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Croquer le travail : une commande du CEA

Drawing work activities: a CEA’s commission
Michèle Dupré

Résumés

Cet article revisite le rapport chaque fois renouvelé entre le travail des images et les images du travail. Les questions : qui peint quel travail, où et comment sont à nouveau développées ici en montrant l’interaction singulière entre une commande faite par une grande organisation à une artiste peintre, extérieure à ce monde du travail. Elle consiste à croquer trente métiers d’un département du CEA au moment où s’élabore par ailleurs un outil de gestion des compétences.

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Texte intégral

  • 1 Pour écrire cet article, deux entretiens extensifs ont été menés en juin 2023 : le premier avec le (...)
  • 2 L’acronyme du CEA, organisme de recherche sur les énergies et la défense, se développe désormais a (...)
  • 3 « Un dessin rapide en situation diffère d’un travail d’après photo. In situ, on ressent et voit le (...)
  • 4 https://www.julietteplisson.com/livret-trente
  • 5 Ce terme renvoie à la complexité à la fois technique et sociale de ces univers à risques industrie (...)
  • 6 Bruno Latour est tout d’abord un sociologue des techniques et des sciences. Puis il développe la t (...)

1Le numéro 15 de la revue ITTI, paru en 2023, avait pour thématique générale : Peindre le travail. Comme l’indique Jean-Marc Leveratto en introduction, ces représentations servent à « visualiser, dans leur matérialité, certaines occupations laborieuses mal connues de l’histoire moderne et contemporaine, mais aussi de prendre la mesure de leur valeur économique et de leur fonction sociale en tant que travail indispensable aux populations qu’elles servent ». Dans cette introduction, l’accent est mis sur le travail ouvrier, sur le labeur accompli dans l’ombre du foyer ou de l’usine. Une deuxième thématique appert dans ce texte introductif, à savoir « la problématique du rapport entre peinture du travail et travail du peintre ». Le texte qui suit prolonge la réflexion sur l’articulation entre ces deux dimensions. Le travail de l’artiste Juliette Plisson rend visible le travail de chercheur.e.s et de personnes de soutien à la recherche : managers et secrétaires, dans une organisation portée par un projet politique. « Le général de Gaulle qui veut faire “de la France une puissance militaire dotée de l’arme atomique” (Angelier, 1983, 44) crée en France dès 1945 le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) pour développer la recherche scientifique et technique, à la fois dans le nucléaire civil et militaire. » (Dupré, 2018, 105) On est bien loin des activités laborieuses, très bien dépeintes dans le numéro 15, souvent peu valorisées, comme c’est le cas des nourrices. Le travail de recherches mené au CEA est cependant lui aussi invisible alors même que s’élabore là tout un pan de l’industrie énergétique française avec des budgets importants. Les entretiens1, sur la base desquels est construit cet article, montrent à la fois la commande faite par un département du CEA2 et la manière dont Juliette Plisson y répond en mobilisant ses capacités de « dessin rapide en situation3 ». Ce travail de représentation du travail en actes au CEA a donné lieu à la publication d’un petit ouvrage intitulé Trente ou l’excellence des métiers du Département de Physico-Chimie4, sur lequel nous reviendrons dans la dernière partie de cet article. Une première partie présente le contexte dans lequel s’inscrit la commande, la seconde aborde le travail des images réalisé par Juliette Plisson, une troisième partie présente les différentes activités croquées dans le Département de Physique-Chimie (DPC) au CEA (Paris-Saclay) Enfin, une quatrième partie traite de l’interaction entre la commande et le travail des images réalisé par une artiste externe à cette organisation et qui parvient pourtant à saisir le sens des activités qu’elle s’attache à dépeindre. Pour rendre compte de cette réalisation artistique au sein de l’univers sociotechnique5 fort qu’est le DPC au sein du CEA, un auteur semble s’imposer, à savoir Bruno Latour6 qui nous explique qu’il est de moins en moins possible « de distinguer l’action humaine, l’usage des techniques, le passage par les sciences et l’invasion de la politique » (Latour, 2010, 65).

1. Une commande pour rendre visibles les chercheur.e.s du DPC

  • 7 Enquête commanditée par l’ASN suite à un incident. Travaillant sur la fabrique de la sécurité dans (...)
  • 8 Installation nucléaire de base.
  • 9 Jean-Christophe Le Coze (Inéris) et moi-même, co-auteurs d’ouvrages et d’articles sur les systèmes (...)
  • 10 Hors activités de défense proprement dite, il y a trois centres au CEA : Paris Saclay, Cadarache e (...)
  • 11 Dessins réalisés par Thomas Durcudoy dit Saint Oma. https://blog.le-paon.com/la-necessite-de-creer (...)

2Lors d’une enquête7 menée au CEA en 2020 sur la mise en œuvre de la sûreté dans les INB8, nous9 avons mené des entretiens dans plusieurs installations des divers centres10 de cet organisme, dont le département de physico-chimie (DPC) à Paris-Saclay, dirigé à l’époque par Christophe Poussard. Intéressé par l’innovation, Éric Verdeau, chef d’installation, ingénieur généraliste, comme il le précise à loisir, aime « rendre les gens curieux ». Et comment rendre curieux des ingénieurs à la spécialité technique très poussée si ce n’est en les faisant se confronter avec d’autres regards sur le monde du travail qui est le leur, et notamment avec des regards d’artistes. L’expérience relatée ici n’est pas première. Une action l’avait précédée : Dessine-moi un expert (2016). Il s’agissait à partir de la spécialité décrite de représenter le scientifique et son domaine d’activité11.

3Pour évoquer l’intervention de l’artiste, décrite ici, Éric Verdeau relate l’évaluation HCERES et la remarque faite sur l’action qui vient d’être évoquée : « Vous avez fait un truc génial pour mettre en valeur les experts, mais pourquoi ne valorisez-vous pas les autres personnes de votre département qui contribuent à la science ? » L’idée fait son chemin dans la tête de l’ingénieur. Son esprit vagabonde lors d’une réunion dédiée aux ressources humaines et l’amène à concevoir le dispositif que nous allons à présent décrire :

On était à ce moment-là au CEA dans une opération de cartographie des métiers. Donc la grosse machine CEA, qui a à gérer des évolutions de compétences, des métiers qui changent, des métiers dont on n’a plus besoin, des métiers dont on a besoin, mais pour lesquels on n’a personne, se décide à faire une cartographie des compétences, et comme, dans cette grosse organisation, on ne sait pas faire des choses simples, on fait une énorme machine avec 2770 compétences. Il s’agit alors de placer chaque personne dans les compétences, les sous compétences, les sous spécialités etc. Et moi je me dis pourquoi pas surfer là-dessus et identifier les trente métiers principaux de notre département et demander à un artiste de venir les croquer.

