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De l'Allemagne à la Belgique
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De l’Allemagne à la Belgique – Introduction

p. 101-102

Texte intégral

  • 1 En 2007 deux lois ont initié un droit à la mémoire : « la Loi de la Mémoire Historique » (étatique) (...)

1Les passés troubles hantent l’Europe de l’Ouest. Nous aurions pu dans ce dossier aborder le cas de pays du sud qui ont participé au projet de recherche Alterpasts sur lequel se fonde ce numéro du Portique. Ainsi de l’Italie où un certain néofascisme participe aujourd’hui aux forces de droite : le discours xénophobe de mouvements ultraconservateurs comme la Ligue du nord de Matteo Salvini (ministre de l’intérieur en 2018) ne participe-t-il pas d’une banalisation du racisme et de nouvelles formes de nationalismes ? Et ces dérives ne sont-elles pas liées aux réticences de l’Italie à faire face à son passé fasciste et colonial ? En Espagne, c’est une certaine nostalgie du franquisme qui passe par le parti populaire postfranquiste. Après la mort du dictateur, les responsables politiques se sont engagés dans un pacte du silence sur le passé de la guerre civile pour « tourner la page ». Pourtant depuis les lois mémorielles1 des années 2000, une guerre des mémoires s’est réouverte entre l’Espagne républicaine et l’Espagne nostalgico-franquiste. Et en Espagne comme en Italie, c’est autour des sites funéraires des anciens dictateurs (Valle de los Caídos pour Franco, Predappio pour Mussolini) qu’ont enflé les cortèges touristico-nostalgiques et les divergences sur la capacité d’interpréter le passé douloureux et de raconter l’histoire nationale.

2Mais nous traiterons ici plutôt de l’Europe du nord. L’Allemagne d’abord, la meilleure élève de l’Europe qui a reconnu et paie encore pour ses crimes de guerre : la Shoah est un fondement de sa conscience historique et des sites de commémoration comme le mémorial de Berlin se sont multipliés pour entretenir la mémoire de l'horreur nazie. Pourtant, si le pays semble avoir épuré son passé, la crise des migrants réveille des pulsions d’extrême droite comme celles du parti alternatif pour l’Allemagne (AFD) entré au Bundestag en 2017. Mais c’est une autre dimension des passés troubles germaniques que nous avons choisi de traiter dans ce dossier. Une dimension qui souligne un lien entre le nazisme et le passé colonial. En juillet 2015, le gouvernement allemand a enfin reconnu comme génocide la campagne d’extermination menée entre 1904 et 1908 contre les Hereros, les Nama et les San en Afrique du sud-ouest Allemande (aujourd’hui Namibie). Ces terribles événements constituent le premier génocide du 20ème siècle et, en mai 2021, le gouvernement allemand a accepté de verser 1,1 milliard d’euros de réparation sur 30 ans. Certes, certains observateurs reprochent à cette référence à un génocide colonial de prendre le risque de relativiser l’holocauste – dont l’exceptionnalité échapperait à toute démarche explicative : il n’empêche que les derniers travaux d’historiens démontrent à quel point le régime colonial allemand est une sorte de répétition générale qui conduit à Auschwitz. L’article de Kerstin Stubenvoll revient sur cette préhistoire coloniale du nazisme dont l’anthropologie et la médecine se sont rendues complices à travers les funestes expérimentations d’une science des races où s’entremêlent les passés nationaux socialistes et coloniaux.

3Le second cas étudié dans ce dossier est celui de la Belgique postcoloniale qui a récemment présenté ses excuses au Congo pour le meurtre du Patrice Lumumba. S’il reconnait l’importance symbolique du geste, l’article de Serge Mboukou qui revient sur le parcours du leader indépendantiste s’interroge aussi sur les larmes de crocodile que verserait l’ancienne puissance coloniale. Pour clore ce dossier, la contribution de chercheurs bruxellois autour du sociologue Abdellali Hajjat présente un programme de recherche qui renouvelle l’analyse pluridisciplinaire des héritages coloniaux en Belgique.

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Notes

1 En 2007 deux lois ont initié un droit à la mémoire : « la Loi de la Mémoire Historique » (étatique), et de la « Loi du Mémorial Démocratique » adoptée par le Parlement Catalan. Cf. Guixe Jordi (dir) Past and Power, Public policies on Memory. Debates from local to global, Ed. Université de Barcelone, 2016.

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Pour citer cet article

Référence papier

« De l’Allemagne à la Belgique – Introduction »Le Portique, 47 | 2022, 101-102.

Référence électronique

« De l’Allemagne à la Belgique – Introduction »Le Portique [En ligne], 47 | 2022, document 7, mis en ligne le 15 avril 2023, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/leportique/4482 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/leportique.4482

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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