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Avant l'Unité, de la pluralité linguistique à l'affirmation de la langue nationale

« L’Italie est faite, il reste à faire l’italien ! »

Considérations sur la querelle entre G.I. Ascoli et A. Manzoni sur la « force centrifuge » et la « force centripète » de la langue italienne
Stefano Magni

Résumés

Au lendemain de l’unification politique de la péninsule, les Italiens n’avaient pas une langue commune. Le taux d’analphabètes était très élevé et le pourcentage d’italophones très faible. Face à cette situation dramatique, le Gouvernement italien promut l’action d’une commission ministérielle. A. Manzoni, qui dirigeait ce projet, décida de prendre des mesures visant à stimuler dans les autres régions la diffusion du florentin parlé. À l’encontre de ce projet, culturellement artificiel, le linguiste G.I. Ascoli attaqua l’aspect factice de ce programme linguistique, proposant un modèle de développement spontané et homogène de la langue comme aboutissement naturel de la rencontre des dialectes.

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Texte intégral

  • 1 Maurizio Dardano, G.I. Ascoli e la questione della lingua, Roma, Istituto della Enciclopedia Ital (...)

1« L’Italie est faite, il reste à faire l’italien ! ». On pourrait parodier en ces termes la célèbre phrase de Massimo d’Azeglio en introduction à l’examen de l’un des différends les plus passionnants à l’orée de l’unité italienne. Comme l’écrit Maurizio Dardano « La critica che l’Ascoli muove alla soluzione manzoniana rappresenta il momento culminante della questione della lingua nel secondo Ottocento1 ».

  • 2 Cf. Ferruccio Monterosso, « La questione linguistica agli inizi dell’Ottocento », in Alessandro M (...)

2Le débat autour de la langue italienne est un débat de longue date qui remonte aux écrits de Dante Alighieri et qui était loin d’être éteint entre XVIIIe et XIXe siècles. Déjà à l’époque des lumières Baretti, avec ses Lettere familiari et des textes publiés dans La Frusta letteraria, Cesarotti avec le Saggio sulla filosofia delle lingue applicata alla lingua italiana, Muratori avec Della perfetta poesia italiana, et enfin des auteurs de la revue Il Caffé, avaient participé à ce débat. Au XIXe siècle, la polémique Manzoni-Ascoli s’insérait dans un contexte qui voyait d’un côté ce que Migliorini appela l’« extrême droite puriste », représentée par Antonio Cesari, et de l’autre l’hebdomadaire Il Poligrafo (1811-1814) et l’Institut de Sciences et Lettres de Milan, avec notamment l’action de Vincenzo Monti qui proposa aussi des modifications au Vocabolario della Crusca2.

  • 3 Maurizio Dardano, G.I. Ascoli e la questione della lingua, op. cit., p. 8.

3Dans ce cadre, la dispute à distance dont nous nous occupons a vu d’un côté le très célèbre Alessando Manzoni – désormais âgé, sénateur du royaume, qui peu après eut droit à des funérailles nationales en présence du Roi et d’autres nombreuses autorités – et de l’autre le linguiste Graziadio Isaia Ascoli qui n’avait pas le renom de ce père de la littérature italienne, mais qui était en train de donner aux études de linguistique des bases solides. Dardano rappelle que « Il rigore del metodo […] e l’organizzazione della linguistica sono i suoi meriti indiscutibili3 ». Connu pour avoir conféré aux dialectes la dignité de langues, la mémoire d’Ascoli est aujourd’hui surtout liée à la classification et à l’étude des langues ladines – le frioulan, le ladin de certaines vallées du Trentin-Haut Adige et de la Haute Vénétie, le romanche du canton suisse des Grisons – ainsi qu’à ses études sur le franco-provençal.

4Pour permettre de comprendre la querelle Ascoli-Manzoni, nous présenterons d’abord Ascoli et sa formation culturelle, puis nous brosserons les étapes principales du projet ministériel dont le but était de donner une langue commune aux Italiens, enfin nous tenterons de déterminer les spécificités des positions d’Ascoli et de Manzoni ainsi que ce qui en résulta.

G.I. Ascoli, son identité, sa culture, sa méthode

  • 4 Cf. Moisé Ascoli, Appunti e notizie scritte dal figlio Moisé Ascoli per una biografia di G.I. Asc (...)
  • 5 Cf. Maria Elisabetta Loricchio, « Gli anni giovanili di Graziadio Isaia Ascoli », in Carla Marcat (...)

