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Martin Aurell, Florian Besson, Justine Breton, Lucie Malbos (dir.), Les médiévistes face aux médiévalismes

Nicolas Delferrière
Les médiévistes face aux médiévalismes
Martin Aurell, Florian Besson, Justine Breton, Lucie Malbos (dir.), Les médiévistes face aux médiévalismes, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2023, 222 p., ISBN : 978-2-7535-8794-6.
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Texte intégral

1Publiés sous la direction de Martin Aurell, Florian Besson, Justine Breton et Lucie Malbos, Les médiévistes face aux médiévalismes constituent une somme de réflexions indispensable pour penser l’impact et la réception de la période médiévale (« le médiévalisme »), dans notre société. De nombreuses publications sur le sujet existaient déjà. Nous les retrouvons abondamment citées dans les notes de bas de page des différents articles, mais également répertoriées dans la bibliographie sélective située à la fin de l’ouvrage. Avec cet ouvrage cependant, les directeurs de la publication et les auteurs – historiens, archéologues et spécialistes de littérature médiévale – ont posé par écrit une nouvelle grande étape collective dans ce domaine.

2Composé de quatorze articles, l’ouvrage est organisé comme suit : une introduction générale rédigée par les quatre co-directeurs de la publication ; une première partie intitulée « Approche diachronique des médiévalismes » constituée d’une courte introduction et de quatre articles ; une deuxième partie nommée « Création et recréation du Moyen Âge », composée elle aussi d’une rapide introduction, et de quatre articles. Les deux dernières parties, « Enseigner (par) le Moyen Âge » et « Médiévalismes et médiévistique » sont constituées chacune d’une courte introduction et de trois articles, mais également d’un atelier de discussion : « Comment rendre présent le Moyen Âge aujourd’hui ? » et « Les médiévistes face aux non-médiévistes. Tensions et attentions » ; l’absence d’indication dans la table des matières quant à la présence de ces deux ateliers est à déplorer. Une conclusion générale rédigée par les quatre directeurs de cette publication vient clore les échanges et proposer des pistes de réflexion intéressantes pour envisager la suite des études médiévalistes. En outre, seize planches réunies au centre de l’ouvrage contiennent l’ensemble des images proposées par les auteurs. Au regard de la qualité des textes et de la mention très fréquente de l’iconographie médiévaliste en leur sein, on regrette qu’il n’y en ait pas davantage…

  • 1 Les différentes études réalisées dans le cadre du carnet Hypothèses « Antiquipop. L’Antiquité dans (...)

3Le principal problème que les historiens rencontrent avec le médiévalisme, explicité très clairement dès l’introduction, réside dans l’acceptation difficile que peut constituer ce type d’étude dans le champ disciplinaire universitaire, parfois trop rigide ; les antiquisants doivent faire face aux mêmes embûches dès lors qu’ils s’intéressent à la réception de l’Antiquité dans la culture populaire1… Les études sur la réception engendrent parfois des réactions mitigées, voire négatives, en raison des supports expertisés (images publicitaires, films, clips vidéo, chansons, séries, etc.) jugés moins nobles que les textes anciens ou les objets archéologiques.

4La naissance du médiévalisme comme véritable champ d’études remonte à 1979. Ce type d’étude existe donc depuis quarante-quatre ans, même si on note une accélération ces dix dernières années. Les différents articles réunis au sein cet ouvrage en démontrent toute l’étendue.

5Au sein de la première partie de l’ouvrage, l’article d’Alain Corbellari revient sur les différentes périodes de réception littéraire du Moyen Âge. Si un tel article participe, de façon érudite, à la plongée dans le médiévalisme, le choix de l’écriture à la première personne du singulier et la surenchère de « bons mots », pas toujours des plus exquis, tendent à agacer parfois le lecteur, nuisant ainsi à la lecture et à la compréhension de l’ensemble. C’est un parti pris qui peut être efficace à certaines occasions, mais peu convaincant ici. Le deuxième article, rédigé par William Blanc, dont le titre « Donjons & Moutons » est à la fois particulièrement drôle et pertinent, nous invite dans le monde des objets médiévalistes présents dans notre quotidien. À travers plusieurs exemples de supports (film, publicité, documentaire, décor de flipper), l’auteur nous démontre que les images liées au Moyen Âge réel ou fantasmé sont « partout autour de nous ». On regrette que les images publicitaires évoquées ne soient pas toutes illustrées, de même que des captures d’écran du documentaire présentant un berger dans des ruines médiévales auraient pu être précisément choisies par l’auteur. Les images, rappelons-le, ne sont pas de simples illustrations sans informations, mais contribuent à l’argumentation autant que les textes. Les spécialistes des images pourraient d’ailleurs y déceler d’autres pistes de réflexion que celles proposées par l’auteur. De plus, on regrette que les légendes des figures présentées dans les planches ne soient pas complètes : il n’y a pas d’informations sur la provenance des clichés utilisés (hormis pour l’illustration n° 3) et la date n’est pas toujours indiquée. On s’étonne aussi que la couleur de l’affiche (illustration n° 1) du film de 1938 n’ait pas été reproduite. Vient ensuite la présentation historiographique de Marion Bertholet sur la réception particulière du Moyen Âge italien du XVIIIe siècle à la première moitié du XIXe siècle, en décalage complet avec la vision très sombre accolée aux autres territoires européens durant la période médiévale. Pour clore la première partie, la contribution de Joanna Pavleski-Malingre constitue un exemple méthodologique efficace pour réaliser toute étude médiévaliste, en croisant la réception de l’image de la fée Mélusine dans les textes, mais aussi à partir des images héraldiques, du Moyen Âge à nos jours.