  • 12 https://www.julietteplisson.com/
  • 13 Urban Sketchers est une communauté mondiale de dessinateurs qui se consacre à la pratique du dessi (...)
  • 14 Le CEA est à forte composante masculine. Près de 20 000 collaborateurs, dont plus de 16 000 en con (...)

4Entre Éric Verdeau et Juliette Plisson, artiste12 et urban sketcher13 qu’il connaît personnellement par ailleurs, commence alors une interaction qui aboutira à une commande. Il se met d’accord avec elle pour croquer « trente gars14 dans les labos. Petit défi : c’est pas le portrait de la reine d’Angleterre qui doit poser pendant 2 fois 8 heures ou plus encore, je lui dis, t’as 30 minutes pas plus pour croquer la situation de travail ». Juliette ne connaissant pas le DPC, ni les métiers qu’elle va devoir croquer, c’est Éric Verdeau qui fait la sélection :

Le travail préalable que j’ai fait, ça a été d’identifier les métiers, de prévenir les gens pour qu’ils soient à leur poste de travail au bon moment. Je voulais aussi avoir des métiers de management. Je lui ai fait croquer une réunion dans laquelle on voit plusieurs personnes qui bossent, c’est la compétence pilotage, animation d’équipe, animation de réseau, conduite de projet, force de production, anticipation.

5Interrogé sur la réception de ce projet hors normes au CEA, il explique :

Je n’ai eu aucun refus. En fait je pense que ce qui se joue là-dedans c’est l’intérêt qu’on manifeste aux gens. C’est la reconnaissance. Et puis le dessin, ce n’est pas intrusif, c’est pas comme la photo, très installée, avec des spots et des machins. Alors que là, elle avait un matériel assez simple : une planche, une feuille, trois crayons, de l’aquarelle, donc c’était assez peu intrusif pour les gens. Il n’y a pas besoin d’innovation technique pour faire des dessins de ce type. Il faut juste de l’innovation dans sa tête à elle.

2. Le travail de l’artiste Juliette Plisson au CEA : une facette de son œuvre

  • 15 D’une durée de trois heures.

6L’entretien15 avec Juliette Plisson se déroule dans son atelier parisien le 28 juin 2023, au rez-de-chaussée d’un bel immeuble. Y sont exposés les différents types de travaux réalisés par Juliette. L’entretien commence par son parcours, donc par sa formation et sa première expérience professionnelle :

J’ai fait des études d’architecture, un peu par tradition, j’ai un père et un grand-père architectes. Après mon diplôme, j’ai commencé à travailler en exerçant en agence, puis à mon compte. Autour de moi, enfin autour de mes parents, il y avait des peintres. Et c’est vrai que la peinture, c’était quelque chose qui me fascinait, mais que je ne pratiquais pas. Peut-être parce que j’avais peur, il faut dire qu’un des premiers mots de mes profs au Beaux-Arts a été de me dire que je dessinais moins bien que mon père et mon grand-père. C’est vraiment le truc qui met bien en confiance et qui m’a bloquée pendant de nombreuses années. Il y avait à l’école des gens qui faisaient de beaux dessins. Moi, je ne faisais pas forcément de beaux dessins, mais mon père m’avait expliqué qu’il fallait que mes dessins soient construits, et qu’il fallait bien regarder les proportions et qu’ils aient le sens de ce qu’ils représentent. Cela m’a aidée et cela m’aide encore. J’ai exercé une quinzaine d’années.

7Puis comme pour de nombreuses femmes, l’arrêt de travail, dû à la naissance des enfants, amène Juliette à se poser des questions sur son avenir professionnel :

Et je me suis dit que j’avais toujours voulu peindre, et qu’il fallait que je fasse ce que j’avais envie de faire. Et donc, j’ai repris des cours. Des cours de dessin classique avec un artiste extraordinaire. On travaillait souvent sur le même thème, on variait les techniques : fusain, crayon, comme on voulait. Puis après, j’ai amené un peu de couleur. Mais on faisait tout le temps le même travail. J’aimais son enseignement.

8Si cette reprise des cours lui permet de se remettre au dessin, elle lui donne aussi envie d’aller au-delà, et ce dans deux directions : « Et un jour, je me suis dit qu’il fallait que je peigne ou que je dessine ce que j’avais sous les yeux. À côté de ce travail de dessin, j’avais fait pas mal de peinture abstraite où j’utilisais la couleur et m’amusais sur les matières, la composition, des choses comme ça. Mais je me suis dit que j’avais besoin de dessin pour structurer ma peinture. » Elle résume son cheminement ainsi : « Donc, d’abord le dessin d’atelier, des natures mortes. Puis après, je suis descendue dans la rue en me disant qu’il fallait que je puisse retranscrire ce que j’avais sous les yeux. La réalité, c’était quelque chose qui m’intéressait. » Elle se forme alors au dessin sur le vif :

Je me suis exercée seule et j’ai pris aussi des cours, j’ai fait des stages avec des gens qui faisaient du carnet de voyage. Ils m’ont appris à regarder vite les paysages ou les scènes de rue. On avait trente minutes pour faire un dessin. Et il fallait qu’au bout des trente minutes, le dessin soit fait. Au début, quand j’ai dessiné dans la rue, la fille qui me faisait dessiner avait une minuterie. Et au bout de trente minutes, elle disait, « bon, allez, on s’en va ». Alors, mes premiers dessins se résumaient souvent à trois traits. Parce que vous êtes devant un truc, et il faut choisir le sujet. Avec des exercices, cela devient facile. Maintenant, je sais exactement comment ça se construit. Je sais exactement les volumes. Trois taches de couleurs, et bim, l’histoire est faite.

9Vint alors la demande du CEA en 2019 : « Éric me propose de croquer trente métiers de son département, donc ça représente trente dessins, et ce en trente minutes chacun. C’est quand même pas mal de boulot. Et c’était fin juin, juste avant le départ en vacances. On arrive à caser des jours, mais c’est vraiment ultra-court. » Commence alors la réalisation du premier dessin :

  • 16 Les « piscines nucléaires » sont des compartiments de stockage du combustible usagé, de colis cont (...)

Le premier dessin, c’est celui au bord de la piscine16. Et c’est toujours compliqué de commencer un travail comme ça. Parce qu’il faut se donner un cadre. Et se donner des outils qui vont pouvoir fonctionner tout au long du travail. Parce que je voulais vraiment qu’il y ait une unité. Il n’était pas question de changer de façon de travailler au cours du temps. Donc, j’étais partie avec mes formats A4. Et je voulais être légère. Donc, j’avais mon stylo-plume habituel. Et je n’ai rien changé.

