Denys l’Aréopagite et sa postérité en Orient et en Occident (Actes du colloque international, Paris, 21-24 septembre 1994), Y. de Andia (éd.)
Denys l’Aréopagite et sa postérité en Orient et en Occident (Actes du colloque international, Paris, 21-24 septembre 1994), Y. de Andia (éd.), Paris, Institut d’études augustiniennes (Collection des études augustiniennes, série Antiquité ; 151), 1997.
Texte intégral
1Denys l’Aréopagite (ou le pseudo-Denys) est bien fait pour attirer qui s’intéresse au monde antique et à la psychologie historique. D’une part l’œuvre qui nous est parvenue sous ce nom représente une étape dans la transformation et la transmission à notre monde moderne de la culture issue de Platon, d’une culture du Monde Antique. D’autre part il s’agit de ce que l’on peut nommer poliment un emploi de pseudonyme, ou un ensemble de textes pseudépigraphes ; sans que prononcer le terme de « faux » attire dans le cas de cette œuvre la réprobation horrifiée qui peut être encore de mise quand il s’agit de textes sacrés (voir la page de Morton Smith (p. 98) dans sa communication aux Entretiens Hardt XVIII de 1971 et le trait qui y est rapporté), on met souvent entre parenthèses la question de l’auteur pour ne s’intéresser qu’au texte fourni, on parle de « génial faussaire », ou l’on se situe dans la ligne d’un Romain Rolland, qui faisait remarquer qu’il est bien permis, sans faire un faux, de prendre pour nom de plume le nom de quelqu’un dont chacun sait qu’on ne conserve aucune œuvre, c’est-à-dire, dans ce cas, d’écrire sous le masque d’un des deux convertis de Paul à Athènes qui, parmi les rares convertis, soient seuls cités nommément, sous le nom du membre de l’Aréopage Denys : l’adoption de ce masque, la façon dont on en joua ou dont on s’en laissa jouer, les tentatives pour le soulever, intéressent à la fois le philologue et la psychologie historique. Enfin le corpus dionysien a fonctionné comme une origine ou une autorité justificatrice dans ce domaine psychologique particulier que l’on nomme parfois l’expérience mystique.
2L’ensemble de communications publié là n’est pas sans offrir des obstacles au lecteur : il couvre un bon millénaire, du VIe au XVIe ou XVIIe siècle, et les lacunes des connaissances de chacun des possibles lecteurs, qui connaît plus ou moins bien, et surtout plus ou moins mal, tel ou tel domaine traité par des spécialistes gênera chacun – c’est la difficulté de tout travail collectif qui n’est pas un ouvrage de vulgarisation ; de plus les contributeurs sont non seulement des philologues, gens à l’idéal positif qui s’efforcent de présenter des démonstrations admissibles pour quiconque a (ou acquiert) les connaissances nécessaires, mais des philosophes et des théologiens, gens qui risquent de n’être pas admis ou compris par qui n’est pas de la paroisse de tel ou tel d’entre eux (j’invite le philosophe maugréant ici contre le philologue à se souvenir du zéro obtenu par Taine à sa « leçon dogmatique » pour l’agrégation de philosophie et de la justification que lui donna honnêtement Darlu et qu’admit tout aussi honnêtement Taine) – seconde difficulté !
3L’intérêt me paraît cependant assez grand pour que je reproduise la table des matières, assortie de quelques mots concernant les articles qui m’ont particulièrement intéressé (choix évidemment très subjectif) :
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E. Moutsopoulos, « Denys l’Aréopagite. D’Athènes à Paris-Saint-Denis ».
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Ysabel de Andia, « Denys l’Aréopagite à Paris ».
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Jean Irigoin, « Les manuscrits grecs de Denys l’Aréopagite en Occident, les empereurs byzantins et l’abbaye royale de Saint-Denis en France » (L’article concerne : a) le manuscrit (sans scholies) offert par l’empereur Michel le Bègue à Louis le Pieux en septembre 827 et conservé à l’abbaye de Saint-Denis (l’actuel Parisinus graecus 437), à l’origine des traductions latines d’Hilduin et de Jean Scot Erigène ; b) les compléments (prologue et scholies de Jean de Scythopolis) apportés à la traduction latine par Anastase le Bibliothécaire (de Rome, mort en 879) ; c) le manuscrit à scholies apporté en 1167 à l’abbaye de Saint-Denis par le médecin Guillaume (l’actuel Parisinus graecus 933), à l’origine de bien des études médiévales occidentales ; d) le manuscrit apporté à l’abbaye de Saint-Denis en 1408 par Manuel Chrysoloras, ambassadeur de l’empereur Manuel II Paléologue (conservé actuellement au Musée du Louvre, Département des objets d’art, cote MR 416)).
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Mihai Nasta, « Quatre états de textualité dans l’histoire du Corpus Dionysien » (Les quatre états de textualité dont parle ce titre sont quatre stades ; le premier stade est le stade primitif, la fabrication par « l’architecte du dessein hiérarchique », reconstruite ou devinée au terme d’une « déconstruction », sans que M.N. s’intéresse à l’identité de cet architecte ; le second stade concerne le textus receptus, le corpus canonique rédigé par Jean le Scholastique (sive Jean de Scythopolis) ; le troisième stade concerne la « fortune livresque » depuis les années 530-536 de ce « corpus élargi » (de scholies) ; le quatrième stade concerne le « réseau herméneutique »).