5Graziadio Isaia Ascoli est né à Gorizia le 16 juillet 1829, dans une riche famille israélite, bien intégrée dans la société de la ville après la réouverture du ghetto advenue à l’époque napoléonienne. En effet, au XVIIIe siècle, les Habsbourg avaient accordé des concessions aux Juifs résidant au sein de leur Empire et, après l’occupation française, la population de religion juive de Gorizia avait lentement commencé à s’éloigner de la Contrada du ghetto pour vivre ou travailler ailleurs. Ce que fit la famille Ascoli. Le père, Leone Flaminio, possédait deux usines de papier, mais il mourut de façon prématurée en 1930. La condition désormais plus modeste de la famille n’empêcha pas la mère de Graziadio, Elena, de recruter des précepteurs pour son fils. C’était aussi une façon de l’éduquer à l’hébreu, langue que déjà, à l’âge de sept ans, l’enfant maîtrisait aussi bien à l’oral qu’à l’écrit4. Parallèlement, le jeune garçon développa un intérêt précoce pour les langues, stimulé par une ville où l’on parlait l’allemand aussi bien que le frioulan, l’italien et le slovène5.

  • 6 L’arrêté a été recopié dans le Libro dei Protocolli 1848-1850, Associazione Amici di Israele, Syn (...)
  • 7 Cf. Maddalena Del Bianco Cotrozzi, « Ascoli e l’ebraismo del suo tempo », in Il pensiero di Grazi (...)

6Toute sa vie, Ascoli demeura lié à la communauté juive de sa ville. Entre 1850 et 1853, à la tête de la communauté juive de Gorizia, il rédigea le Règlement de l’Institut d’études religieuses de la communauté israélite de Gorizia6. Au cours de ces années, à plusieurs reprises, il aborda également le sujet de l’intolérance religieuse et n’hésita pas à défendre le judaïsme ainsi que sa propre appartenance à la communauté juive7.

7Dans ses propos idéologiques, il apparentait son identité religieuse à son identité nationale. Moderne, libéral et patriote, peu à peu il sympathisa avec les cercles activistes du Risorgimento. Le 10 octobre 1848, durant la période de la République de Venise, il publia dans La Gazzetta di Venezia un article patriotique qu’il signa d’un acronyme, se rapprochant ainsi des idées politiques de Cattaneo et, par la suite, de celles de Gioberti, Pellico et D’Azeglio, auteurs qu’il mentionna, louant en particulier Le mie Prigioni de Pellico.

  • 8 Cf. Maurizio Dardano, G.I. Ascoli e la questione della lingua, op. cit., p. 15-18.

8En 1849, alors que l’illusion d’un Empire libéral s’évanouissait dans la répression des forces patriotes, Ascoli se consacra à l’étude de l’italien et de ses dialectes dans le but de donner plus de rigueur à la recherche scientifique nationale. Ainsi combina-t-il ses recherches à son activité politique, conscient du problème que représentait la langue nationale italienne, un sujet qu’il fut amené à reprendre au cours des dernières années du siècle, notamment lors de la bataille pour l’Université italienne de Trieste, ainsi que dans ses écrits sur l’irrédentisme en Vénétie Julienne. Dans ce cadre, il plaça au centre de son étude la notion de « sostrato », reçue de Carlo Cattaneo, affirmant que les dialectes étaient le résultat de la rencontre du latin et des langues parlées. En fait, Ascoli avait tout d’abord réfuté cette théorie, mais avec le temps il l’avait acceptée. Dans ce cadre, se différenciant de Cattaneo, il releva l’importance des langues germaniques dans la naissance des idiomes locaux8.

  • 9 Voici sa définition géo-typologique du ladin : « Comprendo sotto la denominazione generica di fav (...)
  • 10 Graziadio Isaia Ascoli, « Dall’Italia dialettale », [1882-1885], aujourd’hui in Corrado Grassi (d (...)

9Encore jeune, Ascoli présenta une étude sur les similitudes entre le frioulan et le roumain, puis, au cours des années 1873 et 1874, il publia dans l’Archivio Glottologico Italiano – revue qu’il fonda et dirigea – deux textes devenus par la suite fondamentaux, à savoir les Saggi ladini et les Schizzi franco-provenzali, tous deux basés sur un programme typologique très précis, mais, comme le remarquent certains critiques, formulés de manière assez sommaire9. Dans son Archivio Glottologico, il fut aussi le premier à s’occuper plus largement des dialectes italiens10.

  • 11 Le système d’Ascoli fut d’abord critiqué par Carlo Battisti (1882-1977). Battisti, et par la suit (...)

10Ascoli construisit sa propre méthode essentiellement sur le modèle des études germaniques. Dans sa formation d’autodidacte, la rencontre avec l’école allemande avait été d’une importance primordiale. Marqué par les écrits de Franz Bopp et de Wilhelm von Humboldt, il avait été influencé, bien entendu, par la grammaire comparée, qui rapprochait les langues non plus selon des aspects lexicaux mais selon des éléments grammaticaux. La logique de sa taxonomie se basait aussi sur l’héritage typologique emprunté à d’autres sciences comme la biologie et la géographie. Dans ce contexte, ses mentors avaient été Linné (1707-1778), Buffon (1707-1788) et Ritter (1779-1859). Il appliqua en particulier la méthode de classification ritterienne (synchorische Vereinigung11).