10Juliette explicite comment elle va réaliser ses dessins, le support tout d’abord : « Le papier, c’est du canson en pochette. Un papier qui convient à toutes les techniques et que j’aime bien utiliser parce qu’il glisse bien. Donc, c’est vraiment un papier avec lequel je me sens à l’aise. » Elle précise la technique et les outils utilisés :

L’idée n’était pas de faire des aquarelles pendant des heures. De repasser après au crayon de couleur. Non, c’est vraiment un travail super direct, directement à la plume. Je ne fais pas de dessin préparatoire. Je ne gomme pas. Donc, les traits qui sont faits, ils existent. Ils sont là et ils ne s’effaceront pas. Et la mise en couleur se fait en général à l’aquarelle rapide. (…) J’avais choisi une petite boîte d’aquarelle. Donc, j’avais pris une palette qui était assez basique. Je voulais vraiment des couleurs simples. Pour ne pas rentrer dans des choses où je devais réfléchir à mes mélanges. Il fallait juste faire des restitutions d’ambiance. Grâce à ça, avec tous ces outils ensemble, je travaille à l’effet que je veux trouver. Et c’est ça que j’adore. C’est de me dire comment je vais faire pour arriver à ce que je veux.

  • 17 Dorian Chauvet parle du travail du neurochirurgien.

11Les instruments, nécessaires au travail de l’artiste, sont là pour que le geste advienne selon une intention comme l’indique Dorian Chauvet, neuro-chirurgien : « Mon propos est de situer l’opérateur17 et ses mains dans une triple dimension, commune à de nombreux artistes, je pense, entre autres aux peintres et aux sculpteurs : le choix de l’instrument, le bon geste et l’adaptation au support. » (Chauvet, 2023, p. 17).

12Juliette Plisson fait alors ressortir le côté manuel de son travail en soulignant la dextérité dont elle doit faire preuve dans cet exercice : « C’est vrai que j’ai une grande habitude de concentrer mes outils, de tout tenir pour pas que ça tombe, de ne pas en mettre partout, de ne pas me tâcher trop. Tout ça c’est important. C’est un vrai travail manuel. Il fallait que je fasse attention et que je sois propre dans mon travail, parce que je suis dans un labo quand même. » Et elle ajoute : « Là c’est un vrai travail de matière. On est confronté à la matière, à l’outil, à l’encre qui coule, au pot d’eau qui ne doit pas se renverser. »

3. Croquer différentes activités au CEA

13Juliette Plisson se met au travail : « Je commence ce premier dessin au bord de la piscine. En tout cas, la personne qui s’occupe de la piscine avait une énorme perche. Énorme. Et je ne pouvais prendre ma feuille que verticalement. Donc, j’ai fait ce premier dessin vertical. C’est le seul qui soit vertical. On l’a recoupé pour le mettre dans l’horizontalité. Parce que tous les autres dessins ont été faits en format paysage. »

14Mis à part ce problème de format, ce premier dessin est un peu différent des autres « parce que celui-ci était un petit peu organisé. Le type du labo n’avait pas vraiment de travail à faire. On l’a un peu mis en situation. Donc, on avait le temps de réfléchir au cadrage. On avait le temps de se placer. Et en fait, ce dessin, finalement, c’est celui avec lequel j’ai été le moins à l’aise ».

Dessin 1 : L’homme à la perche énorme

Dessin 1 : L’homme à la perche énorme

© Juliette Plisson @ADAGP

15Les autres dessins vont vraiment répondre à la commande : croquer une situation de travail en trente minutes : « Tous les autres dessins se sont enchaînés. Et là, c’est complètement un autre état d’esprit. On est dans un rythme. Et il faut tout de suite que je me concentre. Il faut que j’y aille. Je n’ai pas le temps d’hésiter. Et c’est fou parce que même dans le trait, ça se voit. » Mais cela peut aussi constituer un stimulant pour le travail à accomplir : « En fait, j’adore avoir un peu de pression et d’urgence pour faire les choses. Parce que je trouve que c’est dans ces moments-là qu’on devient… comment pourrais-je dire ? acéré. »

16Bien sûr le nucléaire impose ses contraintes :

J’arrivais le matin. Éric réfléchissait quel était le meilleur parcours, qui était dans son laboratoire, qui faisait quelque chose d’intéressant. Et on partait. Donc, il y avait certains labos simples d’accès où j’étais habillée normalement. Et puis, il y en avait d’autres où je devais mettre une combinaison de protection qui me tenait chaud. C’était horrible. Parce que c’était en plein été, en juillet. Quand je sortais du labo, j’étais en nage.

17Les dessins alors s’enchaînent : « J’arrivais dans un labo, on me donnait un fauteuil. On m’expliquait un petit peu de quoi il s’agissait. Pour que je ne sois pas complètement à côté de la plaque, mais en me laissant complètement libre de ce que j’avais envie de montrer. Je me mettais quand même à un endroit où je ne dérangeais pas trop. Et je commençais mon dessin. Éric m’attendait à la porte. »

Photographies 1 à 6 : l’artiste au travail page 7 du livret Trente

Photographies 1 à 6 : l’artiste au travail page 7 du livret Trente

18Juliette mise sur la conversation pour favoriser l’interaction positive qui l’aide à travailler l’image, elle crée en outre des liens qui l’aident à analyser la situation :

J’aime bien savoir quand même de quoi je parle et ce que je dessine. Et donc, j’aimais bien qu’ils m’expliquent un petit peu ce qu’ils faisaient. J’aime bien parler pendant que je dessine parce que je ne suis pas complètement crispée sur ce que je fais. Ça allège un peu la pression. (…) Et puis c’était fascinant d’être dans un endroit comme ça. Je me suis régalée. C’était incroyable de voir toutes ces personnes dans cet environnement et le lien qu’ils avaient avec leur travail, avec leurs expériences, avec leurs machines.

19Observatrice des détails pour réaliser ses dessins, elle en tire profit pour échanger :

Tous les labos étaient super sympas, et puis dans un autre labo j’ai senti vraiment que je gênais, c’était assez pesant. Ce qui est absolument incroyable dans ces labos et que je trouve vraiment touchant, c’est que le travail est hautement scientifique et en même temps ils amènent quelque chose d’humain, parfois des petites choses très personnelles dans leur environnement. Par exemple, dans ce labo, où c’était un petit peu froid, cette jeune femme avait un sticker d’un club de rugby, je crois. Et donc, j’ai pu engager la conversation sur ça avec elle. Et finalement, ça l’a un peu détendue. Et ça a permis de l’avoir plus à l’aise dans son environnement et pour moi d’être plus à l’aise pour représenter son travail.

