28 –, notamment sur la paternité de la personne examinée à partir de 1928, sur son origine et sa race présumées (examinées à partir de 1935 pour le Reichsstelle für Sippenforschung du ministère de l’Intérieur)29 et sur sa « santé héréditaire » évoquée lors des procès devant les tribunaux et les cours d’appel30. Le classement d’un individu dans une telle expertise pouvait non seulement entraîner sa stérilisation, mais aussi décider de sa vie ou de sa mort – non seulement parce que les personnes ainsi classées comme « juives » ou « tziganes » étaient persécutées et exterminées, mais aussi parce que des milliers de personnes mouraient en raison des conditions de stérilisation31. En dehors du domaine des expertises standardisées, des centaines d’enfants – nés de civils allemands et de soldats extra-européens pendant l’occupation de la Rhénanie après la Première Guerre mondiale – ont été stérilisés sur la base d’expertises positives de chercheurs du KWI-A, notamment Wolfgang Abel32.

  • 33 Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op. cit., p. 195-196,
  • 34 Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op. cit., p. 417-418. Abel souligne que Fischer et lui n’auraient t (...)
  • 35 Billig, Joseph, Le Commissariat Général aux Questions Juives (1941-1944). Tome II, Éditions du Cent (...)
  • 36 Billig, op.cit, p. 238-248 sur cette question. Un « résistant juif » témoigne que pour 50.000 Franc (...)

16Chaque expertise rapportait au KWI-A de 50 à 60 Reichsmark, dans la moyenne des prix des autres institutions et experts allemands qui s’occupaient de ce travail de classification des personnes33. Même si l’insistance sur la neutralité de ces expertises pouvait faire craindre le contraire, le jugement dominant des experts était de se baser sur les critères qu'ils avaient développés dans leurs travaux scientifiques – ce qui n'exclut évidemment pas que ceux-ci soient racistes, influencés par des préjugés eugénistes ou méthodologiquement très fragiles34. En raison de l’absence d’un expert allemand en France, George Montandon est devenu le principal expert ethno-racial du Commissariat Général aux Questions Juives (C.G.Q.J.)35. Les personnes à examiner étaient adressées par le C.G.Q.J. à Montandon qui procédait à un examen anthropométrique et à un interrogatoire sur la religion des parents et des grands-parents parmi d'autres « considérations générales ». Il semble néanmoins, selon les témoignages étudiés par Billig, que si elles y mettaient le prix, des personnes plus ou moins directement menacées de déportation pouvaient parfois acheter la qualification de ne pas appartenir à la « race juive »36.

  • 37 Outre les terribles violences de Josef Mengele (assistant de von Verschuer à l’université de Francf (...)
  • 38 Cité d’après une lettre de von Verschuer à de Rudder, octobre 1940, conservée aux archives de la MP (...)
  • 39 Ibid., p. 510.
  • 40 Horneck, Karl G., Über den Nachweis serologischer Verschiedenheiten der menschlichen Rassen, in: Ze (...)

17Du fait de ces expertises et même s’ils n’ont pas été directement impliqués dans les projets de recherche qui ont encadré les crimes médicaux du KWI-A à Auschwitz37, les scientifiques portent une certaine responsabilité dans les processus d’exclusion raciste et leurs horribles conséquences. Rappelons que von Verschuer a profité des séjours de ses collaborateurs à Auschwitz pour obtenir des échantillons de sang de « plus de 200 personnes de races les plus différentes, des jumeaux et même quelques familles du camp »38 : ces échantillons lui ont probablement servi dans sa tentative de mettre au point un test biochimique qui aurait permis de déterminer la « race » de chaque individu39. Des efforts comparables pour établir un diagnostic racial à partir du sang ont été entrepris par un collègue extérieur au KWI-A, Karl Horneck. Avec l’aide du laboratoire de sérologie de l’Hospice général du Havre, Horneck a développé une idée de la spécificité raciale des anticorps. Après avoir utilisé des lapins, il a finalement injecté à plusieurs reprises du « sérum de blancs » à des prisonniers de guerre noirs à l’hôpital militaire de Saint-Médard en 1943, afin de tester une immunisation40. Ces études sérologiques et les conclusions que l’on tentait d’en tirer pour la catégorisation des « races » humaines illustrent de manière exemplaire la volonté des chercheurs de déterminer les mécanismes supposés de l’hérédité pour comprendre ce qui distinguerait certains individus des autres.

