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Aurélie Mercier, Roelof Verhage (dir.), Lyon, métropole en mouvement

Damien Rondepierre
Lyon, métropole en mouvement
Aurelie Mercier, Roelof Verhage (dir.), Lyon, métropole en mouvement, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2023, 187 p., ISBN : 978-2-7297-1407-9.
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Texte intégral

  • 1 Selon les auteurs, « il s’agit d’un ensemble de processus sociaux, économiques, spatiaux et politiq (...)
  • 2 Les auteurs du livre utilisent le terme « Métropole » avec une majuscule dès lors qu’il se réfère à (...)

1Sans remonter le fil de l’histoire mouvementée de la capitale des Gaules, cet ouvrage collectif et interdisciplinaire porté par le pôle de spécialité Villes et Mobilités de l’université Lyon 2, s’attache à éclairer les dynamiques territoriales, sociales, économiques et politiques intrinsèques aux processus de métropolisation1 lyonnais depuis la seconde moitié du XXe siècle. L’extension de l’aire urbaine lyonnaise depuis les années 1970 marque l’avènement de structures de gouvernance intercommunale à l’instar de la COURLY (Communauté urbaine de Lyon) en 1969, devenue Grand Lyon en 1990. Transformée en 2015 en une collectivité territoriale à part entière, la Métropole2 de Lyon forme aujourd’hui « la première structure de collaboration intercommunale qui se transforme en une entité administrative directement élue et indépendante » (p. 6) de France. Suivant le fil rouge du mouvement, les neufs contributions de l’ouvrage analysent, par l’exemple lyonnais, les dynamiques urbaines à l’œuvre aujourd’hui dans les métropoles.

  • 3 Loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, 27 janvier (...)

2Les évolutions institutionnelles sont au cœur de la contribution de Christophe Chabrot. Partant du constat d’une difficile coopération territoriale entre Lyon et les communes voisines qui rejettent son impérialisme, la création de la communauté urbaine n’adviendra qu’à la suite d’une loi centrale rentrée en vigueur en 1969. Jusqu’à la création de la « Métropole de Lyon » en 2015 grâce à la loi MAPTAM3, l’établissement public de coopération intercommunale (EPCI) du Grand Lyon intervient principalement comme outil au service des 59 communes. Dorénavant pensée comme une société locale « domocratique » (p. 27), aux compétences techniques et juridiques augmentées par ce nouveau statut, la Métropole de Lyon entend mettre l’habitant au centre des préoccupations politiques.

3Ces préoccupations politiques contemporaines s’inscrivent dans la lignée des dynamiques institutionnelles et socio-territoriales du siècle dernier (industrialisation, accroissement des mobilités, immigration). Concernant les mobilités, deux chapitres se font écho. La contribution d’Aurélie Mercier et Stéphanie Souche-Le Corvec dresse une analyse de deux politiques de transport, l’une effective (le tramway), l’autre prospective (un péage urbain), visant à inciter les automobilistes à préférer les transports en commun. Bien que les politiques métropolitaines actuelles s’inscrivent dans un « paradigme de mobilité soutenable » (p. 33), les autrices témoignent des difficultés à rompre avec le modèle urbain automobile orchestré dans les années 1960, particulièrement dans les territoires les moins accessibles de l’agglomération. Celle d’Étienne Faugier et Antoine Lévêque rappelle que le développement de la COURLY dans les années 1970 a contraint le développement des mobilités périphériques par les transports en commun. En privilégiant les lignes de transports intra-muros et en élargissant le périmètre des transports urbains, le pouvoir métropolitain a mis un coup d’arrêt aux offres privées ou publiques existantes (réseaux ferrés, autocars, service de ramassage). Celles-ci maillaient pourtant le territoire grand lyonnais depuis les années 1920 et permettaient aux salariés de se rendre sur leur lieu de travail, notamment industriel.

