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William Gasparini et Sandrine Knobé (dir.), Le sport-santé. De l’action publique aux acteurs sociaux

Igor Martinache
Le sport-santé
William Gasparini, Sandrine Knobé (dir.), Le sport-santé. De l'action publique aux acteurs sociaux, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Sport en société », 2021, 342 p., ISBN : 979-10-344-0105-5.
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Texte intégral

  • 1 Voir Gasparini William, « L’intégration par le sport. Genèse politique d’une croyance collective », (...)
  • 2 Cf. Gusfield Joseph, La Culture des problèmes publics. L’alcool au volant : la production d’un ordr (...)
  • 3 Traduction du concept forgé par Robert Crawford (cf. Crawford Robert, « Healthism and the Medicaliz (...)

1Le sport, entendu au sens large – et problématique – d’activité physique, est de manière régulière instrumentalisé au service d’autres causes, et paré de nombreuses vertus et valeurs qu’il ne véhicule pour autant pas par essence. Après avoir été à la fin du siècle dernier érigé en vecteur d’intégration1, il est depuis le début de la décennie 2000 de nouveau mis en avant comme facteur de (bonne) santé. C’est à la construction de ce problème public, suivant lequel un certain nombre de troubles sanitaires pourraient être évités ou traités par un surcroît d’activité physique2, que s’attellent les différentes contributions de cet ouvrage collectif initié au sein du laboratoire « Sport et sciences sociales » de l’université de Strasbourg à partir de plusieurs projets consacrés à cette question et d’une journée d’études organisée en octobre 2019. Les coordinateurs de l’ouvrage, Sandrine Knobé et William Gasparini, rappellent en introduction le florilège de textes internationaux et nationaux pointant les bienfaits d’une activité physique modérée pour la santé et le bien-être, et les non moins multiples campagnes de lutte contre la sédentarité qui en ont découlé. Mais d’emblée, ils pointent également le décalage de ces recommandations de santé publique, comme d’autres, par rapport aux usages sociaux et aux représentations du corps, notamment dans les milieux populaires. Loin pour autant de se réduire à une dénonciation de ce nouvel avatar du « santéisme »3, les différents textes qui composent cet ouvrage s’efforcent d’explorer chacun un aspect concret de sa mise en œuvre, ceci en croisant les regards, tant disciplinaires que contextuels, en s’intéressant à des territoires différents, mais aussi en identifiant de multiples agents sociaux impliqués dans le déploiement des dispositifs subsumés sous l’étiquette de « sport-santé ».

2La première partie revient ainsi sur la genèse de cette catégorie d’action publique à travers un entretien croisé avec deux de ses « entrepreneurs politiques », Valérie Fourneyron lorsqu’elle était à la tête du Ministère des Sports, et Alexandre Feltz à la ville de Strasbourg, pionnière en la matière. Jacques Defrance, Taieb El Boujoufi et Olivier Hoibian viennent quant à eux rappeler que si la promotion de l’exercice physique à des fins sanitaires est loin d’être nouvelle en tant que telle – on en trouve la trace dès 1723 ! –, elle a en réalité profondément évolué au fil du temps, tant du point de vue de ses justifications, que des agents qui la portent et de ceux à qui elle est destinée, donc de ses modalités. En analysant pour leur part le plan « sport santé bien-être » lancé en Nouvelle-Aquitaine en 2012, Marina Honta et Frédéric Illivi pointent le nécessaire bricolage et les dilemmes des agents concernés, face à la multiplicité des outils qui s’offrent à eux dans les dispositifs qu’ils sont chargés de déployer. Puis, le texte de Blandine Lefebvre traite de la manière dont professionnels et patients co-construisent de nouvelles habitudes de vie au sein des réseaux de prévention de l’obésité. Enfin, la contribution de Claire Perrin, qui clôt cette partie, est consacrée à la reconfiguration des territoires professionnels et des organisations médico-sociales qui participent aux réseaux diabète avec l’essor de l’activité physique adaptée (APA).

3La deuxième partie de l’ouvrage se penche davantage sur l’expérience – ou plutôt les expériences compte tenu de leur diversité – des patients et encadrants dans une dimension processuelle. Floriane Lutrat y analyse ainsi tout d’abord les récits d’anciens bénéficiaires du dispositif « sport santé sur ordonnance » développé de manière pionnière à Strasbourg, esquissant au passage une typologie de ces derniers. Sylvain Ferez, Stéphane Héas et Éric Perera proposent pour leur part un point de vue original sur les rapports de patients infectés par le VIH à l’activité physique, ceci en montrant notamment comment certains passent outre l’avis des médecins et surinvestissent le sport pour se livrer à ce qu’ils vivent comme un corps-à-corps avec la maladie. Dans une perspective interactionniste, Nathalie Barth, Bienvenu Bongué et David Hupin étudient quant à eux la trajectoire des personnes atteintes d’un diabète de type 2 inscrites dans un dispositif d’APA. Ce faisant, ils pointent notamment différents moments charnières, qu’ils qualifient de « turning points » : à l’entrée, dans le maintien, avec le rôle décisif de la sociabilité, et finalement dans l’autonomisation individuelle. Enfin, en allant interroger les familles d’un quartier populaire strasbourgeois dont un enfant est inscrit dans un dispositif de prévention de l’obésité, Marine Grassler met en évidence le décalage de leurs pratiques et représentations avec celles prônées par le dispositif, ainsi que la manière dont leur lieu de vie influe sur la perception qu’ils en ont.