Conclusion

  • 41 Communication entre Fischer et Schemann le 13 mai et 6 juin 1930, transmis aux archives universitai (...)

18En 1930, Eugen Fischer a demandé au traducteur allemand du comte de Gobineau un portrait de ce dernier, qu’il souhaitait placer « dans le grand corridor devant la bibliothèque de mon institut »41. La ligne qui mène de l’affirmation d’une « inégalité des races » formulée par Gobineau aux expérimentations sur l’homme et aux crimes commis en Europe par le nazisme se retrouve dans les objets d’expositions contemporaines. Une future intervention sur le lieu historique des « sciences raciales » du KWI-A devrait toutefois poursuivre un autre objectif : montrer à l’aide d’exemples comme ceux mentionnés dans cet article, que les « sciences raciales » étaient plus qu’un simple précurseur intellectuel de la déshumanisation et de l’extermination des personnes conçues comme « différentes ». Il s’agirait de se concentrer sur les pratiques qui se situent à l’intersection de la recherche scientifique, du conseil et de l’action politiques afin de souligner l’influence des chercheurs sur la distinction/sélection des victimes du nazisme en Europe. Pour le KWI-A, les efforts visant à démontrer la différence des « races » à l’aide d’une méthodologie empirique étaient entremêlés à des jugements a priori, et une grande partie des chercheurs de l’institut passaient d’un groupe prédéfini à un autre, en fonction des régimes politiques et des conditions spécifiques qu’ils créaient.

  • 42 Castro Varela, Maria, “Uncanny Entanglements. Holocaust, Colonialism, and Enlightenment”, in: Dawan (...)

19Les expériences coloniales ont précédé la réalisation d’objectifs eugéniques dans la « science raciale » nazie, confirmant ainsi la thèse d’une continuité et d’un précédent dans les expériences médicales42. L’accès aux recadrages coloniaux que constituaient les camps de prisonniers de guerre a également ravivé les ambitions révisionnistes et renforcé le zèle de certains médecins ayant exercé en Afrique du sud-ouest Allemande. Mais l’attention variait aussi en fonction de l’intérêt scientifique à découvrir ce qui fait la spécificité d’une « race » et les fondements de l’amélioration génétique du groupe auquel on voulait appartenir et que l’on définissait comme digne de procréer.

20Un lieu de mémoire et d’information « Ihnestraße 22 », du nom de l’ancien site du KWI-A, sera confronté au défi de la reconnaissance des victimes de la violence eugéniste et génocidaire sous différents régimes et sur différents continents. Si l’objectif d’une éducation historico-politique critique à l’égard de toute forme de racisme est d’identifier les mécanismes et les fonctions de discrimination liées à ce phénomène, l’exemple du KWI-A illustre à quel point la pensée raciste est une constante de l’injustice. Des fins de distinction à prétention scientifique n’ont-elles pas servi la pire entreprise de déshumanisation : rassembler sous le sceau de l’infériorité et de « l’impureté raciale » des groupes de personnes arbitrairement discriminées et transférer les instruments de mépris et de violence d’un groupe à l’autre ?

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Notes

1 Institut d’anthropologie, d’hérédité humaine et d’eugénisme (1927-1945).

2 Rapport annuel 1940/41, Archiv der Max-Planck-Gesellschaft (AMPG), I. Abt., Rep. 3 KWI für Anthropologie, menschliche Erblehre und Eugenik, Nr. 17, Bl. 10, Bl 14.