A. Manzoni et son activité au sein du projet linguistique ministériel

  • 12 À ce sujet, les chercheurs proposent des données similaires, mais légèrement différentes. Selon D (...)
  • 13 Cf. Luca Rebeggiani, G.I. Ascoli e la questione della lingua, Ravensburg, Grin Verlag, 2000, p. 2

11Avec l’unification de la péninsule, dans la seconde moitié du XIXe siècle, le débat de longue date sur la « question de la langue italienne » trouve une situation concrète et redevient d’actualité. Le problème de la création d’une langue commune à tous les Italiens se pose alors pour la première fois en termes pratiques. Si cette querelle séculaire avait en effet donné lieu à une multitude de théories, la situation réelle qui se présentait d’un point de vue linguistique au lendemain de la proclamation du Royaume d’Italie était véritablement préoccupante : le recensement de 1861 faisait état d’un taux d’analphabétisme de 75 % et seule une petite proportion des personnes instruites pouvait être considérée comme italophone12. La langue italienne, consolidée par une haute tradition littéraire, était une langue largement morte, et dans la communication quotidienne le peuple utilisait les dialectes. Ce panorama était encore plus désolant lorsqu’on le comparait à celui d’autres grandes nations européennes comme la France et la Grande-Bretagne, qui se trouvaient à un stade bien plus avancé dans l’utilisation d’une langue commune. En outre, pour la première fois, au XIXe siècle, le développement des études de linguistique permettait d’analyser la question d’un point de vue non seulement sociologique, mais aussi technique13.

  • 14 Alessandro Manzoni, Scritti sulla lingua, éd. Tina Matarrese, Padova, Liviana, 1987, p. 213.

12Dans ce contexte alarmant, en octobre 1867, Emilio Broglio, d’origine lombarde comme Manzoni, qu’il admirait, fut choisi comme ministre de l’éducation. Le 14 janvier 1868, Broglio nomma une commission de savants dans le but « di ricercare e proporre tutti i provvedimenti e i modi, coi quali si potesse aiutare e rendere più universale in tutti gli ordini del popolo la notizia della buona lingua e della buona pronunzia14 ».

  • 15 Ibid.

13À cette époque de sa carrière, Manzoni avait déjà accompagné la rédaction de son roman I promessi sposi de nombreuses réflexions sur la langue (1821-1842). De plus, il s’était maintes fois exprimé sur la question de l’unité linguistique de la péninsule. Souvent ses écrits étaient demeurés dans la sphère du privé, mais ils témoignaient d’une élaboration constante de la question de la langue : ainsi la lettre à Claude Fauriel (1806), le Trattato della lingua italiana (1830-1859), la lettre à M. Giacinto Carena (1850)15.

  • 16 Luca Serianni, Storia della lingua italiana. Il secondo Ottocento: dall’Unità alla Prima guerra m (...)

14Broglio partageait les idées de Manzoni. C’est pourquoi il le nomma à la tête de cette commission qui comptait une section florentine, composée de Raffaello Lambruschini, Giuseppe Bertoldi, Achille Mauri et Gino Capponi, ainsi qu’une section milanaise, composée de Manzoni, Ruggero Bonghi et Giulio Càrcano16.

  • 17 Ibid., p. 214.
  • 18 Luca Serianni, Storia della lingua italiana. Il primo Ottocento: dall’età giacobina all’unità, Bo (...)
  • 19 Alessandro Manzoni, « Dell’unità della lingua e dei mezzi di diffonderla », in Alessandro Manzoni (...)

15Face à la fragmentation linguistique nationale dont nous avons parlé, et à la méconnaissance quasi générale de l’italien littéraire, Manzoni essaya de trouver la solution linguistique dans « l’unique langue dont les prérogatives pouvaient reléguer les autres langues de la péninsule au rôle de dialectes17 », c’est-à-dire le florentin, étant donné qu’il s’agissait du seul idiome dont les autres régions reconnaissaient la primauté18. Ses idées sont résumées dans le rapport qu’il remit au ministre en mars 1868, intitulé Dell’unità della lingua e dei mezzi di diffonderla19.

16Déjà, dans sa lettre à Giacinto Carena (1850), Manzoni prétendait que les dialectes italiens ne pouvaient avoir la fonction de langue ; que la future langue commune des Italiens devait être une langue existante et vivante ; et que, compris par la majorité des Italiens, seul le florentin réunissait ces caractéristiques. Remarquons que, à l’intérieur de la dynamique des dialectes de Toscane, Manzoni, selon un raisonnement centralisant, choisissait le florentin.

17Cette position « centripète » de Manzoni s’articulait autour de trois axes argumentatifs : la nécessité d’adopter une langue commune qui remplace les dialectes ; la démonstration que cette langue ne pouvait être que le florentin ; l’importance de mettre en circulation un dictionnaire qui diffuse le florentin. Ces axes se basaient à leur tour sur trois principes : la langue devait constituer une unité ; elle devait se baser sur la notion d’« usage » ; elle devait être choisie en un lieu et en un temps définis.

