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Egawa Atsushi, Marc Smith Tanabe MEgmi, Hannno Wijsman (dir.), Horizons médiévaux d’Orient et d’Occident. Regards croisés entre France et Japon

Florian Besson
Horizons médiévaux d'Orient et d'Occident
Atsushi Egawa, Marc Smith, Megumi Tanabe, Hanno Wijsman (dir.), Horizons médiévaux d'Orient et d'Occident. Regards croisés entre France et Japon, Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Histoire ancienne et médiévale », 2022, 350 p., ISBN : 979-10-351-0841-0.
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Texte intégral

1L’ouvrage rassemble quinze contributions, en français ou en anglais, issues d’un colloque organisé en novembre 2017 au Japon, colloque qui portait sur les échanges culturels au Moyen Âge et qui était organisé par le réseau de médiévistes Ménestrel. Les articles sont rédigés soit par des médiévistes français, soit par des médiévistes japonais, soit par les deux. Les directeurs d’ouvrage insistent dans leur introduction sur le fait que l’écriture d’un tel volume a été un défi éditorial en même temps qu’une vraie expérience de pensée croisée, au fil des traductions, des commentaires, des réécritures : il s’agit bien de faire dialoguer des chercheurs et chercheuses issu·es de traditions historiographiques différentes.

2Deux types d’approches se distinguent : un premier ensemble d’articles, plutôt inscrits dans une perspective d’histoire dite connectée, se penchent sur des transferts culturels variés. Malgré le titre, les contributions de cette première partie ne portent pas toutes sur les rapports entre Orient et Occident, ce qui n’aide pas à la lisibilité globale d’un ouvrage par ailleurs dense et complexe : si l’article d’Alban Gautier consacré à la conversion religieuse est d’une grande richesse conceptuelle et s’intègre bien à l’ouvrage, c’est moins le cas de ceux de Kobayashi Yoshiko, qui porte sur une comparaison des œuvres de John Gower et Philippe de Mézières, et d’Anne Rochebouet, dans lequel elle analyse les textes français en Italie au Moyen Âge. Ces deux articles sont en eux-mêmes tout à fait intéressants mais semblent peu à leur place dans l’ouvrage. Heureusement, la première partie intègre également deux articles qui se complètent parfaitement : Igawa Kenji montre comment les auteurs médiévaux japonais imaginent l’Inde, pays de naissance du bouddhisme qui occupe donc une place importante dans les imaginaires géographiques mais n’est que très rarement visité en réalité, tandis que Hanno Wijsman analyse la bibliothèque du Grand-Duc de Bourgogne pour voir comment les livres rassemblés expriment une véritable « fascination de l’Orient ». Il est intéressant de noter que dans les deux cas, pour les auteurs japonais comme bourguignons, l’Inde constitue un horizon de référence un peu onirique, confins du monde autant rêvé que rarement exploré. Enfin, Isabelle Draelants et Yamanaka Yuriko proposent une passionnante enquête dans les textes pour retracer l’apparition en Chine d’une légende entourant la mandragore, légende venue de textes gréco-romains et qui, via la Perse, passe progressivement en Orient. C’est probablement l’article le plus neuf de l’ouvrage, qui apporte un vrai exemple concret permettant de souligner comment, au fil des siècles et des kilomètres, des savoirs – en l’occurrence botanico-médicaux – passent d’une culture à l’autre, non sans transformations et adaptations.

3La deuxième partie de l’ouvrage est plus cohérente car elle reprend les méthodes de l’histoire comparée, même si on notera que les différents auteurs en donnent parfois des définitions sensiblement différentes : c’est là évidemment le signe de la complexité épistémologique de la notion, et c’est également probablement une manière de refléter la vivacité des échanges durant le colloque et durant la constitution du volume, mais, à nouveau, cela n’aide pas à faire de l’ouvrage un tout cohérent. Dans cette deuxième partie, on trouvera des articles qui mettent en parallèle l’Occident médiéval et le Japon féodal en revenant respectivement sur les ligues paysannes (Serena Ferente et Sato Hitomi), l’héraldique (Laurent Hablot), les sceaux (Ambre Vilain et Tanabe Megumi), le tir à l’arc à cheval (Horikoshi Koichi), les liens entre religion et guerre (Philippe Buc) et enfin les récits exemplaires à vocation morale et/ou religieuse (Jacques Berlioz). Dans un article un peu plus réflexif, Benoît Grévin et Kuroiwa Taku reviennent sur la comparaison faite par Satuo Teruo, grand médiéviste japonais, entre la Chanson de Roland et le Dit des Heike : ils soulignent notamment que si Satuo Teruo emprunte des concepts et des outils occidentaux pour faire cette comparaison, il cherche également à lire le premier texte à l’aune de concepts et de mots japonais, notamment à travers la notion de aikan (pathos/pathétique). Les articles sont d’une densité et d’un intérêt inégal, certains se cantonnant à des approches très descriptives qui se contentent de dégager les points communs et les différences entre les deux sociétés, sans réelle plus-value scientifique ou pédagogique, ce qui est l’une des limites de l’histoire comparée. D’autres sont plus fins, notamment lorsqu’ils s’appuient sur une vraie réflexion sur les nécessités mais aussi les limites de la traduction, comme le fait en particulier Jacques Berlioz. Dans sa contribution, ce dernier revient par exemple sur l’intégration de textes religieux asiatiques dans la base de données THEMA (Thesaurus des exempla du Moyen Âge), et souligne combien la réflexion sur les mots-clés et l’indexation de ces textes est cruciale : s’il est nécessaire d’ajouter certains mots-clés propres au contexte asiatique, comme riz ou mangouste, d’autres nécessitent d’être traduits, comme arhat (« grand sage bouddhique »).

4In fine, il s’agit d’un ouvrage dense, dont la lecture en tant que livre n’est pas évidente – problème classique des actes de colloque, a fortiori lorsque l’objet du colloque est aussi large, voire flou, qu’ici. Il intéressera les spécialistes du Japon médiéval ainsi que les médiévistes qui travaillent sur les échanges culturels, mais les deux regretteront probablement l’aspect un peu mosaïque du volume.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Florian Besson, « Egawa Atsushi, Marc Smith Tanabe MEgmi, Hannno Wijsman (dir.), Horizons médiévaux d’Orient et d’Occident. Regards croisés entre France et Japon », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 09 janvier 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lectures/59416

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Rédacteur

Florian Besson

Docteur en histoire médiévale, spécialiste des croisades et des États latins d’Orient.

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