3 Ce qui signifie qu’il travaillait sur les empreintes digitales, Rapport annuel 1942/43, AMPG, I. Abt., Rep. 3, Nr. 20, Bl. 8.

4 Rapport d’activité 1944, AMPG, I. Abt., Rep. 3, Nr. 22, Bl. 5.

5 Abel, Wolfgang, Rassenprobleme im Sudan und seinen Randgebieten, in: Koloniale Völkerkunde. Koloniale Sprachforschung. Koloniale Rassenforschung. Berichte über die Arbeitstagung im Januar 1943 in Leipzig, Berlin: Reimer /Andrews & Steiner, 1943 (= Beiträge zur Kolonialforschung hg. im Auftrage des Reichsforschungsrates und der DFG, volume 1), p. 140-151.

6 Peiter, Anne D., Träume der Gewalt. Studien der Unverhältnismäßigkeit zu Texten, Filmen und Fotografien. Nationalsozialismus - Kolonialismus - Kalter Krieg, Bielefeld: transcript, 2019, p. 473-482.

7 Les liens d’Abel avec le camp de Sachsenhausen sont documentés. Abel comptait engager certains internés au KWI-A pour l’aider à analyser ses examens de prisonniers de guerre soviétiques : voir Strebel, Bernhard/Wagner, Jens Christian, Zwangsarbeit für Forschungseinrichtungen der Kaiser-Wilhelm-Gesellschaft 1939-1945. Ein Überblick, 2003, p. 223.

8 Ibid., p. 152.

9 Abel mentionne son travail sur les Soudanais comme suit : « Je travaillais sur présences des restes des « Buschmänner » en Afrique du Nord, origine des nègres soudanais etc. », Müller-Hill, Tödliche Wissenschaft, p. 146.

10 Rodenwaldt, Ernst, Ein Tropenarzt erzählt sein Leben, Stuttgart: Enke, 1957,

p. 419. Rodenwaldt situe ses séjours à St-Médard en printemps/été 1941.

11 Eckart, Wolfgang U., Generalarzt Ernst Rodenwaldt, in: Ueberschär, Gerd (éd.), Hitlers militärische Elite. 68 Lebensläufe, Darmstadt: Theiss, 2015, p. 210-222, ici p. 217.

12 Berner, Margit, Chapter 2. “From Racial Surveys to Medical Experiments in Prisoner-of-War Camps”, in: Hildebrandt, Sabine/Offer, Miriam/ Grodin, Michael A., Recognizing the Past in the Present. New Studies on Medicine before, during and after the Holocaust, New York/Oxford: Berghahn, 2020, p. 44-58.

13 Thomas, Martin C., “The Vichy Government and French Colonial Prisoners of War, 1940–1944”, in: French Historical Studies 25:4 (2002), p. 657-692 ; Fargettas, Julien, Les tirailleurs sénégalais. Les soldats noirs entre légendes et réalités 1939-1945, Tallandier, 2012 ; Scheck, Raffael, French Colonial Soldiers in German Captivity during World War II, Cambridge University Press, 2014.

14 Schmuhl, Hans-Walter, Grenzüberschreitungen. Das Kaiser-Wilhelm-Institut für Anthropologie, menschliche Erblehre und Eugenik 1927-1945, Göttingen : Wallstein Verlag, 2005, p. 456.

15 Beckmann (Bibliotheksrat), 23.7.1943, archives de l’université Humboldt à Berlin, Universitätskurator, 1221 Luftschutz, 1943, Bl. 49, voir aussi Kunst/Creutz, Sammlungen, p. 97. Une autre lettre dans le même dossier précise qu’il s’agissait des « objets de collection du département d’anthropologie du KWI Dahlem ».

16 Professeur de médecine et d’anthropologie, il est un des principaux théoriciens de l’eugénisme et ses travaux qui ont influencé Hitler et l’idéologie nazie ont non seulement inspiré la législation coloniale Allemande mais aussi les lois racistes de Nuremberg. Il est notamment l’auteur d’une étude de terrain en Afrique du Sud-Ouest Allemande sur les Basters (dérivé de « bastaard » : « bâtard » en Néerlandais) descendants d’Européens et de femmes africaines concentrés autour de la ville de Rehoboth (NDRL Le Portique).