  • 20 Alessandro Manzoni, Scritti sulla lingua, op. cit., p. 227-228.
  • 21 Alessandro Manzoni, « Lettera intorno al vocabolario », in Scritti linguistici, op. cit., p. 254, (...)
  • 22 Ruggero Bonghi, Giuseppe Borri, Niccolo Tommaseo, Colloqui col Manzoni, éd. Alessandra Briganti, (...)
  • 23 Alessandro Manzoni, « Lettera intorno al vocabolario », in Opera Omnia. Scritti linguistici, op.c (...)

18Ces thématiques conduisirent à proposer des mesures ministérielles : le recrutement d’enseignants exclusivement toscans dans les écoles magistrales, et de préférence toscans dans les autres instituts ; la demande aux municipalités d’organiser des conférences tenues par des professeurs toscans ; l’institution de bourses estudiantines pour les futurs enseignants, afin de leur permettre de passer quelque temps à Florence20. Ce qui distingue Manzoni des puristes de son temps est son choix de ne pas imposer le florentin littéraire, daté, voire obsolète, mais le florentin parlé contemporain. Comme nous venons de l’écrire, le critère qu’il adopta est celui de l’« usage », sur lequel il s’exprima maintes fois : l’« uso » serait l’arbitre, le maître, voire le tyran des langues21 et il faut l’accepter sans chercher à l’expliquer22. Selon Manzoni, les auteurs ne peuvent avoir une langue différente de celle utilisée par le peuple, puisque le contenu de leurs ouvrages est la « matière humaine commune23 ».

19La commission ministérielle parvint également à promouvoir la rédaction d’un dictionnaire de la langue italienne « selon l’usage florentin », qui fut publié en quatre tomes, entre 1870 et 1887.

La réponse « centrifuge » de G.I. Ascoli

  • 24 Par souci de clarté, rappelons que Manzoni (1785-1873) venait de mourir et ne pouvait répondre à (...)

20Ascoli réagit vivement à la publication du dictionnaire ci-dessus mentionné24. Formé dans le sillage de la mentalité scientifique internationale la plus rigoureuse, il supportait mal les positions d’ordre pragmatique des membres de la commission. Son texte le plus connu, rédigé au mois de septembre 1972, parut dans le « Proemio » du numéro de 1873 de l’Archivio glottologico italiano. Par cette réponse, il apparut comme le plus éclairé des précurseurs d’une orientation non seulement linguistique, mais également politique, qu’ensuite d’autres intellectuels suivirent.

21Son texte était le fruit d’années d’études des langues latines. En particulier, immédiatement après le début de l’action de la commission ministérielle, il focalisa son attention sur les dialectes italiens. Ce choix « centrifuge » était une réponse clairement politique à l’orientation « centripète » de Manzoni.

  • 25 Graziadio Isaia Ascoli, « Proemio » all’Archivio glottologico italiano (1873), in Graziadio Isaia (...)

22Le point de départ de la dissertation passionnée d’Ascoli venait du nom même du dictionnaire : le Nòvo vocabolario della lingua italiana. Ascoli ne comprenait pas le choix de renoncer à la diphtongue “uo” de “Nuovo”, au profit de la forme archaïque « Nòvo », en disparition dans le florentin même. Le chercheur consacrait ainsi la première partie de son « Proemio » à l’analyse de ce choix. Il y définissait cette diphtongue comme « le trait le plus distinctif de la romanité italienne ». Et il ajoutait que le passage de « ò » à « uo » n’était pas seulement un trait des langues toscanes, mais qu’il était « également reproduit, de manière différente, dans une infinité d’autres langues vernaculaires italiennes ». En effet, la syllabe ouverte « uo » constitue l’évolution spontanée de la voyelle brève tonique latine « o ». Chez Manzoni et Collodi, pour ne citer que deux exemples représentatifs, cette diphtongue est absolument majoritaire. Selon Ascoli, le choix de « Nòvo » était alors imposé comme une forme autoritaire antihistorique et antiscientifique. L’intellectuel moderniste affirmait qu’un tel choix constituait « un’offesa o una sfida al moderno sapere25 ».

23En soutien aux positions d’Ascoli, et tout en restant dans le domaine de la modernité et du défi à la tradition, des critiques rappelèrent – juste pour une confirmation d’ordre linguistique – la célèbre phrase du XVIe siècle attribuée à Galilée, « E pur si muove ! », qui présente la diphtongue « uo » dans une situation linguistique similaire. Il est néanmoins vrai que, même si la solution « ò » était peu utilisée au XIXe siècle dans la langue écrite, elle existait dans certains termes du florentin parlé ; et Manzoni prenait cette langue comme modèle.