4Ces activités industrielles nombreuses dans la métropole de Lyon impliquent l’intervention des acteurs publics par le biais d’outils d’urbanisme. Rachel Linossier dresse un portrait de ces modalités d’aménagement depuis les années 1950. À son apogée, l’industrie lyonnaise connait un départ vers les territoires périphériques, coordonné par les documents d’urbanisme (Plan d’urbanisme directeur, Plan d’occupation des sols, etc.). Bousculée par les crises successives des années 1970, ces mêmes instruments réglementaires sont employés pour freiner le processus de désindustrialisation (création de parcs d’activités mêlant secteurs secondaires et tertiaires, etc.), sans pour autant y mettre fin. Toutefois, les années 1990 et 2000 marquent un virage vers le secteur tertiaire des politiques d’aménagements, qui limite la déprise économique de la métropole. Aujourd’hui, la Métropole de Lyon poursuit une politique de requalification industrielle sous le projet « métropole fabricante » (p. 61). Perçu comme un levier de la transition écologique, il reste soumis à des difficultés inhérentes au grand centre urbain, telle la disponibilité du foncier. Ce terme « fabricant » fait référence à l’histoire économique lyonnaise et, par conséquent, à son immigration. Comme l’explique Hacina Ramdani, « l’histoire du courant migratoire à destination de Lyon est principalement marquée par des moments forts de l’économie lyonnaise » (p. 160). En effet, la première guerre mondiale déclenche une première vague migratoire composée de travailleurs coloniaux et venant des pays européens. À la recherche de main d’œuvre, ce mouvement encouragé par les pouvoirs publics et le patronat continue jusqu’à la crise des années 1930, moment où l’industrie lyonnaise s’effondre. Au cours de cette décennie, la population étrangère diminue dans le Rhône, avant une deuxième intensification au début des Trente Glorieuses. Ce regain économique coïncide avec l’arrivée de populations algériennes, du sud de l’Europe, puis d’Afrique subsaharienne et d’Asie, des mouvements migratoires que le gouvernement souhaite officiellement limiter à partir de 1974, suite à la crise économique que traverse le pays.

5En s’attardant sur la stratégie touristique lyonnaise, Anthony Simon dévoile que c’est un autre type de flux que souhaite capter le territoire lyonnais au tournant des années 2000 : celui du tourisme. Auparavant présentée comme une ville de transit et de séjours d’affaires, Lyon devient une destination touristique à part entière. Suite aux processus de réhabilitation du centre historique dans les années 1970, de diffusion d’activités récréatives dans les quartiers péricentraux dès 1990, ces dernières années marquent l’affirmation d’une stratégie touristique « plus responsable, plus raisonné[e], plus réflexi[ve] » (p. 165). Selon l’auteur, cette dernière repose notamment sur la promotion des singularités géographiques de Lyon mais aussi des territoires limitrophes, articulant espaces naturels, urbanité et identité lyonnaise (gastronomie, cinéma, etc.). La conjugaison du marketing territorial métropolitain (ONLYLYON) et des politiques publiques de requalification, rénovation et réhabilitation permet aujourd’hui à la destination lyonnaise d’être mondialement reconnue.

  • 4 Vente en l’état futur d’achèvement (VEFA) d’habitation à loyer modéré (HLM) ; dispositif 3A : « Acc (...)

6Mais dès les années 2000 et 2010, cette attractivité s’accompagne d’une autre dynamique : celle de la hausse des prix immobiliers. Pour l’infléchir, le Grand Lyon souhaitait stimuler l’offre de logement par une hausse de la production. Cet objectif est en grande partie permis par l’intervention publique locale dans le marché du logement grâce à différents instruments de régulation4. Pour Loïc Bonneval qui étudie l’interdépendance entre politiques publiques et marché immobilier, ce « modèle lyonnais » (p. 78) de coopération entre acteurs publics et privés du logement ne contribue pas à endiguer cette hausse, ni à remettre en cause les clivages socio-spatiaux à l’œuvre entre quatre secteurs de la métropole (hypercentre, quartiers périphériques, banlieue est, banlieue ouest). Au contraire, ces politiques du logement contribuent à une segmentation de l’offre de logement, renforçant ainsi la segmentation de la demande.