17 Voir Krassnitzer, Patrick, « Le meilleur fourrier de l’Hitlérisme ». George Montandon und die französische Eugenik 1930-44, in: Krassnitzer, Patrick/Overath, Petra (éd.), Bevölkerungsfragen. Prozesse des Wissenstransfers in Deutschland und Frankreich (1870-1939), Köln u.a.: Böhlau, 2007, p. 155-182. Sur le journal Ethnie française, voir Jarnot, Sébastien, « Une relation récurrente. Science et racisme. L’exemple de L’Ethnie française », in : Bastidiana n° 29-30 (2000), Racisme et relations raciales, p. 127-150.

18 À l'exception de la réception positive de l'idée d’« ologenèse humaine » de Montandon dans l’ouvrage emblématique allemand de l’hygiène raciale, le « BaurFischer-Lenz », et de publications communes dans l'Italie fasciste : voir Crips, Liliane, Knobel, Marc, Eugen Fischer et George Montandon. « Théorie et pratique de l‘"hygiène raciale" en Allemagne et en France », in : Bock, Hans Manfred et. al. (éd.), Entre Locarno et Vichy. Les relations culturelles franco-allemandes dans les années 1930. Volume 1, CNRS Éditions, 1993, p. 495-515.

19 Montandon, George, Der heutige Stand der Ethnologie in Frankreich, in: Archiv für Rassen- und Gesellschaftsbiologie einschließlich Rassen- und Gesellschaftshygiene 36 :3 (1942), p. 222-233. Pour Lenz, voir Rissom, Renate, Fritz Lenz und die Rassenhygiene, Husum: Matthiesen, 1983.

20 Ibid., p. 224, 226, 231.

21 Montandon, George, Comment reconnaître et expliquer le Juif ? Suivi d’un portrait moral du Juif, Paris : Nouvelles Éditions françaises, 1940.

22 Von Verschuer, Otmar, Leitfaden der Rassenhygiene, Leipzig: Thieme, 1941, traduit par Montandon: Von Verschuer, Otmar, Manuel d’eugénique et hérédité humaine, Paris : Masson, 1943. Voir Mauger, Gérard, « Le professeur von Verschuer. Théoricien et pionnier du « Front de l’Humanité Aryenne », in : L’Ethnie française. Revue mensuelle de doctrine ethno-raciale et de vulgarisation scientifique 1:1 (1941), p. 13-14.

23 Avec le « front de l’humanité aryenne », Mauger se réfère probablement au discours de Hitler tenu à Berlin à l’occasion du huitième anniversaire de la transmission du pouvoir le 30 janvier 1941.

24 Mauger, Verschuer, p. 13-14.

25 Ibid.

26 Titre allemand : « Rassenpolitik (Rassenpflege) – Judenfrage », abbrevé par Montandon à : « Politique de protection raciale. La question juive », Leitfaden, p. 125 / manuel p. 124.

27 Von Verschuer, Otmar, op.cit. p. 128-130. Je reproduits les utilisations historiques des mots « nègres » et « tsiganes » entre guillemets ici, pour assurer la compréhension dans un texte traduit de l’allemand historique au lieu de « Schwarze » avec majuscule ou People of Color.

28 Müller-Hill, Benno, Tödliche Wissenschaft. Die Aussonderung von Juden, Zigeunern und Geisteskranken 1933-1945, Reinbek: Rowohlt, 1984, p. 138.

29 Renommé « Reichssippenamt » en 1940.

30 Voir Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op.cit., p. 97.

31 Pour les Roms et Sinti, c’est Abel qui proposa à la Rassenhygienische und Bevölkerungspolitische Forschungsstelle“ - acteur central de la persécution raciale situé comme le KWI-A au Sud de Berlin - d’intégrer la prise des empreintes digitales : voir Schmuhl, Grenzüberschreitungen, p. 466.