24Le « Proemio » continuait avec des propos « centrifuges », opposés aux théories manzoniennes. Selon Ascoli, l’Italie avait besoin d’une langue plurielle, ductile et agile, en mesure de traiter des sujets culturels aussi bien que techniques. Le Gouvernement ne pouvait diffuser cette langue au moyen de dispositions ministérielles et encore moins du jour au lendemain. Elle devait être le résultat d’un processus d’éducation, d’échange, de modernisation des institutions culturelles et de progrès scientifique dans toutes les régions. Selon Ascoli, il fallait tenir compte des réalités locales. C’est pourquoi, en réponse au projet ministériel d’imposer des enseignants toscans, il recommandait de proposer des cours en dialecte dans l’enseignement primaire.

  • 26 Ibid., p. 25.

25Dans ce contexte, plutôt que de prendre comme modèle une langue locale, si prestigieuse fût-elle et reconnue par tous les locuteurs, il était nécessaire, selon Ascoli, de diffuser la tradition culturelle et littéraire dans des couches de plus en plus larges de la population italienne, en faisant de l’alphabétisation une nécessité sociale impérative. Selon lui, il était absurde qu’un dictionnaire défie la loi du bon sens en conseillant des formes du jargon toscan au lieu de promouvoir les formes réellement utilisées dans la péninsule, et qui s’étaient développées selon des lois historico-linguistiques précises26. À cet égard, toujours dans son « Proemio », il écrivait qu’il était difficile de comprendre pourquoi il fallait dire « anello », comme le disaient les Florentins, au lieu de « ditale », comme le disaient tous les autres Italiens.

26Le choix des rédacteurs du dictionnaire constituait ainsi, à son sens, un pas en arrière par rapport à l’évolution naturelle de la langue. En réponse à la « florentinisation » des régions italiennes, Ascoli proposait de diffuser la culture dans toutes les régions, faisant d’elles des sujets actifs du développement de la langue.

  • 27 Corrado Grassi, « Introduzione », in Graziadio Isaia Ascoli, Scritti sulla questione della lingua(...)
  • 28 Ibid., p. 10.
  • 29 Ibid.
  • 30 Ibid., p. 11.

27Corrado Grassi remarque à cet égard qu’Ascoli avait repéré le point faible de l’argumentation de Manzoni. En effet, dans son choix moderniste, l’intellectuel milanais ne proposait pas d’unifier les Italiens sous le signe de leur langue littéraire, mais sous le drapeau d’une ville27. Ascoli admit tout d’abord qu’il fallait trouver une solution au handicap de « la mancanza dell’unità di lingua fra gli Italiani28 » et que la recherche d’une langue unitaire était une question d’intérêt national29. Il répliqua ensuite aux choix de la commission selon un procédé scientifique. Il commença par s’interroger sur les raisons historiques qui avaient conduit à cette situation, alors que d’autres nations pouvaient vanter une langue unitaire30. Dans la suite de son argumentation, il opposa au modèle français, cher à Manzoni – auteur formé dans un contexte culturel franco-italien – le modèle allemand, plus proche de ses études. Il affirma qu’en France la ville de Paris exerçait une telle hégémonie politico-culturelle que la langue en ressentait forcément les conséquences.

  • 31 Ibid., p. 11.
  • 32 Ibid., p. 17.

28Selon Ascoli, tout artiste ou écrivain français se devait de passer par Paris : « Francesi di ogni provincia che non si sentono efficaci se non quando spendono le forze loro nell’unico e maraviglioso e tirannesco laboratorio che è in riva alla Senna31 ». Cela était valable tout d’abord d’un point de vue culturel, puis linguistique. L’attraction du pôle parisien n’avait pas à son avis de correspondant en Italie. Florence était loin d’avoir le même rôle d’hégémon et bien d’autres villes attiraient des artistes et des savants dans le Bel Paese. Le modèle français ne pouvait donc s’adapter au cas italien. Selon Ascoli, l’Italie devait en revanche s’inspirer davantage du modèle allemand, d’autant plus que, tout comme l’Italie, l’Allemagne avait obtenu son unité à une époque récente (1871). Cette nation pouvait néanmoins vanter une extraordinaire unité linguistique, qui était le fruit d’un processus différent. L’homogénéité de l’idiome allemand venait, selon Ascoli, d’un développement de leur esprit. Elle était le fruit d’une nation laborieuse qui avait fait progresser sa langue au moyen d’un travail intense de toutes ses régions. L’allemand n’était pas un produit imposé par les autorités, mais le résultat d’une « intiera operosità sociale32 ». Ascoli ajoutait que si l’on devait choisir un pôle culturel dominant en Italie, on opterait pour Rome et non pour Florence.

  • 33 Ibid., p. 20.

29Selon lui, l’italien devait être le résultat d’un assemblage éclectique, la conséquence de l’action d’une majorité à l’encontre de la centralisation de l’autorité33. Dans ses passages les plus militants, il éreintait d’ailleurs ce système pyramidal, qui comportait à son sommet un dictionnaire savant et un enseignant toscan, lui opposant la richesse de la créativité collective. Ainsi, paradoxalement, un homme de culture de la province devait apprendre d’un homme de la rue de Florence ! Et il rappelait qu’en Toscane l’analphabétisme n’était pas moins répandu qu’ailleurs :

  • 34 Ibid., p. 28-29.