20Puis, Juliette parle de la technique employée pour croquer en 30 minutes une situation de travail :

À un endroit, on voit des boîtes à gants. J’ai ce volume. Il y a dedans des trous pour les gants. Bon, une fois que je sais ce que je dois dessiner… j’ai deux minutes d’analyse. C’est une analyse rapide au départ qui me permet de voir l’essentiel et de savoir ce que je vais dessiner et de ne pas me perdre dans des détails. Ce qui m’importait, c’était qu’on voit les gants. Donc, c’est juste un trait. C’est super rapide. Et puis, il y avait ce monsieur qui bougeait partout. Il me dit, est-ce que je peux bouger ? Je dis, bien sûr, bougez, allez-y. Ça ne me gêne pas. Moi, j’ai l’habitude de dessiner des gens qui passent, des gens qui s’en vont. Après, j’ai les ombres qui sont vite faites en couleurs, à l’aquarelle. C’est un passage de pinceau.

Dessin 2 : Le travail à la boîte à gants

Dessin 2 : Le travail à la boîte à gants

© Juliette Plisson @ADAGP

21Juliette Plisson s’empare de l’opuscule publié à l’issue de ce travail pour parler d’autres représentations du travail : « Page 24, lui, il adore sa machine. En plus, c’était un monsieur, qui devait partir à la retraite peu de temps après. Et il avait donné un nom à sa machine. On sent la fierté. Ils passent leur journée face à ces machines et ça devient vraiment des humains, des gens qui font partie de leur vie, avec lesquels ils discutent, qu’ils bichonnent, dont ils commentent les réactions : “Aujourd’hui, elle n’a pas très bien réagi.” » Comme dirait Bruno Latour, rien n’est moins machinal qu’une machine.

Dessin 3 : L’homme qui parlait à sa machine

Dessin 3 : L’homme qui parlait à sa machine

© Juliette Plisson @ADAGP

22Juliette découvre le bricolage dans ces univers d’apparence hautement technique :

Donc, vous avez des labos ultra-complexes avec des machines partout. Et puis, en même temps, il y a un fil qui passe avec un scotch, parce qu’il faut tenir tel instrument comme ci, comme ça, pour que ça marche. Je trouve ça super humain et j’adore ça. Après, lui, je l’adore aussi, page 30. C’était un monsieur qui surveillait, en gros, vu de l’extérieur, une cocotte-minute. Et, il devait faire les relevés toutes les cinq minutes. Et, il montait sur son tabouret pour vérifier la pression ou je ne sais pas quoi. Et je trouvais ça génial… Il avait besoin d’un tabouret banal que vous trouvez dans un fond de pharmacie. On s’imagine des choses super complexes, mais tous ces chercheurs, ils ont aussi besoin d’outils complètement basiques.

Dessin 4 : L’homme à la cocotte-minute

Dessin 4 : L’homme à la cocotte-minute

© Juliette Plisson @ADAGP

23À propos du bureau de secrétariat, Juliette explique sa relation au portrait :

La secrétaire, je pense qu’elle était gênée que je la regarde. C’est toujours compliqué de dessiner les gens. C’est pour ça que j’aime bien faire les gens de dos. Parce que je ne suis pas une spécialiste des portraits, et parce que je ne veux pas que les gens se sentent diminués. Donc, là, qu’est-ce que j’ai à dessiner dans le bureau de la secrétaire ? Son bureau, ses nombreux écrans, et puis son environnement de bureau, les dossiers, le téléphone, tous les stylos et tout. Je me demande même si je n’ai pas changé la couleur de ses cheveux, je ne me souviens plus vraiment. Mais que dirait l’écran seul, sans le personnage. Je n’aurais pas pu faire son bureau vide, même chose pour les laboratoires, ce n’était pas intéressant de les montrer vides.

Dessin 5 : Le bureau de la secrétaire

Dessin 5 : Le bureau de la secrétaire

© Juliette Plisson @ADAGP

24En cela, Juliette Plisson se distingue fortement du travail de Laurent Proux, présenté dans le Grand Entretien du numéro 15. Elle tient à représenter la matérialité du travail, mais aussi les femmes et hommes qui exercent là leur métier. Puis, elle ajoute un élément de composition de son travail : « Mon travail, c’est un travail de lignes. Quoi qu’il arrive, c’est des lignes, des lignes de paysage, des lignes de ville, etc. Et entre les lignes, il y a ces personnages, et c’est eux qui font vivre les lignes. Donc les personnages, c’est vachement important. »

25Juliette évoque alors la question du choix des couleurs qui semblent différentes d’un dessin à l’autre.

En fait, c’est quasiment les mêmes à chaque fois. Il y a des ambiances d’atelier, de labos plus bleus que d’autres, c’est vrai. Parfois, c’est plus vert. En tout cas, la machine, c’est ce genre de couleurs vertes. Quand je choisis mes couleurs, j’essaie plus que d’être dans la réalité, d’avoir des valeurs à peu près justes. Et c’était ça qui était aussi important dans la palette que j’avais choisie au départ, il n’y avait que 9 couleurs, il me semble. Les mélanges se répètent, et on a une unité dans les couleurs de base qui font que l’ensemble des dessins est totalement cohérent. Et c’était ça que je voulais aussi.

26Les situations s’enchaînent, et l’entretien permet d’évoquer ce qu’elle retient comme éléments descriptifs pour représenter au mieux le travail des chercheur.e.s.

Page 46 : … Après avoir vu des machines incroyables, quand je me suis assise là, je me suis dit, bon, comment je vais m’en sortir de ce truc-là ? En plus, c’est super compliqué à représenter, parce que l’expérience du type se lit là. Il doit regarder la courbe sur son écran. C’est pour ça que, de temps en temps, je demandais qu’on m’explique un peu ce qui se passait, parce que sans cela peut-être que je n’aurais pas fait le dessin sur son ordinateur. Dessiner la courbe sur l’ordinateur, là, ça a du sens…

27Attentive elle aussi aux objets comme Laurent Proux, elle restitue non seulement l’ordinateur au centre de l’attention du chercheur, mais la représentation graphique de résultats de recherche qui apparaît sur l’écran et qui donne sens à la scène décrite, à la situation de travail.