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Paul Tombeur, « Une double clef pour l’étude du Corpus Dionysiacum : les concordances gréco-latine et latino-grecque réalisées par le CEDETOC ».
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Dominic O’Meara, « Évêques et philosophes-rois : philosophie politique néo-platonicienne chez le pseudo-Denys ».
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Carlos Steel, « Denys et Proclus : l’existence du mal ».
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Salvatore Lilla, « Pseudo-Denys l’Aréopagite, Porphyre et Damascius ».
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Beate Regina Suchla, « Das Scholienwerk des Johannes von Skythopolis zu den areopagitischen Traktaten in seiner philosophie- und theologiegeschtlichen Bedeutung ».
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Michel Van Esbroeck, « La triple préface syriaque de Phocas ».
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Paul Rorem, « The doctrinal concerns of the first dionysian scholiast, John of Scythopolis ».
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Ugo Reinhold Jeck, « Philosophische Grundbegriffe des Ps.-Dionysius Areopagita in altarmenischer Version ».
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Lambros Siassos, « Des théophanies créées ? Anciennes interprétations de la Ie Lettre de Denys l’Aréopagite ».
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Joseph Paramelle S.J., « Morceau égaré du Corpus Dionysiacum ou pseudo-pseudo-Denys ? Fragment grec d’une Lettre à Tite inconnue » (Cet article est un modèle d’étude philologique précise, à tous les niveaux, d’un texte figurant dans le Parisinus graecus 1115 comme fragment d’une Lettre à Tite de Denys, inconnue par ailleurs ; le travail est poussé depuis l’étude du manuscrit jusqu’à l’interprétation du texte en passant par la critique d’authenticité : le fragment est non authentique en tant qu’il n’est pas l’œuvre du « génial faussaire »).
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Theresia Hainthaler, « Bemerkungen zur Christologie des Ps.-Dionys und ihrer Nachwirkung im 6. Jahrhundert ».
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Ysabel de Andia, « Transfiguration et théologie négative chez Maxime le Confesseur et Denys l’Aréopagite ».
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Andrew Louth, « St. Denys the Areopagite and the Iconoclast Controversy ».
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Istvan Perczel, « Denys l’Aréopagite et Syméon le Nouveau Théologien ».
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Édouard Jeauneau, « L’abbaye de Saint-Denis introductrice de Denys en Occident ».
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E.-H. Wéber, « L’apophatisme dionysien chez Albert le Grand et dans son école ».
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Wayne John Hankey, « Dionysian Hierarchy in Thomas Aquinas : Tradition and Transformation ».
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Ignacio Andreggen, « La originalidad del Comentario de Santo Tomas al De divinis Nominibus de Dionisio Areopagita ».
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Panteleimon Kalaitzidis, « Theologia : discours sur Dieu et science théologique chez Denys l’Aréopagite et Thomas d’Aquin ».
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Werner Beierwaltes, « Dionysius und Bonaventura ».
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Charles-André Bernard, « La triple forme du discours théologique dionysien au Moyen Âge ».
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Antonio Rigo, « Il Corpus Pseudo-Dionisiano negli scritti di Gregorio Palamas (e di Barlaam) del 1336-1341 ».
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Juan Nadal, « Denys l’Aréopagite dans les traités de Grégoire Akindynos ».
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Adolph Ritter, « Gregor Palamas als Leser des Dionysius Ps.-Areopagita ».
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Thomas Leinkauf, « Philologie, Mystik, Metaphysik. Aspekte der Rezeption des Dionysius Areopagita in der Frühen Neuzeit » (L’article concerne l’apparition de la critique d’authenticité dionysienne, le rôle des écrits dionysiens dans la tradition mystique moderne et enfin le rôle des Noms Divins dans la spéculation théologique et métaphysique jusqu’au XVIIe siècle).
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Maurice de Gandillac, « La figure de Denys chez le Cusain ».
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Max Huot de Longchamp, « Le pseudo-Denys en défense de l’orthodoxie contemplative de saint Jean de la Croix, selon José de Jesus Maria Quiroga dans son Apologie Mystique ».
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Stanislas Breton, « Sens et Portée de la Théologie Négative » (Il s’agit non pas d’une étude sur le pseudo-Denys, mais d’une réflexion philosophique passionnante – qui se situe dans une ligne philosophique liée au néo-platonisme – sur le sens que peut bien avoir ce que l’on nomme généralement « théologie négative »).
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Yoitiro Kumada, « Die Übersetzung des Corpus dionysiacum ins Japanische ».
4Le volume se termine par un Index Locorum Corporis Dionysiaci et un Index nominum, tous deux fort utiles. Noter cependant que, au moins dans le second index, il convient à partir de la page 227 de rectifier la pagination indiquée en l’augmentant de deux unités (constaté pour les références à Grégoire de Nazianze).
Pour citer cet article
Référence papier
Jean-Marie Mathieu, « Denys l’Aréopagite et sa postérité en Orient et en Occident (Actes du colloque international, Paris, 21-24 septembre 1994), Y. de Andia (éd.) », Kentron, 17-1 | 2001, 87-90.
Référence électronique
Jean-Marie Mathieu, « Denys l’Aréopagite et sa postérité en Orient et en Occident (Actes du colloque international, Paris, 21-24 septembre 1994), Y. de Andia (éd.) », Kentron [En ligne], 17-1 | 2001, mis en ligne le 15 octobre 2018, consulté le 23 janvier 2025. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/kentron/2253 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/kentron.2253
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