32 Voir Pommerin, Reiner, « Sterilisierung der Rheinlandbastarde ». Das Schicksal einer farbigen Minderheit 1918-1937, Düsseldorf: Droste 1979 ; Roos, Julia, “Racist Hysteria to Pragmatic Rapprochement? The German Debate about Rhenish ‘Occupation Children, 1920-30” in: Contemporary European History 22:2 (2013), p. 155-180.

33 Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op. cit., p. 195-196,

34 Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op. cit., p. 417-418. Abel souligne que Fischer et lui n’auraient travaillé que « selon des critères purement scientifiques », qu’importe si l’examiné était énormément riche ou s’il y avait de la pression politique pour atténuer des jugements, voir Müller-Hill, Tödliche Wissenschaft, p. 135-148 pour l’interview avec Wolfgang Abel, ici p. 138.

35 Billig, Joseph, Le Commissariat Général aux Questions Juives (1941-1944). Tome II, Éditions du Centre, 1957, p. 238 – L’expert allemand qui est mentionné dans la correspondance de l’État-Major Administratif est « Meyer » à Berlin, p. 240.

36 Billig, op.cit, p. 238-248 sur cette question. Un « résistant juif » témoigne que pour 50.000 Francs, on pouvait obtenir un certificat de Montandon qui renonçait à faire le lien causal habituel entre la circoncision de l’examiné et son classement comme « juif », p. 244-245.

37 Outre les terribles violences de Josef Mengele (assistant de von Verschuer à l’université de Francfort à partir de 1937 et plus tard chercheur invité par von Verschuer au KWI-A) sur des jumeaux et d’autres déportés à partir de mai 1943, Auschwitz était le champ d’expérimentation d’autres tristes sires en contact avec le KWI-A tels Siegfried Liebau et Erwin von Helmersen, voir Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op.cit. p. 475, p.482.

38 Cité d’après une lettre de von Verschuer à de Rudder, octobre 1940, conservée aux archives de la MPG, voir Schmuhl, Grenzüberschreitungen, op.cit, p. 505. Le projet « Recherche expérimentale pour la détermination de l’hérédité des protéines spécifiques comme base des sciences de l’hérédité et des races » était financé par la Deutsche Forschungsgemeinschaft.

39 Ibid., p. 510.

40 Horneck, Karl G., Über den Nachweis serologischer Verschiedenheiten der menschlichen Rassen, in: Zeitschrift für menschliche Vererbungs- und Konstitutionslehre 26:3 (1942), p. 309-319; voir Schmuhl Grenzüberschreitungen, op. cit. p. 511-522.

41 Communication entre Fischer et Schemann le 13 mai et 6 juin 1930, transmis aux archives universitaires de Fribourg.

42 Castro Varela, Maria, “Uncanny Entanglements. Holocaust, Colonialism, and Enlightenment”, in: Dawan, Nikita (éd.), Decolonizing Enlightenment. Transnational Justice, Human Rights and Democracy in a Postcolonial World, Opladen/Berlin/ Toronto: Barbara Budrich, 2014, p. 119.

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Pour citer cet article

Référence papier

Kerstin Stubenvoll, « Science des races et entremêlement des passés nationaux-socialistes et coloniaux »Le Portique, 47 | 2022, 103-116.

Référence électronique

Kerstin Stubenvoll, « Science des races et entremêlement des passés nationaux-socialistes et coloniaux »Le Portique [En ligne], 47 | 2022, document 8, mis en ligne le 15 avril 2023, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/leportique/4491 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/leportique.4491

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Auteur

Kerstin Stubenvoll

Kerstin Stubenvoll est une historienne qui s’intéresse à l’histoire nationale-socialiste et coloniale européenne. Elle est actuellement chercheuse postdoctorale et chargée de cours à l’Institut Otto Suhr de sciences politiques, Freie Universität de Berlin.

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