Dessin 6 : Un homme, une machine, une courbe

Dessin 6 : Un homme, une machine, une courbe

© Juliette Plisson @ADAGP

28Et puis on voit les traits plus ou moins épais. Sont-ils faits au crayon papier ? « Non, au stylo-plume. Pour la structure importante du labo, le trait est plus épais que ceux qui sont secondaires. » Je demande alors à Juliette si elle a plusieurs stylos-plumes : « Non, je retourne ma plume. D’un côté, je peux faire un trait épais et de l’autre, un trait fin. Donc, à regarder les traits, le geste technique, qui est derrière, ressort. » Et elle revient alors sur la manière d’organiser son travail dans les trente minutes qui lui sont accordées : « Quand je construis mon dessin dans ces trente minutes, j’ai quand même vachement d’allers-retours. Les personnages, je les fais assez vite, d’un trait assez simple. Par contre, après les traits épais de la structure et les personnages, il y a beaucoup d’allers-retours qui peuvent se faire entre ce que je vois et ce que suis en train de composer. »

29La commande portait sur la représentation du DPC comme un ensemble d’activités. Éric Verdeau emmène Juliette dans des bureaux où se déroulent des réunions :

J’ai dessiné deux réunions. … L’audit, donc là franchement on n’est pas resté très longtemps, moins de trente minutes, vraiment juste pour mettre en place les choses…, par contre il y avait une grande réunion, celle-là, page 50, ça c’était un gros morceau : analyse des compétences critiques par les managers… Moi je ne veux pas écouter, mais je suis bien positionnée pour entendre, en même temps je trouve intéressant de savoir comment ils fonctionnent, et surtout c’est un monde qui est tellement loin du mien que ça m’intéresse. En plus, j’ai la pression parce que j’ai plein de personnages à dessiner, et que ce n’est pas forcément ce que j’aime dessiner, mais bon, ce n’est pas grave, je le fais. Et puis, ce n’est pas un dessin… qui attire l’œil. Les hommes sont en noir, ce sont des managers… Et là, moi, je n’existe pas. Parce que personne ne peut me parler, je suis vraiment en retrait. Alors que dans tous les autres dessins, je suis vraiment au cœur de l’action, et je peux parler avec les gens… Là, je vois leurs attitudes. Oui. Ils parlent de choses, qui me font un drôle d’effet, des compétences…

Dessin 7 : l’audit qualité

Dessin 7 : l’audit qualité

© Juliette Plisson @ADAGP

Dessin 8 : les managers et l’analyse des compétences critiques

Dessin 8 : les managers et l’analyse des compétences critiques

© Juliette Plisson @ADAGP

  • 18 « Le caractère de la lumière, la température du jour et de l’heure, les sensations liées au fait d (...)

30« Non, ce n’est pas la réunion la plus rigolote à laquelle j’ai assisté. Quand on regarde par comparaison, cette petite réunion-là (p. 22) qui était dans un environnement complètement différent, au soleil, dans des couleurs un peu chaudes, que des femmes, c’était complètement un autre état d’esprit, et c’est vrai que la représentation change, le poids n’est pas le même, ça se voit. » Andrew Causey parlerait ici d’attention au contexte ethnographique : « The character of the light, the temperature of the day and time, the feeling of being where you are18. » (Causey, 2017, p. 20) Puis, elle prend un ton critique qui tranche avec l’acceptation interne de ce travail de management : « Franchement, cette réunion de compétences, ça m’a… marquée. J’ai trouvé ça vraiment très particulier. Ils perdent la relation à l’humain en voulant les mettre dans des cases. Et eux, ça ne les choque pas du tout. »

31Comment alors qualifier tout ce travail ? est-ce de la peinture documentaire ou bien réaliste au même titre que la photographie, comme l’explique Laurent Proux pour son travail ? Juliette cherche alors à expliciter son travail en le distinguant de celui des illustrateurs :

Parce que dans notre métier aussi, il y a toute une catégorie de gens qu’on appelle des illustrateurs, qui représentent bien la scène telle qu’on doit la voir, presque à la limite de la photo. Et moi, je ne suis pas illustratrice. Une illustratrice va dessiner les gens bien comme il faut, les bâtiments bien comme il faut et tout. Et moi, vous voyez bien mon dessin, il laisse un peu de part à l’imagination quand même. Tous les traits ne sont pas tracés, ce n’est pas pile-poil bien. Ça dit beaucoup de choses pourtant. Mais, ce n’est pas de l’illustration.

32Et quelle fut la réception de ce travail ? « Tout d’abord, ils se sont dit : encore une drôle d’idée, mais ils ont accepté. Une fois que ça a été fini, ils se sont rendu compte qu’on avait pris le temps de regarder ce qu’ils faisaient, qu’on pouvait mettre en valeur leur travail, que tout leur environnement avait de la valeur. Donc ils étaient quand même fiers qu’on ait pu porter un regard sur eux et que ça se transforme en une “œuvre”. »

33Ces représentations du travail au Département de Physique-Chimie du CEA ont non seulement donné lieu à une publication qui a circulé au moins à Paris-Saclay et permis des prises de paroles autour des métiers, elles poursuivent aussi le travail de mise en visibilité de l’activité de recherche par leur exposition dans un espace de travail.

34Dans l’entretien, qu’il m’a accordé, Éric Verdeau explique en effet que les trente dessins vont être affichés dans un espace de travail qu’il est en train de créer.

Coworking c’est un bien grand mot. Dans l’espace café, j’ai fait percer le mur. Et là on va mettre un petit canapé, des tapis, une table. En fait ce que j’observais c’est que, assez souvent quand il y a quelqu’un qui vient pour présenter un projet, soit l’entretien se déroule dans le bureau de la personne, soit dans l’espace café où il y avait juste une petite table… On a déjà du mal à recruter parce que les salaires qu’on propose aux jeunes ingénieurs ne sont pas terribles, et si en plus nos conditions de travail matérielles ne sont pas sympas, pas modernes, ça ne va pas.

35Dans ce nouvel espace, les dessins de Juliette vont sans doute permettre des échanges autour des métiers et de l’activité de recherche.

4. Le travail des images et les images du travail en interaction avec la commande

36Mais revenons sur ce que nous a appris l’entretien avec Juliette Plisson sur les images du travail qu’elle nous livre et sur le travail des images dépeint ici, qui renvoie à une partie seulement de son travail d’artiste. Revenons aussi conjointement sur la commande qui lui a été faite et qui s’inscrit dans un dispositif managérial pluriel : valoriser et rendre les scientifiques curieux en faisant observer et croquer leur travail par une artiste, rendre visibles quelques activités du département DPC du CEA au moment où s’élabore un outil RH de suivi des compétences présentes et à venir au CEA (GPEC19), révélé aussi par ce biais. Cette mise en relation des deux moments de l’action – travail de l’artiste et intentions managériales plurielles – se traduit concrètement dans la réalisation de l’opuscule20 qui a été publié. Les dessins de Juliette Plisson sont en effet reproduits sur la page de droite et sont accompagnés d’un texte21 sur la page de gauche qui comprend trois parties descriptives : le métier, l’activité en train de se faire, les compétences.

  • 22 « L’organe est perfectionné, mais il est perfectible, car il est supplanté par les mains dans cert (...)