Si viene a dire agli operaj della intelligenza, che sospendano […] la propria industria […] per farsi ad imitare […] una conversazione municipale, qual sarà loro offerta da un vocabolario, da una balia, oppur dal maestro elementare, che si manderà (da una terra così fertile d’analfabeti) a incivilir la loro provincia34.

  • 35 Cf. Graziadio Isaia Ascoli e l’Archivio Glottologico Italiano (1873-1973). Studi raccolti in occa (...)

30Né à Gorizia, dans cette Italie irrédente éloignée des centres importants, Ascoli se battait pour faire entendre sa voix dans les lieux traditionnels de la culture italienne. Sa bataille culturelle l’engagea à proposer un modèle différent. Face au florentin imposé par l’autorité, il passa sa vie à étudier les dialectes, à « sviscerare la storia dei dialetti italiani ancora superstiti35 », grâce aussi à l’Archivio Glottologico Italiano, consacré à la philologie romane.

  • 36 La polémique n’empêcha pas Ascoli d’exprimer sa plus grande estime pour Manzoni. Il le cita comme (...)

31En synthèse, la critique d’Ascoli aux propositions manzoniennes36 représente un moment essentiel du débat sur la question de la langue italienne. L’intellectuel de Gorizia combine la langue, la culture et la société. Selon lui, l’unité linguistique nationale ne peut exister qu’à travers l’action de tous les esprits, le « moto complessivo delle menti » qui est le produit des échanges entre les régions. Convaincu qu’il faut renoncer à imposer le modèle florentin, puisque Florence n’est pas le seul catalyseur culturel en Italie, il affirme que l’unité linguistique correspond à « l’unità di pensiero e di parola » de tous, étant le résultat d’une homogénéité culturelle qui, seule, peut véhiculer un instrument réel de communication. Cette koiné linguistique est, à son sens, le seul moyen de communication utile dans une société moderne.

La synthèse opérée par la critique

32Les chercheurs qui se sont penchés sur ce différend ont proposé des commentaires qui permettent de compléter les arguments avancés par les deux auteurs du XIXe siècle.

  • 37 Corrado Grassi, « Introduzione », in Graziadio Isaia Ascoli, Scritti sulla questione della lingua(...)
  • 38 Carlo Dionisotti, Geografia e storia della letteratura italiana, Torino, Einaudi, 1967, p. 101.

33Quelques chercheurs ont remarqué que la position d’Ascoli avait été prophétique, puisque l’Italie a obtenu son unité linguistique grâce à la diffusion de la culture et aux échanges entre les régions. Deux auteurs en particulier ont fait son éloge. Dans son « Introduzione » a G.I. Ascoli, Scritti sulla questione della lingua37, Corrado Grassi affirme que « la via da battere resta solo ed esclusivamente quella indicata da Ascoli ». Carlo Dionisotti rédige un panégyrique en l’honneur d’Ascoli, définissant le « Proemio » comme un chef-d’œuvre et préconisant sa lecture dans toutes les écoles38.

34Dans un article publié en 1986, Arrigo Castellani limite la portée de la position d’Ascoli et réévalue la solution manzonienne. D’après le chercheur, le « Proemio » :

  • 39 Arrigo Castellani, « Consuntivo della polemica Ascoli-Manzoni », Studi linguistici italiani, vol. (...)

Non è […] uno scritto esemplare, né tanto meno un capolavoro della letteratura italiana, come vorrebbe il Dionisotti […] È uno scritto non sempre equanime, non sempre esatto, in cui appare molta dottrina ma anche molta intemperanza39.

35Castellani nie à Ascoli également le côté prophétique que d’autres chercheurs lui ont attribué. Il rappelle en effet les nombreux auteurs toscans de l’unité qui ont diffusé l’italien-florentin dans la péninsule, ainsi que le grand nombre d’écrivains qui se sont formés à Florence. Pour synthétiser sa position, il ajoute :

  • 40 Ibid., p. 116.

A me sembra fuor di luogo parlare di profezia. È chiaro che l’unità politica avrebbe prima o poi portato a una maggiore unità linguistica. Per il Manzoni si trattava di favorire e accelerare questo sviluppo attraverso l’adozione d’un programma specifico ; per l’Ascoli del Proemio no. Quello che è avvenuto doveva avvenire in ogni modo. Bisogna vedere come è avvenuto, quale è stato il peso del Manzoni, quale quello dell’Ascoli nel rinnovamento linguistico che s’è avuto dai tempi della Relazione, dell’Appendice e del Proemio a oggi40.

  • 41 Cf. Luca Serianni, Storia della lingua italiana. Il secondo Ottocento, op. cit., p. 49 - 53.
  • 42 Francesco D’Ovidio, Scritti linguistici, a cura di P. Bianchi, Napoli, Guida, p. 71.