7Porter son regard sur la métropole de Lyon, c’est porter attention à ses habitants et à leurs rapports aux autres et aux lieux. À partir d’une enquête sociologique, Jean-Yves Authier, Isabelle Mallon et Loïc Bonneval attestent d’une vitalité des relations de voisinage à Lyon, bien qu’elles soient différenciées selon les contextes résidentiels (bourgeois, gentrifié, mixité programmée, quartier populaire, grand ensemble) et soumises à plusieurs facteurs sociodémographiques (âge, PCS, ancienneté de résidence, etc.). Si le quartier bourgeois d’Ainay et celui gentrifié de la Croix-Rousse sont ceux où les relations entre voisins sont les plus conséquentes, c’est dans les quartiers populaires que le voisinage s’avère être un espace-ressource plus important concernant l’accès à l’emploi par exemple, des disparités qui impliquent d’interroger autant l’intensité des liens que leurs natures et leurs formes. Bianca Botea, quant à elle, donne à voir les lourdes transformations auxquelles sont confrontés les habitants des quartiers soumis aux politiques de rénovation urbaine. Prenant l’exemple de la Duchère, elle observe un attachement fort des citadins à leur quartier, opposé à une perspective de transition portée par les professionnels aménageurs. Face à ces changements intervenant dans le quotidien des personnes, l’autrice montre l’intérêt d’accorder autant d’importance aux liens que les habitants établissent avec leur cadre de vie qu’aux approches purement matérielles de ces espaces urbains en mutation.

8À travers ses trois grands thèmes : produire, vivre et ouvrir la métropole, cet ouvrage permet aux lecteurs de comprendre les évolutions institutionnelles et politico-économiques de la métropole lyonnaise, d’observer les rapports socio-spatiaux des habitants à leur lieu de vie et d’explorer l’ouverture de la métropole aux autres espaces au cours de son histoire. Riche de son approche transversale, tant d’un point de vue disciplinaire et méthodologique que thématique, il offre une porte d’entrée privilégiée dans la compréhension de Lyon comme métropole et Métropole. Bien qu’évoqués dans la conclusion et dans certaines contributions, nous regrettons peut-être l’absence d’une partie centrée sur l’adaptation aux enjeux écologiques et sociaux auxquels sont confrontés les espaces urbains à l’heure de l’anthropocène.

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Notes

1 Selon les auteurs, « il s’agit d’un ensemble de processus sociaux, économiques, spatiaux et politiques, interdépendants et articulés entre eux, mais avec chacun leurs logiques propres. C’est l’imbrication de l’évolution de la population, du changement des pratiques de mobilité, de la redéfinition des niveaux de gouvernance, de la modification de la base économique et de bien d’autres processus en cours qui caractérise ainsi la métropole lyonnaise » p. 9).

2 Les auteurs du livre utilisent le terme « Métropole » avec une majuscule dès lors qu’il se réfère à l’institution administrative.

3 Loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, 27 janvier 2014.

4 Vente en l’état futur d’achèvement (VEFA) d’habitation à loyer modéré (HLM) ; dispositif 3A : « Accession à prix Abordable » ; doublement du prêt à taux zéro (PTZ) ; création du « Pass foncier » (p. 78).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Damien Rondepierre, « Aurélie Mercier, Roelof Verhage (dir.), Lyon, métropole en mouvement », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 18 janvier 2024, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lectures/63470 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/lectures.63470

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Discipline

Économie

Sociologie

Urbanisme - architecture

Anthropologie

Droit

Histoire

Géographie

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Rédacteur

Damien Rondepierre

Doctorant en sociologie et géographie à l’Université Lumière Lyon 2, membre du Centre Max Weber et chercheur associé Leroy Merlin Source

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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