37Dans le segment de son activité, sur lequel elle s’appuie pour réaliser ces dessins, à savoir celui d’urban sketcher, Juliette mise sur la vélocité de l’exécution, mais aussi sur celle de l’analyse de la situation. On retrouve ici les deux binômes importants pour la création dont parle Dorian Chauvet : binôme main/cerveau et binôme main/œil : « L’œil22, cette autre superbe machine, chambre de réfraction savante, qui permet la vision. » (Chauvet, 2023, 13) Lorsqu’elle voit l’environnement de travail et les objets matériels qui le constituent, dont les machines qui l’ont fortement impressionnée, elle analyse vite les lignes directrices de ce qu’il lui faut saisir et les volumes qu’elle doit mettre en place. Pour pouvoir rendre compte de l’activité, elle ne peut s’appuyer que sur les brèves présentations orales qui lui en ont été faites. En outre, il s’agit d’un instantané alors que la compréhension de l’activité suppose un temps long. Elle doit cependant dessiner des femmes et des hommes au travail, sans parfois comprendre sur le fond de quoi il retourne, et parvient tout de même à esquisser une tâche en train de se faire.

38Il en va ainsi de l’homme à la cocotte-minute (Dessin 4) dont elle nous dit qu’il va faire des relevés de pression avec son tabouret.

39Ce qui l’amuse, c’est l’écart entre la technicité du milieu ambiant et les objets dont le chercheur va se servir pour mener à bien son activité. Son dessin montre bien un engin sous pression relié à divers capteurs, qui révèlent la prise de mesures diverses, ainsi que le travail de relevés réalisé par le chercheur, vu de dos sur la gauche. Les manches courtes indiquent que l’action se déroule dans un milieu sans risques de contamination particuliers.

Extrait 1 de l'outil de classification RH

Extrait 1 de l'outil de classification RH

© Éric Verdeau

  • 23 « Aucun doute, la paillasse encombrée d’un laboratoire contemporain garde quelque chose de l’ateli (...)

40À la lecture du texte sur la gauche, il ressort de la ligne métier que l’homme en question est un ingénieur-chercheur, dénomination qui renvoie doublement à la formation et à son statut, qui travaille sur le comportement mécanique des bétons et argiles. Le texte va apporter des précisions successives pour décrire l’activité. On apprend ainsi que l’image réalisée par Juliette nous montre un dispositif expérimental de sollicitation thermique. On découvre dans les lignes qui suivent que ce chercheur étudie et analyse le comportement mécanique et thermique de matériaux et de composants d’objets comme les éprouvettes en béton. L’image est un instantané qui permet de rendre visibles et un peu plus concrètes les expériences de physique et les dispositifs expérimentaux conçus par l’ingénieur-chercheur. Quant au texte, il dévoile ce que le dessin ne peut nous montrer, à savoir les objets analysés contenus dans la cocotte-minute. Suit alors l’énonciation de trois autres activités de travail : concevoir des expériences de physique, caractériser des comportements et modéliser des propriétés et des performances des matériaux. Il s’agit là d’une description dense d’activités, difficile à imaginer par des personnes peu familières de cet univers de travail, voire travaillant au CEA, mais externes au département DPC. On pourrait, en détournant au profit de la démonstration les propos de Bruno Latour23, dire que la représentation du laboratoire par Juliette Plisson, révèle ce qu’il a de commun avec l’atelier de l’artisan et avec le fourneau du cuisinier et que le texte qui l’accompagne nous montre des technologies intellectuelles : « L’épreuve du feu métamorphose les matériaux les plus divers. Mais il y a un autre type d’épreuves, non moins matérielles qui sont capables de métamorphoser des activités concrètes en activités abstraites et de transformer peu à peu des cerveaux ordinaires en cerveaux de savants. » (Latour, 2010, p. 126)

41Avançons encore un peu. La description du travail des images que déroule Juliette Plisson dans l’entretien fait référence à d’autres capacités que celles de la main et de l’analyse. Dans ce processus de création visuelle, la conversation, qu’elle engage avec la personne dont elle croque l’activité, sert un double objectif : comprendre un peu mieux ce que cet individu est en train de faire, les explications lui permettant d’aller au-delà d’une perception première, mais aussi se détendre, ce qui vaut souvent pour les deux protagonistes engagés dans l’action.

42Reprenons le dessin 6. Juliette Plisson dit dans l’entretien sa difficulté première parce que l’environnement semble de premier abord moins marqué par l’action. « Après, il y a des machines, des labos où il se passe des choses. … où j’ai vu des machines incroyables, comme celle que je vous montrais avant. »

Dessin 9 : Une machine impressionnante

Dessin 9 : Une machine impressionnante

© Juliette Plisson @ADAGP

43« Alors que lui, il avait une machine quand même pas très époustouflante. » La machine est effectivement simple. Sur la gauche une bouteille de gaz est interconnectée avec divers appareils et conduits, munis de capteurs, qui relient des boîtes dont l’une semble contenir des composants/objets chauds puisque l’artiste a choisi la couleur orangée pour les représenter. Ce que nous montre Juliette après avoir discuté avec l’ingénieur-chercheur, c’est l’attention qu’il porte à la courbe qui se dessine sur son écran. Et elle ajoute : « c’est là qu’il y a du sens. » Le texte sur la page de gauche est organisé comme le précédent : métier/activité/compétences.

Extrait 2 de l'outil de classification RH

Extrait 2 de l'outil de classification RH

© Éric Verdeau

44L’intitulé du métier semble s’inscrire dans une grande classe de personnes travaillant sur le comportement des matériaux. La description de l’activité permet de voir qu’on passe à l’autre grande discipline du DPC, à savoir la chimie. On retrouve les technologies intellectuelles explicitées plus haut. Par contre, si l’on ne pouvait pas savoir par le dessin qu’« il conçoit, développe, réalise et exploite des codes de calculs » parce que cette activité relève d’un autre moment d’action, la visualisation de l’écran et l’attention forte portée à la courbe montrent son travail d’analyse des résultats expérimentaux ou de simulation.

  • 24 Latour utilise la notion d’attachement, surtout depuis 2000 (Hennion, 2010), pour désigner les lie (...)

45Et là on peut renouer avec Latour, car on lit ici et on voit par l’image l’intrication de l’action humaine et des techniques, les deux médias concourent donc à la découverte d’une activité humaine augmentée par la technique : « Chaque action est non seulement composée par une technique, mais celle-ci à son tour se trouve accélérée, compliquée, impliquée, dépendante d’une science nouvellement créée. » (Latour, 2010, 64). Pas d’action de l’ingénieur-chercheur comportement des matériaux qui ne passe par l’informatique et le numérique. Et coup de génie de Juliette Plisson, elle rend visible cette action humaine attachée à une science qui traduit des données de calcul mesurées sans doute par les capteurs en une courbe qu’il scrute pour mieux déchiffrer le message qui s’affiche là. En un dessin, voilà que sont rendus visibles les nombreux attachements24 (attachement aux techniques, aux connaissances constituées, aux réseaux de scientifiques travaillant sur les mêmes sujets, etc..) de ce travail de laboratoire.