36Si cette position se démarque par son aspect pro-manzonien, d’autres linguistes, comme Luca Serianni, réévaluent avec plus de modération les thèses de l’auteur milanais41. D’ailleurs déjà, au début du XXe siècle, le linguiste Francesco D’Ovidio, issu de l’école d’Ascoli, avait tenté une médiation des deux théories42.

  • 43 Giacomo Devoto, Profilo di storia linguistica italiana, Firenze, La Nuova Italia, p. 127-128.

37Si l’on résume d’autres positions, on constate que la plupart des chercheurs considèrent que la raison est plus proche des propos d’Ascoli. Ils objectent en revanche que la position de Manzoni offrait une solution pragmatique dans un contexte plurilinguistique, alors que les arguments d’Ascoli étaient, certes, plus rigoureux et exacts, mais ne fournissaient pas d’issue au problème de la communication immédiate entre les Italiens. Giacomo Devoto, par exemple, est de cet avis43. Or, Ascoli s’était soulevé contre les choix pragmatiques de Manzoni. La querelle semble alors recommencer selon une spirale sans fin.

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Notes

1 Maurizio Dardano, G.I. Ascoli e la questione della lingua, Roma, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1974, p. 3.

2 Cf. Ferruccio Monterosso, « La questione linguistica agli inizi dell’Ottocento », in Alessandro Manzoni, Scritti linguistici, Milano, Edizioni Paoline, 1972, p. 523.

3 Maurizio Dardano, G.I. Ascoli e la questione della lingua, op. cit., p. 8.

4 Cf. Moisé Ascoli, Appunti e notizie scritte dal figlio Moisé Ascoli per una biografia di G.I. Ascoli, Archivio Ascoli, 18/177 (scat. 7), Roma, Accademia dei Lincei.

5 Cf. Maria Elisabetta Loricchio, « Gli anni giovanili di Graziadio Isaia Ascoli », in Carla Marcato et Federico Vicario (dir.), Il pensiero di Graziadio Isaia Ascoli a cento anni dalla sua scomparsa, Udine, Società filologica friulana, 2007, p. 219-223 ; Tullio De Mauro, « Graziadio Isaia Ascoli dinanzi ai problemi linguistici dell’Italia Unita », in Idee e ricerche linguistiche nella cultura italiana, Bologna, Il Mulino, 1980, p. 53.

6 L’arrêté a été recopié dans le Libro dei Protocolli 1848-1850, Associazione Amici di Israele, Synagogue de Gorizia.

7 Cf. Maddalena Del Bianco Cotrozzi, « Ascoli e l’ebraismo del suo tempo », in Il pensiero di Graziadio Isaia Ascoli a cento anni dalla sua scomparsa, op. cit., p. 53-57.

8 Cf. Maurizio Dardano, G.I. Ascoli e la questione della lingua, op. cit., p. 15-18.

9 Voici sa définition géo-typologique du ladin : « Comprendo sotto la denominazione generica di favella ladina, o dialetti ladini, quella serie d’idiomi romanzi, stretti fra di loro per vincoli di affinità peculiare, la quale, seguendo la curva delle Alpi, va dalle sorgenti del Reno-anteriore insino al mare Adriatico ; e chiamo zona ladina il territorio da questi idiomi occupato. » (Graziadio Isaia Ascoli, Archivio Glottologico Italiano, 1873, p. 1). Sa définition géo-typologique du franco-provençal : « Chiamo franco-provenzale un tipo idiomatico, il quale insieme riunisce, con alcuni suoi caratteri specifici, più altri caratteri che parte sono comuni al francese, parte lo sono al provenzale, e non proviene già da una tarda confluenza di elementi diversi, ma bensì attesta la sua propria indipendenza storica, non guari dissimile da quella per cui fra di loro si distinguono gli altri principali tipi neo-latini ». (Graziadio Isaia Ascoli, Archivio Glottologico Italiano, 1878 [1874], p. 61).

10 Graziadio Isaia Ascoli, « Dall’Italia dialettale », [1882-1885], aujourd’hui in Corrado Grassi (dir.), Graziadio Isaia Ascoli, Scritti sulla questione della lingua, Torino, Einaudi, 1975.

11 Le système d’Ascoli fut d’abord critiqué par Carlo Battisti (1882-1977). Battisti, et par la suite d’autres linguistes, interprétèrent mal certains termes techniques qui se référaient à ces disciplines scientifiques – et notamment le mot « unità » – et cela engendra des attaques injustifiées contre le système ascolien. Cf. à cet égard Hans Goebl, « La concezione ascoliana del ladino e del franco-provenzale », in Il pensiero di Graziadio Isaia Ascoli a cento anni dalla sua scomparsa, op. cit., p. 159-160.

12 À ce sujet, les chercheurs proposent des données similaires, mais légèrement différentes. Selon De Mauro (Tullio De Mauro, Storia linguistica dell’Italia unita, Roma/Bari, Laterza, 1976 [1963], p. 36-37), le pourcentage des italophones sur l’ensemble de la population italienne n’atteint que 2,5 %. Castellani, lui, propose un taux d’italophones de 9,5 % (Arrigo, Castellani, « Quanti erano gli italofoni nel 1861 ? », Studi linguistici italiani, no 15, VIII, 1982, p. 3-26).