6La deuxième partie de l’ouvrage est constituée d’articles qui témoignent de la force d’inspiration que représente le Moyen Âge pour la création contemporaine, entre réception fidèle et transformations artistiques, en particulier dans les films, les animés, les jeux de société et même au cœur de la pratique de la reconstitution dite historique. Yohann Chanoir présente tout d’abord un panorama de l’influence du Moyen Âge sur la production cinématographique occidentale et fournit un bilan historiographique des études médiévalistes sur le sujet. Les frères de Vasselot offrent ensuite une contribution passionnante, savante et rafraichissante sur une forme d’appropriation culturelle à l’œuvre dans littérature mangaesque japonaise qui offre une place étonnante et largement fantasmée au Moyen Âge européen, en particulier l’imagerie de la chevalerie, l’utilisant même pour illustrer des scènes de l’histoire japonaise. Vient après un article de Florian Besson et Pauline Ducret sur l’importance de l’influence de la période médiévale dans la production des jeux de société, bien que celle-ci soit fantasmée et transformée dans un monde fantasy à destination du public particulièrement connaisseur et exigeant que sont les geeks. Cette deuxième partie prend fin avec une dernière contribution proposée par Martin Bostal sur la pratique de la reconstitution historique, la façon dont elle est réalisée et ce qu’elle peut apporter dans le cadre des études médiévalistes. Une citation nous semble particulièrement importante à retenir tant elle éclaire globalement l’ensemble des contributions de cet ouvrage : « En tant que représentation du passé, la reconstitution historique est un miroir des intérêts contemporains pour le Moyen Âge : un phénomène qui en dit plus sur notre présent et notre rapport au passé que sur la période médiévale en elle-même » (p. 110).

7La troisième partie s’interroge sur la transmission des savoirs obtenus grâce aux études historiques sur la période médiévale et sur les médiévalismes comme vecteurs qui permettent souvent une porte d’entrée plus abordable pour le « grand public ». Isabelle Olivier démontre tout d’abord que la littérature jeunesse offre un médium particulièrement efficace tant pour divertir le lecteur que pour l’instruire, ce que confirme Tristan Martine pour l’usage qui est fait de la bande dessinée médiévaliste. Apprendre les subtilités du Moyen Âge par les jeux vidéo semble néanmoins plus compliqué, d’après les informations très sourcées apportées par Romain Vincent. Pour clore cette troisième partie, un atelier propose à quatre intervenants aux profils variés (archéologue, podcasteuse et maîtres de conférences en histoire médiévale) plusieurs questions sur la thématique suivante : « Comment rendre présent le Moyen Âge aujourd’hui ? ». Les réponses de chacun sont de véritables témoignages de la diversité des approches possibles pour aborder la présence du Moyen Âge à notre époque.

8L’ultime partie du livre est consacrée à la confrontation entre médiévalisme et médiévistique, deux mondes différents qui peuvent apporter des bénéfices à l’un et à l’autre à condition d’un dialogue raisonnable. Pour les médiévistes, s’intéresser à la réception et à l’appropriation du Moyen Âge dans la culture contemporaine ne peut qu’enrichir la vision globale qu’ils ont de leur période, notamment en modifiant ou enrichissant leur approche auprès des différents publics, et pour les tenants du médiévalisme, accorder du crédit aux travaux universitaires, même lorsqu’ils battent en brèche des clichés qui ont la vie dure, ne peut apparaître que comme une volonté de donner de la crédibilité à leur œuvre. Le premier article d’Anne Besson interroge la relation compliquée existante entre le monde la fantasy et la médiévistique. Vient ensuite le second atelier de l’ouvrage intitulé « Les médiévistes face aux non-médiévistes. Tensions et attentions » dans lequel quatre médiévistes s’interrogent notamment sur la place du médiéviste dans la société. Les témoignages précieux de ces spécialistes sur les retours qu’ils ont eus à la suite de prises de position face à des pseudo-historiens médiatiques auto-consacrés illustrent la difficulté de se faire entendre de manière rationnelle face à des marchands d’histoires et de légendes, et la violence que peut engendrer chez certains, la remise en cause de postulats biaisés par l’absence de véritables études historiques. Les deux derniers articles de la quatrième partie, celui de Tommaso di Carpegna Falconieri et celui de Vincent Ferré, convergent tous les deux sur la nécessité de créer des passerelles entre médiévalisme et médiévistique, une position que nous partageons et que nous encourageons également de nos vœux.

9 Comme les quatre directeurs de la publication le proposent en conclusion, puisse cet excellent ouvrage collectif constituer « un appel à poursuivre et à approfondir la réflexion autour du vaste champ des médiévalismes ». Il y a matière pour !

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Notes

1 Les différentes études réalisées dans le cadre du carnet Hypothèses « Antiquipop. L’Antiquité dans la culture pop contemporaine » le démontrent parfaitement : https://antiquipop.hypotheses.org.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Delferrière, « Martin Aurell, Florian Besson, Justine Breton, Lucie Malbos (dir.), Les médiévistes face aux médiévalismes », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 15 novembre 2023, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lectures/62804 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/lectures.62804

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Rédacteur

Nicolas Delferrière

Enseignant contractuel en histoire de l’art et archéologie antique, département d’histoire de l’art et d’archéologie, Université Clermont Auvergne.

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