46On comprend par contraste pourquoi l’écran de la secrétaire, n’est pas habité. Il n’y a là que de l’ordinaire des femmes et hommes de notre temps, n’utilisant que peu un papier et un crayon et usant d’ordinateurs à domicile ou sur leur lieu de travail. Relevant du monde commun, l’action informatique, qui se déroule là, ne nécessite pas forcément d’être représentée.

47Ce qui est le plus important est de montrer les parapheurs en premier plan, traduction d’un ordre hiérarchique qui s’affiche. Le dessin de Juliette révèle ainsi par la représentation de cet objet un pan de l’organisation hiérarchique et sociale du DPC qui perdure dans ses pratiques malgré les évolutions informatiques et numériques.

48Mais ce qui est le plus important dans le travail des images de Juliette, c’est l’ensemble de descriptions de moments et de lieux d’action du DPC se complétant peu à peu et qui ancre sa cohérence dans celle des couleurs, produites avec une palette basique qui permettent de rendre compte des ambiances spécifiques, mais aussi dans un format identique qui concentre l’observation sur l’action en train de se faire. C’est aussi sa volonté de décrire la présence de femmes et d’hommes dans des bureaux, dans des laboratoires avec des machines. Et cette cohérence de forme et de couleurs révèle une partie de l’ordre sociotechnique qui s’est développé au DPC autour de spécificités évoluant avec le temps

*

49Les laboratoires du DPC au sein du CEA sont des lieux invisibles. Là est tout l’intérêt du travail réalisé par Juliette Plisson : dévoiler quelque peu ce qui se passe dans ces laboratoires et dans les lieux où est produit le travail d’organisation (De Terssac, 2011). Il lui est impossible de rendre compte de l’activité totale, ni du département, ni même des individus représentés. L’activité de maintenance, si importante dans ces univers où dominent les techniques, est par exemple absente. « Et pourtant, dehors, comme dirait Latour, il va falloir tout un monde actif, vivant, complexe, toute une écologie fragile pour qu’elles parviennent à durablement fonctionner. » (Latour, 2010, 205). Ce n’est pas le travail de Juliette Plisson, ce n’est pas non plus la commande qui lui a été passée. Elle met en œuvre ses capacités artistiques, expérimentées, apprises par apprentissage dans des lieux d’exercice différents de sa professionnalité pour saisir des instantanés qui décrivent des actions en train de se faire dans un monde scientifique peuplé de machines et dans des bureaux où s’élabore le travail managérial autour de projets actuels ou futurs.

50Elle croque tant les hommes et les femmes au travail que les machines, elle les dispose dans l’espace par des traits divers et indique, par le choix des couleurs, les ambiances telles qu’elle les a ressenties. Il y a donc les savoir-faire, mais aussi ses perceptions. En cela, ces dessins ne sont pas des illustrations, mais des représentations à part entière.

  • 25 Elle ne cherche pas non plus par ses dessins à visualiser des concepts comme les chercheurs en séc (...)
  • 26 « Dessiner ce que vous voyez, et non pas ce que vous pensez devoir voir, et non pas ce que vous pe (...)
  • 27 « Ce type de “vision améliorée par le dessin” est clairement une interaction équilibrée entre la m (...)
  • 28 « un travail de réflexion et d’imagination » (traduction Michèle Dupré).

51Elle ne dessine pas en chercheure, elle ne dessine pas sociologiquement ou ethnographiquement25. Comme dirait Andrew Causey, ethnologue : Juliette Plisson draws what she sees, contrairement à nombre d’ethnologues dessinateurs à qui il conseille d’agir comme elle26 : « Draw what you actually see, not what you think you see, not what you accept as known. » (Causey, 2017, 21). Dessiner est alors une manière d’améliorer la vision des choses et des actions qui se déroulent devant elle : « This kind of “drawing-enhanced seeing” is clearly a balanced interaction between hand and eye, as well as the complex interplay between mind and body, cerebral and muscular, questioning and documenting27. » (Causey, 2017, 16) Elle ne cherche pas une objectivité scientifique dont le sens a d’ailleurs au fil de l’histoire évolué comme le démontrent si bien Lorraine Daston et Peter Galison (2007). « Elle ne laisse pas parler les objets » comme s’ils parlaient d’eux-mêmes, elle les dépeint, elle ajoute de la couleur, elle interprète. En cela, elle rejoint les artisans et leurs habiletés dont nous parle Sennett : « a work of reflection and imagination28. » (Sennett, 2008, 295)

52Nous conclurons avec Latour : « La connaissance est un mode d’existence qu’il ne faut confondre avec aucun autre parce qu’elle mêle de mille façons originales aussi bien la distinction entre fabriquer et représenter que celle entre l’objet et le sujet » (Latour, 2012, 14)

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Bibliographie

Angelier J.-P. (1983) Le nucléaire, Paris, La Découverte/Maspero.

Causey A. 2017 Drawn to see, drawings as an ethnographic method, Toronto, University of Toronto Press.

Chauvet D. (2023) Histoires de nos mains, Paris, Le Cherche midi.

Daston L. & Galison P. (2012) Objectivité, Bruxelles, Les Presses du Réel.

De Terssac G. (2011) « Théorie du travail d’organisation » dans Interpréter l’agir : un défi théorique, Paris, PUF.

Dupré M. & Le Coze, J.-C. (2021) Des usines, des matières et des hommes, Paris, Presses des Mines.

Dupré M. (2018) « La CFDT face à l’engagement dans le tout nucléaire » dans Krumenacker Y., Cullafroz J.-F. Transformer le Travail, transformer la CFDT, Des luttes autogestionnaires au réformisme, Lyon, Chronique Sociale.

Hennion A. (2010) « Vous avez dit attachements ?… » dans Akrich M. et al. Débordements, Mélanges offerts à Michel Callon, Paris, Presses des Mines.

Latour B. (1997) Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, Paris, La Découverte.

Latour B. (2006) Changer de société, refaire de la sociologie, Paris, La Découverte.

Latour B. (2010) Cogitamus, Paris, La Découverte.

Latour B. (2012) « Les mille aventures de la connaissance objective », dans Daston L., Galison P., 2012, Objectivité, Bruxelles, Les Presses du Réel.

Le Coze J.-C. & Reiman T. (2023) Visualising Safety, an Exploration of Drawings, Pictures, Images, Videos and Movies, Springer, livre paru en openedition : https://0-link-springer-com.catalogue.libraries.london.ac.uk/book/10.1007/978-3-031-33786-4.

Leveratto J.-M. (2023) « De la peinture des travailleurs au travail du peintre », Images du travail, travail des images [En ligne], 15 | 2023, mis en ligne le 20 juillet 2023, consulté le 15 janvier 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/itti/4374 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/itti.4374

Proux L. & Bézy R. (2023) « Peindre les corps et les décors du travail. Grand entretien de Laurent Proux », Images du travail, travail des images [En ligne], 15 | 2023, mis en ligne le 20 juillet 2023, consulté le 15 janvier 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/itti/4246 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/itti.4246.