13 Cf. Luca Rebeggiani, G.I. Ascoli e la questione della lingua, Ravensburg, Grin Verlag, 2000, p. 2.

14 Alessandro Manzoni, Scritti sulla lingua, éd. Tina Matarrese, Padova, Liviana, 1987, p. 213.

15 Ibid.

16 Luca Serianni, Storia della lingua italiana. Il secondo Ottocento: dall’Unità alla Prima guerra mondiale, Bologna, Il Mulino, p. 41.

17 Ibid., p. 214.

18 Luca Serianni, Storia della lingua italiana. Il primo Ottocento: dall’età giacobina all’unità, Bologna, Il Mulino. 1989, p. 135-136.

19 Alessandro Manzoni, « Dell’unità della lingua e dei mezzi di diffonderla », in Alessandro Manzoni, Graziadio Isaia Ascoli, Scritti sulla questione della lingua, Torino, Loescher, 1974, p. 66-91.

20 Alessandro Manzoni, Scritti sulla lingua, op. cit., p. 227-228.

21 Alessandro Manzoni, « Lettera intorno al vocabolario », in Scritti linguistici, op. cit., p. 254, paragraphe 16.

22 Ruggero Bonghi, Giuseppe Borri, Niccolo Tommaseo, Colloqui col Manzoni, éd. Alessandra Briganti, Roma, Editori Riuniti, 1985, p. 99.

23 Alessandro Manzoni, « Lettera intorno al vocabolario », in Opera Omnia. Scritti linguistici, op.cit., p. 255, paragraphes 23-24.

24 Par souci de clarté, rappelons que Manzoni (1785-1873) venait de mourir et ne pouvait répondre à la querelle.

25 Graziadio Isaia Ascoli, « Proemio » all’Archivio glottologico italiano (1873), in Graziadio Isaia Ascoli, Scritti sulla questione della lingua, op. cit., p. 8.

26 Ibid., p. 25.

27 Corrado Grassi, « Introduzione », in Graziadio Isaia Ascoli, Scritti sulla questione della lingua, op. cit., p. XVI-XVII.

28 Ibid., p. 10.

29 Ibid.

30 Ibid., p. 11.

31 Ibid., p. 11.

32 Ibid., p. 17.

33 Ibid., p. 20.

34 Ibid., p. 28-29.

35 Cf. Graziadio Isaia Ascoli e l’Archivio Glottologico Italiano (1873-1973). Studi raccolti in occasione del Centenario dei Saggi ladini da Manlio Cortelazzo, Udine, 1973.

36 La polémique n’empêcha pas Ascoli d’exprimer sa plus grande estime pour Manzoni. Il le cita comme un grand homme de la littérature, appréciant son effort pour sortir de la rhétorique ancienne, évoluer par rapport aux puristi, choisir la simplification de la langue littéraire, mais il craignait ses adeptes : « Ma le squisite brame di quel Grande, che è riuscito, con l’infinita potenza di una mano che non pare aver nervi, a estirpar dalle lettere italiane, o dal cervello dell’Italia, l’antichissimo cancro della retorica, hanno pur dovuto, per tutto quanto concerne le rinnovate norme della parola, degenerare prontamente, fra gl’imitatori, in un nuovo eccesso dell’Arte » (Graziadio Isaia Ascoli, « Proemio », in Scritti sulla questione della lingua, op. cit., p. 31). Tout en appréciant ses choix, Ascoli considérait que Manzoni, avec ses positions, ne pourrait qu’engendrer une autre forme de maniérisme.

37 Corrado Grassi, « Introduzione », in Graziadio Isaia Ascoli, Scritti sulla questione della lingua, op. cit., p. XXXV.

38 Carlo Dionisotti, Geografia e storia della letteratura italiana, Torino, Einaudi, 1967, p. 101.

39 Arrigo Castellani, « Consuntivo della polemica Ascoli-Manzoni », Studi linguistici italiani, vol. XII, fascicolo 1, 1986, p. 113.

40 Ibid., p. 116.

41 Cf. Luca Serianni, Storia della lingua italiana. Il secondo Ottocento, op. cit., p. 49 - 53.

42 Francesco D’Ovidio, Scritti linguistici, a cura di P. Bianchi, Napoli, Guida, p. 71.

43 Giacomo Devoto, Profilo di storia linguistica italiana, Firenze, La Nuova Italia, p. 127-128.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Stefano Magni, « « L’Italie est faite, il reste à faire l’italien ! » »Italies [En ligne], 26 | 2022, mis en ligne le 24 mars 2023, consulté le 22 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/italies/9971 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/italies.9971

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Auteur

Stefano Magni

Aix Marseille Université, CAER, Aix-en-Provence, France

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