4La troisième partie propose au contraire d’élargir la focale à l’échelle internationale, à travers la comparaison avec d’autres pays européens. La contribution de Stefano Martelli, récemment disparu, et Giovanna Russo se penche ainsi sur le développement de la promotion du sport-santé dans la région transalpine d’Emilie-Romagne, également pionnière en la matière, non sans livrer au préalable un vaste bilan de la situation du sport et de l’activité physique dans la population italienne à partir des données de la statistique publique. Ils signalent, en sus de développer les multiples dispositifs mis en place, la distinction qui y est utilisée entre dispositifs d’APA et dispositifs d’EPA (exercices physiques adaptés), distinction qui permet de mieux s’adapter aux situations hétérogènes des publics concernés. Leur compatriote Enrico Michelini, installé dans la Sarre, présente la situation allemande à partir d’une étude lexicographique des programmes développés au cours des dernières années. Il souligne tout particulièrement la médicalisation de l’inactivité physique qui s’y donne à voir, en dépit du fait qu’aucune maladie n’a (encore ?) été définie, ni aucun traitement médicamenteux élaboré. En se penchant plus spécifiquement sur un dispositif relatif au Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, il montre que cette incursion des professionnels de santé dans cet aspect de la vie quotidienne s’accompagne également d’une tendance à la sportivisation, qu’il impute à l’influence du mouvement sportif et sa capacité d’organisation, qui sont ainsi mobilisées par les concepteurs de telles actions. Cécile Collinet, Jérémy Pierre et Pierre-Olaf Schut apportent involontairement une confirmation à ce constat à partir d’un autre terrain : celui de la marche au Royaume-Uni. Celle-ci, comme le montrent les auteurs, est désormais de plus en plus scrutée, dans ses différentes composantes (utilitaire, loisir et sportive), par les chercheurs comme par les autorités sanitaires. Dans leur texte, les auteurs, qui se sont appuyés sur une enquête originale sous-traitée à une firme privée, pointent différents profils de marcheurs et explorent surtout les facteurs qui favorisent ou limitent cette activité, tout en confirmant les effets positifs sur le bien-être. Gilles Vieille-Marchiset présente enfin certains résultats d’une enquête collective menée entre France, en Allemagne, en Italie et en Suisse. Dans sa contribution, il aborde plus spécifiquement les formes de transmission intergénérationnelle des rapports à la santé et à l’activité physique au sein de familles de milieux populaires. Après un tour d’horizon de différents enjeux en la matière, comme les messages transmis, les rôles sexués et les processus d’imprégnation, il conclut en pointant que « si les styles de vie populaires valorisent la mise en mouvement des enfants depuis plusieurs générations » (p. 302), ces transmissions apparaissent néanmoins grippées ces derniers temps du fait de l’aggravation des contraintes environnementales – déficit d’installations et omniprésence des écrans notamment, mais aussi pollution de l’air extérieur, comme dans la région napolitaine. Ainsi, l’existence, et même la persistance, d’une « bonne volonté sanitaire » parmi ces familles n’empêche pas la manifestation de certaines résistances, elles-mêmes découlant largement du contexte socio-économique dégradé dans lequel sont prises ces populations.

5L’ouvrage se termine sur une conclusion roborative de Christelle Marsault, qui propose une montée en généralité à partir d’une synthèse des différents apports de chacune des contribution. Elle achève ainsi de démontrer que cet objet du sport-santé, envisagé simultanément comme catégorie de pratiques, d’acteurs et de pensée, met en évidence un « déplacement des frontières entre médical et non médical, sportif et non sportif [mais aussi] entre le social et le territorial » (p. 320). Ce faisant, cet ouvrage a de quoi susciter l’intérêt bien au-delà des chercheurs et acteurs du sport ou de l’intervention sanitaire et sociale.

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Notes

1 Voir Gasparini William, « L’intégration par le sport. Genèse politique d’une croyance collective », Sociétés contemporaines, n° 69, 2008, p. 7-23.

2 Cf. Gusfield Joseph, La Culture des problèmes publics. L’alcool au volant : la production d’un ordre symbolique, Paris, Economica, 2009 [1981].

3 Traduction du concept forgé par Robert Crawford (cf. Crawford Robert, « Healthism and the Medicalization of Everyday Life », International Journal of Health Services, vol. 10, n° 3, 1980, p. 365-388).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Igor Martinache, « William Gasparini et Sandrine Knobé (dir.), Le sport-santé. De l’action publique aux acteurs sociaux », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 11 décembre 2021, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lectures/53110 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/lectures.53110

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