Senett R. (2009) The craftsman, Londres, Penguin Books.

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Notes

1 Pour écrire cet article, deux entretiens extensifs ont été menés en juin 2023 : le premier avec le commanditaire au CEA, et le second avec l’artiste Juliette Plisson.

2 L’acronyme du CEA, organisme de recherche sur les énergies et la défense, se développe désormais ainsi : Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives.

3 « Un dessin rapide en situation diffère d’un travail d’après photo. In situ, on ressent et voit les choses autrement, on est dans la vie. Ce qui est difficile, c’est qu’en un temps court il faut procéder à une analyse intense du sujet pour le comprendre et choisir qu’en représenter. Il faut faire un tri, cadrer, tirer pour rendre l’essence du sujet. Il se crée dans ces situations, une tension très intéressante et productive. » (Juliette Plisson)

4 https://www.julietteplisson.com/livret-trente

5 Ce terme renvoie à la complexité à la fois technique et sociale de ces univers à risques industriels majeurs (Dupré & Le Coze, 2021, p. 13)

6 Bruno Latour est tout d’abord un sociologue des techniques et des sciences. Puis il développe la théorie de l’acteur réseau (ANT) en intégrant dans les réseaux non seulement les humains, mais les non humains, objets ou éléments de nature en interaction avec l’homme (Latour, 1997).

7 Enquête commanditée par l’ASN suite à un incident. Travaillant sur la fabrique de la sécurité dans la chimie, nous avons été retenus à l’appel d’offres à cause de notre indépendance par rapport au secteur nucléaire.

8 Installation nucléaire de base.

9 Jean-Christophe Le Coze (Inéris) et moi-même, co-auteurs d’ouvrages et d’articles sur les systèmes industriels à risques majeurs.

10 Hors activités de défense proprement dite, il y a trois centres au CEA : Paris Saclay, Cadarache et Marcoule.

11 Dessins réalisés par Thomas Durcudoy dit Saint Oma. https://blog.le-paon.com/la-necessite-de-creer-thomas-saint-oma/

12 https://www.julietteplisson.com/

13 Urban Sketchers est une communauté mondiale de dessinateurs qui se consacre à la pratique du dessin sur place des lieux où ils vivent et voyagent. https://urbansketchers.org/fr/

14 Le CEA est à forte composante masculine. Près de 20 000 collaborateurs, dont plus de 16 000 en contrat à durée inderminée (CDI) et près de 33 % de femmes https://www.cea.fr/recrutement/Pages/nous-connaitre/CEA-en-chiffres.aspx

15 D’une durée de trois heures.

16 Les « piscines nucléaires » sont des compartiments de stockage du combustible usagé, de colis contaminés et, dans cette installation, de sources radioactives.

17 Dorian Chauvet parle du travail du neurochirurgien.

18 « Le caractère de la lumière, la température du jour et de l’heure, les sensations liées au fait d’être là où vous êtes » (traduction Michèle Dupré).

19 GPEC : Gestion pPrévisionnelle des emplois et des compétences.

20 https://www.julietteplisson.com/livret-trente

21 Dont on ne sait pas qui l’a écrit.

22 « L’organe est perfectionné, mais il est perfectible, car il est supplanté par les mains dans certaines professions, de la kinésithérapie à l’haptothérapie, mais aussi dans les métiers d’art(isanat) » (Chauvet, 2023,13).

23 « Aucun doute, la paillasse encombrée d’un laboratoire contemporain garde quelque chose de l’atelier de l’artisan pour ne pas dire des fourneaux du cuisinier » (Latour, 2010, 125).

24 Latour utilise la notion d’attachement, surtout depuis 2000 (Hennion, 2010), pour désigner les liens pluriels avec des humains ou des non humains qui le font agir ; « À partir de maintenant, lorsque nous parlerons d’acteur, nous devrons toujours ajouter le vaste réseau d’attaches le faisant agir. » (Latour, 2006, 317). Il utilise la métaphore de la marionnette : plus elle a de fils, plus elle peut bouger. (ibid., 315)

25 Elle ne cherche pas non plus par ses dessins à visualiser des concepts comme les chercheurs en sécurité évoqués par Jean-Christophe le Coze et Teemu Reiman : « Safety researchers are also great producers and users of drawings, pictures and visualisations for conceptualising the phenomena they attempt to grasp. » (2023)

26 « Dessiner ce que vous voyez, et non pas ce que vous pensez devoir voir, et non pas ce que vous pensez comme connu » (traduction Michèle Dupré).

27 « Ce type de “vision améliorée par le dessin” est clairement une interaction équilibrée entre la main et l’œil, ainsi que l’interaction complexe entre l’esprit et le corps, le cérébral et le musculaire, le questionnement et la documentation » (traduction Michèle Dupré).

28 « un travail de réflexion et d’imagination » (traduction Michèle Dupré).

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Table des illustrations

Titre Dessin 1 : L’homme à la perche énorme
Crédits © Juliette Plisson @ADAGP
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Titre Photographies 1 à 6 : l’artiste au travail page 7 du livret Trente
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Crédits © Éric Verdeau
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Titre Dessin 2 : Le travail à la boîte à gants
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Titre Dessin 3 : L’homme qui parlait à sa machine
Crédits © Juliette Plisson @ADAGP
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Titre Dessin 4 : L’homme à la cocotte-minute
Crédits © Juliette Plisson @ADAGP
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Titre Dessin 5 : Le bureau de la secrétaire
Crédits © Juliette Plisson @ADAGP
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Titre Dessin 6 : Un homme, une machine, une courbe
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Titre Dessin 7 : l’audit qualité
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Titre Dessin 8 : les managers et l’analyse des compétences critiques
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Titre Extrait 1 de l'outil de classification RH
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Titre Dessin 9 : Une machine impressionnante
Crédits © Juliette Plisson @ADAGP
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Titre Extrait 2 de l'outil de classification RH
Crédits © Éric Verdeau
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Pour citer cet article

Référence électronique

Michèle Dupré, « Croquer le travail : une commande du CEA »Images du travail, travail des images [En ligne], 16 | 2024, mis en ligne le 12 février 2024, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/itti/5050 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/itti.5050

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Auteur

Michèle Dupré

Centre Max Weber
Michèle Dupré, sociologue du Travail, est chercheure au Centre Max Weber – UMR 5283. Travaillant sur les transformations des organisations et du travail liés à des enjeux forts (changement de système économique, internationalisation), elle mène depuis 2004 des recherches, essentiellement dans le secteur de la chimie, sur la production de la prévention des risques industriels, résultant de l’interaction entre divers ordres : social, technique, règlementaire et naturel. Elle articule les apports de la sociologie du travail et de l’activité avec les travaux, notamment anglo-saxons, sur les systèmes industriels à risques.

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