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Texte intégral

1Depuis le début des années 1980 et la grande vogue des lieux de mémoire, on assiste en France à un développement continu des projets de patrimonialisation liés à des passés troubles. Néanmoins, cinquante ans après les indépendances, la période coloniale reste absente de ce renouvellement muséographique. Une part de la mémoire historique demeure ainsi cantonnée à « un silence bruissant de polémiques » selon la formule de Benjamin Stora. S’agissant du « bon vieux temps des colonies », le passé est toujours des plus troubles vu la carence des processus de patrimonialisation et de commémoration qui ont signé en revanche pour Vichy ou la Déportation, l’incorporation officielle de ces pages d’histoire. C’est la thèse que défend et documente le texte de Nicolas Bancel et Pascal Blanchard dans l’article qui ouvre ce dossier. Les travaux des deux historiens soulignent les responsabilités politiques dans cette « impossibilité de « normaliser » l’histoire coloniale ». Les gouvernements successifs ont en effet fait preuve d’un conservatisme exemplaire en la matière, tout en instrumentalisant le passé colonial pris dans la tourmente d’enjeux électoraux et idéologiques à répétition. Il est vrai que différents groupes se référant à l’héritage colonial prétendent interroger ce passé au nom d’une actualité qui dessine une ligne de fracture dans la société française. La polémique publique relève d’une opposition tranchée entre, d’une part, les revendications mémorielles des héritiers de l’immigration postcoloniale et, d’une part, l’orientation nostalgique des projets d’une « réhabilitation » de l’histoire coloniale et de l’action de la France aux colonies portés par des associations de rapatriés et des groupements d’extrême droite.

2Les controverses mémorielles sur la Guerre d'Algérie sont le cas le plus éloquent sur lequel reviennent les articles d’Alain Battegay et de Marie Thérèse Têtu. Les travaux de ces deux chercheurs du CNR les ont conduits à constater la faible part de références historiques et mémorielles à la période algérienne de la prison Montluc à Lyon (1958-1962) lors de sa transformation en mémorial national en 2010. Dans leurs articles, ils soulignent que malgré une certaine mobilisation d’acteurs de la société civile, l’introduction de l’histoire et des mémoires de la guerre d’indépendance algérienne dans les lieux de mémoire et auprès des scolaires en France reste une « politique des petits pas » donnant à lire les embarras de reconnaissance d’un passé trouble. En clôture de dossier, l’article d’Ahmed Boubeker ouvre une focale plus large sur les mémoires algériennes entre les deux rives de la Méditerranée. Il reprend des chroniques – publiées sur le site d’investigation Mondafrique durant le Hirak algérien entre 2019 et 2021 – qui témoignent des controverses mémorielles entre les jeunes Algérien(ne)s et les générations héritières de l’immigration.

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Pour citer cet article

Référence papier

« France - Introduction »Le Portique, 47 | 2022, 31-32.

Référence électronique

« France - Introduction »Le Portique [En ligne], 47 | 2022, document 2, mis en ligne le 15 avril 2023, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/leportique/4451 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/leportique.4451

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